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Dossier

Portes closes. Les Gilets jaunes et l’hôtel particulier

Emmanuel Pernoud
p. 33-43
Traduction(s) :
Verschlossene Türen. Die Gelbwesten und das Hôtel particulier [de]

Notes de la rédaction

https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.57732/rc.2022.12.94970

Texte intégral

  • 1 Pierre Rosanvallon parle d’une « politique de la présence, dont la visibilité du gilet fluorescent (...)
  • 2 « C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie », slogan inscrit a (...)
  • 3 « “Ils sont hors sol, ces gens-là, ils habitent sur la lune”, déclare un retraité interrogé par Fra (...)

1Quel rôle jouent les questions esthétiques dans les mouvements sociaux ? À propos des Gilets jaunes, certains analystes réfléchirent à la couleur arborée par ces derniers : couleur fluorescente pour se rendre visible1, couleur utilitaire contre l’empire du luxe symbolisant la France « d’en-haut »2. Dans les pages qui suivent, j’interrogerai le rôle de la forme close dans les émeutes qui secouèrent Paris entre l’automne 2018 et le printemps 2020. Les métaphores de la fermeture – entre-soi, bulle, chapelle – furent abondamment utilisées durant cette période pour dénoncer le pouvoir et ses alliés. L’image visait des groupes supposés (la « nébuleuse politico-financière ») mais s’étendait à la dimension d’une ville lorsque l’on incriminait Paris perçue comme déconnectée du reste de la France. Il fut beaucoup question de géographie et d’urbanisme lors de ces événements qui connurent leurs heures les plus dramatiques dans certains arrondissements de la Capitale. Je m’arrêterai ici au cas de l’hôtel particulier. La colère de la rue s’est en effet concentrée sur certains spécimens de cette forme architecturale typiquement parisienne. Je défendrai l’idée que cette focalisation est redevable à des représentations collectives nourries par les créations artistiques et littéraires. Si les hôtels particuliers ont été pris pour cible, ce n’est pas seulement parce qu’ils abritaient des ministères ou de riches particuliers assimilés aux « élites hors sol »3, une terminologie qui prendra des accents antisémites dans une frange du mouvement des Gilets jaunes ; c’est d’abord comme symboles du huis clos social élaborés par de grandes fictions romanesques et relayées par leurs adaptations cinématographiques et télévisuelles.

  • 4 « Il y avait vraiment de la haine, les gens voulaient tuer du flic, tout brûler, tout casser. Je me (...)

2Le 4 décembre 2018, trois jours après l’« acte III » des Gilets jaunes, Le Parisien titrait « Gilets jaunes à Paris : les hôtels particuliers vandalisés et incendiés ». Si l’on veut résumer d’un mot le sentiment, propagé par les médias, que les événements furent hors de contrôle, c’est par celui d’intrusion. La casse et le vandalisme ne sont pas inhabituels lors des manifestations ; mais dans le cas présent, des clôtures furent forcées ou menacèrent de l’être : cet aspect du mouvement frappa les esprits. D’entre ces franchissements illicites, celui qui fit couler le plus d’encre fut celui des portes de l’Arc de Triomphe, effraction présentée comme une profanation culturelle et mémorielle. Viennent ensuite – dans la hiérarchie des symboles – les velléités d’envahir le palais présidentiel, moment le plus grave de ces journées sur le plan à la fois politique et humain puisque l’on évita de peu le bain de sang4. Mais les deux événements tendent à faire oublier les intrusions éparses qui, lors de cette même journée du 1er décembre 2018, touchèrent des domiciles privés. Or, à relire les médias de l’époque, ces forçages de portes et de grilles furent vécus comme des événements non moins extraordinaires et dramatiques.

  • 5 Vanessa Schneider, « “Gilets jaunes” : le jour où les quartiers chics ont eu peur », M Le Magazine (...)
  • 6 Éric Le Mitouard, « Gilets jaunes à Paris : les hôtels particuliers incendiés », Le Parisien, 4 déc (...)

« Le fameux samedi 1er décembre où, pour eux, tout a basculé, ce grand patron a bondi de son fauteuil en entendant les grilles de sa demeure céder sous les bras de manifestants enragés. Propriétaire d’un hôtel particulier doté d’un jardin avec vue sur l’Arc de Triomphe, il était en train de suivre l’acte III de la mobilisation des “gilets jaunes”à la télévision, regardant, éberlué, des groupes de casseurs vandaliser le monument. Il n’aurait jamais imaginé qu’il les retrouverait sur sa pelouse5. »

« [...] les magnifiques bureaux des avocats à la cour Hughes Hubbard & Reed LLP dont la façade, côté place de l’Étoile, ont été ravagés [sic] par un incendie. C’est ici, le plus grave dommage de cette série d’hôtels particuliers si prisés, des ambassades et des grandes entreprises, cabinets de conseils ou boîte de nuit VIP. À l'image des grilles du jardin des Tuileries, ici, pas une seule installation n’a résisté aux assauts. Toutes sont à terre. On imagine la vague des manifestants s’engouffrant à l’intérieur des bâtiments, comme ils ont réussi à le faire au sein même de l'Arc de Triomphe6. »

3Prenant plus de recul que ses homologues français, un journaliste américain livra à ses lecteurs une ébauche de réflexion sur ces attaques contre les biens immobiliers :

  • 7 Christopher Ketcham, « A Play with No End. What the Gilets Jaunes really want », Harper’s Magazine, (...)

