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Mise au numérique et médiations

Usages du smartphone par les migrants âgés subsahariens

Enjeu de soutien du bien-être
Smartphone Use by Older Sub-Saharan Migrants: Issues for Supporting the Well-Being
Emmanuel Niyonsaba
p. 100-109

Résumés

Basé sur une enquête qualitative, cet article s’intéresse aux usages du smartphone par les migrants âgés subsahariens vivant en France en situation de vulnérabilité relationnelle et examine leurs effets sur le bien-être. En effet, peu d’études ont porté sur ce sujet ; pourtant l’utilisation croissante du smartphone par les migrants âgés est un phénomène important. Nos résultats révèlent que les migrants interviewés sont investis dans une multiplicité de communications grâce à un téléphone mobile multifonction avec un usage accru de médias sociaux tels que WhatsApp et YouTube à des fins de communication interpersonnelle et d’activités d’intérêt personnel. Ainsi, l’usage au quotidien du smartphone procure de nombreux avantages, en particulier le soutien du lien affectif et le maintien des liens culturels et politiques. Bien que la plupart des migrants âgés soient confrontés à divers obstacles, notamment linguistiques, des stratégies de contournement, comme envoyer des messages audios, suivre en langue natale les émissions concernant leur pays ou écouter de la musique, permettent de développer une perspective transnationale du bien-être. L’étude révèle finalement que ce qui pose problème n’est pas l’inclusion numérique parce que les aînés rencontrés sont déjà « connectés », mais bien plutôt l’absence d’opportunités pour améliorer leurs pratiques numériques.

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Texte intégral

1L’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) par les migrants âgés et la manière dont les TIC viennent les accompagner dans leur parcours du vieillissement est un domaine faiblement étudié (Chen, Frennert, Östlund 2022). On connaît peu les effets de l’usage des TIC en général et du smartphone en particulier sur le bien-être de cette population, et pourtant ces technologies peuvent aider à prévenir la vulnérabilité relationnelle que nous entendons ici comme le processus de faiblesse et même de rupture de liens sociaux (Cohen 1997), conséquence des effets combinés de l’immigration et du vieillissement (Attias-Donfut 2006, Barou 2018 ; Ciobanu, Fokkema, Nedelcu 2020). Parmi ces obstacles, l’éloignement géographique et familial du pays d’origine a de plus en plus contribué à la préoccupation de maintien du lien social à distance. Un certain nombre d’études qui se sont intéressées à la « double présence » des migrants âgés (Bolzman, Kaeser, Christe 2016) faisant des allers-retours entre pays d’accueil et pays d’origine mentionnent parmi les enjeux de ces mobilités la stratégie de pouvoir maintenir leur équilibre psychosociologique et de supporter leur condition de migrant (O’Deye et al. 2017). D’après diverses études (Rigoni 2010, Diminescu 2016, Barthou 2019), cette « double présence » est de plus en plus rendue possible par les TIC jouant ainsi un rôle avéré dans le maintien des liens avec le pays d’origine. Les TIC auraient même le pouvoir de modifier « en profondeur la perspective même de la circulation migratoire » (Barthou 2019 : 1). Depuis lors, plusieurs études cherchent à identifier les attentes des aînés migrants et analyser les bienfaits que les TIC peuvent apporter à leurs conditions de vie (Khvorostianov, Elias, Nimrod 2012 ; Chen, Frennert, Östlund 2022). À titre d’exemple, une étude de Zhang (2016) réalisée auprès de migrants âgés chinois en Nouvelle-Zélande mentionnait qu’ils recouraient à Internet dans le cadre d’échanges avec leurs proches dans une perspective de soutien émotionnel. De ce fait, Internet permettrait à ces migrants d’améliorer leur qualité de vie. Par un usage quotidien, Internet peut contribuer à atténuer la nostalgie grâce à la recherche d’informations sur le pays d’origine. Khvorostianov, Elias, Nimrod (2012), dans leur étude auprès de juifs âgés ayant émigré de l’ancienne Union soviétique vers Israël, ont relevé combien le visionnage des vidéos en ligne donnait l’occasion à ces aînés de se remémorer le passé historique de la Russie, permettant ainsi le renouvellement du sentiment d’appartenir à la nation russe. En somme, l’étude suggère que l’utilisation d’Internet permettrait de s’inscrire dans « des stratégies de vieillissement réussi, qui les aident à faire face non seulement aux défis associés au vieillissement, mais aussi aux énormes difficultés et pertes que pose l’immigration » (notre traduction) (Khvorostianov, Elias, Nimrod 2012 : 583). Ces difficultés sont d’ailleurs identifiées comme facteur d’écart entre migrants âgés et personnes âgées natives quant à la prise de décision personnelle d’adoption des outils numériques. Safarov (2021) rappelle que les migrants âgés peuvent « adopter Internet rapidement, et par rapport à la population native, ils utilisent cette technologie de manière plus large pour compenser le manque de capital social dans un nouveau pays » (notre traduction). Plus largement, comme l’ont montré différentes études au niveau international, l’utilisation des TIC est désormais associée à la volonté d’amélioration du bien-être, en raison de l’incidence positive appréhendée tant sur le plan de la participation sociale (Millard, Baldassar, Wilding 2018 ; Ihm, Hsieh 2015) que sur celui de la santé. Cette incidence positive sur la santé est évoquée dans l’étude d’Elliot, Mooney, Douthit et Lynch (2014) portant sur les prédicteurs de l’utilisation des TIC par les personnes âgées et de sa relation avec les symptômes dépressifs et le bien-être aux États-Unis. Selon les résultats de cette étude, le lien entre amélioration de santé mentale et l’usage de TIC n’a pas été établi, pourtant l’utilisation a agi tel « un modérateur » contribuant à protéger contre les symptômes dépressifs les personnes aux prises avec des problèmes de santé autres que les limitations dans les activités de la vie quotidienne. D’autres recherches se sont penchées sur les effets de l’utilisation des TIC dans la prévention de l’isolement social des personnes âgées. Ainsi, une analyse de Chen et Schulz, en 2016, permet de constater que les TIC peuvent avoir une incidence positive sur le soutien social, les liens sociaux et l’isolement social en général. L’étude conclut que les TIC permettraient d’atténuer l’isolement social par le biais de quatre mécanismes : se connecter au monde extérieur, obtenir un soutien social, participer à des activités d’intérêt et renforcer la confiance en soi. Par ailleurs, en ce qui concerne l’effet des TIC sur l’atténuation de la solitude, les auteurs mentionnent que les résultats n’étaient pas concluants, l’effet positif de l’utilisation des TIC sur les liens sociaux et le soutien social étant de courte durée. Les TIC font naître beaucoup de promesses mais aussi de controverses tant leurs effets sur le bien-être comme leur appréciation ne peuvent pas être uniformes (Ihm, Hsieh 2015) et dépendent des expériences subjectives individuelles. On sait que l’expérience du bien-être est aussi intériorisée par les personnes elles-mêmes en fonction de leurs représentations individuelles et socioculturelles (Pawin 2014). Appréhendé comme :

