Navigation – Plan du site

AccueilNumérosTome 72De nouveaux apports à l’histoire ...

De nouveaux apports à l’histoire du centre de Vesoul

La fouille du palais de justice
Séphanie Guillotin, Adeline Pichot et Laetitia Schott-Toullec
p. 429-457

Résumés

L’opération archéologique menée sur le site du Palais de Justice de Vesoul (Haute-Saône) a mis au jour des vestiges archéologiques datant de la Préhistoire ou Protohistoire ancienne jusqu’à l’époque Moderne. L’ensemble de ces périodes était jusqu’à présent peu connu sur la commune de Vesoul. Cette fenêtre, d’une superficie de seulement 160 m² pour 5 m de profondeur, a permis l’étude de pièces et espaces romains, cette période d’occupation étant connue uniquement par des éléments mobiliers résiduels dans le centre-ville. Elle a également permis de documenter le passage de l’espace public constitué par les halles de la ville (datées des XIIIe-XIVe siècles) à un édifice civil royal, le Présidial, au XVIIIe siècle. Cette opération a ainsi offert la possibilité de renouveler les connaissances concernant la Vesoul antique, mais aussi de mieux comprendre son urbanisme aux périodes médiévale et moderne.

Haut de page

Plan

Haut de page

Texte intégral

1L’opération archéologique menée sur le site du Palais de Justice de Vesoul (fig. 1) a été motivée par l’important potentiel des terrains concernés par des travaux de restructuration et d’agrandissement du palais de justice, rue derrière le Palais, mais surtout par la possibilité de descendre à 5 m de profondeur en plein centre-ville sur une surface de 160 m2. Les résultats du diagnostic réalisé par Olivier Simonin (Inrap Grand-Est sud ; SIMONIN, 2013) et les découvertes déjà effectuées sur la commune de Vesoul ont amené le Service régional de l’Archéologie à prescrire une fouille réalisée par ANTEA-Archéologie entre le 26 juin et le 13 septembre 2017.

Fig. 1. Localisation du site de Vesoul Palais de Justice.

Fig. 1. Localisation du site de Vesoul Palais de Justice.

Fond de plan IGN ; DAO : S. Goudissard.

2La ville de Vesoul est située au centre du département de la Haute-Saône (région Bourgogne-Franche-Comté), entre Besançon (Doubs) et Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône) et entre Gray (Haute-Saône) et Belfort (Territoire de Belfort). Elle se distingue par une très forte hydrographie, puisque quatre affluents et sous-affluents de la Saône traversent le territoire de la commune. Si deux d’entre eux, la Vaugine et la Méline, s’écoulent dans les zones périphériques de l’agglomération, le Durgeon et son affluent la Colombine traversent le centre urbain de Vesoul, le premier ayant à plusieurs reprises généré crues et inondations. Le centre-ville est dominé par la colline calcaire de la Motte, relief naturel s’élevant à 378 m, qui dépasse de 160 m le niveau moyen de la ville actuelle. Celle-ci domine la partie centrale du finage, s’abaissant progressivement vers le nord et rapidement vers le sud par une vallée. La parcelle concernée ici se trouve au contact entre la base de la colline et la frange de la plaine alluviale.

3Même si des découvertes anciennes et les quelques opérations récentes menées ces dernières années sur la commune de Vesoul ont livré des indices d’occupation de son territoire, la genèse de la ville de Vesoul et son développement jusqu’à l’époque actuelle restent très mal connus. La fenêtre ouverte dans la cour arrière du palais de justice a permis de mettre au jour des éléments inédits de l’histoire de la cité et de venir confirmer des hypothèses seulement pressenties jusque-là, notamment grâce à la grande profondeur atteinte par la fouille.

4Cet article est l’occasion de présenter une synthèse des apports de cette fouille aux différentes périodes de développement du territoire de la ville de Vesoul de la Préhistoire ou Protohistoire ancienne à nos jours. Il fera tout d’abord le point sur la connaissance d’une installation antique établie dans le centre-ville, puis il décrira la mise en place de la ville médiévale et se terminera avec l’histoire mouvementée de l’édification du Présidial à l’époque moderne.

I. De la préhistoire à l’antiquité

I.1. Une occupation ancienne

5À la base de la séquence géomorphologique étudiée, le premier horizon (US 1007, fig. 4) est interprété comme un dépôt alluvial, de type bassin ou cuvette d’inondation. L’aspect plastique et hydromorphe de ces dépôts épais dessine un environnement humide, à proximité d’un cours d’eau, alimenté en argiles ainsi qu’en éléments organiques au fil des crues régulières. La cote d’apparition de cet horizon est équivalente, voire inférieure à celle du lit mineur actuel du Durgeon qui s’écoule aujourd’hui à 400 m au sud du site. L’engorgement en eau ne semble pas avoir découragé la fréquentation des lieux si l’on considère la présence ponctuelle d’artefacts de facture pré- ou protohistorique dans ce niveau, dont quatre tessons de céramiques. Ils sont très roulés et il est difficile d’en proposer une attribution chronologique. Trois pièces en silex taillé ont également été retrouvées dans ce premier horizon (fig. 2). Ces pièces présentent un aspect de surface frais, non altéré ou émoussé. Leur présence au sein d’alluvions fines et sans graviers permet d’exclure une remobilisation de ces pièces par le cours d’eau. Leur position stratigraphique est donc considérée ici comme primaire. En l’absence de vestiges associés ou d’éléments chronologiques, nous ne proposerons pas d’hypothèses quant à leur fonction, bien qu’elles témoignent d’une occupation des lieux à une période indéterminée de la Préhistoire, voire de la Protohistoire ancienne (Âge du Bronze). Ces rares vestiges sont scellés par les dépôts argilo-limoneux de la plaine alluviale qui accueilleront ensuite une occupation laténienne.

Fig. 2. Photo du mobilier lithique issu de l’horizon 1007.

Fig. 2. Photo du mobilier lithique issu de l’horizon 1007.

Clichés : S. Goudissard.

  • 1 Datation calibrée Poznan 101790 : 2030 ± 30 BP, soit 114 BC-53 AD (2 σ).

6Les horizons suivants (US 1005 et 1006, fig. 4) présentent une continuité du milieu de dépôt et de son faciès hydromorphe, conditionné par l’hydrographie dense du secteur. L’absence de graviers ou de galets roulés exclut un milieu de dépôt de forte énergie (comme un chenal). Malgré le contexte humide, les populations investissent cette zone de la plaine alluviale. Cette implantation paraît moins fugace que la précédente. Outre la présence de quelques tessons et os de faune isolés, elle se traduit par l’installation de deux trous de poteau dégagés dans la moitié nord du chantier (St. 78 et 88) (fig. 3). Ces deux structures sont situées sur le même horizon stratigraphique. Les restes d’un poteau de bois étaient conservés grâce à l’humidité du substrat. Il a été possible de réaliser une datation 14C sur ce bois, qui donne une date calibrée comprise entre 114 av. J.-C. et 53 ap. J.-C.1. La pauvreté des données concernant cette installation ne permet pas d’avancer d’hypothèses quant à la fonction de ces poteaux. Néanmoins, au vu des éléments recueillis, on peut supposer que ce site est occupé à La Tène ou au tout début de l’époque romaine, par des structures en terre et en bois (bâtiments, palissades, enclos... ?). Les vestiges postérieurs empêchent d’avoir une vision nette de cette installation. Elle s’intègre à une plaine alluviale soumise aux débordements et est scellée par une reprise de l’alluvionnement argilo-limoneux avant l’occupation antique du site. C’est la première fois à Vesoul que des structures sont associées à des éléments épars de mobilier protohistorique témoignant d’une véritable installation.

Fig. 3. Plan général des structures gallo-romaines.

Fig. 3. Plan général des structures gallo-romaines.

Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.

I.2. Une agglomération secondaire romaine (seconde moitié Ier - début IIIe siècle)

7La fouille d’archéologie préventive a permis de dégager un petit ensemble bâti en dur daté entre le milieu du Ier siècle et l’extrême fin du IIe siècle - début du IIIe siècle de notre ère. Ces éléments témoignent du passé romain de Vesoul, jusque-là relativement méconnu et établi seulement sur quelques découvertes anciennes et fortuites. Elles viennent ainsi enrichir et compléter cet état lacunaire des connaissances sur la Vesoul gallo-romaine. Exceptionnelles de par leur profondeur et leur emprise en plein centre-ville, elles permettent de porter un nouveau regard sur l’importance de ce site antique et de pouvoir le placer dans la liste des « agglomérations secondaires » de Franche-Comté (BARRAL et alii, 2012).

I.2.1. Des constructions maçonnées

8Les premiers murs antiques, 70 et 74, sont apparus sous une couche d’argile sableuse US 1002, contenant de nombreux éléments de constructions (comme des tuiles, des moellons, des fragments de mortier, etc.), dans le quart nord-est de l’emprise de fouille (fig. 3 et 4). Les conditions de fouilles difficiles, dues à de nombreuses infiltrations d’eaux usées qui ont inondé le terrain, n’ont pas permis d’effectuer une fouille fine des vestiges romains. Ils ont cependant tous été documentés en plan. Quatre pièces ou espaces distincts ont ainsi été dégagés, seule la pièce B l’a été intégralement, les autres pièces ne sont connues qu’en partie.

