Navigation – Plan du site

AccueilNumérosTome 72Comptes rendusCorinne Beck, Patrice Beck, Franc...

Comptes rendus

Corinne Beck, Patrice Beck, Franck Faucher, Jean-Louis Maigrot, dir., Des moutons et de l’or : 13 habitats d’éleveurs du xive siècle dans les forêts de la Montagne dijonnaise : Saint-Martin-du-Mont, Saint-Seine l’Abbaye, Val-Suzon, Pasques (Côte-d’Or - Bourgogne)

Élise Faure Boucharlat
p. 491-494
Référence(s) :

Corinne Beck, Patrice Beck, Franck Faucher, Jean-Louis Maigrot, dir., Des moutons et de l’or : 13 habitats d’éleveurs du xive siècle dans les forêts de la Montagne dijonnaise : Saint-Martin-du-Mont, Saint-Seine l’Abbaye, Val-Suzon, Pasques (Côte-d’Or - Bourgogne), Montagnac, éd. Mergoil, 2022, 325 p., 328 fig. (Europe médiévale, 15). ISBN 978-2-35518-123-8.

Texte intégral

1En 2018 paraissait, chez le même éditeur et sous la direction des mêmes auteurs, l’ouvrage : Élevage et forêt sur la Montagne dijonnaise à la fin du Moyen Âge : deux établissements forestiers en Terre de Saint-Seine (Saint-Martin-du-Mont, Côte-d’Or). La Revue archéologique de l’Est en publiait le compte-rendu en 2018 dans son tome 67, p. 514-516. La conclusion de l’ouvrage ouvrait la perspective d’un développement des recherches puisque le massif forestier prospecté au nord et au sud du Val Suzon recélait nombre de sites comparables aux deux établissements en question, les Bordes des Bois de Cestres et des Bois de la Combe d’Été. Voici donc, cinq ans plus tard, dans un second volume, la synthèse de cette enquête débutée en 2003 et poursuivie jusqu’en 2019, désormais élargie aux 4000 ha recouvrant les anciens finages de Saint-Martin-du-Mont, Saint-Seine l’Abbaye, Val-Suzon et Pasques. Nous en proposons ici un compte-rendu détaillé dans l’intention de compenser le fait que la Revue n’a jamais eu l’occasion de relater la progression de ce programme de recherche au long cours.

2Parmi les vingt-six habitats désertés découverts ou redécouverts dans cet espace, treize sont datés des seuls XIVe-début XVe siècles : Bois de Cestres (Saint-Martin-du-Mont) ; Combe d’Été (Saint-Seine l’Abbaye) ; Épitiaux du Bas, Épitiaux du Dessus, Sources aux Fées (Val-Suzon) ; Combe au Fourneau, Bas de la Vigne, Issarts-Barodet, Cermandets, Champ Bas, Mare des Bordes, Grands Charmeaux (Pasques). Ils se situent à des altitudes comprises entre 450 et 585 m, de part et d’autre du cours du Suzon, entre les combes de ses affluents. Ces sites forment un solide échantillon à partir duquel les auteurs s’emploient à retracer la vie et la mort des établissements d’éleveurs d’ovins de la Montagne dijonnaise durant cette période, à proximité de la capitale bourguignonne.

3On retrouve évidemment les problématiques abordées dans la première publication, mais ici développées sur la base d’une documentation nettement enrichie grâce, notamment, à la réalisation en 2013 d’une seconde campagne de couverture Lidar par l’Office national des Forêts sur l’ensemble du haut Val-Suzon. Les procédés de rendu d’image, d’une qualité impressionnante, offrent aux chercheurs une lecture détaillée de la topographie des établissements et équipements proches, mais encore de l’organisation des éléments du paysage environnant, cheminements, agencements parcellaires… Les sites localisés au cours de cette seconde étape de l’enquête ont également fait l’objet, au minimum, de vérifications et de relevés de terrain et, pour certains, de sondages plus ou moins développés pour identifier la nature des constructions et recueillir du mobilier datant. Par conséquent, l’établissement des Bordes du Bois de Cestres, objet d’une fouille quasi exhaustive entre 2003 et 2012, et celui des Bois de la Combe d’Été, sondé en 2012, font office de référence pour la compréhension des vestiges découverts ailleurs.