un jugement réflexif que l’individu porte sur sa vie, il implique un processus cognitif d’auto-évaluation par le sujet mettant en jeu à la fois ses aspirations, ses attentes, son expérience et sa propre perception de ce qu’il a réalisé. (ibid. : 275)

2Si les TIC peuvent améliorer le quotidien des aînés, les inégalités numériques, à savoir des difficultés d’accès et d’utilisation, sont pourtant identifiées parmi les freins à leur usage (Croutte, Prieur 2018). En France, les disparités sont notables, par exemple pour l’utilisation du téléphone mobile, même si celui-ci est de plus en plus populaire pour les plus de 60 ans (ibid.). Les inégalités numériques concernent aussi l’utilisation d’Internet. En 2018, 40 % de plus de 70 ans ne l’utilisent pas et environ 90 % ne se connectent jamais aux réseaux sociaux (Maurin 2018). Elles peuvent encore s’accroître au sein de la population âgée immigrée à cause des vulnérabilités notamment économiques au moment de la retraite : les migrants âgés ont souvent de faibles revenus du fait d’avoir occupé des emplois peu rémunérateurs avec des carrières plus courtes que leurs homologues non immigrés (Attias-Donfut 2006), ce qui crée de nouveaux défis en matière d’équipement. À cette vulnérabilité s’ajoute celle due à une série de contraintes dont les conditions précaires d’hébergement ne permettant pas, pour certains, un accès libre à l’Internet (Dury 2019). Ainsi, pour beaucoup de migrants âgés, l’usage des TIC peut s’opérer dans un contexte marqué par la grande marginalité sociale. La question est de savoir comment les migrants âgés perçoivent les TIC, quel intérêt ils y portent et surtout quelle incidence ont les TIC sur leur bien-être (Bigot, Hoibian 2014 ; Perron et al. 2019). En effet, la notion de bien-être, telle que nous l’utilisons ici, renvoie à un état d’esprit dans lequel on se sent bien et où l’on exprime la satisfaction de l’usage des TIC en ce qu’elles contribuent à un épanouissement individuel et à l’équilibre du lien social (Paugam 2008). Incluant la dimension subjective des individus, l’approche du bien-être suggère aussi que les migrants âgés ne peuvent pas être considérés comme un groupe homogène. Cette approche nous aide donc à saisir les dynamiques de construction d’un rapport aux TIC, qui s’inscrit dans la continuité biographique et identitaire des individus (Gucher 2012). De ce fait, nous montrerons finalement que des inégalités d’usage sont moins liées aux caractéristiques de vulnérabilité sociale qu’au parcours de vie individuel (Robin 2016).

Méthodologie

  • 1 Cet article s’inscrit dans un projet de recherche, sur l’« usage des TIC par les immigrés âgés en s (...)
  • 2 Page 47 du Rapport d’information déposé en application de l’article 145-8 du Règlement par la commi (...)
  • 3 Selon les dernières données de l’Insee, en France métropolitaine, le seuil de pauvreté monétaire en (...)

3Notre article s’appuie sur les résultats d’une étude qualitative menée dans le cadre de notre recherche post­doctorale entre septembre 2021 et septembre 20221. Nous avons réalisé des entretiens individuels auprès d’un échantillon composé de 18 migrants subsahariens (9 femmes et 9 hommes) âgés de 62 à 80 ans installés en Normandie, avec une durée de séjour moyenne en France de 20 ans. Les caractéristiques sociodémographiques des répondants permettent de mettre particulièrement en évidence le problème d’isolement social : 12 personnes sur 18 vivent seules et isolées, du fait même de leur lieu de résidence (foyers des travailleurs migrants, centres d’hébergement) qui limite les possibilités de recevoir des visites. En 2016, un rapport parlementaire mentionnait ce problème, parmi les facteurs qui renforce leur isolement2. Une autre caractéristique spécifique de notre échantillon est le fait qu’il est constitué de personnes en grande vulnérabilité économique et appartenant à des professions et catégories socioprofessionnelles à bas revenus (ouvriers) ou modestes (salariés ou fonctionnaires aux revenus peu élevés). Dix personnes sur 14 ont une pension de retraite proche du seuil de pauvreté3. Certains enquêtés n’ont aucun revenu déclaré, parce que leur situation administrative n’ouvre à aucun droit d’accès aux prestations sociales (pension de retraite, etc.). Enfin, la majorité des participants maîtrise peu le français en raison d’un faible niveau de scolarité.