I.2.1.1. Différents espaces

9La pièce A mesure au minimum 3,90 m sur 2 m (7,80 m²), sa paroi est se situant au-delà de la limite de fouille. À l’intérieur de cette pièce, se trouvent un premier niveau de démolition constitué de tuiles puis un second niveau marqué par une très forte présence de bois brûlés, dont certains éléments pourraient avoir été des poutres de la couverture (plafond ou toit) tombées lors de la ruine du bâtiment. Le sol bétonné 79.1, épais d’une dizaine de centimètres, est le mieux conservé du site (fig. 4). Il est constitué d’une forte proportion de terre cuite concassée (environ 2/3) et de cailloux roulés (environ 1/3) pris dans un mortier de chaux épais et compact (fig. 5). Un tesson d’une céramique fine, une assiette à revêtement argileux de type Hees 17 b, engagé dans la matrice du sol, permet de le dater à partir de 70 de notre ère. Ce sol étanche pourrait être un terrazzo fortement altéré, marqué par plusieurs enfoncements liés à la ruine de la pièce. Il repose sur un radier de graviers (79.2) plus épais, recouvrant un niveau de limon beige (79.3) de 5 cm d’épaisseur comprenant des éléments rubéfiés, du charbon et du mortier, et correspondant à un niveau de travail. L’ensemble est posé sur une couche compacte d’argile sableuse gris-bleu US 1004 (fig. 4). Un hérisson large de 35 cm formé par un seul rang de pierres longues et plates posées de chant (12 cm de haut environ) est installé le long du mur 80. Les parements internes des murs 73 et 80 étaient recouverts d’un enduit blanc sans décor, encore en place pour une partie.

Fig. 4. Coupe théorique est-ouest vue vers le nord.

Fig. 4. Coupe théorique est-ouest vue vers le nord.

Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.

Fig. 5. Sol bétonné 79 et détail de sa structure vue de l’est.

Fig. 5. Sol bétonné 79 et détail de sa structure vue de l’est.

Photos : ANTEA-Archéologie.

10La pièce B mesure 3,90 m de longueur sur 1,90 m de largeur (7,41 m²). Son comblement est constitué de plusieurs couches distinctes (fig. 4). Le premier niveau de démolition 86 contient de nombreux matériaux de construction (moellons et terre cuite architecturale) provenant de l’effondrement des murs 70, 71, 80 et 83. La couche 82 correspond à un limon rubéfié orange à rouge d’une épaisseur de 4 à 5 cm, avec de nombreuses inclusions de nodules de mortier et des traces charbonneuses éparses, probablement les restes d’un incendie dans cette pièce. Ce niveau a également été observé en placage sur le mur 83 et au sud de la pièce B à un peu plus d’un mètre de distance (St. 84, fig. 3). La couche 85, qui contient des matériaux de construction épars (surtout des moellons) et beaucoup de céramique écrasée en place, correspond probablement à la période d’abandon de la pièce B. Le niveau 87 est sûrement le sol d’origine de cette pièce. Il est constitué d’argile remaniée ocre-beige marbrée de gris comprenant des traces régulières de mortier beige à inclusions fines, ce qui correspond à un sol de terre damée avec un apport léger de mortier.

11Les pièces C et D n’ont pas pu être complètement fouillées. Comme elles se situent dans l’angle nord-est de la zone prescrite, au-delà d’un des butons métalliques mis en place afin de soutenir les parois du chantier, il a été impossible de poursuivre les investigations en profondeur. Seuls les murs ont été dégagés afin de réaliser le plan. Dans la pièce C, un sol de mortier, composé d’un cailloutis blanc pris dans une matrice limoneuse grise, a été mis au jour sur une surface de 3 m² (fig. 6). Ce radier a pu servir de niveau de circulation, mais il semble plutôt avoir accueilli un sol qui aurait disparu, réalisé en bois ou en béton. Dans la pièce D, un aménagement semblable a été observé pratiquement 20 cm plus haut.

Fig. 6. Coupe théorique nord-sud vue vers l’est.

Fig. 6. Coupe théorique nord-sud vue vers l’est.

Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.

I.2.1.2. Relations entre les murs

  • 2 Par moellon, nous définissons un élément rocheux taillé, de dimensions assez réduites pour être po (...)

12Neuf murs ou sections de murs forment ces différentes pièces (fig. 3). Ils sont tous construits à l’aide de moellons2 calcaires équarris, liés par du mortier de chaux plus ou moins altéré. Les parements sont réalisés en opus vittatum, c’est-à-dire que les moellons parallélépipédiques sont disposés en assises horizontales avec une volonté de faire alterner les joints. Entre les deux parements, un blocage, mélange de petits moellons et de mortier, constitue le noyau du mur.

13Le mur 70, conservé sur 3,80 m de longueur et 60 cm de largeur, est composé de quatre assises en élévation, d’une semelle de fondation qui forme un léger ressaut de 2 cm par rapport à l’élévation et d’un hérisson irrégulier. Ce mur orienté nord-est/sud-ouest était très abîmé et le mortier, mal conservé, largement remplacé par de la terre.

14Le mur 71, orienté nord-ouest/sud-est, est conservé sur 4 m de longueur et 47 cm de largeur. Il est formé de quatre assises en élévation, de deux assises pour la semelle de fondation et d’un hérisson important de pratiquement 30 cm de hauteur. Le mortier utilisé pour lier l’ensemble est jaune et assez abîmé, avec la présence de terre entre les moellons.

15Le lambeau de mur 73 (1,43 m de longueur et 48 cm de largeur) n’a pas pu être coupé à cause de l’inondation de la zone de fouille. Cependant, il présente un enduit blanc de chaque côté, épais de 2 à 3 cm et lissé en surface. Il se trouve dans la continuité du mur 70, mais leur réalisation est différente et leur relation n’a pas pu être étudiée.

16Le mur 74 a été dégagé sur une longueur de 5 m (61 cm de largeur) ; il est perpendiculaire aux murs 70 et 73. Il se situe dans l’alignement du mur 80, mais leur relation étant perturbée, nous n’avons pas pu l’observer clairement. Sa fondation forme un léger ressaut de 2 cm de largeur par rapport à l’élévation. Le mortier de chaux utilisé a une forte cohésion, comme dans les murs 73, 80 et 81. Nous avons pu finir de le dégager à la toute fin du chantier et prendre en photographie l’ensemble de son élévation. Il présente la particularité d’intégrer dans sa maçonnerie deux dalles calcaires de forme quadrangulaire d’une soixantaine de centimètres de côté (fig. 7). Elles marquent peut-être l’encadrement d’un accès au bâtiment, mais aucun autre élément ne permet de confirmer cette proposition.

Fig. 7. Photo et relevé du parement ouest du mur 74.

Fig. 7. Photo et relevé du parement ouest du mur 74.

Relevé : A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.

17Le mur 80 s’appuie contre le mur 81. Il prolonge le mur 74 vers le sud-est sur une longueur de 4 m et une largeur de 54 cm. Quelques lambeaux d’enduit blanc, d’une épaisseur de 2 cm environ, semblable à celui utilisé sur le mur 73, étaient encore attachés au parement est.

18Le mur 81, conservé sur 2,57 m de longueur et 64 cm de largeur, ferme au sud la pièce A formée par les murs 73 et 80. Sa réalisation est semblable à celle du mur 81. Nous n’avons pas pu le couper à cause du niveau d’eau trop élevé en fond de fouille. De plus, comme il était très arasé, aucun enduit mural n’a été observé.

19Le mur 83 (2,48 m de longueur sur 0,68 m de largeur) semble dans l’alignement du mur 81, mais leur relation est perturbée. Par ailleurs, la réalisation du mur 83 est moins soignée que celle du mur 81 et son mortier plus altéré, il présente également des moellons rubéfiés.

20Le mur 89, orienté nord-ouest/sud-est, mesure 7 m de longueur et 52 cm de largeur. Il se situe dans la continuité des murs 83 et 81, mais semble mieux fonctionner avec le mur 81 plutôt qu’avec le mur 83. De plus, la mise en œuvre du mur 89 se rapproche plus de celle du mur 81. Trois assises d’élévation et deux assises de fondation étaient encore en place lors de la fouille. Le hérisson a été observé sur une hauteur de 42 cm, mais son point le plus bas n’a pas été atteint, puisque nous étions à la limite de la côte de profondeur du projet d’aménagement.

21Aucune observation n’a pu être effectuée sur le mur 90, dont nous avons seulement suivi le tracé en plan, puisque la zone dans l’angle nord-est du chantier était très difficile d’accès et ne permettait pas d’évoluer selon les normes de sécurité en vigueur.

I.2.2. Chronologie des vestiges

I.2.2.1. Relations stratigraphiques

22Le mur le plus ancien est probablement le mur 89 ; ses fondations sont les plus profondes et les mieux conservées. Nous ne pouvons assurer que le mur 81 est la suite du mur 89 (fig. 3), la relation entre les deux est perturbée par le mur 83 et aucun mobilier ne permet de le dater. Il est probable qu’ils se suivent chronologiquement au vu de leur réalisation et de la profondeur de leurs fondations.

23Les pièces A, C et D forment un ensemble architectural probablement bâti à la même période. La liaison entre les murs 74 et 80 étant très ruinée, il est impossible de confirmer que la pièce A a été aménagée au même moment que les espaces C et D.

24Il est intéressant de constater que ces pièces sont installées en terrasse du sud vers le nord, à raison d’un saut d’une vingtaine de centimètres entre chaque salle (fig. 6). Il est difficile de déterminer si cet aménagement spécifique découle d’un besoin utilitaire, d’un désir architectural afin de monumentaliser le bâtiment en étageant ses élévations ou d’une obligation liée à la topographie du terrain, cette dernière hypothèse semblant la plus vraisemblable. En effet, la ville de Vesoul se développe au pied d’une butte haute de 150 m et la parcelle investie se trouve au contact entre la base de la colline et la frange de la plaine alluviale. La déclivité du terrain est nettement marquée. La pente s’incline du sud vers le nord : l’altitude moyenne de la pièce D est de 220,33 m NGF et celle de la pièce A de 220,02 m NGF.

