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Dossier

Ruines, pierres, l’écriture et l’homme. Roger Caillois en quête de durabilité

Markus Schroer
Traduction de Florence Rougerie
p. 46-55
Cet article est une traduction de :
Ruinen, Steine, die Schrift und der Mensch. Roger Caillois’ Suche nach Dauerhaftigkeit [de]

Notes de la rédaction

https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.57732/rc.2023.1.102663

Texte intégral

I.

  • 1 Gaston Bachelard, La poétique de l’espace [1957], Paris : Les Presses universitaires de France, 3e (...)

1Pour le sociologue, critique littéraire et philosophe français Roger Caillois, la vie ne commence pas nécessairement « bien […] enfermée, protégée, toute tiède dans le giron de la maison »1. Comme scène fondatrice de sa biographie, on trouve plutôt les jeux au milieu du champ de ruines qu’avait laissé la guerre dans son sillage en lieu et place des maisons de son village d’enfance :

  • 2 Roger Caillois, Randonnées [1948], rééd. dans id., Espace américain. Randonnées, Montpellier : Fata (...)

« Le bonheur de mes sept ans est ancré dans les maisons détruites et les caves éventrées. Je pense qu’elles me paraissaient plus stables et, pourquoi pas, plus durables que les édifices debout2. »

  • 3 Alfred Sohn-Rethel, Das Ideal des Kaputten, édité par et avec un texte de Carl Freytag, Fribourg/Vi (...)

2La ruine comme terrain de jeux et d’expérimentation de son enfance, la fréquentation quotidienne d’un environnement et d’infrastructures massivement endommagés, semblent avoir enraciné en lui la conviction profonde que la destruction constitue la norme et que seul ce qui est détruit peut durer. L’exception visible devient la norme, non loin d’un « idéal de ce qui est détruit »3 :

  • 4 Roger Caillois, Espace américain. Randonnées, op. cit., p. 70-71.

« Chez moi, l’habitude des espaces dévastés est une seconde nature. J’ai grandi parmi les ruines, au milieu de pans de murs auxquels j’aimais donner le coup de grâce au moyen de divers leviers de fortune. […] Comme tous les enfants de mon âge, j’organisais mes jeux dans les décombres dangereux d’une ville rasée par les bombardements. Le décor ravagé n’était nullement scandaleux pour moi, qui n’en connaissait pas d’autre. J’y voyais plutôt un merveilleux terrain vague, avec des précipices, des forteresses, des pylônes, des savanes, des toundras. […] De telles impressions sont tenaces4. »

  • 5 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée [1978], dans id., Œuvres, édition établie par Dominique Rabourdin, (...)

3Cette impulsion de donner le coup de grâce aux pans de murs encore debout, lui semble être manifestement plus naturelle que celle de vouloir les reconstruire. Achever leur destruction revient à les raser totalement, à les faire passer de la verticale à l’horizontale. C’est comme si de cette manière, ils se rapprochaient de leur vocation originelle, bien plus que les murs encore debout et les bâtiments intacts qui sont in fine voués à disparaître : « Ce qui s’élève au-dessus du sol est destiné à tomber ou à être abattu5. » En d’autres termes : ce qui ne s’élève pas, ne peut pas non plus choir. Et ce qui ne se dresse pas, ne peut pas non plus être renversé. De mon point de vue, les conclusions que Caillois tire de ses toutes premières expériences, qui ne nous sont toutefois connues qu’au travers des interprétations qu’en livre l’auteur a posteriori, ont fourni des motifs fondamentaux de sa pensée et de ses écrits, présents également dans d’autres complexes thématiques.

II.

  • 6 Roger Caillois, Le Mythe et l’homme, Paris : Gallimard, 1938, p. 95.

4La profonde méfiance acquise pendant la guerre par l’expérience de la destruction à l’encontre de tout ce qui s’élève au-dessus du sol ou qui s’en détache, vaut également pour l’homme lui-même qui tire de sa bipédie l’idée qu’une position particulière lui reviendrait dans le règne animal, ce que Caillois conteste avec la plus grande force : « L’homme n’est pas isolé dans la nature. Il n’est un cas particulier que pour lui-même6. » C’est pourquoi il lui importe uniquement de souligner les ressemblances et concordances entre les formes de vie animale et humaine :

  • 7 Roger Caillois, Méduse et Cie [1960], dans id., Œuvres, op. cit., p. 484.