4Les entretiens ont été réalisés en passant par les structures associatives qui les accompagnent dans leurs démarches et ont eu lieu le jour de leur rendez-vous ou à leur lieu de résidence selon leur choix. Le guide d’entretien visait donc à poser, d’une part le contexte individuel spécifique en focalisant sur la situation familiale, la situation sociale vécue au quotidien, etc. et, d’autre part à préciser les expériences d’usage des TIC (équipement, connaissance des TIC, fréquence de communication, difficultés rencontrées, stratégies déployées, souhaits pour améliorer la pratique numérique). De plus, le fait que les entretiens soient combinés à l’observation a permis de constater la familiarité qu’ont les aînés migrants dans l’utilisation des TIC comme la manipulation technique des fonctionnalités d’un téléphone mobile. Les entretiens ont été réalisés en français, sauf trois réalisés dans une autre langue africaine (le kinyarwanda) que nous maîtrisons par ailleurs et qui a été préférée par les interviewés. Dans le cas où le couple était interrogé, les entretiens ont été réalisés séparément. Les entretiens ont été réalisés et enregistrés avec l’accord de l’enquêté. L’analyse des contenus a été effectuée suivant une approche d’analyse thématique en privilégiant une perspective biographique : celle-ci donne « l’accès à la manière dont des acteurs singuliers vivent, pensent et agissent leurs vies dans les contextes qui sont les leurs » ; cette perspective fait advenir « le point de vue du sujet » et met au jour « les savoirs qu’il élabore au fil de son expérience » (Delory-Momberger 2016 : 144). Ce cadre aide à appréhender le caractère hétérogène des usages des TIC et leurs effets sur le bien-être des participants en fonction de leur parcours de vie (Robin 2016) mêlant expériences individuelles, familiales, culturelles et situations socio-économiques. Les résultats suivants permettent d’étayer leurs expériences.

Faible appropriation des TIC : de l’utilité aux usages

5La compréhension des perceptions qu’ont les migrants âgés de l’usage des TIC et leur incidence sur le bien-être passe d’abord par l’examen de leur appropriation. En effet, l’appropriation renvoie à « l’acte par lequel l’usager devient un acteur actif et autonome qui construit ses usages en fonction de ses intérêts » (Ait Kaikai 2014 : 37) et se constitue « un soi » (Jouët 2000). Considérée comme l’étape ultime de l’usage et de l’intégration des TIC, l’appropriation des outils technologiques passe par la finalité de la séquence « accessibilité-utilisation-usage » (Ait Kaikai 2014 : 37). Plus précisément, selon Breton et Proulx (2002 : 267-268), on peut parler d’appropriation « lorsque trois conditions sociales sont réunies. Il s’agit pour l’usager, premièrement, de démontrer un minimum de maîtrise technique et cognitive de l’objet technique. En deuxième lieu, cette maîtrise devra s’intégrer de manière significative et créatrice aux pratiques quotidiennes de l’usager. Troisièmement, l’appropriation ouvre vers des possibilités de détournements, de contournements, de réinventions ou même de participation directe des usagers à la conception des innovations ». Cependant, nos résultats révèlent que les répondants ont des pratiques numériques très limitées. D’une part, l’équipement à disposition se cantonne à un téléphone mobile équipé de quelques médias sociaux. Il est utilisé dans la majorité de cas à des fins de communications interpersonnelles. D’autre part, le processus d’usage semble se compliquer par les difficultés de maîtrise de la manipulation technique en partie liées aux problèmes linguistiques et d’analphabétisme.

Le téléphone mobile : la technologie la plus utilisée

6Dans le cadre des entretiens, les enquêtés étaient invités à indiquer les outils technologiques jugés nécessaires dans leur quotidien. Parmi eux, le téléphone mobile multifonction occupe une place importante et constitue la technologie la plus utilisée à l’exception d’un homme âgé de 80 ans possédant un petit téléphone simple mais qui dit aussi se servir souvent du smartphone de son fils :

Je préfère ça [le petit], je suis vieux pour utiliser tout ça (rires) mais quand j’ai besoin d’appeler au pays, il y a le téléphone de mon fils .

La majorité considère que l’arrivée du téléphone mobile a transformé leurs pratiques de communication en raison des avantages significatifs qu’il offre à la fois en termes de coût et de commodité pour les échanges rapides :

Vraiment ça a une grande utilité […] avant c’était le téléphone fixe, on communiquait juste deux minutes, trois minutes par mois. Ça coûtait cher. (Monsieur Jean, 66 ans, ancien ingénieur)

7Cette notion récurrente d’utilité associée à l’usage d’un téléphone mobile est à prendre en compte parmi les indices pouvant servir à mesurer l’intérêt des migrants âgés dans le rapport aux TIC. Notons également que les enquêtés apprécient le téléphone mobile pour ses différentes fonctionnalités qui, de plus en plus, fournissent un système de messagerie instantanée incluant les diverses possibilités de communication (ex : appels vidéo, envoi d’audios ou de photos) et des informations diverses grâce à Internet. C’est pourquoi, l’application Whats­App remporte un grand succès chez l’ensemble des personnes rencontrées :

« Quand tu as une information tu mets sur le WhatsApp et on s’appelle aussi » (monsieur Jean, 66 ans, vit seul dans un HLM) ; « J’appelle en Guinée ou au Sénégal, c’est
toujours avec WhatsApp » (madame Sadio, 68 ans, vivant seule dans un HLM).

8On soulignera l’intérêt marqué pour l’utilisation de la plateforme YouTube pour la majorité des enquêtés à des fins de recherche d’informations et de divertissement personnel. Certains enquêtés comme madame Monique 65 ans, veuve, vivant seule, disent en être très satisfaits : « J’utilise pour écouter les chansons, la parole de Dieu, c’est très bien sur YouTube ; je suis contente ». Par ailleurs, l’ordinateur équipé d’Internet est un moyen de communication rarement utilisé ; certains semblent intéressés mais leur situation financière ne leur permet pas d’en posséder et quelques personnes déclarent même avoir acquis un téléphone mobile grâce au soutien d’un proche.

9Pour les hommes comme pour les femmes, les nouveaux moyens de communication permettent de réactualiser les liens sociaux préexistants (Sakho, Bangali 2018) et de pouvoir garder virtuellement une prise au monde (Caradec 2009). Dans l’ensemble, les enquêtés ont insisté sur l’utilité des technologies qu’ils utilisent comme des éléments nécessaires au quotidien, constituant une aide majeure pour briser l’isolement : « Parce qu’on regarde beaucoup de choses dans le téléphone, si tu n’as pas de téléphone tu es isolé », estime monsieur Joseph 70 ans vivant en France depuis plus de 20 ans. D’ailleurs, quand nous leur avons demandé comment ils avaient vécu les confinements liés à la Covid-19 en France, c’est aussi l’importance d’un téléphone mobile qui a été mentionnée plusieurs fois. Si les participants se réjouissent d’en avoir un, les difficultés liées à son usage posent pourtant problème, ce qui limite la découverte de nouvelles possibilités offertes par ces technologies.