25Les niveaux de sol des pièces A, C et D (St. 79, 91 et 92) sont tous fondés sur l’US 1004 (fig. 6). Cette dernière semble avoir été aménagée pour accueillir le bâtiment. Cependant, elle contient du mobilier gallo-romain, des petits fragments de terre cuite architecturale en particulier, qui permet de supposer qu’il s’agit d’une couche de démolition faisant suite à une première occupation antique.

26La pièce B semble être un ajout plus tardif de moins belle facture que le reste des constructions. Les murs 70 et 83 s’appuient contre les murs 74 et 81. Le mur 71 est fondé beaucoup plus haut que le mur 80 (respectivement 219,45 et 218,78 m NGF), il est donc vraisemblablement bien postérieur à ce dernier (fig. 4). Il semble probable que le mur 89 ait été arasé afin d’asseoir le mur 83 et de construire la pièce B, qui s’apparente plus à un appentis vu son mode de construction et sa réalisation beaucoup moins soignée que celle des autres pièces.

27Le mur 70 se poursuit au-delà du mur 71 vers l’ouest, puis s’arrête brutalement, comme s’il avait été arraché (fig. 3). Il nous est impossible de préciser avec exactitude son utilité. Peut-être délimitait-il un espace situé à l’ouest de la pièce B ? Cet espace pouvait être fermé sur tous ses côtés ou ouvert vers l’ouest, afin d’accéder à ce qui semble être une cour située au nord-ouest du bâtiment. Peut-être fermait-il une pièce qui se développait au nord, le long des pièces C et D ? Cette dernière solution est d’autant plus séduisante qu’un lambeau de sol constitué de blocs calcaires posés à plat et recouvert de mortier a été trouvé au nord. Son altitude (220,34 m NGF) est la même que celle du sol 92 de la pièce D.

I.2.2.2. Le mobilier céramique (fig. 8)

Fig. 8. Planche du mobilier céramique antique.

Fig. 8. Planche du mobilier céramique antique.

DAO : A. Murer.

28Le matériel céramique issu des niveaux antiques provient essentiellement de niveaux de démolition ou de couches d’abandon liées aux différents espaces construits. Son analyse a permis de définir trois phases d’occupations comprises entre 50 et 210 de notre ère, fondées sur des comparaisons réalisées avec des sites de production ou de consommation influents relativement éloignés de Vesoul tels qu’Augst, Avenches ou Mandeure. Il a en effet été difficile d’accéder à des données précises sur les ateliers recensés en Haute-Saône, les publications étant soit trop anciennes, soit extrêmement lacunaires (sites de Mantoche, Courtesoult ou Pesmes).

• Le matériel céramique attribuable à la première phase d’occupation

29Une quinzaine de récipients fait écho aux productions que l’on retrouve dans la région entre le règne de Claude et la période flavienne. Ils se répartissent entre vaisselle fine, vaisselle commune et amphore. La vaisselle de table est exclusivement représentée par des céramiques sigillées en provenance de La Graufesenque, émanant des deux premiers ateliers de cette officine entre 10/20 et 120 (DELAGE, 2010). Les formes se déclinent en coupelles, assiettes ou coupes dotées d’un anneau de préhension (fig. 8, nos 1 à 4).

30Le répertoire des cruches est illustré par des formes simples à bord en bandeau mouluré de type Hofheim 50 (n° 5), dont l’origine est probablement à rechercher dans l’officine de Courtesoult, située dans la vallée de la Saône (LERAT, 1964). Deux formes de plus grand module trouvent un parallèle sur le site du Champ des Fougères à Mathay entre 10 et 74 (nos 6 et 7). Deux pots complètent cet assemblage : il s’agit d’un pot de stockage de type urceus (n° 8), que l’on retrouve à Augst dans des niveaux datés de la première moitié du Ier siècle (SCHMID, 2008), et d’un récipient se rapprochant d’un type produit à Avenches et à Mandeure durant la période flavienne (n° 9). L’unique récipient de stockage est représenté par une amphore à vin de type Dressel 2/4, originaire de la vallée du Rhône (fig. 8, n° 10).

• Le matériel céramique attribuable à la seconde phase d’occupation

31Les fragments relatifs à cette phase d’occupation ont été datés entre la période flavienne et le milieu du IIe siècle. Le matériel est plus abondant que durant la phase précédente. On y retrouve toutefois un panel de récipients variés faisant état d’une cuisine bien approvisionnée. La vaisselle de table est représentée par plusieurs coupes Drag. 37 (fig. 8, n° 11) et plats de type Drag. 15/17, en provenance de La Graufesenque, ainsi que par quelques gobelets à revêtement argileux, parmi lesquels un récipient produit à la fois dans les ateliers de Lezoux ou de Luxeuil-les-Bains (n° 12). La céramique à revêtement argileux est cependant majoritairement représentée par des assiettes dotées d’un engobe interne (n° 13), apparentées aux plats de type Hees 17b réalisées à Cologne vers la fin du Ier siècle. Les quelques cruches présentent quant à elles un profil simple avec une lèvre triangulaire (n° 14) ; on les retrouve entre la fin du Ier siècle et le début du dernier tiers du IIe siècle tant à Augst qu’à Mathay sur les sites de l’Essarté et du Champ des Isles. La vaisselle de cuisson, représentée par plusieurs marmites aux panses hémisphériques à pâte grossière calcaire, trouve son origine dans le vaisselier avenchois (CASTELLA, MEYLAN KRAUSE, 1994) : on distingue d’une part les récipients dotés d’un bord droit épaissi profilé d’une moulure sur le parement externe et d’une dépression sur face interne (n° 15), et d’autre part les récipients dotés d’un bord en bandeau à lèvre légèrement tombante (n° 16). Les récipients de stockage sont représentés par deux amphores à huile de Bétique de type Dressel 20 et par deux amphores vinaires de type Gauloise 4 (nos 17 et 18).

• Le matériel céramique attribuable à la troisième phase d’occupation

32Les quelques tessons correspondant à cette phase ont été datés entre 150 et 210. Ils sont représentés par un peu de vaisselle fine ainsi que par plusieurs récipients en céramique commune. La sigillée provient désormais des ateliers de Germanie Supérieure, mais n’est représentée que par un mortier de type Lud. SMc (fig. 8, n° 19). Un gobelet métallescent, que sa morphologie permet de dater du début du IIIe siècle, vient compléter le panel des céramiques fines (n° 20). Le vaisselier dédié au service de table regroupe une cruche à bord triangulaire dont la forme est datée de la fin du IIe siècle, conformément à des productions que l’on retrouve tant à Augst qu’à Mathay, et de nombreuses assiettes pouvant également faire office de plat, dotées d’un engobe micacé. Ces récipients, aux panses hémisphériques et bords rentrants formant un bourrelet (n° 21), sont produits dans les ateliers de Luxeuil (CARD, 2008). Pour finir, la batterie de cuisine est constituée de nombreux pots et marmites à dégraissant grossier ou à engobe micacé, produits à partir de la fin du iie siècle dans les ateliers avenchois, mandubiens ou luxoviens (nos 22 à 25).

• Discussion

33Le sol 79 de la pièce A est daté de 70 de notre ère par une assiette à revêtement argileux de type Hees 17 b engagée dans la matrice du sol. Elle fait donc partie du premier horizon, auquel les pièces C et D peuvent être également associées vu le mobilier qu’elles ont livré. Le mur 89 est ainsi daté du premier horizon et la pièce B du dernier.

34Ces vestiges antiques appartiennent donc à trois phases différentes (fig. 9) :

  • le mur 89, installé en premier, imprime son orientation aux autres structures. Il matérialise probablement une limite de parcelle ou un axe de circulation. L’espace ouvert au nord-ouest des murs était peut-être un espace privé et celui au sud un espace public, le mur 89 servant de limite de propriété.
  • une suite de trois pièces, dont nous n’avons dégagé qu’une partie, s’installe ensuite perpendiculairement au mur 89 vers le nord. Les espaces C et D n’ont peut-être pas été construits en même temps que la pièce A, mais il n’est pas possible de proposer une chronologie plus précise. Cet ensemble présente quelques aménagements de qualité, comme le sol bétonné 79 et les enduits muraux de la pièce A. Aucun élément ne nous permet de spécifier la fonction de ces espaces, l’étude des objets métalliques ou en verre et de la faune n’a pas apporté de réponse pertinente. Cependant, comme nous l’avons vu ci-dessus, la forte proportion de céramique à vocation culinaire ou de stockage permet de penser que l’une ou l’autre pièce était une cuisine ou une resserre et que l’ensemble de cet édifice était un habitat.
  • la pièce B, qui a été construite plus tardivement, vient s’appuyer contre la pièce A, les murs 80 et 74 ayant servi de façade au bâtiment pendant un certain temps. La pièce B est de facture moins raffinée que les autres, c’est peut-être elle qui servait de resserre pour la cuisine ou d’appentis pour l’espace extérieur qui semble se développer au nord-ouest du bâtiment.

Fig. 9. Plan phasé de l’occupation romaine.

Fig. 9. Plan phasé de l’occupation romaine.

DAO : A. Pichot.

35L’ensemble de cette occupation semble avoir été ruiné suite à un incendie, de nombreuses traces de feu ayant été retrouvées dans les niveaux de démolition à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment.