« L’homme est un animal comme les autres, sa biologie est celle des autres êtres vivants, il est soumis à toutes les lois de l’univers, celles de la pesanteur, de la chimie, de la symétrie, que sais-je encore ? Pourquoi supposer a priori que prétendre retrouver ailleurs les propriétés de sa nature, ou inversement retrouver en lui les lois qu’on constate régir les autres espèces, est nécessairement manie, illusion ou mirage ? Toutes les chances sont plutôt pour la continuité7. »

  • 8 Roger Caillois, « Courte note sur l’anthropomorphisme », dans Ibid., p. 484-485.
  • 9 Ibid., p. 484.
  • 10 Ibid., p. 485.
  • 11 Ibid., p. 484.
  • 12 Ibid., p. 485.
  • 13 Ibid. Avec cette façon de procéder et nombre de ses études, Roger Caillois est une source d’inspira (...)

5Cette conviction fondamentale n’est pas qu’un simple postulat. Bien plus, Caillois ne se lasse pas d’apporter des preuves du haut degré de parenté entre les différentes formes de vie. Bien que Caillois ne tienne pas à passer pour un contempteur de la civilisation humaine, la célébration partiale de l’homme comme sommet de la Création lui est profondément étrangère. Ceci parle pour la très grande actualité de l’œuvre de Roger Caillois, comme par exemple quand il note dans son texte « Courte note sur l’anthropomorphisme »8 que lorsque l’on projette des qualités ou des émotions humaines sur des choses ou sur d’autres êtres vivants, il s’agit certes d’une « dangereuse tentation »9 dont il faut toujours garder les dangers à l’esprit, mais aussi qu’un rejet strict de ces projections conduirait à « isoler l’homme dans l’univers et à refuser que les autres êtres lui soient le moins du monde apparentés »10. Si l’on tentait d’écarter « la moindre analogie »11 entre l’animal et l’homme, on se priverait de voir le profond lien qui existe entre ces deux formes de vie. Au lieu de nier celui-ci, Caillois définit comme tâche première de « consentir les conséquences d’une inévitable communauté de condition »12 qui partout « ne peuvent manquer de se traduire, certes de façon toujours singulière, parfois contrastée, mais où il reste possible de dépister les mêmes complicités fondamentales »13.

6Les hommes mettent cependant beaucoup d’énergie en œuvre pour invisibiliser les continuités et relations de parenté indubitables qui existent entre elles. Pour souligner leur propre grandeur et signification, ils érigent des constructions coûteuses qui leur ressemblent peu ou prou, censées être visibles de loin en vertu de leur verticalité et de leur hauteur. Ce faisant, ils ne reculent pas non plus devant la tâche d’empiler des blocs de pierre énormes qui ne semblent recevoir comme seule fonction que de parler de l’excellence du genre humain :

  • 14 Roger Caillois, Pierres [1966], dans id., Œuvres, op. cit., p.1074. Il étudie à plusieurs reprises (...)

« Je songe qu’ils n’avaient peut-être pour mission que de rappeler et d’illustrer le paradoxe d’un quadrupède vertical. Ils exaltent l’idée et le vouloir d’une espèce encore ivre de s’être dressée et d’avoir à ce prix – moins d’équilibre dans la station, moins de rapidité dans la course – libéré pour des tâches encore insoupçonnables ce qui déjà était devenu des bras et des mains14. »

  • 15 Georges Bataille, La Part maudite, in : Œuvres complètes, XII vols, vol. VII, éd. par Denis Hollier (...)
  • 16 Roger Caillois, Le Sacré de transgression. Théorie de la fête [1939], dans id., Œuvres, op. cit., p (...)
  • 17 Roger Caillois, Pierres, op. cit., p.1074.
  • 18 Roger Caillois, « La cité et le poème », dans Cases d’un échiquier, Paris : Gallimard, 1970, p. 152
  • 19 Roger Caillois, Pierres, op. cit., p. 1072.
  • 20 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 98.