« Le 1er décembre, les manifestants ont ravagé les quartiers chics parisiens […]. Près de la place de l’Étoile, des hôtels particuliers ont été vandalisés et incendiés. Ces demeures étaient le refuge de la haute bourgeoisie qu’ils méprisaient tant, une classe sociale qui vivait confortablement pendant que le reste de la France dépérissait. Ces émeutes étaient la réponse apportée à cette injustice7. »

  • 8 Cité par Pierre Blavier, Gilets jaunes. La révolte des budgets contraints, Paris : Presses Universi (...)
  • 9 Christian Le Bart, Petite sociologie des Gilets jaunes, op. cit., p. 159-160.
  • 10 « Alors qu’ils commençaient à peine à s’habituer à vivre au rythme des samedis de colère, mi-ma (...)

4Tout se passe comme si un seuil avait été franchi – seuil de l’atteinte à la propriété privée. Les commentateurs souligneront la particularité d’un mouvement où l’on déclarait vouloir « chercher les gens chez eux » – les riches, les députés, et jusqu’au président lui-même : « Emmanuel Macron, oh tête de con, on vient te chercher chez toi », fut l’un des refrains entendus dans les manifestations8–, volonté qui se traduisit parfois dans les faits avec des agressions de députés à leur domicile9 et des menaces d’actions directes contre les habitations privées des « riches »10.

  • 11 Dans le Journal du dimanche du 28 octobre 2018, à propos des électeurs de Laurent Wauquiez.
  • 12 Cité par Vanessa Schneider, « “Gilets jaunes” : le jour où les quartiers chics ont eu peur », op. c (...)
  • 13 Voir Christian Le Bart, Petite sociologie des Gilets jaunes, op. cit., p. 158-160, et la citation d (...)

5Ainsi, le 5 janvier 2019, un groupe de Gilets jaunes allèrent « chercher chez lui » Benjamin Griveaux, secrétaire d’État et porte-parole du gouvernement, qui s’était illustré quelques mois auparavant en parlant de « ces gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel11. » On se souvient qu’ils défoncèrent la porte de son ministère, rue de Grenelle, à coups de chariot-élévateur – choc de « l’utilitaire » et de ces « beaux quartiers » qui, aux yeux des Gilets jaunes, incarnaient la collusion de la politique et de l’argent. Le secrétaire d’État dut fuir les assaillants et rejoindre à pied la toute proche résidence du Premier ministre, quittant un hôtel particulier pour un autre, l’hôtel de Rothelin-Charolais, construit au début du XVIIIe siècle, pour l’hôtel de Matignon, résidence aristocratique remontant à la même époque. Version tragi-comique de la marche avortée du 1er décembre précédent, cette attaque du ministère Griveaux mit en scène le siège, par les Gilets jaunes, de l’un de ces nombreux hôtels particuliers de l’Ancien Régime que s’appropria le régime républicain, par une continuité souvent rappelée entre les ors de la monarchie et les ors de la République. Ces entrées par la force s’inscrivaient dans le projet, ouvertement proclamé par les Gilets jaunes (« “On va casser du riche”, lit-on avenue Kléber. “On va faire danser la bourgeoisie”»12), de sortir du jeu habituel de la politique et de provoquer la peur physique13. Mais ces intrusions auraient-elles tant frappé les esprits (conformément à leur dessein) si elles n’avaient forcé des portes aussi fermées que celles des hôtels particuliers ? De ce point de vue, le saccage d’un magasin et celui d’un hôtel particulier offrent un contraste parfait : car la vitrine est transparente, permettant la vue sur l’intérieur et invitant le passant à rentrer, quand l’hôtel particulier, lui, expose à ce passant sa clôture hermétique et l’interdiction de voir à l’intérieur de ses murs.

Face rue, face cour

  • 14 Sharon Marcus, Apartment Stories. City and Home in Nineteenth-Century Paris and London, Berkeley, L (...)
  • 15 Alexandre Gady, Les hôtels particuliers de Paris, du Moyen Âge à la Belle époque, Paris : Parigramm (...)

6Dans son livre sur la ville et l’intérieur au XIXe siècle, Sharon Marcus a bien montré ce qui distingue l’hôtel particulier de l’immeuble d’appartements : tandis que le logis d’habitation, dans le cas de l’hôtel, est séparé de l’espace public par un mur et une cour intérieure, l’appartement donne sur la rue14. L’œil du piéton accède aux fenêtres des appartements, pas à celles de l’hôtel particulier – du moins dans son type dominant, dit « entre cour et jardin ». Plus encore, la façade de l’immeuble d’habitation abstrait le particulier dans une grille homogène qui rappelle, par sa forme, le système des rues. La face publique de l’hôtel particulier tend, elle, à se distinguer des immeubles par ses volumes (taille de la porte, mur plus bas que la hauteur des immeubles), par la richesse de son matériau (la pierre de taille contrastant avec le moellon enduit de plâtre, règle de l’habitat parisien jusqu’à Haussmann) et par ses ornements qui rappellent la qualité du propriétaire et son opulence (armoiries, chiffres, allégories sculptées). Comme l’écrit Alexandre Gady, « l’hôtel participe bien du paraître, comme le vêtement (Daniel Roche). C’est pourquoi les hôtels se regroupent souvent sur un territoire où se meuvent les personnes d’un même milieu ; on peut y être entre soi15. »

  • 16 Ibid., p. 44-45.