I.2.3. Un carrefour routier important

36Si de nombreuses observations et découvertes faites depuis le XVIIIe siècle permettent de ne pas douter de l’ancienneté de la ville (FAURE-BRAC, 2002, p. 68 et notice « Vesoul », p. 432-435 ; GUILLOTIN et alii, 2018, p. 97), la fouille du Palais de Justice atteste la réalité d’une implantation antique sous la ville moderne. Cette occupation, qui avait été jusque-là seulement pressentie, est confirmée par l’étude d’un bâtiment occupé entre le milieu du Ier siècle et l’extrême fin du IIe siècle – début du IIIe siècle, contenant une cuisine et servant probablement d’habitation ou de lieu de travail. L’interprétation de ces constructions n’est pas évidente, mais étant donné le mobilier céramique et la construction soignée, elles peuvent avoir fait partie d’un bâtiment à vocation domestique. Ces structures s’installent, au vu de l’étude géomorphologique du site dans un environnement aux conditions humides persistantes si l’on en juge par l’hydromorphie prononcée de l’horizon 1004. L’alluvionnement a sans doute été très actif entre les Ier siècles av. et ap. J.-C. La géométrie de ces alluvions successives sur l’emprise de fouille présente un léger pendage vers le sud, en direction de la plaine alluviale, expliquant peut-être l’installation en terrasse du bâtiment romain.

37Des voies romaines passaient probablement à proximité. Selon l’hypothèse actuelle la plus probable, Vesoul se développe à partir du milieu du Ier siècle de notre ère comme station ou relais routier, vu sa situation stratégique au carrefour entre la voie de Besançon à Luxeuil, du sud au nord, et celle de Langres à Mandeure, d’est en ouest (fig. 10). Ces relais, bien souvent installés sur une occupation plus ancienne (les voies de passage étant déjà connues), pouvaient comprendre des bâtiments d’habitation, afin de recevoir les voyageurs, mais également accueillir une population autochtone, ainsi qu’un espace sacré et des édifices annexes liés au culte (PETER, 2016, p. 244). À Vesoul, ce petit centre rural se serait ainsi développé au pied de la colline La Motte, qui a pu servir de cadre à des pratiques cultuelles.

Fig. 10. Localisation supposée des voies romaines traversant la ville de Vesoul.

Fig. 10. Localisation supposée des voies romaines traversant la ville de Vesoul.

DAO : A. Pichot.

38Ce postulat du développement d’une agglomération comme point de passage obligé, desservi par un réseau viaire important, est conforté par l’étude de la céramique antique du ‘Palais de Justice’ qui atteste d’échanges et d’influences entre la région de Vesoul et les cités d’Augst, Avenches et Mandeure. Une part importante du vaisselier mis au jour est également issue des ateliers régionaux de Courtesoult et Luxeuil. Il est intéressant de noter que peu de comparaisons ont été établies avec l’agglomération de Besançon, suggérant un commerce tourné plus volontiers vers le nord du territoire séquane. L’antique Vesoul se trouve ainsi bien établie dans un réseau commercial important.

II. Entre espace privé et espace public au Moyen Âge

39Le grand intérêt de la fouille menée sur l’îlot du Palais de Justice de Vesoul est d’avoir pu observer des niveaux médiévaux qui ne sont que rarement mis au jour sur son ban. En effet, même si de nombreux diagnostics et fouilles ont été réalisés ces dernières années sur l’emprise de la commune, peu ont eu l’occasion de mettre en évidence des vestiges de l’époque médiévale. L’hypothèse d’une forte déprise de l’habitat est généralement avancée pour expliquer cette absence. La possibilité de mener des investigations à l’intérieur de l’enceinte du XIIIe siècle et de descendre à une grande profondeur a permis de revoir, en partie, notre compréhension de l’espace de Vesoul au Moyen Âge.

II.1. La présence de niveaux de transition entre l’Antiquité et l’époque médiévale

40Lorsque les vestiges romains sont abandonnés au IIIe siècle, un épais niveau dénué de structures, atteignant jusqu’à 1,50 m d’épaisseur, vient les recouvrir. Ce niveau ne constitue pas une unité stratigraphique homogène mais résulte de phénomènes différents. Ainsi, les niveaux inférieurs le composant comportent une grande quantité d’éléments architecturaux épars provenant du démantèlement des structures antiques, alors que la nature des niveaux supérieurs indique plutôt un apport sédimentaire volontaire correspondant sans doute à un nivellement des niveaux de circulation en vue de leur assainissement.

  • 3 Datation calibrée Poznan 101545 : 1545 ± 30 BP, soit 425-579 AD (2 σ).

41Les US 1002 et 1003 (fig. 4 et 6), qui viennent sceller les niveaux romains, sont mises en place après l’abandon et la ruine des bâtiments gallo-romains à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle. L’US 1003 se caractérise par sa richesse en matériaux organiques et notamment en charbon, à l’origine de sa teinte sombre. Cet horizon argileux et organique a pu être daté par 14C calibré entre 425 et 579 ap. J.-C.3. Ces deux US sont particulièrement riches en blocs architecturaux qui témoignent de remblai ou de rejet de matériaux. Elles présentent un caractère hydromorphe et indiquent que la zone est toujours humide en raison de la proximité du Durgeon.

  • 4 Datation calibrée Poznan 101289 : 900 ± 30 BP, soit 1039-1210 AD (2 σ)

42Une succession d’unités stratigraphiques (1000, 1001, 54.1 à 3 et 53.1 et 2) se déposent par la suite (fig. 12). Il a parfois été difficile de distinguer la limite entre elles. Il s’agit de niveaux argileux très plastiques dont la couleur varie du gris au noir et qui semblent avoir connu des conditions de dépôt similaires. Une datation 14C a été réalisée sur de la faune issue de l’US 54.2. Elle permet de situer la formation de cette dernière au cours du Moyen Âge, entre 1039 et 1210 ap. J.-C.4. La nature de cet ensemble de niveaux diffère de celle des US 1002 et 1003. Ils traduisent un niveau plus sec, toujours riche en matière organique, avec une composante moindre en éléments architecturaux remaniés. La limite sédimentaire entre les horizons 1000 et 1002 est par ailleurs nette. Cette rupture brusque témoigne d’un apport massif de sédiments compacts. Un tel apport peut remplir la fonction de remblai d’assainissement, motivé par la nature hydromorphe des niveaux sous-jacents.

43L’ensemble de ces niveaux paraît avoir eu une fonction de rejet au vu de leur abondante part d’inclusions détritiques. L’absence de restes végétaux (graines, coques,...) ou de déjections animales exclut, a priori, une fonction horticole ou pastorale. L’absence de résidus artisanaux (scories de verre ou métalliques, cendres, résidus calcinés,...) au sein de ces niveaux est également à noter.

44Le hiatus qui sépare les occupations antiques et médiévales signalerait une déprise de l’urbanisme vésulien à la charnière tardo-antique/alto-médiévale. Cette question de la déprise de l’urbain antique est essentielle dans la définition des terres noires, qui, stricto sensu, ont été définies par les archéologues anglo-saxons en tant que niveaux exclusivement urbains, déployés sur les cités antiques à partir des IVe et Ve siècles (GALINIÉ, 2004). Si leur pluralité d’usage a été amplement démontrée par l’apport des sciences de la terre à partir des années 2000 (MACPHAIL, 1994), à Vesoul, elle ne semble pas s’exprimer. Les niveaux successifs observés sont interprétés comme des friches urbaines où sont rejetés déchets et débris d’habitat. Leur intérêt réside dans leur succession. Ces niveaux connaissent en effet une aggradation au cours de cette période charnière, alors que leur fonction semble se poursuivre. Ils témoignent alors de choix culturels et sociaux répétés, concernant la mise en valeur de cette partie de la ville. À Vesoul, ces choix présentent une pérennité sur plusieurs siècles. La perception de ce phénomène spatial reste cependant très limitée par l’exiguïté de la fenêtre de fouille.

II.2. Une occupation du Moyen Âge central

45L’installation datée du Moyen Âge central est composée de niveaux construits (fig. 11) : trois pièces (E, F et G) et trois niveaux de sol. Ces différents éléments sont fortement entaillés par les vestiges postérieurs de l’époque moderne.

Fig. 11. Plan des vestiges de l’époque médiévale.

Fig. 11. Plan des vestiges de l’époque médiévale.

Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.

46La pièce E est constituée de trois murs (St. 31, 60 et 65) et d’un sol dallé (St. 64) (fig. 11 et 12). Les deux murs 65 et 60 sont orientés est-nord-est/ouest-sud-ouest et conservés sur 5 m de longueur environ, tandis que le mur 31a est orienté nord-nord-ouest/sud-sud-est et est conservé sur 4,50 m de longueur. À eux trois, ils forment une pièce quadrangulaire d’environ 25 m2, dont le mur est n’est pas conservé et doit se trouver en dehors de l’emprise de fouille. Le bâtiment se poursuit au sud avec la pièce F, le mur 31 b, dans le prolongement du mur 31a et moins épais que ce dernier, outrepassant le mur 60 d’environ 2,25 m. Les trois murs se présentent de manières différentes. Les parements du mur 31 (a et b) présentent un appareil de revêtement très irrégulier. Le parement côté est est rectiligne et celui à l’ouest est légèrement évasé. Ce mur constituait l’intérieur d’une pièce seulement sur son côté est. Le mur 60 présente deux parements très soignés, ce qui indique qu’il était visible des deux côtés, tandis que l’état de conservation du mur 65 ne permet pas de conclure sur sa position, enfouie ou en élévation.

Fig. 12. Vue en coupe des structures médiévales et modernes.

Fig. 12. Vue en coupe des structures médiévales et modernes.

Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.

47Les liaisons entre ces différents murs n’ont pas pu être observées en raison des perturbations liées aux structures postérieures. Néanmoins, ils présentent des techniques de construction similaires. Ils sont composés de moellons calcaires bruts à ébauchés. Les parements sont plus ou moins bien appareillés et la fourrure interne est composée de moellons bruts de grande taille liés par une grande quantité de terre de couleur ocrée contenant très peu de mortier. Ces trois murs sont tous fondés au même niveau, ce qui semble indiquer une certaine contemporanéité d’utilisation.

  • 5 Datation calibrée Poznan 101690 : 635 ± 30 BP, soit 1285-1398 AD (2 σ).