7Bien que ce passage fasse écho au motif bataillesque de la dépense improductive15 que Caillois reprend encore largement dans sa théorie de la fête16, de telles entreprises semblent entre-temps plutôt susciter son agacement et sa critique : « Nulle entreprise plus extravagante que de mettre debout les pierres les plus longues et les plus lourdes. Rarement autant d’ingéniosité, tant d’énergie furent gaspillées pour un bénéfice, de tout évidence, aussi métaphorique et déraisonnable17. » Dans un texte sur le poète chilien Pablo Neruda (1904-1973), Caillois renvoie en accord avec celui-ci à l’immense souffrance humaine au prix de laquelle s’est faite la construction de ces édifices aujourd’hui célébrés comme des moments de grandeur architectonique de l’histoire de l’humanité. Sans les efforts inhumains fournis par d’innombrables ouvriers anonymes, qui ont payé de leur vie la satisfaction des exigences démesurées de leurs maîtres, « ni les pyramides n’existeraient, ni Saint-Pétersbourg, ni Macchu Picchu, si bien que l’homme le plus sensible ne regrette pas leur mauvais trépas sans remords ou sans hésitation. Je ne récrimine ni ne choisis. Le dilemme est inextricable »18. Caillois ne parvient pas à se frayer un chemin jusqu’à une condamnation claire et sans appel, mais prend une position ambiguë, dans la mesure où il est inenvisageable de déclarer se détourner de ces chefs-d’œuvre monumentaux de l’architecture qu’a produits l’humanité, tout comme il est impossible d’ignorer les conditions inhumaines de leur réalisation. Ce n’est donc pas un hasard s’il désigne les pierres levées comme des « pierres contre nature »19. Les « pierres naturelles » se trouvent, elles, sur le sol, ce qui est pour lui leur position appropriée. C’est pourquoi, contrairement à une architecture si monumentale, largement visible, qui est avant tout l’expression de l’hybris de l’espèce humaine et de la folie des grandeurs de toute une série de despotes, une forme d’architecture s’attire sa sympathie sans mélange. Il s’agit d’une architecture qui ne veut pas être dans la surenchère ni être vue à tout prix, mais une architecture qui se cache. Caillois rapporte avec fascination les exemples d’une « architecture invisible »20 qui ne surplombe pas la terre, mais y est profondément intégrée. À côté de quelques autres exemples, Caillois cite en particulier les temples d’Ajanta, construits au Ve siècle, qui se trouvent dans l’État fédéral de Maharashtra en Inde et furent classés en 1983 au patrimoine culturel mondial de l’UNESCO. Contrairement à des temples comparables érigés dans des grottes naturelles d’une taille exceptionnelle, les temples d’Ajanta constituent

  • 21 Ibid., p. 100.

« eux-mêmes les cavernes. On ne les a pas élevés dans des grottes en ajustant des pierres les unes sur les autres : des princes dévots et des architectes téméraires les ont fait surgir tout gréés de la pierre en enlevant autour de l’offrande qu’ils allaient devenir précisément la pierre superflue qui en dissimulait la magnificence. Ils ne la créaient pas. En quelque sorte, ils la décantaient21. »

  • 22 « Les dernières énigmes de Roger Caillois. Propos recueillis par Hector Bianciotto et Jean-Paul Ent (...)
  • 23 Ibid.
  • 24 Roger Caillois, Méduse et Cie [1959], dans id., Œuvres, op. cit., p. 479-484.
  • 25 Voir ibid., p. 482.

8Caillois compare cette façon particulière de l’architecte de procéder avec le travail d’un mineur ou d’un sculpteur qui n’ajoute rien à un bloc de pierre préexistant, mais extrait une forme de la matière en lui soustrayant des morceaux. Pour lui, une telle façon d’utiliser la matière existante est d’une importance capitale, dans la mesure où elle lui permet de sortir de son aversion fondamentale pour tout ce qui est produit artificiellement et ajouté a posteriori, aversion qu’il souligne sans relâche. Des miroirs à la reproduction, en passant par l’écriture, ce rejet s’exerce à l’encontre de toutes les forces et inventions qui redoublent, étendent ou démultiplient le monde existant : « Je déteste la procréation et les romanciers qui ajoutent des créatures à un monde déjà trop peuplé22. » Son aversion pour la production et la reproduction va si loin qu’elle se condense en une maxime fondamentale – et qui est aussi avant tout esthétique – que l’on pourrait résumer par un « Ne rien ajouter ! ». En lieu et place d’innovation et d’invention, Caillois se préoccupe avant tout de la création à partir de ce qui existe déjà. En droite ligne du chimiste russe Dimitri Ivanovitch Mendeleiev (1834-1907), il se montre convaincu d’« un système d’échos, de repères, dans les données du monde ». « Les choses s’y répètent, s’y recoupent, s’y chevauchent »23. C’est pourquoi il s’est fixé comme mission première de découvrir les motifs récurrents de la nature, cachés la plupart du temps, et de mettre en évidence les relations sous-jacentes entre tout ce qui existe. Au sens de ses « sciences diagonales »24 qu’il a inventées pour l’occasion, Caillois s’évertue à rendre visibles les nombreux liens, rapports et parentés qui existent entre les différentes formes de vie, même s’ils sont de plus en plus cachés par des sciences en voie de spécialisation croissante qui n’entretiennent plus les unes avec les autres de relation d’échange et de réciprocité, mais s’enferment dans leurs domaines de spécialisation qu’elles ont littéralement cloisonnés25.

  • 26 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 162.
  • 27 Voir ibid., p. 137 sq.
  • 28 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 62.
  • 29 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 161.
  • 30 Ibid.
  • 31 Ibid., p. 162.
  • 32 Caillois s’est tourné vers de tels écrivains qui partagent cette aversion selon sa vision des chose (...)
  • 33 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 105, 159.
  • 34 Ibid., p. 102.
  • 35 Ibid., p. 105.
  • 36 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 59.