Processus d’apprentissage consécutif au parcours de vie individuel

10L’analyse du processus d’apprentissage des TIC, et plus précisément du smartphone, par les personnes enquêtées invite d’abord à examiner la manière dont elles ont procédé pour apprendre à utiliser ces technologies. Ce processus s’inscrit dans un continuum de parcours de vie rendant compte « des inégalités de supports » (Robin 2016) dont disposent les migrants âgés, pour élaborer leurs stratégies, selon leurs contextes de vie (ibid.). En effet, les différents entretiens le révèlent, il n’existe pas de processus type par lequel les aînés migrants seraient passés pour apprendre l’usage du téléphone mobile car plusieurs stratégies existent. De manière générale, on constate que la plupart de ces aînés ont été souvent influencés par les proches et par leur situation d’isolement. C’est le cas de monsieur André (71 ans, vivant seul dans un centre, en démarche de régularisation de séjour) : « Écoute, j’étais seul et isolé, petit à petit, ce sont des amis qui m’en ont parlé. Ils m’ont montré petit à petit, comment eux ils faisaient pour naviguer sur YouTube, on m’a expliqué, on fait ça, et comme ça […] ». Cet exemple révèle l’importance de l’entourage au sens large qui joue un rôle pédagogique pour instituer l’échange électronique et construire l’usage social des TIC (Jouët 2000). Soulignons cependant que le rôle joué par les enfants n’exerce qu’une faible influence dans le processus d’apprentissage même si quelques enquêtés y font référence dans les entretiens. Comme nous avons pu l’évoquer, cela s’explique par le fait que la plupart d’entre eux vivent seuls et que leurs enfants sont loin.

11Le processus d’apprentissage ne résulte pas toujours du soutien d’un proche mais aussi d’une expérience personnelle antérieure. Par exemple monsieur Mamadou 76 ans, ancien ouvrier chez Renault, indique avoir appris lui-même à utiliser son téléphone mobile : « J’ai été longtemps vendeur de téléphone pendant plusieurs années, je sais comment ça fonctionne ; je n’ai pas eu de problèmes ».

12L’expérience individuelle combinée souvent à un capital scolaire facilite l’appropriation des TIC, ce qu’illustre le cas de madame Maimouna 68 ans, ancienne fonctionnaire dans son pays. Elle est même étonnée que nous lui demandions si elle avait eu une expérience d’usage avant son arrivée en France : « Je ne suis pas diminuée [rires]. J’ai passé toute ma vie derrière une machine, j’étais opératrice de saisie en informatique, donc je connais ça ».

13L’analyse de processus d’appropriation passe aussi par l’observation des expériences d’utilisation qui repère les diverses stratégies mobilisées par les aînés rencontrés. Souvent confrontés à des difficultés de manipulation technique du téléphone, les migrants que nous avons interviewés, même ceux sachant lire et écrire, ont donc développé des stratégies de contournement qui leur permettent de continuer à utiliser les différentes technologies. C’est le cas de monsieur Djibril 72 ans ancien ouvrier chez Renault, vivant seul dans un foyer. Avec son téléphone mobile, il est très actif dans un groupe de discussion sur WhatsApp où il échange fréquemment avec sa famille restée au pays et suit les différents évènements postés concernant l’actualité au pays. Nous voulons alors connaître la manière dont il utilise WhatsApp alors qu’il ne sait pas lire, ni écrire : « Tout ça fonctionne avec audio. J’envoie les audio, et on me répond ».

14Les stratégies de contournement traduisent plus généralement un appel à la prudence et l’attention dans l’utilisation des TIC. En ce sens, les aînés migrants utilisent seulement les fonctionnalités auxquelles ils sont habitués : « Je connais YouTube, mais je n’utilise pas ; moi, j’évite parce que toucher, comme ça, parfois tu bloques le téléphone » (madame Agnès, 70 ans, veuve, vivant seule dans un HLM, ayant un niveau d’études primaires).

15Ne pas trop toucher semble constituer une stratégie commune. Par exemple pour écouter la musique sur YouTube, madame Isabelle, 70 ans, mariée, analphabète, passe par une icône que sa petite-fille a placée sur l’écran de son téléphone et clique dessus, ce qui lui permet d’accéder à son répertoire musical déjà programmé. Comme beaucoup d’autres, cela évite à madame Isabelle le risque de déprogrammer les fonctionnalités usuelles ; mais ce risque n’est pas toujours évitable, nous le constatons lors de l’entretien avec une autre enquêtée. Madame Monique, 65 ans, bien qu’elle sache un peu lire, n’arrive pas à retrouver son répertoire de musiques préférées sur YouTube dont elle confond l’icône avec celle d’une autre application de même couleur. Après plusieurs tentatives, elle nous demande de l’aider. D’une certaine manière, ces tentatives manifestes révèlent aussi paradoxalement une détermination et une envie d’apprendre des choses nouvelles, ce que confirment d’autres entretiens lorsque nous demandons aux enquêtés s’ils ont envie de connaître ou d’améliorer leurs pratiques. C’est le cas de madame Sadio âgée de 68 ans, ancienne femme de ménage, vivant seule et sans personne pour l’aider dans les démarches administratives et qui est contrainte de passer par une médiatrice sociale. Elle exprime le souhait d’utiliser un ordinateur :

Beaucoup de choses passent par ordinateur, et moi je ne connais pas. J’aimerais bien le faire moi-même.