48Le mur 65 est le seul à avoir fourni un élément de datation. Sa fondation repose en effet sur un ensemble de soixante-treize piquets d’un diamètre compris entre 0,04 et 0,12 m, longs d’une trentaine de centimètres et observés sur une surface de 1,50 m2. La datation de ces piquets par 14C donne une date calibrée comprise entre 1285 et 13985.

49La pièce E est pourvue d’un sol dallé (St. 64) composé de grandes dalles de calcaire non jointoyées de dimensions variables qui semble se poursuivre à l’est en dehors de l’emprise de fouille. Ce niveau de dalles repose sur un niveau de stabilisation assez épais (environ 15 cm) constitué d’une argile brun-gris contenant de nombreux éclats de blocs calcaires. Les niveaux présents directement au-dessus du niveau de sol 64 témoignent de la destruction du bâtiment. Ils sont en effet constitués d’une très grande quantité de matériaux de construction.

50Ce bâtiment est bordé sur son côté ouest par la canalisation 59. Celle-ci est orientée nord-nord-ouest/sud-sud-est et conservée sur 4,70 m de longueur pour 0,75 m d’épaisseur. Les bords de la canalisation sont constitués de moellons non équarris liés par une argile très plastique brun noirâtre et disposés sur deux assises. La couverture est composée de dalles calcaires équarries. Elle est surmontée d’un niveau d’argile identique au liant de l’appareil, mais comprenant des inclusions de fragments de blocs calcaires épars. Cette couche d’argile a probablement servi à étanchéifier la structure. Le fond de la canalisation n’est pas aménagé. Elle se caractérise par un tracé sinueux et un pendage du nord vers le sud, affichant une pente de 7,45 %. La limite entre la canalisation 59 et le mur 31 est difficile à déterminer. Les deux constructions sont en effet mêlées sur une partie de leur tracé, indiquant une construction simultanée des deux éléments. Le peu de mobilier trouvé au sein de cette structure semble aller dans ce sens. La présence de céramique grise cannelée oriente vers une datation de la structure peut-être au XIVe siècle, les pâtes sombres ayant tendance à disparaître au profit des pâtes claires dès le XIIIe siècle en Franche-Comté (GOY, HUMBERT, 1995).

  • 6 Datation calibrée Poznan 101312 : 705 ± 30 BP, soit 1259-1385 AD (2 σ).

51Les deux niveaux de sols 08 et 36 localisés dans la moitié ouest de la fouille présentent un aspect similaire. Il s’agit de niveaux de circulation constitués de dalles de schiste très friables affichant des épaisseurs variables comprises entre 0,10 et 0,20 m. La grande fragmentation de ces éléments de schiste ne permet pas de définir s’il existe une logique d’agencement de ceux-ci. Ces deux niveaux de sols sont fortement entaillés par les niveaux plus récents, leur donnant un aspect discontinu. Mais ce niveau de sol devait être présent sur une grande surface de la zone fouillée comme l’indique la présence de ces plaquettes de schiste dans différentes coupes en position secondaire. Quelques éléments de céramique très fragmentés sont issus des interstices entre les plaquettes de schiste. La technique de glaçure employée sur ces tessons (dont aucune forme n’est conservée), la glaçure par aspersion, permet de les dater des XIIIe-XIVe siècles, cette technique ayant connu une courte durée de vie. Cette attribution chronologique est confirmée par la datation d’un fragment de faune issu de ce même niveau qui donne une date calibrée comprise entre 1259 et 13856. Ce niveau de sol est donc contemporain de la mise en place du bâtiment évoqué plus haut.

52Ce dernier, bien que contemporain du niveau de sol 64, est situé 1,40 m plus haut. Cette différence de niveau permet d’affirmer que les pièces E et F sont en fait des caves. Il est possible que la pièce G, couverte d’une voûte constituée d’un arc segmentaire, fasse partie du même bâtiment que les deux autres pièces, même si un espace vide de structure sépare les deux éléments.

53Le mobilier récolté au sein de ces deux caves est trop rare pour parler de la fonction de ces espaces. Les pièces E et F ont connu plusieurs états. L’adaptation du dallage 64 à l’aide de blocs calcaires plus petits placés le long du mur 60, ainsi que l’épaisseur moins importante de celui-ci, indiquent qu’il a été mis en place dans un second temps. Le mur 60 correspond certainement à la subdivision d’un espace plus grand s’étendant vers le sud, dont une idée de la taille est donnée par le mur 31 qui se prolonge au-delà du mur 60. Ces remaniements observés au sein de l’espace s’expliquent sans doute par une longue durée de vie de ce bâtiment qui semble perdurer jusqu’à la mise en place du Présidial au XVIIIe siècle.

II.3. Des espaces privés et publics

  • 7 Archives départementales de Haute-Saône, cote 550E dépôt 73 DD4, 550E dépôt 80 DD11, C56 et C67.

54Les différents documents concernant la construction du Présidial conservés aux Archives départementales de Haute-Saône7 permettent de saisir comment s’organisait la parcelle préalablement à la mise en route du projet au XVIIIe siècle. Le plan de projet de 1753 (fig. 13) fait état des bâtiments en élévation à cette date sur la parcelle. Plusieurs bâtiments prennent place sous l’aile orientale actuelle du palais de justice, dont la boucherie et quelques maisons de particuliers. Il a été possible, grâce aux archives, d’attribuer à ces maisons particulières le nom de leurs habitants en 1753.

Fig. 13. Localisation des halles et des différents propriétaires de caves sur le plan de projet de 1753 (550E dépôt 73 DD4).

Fig. 13. Localisation des halles et des différents propriétaires de caves sur le plan de projet de 1753 (550E dépôt 73 DD4).

DAO : L. Schott-Toullec.

55La superposition du plan des vestiges archéologiques sur celui du projet permet de s’apercevoir que les vestiges médiévaux correspondent au bâtiment existant à l’est de la parcelle (fig. 14). Le mur 31 constitue le mur ouest de l’espace bâti. Sur le projet de 1753, les pièces E et F appartiennent à la propriété de Mr Balmay tandis que la pièce G appartient à Mr Gophinet. Les archives faisant mention de la pose de la première pierre du projet en 1765, il paraît évident qu’à ce moment l’ensemble de ces maisons est détruit.

Fig. 14. Comparaison entre le projet de 1753 et les vestiges archéologiques médiévaux.

Fig. 14. Comparaison entre le projet de 1753 et les vestiges archéologiques médiévaux.

DAO : S. Guillotin.

56Les archives indiquent également que le projet prend place à l’emplacement des anciennes halles. Les sols 08 et 36 observés dans l’espace libéré par les anciennes halles peuvent être liés à celles-ci, soit en tant que niveau de sol, soit en tant que niveau de drainage sur lequel reposait le niveau de circulation proprement dit. Il n’existe aucune représentation des halles et le plan de projet ne nous renseigne pas sur l’aspect de celles-ci, pas plus que les vestiges archéologiques fortement entaillés par les installations postérieures.

57Les fouilles du site du Palais de Justice témoignent d’un aménagement de l’espace sur le long terme, qui conduit à un assainissement des terres humides baignées par le Durgeon pour permettre par la suite une installation pérenne au sein de l’enceinte fortifiée de Vesoul au XIIIe ou au XIVe siècle. Ces terrains gagnés sur ces terres humides sont investis par des bâtiments mêlant espace public et espaces privés, qui vont perdurer sans connaître trop de modifications (du moins pour ce qui concerne les parties enterrées) jusqu’au XVIIIe siècle. Il est intéressant de noter que l’orientation des bâtiments suit peu ou prou celle des bâtiments romains installés précédemment, et ce malgré un hiatus important entre les deux occupations. Il faut sans doute voir là l’importance conservée par les voies romaines dans le paysage. Celles-ci sont certainement maintenues en activité malgré un exhaussement progressif du niveau de sol de près d’1,50 m, jusqu’à jouer un rôle dans l’organisation de l’espace médiéval lors de la création de l’enceinte fortifiée. En effet, si l’on admet la présence de l’ancien decumanus maximus, dont l’attribution est proposée aux vestiges de voies observés dans un sondage effectué au 8 rue du Palais, il est intéressant de constater que les anciennes halles et l’emplacement de l’église Saint-Georges se trouvent sur cet axe majeur.

58La fouille menée rue Serpente par C. Munier a été l’occasion de mettre au jour des vestiges quasiment contemporains à ceux décrits ici (MUNIER et alii, 2009). Il s’agit de deux maisons vigneronnes construites à l’extérieur du mur d’enceinte sans doute pendant la période de paix que connaît la ville de Vesoul au XIVe siècle (très certainement avant 1360). Ce développement extra-muros, alors que l’enceinte n’est en place que depuis peu, est très certainement le signe d’une période d’essor important de la ville. Ce n’est sans doute pas un hasard. Ces évènements semblent correspondre au passage de la ville de Vesoul, dans le premier tiers du XIVe siècle, au statut de siège du baillage d’Amont, circonscription plus grande que l’ancien comté de Port, auquel ont été jointes les terres de Luxeuil et de Baume (LONGCHAMPS, 1856). Il se peut que ce changement de statut ait engendré une organisation plus marquée du bourg médiéval.

III. L’époque moderne : le présidial de Vesoul

59Le palais de justice de Vesoul est un bâtiment inscrit partiellement au titre des Monuments historiques depuis 1976. Les documents réunis lors de son classement font état d’une construction entre 1765 et 1771 et du nom de son architecte, Charles-François Longin. Plusieurs projets sont connus et datés et le plus récent semble être celui qui a été mis en œuvre. Rien ne laissait donc supposer que la fouille allait livrer des vestiges de la construction du Présidial en dehors de niveaux de travail surmontant des vestiges de l’époque médiévale. Ainsi la découverte de nombreux murs semblant appartenir au palais de justice a été une grande surprise. Le dépouillement systématique des sources écrites a permis de se pencher plus en avant sur l’histoire de la construction du bâtiment, de mieux saisir les décisions qui ont été prises en terme d’urbanisme, ainsi que les enjeux de celles-ci grâce à un va-et-vient constant entre les archives et les données issues de la fouille. Ce qui est présenté ici est donc l’historique d’un projet ambitieux, mais aussi des enjeux politiques liés à la construction de celui-ci.