4En matière de publication, le produit peut surprendre. Le volume a probablement été conçu pour être autonome par rapport au précédent ; mais la reprise conséquente de données déjà publiées évoque davantage une édition augmentée. Le résultat peut aussi décevoir quant à la forme. Quel dommage que cette importante contribution à l’archéologie et à l’histoire des habitats désertés en France n’ait pas bénéficié d’une préparation éditoriale de qualité, disons professionnelle ! La mise en page est souvent maladroite. L’organisation de certains chapitres laisse à désirer (chap. 7 à 9). Mise à part la restitution des vues issues de la couverture Lidar, impeccable dans le premier chapitre, la qualité des illustrations est variable et leur taille n’est pas toujours en rapport avec leur valeur documentaire ; des cartes essentielles sont trop petites (ex. fig. 1, 168 ou 294) et, à l’inverse, des plans ou photographies sont inutilement grands (ex. fig. 111, 129, 143, 148, 154…). Était-il indispensable de republier des plans et photographies en si grand format et certains de manière redondante ? (ex. fig. 58 et 61 ; 65 et 66). Enfin, le texte comporte encore des coquilles, mais c’est surtout l’irrégularité de la graphie des toponymes d’une page à l’autre, d’une figure ou d’un tableau à l’autre qui est troublante. À l’évidence, la préparation de l’édition aurait mérité plus de temps. L’ensemble de ces maladresses formelles désarçonne quelquefois le lecteur le mieux disposé.

5Les chapitres 1 à 6 (p. 25-133) s’intéressent aux vestiges architecturaux des établissements et à leur organisation fonctionnelle, y compris équipements spécifiques comme fours à pain et structures hydrauliques. Les chapitres 7 à 9 (p. 135-185) retracent les parcellaires et cheminements qui structurent l’occupation et tentent de restituer l’environnement végétal et les pratiques agraires des communautés installées ici. Les chapitres 10 à 13 (p. 187-264) reviennent à l’archéologie à travers les mobiliers qui éclairent la datation des sites, les activités et le statut des résidents. Les derniers chapitres 14 à 16 (p. 265-304) synthétisent les informations issues d’un volume considérables de sources écrites sur le statut des établissements, leur place et leur rôle dans l’économie du territoire considéré.

6Le déroulement de l’enquête et les principaux axes de recherche sont exposés dans une Introduction claire et bien construite (p. 7-21). Le lien est fait avec la première étape des recherches publiée en 2018. La sélection des établissements pris en compte est explicitée ; « fermes forestières » témoignant d’un modèle de développement particulier ; vocation pastorale et pratique marchande dans le cadre du grand commerce lainier à proximité de la capitale des ducs de Bourgogne et sur l’itinéraire des foires de Champagne. Est évoquée la panoplie des méthodes mises à profit (archéologie, histoire, géomatique, archéogéographie, écologie forestière, pédologie…) pour comprendre l’émergence de ces occupations ex nihilo et les conditions de leur développement et de leur abandon.

7Le chapitre 1, Habitats (P. Beck et F. Faucher ; p. 25-37) restitue méthodiquement l’analyse des images de la couverture Lidar de 2013. Chacun des treize établissements est décrit : plan, orientation, superficie, relief, composition des bâtiments, cours et enclos, éventuels fours, points d’eau et carrières, circulations et accès, du plus modeste d’entre eux, La Combe au Fourneau de 300 m2, au plus vaste, véritable hameau du Bois de Cestres développé sur 18 000 m2. Les très utiles figures 34, 35 et 36, qui récapitulent les observations, font ressortir les similitudes et les particularités décrites tout au long du chapitre. Pas de modèle unique, mais des rapprochements possibles entre les sites selon de possibles liens institutionnels ou en fonction de leur situation par rapport à la forêt profonde qui accueille les plus vastes d’entre eux.

8Les chapitres 2 à 4 (p. 39-100) restituent les observations archéologiques faites sur l’ensemble des sites. C’est dans cette partie que l’on trouve le plus de redondances avec la publication de 2018. Le chapitre 2, Constructions (P. Beck, F. Faucher, J.-P. Garcia, M. Foucher), s’intéresse tout d’abord aux matériaux et techniques de construction. Il montre la pleine adaptation de l’architecture aux ressources locales : maçonneries de conception commune pour tous les bâtiments et enclos, réalisées en pierre sèche issue de la table rocheuse calcaire qui porte les constructions parfois installées sur leur propre carrière (essentiellement pierre de Dijon-Corton supérieure et inférieure) : constructions simples mais faites pour durer. Le chapitre 3, Bâtiments d’habitation et le chapitre 4, Bâtiments d’exploitation (P. Beck) tentent de distinguer, parmi les divers locaux repérés sur les sites, ceux qui tiennent lieu d’habitation de ceux qui font office de locaux d’exploitation. Concernant les habitations, les critères traditionnellement admis (foyers, seuils, éléments de confort tels drains ou apprêts de sol, niches murales et concentrations de mobiliers domestiques), représentés aux Bois de Cestres dans trois unités habitables distinctes, ne peuvent être appliqués avec certitude aux autres sites partiellement explorés : des habitations certaines, probables ou possibles ont cependant été reconnues dans six d’entre eux (le tableau fig. 96 récapitule les observations). Quant aux bâtiments d’exploitation, c’est surtout leur volume, parfois leur plan particulier et/ou la présence de mobilier spécifique (outils, faune), qui permettent d’identifier leur fonction (le tableau fig. 123 récapitule les observations).