9L’aversion à l’égard de la production, de la reproduction et de l’invention qu’exprime Caillois sans dissimulation dans ses réflexions sur l’architecture, le malaise qu’il formule à maintes reprises à l’encontre d’une multiplication incontrôlée à tout point de vue, ont laissé de profondes traces dans son œuvre. Il conjure sans cesse ce « danger d’un foisonnement »26, qui conditionne tout autant ses préventions à l’encontre du monde des plantes27 que sa plainte continuelle au sujet de « la profusion des mots, par cet énorme cancer que représentent l’écriture, la pensée et la philosophie, par le monde cancérigène des bibliothèques, des livres et des journaux : prolifération absolument aveugle qui empêche de voir la vérité »28. La « prolifération anarchique des idées »29 hors de tout contrôle, est ce faisant directement associée à la « luxuriance »30 des plantes : « La condition de la pensée l’appareille à la condition végétale31 ». Malgré ce rejet apparemment global du monde littéraire, il faut considérer que Caillois n’a eu accès à lui que sur le tard, de manière différée : il a appris à lire tardivement, mais a ensuite mûri promptement pour devenir un lecteur assidu, avant de s’engager en faveur de la diffusion de la littérature sud-américaine qu’il avait découverte lors de son séjour temporaire en Amérique du Sud, pour finir par devenir lui-même écrivain. Sa critique sans ambages ne vaut donc pas tant pour la littérature dans son ensemble que pour une sorte particulière de littérature qu’il stigmatise comme étant un genre d’affabulation déconnectée du monde réel et incapable d’en rendre compte32, enfermant les hommes dans une « bulle »33 qui les empêcherait de voir encore le monde tel qu’il est. Dans son texte autobiographique Le fleuve Alphée ainsi que dans l’interview précédemment citée, il résume a posteriori le chemin de vie qu’il a emprunté comme le passage d’un « sauvageon »34 à un écrivain et intellectuel auquel les livres, les mots et les images ouvrent « un univers second, qui à la fois le protège et l’isole de l’autre, de la nature d’avant l’homme »35. Son entrée relativement tardive dans le monde des lettres et des mots qui, avec le recul, lui sembla être une véritable bénédiction, lui a toutefois ménagé un certain accès au monde enfantin des objets. Mais le chemin inverse lui est interdit, à lui aussi, par l’existence de cette bulle, même s’il essaie au cours de ses nombreux voyages de renouer avec ses origines : « J’essaie de retrouver […] ce que j’étais avant de traverser la mer, comme Alphée36. » Au lieu de considérer les deux mondes comme irréconciliables et irrémédiablement séparés, Caillois lutte formellement, du moins de temps à autre, pour les relier l’un à l’autre par une forme d’écriture spécifique qu’il applique avec une intensité toute particulière aux pierres.

III.

  • 37 Jeffrey Jerome Cohen, Stone: An Ecology of the Inhuman, Minneapolis : University of Minnesota Press (...)
  • 38 Voir Roger Caillois, Pierres et L’Écriture des pierres, dans id., Œuvres, p. 1037-1086 et 1087-1097 (...)
  • 39 Marguerite Yourcenar, « L’homme qui aimait les pierres », dans id., En pèlerin et en étranger [1989 (...)
  • 40 Roger Caillois, Espace américain. Randonnées, op. cit., p. 73.

10« L’amour de la pierre est souvent sans réciproque37 ». Cette citation n’est pas de Roger Caillois. Parce que les pierres ont été dans nombre de ses publications au cœur de ses préoccupations38 et qu’il les collectionnait avec passion, on fit de lui à juste titre le portrait d’« un homme qui aimait les pierres »39. Il admet à plusieurs reprises sa profonde « passion pour les pierres »40. Dans la monographie sur les Pierres, il précise d’abord à quelle sorte de pierres va en priorité son intérêt. Ce ne sont pas celles qui attirent l’attention des artistes, des archéologues ou des diamantaires, mais avant tout les spécimens qui restent la plupart du temps dans l’ombre, ceux qu’on ne remarque pas. Caillois s’intéresse aux pierres dans leur forme première, dans leur matérialité pure, non encore travaillée par l’homme, avant leur taille ou leur polissage par la main de l’homme et leur transformation en autre chose, que ce soit en bijou, en œuvre d’art ou en édifice. Son travail sur les pierres vise par cela l’objectif d’autres écrits de sa main pour allier la matière et l’imagination :

  • 41 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 60.