16Les difficultés d’usage rendent donc indispensable pour la plupart une meilleure appropriation des TIC, notamment en ce qui concerne l’adaptation à la dématérialisation des services administratifs. Par exemple monsieur Joseph, 70 ans, devant scanner des documents ou les télécharger avant de les envoyer par courriel à un service concerné, nous affirme : « C’est pourquoi la formation est nécessaire, peut-être tu peux au moins connaître comment tu vas scanner, comme ça tu sauras comment envoyer, la formation est absolument nécessaire ». Notons que ce besoin de se former n’est pas uniquement une affaire de personnes ayant un faible niveau d’instruction ce que confirment les propos de cet ancien ingénieur (66 ans) : « Faire les déclarations d’impôts ce n’est pas un problème, j’arrive à le maîtriser, maintenant il y a certaines choses de certain niveau qui posent problème il faut le connaître, comme la prise de rendez-vous en ligne, des choses comme ça ; c’est clair qu’il me faut une remise à niveau ». Progressivement notre analyse met en relief la question de l’absence d’opportunités pour ces aînés qui aspirent à améliorer leurs pratiques numériques. Finalement, quelles que soient les difficultés d’usage, les personnes évoquent les bienfaits de ces outils dont elles ont parfois du mal à se passer.

Effets de l’usage du smartphone sur le bien-être

17L’usage des TIC peut avoir des effets bénéfiques sur le bien-être des aînés migrants dans le cadre des interactions sociales à distance et contribuer ainsi à leur inclusion numérique. L’analyse des entretiens révèle plusieurs effets, dont le soutien des liens affectifs, culturels et politiques, qui nous semblent particulièrement significatifs.

Le soutien des liens affectifs

18Le soutien des liens affectifs est une préoccupation qui accroît le recours à l’usage des TIC chez l’ensemble des enquêtés quels que soient le niveau d’étude et le genre. Si l’on se réfère à Norbert Elias (1970), il renvoie à une forme spécifique de lien social qui se caractérise par sa dimension affective et les réseaux de socialisation individuelle pouvant se retracer en suivant les liens motivés par l’affect. Comme le développe Sabine Delzescaux, Elias procède à « une analyse des réseaux d’interdépendances au sein desquels la perspective de “je” du fait des valences affectives (c’est-à-dire des liens d’attachement, des liaisons émotionnelles) qui structurent les relations humaines, se construit aussi bien en rapport avec la perspective du “nous”, qu’avec celle du “tu” et du “vous” ou encore du “il(s), elle(s)” » (2016 : 72). Dans cette perspective, le lien affectif est irréductible à un lien de filiation (Paugam 2008), par le fait même que les aînés interviewés sont investis dans des réseaux de communication extrafamiliale, et comporte donc une dimension d’attachement aux proches avec lesquels ils ont le plus d’affinité. Ainsi, pour certains, la communication régulière permet d’entretenir ce lien. C’est le cas de madame Awa, 62 ans, séparée, vivant avec ses trois enfants. Elle a peu d’occasions de visites pour revoir sa mère habitant au Cameroun : « Tout le temps je l’appelle, on parle tout ça, ça lui fait du bien, et moi aussi […] ».

19Le téléphone constitue une alternative pour maintenir une « coprésence connectée » (Licoppe 2012) permettant d’assurer aussi le soutien moral à distance de parents vieillissants. Le cas de madame Awa n’est pas éloigné de celui de monsieur Jean, 66 ans, qui raconte avec beaucoup d’humour sa communication avec sa mère résidant en Côte d’Ivoire. Il l’appelle souvent en visio :

J’ai mon neveu qui a toujours un téléphone avec lui, quand j’ai besoin, j’appelle et je lui dis de me passer ma mère. Elle [ma mère] dit souvent « mets la télévision pour que je te voie » (rires), au fait [sic] c’est la vidéo c’est ça qu’elle appelle la télévision ; oh ! on parle beaucoup ça me donne le moral, quand je la vois, je suis content, enfin, on est tous les deux contents.

20Cet extrait met en lumière la satisfaction morale qui renvoie aux sentiments positifs réciproques éprouvés dans le cadre d’une communication intrafamiliale. D’autres entretiens mentionnent l’importance de la vidéocommunication qui semble faciliter le partage des émotions de façon simultanée.

Quand on peut se parler en se voyant c’est encore mieux. Je suis dans le groupe de mes enfants, ça arrive qu’on appelle en se voyant tous. On est contents. L’appel en vidéo est très important ; c’est différent normalement d’un appel au téléphone. Mais l’audio aussi est utile, ça permet d’entendre à nouveau la voix de quelqu’un que tu n’as pas entendu depuis longtemps. (Monsieur André, 71 ans, marié, niveau d’études primaires, vivant seul dans un centre)

21L’envoi de messages audios trouve également écho dans les discours de presque tous les participants. Les différentes interactions au moyen du téléphone avec les proches aident donc à entretenir la relation et procurent la satisfaction morale et des émotions positives, quels que soient les moyens utilisés. L’échange de photos semble aussi être un élément indispensable pour entretenir le lien affectif, en témoigne le discours de madame Maimouna, 68 ans, veuve et ancienne fonctionnaire vivant en France comme réfugiée depuis 2017. Sa famille vit dispersée : elle a une fille aînée vivant en France dans une autre région, qu’elle dit rencontrer rarement. Le reste de sa famille proche vit dans son pays en Afrique. Elle est contente de nous montrer un répertoire de photos qu’elle a reçues par WhatsApp et sur son compte Facebook : « Tu vois ! ils sont là (rires) je suis tout le temps connectée. Oui, je reçois beaucoup de photos, ma jeune sœur est aux États-Unis. Je l’appelle souvent, mais oui c’est ma jeune sœur. Elle m’appelle maman ».

22Les détails évoqués dans les propos de madame Maimouna sont essentiellement d’ordre affectif. Maintenir un contact permanent avec sa sœur est source de joie. Il importe de souligner que ces différents entretiens nous ont amené à constater que l’ensemble des enquêtés communiquent le plus souvent avec les membres de leur famille proche. La fréquence des communications varie d’une personne à l’autre, mais en général, les personnes rencontrées déclarent communiquer au moins une fois par semaine avec leurs proches éloignés. C’est le cas de madame Awa, 62 ans, séparée, vivant avec ses enfants dans un HLM :
Au moins une fois par semaine, pour appeler quelques membres de la famille, […] parfois tu as besoin d’avoir les nouvelles.

