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Recensions

Lukas Fuchsgruber, Das Spektakel der Auktion. Die Gründung des Hôtel Drouot und die Entwicklung des Pariser Kunstmarkts im 19. Jahrhundert

Margaux Dumas
p. 120-122
Référence(s) :

Lukas Fuchsgruber, Das Spektakel der Auktion. Die Gründung des Hôtel Drouot und die Entwicklung des Pariser Kunstmarkts im 19. Jahrhundert, Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme et Centre allemand d’histoire de l’art de Paris (DFK), 2020, 226 pages

Notes de la rédaction

https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.57732/rc.2023.1.102673

Texte intégral

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Crédits : Éditions de la Maison des sciences de l’homme et Centre allemand d’histoire de l’art ( DFK)
  • 1 Voir notamment Manuel Charpy, Le théâtre des objets. Espaces privés, culture matérielle et identité (...)

1Das Spektakel der Auktion. Die Gründung des Hôtel Drouot und die Entwicklung des Pariser Kunstmarkts im 19. Jahrhundert, paru en 2020, est tiré de la thèse de Lukas Fuchsgruber soutenue en 2018 à la Technische Universität de Berlin. Cet ouvrage, qui s’attache à analyser l’histoire de l’Hôtel Drouot à partir de sa création en 1852, s’inscrit dans le contexte d’une recherche actuelle dynamique sur le marché de l’art et plus spécifiquement sur le sujet de l’Hôtel Drouot, des commissaires-priseurs et de l’importance économique et culturelle du marché de l’art dans la vie parisienne1.

2En étudiant la transition entre l’hôtel Bullion et l’Hôtel Drouot suite à son inauguration le 1er juin 1852, Lukas Fuchsgruber parvient très bien à montrer tout au long de son travail comment la création de l’Hôtel Drouot a eu un impact à la fois sur le marché de l’art dans son aspect économique et financier mais aussi sur le goût, la collection et la création artistique de son temps. Construit pour créer un équivalent aux maisons de ventes aux enchères britanniques Christie’s et Sotheby’s (p. 35), l’Hôtel Drouot a ainsi joué un rôle important dans la montée en puissance du marché de l’art au milieu du XIXe siècle (p. 25).

3Par une démonstration en trois chapitres, l’auteur analyse le changement de paradigme que représente la création de l’Hôtel Drouot au milieu du siècle. Le premier revient sur sa création comme espace dédié à la vente aux enchères publiques. L’auteur questionne d’abord l’Hôtel Drouot comme lieu de réseaux et de vie pour tout un ensemble de professions qui interagissent entre elles et qui sont plus ou moins interdépendantes. Lukas Fuchsgruber renvoie alors aux travaux d’Isabelle Rouge-Ducos, par exemple, qui traitent en particulier le cas des commissaires-priseurs. C’est ici un environnement dans son ensemble qui est étudié par Fuchsgruber. Si cette vue d’ensemble ne permet pas d’entrer dans des détails qui pourraient être intéressants pour le lecteur, elle souligne cependant le lien entre le lieu et son usage, un espace mis en place pour guider les yeux et faire voir les œuvres (p. 35). Drouot apparaît alors comme un « Monument des Kunstmarkts », monument pour le marché de l’art, espace consacré à l’esthétisme et à l’économie. La proximité avec le secteur financier est ainsi illustrée par la proximité géographique de la Bourse, cœur économique de Paris. Il est également proche des rédactions de journaux de l’époque, montrant ainsi l’importance de la presse pour le marché (p. 47). S’il s’agit d’un lieu physique, c’est également un espace social qui s’insère dans un environnement qui fait sens par rapport aux mutations du marché, en étant au centre du marché de l’art de l’époque, et proche des galeries et marchands d’art (p. 48).

4Le deuxième chapitre décrit le fonctionnement de l’Hôtel Drouot et met en lumière l’émergence de nouveaux acteurs. Fuchsgruber présente certaines de ses sources et bases de données, ainsi que la méthode d’analyse des données recueillies dans le cadre de ce travail (p. 55). Il propose ainsi une étude de réseaux, notamment autour de la figure du marchand d’art expert qui émerge avec la création de l’Hôtel Drouot et avec la reconfiguration du marché (p. 56). Ce nouveau type d’acteur illustre les liens entre art et économie redéfinis dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ces activités et nouveaux acteurs en lien avec le secteur économique ont alors un impact sur la création artistique (p. 58), comme en témoigne la figure de l’Auktionskünstler définie par Fuchsgruber. Il montre ainsi la manière dont certains artistes adaptent leur activité artistique en lien avec les ventes à Drouot qui offre alors un espace à la fois d’exposition et de vente (p. 87). Cette partie est particulièrement intéressante, car Fuchsgruber replace l’artiste dans cet espace et dans cet environnement, et fait des artistes des acteurs actifs du marché de l’art et des enchères publiques. Il fait également le lien avec le marché de l’art contemporain et le rôle des artistes contemporains dans le poids financier et économique que ce marché représente aujourd’hui. Fuchsgruber propose des parallèles avec des artistes tels que Damien Hirst, qui utilisent également le marché et les nouvelles technologies afin de développer leur production artistique et la valeur marchande de leurs œuvres. Ces renvois à ce que les spécialistes connaissent du marché actuel et de ces bouleversements technologiques constituent l’un des intérêts majeurs de cet ouvrage qui introduit son objet d’étude dans des questionnements et enjeux contemporains. Par ailleurs, cela permet au lecteur de saisir plus aisément le changement qu’a dû représenter la mise en place de l’Hôtel Drouot en 1852.

