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Lectures croisées de l’actualité – recensions françaises et allemandes

Anne-Christine Brehm, Netzwerk Gotik. Das Ulmer Münster im Zentrum von Architektur- und Bautechniktransfer

Camille Demange
p. 104-106
Référence(s) :

Anne-Christine Brehm, Netzwerk Gotik. Das Ulmer Münster im Zentrum von Architektur und Bautechniktransfer, Stuttgart & Ulm : Komissionsverlag W. Kohlhammer, 2020, 607 pages

Texte intégral

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Crédits : Komissionsverlag W. Kohlhammer

1La participation d’Anne-Christine Brehm au projet de la Deutsche Forschungsgemeinschaft « Architekturzeichnung der Gotik » sous la direction de Johann Josef Böker constitue le point de départ de ses recherches sur l’église d’Ulm. Au cours de ce vaste programme d’étude sur les dessins d’architecture médiévaux dans l’espace germanique, elle constate la complexité et la multitude des transferts de connaissances entre les différents chantiers gothiques, dont le chantier d’Ulm serait la parfaite illustration. C’est dans le cadre d’un nouveau projet intitulé « Netzwerk Gotik », également mené avec la Deutsche Forschungsgemeinschaft, que l’autrice peut se consacrer à leur étude.

2La période de 1418 à 1518 est marquée par le développement de la production de papier et l’invention de l’imprimerie ainsi que par des difficultés financières et humaines rencontrées par un nombre croissant de chantiers gothiques. Le chantier d’Ulm progresse au cœur de ce contexte troublé, au croisement de deux périodes de l’histoire de l’art : l’extinction du foyer artistique pragois (XIVe siècle et début du XVe siècle), et l’émergence de l’influence artistique des Flandres et du Brabant dans la deuxième moitié du XVe siècle. C’est aussi aux territoires situés entre ces deux centres artistiques que l’autrice entend limiter son étude des échanges avec le chantier d’Ulm. Assumant une approche qu’elle qualifie de « microhistorique », Anne-Christine Brehm analyse ici quelques transferts pour en étudier divers aspects plutôt que de rendre compte de l’intégralité de ces transferts, jugeant une telle entreprise difficilement réalisable.

3La première des onze parties de l’ouvrage est consacrée à une introduction présentant l’état de la recherche, la méthode, la structure de l’ouvrage, les sources et les concepts utilisés. S’en suivent neuf chapitres abordant successivement les conditions de travail et de mobilité des individus actifs sur les chantiers, l’état de leurs connaissances et leur formation, le déroulement du chantier et la maîtrise d’œuvre à Ulm, la fluctuation et la sédentarité des artisans sur les chantiers, leurs conditions et moyens d’influence sur la connaissance, les dessins d’architecture, les échanges entre chantiers et les avancées techniques, l’analyse du bâti du point de vue de l’histoire et de l’archéologie, la conclusion et les annexes. Sur la forme, les titres très généraux des chapitres ne rendent pas compte de leur contenu, ce qui ne facilite pas toujours le repérage. Ce problème est néanmoins tempéré par des titres de sous-parties plus précis.

4Le discours est accompagné de 230 illustrations. Celles-ci sont relativement variées : cartes (des routes commerciales, des pèlerinages, des origines des tailleurs de pierre et maîtres d’œuvre), reproductions de dessins médiévaux, relevés au pierre à pierre, reconstitutions en trois dimensions de l’évolution du chantier, photographies de l’église, relevé et photographies des marques lapidaires, représentations anciennes de la ville d’Ulm.

5Une base de données de tailleurs de pierre actifs sur les chantiers d’Ulm, Vienne, Bâle et Bayreuth est jointe en annexe ainsi que la retranscription des sources sur le chantier de l’église d’Ulm qui n’ont pas encore été publiées.

6Les premiers chapitres de l’ouvrage exposent notre connaissance de l’architecture du XVe de manière véritablement encyclopédique : l’ensemble des sources de l’époque sont balayées et enrichissent efficacement le discours de l’autrice par l’éclairage qu’elles apportent sur le contexte de création. Ces chapitres fourmillent en effet d’informations sur les distances parcourues par les artisans, les moyens de transports, la barrière de la langue ou encore sur la formation et dressent ainsi un tableau très complet de leurs conditions de travail.

7Son étude s’appuie d’ailleurs sur le riche matériel archivistique de la ville d’Ulm, et tout spécialement sur le livre de comptes de la fabrique, duquel Anne-Christine Brehm tire de précieuses informations sur le nombre de tailleurs de pierre et de maçons à l’œuvre sur le chantier, la durée de leurs interventions respectives ainsi que leurs villes d’origine. Ces informations sont compilées dans une base de données et restituées sous la forme de diagrammes circulaires de graphiques et de tableaux. Après les avoir analysées et comparées à celles des chantiers de Bâle, Vienne, Bayreuth et Nuremberg, l’autrice en tire des conclusions sur la haute fluctuation des artisans sur les chantiers. Bien que ces conclusions aient pour objectif de servir la démonstration principale, elles suscitent une réflexion fascinante et réellement originale sur les causes et l’impact de cette fluctuation sur les fabriques des chantiers, tout autant que sur les réponses apportées par les villes pour enrayer ce phénomène. Ces données sont croisées avec celles recueillies lors de l’analyse de la substance bâtie, en grande partie encore d’origine, et des dessins. Elle mène également une recherche comparée sur deux maîtres d’œuvre, Hans Kun et Matthäus Ensinger.

8L’autrice démontre de manière concrète, dans le chapitre dédié aux échanges entre chantiers et avancées techniques, les effets produits par les transferts sur le chantier, ce qui lui permet de répondre de manière très satisfaisante à la problématique. En revanche, on peut regretter l’absence d’une définition de la notion de transfert, à laquelle se substitue souvent celle d’échange. La sous-partie censée présenter les concepts utilisés est en réalité une présentation du vocable médiéval désignant les dénominations des métiers, lieux de travail et opérations effectuées sur les chantiers médiévaux, ainsi que de leurs doubles significations qui compliquent souvent la tâche du médiéviste.

9De cette étude, Anne-Christine Brehm conclut que les transferts de connaissances dans le domaine de l’architecture révèlent l’étendue du réseau artistique et la diversité des influences du chantier de l’église d’Ulm. Enfin, les transferts architecturaux et technologiques sont opérés grâce à la mobilité des maîtres d’œuvre et ont pour support le dessin, tandis que les tailleurs de pierre et maçons acheminent des connaissances techniques d’un chantier à l’autre. Deux idées principales se dégagent : d’une part, la forte concurrence entre tailleurs de pierre pour les places sur les chantiers, concurrence liée à l’augmentation des règlementations de leur activité et à une complexité grandissante de leur métier. D’autre part, la haute fluctuation des forces de travail sur le chantier entraine une standardisation et une normalisation des formes architecturales. Cet effet de standardisation s’observe d’ailleurs sur d’autres chantiers, tels que ceux de l’église de Fribourg-en-Brisgau et à Saint-Ulrich-et-Sainte-Afre à Augsbourg.

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Pour citer cet article

Référence papier

Camille Demange, « Anne-Christine Brehm, Netzwerk Gotik. Das Ulmer Münster im Zentrum von Architektur- und Bautechniktransfer »Regards croisés, 12 | 2022, 104-106.

Référence électronique

Camille Demange, « Anne-Christine Brehm, Netzwerk Gotik. Das Ulmer Münster im Zentrum von Architektur- und Bautechniktransfer »Regards croisés [En ligne], 12 | 2022, mis en ligne le 01 juillet 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/regardscroises/290

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