23En revanche, dans certaines situations, le maintien du lien affectif recherché n’est pas toujours facile à atteindre. Les problèmes de connexion à Internet dans la plupart des pays d’origine et les difficultés pour les proches ne disposant pas d’un moyen de communication limitent les échanges :

Ils sont obligés de se déplacer pour aller où ils peuvent mieux capter la connexion parfois il faut passer par quelqu’un qui a un téléphone pour appeler un proche […] c’est compliqué. (Monsieur Joseph, 70 ans, marié, réfugié, vivant en couple).

24Notons aussi que les situations de précarité compromettent le maintien de la communication régulière. Madame Monique, 65 ans est contrainte de limiter ses communications au pays malgré un attachement qu’elle affirme dans son discours à l’égard de sa nièce vivant au Congo. Elle perçoit des prestations sociales « modestes » dont elle nous détaille l’usage au centime près : « Quand on va me payer [caf : caisse d’allocation familiale], je vais acheter les giga pour appeler ma nièce au pays maintenant je n’ai pas encore l’argent. C’est peu pour moi on me donne 450 €. J’ai payé le loyer hier, le loyer c’est 125 €, je dois payer l’eau, le courant. […] Elle [la nièce] est la fille de mon frère, c’est la seule de la famille qui me reste. Elle me manque mais je n’ai pas le choix ».

25Finalement, nos résultats permettent de constater que la plupart des aînés migrants ont souvent la volonté de maintenir le lien affectif à distance, mais n’ont pas toujours les moyens d’y parvenir. Cela peut être source de frustration. Malgré ces difficultés, les différents témoignages mettent en évidence d’autres effets qui révèlent l’utilité de l’usage des TIC chez les migrants âgés, notamment le maintien des liens culturels et politiques.

Le maintien des liens culturels et politiques

26Le maintien des liens culturels et politiques constitue une préoccupation dans la vie de la plupart des migrants âgés surtout quand les occasions de visites au pays se font rares. Il renvoie à un sentiment d’appartenance identitaire que chacun de ces aînés entretient avec son pays d’origine notamment en ce qui concerne le lien de citoyenneté (Paugam 2008). Il se révèle une source de nostalgie mêlant sur le « plan affectif, un sentiment vécu de façon douloureuse par la notion de perte qui s’y rattache », mais aussi « la satisfaction de pouvoir se rappeler » (Stern 1996 : 18) son appartenance identitaire. Dans cette optique, l’usage des TIC répond au besoin de préserver « l’équilibre d’un Moi idéal » (ibid.). En effet, certains migrants âgés rencontrés ont quitté leur pays depuis plusieurs années et ont souvent connu les séparations familiales. Comme l’ont montré certaines études, la plupart des migrants « connaissent une discontinuité dans leur parcours de vie, laissant derrière eux les contextes socioculturels auxquels ils appartenaient et qui leur fournissaient auparavant un filet de sécurité et un sens à leur vie » (Ciobanu, Fokkema, Nedelcu 2020 : 2). Aujourd’hui les aînés rencontrés s’appuient sur Internet et les médias sociaux pour poursuivre les activités d’intérêt personnel et qui donnent sens à leur quotidien :

Moi, il y a longtemps que j’ai quitté le pays, j’étais au pays pour la dernière fois en 2012. Quand je regarde YouTube, ça m’aide, parce qu’il y a des choses qui me manquent […] Il y a aussi des émissions marrantes qui aident pour le moral. (Monsieur André, 71 ans, marié, vivant seul dans un centre, en démarche de régularisation de séjour)

27Cet extrait permet de constater que monsieur André, bien que nostalgique, trouve en YouTube une source de divertissement personnel. De plus, l’accès à Internet et l’utilisation fréquente des médias sociaux aident la plupart des migrants à s’informer des évènements politiques : « Oui, ça m’intéresse bien sûr la politique mais vous savez les débats, moi j’écoute plutôt les journalistes étrangers sur mon pays » (Monsieur Jean, 66 ans, divorcé, ancien ingénieur, vivant seul dans un HLM).

28Progressivement, les résultats révèlent que ces différentes technologies ne sont pas uniquement utilisées pour la recherche d’actualité ; elles constituent également pour certains des lieux d’autoformation et de savoir :

Ça permet aussi d’avoir un jugement critique, ça peut aussi t’aider à avoir une conversation avec les compatriotes, parfois tu vois les émissions des journalistes sur YouTube, tu peux dire, « écoute, il faut faire attention, ces journalistes parfois disent des mensonges » […], ça permet de connaître quand même ce qui se passe dans le pays […]. (Monsieur Joseph, 70 ans, marié, réfugié, vivant en couple)

29Cette notion de jugement critique permet aussi de cerner la différence selon le genre quant à l’intérêt que les femmes et les hommes rencontrés portent à la recherche d’information (d’actualité politique) sur leurs pays d’origine. Contrairement aux hommes, les femmes sont investies davantage dans les circuits de communications intergénérationnelles et d’activités d’occupation personnelle. D’ailleurs, quand nous avons voulu savoir si elles utilisaient aussi, comme les hommes, le téléphone mobile à des fins de communication ou de recherche d’actualité politique, c’est le désintérêt de la politique qui ressort de différents entretiens : « Moi, je ne regarde pas, ça ne m’intéresse pas, j’écoute les chansons de l’église, parfois on prie sur Internet » (madame Marie, 70 ans). Dans certains entretiens, ce désintérêt s’explique pour certaines femmes en partie par une expérience négative associée aux différents facteurs qui ont pu influencer leur parcours migratoire. Madame Maimouna, 66 ans, réfugiée politique nous explique avec dégoût son expérience de l’exil :

Pourquoi je suis, là, c’est à cause d’eux [les politiques], mon mari a été tué… je n’ai plus de maison là-bas, déjà moi, ça ne m’intéresse pas, si j’ai quitté mon pays c’est à cause de ces politiques, oh il faut voir dans mon pays, c’est triste. Ils pensent seulement à leur famille… là- bas la politique ça ne va pas. Ça ne m’intéresse pas.