« Pour moi l’imagination n’est rien de plus qu’un prolongement de la matière, je pense que la poésie n’est pas un phénomène purement humain et qu’elle n’est pas un phénomène dû au seul langage. Si, maintenant, je ne m’occupe plus que de décrire des pierres, c’est pour montrer qu’à l’intérieur de ces pierres, et dans la façon dont elles trouvent leur forme, il y a des espèces de réduction, de miniaturisation, de toutes les choses qui sont au monde. L’imagination se flatte de broder à sa guise, et voici que l’intérieur d’une pierre proclame que rigueur et dérive ne font que besogner un canevas immortel, invariable. Les mêmes consignes mystérieuses gouvernent l’inextricable liberté mentale et la gravité minérale41. »

  • 42 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 176.
  • 43 Ibid.
  • 44 Hartmut Böhme, « Das Steinerne. Anmerkungen zur Theorie des Erhabenen aus dem Blick des “Menschenfr (...)
  • 45 Roger Caillois, Pierres, op. cit., p. 1064.
  • 46 Ibid., p. 1078.
  • 47 Roger Caillois, Pierres réfléchies, Paris : Gallimard, 1975, p. 128-129.
  • 48 L’historienne des sciences Lorraine Daston traite de la « peur et du rejet de l’imagination » qui r (...)
  • 49 Roger Caillois, La Pieuvre. Essai sur la logique de l’imaginaire [1973], dans id., Œuvres, op. cit. (...)
  • 50 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 60. Il ne s’agit de rien de moins pour l (...)
  • 51 Roger Caillois, Pierres réfléchies, op. cit., p. 13-14.
  • 52 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 169.
  • 53 Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la conn (...)

11Comme, à Caillois aussi, les pierres n’offrent qu’un vis-à-vis d’abord muet, il importe d’autant plus de découvrir leurs secrets, de déchiffrer leur écriture avec une attention méticuleuse42. Il comprend rapidement qu’il ne peut in fine s’en approcher qu’à travers l’écriture, même si cela lui semble n’être dans un premier temps qu’un moyen auxiliaire, un détour peu apprécié, en raison de l’absence d’autres possibilités d’approches. Il parle à ce propos d’un « va-et-vient »43 entre l’existence des pierres et sa propre existence, que l’on peut définir comme suit avec Hartmut Böhme qui thématise la proximité des romantiques avec les pierres, également signifiante aux yeux de Caillois : « L'homme s’objective dans la pierre ; la pierre se subjective dans l'homme – ce qui signifie à la fois : l’homme impose à la pierre sa subjectivité ; la pierre impose à l’homme sa forme d'objet44. » En tant qu’observateur et descripteur des pierres, Caillois les rapporte à lui-même et se compare à elles : « Le vivant qui [les] regarde comprend qu’il n’est, pour sa part, ni si durable ni si ferme45. » « Il me vient alors une sorte d’excitation très particulière. Je me sens devenir un peu de la nature des pierres46 » – Caillois se prête lui-même à une comparaison avec les pierres qu’il observe, allant jusqu’à l’identification : « Je ne suis pas moins que lui [le calcite] oblique et scabreux47. » Au-delà de la pure écriture de fiction d’une part, qui laisse vagabonder une imagination débridée, et du traité scientifique des plus objectifs d’autre part, bannissant l’imagination des moyens qu’il reconnait comme légitimes dans sa description48, les efforts de Caillois visent à allier l’analyse exacte et l’imagination, bien qu’elles semblent inconciliables de prime abord. Pour caractériser ce procédé, il parle de manière récurrente d’« imagination juste »49, qu’il explicite ainsi : « Il ne suffit pas qu’il y ait imagination, il faut en outre que la mise en images corresponde à un système d’échos, de repères, dans les données du monde50. » Lorsqu’on part sur leurs traces, les pierres délivrent une connaissance centrale pour l’homme aux yeux de Caillois : « La pierre, située dans l’univers aux antipodes de l’homme, parle peut-être le langage le plus persuasif. Elle, qui dure plus que tout vivant, mais sans le savoir, rappelle que l’éternité est à ce prix51. » L’« appétit de durée »52 présent en chaque être humain est l’une des raisons du pouvoir d’attraction qu’exercent les pierres. Mais une métamorphose en leurs qualités de dureté, de fixité, d’immuabilité, d’impassibilité et d’invulnérabilité qu’il souligne et auxquelles il aspire manifestement pour lui-même, ne peut être atteinte qu’au prix d’un renoncement à la vie dans son sens habituel. Tout ce qui vit, passe, a contrario. On peut lire l’affirmation de Gaston Bachelard comme un commentaire de la dévotion de Caillois pour les pierres : « Ce retour à la pensée de la pierre, c’est, sans doute, aux yeux des psychologues la régression d’une vie qui se minéralise53. » Mais Caillois interprète sa passion tout autrement :

  • 54 Roger Caillois, Pierres réfléchies, op. cit., p. 66.

