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Comptes rendus

Vanessa R. Schwartz, Jet Age Aesthetic: The glamour of media in motion

New Haven et Londres, Yale University Press, 2020
Jean-Pascal Daloz
Référence(s) :

Vanessa R. Schwartz, Jet Age Aesthetic: The glamour of media in motion, New Haven et Londres, Yale University Press, 2020, xiii-214 p.

Texte intégral

1Ce que Vanessa R. Schwartz entend restituer ici est « l’histoire culturelle » (le terme se trouve employé p. 189) d’une esthétique foncièrement associée à l’avènement de l’avion de ligne à réaction en 1958. Parenthèse éphémère entre l’ère pionnière, passablement inconfortable, du transport aérien et l’âge ultérieur du « jumbo jet », des charters et des déplacements de masse, ce « moment d’accélération », « débordant d’énergie », « exubérant », se voit présenté comme ayant déterminé l’horizon et le style de vie rêvé de toute une décennie.

2Dans un premier chapitre, relatif aux métamorphoses des aéroports (à commencer par celles, particulièrement spectaculaires, de Los Angeles, de ce qui deviendra JFK à New York et de Paris Orly), sont proposées des réflexions non seulement autour du design futuriste de certains terminaux des années 1960, mais aussi sur leur fluidité. Il s’agissait d’offrir au passager plus que jamais épris de vitesse et d’aisance une semblable impression en amont du vol. L’essor des escalators, des tapis roulants, devait concourir à cette sensation, vous entraînant du parking quasiment à la passerelle de l’appareil, de même que les carrousels activaient désormais avantageusement la livraison des bagages à l’arrivée. Banal par la suite. Révolutionnaire à l’époque.

3Un second chapitre est consacré à Disneyland et à ses évocations spatiales (notamment dans le cadre d’un « Tomorrowland ») participant d’un même imaginaire. Vanessa Schwartz insiste sur le laboratoire qu’a constitué ce parc d’attractions, appelé à drainer les foules. Comme dans les aéroports (sachant que ceux-ci concernaient non seulement les voyageurs mais attiraient parfois des millions de visiteurs venant voir décoller les avions), il importait de gérer au mieux une circulation permanente en conférant un sentiment d’efficacité et de modernité.

4L’on passe alors à l’évocation de la « jet set » : monde de privilégiés perpétuellement « on the move », qu’il s’agisse de businessmen, de riches couples en partance à longueur d’année, mais surtout des stars se faisant volontiers photographier sur les tarmacs des aéroports. Les flatteuses représentations de ces personnalités souvent hautes en couleur dans les « beautiful places » qu’elles fréquentent (parfois très exotiques) auraient beaucoup contribué à la diffusion d’une certaine image liée à l’exaltation du déplacement.

5L’ouvrage se clôt sur un chapitre relatif au photographe Ernst Haas, resté célèbre pour son usage remarquable de la couleur et sa capacité à rendre compte du mouvement en utilisant des vitesses d’obturation délibérément basses. Aux yeux de l’auteur, il incarne parfaitement l’esthétique de cette période, en donnant une interprétation à la fois dynamique et positive. Il est noté que les grands photographes de l’époque voyageaient sans cesse, les plus fameux finissant d’ailleurs par relever de l’élitiste « jet set ».

6Indéniablement, bien des liens se voient soulignés entre les diverses thématiques abordées ici. Ainsi, l’architecture iconique des aéroports à la pointe de la modernité se retrouvait dans des films dépeignant la vie trépidante des stars, elles-mêmes tributaires de l’entremise de photographes qui les suivaient au bout du monde et confiaient leurs pellicules à des membres d’équipage (les rapides avions à réaction permettant que leurs images soient promptement diffusées). Ou encore, l’extraordinaire succès de Disneyland devait contribuer au développement du trafic aérien, tout en en dépendant étroitement. J’ajoute qu’il faut reconnaître que Vanessa Schwartz restitue de manière convaincante la manière dont l’univers esthétique qu’elle s’emploie à dégager concerne au premier chef les catégories sociales supérieures, en quête de distinction à travers une vision « glamour » des jets, des aéroports, d’existences vouées à d’éternelles pérégrinations, tout en ayant son versant populaire via l’accès (alors possible) aux terrasses des terminaux et l’imaginaire véhiculé dans certains magazines au papier glacé.

7Il reste que ces liens apparaissent souvent assez ténus. L’historienne parvient à mettre en avant une relative cohérence en isolant tels et tels aspects et en en ignorant d’autres. Pour quelques bâtiments à la pointe de la modernité, magnifiés par le cinéma et restés dans les mémoires, combien d’aérodromes banals et interchangeables dans ces années-là ? Disneyland ne se réduit quand même pas à des navettes rapides et à la mise en exergue de fusées. Prendre en considération d’autres photographes contemporains aurait conduit à des visions fort différentes… Pour qui a lu précédemment des ouvrages sur l’histoire sociale du transport aérien, celle des parcs d’attractions, ou s’intéresse aux développements de l’art photographique, cet ouvrage par ailleurs splendidement illustré n’apprendra peut-être pas grand-chose, son ambition étant plutôt de mettre en évidence diverses facettes d’une esthétique présumée homogène.

8Ce genre d’entreprise conduit à s’interroger fondamentalement sur ce qui définit une période (expression constamment reprise tout au long du livre). Sans nécessairement retomber dans les controverses classiques, en anthropologie notamment, sur la nécessaire cohérence minimale des cultures, force est de constater que ce qui se trouve retenu ici pour tenter de caractériser l’imaginaire prédominant de toute une époque pourra apparaître quelque peu arbitraire parfois.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Pascal Daloz, « Vanessa R. Schwartz, Jet Age Aesthetic: The glamour of media in motion  »Revue d’histoire culturelle [En ligne], 2 | 2021, mis en ligne le 15 mars 2021, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhc/1136 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhc.1136

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Auteur

Jean-Pascal Daloz

Directeur de recherche au CNRS (UMR SAGE, Strasbourg) – Faculty Fellow, Center for Cultural Sociology, Yale University

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