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Lectures croisées de l’actualité – recensions françaises et allemandes

Birgit Mandel et Birgit Wolf, Staatsauftrag : « Kultur für alle ». Ziele, Programme und Wirkungen kultureller Teilhabe und Kulturvermittlung in der DDR

Marie-Madeleine Ozdoba
p. 160-162
Référence(s) :

Birgit Mandel et Birgit Wolf, Staatsauftrag: »Kultur für alle«. Ziele, Programme und Wirkungen kultureller Teilhabe und Kulturvermittlung in der DDR, Bielefeld : transcript Verlag, 2020, 308 pages

Notes de la rédaction

https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.57732/rc.2022.12.94995

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Crédits : transcript Verlag
  • 1 Étudiants en Master Kulturvermittlung et en Bachelor Kulturwissenschaften und ästhetische Praxis à (...)

1Quels étaient les buts, les programmes et les effets de la médiation et de la participation culturelle en RDA, pays socialiste où l’accès à la culture pour tous (« Kultur für alle ») était ancré dans la constitution ? Afin de dégager des perspectives multiples et différenciées (p. 13) sur cette question , les deux co-auteures – nées respectivement en Allemagne de l’Ouest et en Allemagne de l’Est au début des années 1960 et actives dans le domaine de la médiation culturelle, pour l’une en tant que professeure, et pour l’autre en tant qu’experte et réalisatrice de projets culturels – s’appuient principalement sur des textes fondateurs de la politique culturelle en RDA (tels que des articles de loi, le manuel du fonctionnaire de la culture (Handbuch des Kulturfunktionnärs) de 1973 et le dictionnaire de politique culturelle (Kulturpolitisches Wörterbuch) de 1978, abondamment cité), ainsi que sur une série d’entretiens avec des experts, des acteurs de la culture et des citoyens est-allemands, réalisée avec la collaboration d’étudiants de l’Université de Hildesheim1.

  • 2 « Diktaturgedächtnis » / « Fortschrittsgedächtnis » voir Martin Sabrow, « Die DDR erinnern », dans (...)

2Partant du constat que la médiation et la participation culturelle constituaient des piliers du régime socialiste de la RDA, l’ouvrage prend le parti de décrire les formes qu’a pris l’investissement hors norme dans la culture, sans se focaliser sur ses fondements idéologiques : plutôt que les aspects liés à la censure et à la contrainte d’un régime totalitaire (« Diktaturgedächtnis »), régulièrement au premier plan des travaux sur l’art et la culture en RDA, les auteures mettent en relief des aspects relevant d’une mémoire du quotidien, mais aussi d’une mémoire du socialisme d’État dans ce qu’il avait de progressiste socialement (« Fortschrittgedächtnis »), en donnant la parole à des acteurs – producteurs et consommateurs – d’une offre culturelle foisonnante2. En interrogeant les « conditions de la réussite » (« Gelingensbedingungen ») du projet d’une culture « par tous et pour tous », elles ambitionnent de rendre fertile l’expérience est-allemande pour les discours et les pratiques actuelles – notamment dans le cadre d’une tendance croissante aux approches participatives dans le domaine de la médiation culturelle (p. 209).

3L’ouvrage est ainsi structuré en cinq grandes parties, consacrées respectivement : aux politiques, infrastructures et dispositifs de médiation culturelle de la RDA ; à leur mise en œuvre (à travers l’exploitation de 32 entretiens avec des experts et des professionnels de la culture est-allemands) ; à la vie culturelle en RDA (au prisme de 60 entretiens avec des témoins d’époque issus de milieux socio-professionnels variés) ; à trois études de cas sur des institutions culturelles exemplaires de la RDA, un club pour la jeunesse (zentraler Klub der Jugend) à Dresde, un club pour la culture dans une usine (Klubhaus der Werktätigen, Filmfabrik Wolfen), et l’opéra de Leipzig ; enfin, à une conclusion se proposant de tirer des leçons et des impulsions à partir du cas de la RDA. Tout au long de l’ouvrage, la « culture pour tous » constitue l’horizon à atteindre pour la médiation et la participation culturelle telles que les conçoivent Mandel et Wolf, le défi consistant à ériger la RDA en cas d’école à partir d’un matériau qui se veut le plus proche possible des pratiques et des expériences concrètes. Les auteures semblent ainsi considérer le champ de la culture dans une forme d’autonomie vis-à-vis du champ politique, non sans avoir énoncé dès les premières lignes que la culture en RDA relevait d’un « système dense et organisé du travail culturel, afin d’encourager à travers l’art et la culture le développement de l’idéal politique de “personnalités socialistes” engagées et fidèles au régime » (p. 11).

  • 3 Voir par exemple Esther von Richthofen, Bringing Culture to the Masses : Control, Compromise and Pa (...)
  • 4 A contrario, dans un récent ouvrage qui donne la parole à une douzaine d’architectes, d’urbanistes (...)