7En installant ses ministères et son palais présidentiel dans les hôtels particuliers d’Ancien Régime, la République fera sien cet entre-soi. Elle ne reprendra pas moins à son compte le système du mur de clôture qui met l’hôtel en retrait de la rue et le rend invisible aux passants, c’est-à-dire au citoyen lambda, à l’électeur, celui auquel est censé rendre des comptes l’occupant de l’hôtel. Le paradoxe d’un hôtel ministériel, plus encore que ses « ors » d’Ancien Régime, c’est l’installation du régime représentatif dans un dispositif secret, soustrait aux regards. L’hôtel particulier répondait au « besoin de s’éloigner de la rue, endroit sale, bruyant et potentiellement dangereux, mais aussi espace souvent étroit, d’où les voisins pouvaient avoir une vue indiscrète sur les appartements16. » Les représentants du peuple éprouvent-ils une même peur de la rue ? Qu’ont-ils besoin de dissimuler pour ne pas laisser voir leurs fenêtres ? Que cache cette duplicité des deux façades, l’une sur la rue qui ne montre rien, l’autre sur la cour réservée aux visiteurs privilégiés, les autres devant se contenter d’attendre les Journées du patrimoine pour les découvrir ? Toute aberrante qu’elle puisse paraître, une preuve par l’architecture semble donnée au ressentiment et au complotisme ambiants.

  • 17 Phrase prononcée par Emmanuel Macron le 29 juin 2017, et notamment commentée dans Nicolas Renahy et (...)

8Avec sa double façade – chacune donnant sur son propre espace, l’une sur rue, l’autre sur la cour et parfois son jardin –, l’hôtel particulier s’exposait ainsi à devenir le symbole d’une coupure tranquillement assumée entre ceux « qui réussissent » et « ceux qui ne sont rien », pour reprendre une expression présidentielle17. La « particularité » de l’hôtel métamorphosé en ministère est cette autonomie à l’égard du régime commun : coupure qui s’exprimera aussi dans les métaphores verticales du « hors-sol » et du « piédestal » – « faire descendre Macron de son piédestal » : formule récurrente dans les déclarations des Gilets jaunes. Dans le cas de l’Élysée – bâti au début du XVIIIe siècle pour le comte d’Évreux et qui fut, entre autres, la résidence de la marquise de Pompadour –, cette insularité de l’hôtel particulier dans le tissu urbain atteint les proportions vertigineuses de 11 179 m2 et 1,5 hectares de jardin. Une grille ferme l’entrée de la résidence présidentielle, rue Saint-Honoré – la « grille d’honneur » – permettant de mesurer toute la distance qui sépare le quidam du palais. À l’arrière, sur l’avenue Gabriel, une autre grille permet, elle, d’apercevoir l’autre face du palais présidentiel, tout au fond du parc. Un portail ferme cette grille : avec ses ors et sa prouesse de ferronnerie, il n’a pas grand-chose à envier à celui de Versailles, à cette différence près que la royauté prend les insignes de la République française.

  • 18 Pierre Rosanvallon, Les épreuves de la vie, op. cit., p. 83.
  • 19 Vanessa Schneider, « “Gilets jaunes” : le jour où les quartiers chics ont eu peur », op. cit.

9En des temps de suspicion exacerbée à l’égard des élus – perçus comme une caste ressuscitant les privilèges –, une forme architecturale devenait une forme symbolique, retrouvant une signification proprement politique. Il n’est d’ailleurs pas exclu que les Journées du patrimoine – rituel qui contribue à la sacralisation des lieux en les entrouvrant par exception, comme la châsse que l’on sort une fois l’an – aient contribué à renforcer ce ressentiment et à créer cette « communauté d’indignation »18 à l’origine des colères sociales. À Paris, ces colères prirent principalement pour cible les « beaux quartiers » de la Rive droite, arrondissements où, sous le second Empire et la troisième République, poussèrent les hôtels particuliers par centaines, prenant souvent pour modèles leurs prototypes du XVIIIe siècle. Au premier rang d’entre eux, l’hôtel Salomon de Rothschild, dans le 8e arrondissement, construit à la fin du XIXe siècle dans un style néo-Louis XVI. Le 1er décembre 2018, des manifestants s’en prirent à lui : « savent-ils que le bâtiment n’a rien à voir avec la banque homonyme, ex-employeuse d’Emmanuel Macron, mais qu’il appartient à l’État ? », se demandait un journaliste19. On serait tenté de lui répondre : ces manifestants l’auraient-ils su, leur violence serait-elle retombée pour autant ? L’appartenance à l’État, loin de disculper le bâtiment, aurait confirmé aux yeux des émeutiers l’indétermination de ces hôtels qui transitaient des fortunes privées aux pouvoirs publics comme un vêtement interchangeable. Et comme pour démontrer le bien-fondé de leur intuition esthético-politique, c’est dans l’un des grands hôtels particuliers de la Capitale que s’organisa la brutale répression de leur mouvement : l’hôtel de Beauvau, construit au XVIIIe siècle pour un ministre de Louis XVI.

