Navigation – Plan du site

AccueilNumérosTome 72Comptes rendusVincent Carpentier, Cyril Marcign...

Comptes rendus

Vincent Carpentier, Cyril Marcigny dir., Pont-de-l’Arche et le fort d’Alizay-Igoville (Eure) : les fortifications de la Seine normande, de l’âge viking à la guerre de Cent Ans

Mélinda Bizri
p. 490-491
Référence(s) :

Vincent Carpentier, Cyril Marcigny dir., Pont-de-l’Arche et le fort d’Alizay-Igoville (Eure) : les fortifications de la Seine normande, de l’âge viking à la guerre de Cent Ans, Caen, Presses univ. de Caen, 2023, 375 p. (Publ. du CRAHAM, Série Antique et médiévale).

Texte intégral

1L’ouvrage dirigé par deux archéologues de l’Inrap, experts de l’archéologie normande, compile en cinq chapitres les résultats de fouilles archéologiques préventives et de leurs recherches connexes, 10 ans après le terrain ayant eu lieu entre 2011 et 2012.

2Le titre annonce une chronologie centrée sur le Moyen Âge et le propos éclaire effectivement chacune des époques composant cette période de manière inégale. Les IXe-Xe siècles sont documentés archéologiquement et par les sources riches pour cette zone géographique, tandis que les périodes suivantes existent en « échos » (apport majeur de l’étude des monnaies) sur le site fouillé et par une enquête historique et castellologique (chapitre V) pour l’environnement qu’il jouxte.

3Le plan de l’ouvrage se présente ainsi : en introduction l’étude paléoenvironnementale (10 p.) et la genèse de l’opération (chap. I, 12 p.), les résultats de la fouille (chap. II, les structures et la chronologie : 40 p.), les études de spécialités archéothanatologique (chap. III, 40 p.), céramique (chap. IV, 10 p.), archéozoologique (chap. IV, 5 p.), métallique (chap. IV, 30 p.) et numismatique (chap. IV, 30 p.) ; enfin une étude documentaire élargie (chap. V : 100 p. avec les annexes soit des textes médiévaux retranscris et une large documentation iconographique).

4La fouille préventive d’une partie d’un ouvrage de fortification majeure et inédite de Charles le Chauve (862-873) est le point de départ de cette enquête. Pour l’extension d’une carrière de granulats, les fouilles ont détruit un des angles de l’ouvrage en terre et documentent une occupation associée à ce dernier, caractérisée par trois phases (2e moitié du IXe siècle, XIIe-XIIIe siècles et XIVe-XVe siècles).

5Le secteur est riche en nombreux toponymes et lieux-dits qui ont varié au cours du temps, ce qui rend parfois la lecture du livre un peu difficile : d’ailleurs, on ne sait pas à partir de quand le toponyme Alizay intervient pour remplacer la désignation du fort de Limaye (devenu écluse rive gauche), et quant au terme employé « site Alizay-Igoville », il est une création du fait de la fouille et ne semble pas renvoyer à un autre renseignement que le fait que le site du fort chevauche de nos jours les limites de ces deux communes.

6Ce qui est cependant particulièrement intéressant est la singularité de l’ensemble spatial médiéval présenté, autour du verrouillage et du contrôle d’un passage sur la Seine, non loin de la confluence avec l’Eure. Il est donc question d’une passionnante histoire retracée des raids vikings et de leur impact sur l’émergence de ce site (besoin militaire), puis des conséquences qui en découlent (négociations avec la royauté, défaites, installations de « colonies » vikings provisoires ou plus pérennes, etc.) : un contexte remarquablement éclairé par une synthèse efficace des sources abondantes et publiées pour le IXe siècle de cet espace – ce qui est tout de même assez rare pour être souligné.