4Contrairement à des ouvrages à caractère plus universitaire qui se sont saisis ces dernières années du sujet de la participation culturelle en RDA, le projet de Mandel et Wolf se veut résolument un outil au service de l’action3. Organisées selon des catégories finement ciselées pour rendre compte des structures, des échelons, des temporalités et des problématiques particulières du travail culturel en RDA, les citations extraites des entretiens rendent le sujet très accessible sans insister sur le cadre critique. Si la polyphonie qui se dégage de ces témoignages directs produit un effet de proximité indéniable avec les sujets traités, on peut néanmoins questionner le fait que les sources orales ne fassent pas l’objet d’une mise en perspective critique quant à leurs possibilités mais aussi à leurs limites inhérentes.4 Des annexes touffues, parmi lesquelles une liste de fonds d’archives sur le secteur culturel en RDA ainsi que la retranscription des entretiens, représentent une précieuse ressource pour des recherches à venir. Il reste que, de manière générale, la forme synthétique de l’ouvrage ne sert pas efficacement son propos : les listes chronologiques et thématiques, ainsi que les citations d’entretiens décontextualisées, auxquelles les auteures ont recours massivement pour condenser l’information, dessinent davantage un récit implicite des politiques culturelles en RDA qu’elles n’en permettent une appréhension circonstanciée. De manière symptomatique, la représentativité du panel des personnes interviewées n’est pas explicitée, à la faveur du « spectre le plus large possible d’expériences avec l’art et la culture en RDA » (p. 73).

  • 5 Jusque dans les études de cas sur les institutions culturelles exemplaires, où des « instantanés » (...)

5L’insertion des pratiques culturelles et artistiques dans la vie quotidienne, y compris dans les entreprises, ainsi que l’encouragement des pratiques artistiques amateurs et les collaborations qui se sont tissées dans ce cadre entre la population et les artistes, sont décrits avec une attention toute particulière, que ce soit dans la partie consacrée aux politiques culturelles (p. 32-45) ou tout au long des entretiens. À l’inverse, la partie consacrée à la transformation de l’offre culturelle après la réunification (p. 130-136), qui renferme des témoignages d’artistes, de professionnels de la culture et de citoyens est-allemands quant au passage soudain d’un système socialiste à un système capitaliste, mériterait certainement d’être étendue dans l’optique d’éclairer les politiques culturelles contemporaines. On peut également regretter que les évolutions des 40 années d’existence de la RDA ne soient trop souvent simplifiées, à la faveur d’indications sans précision chronologique5. L’ambition d’exhaustivité dans un volume de 200 pages – sans compter les annexes – se heurte immanquablement à ses limites, par exemple lorsque tout le sujet de l’art dans l’espace public (« Kunst im öffentlichen Raum / Baubezogene Kunst ») (p. 46 et p. 99) – pourtant majeur en RDA – se résume à moins d’une page. On notera également l’absence d’illustrations dans ce volume, contribuant d’une certaine façon à la généralisation du propos. Enfin, l’ouvrage ne résout pas son plus grand paradoxe, puisqu’en quête d’impulsions pour le domaine de la médiation et de participation culturelle, il se conclut – outre un éloge de la RDA en termes de financement pérenne, d’accès et de gestion de la culture – sur le constat sans appel qu’un système trop contrôlé a eu pour conséquence le déplacement des pratiques culturelles dans le domaine de la contre-culture et des pratiques illégales, que l’ouvrage n’aborde que de manière périphérique.

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Notes

1 Étudiants en Master Kulturvermittlung et en Bachelor Kulturwissenschaften und ästhetische Praxis à l’Universität Hildesheim

2 « Diktaturgedächtnis » / « Fortschrittsgedächtnis » voir Martin Sabrow, « Die DDR erinnern », dans M. Sabrow (dir.), Erinnerungsorte der DDR, Munich : Beck, 2009, p. 11-27, cité dans Gerd Dietrich, Kulturgeschichte der DDR, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 2018, Vorwort XIII.

3 Voir par exemple Esther von Richthofen, Bringing Culture to the Masses : Control, Compromise and Participation in the GDR, New York : Berghahn Books, 2009 ; Ulrike Ziegler, Kulturpolitik im geteilten Deutschland : Kunstausstellungen und Kunstvermittlung von 1945 bis zum Anfang der 60er Jahre, Francfort : Peter Lang, 2006.

4 A contrario, dans un récent ouvrage qui donne la parole à une douzaine d’architectes, d’urbanistes et de critiques d’architecture de la RDA, les deux premiers chapitres sont consacrés précisément au statut des sources orales et aux conditions de leur valorisation. Voir Arnold Bartetzky, Nicolas Karpf & Greta Paulsen (eds.), Architektur und Städtebau in der DDR/ Stimmen und Erinnerungen aus vier Jahrzehnten, Berlin : DOM Publishers, 2022. Sur l’histoire orale voir aussi Florence Descamps, Archiver la mémoire. De l’histoire orale au patrimoine culturel, Paris : Éditions de l’EHESS, coll. Cas de figure, 2019.

5 Jusque dans les études de cas sur les institutions culturelles exemplaires, où des « instantanés » (« Momentaufnahmen ») englobent des décennies entières (les années 1950, 1960, etc.)

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Pour citer cet article

Référence papier

Marie-Madeleine Ozdoba, « Birgit Mandel et Birgit Wolf, Staatsauftrag : « Kultur für alle ». Ziele, Programme und Wirkungen kultureller Teilhabe und Kulturvermittlung in der DDR »Regards croisés, 12 | 2022, 160-162.

Référence électronique

Marie-Madeleine Ozdoba, « Birgit Mandel et Birgit Wolf, Staatsauftrag : « Kultur für alle ». Ziele, Programme und Wirkungen kultureller Teilhabe und Kulturvermittlung in der DDR »Regards croisés [En ligne], 12 | 2022, mis en ligne le 01 juillet 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/regardscroises/385

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