L’imaginaire social

  • 20 Alexis de Tocqueville, Souvenirs (1850-1851), dans Œuvres III, éd. François Furet et Françoise Mélo (...)
  • 21 Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses [1958], Paris : Perrin, Tempus, 2007, p (...)

10Un puissant imaginaire de la richesse et de ses murs conduisit les Gilets jaunes en direction des beaux quartiers parisiens et de leurs hôtels particuliers. Quel en fut le modèle ? Après Tocqueville, soulignons le rôle inspirateur qu’occupent les fictions dans les révolutions et la nécessité, pour les acteurs de ces dernières, d’être précédés par des modèles leur permettant de trouver un rôle écrit pour eux. « Il me semblait toujours qu’on fût occupé à jouer la Révolution française plus encore qu’à la continuer »20, écrit-il à propos de 1848, mettant en avant la place des romans et des pièces de théâtre qui auraient permis aux protagonistes des journées révolutionnaires de s’approprier fictivement leurs prédécesseurs de 1789. Louis Chevalier fait le même constat à propos des Mystères de Paris d’Eugène Sue, roman dressant un tableau des « classes dangereuses, sans doute, mais en lesquelles le public populaire s’est immédiatement reconnu21. »

  • 22 Michel Kokoreff, La diagonale de la rage. Une histoire de la contestation sociale en France des ann (...)

11Plus près de nous, le sociologue Michel Kokoreff développe l’idée selon laquelle les crises sociales engendrent « un désir de réaffiliation historique, une réinscription du temps dans son épaisseur historique. “1871 – 1968 – 2018” : ce tag inscrit le présent dans une filiation glorieuse qui le légitime22. » Poursuivant les analyses de Pierre Ansart sur la place de « l’imaginaire social » chez Marx, il avance que la révolution est un moment de création revêtant le caractère d’identification au passé. Quel fut ce passé réapproprié, dans le cas de la révolte des Gilets jaunes ? Ni 1871, ni 1968 – comme ce fut le cas dans d’autres mouvements sociaux récents, comme les mobilisations sur la loi Travail en 2016 –, mais 1789. Par 1789, j’entendrai ici les scènes d’entrée en force dans les palais du pouvoir, telles qu’elles furent relayées par les images, depuis les gravures révolutionnaires jusqu’au cinéma. Dans le cas spécifique des hôtels particuliers – ayant parfois l’apparence de petits palais ou de petits châteaux en ville, à l’instar de l’hôtel Salomon de Rothschild –, je voudrais mentionner une autre source ayant pu jouer le rôle de référence collective, les grands romans naturalistes fin-de-siècle et leur présentation de l’hôtel particulier comme séjour du pouvoir occulte.

  • 23 Sophie Wahnich, « Sans-culottes et gilets jaunes », dans Joseph Confavreux (dir.), Le fond de l’air (...)
  • 24 Ibid., p. 42.

12L’historienne de la révolution française Sophie Wahnich a voulu interroger les raisons pour lesquelles les Gilets jaunes « font la part belle aux références révolutionnaires, de l’imaginaire de la prise de la Bastille au fait de chanter La Marseillaise, du portrait de Macron en Louis XVI à la volonté de rédiger des cahiers de doléances23. » Elle cite plusieurs motifs d’identification possibles à la France de 1789, à commencer par l’inégalité devant l’impôt. Mais se fictionner en Sans-culottes, comme le firent certains Gilets jaunes qui arboraient des bonnets phrygiens ou des simulacres de guillotines, serait-il possible sans le vecteur des fictions ? Dans son analyse, Sophie Wahnich consacre ainsi un développement aux pièces de théâtres qui furent montées et aux films qui furent tournées sur la période révolutionnaire depuis les années 2000. Elle s’arrête en particulier au cas de la comédie musicale 1789. Les amants de la Bastille (2012) dont le véritable succès populaire, amplifié par des millions de « vues » sur internet, témoignerait de l’élévation de la période révolutionnaire française au rang de « mythe moderne et modernisé24. »

  • 25 Edmond et Jules de Goncourt, Histoire de Marie-Antoinette, Paris : Librairie de Firmin Didot Frères (...)

13L’intrusion du peuple dans les ors du pouvoir royal avait inspiré des pages dramatiques et imagées aux historiographes de la Révolution française, durant tout le XIXe siècle. « Cours, escaliers, en un instant tout est inondé d’une foule qui se précipite et monte. Le Roi, la Reine, la famille royale, sont dans la chambre du Roi, serrés, résignés, écoutant les coups de hache dans la porte d’entrée des appartements. Les deux enfants pleurent. La Reine est à essuyer leurs larmes25. » Cette reconstitution par les frères Goncourt de la journée du 20 juin 1792 et de l’invasion du palais des Tuileries par le peuple de Paris connut des versions en peinture à la même époque, comme le tableau d’Alfred Elmore, Les Tuileries, 20 juin 1792, vers 1860, conservé au musée de la Révolution française à Vizille. Cinégénique, la scène inspirera les réalisateurs comme Robert Enrico dans sa fresque à grand spectacle, La Révolution française, en 1989. Un autre épisode d’irruption populaire dans des lieux protégés du pouvoir monarchique suscitera l’imagination des cinéastes et des entrepreneurs de spectacles : l’invasion du château de Versailles, le 6 octobre 1789. Dans Si Versailles m’était conté… (1954) – immense succès de cinéma – Sacha Guitry en tira des plans mémorables qui font des somptueuses grilles du château une barrière symbolique enfermant le peuple autant qu’elles enferment le roi. Cédant sous la pression de la foule, le portail fleurdelisé libère un flot déchaîné que Guitry, réactionnaire, présente comme l’expression d’une ferveur viscérale du peuple envers son roi.