« Il me semble que, gagné à l’insensibilité des pierres, presque tout ce qui est humain m’est devenu étranger. Non que je me sois endurci, c’est qu’il m’arrive aujourd’hui plus souvent qu’autrefois de me sentir à peine distinct de n’importe quelle donnée du monde54. »

  • 55 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux. Capitalisme et schizophrénie, Paris : Les Édition (...)
  • 56 Ibid.
  • 57 Ibid.
  • 58 Rainer G. Schmidt, « Steinwerdung im Licht der Träume. Nachbemerkungen », dans Roger Caillois, Pata (...)

12Caillois semble avoir trouvé « ses zones d’indiscernabilité »55. La ressemblance indifférenciée à l’environnement, un total « devenir tout le monde »56 par le fait de devenir « imperceptible, indiscernable et impersonnel »57. C’est ce motif de dépersonnalisation de sa pensée qui le mène aussi à d’autres thèmes – l’imitation, les masques, le jeu, à travers lesquels il aborde de manière concordante des possibilités de la métamorphose, du camouflage et de l’invisibilité. Dans l’expérience du « devenir pierre »58 menée par Caillois, la dépersonnalisation en particulier, comme tentative répétée de décharger le sujet du poids de l’existence, se révèle fructueuse :

  • 59 Albert Camus, La mort heureuse, Paris : Gallimard, coll. Folio, 2010, p. 52. Voir à ce sujet égalem (...)

« Il y a quelques années, j’avais tout devant moi, on me parlait de ma vie, de mon avenir. Je disais oui. Je faisais même ce qu’il fallait pour ça. Mais alors déjà, tout ça m’était étranger. M’appliquer à l’impersonnalité, voilà ce qui m’occupait. […] Je n’aurais qu’à me laisser aller. Tout ce qui m’arriverait par surcroît, eh bien, c’est comme la pluie sur un caillou. Ça le rafraîchit et c’est déjà très beau. Un autre jour, il sera brûlant de soleil. Il m’a toujours semblé que c’est exactement ça, le bonheur59. »

  • 60 Albert Camus, La mort heureuse, op.cit., p. 172.

13Celui qui parle ainsi n’est pas Caillois, mais le personnage principal Patrice Meursault dans le roman d’Albert Camus La mort heureuse, paru à titre posthume, qui se termine par ces mots : « Et pierre parmi les pierres, il retourna dans la joie de son cœur à la vérité des mondes immobiles60. » Ce passage contient une représentation si juste et concentrée de la biographie de Caillois, de ses efforts pour mener une existence accueillant la vie de manière positive et créant de manière active, et dans le même temps, de son aspiration à être déchargé des nombreuses contraintes de la vie en s’approchant d’une forme de vie discrète et invisible, que l’on pourrait aisément penser que le personnage principal du roman a été conçu d’après le modèle de Caillois. Le défi que représente l’existence en tant que pierre au sens de Caillois, ainsi que son pouvoir d’attraction, furent ce faisant aussi décrits ailleurs de manière convaincante :

  • 61 Herbert Marcuse, Raison et révolution. Hegel et la naissance de la théorie sociale, Traduit de l’an (...)

« Par exemple, une pierre n’est une pierre que si elle reste la même chose, à savoir une pierre, à travers ses actions et réactions aux choses et processus en interaction avec elle. Elle est mouillée par la pluie, résiste à la pioche, supporte une certaine charge avant de céder. Être-une-pierre consiste à tenir tête à tout ce qui agit sur elle et à se définir par le processus ininterrompu de devenir et d’être une pierre. Mais ce ‘devenir’ n’est pas produit par la pierre comme par un sujet conscient : dans son interaction avec pluie, pioche, charge, la pierre est changée, elle ne se change pas elle-même61. »

14Se transformer sous l’effet de forces venant de l’extérieur, au lieu de le faire sous le coup d’entreprises et d’activités décidées de son propre chef, voilà qui convoque l’image d’un sujet passif auquel les choses arrivent plus qu’il ne les provoque lui-même. Caillois semble ici, en particulier vers la fin de sa vie, avoir identifié la forme idéale d’existence.

IV.

  • 62 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, dans id., Œuvres, op. cit., p. 166.
  • 63 Roger Caillois, Patagonie [1946], dans ibid., p. 388.
  • 64 Roger Caillois, Dissymétrie [1973], dans ibid., p. 939.
  • 65 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 104.
  • 66 Ibid., p. 167 et suiv.
  • 67 Roger Caillois, Espace américain. Randonnées, op. cit., p. 70.
  • 68 Voir Markus Schroer, Geosoziologie. Die Erde als Raum des Lebens, op. cit.

