Navigation – Plan du site

AccueilNumérosTome 72Comptes rendusBrigitte Bourgeois dir., Les coul...

Comptes rendus

Brigitte Bourgeois dir., Les couleurs de l’Antique, Actes de la 8ème table ronde internationale sur la polychromie de la sculpture et de l’architecture antique

Nicolas Delferrière
p. 485-486
Référence(s) :

Brigitte Bourgeois dir., Les couleurs de l’Antique, Actes de la 8ème table ronde internationale sur la polychromie de la sculpture et de l’architecture antique, Centre de recherche et de restauration des musées de France, Paris, 2019, 158 p. (Technè, 48). ISBN : 978-2-11-152831-4. 25 €.

Texte intégral

1Les recherches sur la polychromie de la sculpture et de l’architecture antiques évoluent rapidement, entraînant un développement exponentiel de la bibliographie sur le sujet. Les tables rondes du réseau international sur la polychromie antique sont organisées à un rythme régulier et leur publication constitue à chaque fois un nouveau jalon dans le domaine. Les actes de ce 8ème événement, organisé les 15 et 16 novembre 2016 au Centre de recherche et de restauration des musées de France à Paris, réunissent treize contributions réparties en quatre grandes parties thématiques (I. Des monuments colorés : la polychromie architecturale ; II. Fragments d’un art de peindre ; III. La mise en couleur de la sculpture ; IV. Couleurs antiques et restitutions expérimentales modernes) et sont complétés par deux articles supplémentaires, classés dans Varia, traitant également de polychromie antique.

2Lorenzo Lazzarini, Katia d’Ignoti, Giovanni Alfano, Stefano Cancelliere et Carmelo Bennardo proposent une contribution sur l’analyse archéométrique des stucs et de la polychromie du temple C de Sélinonte en Sicile (p. 7-13), en particulier sur les colonnes et les chapiteaux du péristyle extérieur septentrional.

3Stephan Zink, Moritz Taschner, Ina Reiche, Matthias Alfeld, Cristina Aibéo, Ellen Egel, Katharina Müller, Anne Ristau, Birgit Neuhaus et Wolfgang Massmann présentent les différentes traces de polychromie retrouvées, grâce à la documentation ancienne conservée dans l’Antikensammlung de Berlin et aux analyses scientifiques récentes, du temple hellénistique d’Artémis de Magnésie du Méandre en Turquie occidentale (p. 14-26).

4Anne-Marie Guimier-Sorbets s’intéresse à un pan méconnu de la polychromie de l’architecture d’époque hellénistique : la peinture sur les sols en mortier et les mosaïques, à partir d’exemples provenant principalement de Rhodes, Délos et Alexandrie, en contexte public et domestique (p. 27-33). L’auteure décrit deux raisons principales à l’emploi de la peinture sur les sols : « l’adjonction de couleurs vives pour étendre et aviver la polychromie » et « copier la peinture murale ou de chevalet, art majeur de cette époque, lui-même fortement polychrome et illusionniste » (p. 27). Les observations et les analyses proposées sont extrêmement fines et précises et montrent une situation assez paradoxale. Contrairement à la sculpture ou aux blocs lapidaires, sur lesquels les traces de polychromie sont parfois très rares, les sols hellénistiques apparaissent à nos yeux dans leur diversité polychrome. Cependant, ils sont plus ternes qu’ils l’étaient au moment de leur création. Ainsi, comme le démontre A.-M. Guimier-Sorbets, la peinture donnait un éclat supplémentaire à ces décors. Les propositions de restitutions colorées fournies dans l’article sont particulièrement efficaces.

5Hariclia Brecoulaki, Giovanni Verri, Brigitte Bourgeois, Francesco Paolo Romano, Andreas G. Karydas, Claudia Caliri, Elena Martín González et Giorgos Kavvadias révèlent de nouveaux indices polychromes sur les pinakes en bois archaïques de Pitsa, grâce à la cartographie en macro-spectrométrie de fluorescence X (MA-XRF) et à l’imagerie technique (p. 34-54).

6Elena Walter-Karydi propose une réflexion globale sur la couleur et la perspective dans la peinture grecque à la fin de la période classique (p. 55-59).

7Dorothy H. Abramitis et Mark B. Abbe ont réalisé l’examen et les analyses scientifiques permettant la mise en lumière de la polychromie d’un ensemble de stèles et plaques de loculus funéraires alexandrines datées de la fin du IVe s.-début du IIIe s. av. J.-C. (p. 60-71). Parmi les résultats étonnants apportés par cette étude, citons l’emploi d’un pigment rarement attesté dans la peinture gréco-romaine : la mimétite, un arséniate de plomb jaune. La qualité des scènes figurées révélées mériterait également une étude précise.

8Sophie Descamps-Lequime développe plusieurs pages sur les recherches récentes consacrées aux couleurs des bronzes antiques (p. 72-82), rejoignant et complétant les travaux menés par Jonathan Devogelaere.