III.1. Des vestiges archéologiques et construits

60Le sous-sol de la cour du palais de justice de Vesoul recelait de nombreux vestiges datables de la période moderne. Un grand nombre de murs orientés parallèlement ou perpendiculairement aux murs du bâtiment ont été mis en évidence ainsi que quelques canalisations (fig. 15), certaines très récentes puisque fabriquées en PVC. À la première lecture, ces vestiges ne constituent pas d’espaces clairs et bien définis.

Fig. 15. Plan des vestiges de l’époque moderne.

Fig. 15. Plan des vestiges de l’époque moderne.

Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.

61Deux murs et une canalisation (St. 07, 09 et 26), orientés est-nord-est/ouest-sud-ouest, parallèlement à la façade conservée du palais de justice, traversent la cour de l’aile est à l’aile ouest.

62Le mur 09 est particulièrement épais (1,18 m) et profond (2,63 m). Il traverse toute la cour, d’une façade à l’autre du palais de justice. Sa construction est soignée. Son parement est constitué de blocs calcaires très bien taillés tandis que la fourrure intérieure est composée de cailloux et moellons calcaires bruts. Tout le parement semble avoir été conçu pour être visible.

63La canalisation 07 est étroitement associée au mur 09, ces deux structures ayant été construites simultanément. Sa construction est elle aussi très soignée. Elle est conservée sur 0,84 m de profondeur et passe sous la façade actuelle du palais de justice. Elle est constituée de deux murets construits en blocs calcaires équarris liés par une grande quantité de mortier. Le fond et la couverture de la structure sont composés de dalles calcaires de grande taille.

64Le mur 26, parallèle au mur 09, traverse également toute la cour du palais de justice. Il est épais de 0,90 m pour une profondeur conservée de 1,67 m. Sa construction est soignée. Le mur est composé de cailloux calcaires bruts en fourrure et de blocs ébauchés et taillés en parement.

65La fouille a également mis en évidence dix murs orientés nord-nord-ouest/sud-sud-est et perpendiculaires à la façade du palais de justice (St. 04, 05, 06, 10, 17, 18, 22, 15, 23 et 25).

66Les murs 04, 05 et 06 se présentent de manière assez similaire. Ils sont tous les trois situés entre la façade nord du palais de justice et le mur 09 et passent sur la canalisation 07. Un espace presque similaire les sépare (3,70 m entre les murs 05 et 06 et 3,30 m entre les murs 04 et 05). Ces murs présentent une largeur comprise entre 0,50 et 0,70 m et une profondeur allant de 1,27 m à 1,36 m. Ils sont tous les trois chaînés avec le mur de la façade nord du palais de justice, laissant supposer une mise en place simultanée de ces éléments.

67Les murs 10, 17, 18 et 22 sont situés entre les murs 09 et 26. Sans être régulièrement espacés, ces murs délimitent des espaces de tailles à peu près similaires compris entre 2,10 et 2,60 m dans le sens est-ouest. Ils présentent une largeur comprise entre 0,80 et 0,95 m et une profondeur allant de 1,44 à 1,64 m. Les quatre murs sont chaînés avec les murs 09 et 26.

68Les murs 15, 23 et 25 sont situés au sud du mur 26, sur lequel ils s’appuient. Ils présentent des aspects différents et ne sont conservés qu’en partie. Ces trois murs sont parallèles et se sont certainement succédés dans le temps, les espaces les séparant étant très restreints, voire inexistants. Ils sont conservés sur une longueur variant entre 3,10 m et 7,90 m, pour une épaisseur comprise entre 0,55 et 0,92 m et une profondeur allant de 0,58 m à 0,71 m.

69Enfin, un dernier élément vient compléter les vestiges de cette période. Il s’agit de la structure 62, un bâtiment pentagonal constitué de cinq pans de murs s’appuyant sur un sixième mur distinct aligné avec l’extrémité sud des façades est et ouest et qui semble fermer la cour du palais de justice. Ce bâtiment mesure 4 m de longueur pour 6 m de largeur. Ses murs sont épais d’1,15 m et profonds d’1,08 m. Il est difficile de donner une fonction à ce bâtiment qui n’a pas pu être fouillé dans son intégralité.

70En plus de ces murs, deux canalisations maçonnées de façon identique (12 et 38) traversent le chantier du nord vers le sud. Elles sont toutes les deux orientées nord-nord-ouest/sud-sud-est et présentent un léger pendage vers le sud. La canalisation 12 est située le long de la façade est et la canalisation 38 le long de la façade ouest. Chacune des canalisations est constituée de deux murets maçonnés en blocs de calcaire équarris disposés sur cinq assises. Le fond est constitué de grandes dalles posées dans le sens de la longueur. La couverture, quant à elle, est composée de dalles calcaires de tailles diverses disposées soit dans le sens de la longueur, soit dans le sens de la largeur.

71La fouille de ces structures a livré du mobilier permettant d’avancer une date postérieure au XVIIIe siècle : albarelles en faïence blanche, bol en porcelaine, assiettes en porcelaine, jatte en faïence blanche mouchetée, faïence à décor bleu, faïence brune, tuyau de pipe en argile blanche.

72Au vu des liens stratigraphiques existant entre les différents murs, il est possible d’établir une chronologie de leur construction. Il semble ainsi que le mur 09 et les murs qui lui sont chaînés, MR 10, 17, 18 et 22, soient les premiers à être construits en même temps que la canalisation 07. Il est difficile de dire si le mur 26 a été installé en même temps que ces premiers murs ou s’il est construit plus tard. Sur ce premier noyau viennent se rajouter les murs 04, 05 et 06 au nord et 23, 25 et 15 au sud. Ils ne sont probablement pas tous contemporains. Le cas de la structure 62 est difficile à juger. Tout ce que l’on peut affirmer c’est qu’elle est antérieure au mur 23, mais il est impossible de dire si elle a fonctionné avec le mur 09. L’ensemble est recoupé par la mise en place des canalisations 12 et 38.

73La difficulté majeure concernant l’interprétation de ces structures est l’absence de niveau de sol conservé et le fait que les murs sont posés les uns sur les autres. Impossible de dire si certains murs sont démantelés pour être remplacés par d’autres, ou si le projet a changé au cours des travaux et l’état de chantier en cours modifié. Afin de saisir l’organisation des vestiges et leurs liens avec les élévations conservées du palais de justice, il a été nécessaire de procéder au dépouillement de l’ensemble des archives disponibles concernant la construction du palais de justice.

III.2. Ce qu’apportent les archives sur l’histoire du projet

74Au total, 329 documents concernant le projet ont été consultés. Il s’agit principalement de correspondances administratives entre le cabinet de l’Intendant de Franche-Comté et les magistrats de la ville ou l’architecte, le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage, les commandes de fournitures et de mobilier, ainsi que les plans des différents projets, mais aussi les documents officiels relatifs aux levées d’impôts.

III.2.1. Pourquoi ce projet ?

75L’idée de construire un nouvel édifice public de grande ampleur est évoquée à partir de 1739. Primitivement, l’attente des magistrats vésuliens était la « construction de l’hôtel de ville Devant servir aux tribunaux du Présidial & du bailliage, - à la maîtrise des eaux et forêts, aux greffes civils & criminels, - à la Halle – la boucherie, - à des Casernes – des Prisons ».

  • 8 ADHS 550 E dépôt 73 DD4-003 intitulé « Délibération du magistrat n° 260 ».

76Le projet fut initié sous l’intendance de Barthélémy de Vanolles. Le premier document écrit l’évoquant est daté du 16 août 17398. Il consiste à rassembler plusieurs institutions royales et locales sous un même toit, dans un grand et beau bâtiment prestigieux au centre de la ville.

77Louis XIV introduisit le Présidial en Franche-Comté en 1696. Ce bâtiment occupait la fonction de tribunal ordinaire deux fois par semaine et celle de cour d’appel, où il pouvait réviser la sentence des baillis, des prévôts et des justices seigneuriales du bailliage de Vesoul à la place du Parlement de Besançon. À Vesoul, il fut installé tout d’abord dans les anciennes halles, où siégeait déjà le tribunal du bailliage, puis dans l’hôtel de ville. Or, ce dernier brûla le 25 novembre 1733 et on transféra de manière provisoire le Présidial et les services de la ville dans l’hôtel Thomassin, un hôtel particulier de la fin du XVe siècle, dans la rue du Collège (MONNIER, 1909, p. 236-237 et 155), entre la Place Neuve (devant l’église Saint-Georges) et le collège des Jésuites.

78Suite à l’incendie des prisons en 1751, le projet de construction d’un bâtiment prestigieux rassemblant, à l’emplacement des halles, l’hôtel de ville, le Présidial, les prisons et les nouvelles halles prend un caractère urgent.

79Au cours du projet, de nombreux désaccords sur l’intégration ou non de tous ces services se feront jour. Beaucoup seront finalement détachés de l’ensemble et bénéficieront d’un bâtiment dédié (fig. 16).

Fig. 16. Plan de localisation et de déplacement des bâtiments faisant initialement partie du projet du Présidial.

Fig. 16. Plan de localisation et de déplacement des bâtiments faisant initialement partie du projet du Présidial.

Fond de plan : ADHS 550E- dépôt 1823 ; DAO : L. Schott-Toullec.