15Par opposition à la durabilité des pierres, l’homme s’avère n’être ici qu’une « espèce épisodique »62, telle une « éphémère »63, qui apparaît non seulement très tardivement dans l’histoire de la planète – « Les jeux étaient faits depuis longtemps, au moment où l’homme est intervenu dans la partie64. » –, mais qui pourrait aussi potentiellement bientôt disparaître à nouveau de sa surface : « la nature d’avant lui, en tout cas, peut encore aujourd’hui l’éliminer d’une chiquenaude65. » Caillois en vient à parler sans cesse dans nombre de ses publications du séjour limité dans le temps de l’existence humaine sur terre. Il souligne ce faisant constamment le possible retour en arrière de l’homme dans son évolution. La formation de civilisations, de cultures et de sociétés, quel que soit le stade atteint, n’est en aucun cas irréversible66. Même si les inventions et monuments culturels les plus magnifiques tentent de revêtir toutes les apparences de la durée éternelle, un monde sans humains est pour Caillois non seulement imaginable, mais même très probable. Certes l’homme a conquis et soumis la terre à un rythme vertigineux. Mais les constellations les plus hautement accidentelles qui ont permis une telle évolution, peuvent aussi produire le contraire, se retourner contre l’homme et « provoquer sa disparition. Des hasards heureux se produisent, se capitalisent ; un autre, qui est néfaste, risque à tout moment d’introduire une série délétère »67. L’ère de l’anthropocène qui fait aujourd’hui l’objet de nombreuses discussions en tant que dénomination d’une nouvelle ère terrestre, est manifestement le résultat d’une si funeste série. L’œuvre de Caillois contient quantité d’impulsions pour une étude géo-sociologique approfondie de cette nouvelle ère68.

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Note de fin

1 Gaston Bachelard, La poétique de l’espace [1957], Paris : Les Presses universitaires de France, 3e édition, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1961, p. 35.

2 Roger Caillois, Randonnées [1948], rééd. dans id., Espace américain. Randonnées, Montpellier : Fata Morgana, 2007, p. 71.

3 Alfred Sohn-Rethel, Das Ideal des Kaputten, édité par et avec un texte de Carl Freytag, Fribourg/Vienne : ça-ira-Verlag, 2018.

4 Roger Caillois, Espace américain. Randonnées, op. cit., p. 70-71.

5 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée [1978], dans id., Œuvres, édition établie par Dominique Rabourdin, Paris : Éditions Quarto Gallimard, p. 100.

6 Roger Caillois, Le Mythe et l’homme, Paris : Gallimard, 1938, p. 95.

7 Roger Caillois, Méduse et Cie [1960], dans id., Œuvres, op. cit., p. 484.

8 Roger Caillois, « Courte note sur l’anthropomorphisme », dans Ibid., p. 484-485.

9 Ibid., p. 484.

10 Ibid., p. 485.

11 Ibid., p. 484.

12 Ibid., p. 485.

13 Ibid. Avec cette façon de procéder et nombre de ses études, Roger Caillois est une source d’inspiration importante pour une étude géo-sociologique de l’anthropocène, voir à ce sujet Markus Schroer, Geosoziologie. Die Erde als Raum des Lebens, Berlin : Suhrkamp, 2022.

14 Roger Caillois, Pierres [1966], dans id., Œuvres, op. cit., p.1074. Il étudie à plusieurs reprises les inconvénients de la bipédie, voir aussi Roger Caillois, Dissymétrie [1973], dans id., Œuvres, op. cit., p. 920.

15 Georges Bataille, La Part maudite, in : Œuvres complètes, XII vols, vol. VII, éd. par Denis Hollier, Paris : Gallimard, 1976, p. 31-33.

16 Roger Caillois, Le Sacré de transgression. Théorie de la fête [1939], dans id., Œuvres, op. cit., p. 263-289.

17 Roger Caillois, Pierres, op. cit., p.1074.

18 Roger Caillois, « La cité et le poème », dans Cases d’un échiquier, Paris : Gallimard, 1970, p. 152.

19 Roger Caillois, Pierres, op. cit., p. 1072.

20 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 98.

21 Ibid., p. 100.

22 « Les dernières énigmes de Roger Caillois. Propos recueillis par Hector Bianciotto et Jean-Paul Enthoven », Le Nouvel Observateur, no. 738, 30 décembre 1978, p. 58-62, ici p. 58-59.

23 Ibid.

24 Roger Caillois, Méduse et Cie [1959], dans id., Œuvres, op. cit., p. 479-484.

25 Voir ibid., p. 482.

26 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 162.

27 Voir ibid., p. 137 sq.

28 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 62.

29 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 161.