  • 26 Sophie Wahnich, « Sans-culottes et gilets jaunes », dans Joseph Confavreux (dir.), Le fond de l’air (...)

14À n’en pas douter, ce capital d’images issues de la culture de masse offrirent de grands repères historiques à un mouvement décidé à aller chercher « chez lui » le « président des riches ». Comme l’écrit Sophie Wahnich, « on a ainsi vu associés Macron, Varennes et les parfums Vuitton26. » Dans ce contexte de référence à la Révolution française, la fracture des grilles et des portes closes, la prise de possession de lieux présumés inaccessibles, annoncent la saisie de la personne même du président-souverain, la dimension physique de l’action faisant rupture avec la politique traditionnelle, dans l’esprit des Gilets jaunes.

Maupassant et Zola : des références collectives ?

  • 27 Cité par Louise Wessbecher, « “Germinal” sur France 2 rappelle à quel point l’Histoire se répète », (...)

15Si l’Élysée – surnommé le « château » – réveillait l’imaginaire social et ses fictions associées, tel n’est pas moins vrai des hôtels particuliers parisiens. Parlons donc littérature et rappelons le rôle central occupé par ce modèle d’habitation dans les romans de Maupassant et Zola. Dans la perspective de notre sujet, les citer est d’autant plus indispensable que ces auteurs atteignent un lectorat populaire et constituent des fondamentaux de l’enseignement. On leur associera certains classiques du roman policier, comme les aventures d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, privilégiant les beaux quartiers comme terrains du crime et de l’enquête. Romans naturalistes et romans policiers, ces fictions littéraires, disponibles à bon marché dans des éditions de poche, ne connaissent pas seulement des tirages considérables et des rééditions constantes : elles ont été régulièrement remises en lumière par des adaptations télévisuelles et cinématographiques qui visaient à en actualiser le propos et à permettre au spectateur de s’identifier à leurs personnages par des raccords explicites avec le présent. Comme le déclarait le scénariste d’une récente adaptation télévisuelle de Germinal : « On a écrit Germinal pendant les gilets jaunes, et c’est aussi ça qui a nourri notre scénario27. »

16Dans Bel-Ami de Maupassant (1885), l’hôtel particulier a la charge d’exprimer le nouveau pouvoir, celui qui embrasse la politique, la finance et la presse :

  • 28 Guy de Maupassant, Bel-Ami [1885], éd. Philippe Bonnefis, Paris : Le Livre de Poche, 1987, p. 317-3 (...)

« Il était devenu, en quelques jours, un des maîtres du monde, un de ces financiers omnipotents, plus forts que des rois, qui font courber les têtes, balbutier les bouches et sortir tout ce qu’il y a de bassesse, de lâcheté et d’envie au fond du cœur humain.
Il n’était plus le juif Walter, patron d’une banque louche, directeur d’un journal suspect, député soupçonné de tripotage véreux. Il était Monsieur Walter, le riche israélite. 
Il le voulut montrer.
Sachant la gêne du prince de Carlsbourg qui possédait un des plus beaux hôtels de la rue du faubourg-Saint-Honoré, avec jardin sur les Champs-Élysées, il lui proposa d’acheter, en vingt-quatre heures, cet immeuble, avec ses meubles, sans changer de place un fauteuil. Il en offrait trois millions. Le prince, tenté par la somme, accepta.
Le lendemain, Walter s’installait dans son nouveau domicile28. »

17Le romancier Maupassant se révèle ici un docile passeur des pires clichés de son temps. Il fait plus en renforçant l’image du pouvoir occulte et surpuissant par un parallèle explicite avec le palais présidentiel : en parlant de l’« un des plus beaux hôtels de la rue du faubourg-Saint-Honoré, avec jardin sur les Champs-Élysées », le lecteur songe immanquablement à l’Élysée lui-même.

  • 29 Émile Zola, Nana [1880], éd. Auguste Dezalay, Paris : Le Livre de Poche, 1995, p. 71.
  • 30 Ibid., p. 428.
  • 31 Ibid., p. 431.
  • 32 Émile Zola, La Curée [1871], éd. Philippe Bonnefis, Paris : Le Livre de Poche, 1991, p. 27.