  • 2 Voir Emmanuelle Polack, Le marché de l’art sous l’Occupation, Paris : Tallandier, 2018 ; Dominique (...)

5Le changement a aussi, et surtout, été d’ordre économique. Le concept de Drouot comme Börse der Kunst, bourse de l’art, est développé dans un dernier et long chapitre sur le rôle du Spektakel der Auktion, le spectacle de la vente en enchère publique, comme moment de changement du paradigme de la valeur de l’art. Un ensemble d’acteurs impliqués et de sources permettent à Lukas Fuchsgruber de questionner le rôle de l’Hôtel Drouot et de l’enchère publique dans une redéfinition de la valeur marchande de l’art, plus insérée dans le monde capitaliste du XIXe siècle. L’auteur s’appuie pour cela sur un corpus littéraire lié à la pratique de l’Hôtel Drouot, la Auktionshausliteratur (p. 95). Les différents protagonistes qui sont décrits et définis dans ce type de sources lui permettent de dresser un tableau de la façon dont fonctionnait Drouot au XIXe siècle mais aussi des enjeux auxquels était confronté ce milieu. Un sous-chapitre est consacré à l’antisémitisme. L’expert, qui fixe la valeur et l’attribution, est caricaturé comme Juif dans la littérature et l’imaginaire visuel de l’époque. Ainsi, à travers cette figure, les ressorts de l’antisémitisme dans la société française, et donc à Drouot, sont décrits (p. 111). Ce passage, important, fait écho au rôle du marché de l’art, de l’Hôtel Drouot et des commissaires-priseurs dans la spoliation des biens appartenant à des personnes persécutées par le nazisme, notamment par des mesures antisémites, et à son fonctionnement pendant l’Occupation allemande2. Comme le souligne Fuchsgruber, tous les experts ne sont pas juifs, mais il existe dans la Auktionshausliteratur une caricature de l’expert représenté comme « Juif » en reprenant des discours antisémites. Ces descriptions sont liées à la pratique de l’expert et à son rôle dans la constellation d’acteurs dans l’Hôtel Drouot.

6Cette Auktionshausliteratur est aussi pour Fuchsgruber une forme de théorisation de la valeur de l’art. Ainsi, il explique que les prix fixés et l’économie autour des œuvres sont aussi des signaux pour la création artistique des contemporains. Cette littérature spécifique renvoie alors aux théories économiques développées à la même période, notamment les travaux de Karl Marx et les théories capitalistes (p. 120 et suivantes). Avec cette entrée de l’art dans le monde de la finance, ces objets particuliers n’échappent plus au capitalisme et à la spéculation. Cet ouvrage est une excellente porte d’entrée pour comprendre l’histoire de l’Hôtel Drouot en tant que système, et son apport dans le développement du marché de l’art parisien au XIXe siècle.

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Note de fin

1 Voir notamment Manuel Charpy, Le théâtre des objets. Espaces privés, culture matérielle et identité bourgeoise. Paris, 1830–1914, thèse de doctorat sous la direction de Jean-Luc Pinol, Université François-Rabelais de Tours, 2010 ; Isabelle Rouge-Ducos, Le crieur et le marteau. Histoire des commissaires-priseurs de Paris (1801–1945), Paris : Belin, 2013 ; Léa Saint-Raymond, À la conquête du marché de l’art. Le Pari(s) des enchères (1830–1939), Paris : Classiques Garnier, 2021 ; Denise Vernerey-Laplace et Hélène Ivanoff (éds.), Les artistes et leurs galeries. Paris-Berlin, 1900–1950, t. 1 Paris, Mont-Saint-Aignan : Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2019, et ead., Les artistes et leurs galeries. Paris-Berlin, 1900–1950, t. 2 Berlin, Mont-Saint-Aignan : Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2020.

2 Voir Emmanuelle Polack, Le marché de l’art sous l’Occupation, Paris : Tallandier, 2018 ; Dominique Ribeyre et Isabelle Rouge-Ducos, « L’Hôtel Drouot. Le rôle du commissaire-priseur pendant l’Occupation », Séminaire « Patrimoine spolié pendant la période du Nazisme (1933–1945) », Institut national d’histoire de l’art, Paris, 21 juin 2023. Ce séminaire s’inscrit dans le cadre du projet Répertoire des acteurs du marché de l’art en France sous l’Occupation (RAMA). La base de données qui en découle est accessible en ligne : https://agorha.inha.fr/database/76 [consulté le 20 septembre 2023].

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Pour citer cet article

Référence papier

Margaux Dumas, « Lukas Fuchsgruber, Das Spektakel der Auktion. Die Gründung des Hôtel Drouot und die Entwicklung des Pariser Kunstmarkts im 19. Jahrhundert »Regards croisés, 13 | 2023, 120-122.

Référence électronique

Margaux Dumas, « Lukas Fuchsgruber, Das Spektakel der Auktion. Die Gründung des Hôtel Drouot und die Entwicklung des Pariser Kunstmarkts im 19. Jahrhundert »Regards croisés [En ligne], 13 | 2023, mis en ligne le 03 mars 2024, consulté le 25 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/regardscroises/804

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