7L’archéologie précise la localisation de l’ouvrage de Charles le Chauve – l’ouvrage en terre s’est finalement retrouvé dans l’emprise prescrite à la suite d’une erreur de localisation sur la Carte archéologique –, ainsi que sa forme et sa chronologie. Les fossés ou retranchements nord-est de l’enceinte quadrangulaire ont été fouillés mais le murus gallicus, connu par d’anciennes fouilles des années 1980, n’a pas été concerné par l’investigation et les quelques sondages complémentaires effectués à l’intérieur de cette fortification (aujourd’hui disparue, un verger occupe cet espace), n’ont pas donné de résultats probants. L’analyse documentaire (chap. V) complète pourtant la connaissance de ce fort pour les époques ultérieures (Moyen Âge central et époque moderne) mais ne sont pas particulièrement reliées aux résultats archéologiques, ni par un texte d’articulation ni par une tentative de juxtaposition des plans ultérieurs de ce fort – pourtant nombreux et de qualité jusqu’au XIXe siècle – avec ceux de la fouille, et ce, même si les chronologies ne sont pas les mêmes. Pour une meilleure compréhension de la succession des occupations et de leur conséquence sur l’aménagement de la rive gauche, une juxtaposition visuelle et légendée des grandes phases aurait pu être proposée.

8Dix-sept fours culinaires bien datés (mobilier, 14C, archéomagnétisme), plus particulièrement fin IXe-début Xe siècle, sont rapportés à l’occupation du fort, en émettant tout de même l’hypothèse de deux groupes humains, l’un militaire dans le fort et l’autre civil. Cette population est renseignée par l’analyse des vestiges funéraires rencontrés (un petit corpus de onze individus groupés et deux groupes isolés) dans un état sanitaire (bucco-dentaire) qualifié de modeste à médiocre pour les individus datés entre le VIIIe et le Xe siècle. Un étude multi-isotopique a été menée afin de déterminer leur origine géographique, notamment en raison de la présence des vikings à cette époque. La population est locale, à l’exception de quelques individus apparentés, originaires de la côte normande ou ouest atlantique (possiblement jeunes hommes non chasés, colons appelés pour l’entretien et la tenue de la fortification dans un objectif d’occupation territoriale militaire) et un jeune homme des marges du royaume franc (serf déplacé ?).

9L’étude de la céramique médiévale (échantillon qualifié de faible) montre des assemblages aux provenances plus diversifiées que celles reconnues pour la même période à Rouen. L’archéozoologie est anecdotique pour l’occupation carolingienne (deux fosses étudiées) : elle renseigne un évènement ponctuel (consommation-rejet) peut-être à mettre en rapport avec un stationnement de troupes. Le mobilier métallique présente onze catégories fonctionnelles du xiie au XXe siècle avec une importante collection de lests de filets de pêche (en plomb, XIIe-XVe siècle), au point que l’on pense qu’ils étaient étendus pour séchage ou réparation sur le haut des fossés. Le mobilier numismatique (quarante et une monnaies, dont quatre romaines, vingt-huit méreaux, quatre jetons et deux poids monétaires) est le second ensemble de mobilier après celui métallique assez conséquent en nombre en raison de l’usage d’un détecteur de métaux en parallèle avec la fouille. C’est ce second ensemble qui documente indirectement l’occupation postérieure à l’époque carolingienne et notamment, par l’interprétation possible de l’usage de méreaux pour les salaires, la mise en évidence des hommes attachés au chantier royal du XIIe siècle.

10La somme d’enquête documentaire du chapitre V pallie la méconnaissance des chronologies, peu documentées par la fouille, dans un zonage élargi à l’autre rive. L’histoire des fortifications du Pont-de-l’Arche, ville qui se développe sur la rive en face du fort, est retracée, le lien aux enjeux politiques royaux également (période de conflit Plantagenêt, royauté française). Une partie est aussi consacrée aux chemins et au pont qui relient les deux sites et à une brève histoire économique du fleuve. Mais cet ouvrage de franchissement demeure le moins appréhendé en raison de sa disparition durant la Seconde Guerre mondiale et parce qu’aucune archéologie ou prospection subaquatique n’a été menée pour en préciser ses constructions, reconstructions et implantations successives pour les périodes hautes du Moyen Âge.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Mélinda Bizri, « Vincent Carpentier, Cyril Marcigny dir., Pont-de-l’Arche et le fort d’Alizay-Igoville (Eure) : les fortifications de la Seine normande, de l’âge viking à la guerre de Cent Ans »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 490-491.

Référence électronique

Mélinda Bizri, « Vincent Carpentier, Cyril Marcigny dir., Pont-de-l’Arche et le fort d’Alizay-Igoville (Eure) : les fortifications de la Seine normande, de l’âge viking à la guerre de Cent Ans »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/17950

Haut de page

Auteur

Mélinda Bizri

Ingénieure d’études en archéologie, Université de Bourgogne, UMR 6298 ArTeHiS

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search