30Notons que la recherche d’actualité politique peut être différente selon le parcours de vie des hommes. Monsieur Olomide, 70 ans, réfugié, était un homme politique dans son pays avant d’arriver en France. Il passe la plupart de son temps à regarder les émissions politiques sur YouTube :

C’était ma vie [la politique], j’ai fait 25 ans de vie politique… j’ai mon téléphone, j’écoute les infos, je regarde sur Internet, YouTube ; c’est devenu mon nouveau travail (rires), je sais ce qui se passe au pays […] la politique ne te quitte pas ; on s’appelle souvent avec mes amis [qui sont ailleurs dans d’autres pays] pour commenter la politique, on se coordonne pour discuter tout ça ! Avec le téléphone, c’est plus simple, avec WhatsApp, ça m’a beaucoup aidé.

31D’ailleurs, il dit son avenir « ambitieux », il rêve de retourner dans son pays et tenter de se réengager en politique : « Si un jour je retourne là-bas, c’est mon ambition, je peux tenter, ça serait impossible que je ne m’engage plus en politique ». Les hommes rencontrés, parfois critiques, ont dit que ces émissions sont une source d’information nécessaire et qu’elles les aident à se sentir moins éloignés de leurs pays dans lequel quelques-uns rêvent de retourner.

Discussion

32Notre étude visait à examiner la manière dont les migrants âgés perçoivent les TIC, l’intérêt qu’ils y portent et surtout l’incidence qu’ont les TIC sur leur bien-être. Cela a été réalisé en analysant les motivations individuelles ainsi que les contextes sociaux impliqués dans l’utilisation des outils numériques. Les résultats ont ainsi permis de mettre au jour la diversité d’effets que procurent les TIC sur le bien-être qui devient un leitmotiv dans le rapport à la sociabilité numérique chez les aînés rencontrés. Comme nous avons pu le développer, celui-ci renvoie à un ensemble de significations subjectives positives qui sont en toute logique la manière dont chacun de ces aînés apprécie les bienfaits de la technologie qu’ils utilisent le plus. De ce fait, leur accès aux TIC et l’utilisation de leurs ressources apparaissent salutaires pour entretenir des liens multiples, ce qui constitue une source supplémentaire d’épanouissement personnel. Face à leur isolement, les personnes enquêtées ont des stratégies incluant l’investissement dans les activités d’intérêt personnel ; nos résultats montrent aussi que le smartphone joue un rôle particulièrement important dans leur quotidien.

33Premièrement, leur insistance à parler avec enthousiasme de leurs moyens de communication traduit l’utilité de ces technologies et une incidence positive sur les liens sociaux (Chen, Frennert, Östlund 2022). En ce sens, nos résultats montrent que l’ensemble des migrants âgés interviewés sont impliqués dans des groupes de discussion grâce à diverses applications du smartphone, confirmant ainsi l’utilité de ces technologies pour eux. Cela est encore plus vrai qu’on constate, au cours des entretiens, l’envie quelque peu obsessionnelle de vouloir à tout prix rester « connectés », envie qui se vérifie par la participation active dans les groupes d’échanges et de discussions. On peut d’ailleurs se demander si cette participation active n’est pas la manifestation de leur reconnaissance sociale et de leur identité (Jouët 2000). La poursuite d’activités d’intérêt personnel et l’auto-formation contribuent ainsi à des « projections de soi vers l’avenir » (Haissat 2006). En effet, on l’a vu, qu’il s’agisse des opérations de communication avec les proches ou de recherches d’informations, les usages du smartphone s’inscrivent dans un processus relationnel qui semble soutenir l’intégration sociale en brisant l’isolement, comme cela a été cité par les aînés vivant isolés.

34Le désir de reconnaissance sociale et identitaire se traduit par le besoin de se former aux TIC manifesté par les aînés migrants et identifié dans plusieurs entretiens. Certaines études ont souligné que ce besoin de se former était au cœur des enjeux de préservation de l’image de soi (Bourdeloie, Boucher-Petrovic 2014). Ainsi les besoins exprimés, par exemple le fait de s’équiper d’un ordinateur, se former à son utilisation ou scanner des documents, participent à « la construction d’une image positive de soi par le sentiment d’exister via la maîtrise de ces dispositifs et la reconnaissance que peut porter l’environnement social et familial » (ibid. : 140).

35Deuxièmement, la plupart des répondants sont conscients de leurs limites dans l’usage des TIC. Ils reconnaissent pourtant leur valeur, pas uniquement parce que ces technologies s’insèrent dans leur stratégie de prévention de l’isolement social, mais surtout parce qu’elles sont une source de soutien du lien affectif. En effet, le maintien de ce lien affectif se pose avec acuité, d’où l’intérêt manifeste pour l’usage des différentes fonctionnalités comme l’envoi d’audios, l’échange de photos ou encore des appels vidéo qui permettent de « publiciser des “scènes” de la vie quotidienne, auparavant inaccessibles dans ce format d’interaction distante » (Morel, Licoppe 2009 : 167). Cette mise en scène de la vie quotidienne constituerait une source de satisfaction morale, ce qui confirme l’effet des TIC dans l’amélioration du bien-être de ces personnes (Bigot, Hoibian 2014). De plus, Internet et les médias sociaux tel YouTube restent prisés par les migrants rencontrés, à des fins d’épanouissement individuel. Par ailleurs, le cas des hommes qui semblent être plus investis dans la recherche et l’échange d’actualités politiques permet d’appréhender quelques différences perceptibles selon le genre dans les expériences d’usage des TIC chez les migrants âgés rencontrés. Cependant, cet intérêt doit être aussi compris à travers le parcours biographique de ces hommes, marqués par la nostalgie et la frustration liée au manque d’opportunités de participation politique : « je suis ici, voilà, je n’ai pas par exemple le droit de voter dans mon pays, ce qui veut dire que je ne suis pas non plus autorisé à présenter une candidature sur quoi que ce soit car je suis réfugié, mais bon ! c’est comme ça », s’indigne cet homme âgé de 70 ans. L’absence de participation démocratique dans son pays en raison de l’exil subi est ainsi vécue comme une négation de ses droits de citoyen (Paugam 2008). Par ailleurs, le lien entre intérêt pour les faits politiques et genre n’est pas anodin. Il rappelle les représentations sociales qui jouent un rôle important dans l’engagement politique selon les contextes socioculturels. Dans les pays du Sud, en Afrique subsaharienne par exemple, le niveau d’implication socio-politique et militante des femmes âgées reste encore faible par rapport à celui des hommes (Rouamba 2012), en raison notamment de la persistance des inégalités sexuées et des préjugés machistes (Locoh, Puech 2008).