9Le chapitre 5, Fours à pain (P. Beck ; p. 101-118) complète la description des établissements. Le soin apporté par l’enquête à l’étude de ces édifices modestes est parfaitement justifié. Au total, huit fours à pain ont été dénombrés, tous chronologiquement raccordés aux occupations. Outre celui du Bois de Cestres, analysé exhaustivement, cinq ont fait l’objet de décapages de surface, de sondages et de relevés. Isolés ou mitoyens de bâtiments d’exploitation, ils sont de conception analogue : chambre de chauffe de plan ovalaire ou en fer à cheval, voûte en dôme et murs périphériques de dalles de calcaire, bouche étroite, aire de travail. Les sols d’usage ont retenu l’attention car susceptibles de livrer du mobilier datant et autres indices des activités des utilisateurs. La présence ou l’absence d’un four à pain est interrogée : constitue-t-elle un critère hiérarchique entre les établissements ? Ceux qui en étaient pourvus bénéficiaient-ils d’une plus grande autonomie de subsistance et, dans ce cas, sous quelle forme de dépendance à la seigneurie détentrice de la banalité ?

10Le chapitre 6, Puits, abreuvoirs et eaux vives (P. Beck ; p. 119-133) relate les résultats de la prospection-inventaire qui a localisé 85 points d’eau encore visibles aujourd’hui sur les plateaux, les pentes et les vallons du haut Val-Suzon. Associée à la lecture des cartes anciennes, elle a considéré les fermes isolées, actives aux XIVe-XVe s., ou plus récentes, et les villages ou hameaux des plateaux mentionnés dans les documents fiscaux du XIVe s. Il en ressort que sous des formes variées, au centre ou à l’écart de l’habitat, le modèle dominant était celui du puits-citerne à débordement pour alimenter une mare ou un abreuvoir, voire plus tardivement un lavoir, interprétation fondée sur la compréhension, acquise précédemment, du fonctionnement du Puits-Gaillard, le puits-citerne du hameau du Bois de Cestres. S’y ajoutaient les possibles captages de sources de fond de vallon et les points d’eau isolés repérés sur les plateaux ou dans les combes. Le nombre et la répartition des aménagements suggèrent donc que la ressource en eau n’a pas été un obstacle à la vague d’installation des établissements forestiers durant le XIVe s.