18Chez Zola, l’hôtel particulier – poussant comme une mauvaise herbe sur les ruines des grands travaux du baron Haussmann –, abrite les cercles de la fraude. C’est l’antre des collusions secrètes entre la politique, la finance, l’industrie, et la presse qui leur est inféodée. « Le banquier Steiner, introduit depuis peu dans la maison par Léonide de Chezelles, qui connaissait tout Paris, causait sur un canapé, entre deux fenêtres ; il interrogeait un député dont il tâchait de tirer adroitement des nouvelles, au sujet d’un mouvement de Bourse qu’il flairait »29 : cette scène de Nana (1880) se situe dans l’hôtel du baron Muffat, rue de Miromesnil, lors de ces mardis où se retrouvent des personnes qui, socialement hétérogènes et supposément antagonistes (légitimistes, bonapartistes, aristocrates d’Ancien Régime, barons d’Empire, parvenus de la finance, chef de bureau au ministère de l’intérieur) sont ligués par l’appât du gain. Steiner, le banquier, est présenté comme « un juif de Francfort », mais le roman n’insinue pas moins le cosmopolitisme des aristocrates qui attendent avidement de se montrer aux côtés du gotha international pour l’exposition universelle (shah de Perse, roi de Prusse, empereur de Russie…). Séjour des élites, l’hôtel particulier est un repaire de turpitudes. Avec force descriptions, Zola en décline la typologie : hôtels centenaires (Muffat, Daigremont, Béraud du Châtel), hôtels flambants neufs du nouveau Paris comme celui de Saccard au parc Monceau et celui de Nana avenue de Villiers. Il s’attarde sur certains cas à part qui, dérogeant à la norme, déplacent les aberrations de l’époque sur le terrain de l’habitation. Sis rue de Provence, celui de Gundermann, dans L’Argent (1891), est dépeint comme un hall, une salle des pas perdus, ou mieux encore la corbeille de la Bourse avec son tumulte permanent. Le banquier y travaille et y vit avec son immense famille : pointe l’image d’une inversion caricaturale de la grande maisonnée aristocratique qui présidait à l’établissement des hôtels particuliers sous l’Ancien Régime. L’hôtel de Nana – un faux palais Renaissance, fantaisie d’un jeune peintre qui a dû le revendre – est quant à lui, « un enfer, une maison de fous »30 et bientôt un lupanar où Nana « mange goulument » tous les hommes « les uns après les autres »31. Le pastiche n’est pas seulement une mauvaise copie extérieure : il suppose une dénaturation en profondeur, une décomposition sociale et individuelle formant contraste avec le modèle original de l’hôtel particulier représenté, dans La Curée (1871), par le vieil hôtel Béraud, dans l’île Saint-Louis, avec sa façade austère en vestige d’intégrité dans un monde dissolu. Zola ne dissocie jamais jugements esthétiques et cliniques : le gaspillage ornemental des nouveaux hôtels reproduit l’exténuation vitale de leurs occupants. Cette haute valeur de la façade – à tous les sens du terme : l’enveloppe des choses en général, l’extérieur de l’hôtel en particulier – triomphe dans la description de l’hôtel d’Aristide Saccard, au début de La Curée. Moulant son tableau dans le parcours d’un regard (« à mesure que l’œil montait… »), Zola cherche à placer le lecteur dans la situation du spectateur de cette pièce d’architecture démesurée – « C’était un étalage, une profusion, un écrasement de richesses32. » Quel est ce spectateur ? Un promeneur du parc Monceau défini comme « petit bourgeois ». Ici, au détour d’une phrase, Zola aborde le thème ô combien moderne, de la frustration :

  • 33 Ibid., p. 28.

« Les soirs d’été, lorsque le soleil oblique allumait l’or des rampes sur la façade blanche, les promeneurs du parc s’arrêtaient, regardaient les rideaux de soie rouge drapés aux fenêtres du rez-de-chaussée ; et, au travers des glaces si larges et si claires qu’elles semblaient, comme les glaces des grands magasins modernes, mises là pour étaler au dehors le faste intérieur, ces familles de petits bourgeois apercevaient des coins de meubles, des bouts d’étoffes, des morceaux de plafonds d’une richesse éclatante, dont la vue les clouait d’admiration et d’envie au beau milieu des allées33. »

  • 34 Émile Zola « Les squares », dans Œuvres complètes, dir. Henri Mitterand, t. II, Le feuilletoniste, (...)

19Le passage mérite d’être cité en entier car il met en tension distance visuelle et distance sociale : le tout proche est inatteignable. On pourrait ajouter à ce conflit la confrontation entre la propriété privée et l’espace du jardin public en rappelant que le second Empire, en créant les jardins publics et les squares, entendait mettre à disposition de tout le monde des « espaces verdoyants » qui, dans la majorité des cas, se trouvaient réservés à des particuliers. Le luxe du jardin à l’anglaise se diffusait dans l’espace public et devenait théoriquement accessible à tout un chacun – une promesse dont certains contemporains, à commencer par Zola lui-même dans un article vengeur34, dénoncèrent la supercherie. L’envie qui cloue les petits bourgeois devant l’hôtel particulier de Saccard est tributaire de la croyance qu’ils accèdent eux-mêmes au luxe, tout en les exposant aux désillusions que ce mirage engendre.

  • 35 Émile Gaboriau, Monsieur Lecoq. L’enquête, Paris : Dentu, 1869, p. 384.