9Claudia Noferi, Susanna Bracci, Giovanni Bartolozzi, Roberta Iannaccone, Sara Lenzi et Donata Magrini se sont intéressés à un ensemble de sculptures funéraires étrusques en nenfro (roche volcanique, variante de tuf) mises au jour à Tuscania en Italie et conservées au musée archéologique de Florence (p. 83-89). La polychromie de ces vestiges sculptés a été étudiée grâce à un protocole non invasif d’imagerie scientifique : analyse par fluorescence X (XRF) et spectrométrie par réflexion à l’aide de fibre optique (FORS).

10Antonella Bonini, Susanna Bracci, Paolo Liverani, Giovanni Bartolozzi, Roberta Iannaconne, Sara Lenzi et Donata Magrini dévoilent les traces de peintures observées sur la décoration en marbre (vases décoratifs et statuaire) de la villa de Poppée à Oplontis (p. 90-99). Plusieurs proviennent notamment du secteur de la grande natatio et, malgré des fouilles menées sur le site à une époque assez récente (1960-1970) à l’échelle de l’exploration archéologique de la Campanie, les analyses par fluorescence X (XRF) et par spectrométrie par réflexion à l’aide de fibre optique (FORS) ont été nécessaires pour avoir une idée de l’ampleur de l’emploi de la couleur sur la décoration marmoréenne de la villa.

11Mark B. Abbe et Tuna Sare Agtürk fournissent un rapport préliminaire sur l’extraordinaire conservation de la polychromie des reliefs romains en marbre d’époque impériale découverts dans l’ancienne Nicomédie et actuelle Izmit en Turquie (p. 100-109). Le lecteur ne peut que remercier les auteurs de présenter, avec des clichés d’une grande qualité, ces œuvres mises au jour lors de fouilles archéologiques récentes (2001, 2009 et 2015-2018), ce qui a permis la conservation exceptionnelle de leurs nombreuses traces polychromes. La pièce maîtresse en est le relief représentant l’accolade entre deux empereurs de l’Antiquité tardive (Dioclétien et Maximien comme le proposent M. B. Abbe et T. Sare Agtürk ?). Ce décor sculpté et peint, qui appartenait à un édifice public, démontre l’importance de la conservation de la polychromie, en raison de la signification de certaines couleurs et de la codification certaine dans sa mise en œuvre. Sur ce dossier spécifique passionnant, nous ne pouvons qu’encourager le lecteur à se référer aux autres références bibliographiques listées à la fin de l’article.

12Jan Stubbe Østegaard propose un essai réflexif sur la nécessité de la restitution de la polychromie de l’architecture et de la sculpture antiques, à partir de l’examen d’un dossier historiographique important et de l’observation des différents essais méthodologiques mis en œuvre depuis plusieurs années au sein de multiples institutions muséales (p. 110-119). Cette réflexion est désormais nécessaire afin d’adopter et d’appliquer des pratiques communes au sein de la communauté des chercheurs sur la polychromie antique. Nous suivons et partageons totalement les critiques qui peuvent être formulées par l’auteur au sein de ses différentes publications et sa volonté de réfléchir à une harmonisation des méthodes.

13Vinzenz Brinkmann et Ulrike Koch-Brinkmann présentent une reconstitution expérimentale des grands bronzes de Riace (Italie) dans le cadre de leur projet « Liebighaus Polychromy Research Project » à Francfort (p. 120-129).

14Enfin, Astrid Nunn annonce la parution imminente d’une étude synthétique, qu’elle co-édite avec Heinrich Piening, consacrée à la polychromie de la sculpture en Mésopotamie de 3000 à 625 av. J.-C. à partir de 179 exemples conservés dans quatre musées occidentaux (Vorderasiatisches Museum de Berlin, British Museum de Londres, Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles et Oriental Institute Museum de Chicago ; p. 133-134).

15Dans la section Varia qui clôt l’ouvrage, on trouve une étude de la polychromie d’une tête de Bouddha en stuc du Gandhara, conservée au Victoria and Albert Museum de Londres (p. 136-149), et une attestation de l’emploi du cobalt comme pigment bleu sur un vase en albâtre de la XVIIIe dynastie égyptienne inscrit au nom d’Amenhotep III et découvert à Ougarit en Syrie (p. 150-157). Le bleu était incrusté dans le cartouche présent sur le vase afin de rehausser l’inscription. L’identification du cobalt grâce aux analyses ouvre de nouvelles pistes de recherches sur cette couleur quant à la diversité des pigments employés pour la créer.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Nicolas Delferrière, « Brigitte Bourgeois dir., Les couleurs de l’Antique, Actes de la 8ème table ronde internationale sur la polychromie de la sculpture et de l’architecture antique »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 485-486.

Référence électronique

Nicolas Delferrière, « Brigitte Bourgeois dir., Les couleurs de l’Antique, Actes de la 8ème table ronde internationale sur la polychromie de la sculpture et de l’architecture antique »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/17925

Haut de page

Auteur

Nicolas Delferrière

Doctorant en archéologie et histoire de l’art romain, Université Toulouse Jean Jaurès, UMR 5608 TRACES

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search