11Les chapitres 7 à 9 (p. 135-185) réunissent les enquêtes relatives à l’environnement naturel et anthropisé et aux moyens de subsistance des établissements. Cet apport conséquent d’archéologie du paysage est l’un des aspects stimulants de l’ouvrage. On regrettera d’autant plus une organisation touffue des textes (à la manière d’une succession de « dossiers ») et la qualité graphique médiocre de certaines cartes parfois insuffisamment légendées (une reprise DAO aurait été justifiée). Par ailleurs, le court chapitre 7, Enclos et parcellaires (J.-L. Maigrot), qui présente un condensé des informations matérielles relatives aux cours et enclos associés aux treize habitats considérés, aurait logiquement dû être réuni au premier chapitre où elles sont déjà en grande partie formulées (voir la redondance des tableaux fig. 35 et fig. 193). Le chapitre 8, Ressources, sol et végétation (J.-L. Maigrot, J.-M. Royer, B. Didier, O. Mathieu, J.-L. Dupouey, E. Dambrine) concourt à démontrer que les fondateurs des sites, au xive s., ne sont pas venus pour cultiver les sols pauvres du haut Val-Suzon. Les sondages et analyses pratiquées dans les terres rapportées et amendées des enclos contigus au hameau de Bois de Cestres (publiés en 2018) attestent que les cultures se sont concentrées dans l’environnement immédiat de l’habitat. Si les résultats sont moins nets pour les autres sites sondés, entre enclos à bestiaux ou jardins, l’absence d’espaces cultivés autour des sites est manifeste. C’est donc à la pratique du pâturage en forêt que s’attache l’enquête à l’échelle de la forêt de Pasques : observations physiques et analyses chimiques des sols, identification des milieux et des végétaux... Les cartes, textes et ouvrages naturalistes antérieurs aux grandes transformations du milieu à partir du XVIIIe s. sont également mis à contribution. Il en ressort que les fondations médiévales sont venues s’inscrire dans un milieu bien adapté à leur objectif prioritaire : profiter de la disponibilité des herbages des clairières, pelouses et lisières infra-forestières particulièrement favorables à l’élevage ovin. Le chapitre 9, Voierie (J.-L. Maigrot), s’appuie sur l’inventaire des cheminements qui distribuent les habitats désertés à partir des images issues du Lidar et de l’observation des tronçons restés apparents. Toutes les informations versées à une banque de données ont permis d’établir les cartes des voies et chemins, de montrer leur hiérarchie et, partant, la dynamique des liaisons entre les fermes forestières et les agglomérations pérennes, chefs-lieux de paroisse. Le rapport plus ou moins direct des sites au réseau principal ou secondaire et les différences d’organisation entre rives nord et sud du Suzon pourraient fournir des indices de chronologie relative entre les sites.

12Les chapitres 10 à 13 (p. 187-264), Monnaies (P. Listrat), Poteries (E. Poil, P. Beck), Instrumentum (G. Baudry), Restes osseux (C. Beck) forment un tout consacré au mobilier qui complète, conforte et conclut les données publiées en 2018. Les quinze monnaies provenant de fouilles ou de ramassages sont peu abondantes rapportées au nombre d’habitats considérés mais démontrent toutefois que les fermes forestières sont intégrées à la circulation monétaire contemporaine : outre les monnaies courantes de billon, une monnaie d’or retient l’attention puisqu’il s’agit d’un florin du royaume de Hongrie. Les pages consacrées aux poteries offrent un utile complément à la publication de 2018, alors axée sur le mobilier issu du Bois de Cestres et de la Combe d’Été. Les sites explorés ultérieurement livrent essentiellement le même répertoire de récipients probablement issus de la même officine (Saint-Seine l’Abbaye ?). Cette production, désormais bien identifiée sur plusieurs sites régionaux, apporte des arguments chronologiques solides en faveur d’une installation des établissements si ce n’est synchrone, du moins centrée sur un large XIVe s. L’instrumentum fait l’objet d’un chapitre fourni puisqu’il a été choisi de reprendre ici la publication des objets provenant des fouilles du Bois de Cestres et de la Combe d’Été auxquels s’ajoutent 146 objets inédits provenant d’autres sites. On dispose ainsi d’un catalogue raisonné et normalisé de 245 notices et commentaires associés, catalogue d’autant plus signifiant que le mobilier émane d’établissements paysans dont la raison d’être et la chronologie sont bien cernées. Le corpus des restes osseux animaux issus des niveaux de l’occupation principale des sites est réduit (1170), la majorité provenant évidemment du Bois de Cestres (976). Les conclusions sont donc prudentes. L’assemblage se révèle somme toute classique, mais quelques constats éclairent la vocation des fermes forestières : présence exclusive de reste de consommation, prédominance des ovi-caprins parmi le bétail avec une sur-représentation des individus jeunes.

13Les chapitres 14 et 15 (p. 265-300), Peuplement et usages de la forêt (C. Beck, P. Beck) et Production (P. Beck), apportent l’éclairage des sources écrites à la connaissance des populations des fermes forestière et de leurs moyens de subsistance dans un réseau d’acteurs économiques complexe. Dans un premier temps, l’enquête (publiée en 2018) s’était appuyée essentiellement sur les sources du temporel de l’abbaye de Saint-Seine. Compte tenu de l’élargissement de l’aire d’étude, les chercheurs se sont attaqués aux sources issues des seigneuries laïques ou religieuses dont dépendaient les territoires de Val-Suzon et de Pasques où s’insèrent les onze habitats désertés venus enrichir la série. En particulier, il faut admirer l’élargissement du dépouillement aux notaires dijonnais (49 registres de 24 notaires différents, soit 49 418 actes datés entre 1310 et 1425) qui permet d’approcher de manière très suggestive le pastoralisme et le négoce ovins dans la région considérée.