20Le roman policier – genre qui triompha sous la troisième République et sa « culture du crime » (Dominique Kalifa) – allait-il soulager les petits bourgeois de la frustration provoquée par la richesse insolente des hôtels particuliers ? Compensation imaginaire d’en franchir les portes, d’en explorer les trésors de fond en comble, de dérober ces derniers au nez et à la barbe de leurs propriétaires arrogants et malhonnêtes. Offensé par l’atmosphère de privilège frauduleux qui se dégage de l’hôtel particulier en des temps démocratiques, le passant en est vengé par les intrusions fictives mises en scènes par le genre populaire du roman policier. Ces intrusions prennent deux formes : la légale et l’illicite – perquisition et cambriolage. Dans le premier cas, on peut citer Monsieur Lecoq (1869) où le jeune inspecteur qui donne son titre à l’œuvre d’Émile Gaboriau se livre à une fouille minutieuse de l’hôtel de Sairmeuse, « un des plus vastes et des plus magnifiques du faubourg Saint-Germain35. » Par un procédé narratif typique du roman d’investigation, la description de l’hôtel suit la trajectoire de l’inspecteur qui visite les lieux : elle est à la fois dynamique et incarnée. Elle est aussi brutale, s’apparentant aux visites indélicates et profanatrices opérées par les adversaires de la police, les malfaiteurs :

  • 36 Ibid.

« Il allait avec une sorte de rage, pressant les gens qui le guidaient et l’éclairaient. Il soulevait comme une plume les meubles les plus lourds, il dérangeait les fauteuils et les chaises, il sondait les placards et les armoires, il interrogeait les tentures, les rideaux et les portières. Jamais perquisition ne fut plus complète36. »

21Légale ou non, l’intrusion venge le lecteur d’un huis clos synonyme de fortunes usurpées et de délits d’initiés. Dans Édith au Cou de Cygne, une nouvelle du recueil de Maurice Leblanc Les Confidences d’Arsène Lupin (1913), le « gentleman cambrioleur » organise un simulacre de vol qui lui permettra de percevoir le montant de l’assurance d’une collection de tapisseries inestimables. Mais, conformément à sa réputation, il s’agira surtout de bafouer les puissants et la police qui les protège : mis en scène par ses soins, le forfait aura lieu dans un hôtel particulier du 16e arrondissement, à l’issue d’une somptueuse réception réunissant la bonne société, les collectionneurs et les journalistes, sous la protection de la police qui transforme l’hôtel en place forte. Le maître de maison n’est autre que Lupin lui-même, sous l’identité d’un riche Brésilien. Démystifié par le mystificateur, l’hôtel particulier est démasqué comme la demeure des voleurs et des usurpateurs – ce que Zola, lui, démontrait par ses romans sociaux.

  • 37 Claude Poissenot, Sociologie de la lecture, Paris : Armand Colin, 2019, p.134.

22Citée par Claude Poissenot dans sa Sociologie de la lecture, une enquête fait apparaître Zola comme l’un des classiques de la littérature les plus vendus en France dans la première décennie des années 2000. L’intervention de l’institution scolaire est ici déterminante : « Les cours des enseignants, la contrainte qu’ils ont exercée pour imposer la lecture sur plusieurs générations et la matérialité des livres disséminés dans les foyers français confèrent à ces auteurs un statut de références collectives37. » Formons l’hypothèse que le tableau dressé par Zola des quartiers riches de la Capitale, s’il n’a pas déterminé la perception de ces derniers par les Gilets jaunes, a pu apporter sa caution à l’identification de ces quartiers aux « élites mondialisées ». L’hôtel particulier est au cœur de ces projections : les pages consacrées à cette forme architecturale dans Nana, dans La Curée et dans L’Argent se profilaient en palimpseste sur les pages web dédiées aux plus grandes fortunes françaises actuelles qui, toutes, ont élu domicile dans les plus beaux hôtels particuliers parisiens. Il n’est pas interdit de penser que ces magnats eux-mêmes, nourris des références identiques, se soient projetés dans la littérature en faisant l’acquisition de ces hôtels prestigieux.

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Notes

1 Pierre Rosanvallon parle d’une « politique de la présence, dont la visibilité du gilet fluorescent a logiquement constitué l’emblème », dans Les épreuves de la vie. Comprendre autrement les Français, Paris : Seuil, 2021, p. 50.

2 « C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie », slogan inscrit au dos de Gilets jaunes, cité dans Joseph Confavreux (dir.), Le fond de l’air est jaune. Comprendre une révolte inédite, Paris : Seuil, 2019, p. 169.

3 « “Ils sont hors sol, ces gens-là, ils habitent sur la lune”, déclare un retraité interrogé par France 3 Nouvelle Aquitaine (19 novembre 2018). » Christian Le Bart, Petite sociologie des Gilets jaunes. La contestation en mode post-institutionnel, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2020, p. 156.

4 « Il y avait vraiment de la haine, les gens voulaient tuer du flic, tout brûler, tout casser. Je me suis dit ce jour-là : “il va y avoir des morts”. Côté policiers, côté manifestants, ou les deux. » Thibault Lefèvre et Lisa Guyenne, « “Le 1er décembre, l’Élysée aurait pu tomber”. Un CRS raconte le chaos des “gilets jaunes” l’hiver dernier », France Inter, 12 novembre 2019.

5 Vanessa Schneider, « “Gilets jaunes” : le jour où les quartiers chics ont eu peur », M Le Magazine du Monde, 19 juillet 2019.

6 Éric Le Mitouard, « Gilets jaunes à Paris : les hôtels particuliers incendiés », Le Parisien, 4 décembre 2018. Voir aussi : [anon.], « “C'était la guerre” : Le propriétaire d'un hôtel particulier sur les Champs-Élysées témoigne », Sud Radio, 3 décembre 2018.