III.2.2. Le Présidial, un projet ambitieux : plusieurs projets entre 1752 et 1761

III.2.2.1. Le premier projet : 1752-1754 : un projet qui s’inscrit dans l’existant

80En 1739, l’intendant Barthélémy de Vanolles fait racheter toutes les boutiques des halles et envisage de les démolir pour y reconstruire l’hôtel de ville ainsi que le Présidial et d’autres services municipaux, mais aussi une nouvelle halle en pierre. Il ne veut plus de l’ancien bâtiment de bois, jugé insalubre et entouré de bâtisses hétéroclites et médiocres, formant un ensemble malsain.

  • 9 Ces plans n’ont pas été conservés aux ADHS.

81Mais c’est seulement à partir de 1752 qu’une première série de relevés, projets et plans est commandée par l’intendant Jean-Louis Moreau de Beaumont à l’ingénieur des Ponts-et-Chaussées Jean-Baptiste Thiery9. Ils sont modifiés ou refaits en 1753, puis 1754. Plusieurs critiques ont en effet été émises pour des questions fonctionnelles du projet, mais aussi à propos d’une erreur technique.

  • 10 Ces plans, sans date ni signature, ont été malencontreusement associés au plan de la salle d’audie (...)

82La série de plans enregistrés dans le carton à dessins portant la cote 550E dépôt 73 DD410 correspond probablement aux plans corrigés, réalisés par Jean-Baptiste Thiery en 1753 ou 1754 (fig. 17). Les minutes et les mises au net font état de deux projets différents, le second ayant été dessiné sur un rabat collé sur le plan initial.

Fig. 17. Les différents plans de projet réalisés entre 1753 et 1763.

Fig. 17. Les différents plans de projet réalisés entre 1753 et 1763.

DAO : S. Guillotin et L. Schott-Toullec.

83La première idée, réalisable à moindre coût, est de construire, d’une part, les prisons (au sud) et la nouvelle halle (au nord) au rez-de-chaussée du Présidial, sur la partie occidentale de l’emplacement des halles, et d’autre part l’hôtel de ville à l’est de l’ancienne halle. Le grand ensemble prisons / halle / Présidial occupe l’emplacement de l’ancienne halle, tandis que l’hôtel de ville est situé à l’emplacement des anciennes boucheries, coincées entre des maisons particulières. Les deux ensembles sont organisés autour d’un grand escalier. Ainsi, les espaces utilisés appartiennent alors tous à la ville de Vesoul sauf une maison particulière située au nord de la boucherie.

84La seconde proposition, un peu plus coûteuse, mais plus élégante, consiste à racheter les maisons situées au nord de l’ancienne halle, afin de placer l’hôtel de ville sur la façade principale, dans l’alignement de la salle d’audience. La boucherie reste en place.

III.2.2.2. Le second projet : 1755-1761 : agrandissement du projet initial

85Une deuxième série de plans et devis est rendue en 1755 à l’intendant suivant, Pierre Étienne Bourgeois de Boynes. Ils sont conservés sous la cote C56 et sont signés par Charles-François Longin, architecte voyer de la ville de Besançon et contrôleur des travaux.

86Les prisons se trouvent en bordure orientale de la parcelle, à l’emplacement de la boucherie et de la maison de Monsieur Charles, et donnent sur la rue de la Boucherie. Elles n’ont pas d’étage. Les maisons de Messieurs Balmay, Gophinet et Barbier ne sont pas concernées par le projet et restent en place.

87L’hôtel de ville est rejeté à l’arrière de l’ensemble, dans l’aile ouest, au-dessus de la halle qui devait occuper toute la longueur du bâtiment. Ses quatre angles sont consacrés à des fonctions de service (escalier de l’hôtel de ville, locaux techniques, loges…). Entre les deux ailes, une ruelle sert de passage.

88Ce projet est plus ambitieux que le précédent, en particulier pour l’hôtel de ville qui est plus vaste, et l’intendance semble vouloir investir plus d’argent dans ce bâtiment, tandis que la ville reste sur une parcelle qui lui appartient déjà et emploie l’argent économisé à des locaux plus prestigieux. Cependant, les prisons sont accolées à des maisons particulières incluses dans ce grand îlot.

  • 11 ADHS C 56.

89La ville acquiert alors en 1761 les maisons Charles, Houlier, Meure et Jacob (Jaquot ?), Mercier et la boucherie11, ce qui va permettre d’agrandir le projet. Jusqu’en 1766, les propriétaires n’auront de cesse d’adresser des requêtes à l’intendant, estimant avoir été spoliés, avant d’être exaucés.

90La boucherie, qui est rachetée par la ville et disparaît avec ce projet, sera reconstruite en 1764, au sud de la ville, hors les murs, de façon à ce que le sang s’écoule dans la Pouilleuse (MONNIER, 1909, p. 273) (fig. 16).

91Aucun des murs mis au jour sur la fouille ne correspond à ces états de plan du Présidial ; par conséquent aucun de ces deux plans n’a été mis en œuvre.

III.2.2.3. Le troisième projet : 1763-1767 : un bâtiment occupant désormais tout un îlot

92Une troisième série de plans et devis est commandée en 1763, sous l’intendance de Charles André de Lacoré. Ils sont conservés sous la cote C67 et sont signés de la main de Longin. Cette fois, l’ensemble du projet occupe tout l’îlot des anciennes halles.

93Les prisons sont installées sur toute la largeur méridionale du bâtiment et sur deux niveaux autour d’une cour. Cette cour est coupée en deux dans le sens nord-sud, l’aile occidentale étant réservée aux hommes, l’aile orientale aux femmes, l’aile septentrionale aux deux sexes, séparés par un escalier de desserte. Cette partie arrière de l’ensemble est plus basse et les ailes sont plus étroites que le palais qu’elles jouxtent. Dans la cour, les latrines se trouvent près du côté des femmes et sont reliées par un canal à une fosse d’aisance située du côté des hommes. La chapelle est située dans le sas de séparation des deux cours.

94La partie nord de l’ensemble est également organisée autour d’une cour. Les halles occupent un espace central éclairé par un vaste puits de lumière, et sont entourées par les logements, cages d’escaliers, bureaux des greffes, corps de garde et autres locaux techniques. Trois passages répartis sur les trois ailes permettent d’accéder aux halles.

95Le plan de l’étage n’a pas été conservé, mais les escaliers de desserte nous permettent de deviner que l’aile occidentale est réservée à l’hôtel de ville, tandis que les deux autres sont consacrées au Présidial. Dans l’angle nord-ouest du bâtiment, un grand escalier commun donne accès aux deux institutions. Deux escaliers indépendants les desservent du côté sud des ailes latérales.

III.2.3. Un projet finalement réduit

III.2.3.1. Le rétrécissement du projet par la création d’une place

  • 12 ADHS C67-046.

96Dès 1764, un Mémoire En forme de devis des différents Changements faits sur les plans du Batiment du présidial, hôtel de ville, prisons et halles de Batir à Vesoul, Signés du Sr Longin, en Conséquence des Observations et demandes de Mrs les officiers tant du présidial que du Magistrat de la [dite] ville Et par les ordres de Mons[ei]g[neu]r L’Intendant (Charles André de Lacoré), à nous données le 23 octobre 1764, réalisé par l’entrepreneur des travaux Jean-Claude Jeannin, rend compte d’un rétrécissement du bâtiment de quatre pieds du côté de la rue de la Boucherie, sise à l’est du bâtiment12.

97Il semble qu’à ce moment-là, les deux parties conviennent de donner plus d’allure au bâtiment en le dégageant des rues environnantes et notamment de celle de la Boucherie citée plus haut. Il est également fait mention dans ce document de la création d’une petite place, dont les dimensions ne sont pas mentionnées. Celle-ci entraîne un rétrécissement du bâtiment vers le nord qui sous-entend de supprimer certaines fonctions qui devaient initialement être englobées dans le projet. Ainsi, la boucherie est déjà sortie hors les murs cette même année, et l’idée de renoncer à associer l’hôtel de ville au Présidial sera bientôt envisagée.

III.2.3.2. L’achèvement de la construction de la prison ?

  • 13 ADHS C 67-071 et ADHS C67-073 : « Représentation que Messieurs du Présidial et Messieurs du magist (...)
  • 14 ADHS C56-046, ADHS C 56-047 et ADHS C 56-048.
  • 15 ADHS C 56-050.
  • 16 ADHS C 56-036.

98Il semble que, malgré plusieurs manifestations d’opposition13 et rumeurs d’un arrêt du projet – au profit d’une installation des services dans l’ancien collège des Jésuites – évoquées dans les correspondances14, la pose de la première pierre et la réalisation de ce projet soient effectuées en 176515. Toujours est-il que le 28 octobre 1766, Thiery annonce dans un Mémoire des Ouvrages que l’Entrepreneur De l’hotel de Ville, du presidial, hâalles et prisons de Vesoul, a fait pour la Constructions de les Batiments que « Premierement, La prison est finie pour les murs En pierre de taille et Maçonnerie ainsy que les Vouttes, et l’on fait les Gypsures a force demaniere que la plus grande partie sera finie dans le courant de janvier au plus tard. Toutes les fondations sont faittes pour la Maison de Ville et les deux tiers de ceux du presidial, ou l’on pose actuellement le sol en pierre de taille sur les fondations tant pour le presidial que pour l’hotel de Ville16 ».

99La correspondance entre l’intendant et le maître d’œuvre laisse entendre que la partie la plus urgente des travaux de construction du bâtiment est la prison qui sera la première à être fonctionnelle en 1768 ou 1769. Ce qui semble logique suite à l’incendie de 1751 qui fut l’évènement accélérateur des démarches.

III.2.3.3. Le retrait de l’hôtel de ville en 1768

  • 17 ADHS C 56-013, ADHS C 56-016, ADHS C 56-018.