14Les textes restituent globalement la toile de fond sociale et économique dans laquelle les établissements se sont développés, notamment l’encadrement des usages de la forêt où la notion de propriété demeure plus ou moins floue jusqu’aux temps modernes : les habitants, au gré de revendications répétées auprès des autorités, jouissent d’une assez grande latitude quant aux usages de la forêt, tant pour les coupes que pour les pâtures bien adaptées à l’élevage ovin. Demeure une question lancinante pour les auteurs : pourquoi, en dépit de dépouillements massifs des archives, aucune autre mention directe aux établissements du XIVe s. n’a été découverte depuis le cas, publié en 2018, des fermes des Bois de Cestres et de la Combe d’Été (rapprochées des Bordes Gaudot et Bordes de Cuylles, en Terre de Saint-Seine). Puisque, à l’inverse, les habitats pérennes ont tous été retrouvés dans les textes, comment expliquer que les onze autres habitats désertés n’apparaissent jamais dans les dénombrements de feux, comptabilités, cartulaires, censiers, terriers ? Connaissaient-ils un statut juridique tel qu’ils échappèrent aux recensements et à la fiscalité, ou encore des mentions restent-elles à découvrir ? L’analyse détaillée des baux à cheptel ovin et de leurs acteurs, bailleurs et preneurs, suggère une forme de hiérarchie des lieux d’élevage. Les Bois de Cestres et la Combe d’Été auraient fait partie de la catégorie des établissements abritant des entrepreneurs résidents, pratiquant un élevage pérenne et fixe ; les autres sites auraient constitué des annexes rattachées aux exploitations préexistantes, en charge de l’élevage de troupeaux surnuméraires aux mains de divers bailleurs. Mais tous prenaient part à une économie spécialisée dans l’élevage ovin raccordée au grand commerce de la laine. Et ce n’est pas tout : l’analyse statistique des centaines d’actes ovins par tranches chronologiques autorise une appréciation de l’évolution du nombre et du volume des transactions dans la durée. Celles-ci culminent dans le première moitié du XIVe s., restent soutenues dans le troisième quart et diminuent à la fin de ce siècle avant de s’effondrer au XVe s. (tableaux fig. 305 et 306), autant de précieux constats à rapporter à la temporalité des établissements.

15Le dernier chapitre 16, Temporalité (P. Beck ; p. 301-304), propose un bilan nuancé des arguments archéologiques qui permettent de dater les sites (monnaies, céramique, architecture, stratigraphie) tout en reconnaissant les incertitudes sur les rythmes d’apparition et la durée des occupations. Leur lien étroit avec le commerce des laines bourguignonnes fournit d’autres arguments. Si l’apogée de ce dernier est placée par les historiens au XIIIe s., la rupture des contacts avec l’Italie dans la dernière décennie du XIVe s., entraînant la fin de l’épisode lainier, explique la désertion des fermes forestières du haut Val-Suzon avant que la forêt ne se referme rapidement sur « ces aménagements de faible empreinte ».

16Malgré quelques réserves sur la conception matérielle du volume, on ne saurait trop louer ici l’ampleur et la qualité du travail de terrain et de laboratoire, la richesse des enquêtes d’archives, tout comme la diligence des chercheurs à publier les résultats de près de vingt ans de recherches pluridisciplinaires. L’alliance subtile des données du terrain et de l’analyse des textes insuffle une grande humanité au portrait des communautés installées dans les forêts de la Montagne dijonnaise durant les quelque cinquante années de la « grande effervescence lainière ».

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Élise Faure Boucharlat, « Corinne Beck, Patrice Beck, Franck Faucher, Jean-Louis Maigrot, dir., Des moutons et de l’or : 13 habitats d’éleveurs du xive siècle dans les forêts de la Montagne dijonnaise : Saint-Martin-du-Mont, Saint-Seine l’Abbaye, Val-Suzon, Pasques (Côte-d’Or - Bourgogne) »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 491-494.

Référence électronique

Élise Faure Boucharlat, « Corinne Beck, Patrice Beck, Franck Faucher, Jean-Louis Maigrot, dir., Des moutons et de l’or : 13 habitats d’éleveurs du xive siècle dans les forêts de la Montagne dijonnaise : Saint-Martin-du-Mont, Saint-Seine l’Abbaye, Val-Suzon, Pasques (Côte-d’Or - Bourgogne) »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/17961

Haut de page

Auteur

Élise Faure Boucharlat

Inspectrice générale des patrimoines honoraire, Ministère de la Culture

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search