30 Ibid.

31 Ibid., p. 162.

32 Caillois s’est tourné vers de tels écrivains qui partagent cette aversion selon sa vision des choses. De longs passages de son texte sur Antoine de Saint-Exupéry en particulier peuvent être lus comme un autoportrait : « Saint-Exupéry ressent du mépris, presque du dégoût pour la littérature sans provision ». Roger Caillois, « Le Catéchisme et l’Almanach », La Nouvelle Revue Française, no. 17, juillet 1953, p. 31-41, ici p. 38.

33 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 105, 159.

34 Ibid., p. 102.

35 Ibid., p. 105.

36 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 59.

37 Jeffrey Jerome Cohen, Stone: An Ecology of the Inhuman, Minneapolis : University of Minnesota Press, 2015, p. 27 : « The love of stone is often unrequited. »

38 Voir Roger Caillois, Pierres et L’Écriture des pierres, dans id., Œuvres, p. 1037-1086 et 1087-1097.

39 Marguerite Yourcenar, « L’homme qui aimait les pierres », dans id., En pèlerin et en étranger [1989], rééd. dans Roger Caillois, Œuvres, op. cit., p. 13-29.

40 Roger Caillois, Espace américain. Randonnées, op. cit., p. 73.

41 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 60.

42 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 176.

43 Ibid.

44 Hartmut Böhme, « Das Steinerne. Anmerkungen zur Theorie des Erhabenen aus dem Blick des “Menschenfremdesten” », dans Christine Pries (éd.), Das Erhabene. Zwischen Grenzerfahrung und Größenwahn, Weinheim : VCH, Acta Humaniora, 1989, p. 119-141, ici p. 139.

45 Roger Caillois, Pierres, op. cit., p. 1064.

46 Ibid., p. 1078.

47 Roger Caillois, Pierres réfléchies, Paris : Gallimard, 1975, p. 128-129.

48 L’historienne des sciences Lorraine Daston traite de la « peur et du rejet de l’imagination » qui règnent dans la science à l’époque de l’objectivité, voir Lorraine Daston, Wunder, Beweise und Tatsachen. Zur Geschichte der Rationalität, traduit de l’anglais par Gerhard Herrgott, Christa Krüger et Susanne Scharnowski, Francfort-le-Main : Fischer, 2011, p. 99 et suiv.

49 Roger Caillois, La Pieuvre. Essai sur la logique de l’imaginaire [1973], dans id., Œuvres, op. cit., p. 1032.

50 « Les dernières énigmes de Roger Caillois », art. cit., p. 60. Il ne s’agit de rien de moins pour lui que de « chercher dans l’exactitude une poésie inédite », dans Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 171.

51 Roger Caillois, Pierres réfléchies, op. cit., p. 13-14.

52 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 169.

53 Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance [1934], Paris : J. Vrin, 2004, p. 220.

54 Roger Caillois, Pierres réfléchies, op. cit., p. 66.

55 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux. Capitalisme et schizophrénie, Paris : Les Éditions de Minuit, 1980, p. 343.

56 Ibid.

57 Ibid.

58 Rainer G. Schmidt, « Steinwerdung im Licht der Träume. Nachbemerkungen », dans Roger Caillois, Patagonien und weitere Streifzüge, op. cit., p. 121–125.

59 Albert Camus, La mort heureuse, Paris : Gallimard, coll. Folio, 2010, p. 52. Voir à ce sujet également les observations des galets que fait Francis Ponge, Le parti pris des choses [1942], Paris : Gallimard, nrf, 1994, p. 92-101.

60 Albert Camus, La mort heureuse, op.cit., p. 172.

61 Herbert Marcuse, Raison et révolution. Hegel et la naissance de la théorie sociale, Traduit de l’anglais par Robert Castel et Pierre-Henri Gonthier, Présentation de Robert Castel, Paris : Les Éditions de Minuit, 1968, p. 58.

62 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, dans id., Œuvres, op. cit., p. 166.

63 Roger Caillois, Patagonie [1946], dans ibid., p. 388.

64 Roger Caillois, Dissymétrie [1973], dans ibid., p. 939.

65 Roger Caillois, Le Fleuve Alphée, op. cit., p. 104.

66 Ibid., p. 167 et suiv.

67 Roger Caillois, Espace américain. Randonnées, op. cit., p. 70.

68 Voir Markus Schroer, Geosoziologie. Die Erde als Raum des Lebens, op. cit.

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Pour citer cet article

Référence papier

Markus Schroer, « Ruines, pierres, l’écriture et l’homme. Roger Caillois en quête de durabilité »Regards croisés, 13 | 2023, 46-55.

Référence électronique

Markus Schroer, « Ruines, pierres, l’écriture et l’homme. Roger Caillois en quête de durabilité »Regards croisés [En ligne], 13 | 2023, mis en ligne le 29 février 2024, consulté le 21 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/regardscroises/732

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