7 Christopher Ketcham, « A Play with No End. What the Gilets Jaunes really want », Harper’s Magazine, août 2019. Traduit en français : [anon.], « Long format.Avec les “gilets jaunes”, au cœur de la colère », Courrier international, 27 octobre 2019.

8 Cité par Pierre Blavier, Gilets jaunes. La révolte des budgets contraints, Paris : Presses Universitaires de France, 2021, p. 124.

9 Christian Le Bart, Petite sociologie des Gilets jaunes, op. cit., p. 159-160.

10 « Alors qu’ils commençaient à peine à s’habituer à vivre au rythme des samedis de colère, mi-mars, une vidéo postée sur les réseaux a tétanisé les riverains. Un “gilet jaune”, face caméra, lance une “lettre ouverte aux habitants du 16e” : “On connaît vos adresses, on va faire brûler votre arrondissement”. » Vanessa Schneider, « “Gilets jaunes” : le jour où les quartiers chics ont eu peur », op. cit.

11 Dans le Journal du dimanche du 28 octobre 2018, à propos des électeurs de Laurent Wauquiez.

12 Cité par Vanessa Schneider, « “Gilets jaunes” : le jour où les quartiers chics ont eu peur », op. cit.

13 Voir Christian Le Bart, Petite sociologie des Gilets jaunes, op. cit., p. 158-160, et la citation de cette factrice à Toulouse : « C’est génial que ça casse parce que la bourgeoisie est tellement à l’abri dans sa bulle qu’il faut qu’elle ait peur physiquement, pour sa sécurité, pour qu’ils lâchent. »

14 Sharon Marcus, Apartment Stories. City and Home in Nineteenth-Century Paris and London, Berkeley, Los Angeles et Londres : University of California Press, 1999, p. 21-24.

15 Alexandre Gady, Les hôtels particuliers de Paris, du Moyen Âge à la Belle époque, Paris : Parigramme, 2008, p. 12.

16 Ibid., p. 44-45.

17 Phrase prononcée par Emmanuel Macron le 29 juin 2017, et notamment commentée dans Nicolas Renahy et Pierre-Emmanuel Sorignet (dir.), Mépris de classe. L’exercer, le ressentir, y faire face, Vulaines sur Seine : éditions du Croquant, coll. champ social, 2021, p. 12 et 61.

18 Pierre Rosanvallon, Les épreuves de la vie, op. cit., p. 83.

19 Vanessa Schneider, « “Gilets jaunes” : le jour où les quartiers chics ont eu peur », op. cit.

20 Alexis de Tocqueville, Souvenirs (1850-1851), dans Œuvres III, éd. François Furet et Françoise Mélonio, Paris : Gallimard, Pléiade, 2004, p. 769.

21 Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses [1958], Paris : Perrin, Tempus, 2007, p. 511.

22 Michel Kokoreff, La diagonale de la rage. Une histoire de la contestation sociale en France des années 1970 à nos jours, Paris : éditions Divergences, 2021, p. 129.

23 Sophie Wahnich, « Sans-culottes et gilets jaunes », dans Joseph Confavreux (dir.), Le fond de l’air est jaune. Comprendre une révolte inédite, op. cit., p. 29.

24 Ibid., p. 42.

25 Edmond et Jules de Goncourt, Histoire de Marie-Antoinette, Paris : Librairie de Firmin Didot Frères, fils et Cie, 1858, p. 300.

26 Sophie Wahnich, « Sans-culottes et gilets jaunes », dans Joseph Confavreux (dir.), Le fond de l’air est jaune. Comprendre une révolte inédite, op. cit., p. 37.

27 Cité par Louise Wessbecher, « “Germinal” sur France 2 rappelle à quel point l’Histoire se répète », Huffpost, 27 octobre 2021.

28 Guy de Maupassant, Bel-Ami [1885], éd. Philippe Bonnefis, Paris : Le Livre de Poche, 1987, p. 317-318.

29 Émile Zola, Nana [1880], éd. Auguste Dezalay, Paris : Le Livre de Poche, 1995, p. 71.

30 Ibid., p. 428.

31 Ibid., p. 431.

32 Émile Zola, La Curée [1871], éd. Philippe Bonnefis, Paris : Le Livre de Poche, 1991, p. 27.

33 Ibid., p. 28.

34 Émile Zola « Les squares », dans Œuvres complètes, dir. Henri Mitterand, t. II, Le feuilletoniste, 1866-67, Paris : Nouveau Monde, 2002, p. 489.

35 Émile Gaboriau, Monsieur Lecoq. L’enquête, Paris : Dentu, 1869, p. 384.

36 Ibid.

37 Claude Poissenot, Sociologie de la lecture, Paris : Armand Colin, 2019, p.134.

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Pour citer cet article

Référence papier

Emmanuel Pernoud, « Portes closes. Les Gilets jaunes et l’hôtel particulier »Regards croisés, 12 | 2022, 33-43.

Référence électronique

Emmanuel Pernoud, « Portes closes. Les Gilets jaunes et l’hôtel particulier »Regards croisés [En ligne], 12 | 2022, mis en ligne le 01 juillet 2023, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/regardscroises/318

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