36Enfin, selon nos résultats, il importe de souligner que, quelle que soit l’utilisation, l’écoute active des sujets d’intérêt personnel à travers les médias sociaux procure à ces femmes et ces hommes la satisfaction morale sur le plan personnel : « ça m’aide » ; « ça fait plaisir » ; « tu te sens reposé ». Certaines études en sociologie des médias ont d’ailleurs constaté que les écoutes prolongées permettaient « d’en retirer des satisfactions spécifiques répondant à des besoins psychologiques ou psychosociologiques » (Proulx 2005). Pour les aînés migrants rencontrés, la recherche des bénéfices que procurent les TIC fait donc partie des motivations du processus de leur appropriation. C’est la raison pour laquelle la plupart d’entre eux nous ont dit ne plus pouvoir vivre sans leur smartphone. Dès lors, on comprend que ce sont finalement « les valeurs qui valorisent l’objet en question en lui conférant son utilité » (Caradec, Eve 2002 : 169). C'est ce qu’a aussi indiqué Catherine Gucher (2012 : 28), « le degré de pertinence des technologies nouvelles et, en conséquence, leur acceptabilité, s’apprécient à partir de la manière dont elles se présentent comme support de la continuité et du projet de vie des personnes ou comme effraction dans leur univers de sens et de pratiques ». Les résultats soulignent donc l’importance « du sens conféré à l’usage » (ibid.), expliquant ainsi l’intérêt que les aînés migrants manifestent pour une meilleure inclusion numérique.

Conclusion

37Notre analyse des expériences vécues par les aînés migrants subsahariens dans leur rapport à l’usage du smartphone montre que l’appropriation du numérique est au cœur des préoccupations. Elle met en lumière le problème de l’éloignement de leurs proches et du pays d’origine qui les incite à adopter les TIC, en particulier le smartphone. On assiste cependant à un processus d’appropriation différencié interne suivant les parcours de vie, la présence ou l’absence de la famille, le lieu de résidence, le type de métier effectué et le genre. Nous avons aussi montré que, même si ce processus d’appropriation est semé de nombreux obstacles pour la plupart des enquêtés, des stratégies développées pour les contourner révèlent la valeur utilitaire qu’ils accordent aux TIC, en raison de leurs bienfaits (soutien des liens affectifs, culturels et politiques) qui donnent sens à leur quotidien. Les usages du smartphone apportent donc un soutien significatif au bien-être des aînés dans le contexte transnational, et contribuent en toute logique à la reconnaissance sociale et identitaire, indépendamment de leur genre ou de leur statut social. Cette reconnaissance est un facteur de désir d’une meilleure inclusion numérique, particulièrement accru par l’inquiétude exprimée concernant l’usage des services administratifs dématérialisés.

38En France, l’inclusion numérique constitue une priorité des politiques publiques dans la mesure où la fracture numérique persiste chez les personnes âgées comme chez les jeunes, ce que révèlent différentes études (Grellié et al. 2022 ; Bouquet, Jaeger 2015). Nos résultats incitent donc à poursuivre une politique vigoureuse d’inclusion numérique des personnes vulnérables, rappelant ainsi qu’il est primordial de mettre leurs préoccupations au centre de l’innovation numérique. Cela devient incontournable dans une société comme celle de la France où l’accompagnement du vieillissement des aînés appelle à (re) penser des actions de soutien adaptées à leurs situations, afin de mieux les intégrer dans la société numérique. Dans ce cas, en référence de certains auteurs, si l’on tient compte des expériences d’usage du smartphone par les migrants âgés, l’inclusion numérique devrait mettre l’accent sur les projets qui doivent avoir du sens pour les usagers, citoyens et habitants (Bouquet, Jaeger 2015). Il s’agira davantage de rendre le numérique accessible à chaque individu en lui transmettant les compétences numériques qui seront un levier de son inclusion sociale (ibid.). Pour les aînés migrants rencontrés, cela passe notamment par une prise en compte des situations que nous avons pu identifier, telle la situation économique qui engendre des obstacles supplémentaires.

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Notes

1 Cet article s’inscrit dans un projet de recherche, sur l’« usage des TIC par les immigrés âgés en situation de vulnérabilité relationnelle », qui a bénéficié d’une bourse de recherche de la fondation Croix-Rouge française en 2021. Recherche menée à l’Ined au sein de l’UR 12 « Mobilités, parcours et territoires ».

2 Page 47 du Rapport d’information déposé en application de l’article 145-8 du Règlement par la commission des affaires sociales sur la mise en œuvre des conclusions de la mission d’information sur les immigrés âgés et présenté par Alexis Bachelay, député (2016), n° 3980, <https://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-info/i3980.pdf>.

3 Selon les dernières données de l’Insee, en France métropolitaine, le seuil de pauvreté monétaire en 2020 est de 1 128 euros par mois, fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian (Insee 2022).

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Pour citer cet article

Référence papier

Emmanuel Niyonsaba, « Usages du smartphone par les migrants âgés subsahariens »Revue des sciences sociales, 70 | 2023, 100-109.

Référence électronique

Emmanuel Niyonsaba, « Usages du smartphone par les migrants âgés subsahariens »Revue des sciences sociales [En ligne], 70 | 2023, mis en ligne le 12 décembre 2023, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/revss/10384 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/revss.10384

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Auteur

Emmanuel Niyonsaba

Institut national d’études démographiques (Ined)
emmanuel.niyonsaba[at]ined.fr

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Droits d’auteur

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