100Durant les deux mois suivants, les magistrats décident d’acquérir la maison Beauchamp afin d’y installer l’hôtel de ville, ce qui est accordé par l’intendant Lacoré, qui confirme l’utilité de la création de la place sur la rue de la Boucherie17.

101Depuis l’établissement du troisième projet, les attentes des magistrats semblent avoir pris une autre tournure, avec la décision de créer une place et de renoncer à installer l’hôtel de ville dans le bâtiment. Hormis le maintien des halles au rez-de-chaussée, l’ensemble n’associe plus vraiment les institutions royales aux institutions municipales. La ville semble consentir à investir plus d’argent afin d’honorer toutes ces institutions et à améliorer son urbanisme en consacrant des lieux dédiés à chacune.

III.3. La réalité de la mise en œuvre du projet

102En janvier 1767, les travaux sont à l’arrêt. Le plan est donc à nouveau modifié. Malheureusement, aucun plan du dernier projet n’a été conservé aux Archives départementales de la Haute-Saône. Cependant, une étude signée de la main de Jean-Baptiste Thiery montre que les ingénieurs et architectes travaillent à un nouveau plan.

  • 18 ADHS 550 E dépôt 73 DD4.
  • 19 ADHS C67-058, ADHS C56-112.

103Après 1767, aucun document conservé ne fait état de l’avancement des travaux, excepté les levées d’impôts prévues sur le bailliage de Vesoul, ainsi qu’un plan de la salle d’audience réalisé par Jean-Baptiste Thiery et daté du 20 mai 177018. Cependant, de nombreux documents font état de commandes de matériaux pour les décors et aménagements intérieurs du Présidial. Les seuls travaux concernant les prisons consistent en l’achèvement du canal d’évacuation des immondices vers la Pouilleuse avant le 10 janvier 176919.

104Il est cependant possible de retracer l’histoire du bâtiment en comparant le dernier plan de projet, les plans de la ville de Vesoul du XIXe siècle sur lesquels le Présidial est représenté avec les vestiges trouvés en fouilles.

105La comparaison entre le plan de projet de 1763 et le plan actuel du bâtiment permet de se rendre compte que pour installer la place au nord du Présidial, il a fallu réduire le projet d’un tiers (fig. 18). Mais surtout, il permet d’observer que certains éléments du plan de 1763 ont été mis en œuvre avant que ne soit modifiés les plans du bâtiment. Les murs 09, 10, 17, 18 et 22 correspondent à l’aile nord de la prison (en vert sur le plan). L’espace délimité par les murs 22 et 18 correspond au cachot des hommes, l’espace entre 10 et 17 à un escalier, et celui entre 17 et 18 à un passage vers la cour de la halle. Le mur 09 fait la séparation entre l’espace des prisons et celui des halles. Le bâtiment 62, quant à lui, correspond à la chapelle. Il est posé contre un mur délimitant au sud l’espace voué à la cour de la prison. Le mur 15 correspond au mur délimitant un passage entre la chapelle et les halles et séparant la cour des hommes et des femmes. Enfin, un certain nombre de murs appartenant au bâtiment actuel correspondent au plan de 1763. L’ensemble de ces murs permet donc d’avancer qu’au moment de l’arrêt des travaux, une grande partie des travaux sur l’aile de la prison sont déjà réalisés.

Fig. 18. Comparaison entre le projet de 1763 et le plan actuel du palais de justice.

Fig. 18. Comparaison entre le projet de 1763 et le plan actuel du palais de justice.

DAO : S. Guillotin.

  • 20 ADHS C67-048.

106La réception de l’ouvrage est faite en 1781. En témoigne le Bordereau de la dépense faitte (sic) et des sommes payées pour la Construction de Batiments du Ba[illi]age Presidial et des Prisons y attenantes en la Ville de Vesoul, daté de cette année-là, soit seize ans après le début des travaux20. Il est indiqué dans le décompte des prestations que le dernier paiement avait été effectué en 1771, sans doute suite à l’achèvement de la quasi-totalité des travaux au mois d’avril de la même année. Il semble que le dernier paiement des ouvrages ait pu être versé à l’entrepreneur près de dix ans après la fin des travaux.

107Le plan de la ville de 1797 est le plan le plus ancien représentant le Présidial achevé. Ce plan vient confirmer ce que l’on peut observer en comparant le plan actuel du bâtiment (fig. 19), les vestiges archéologiques et le plan de projet de 1763. Sur le plan de 1797, il est possible d’observer certains des éléments déjà évoqués plus haut et qui ont donc été réalisés en entier. Il s’agit de la chapelle 62 et du mur fermant la cour des prisonniers au sud.

Fig. 19. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1797 et le plan actuel du palais de justice.

Fig. 19. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1797 et le plan actuel du palais de justice.

DAO : S. Guillotin.

108Les choix effectués pour réduire le projet de 1763 et permettre d’installer une place au nord du bâtiment sont également visibles. Le projet perd environ un tiers de sa longueur d’origine, mais présente toujours la même bi-partition. Les prisons occupent les deux ailes latérales est et ouest sur la rue derrière le Palais, tandis que le tribunal occupe l’aile nord donnant sur la place du Tribunal. La façade nord initialement prévue sur la rue est reportée contre les prisons presque sans en modifier les modules, créant ainsi une deuxième cour. La cour de la prison est séparée de celle du Présidial, qui forme un puits de lumière, par un passage reliant les ailes est et ouest, constitué par les murs 09 (en vert) et 26 (en bleu, fig. 19).

109Les dessins des façades du projet de 1763 permettent également de se faire une idée des éléments du projet qui ont été réalisés de manière effective (fig. 20). La façade nord prévue en 1763 est en tout point identique à la façade actuelle. De même, on peut noter que la façade sud donnant sur la cour centrale de cette même aile nord respecte l’ordonnancement prévu dès 1763 pour les façades, avec de grandes arcades au rez-de-chaussée et de grandes fenêtres au 1er étage (fig. 20). Cette façade limite au nord la cour du Présidial.

Fig. 20. Comparaison entre le projet de 1763 et les façades réalisées du palais de justice.

Fig. 20. Comparaison entre le projet de 1763 et les façades réalisées du palais de justice.

DAO : S. Guillotin.

110C’est le plan des prisons qui connaît le plus de changements. Il a été revu en augmentant la largeur des ailes est et ouest et en réduisant celle de l’aile nord qui devient un simple espace de circulation entre les deux ailes. Sur le relevé de la façade est de 1763, on s’aperçoit que l’architecte a choisi de donner un traitement différent à la partie du bâtiment appartenant au Présidial et à celle appartenant à la prison. C’est aussi le cas dans le bâtiment visible actuellement (fig. 20). La hauteur de l’aile de la prison est bien plus importante que celle prévue initialement pour compenser la perte de l’aile nord.

111L’esprit du bâtiment d’origine est condensé sur une surface deux fois plus petite. Les halles n’ont par conséquent plus leur place dans cet espace. Elles sont d’ailleurs construites en dehors de l’enceinte de la ville. Elles apparaissent sur les plans de 1794 et 1811, mais l’on ne connaît pas la date de leur réalisation.

112Au vu des nombreuses modifications apportées au plan de 1763, il paraît difficile que celles-ci aient commencé à être mises en œuvre seulement après l’arrêt des travaux en 1767. Si c’est le cas, alors le conducteur des travaux affirmant que la prison est presque terminée en 1766 a quelque peu enjolivé les faits. D’autant plus qu’on ne trouve pas de trace, dans les différentes façades, de reprises d’éléments existant dans le but de les modifier.

III.4. Un plan qui continue à connaître des changements...

113Des différences dans le plan de la prison apparaissent déjà sur le plan de la ville de Vesoul daté de 1813 (fig. 21). Par exemple, la chapelle n’apparaît plus. Des documents écrits laissent entendre seulement en 1828 la nécessité de déplacer la chapelle à cause des facilités d’évasion qu’elle offrait (JOLY, 2016, p. 31). En revanche, un mur de séparation – probablement pour les cours hommes/femmes – existe toujours, mais la chapelle ne gênant plus, il est décalé par rapport aux deux murs précédents. Il correspond au mur 25 trouvé en fouille (en bleu sur le plan).

Fig. 21. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1813 et le plan actuel du palais de justice.

Fig. 21. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1813 et le plan actuel du palais de justice.

DAO : S. Guillotin.

114Le Tribunal change de nouveau d’aspect sur le plan de la ville de 1837 (fig. 22). Sur ce plan et sur les suivants datés de 1862 et 1883, la cour intérieure, celle du Présidial, a disparu au point qu’un seul bloc forme l’aile nord.

Fig. 22. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1837 et le plan actuel du palais de justice.

Fig. 22. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1837 et le plan actuel du palais de justice.

DAO : S. Guillotin.

115Les vestiges archéologiques semblent indiquer que le mur 09 (en vert sur le plan) est démonté. Les traces de ce démontage sont encore visibles dans la façade actuelle. Elle laisse apparaître les traces d’un mur chaîné au niveau du rez-de-chaussée et du 1er étage, mais pas au-delà (fig. 23). Les deux étages supérieurs possèdent un pilastre. Ces traces de chaînage laissent à penser que le mur 09, visible en fouille au niveau de ses fondations, montait jusqu’en haut du 1er étage du palais de justice. Ces traces d’arrachage renseignent sur la hauteur initiale du mur 09. Le mur 26, quant à lui, n’était pas chaîné aux façades est et ouest, ce qui s’explique sans doute par le fait qu’il n’était pas prévu dans le projet d’origine de 1763. Ni sa hauteur initiale, ni son aspect ne sont donc connus.

Fig. 23. Changements architecturaux visibles sur les façades est et ouest de la cour du palais de justice.

Fig. 23. Changements architecturaux visibles sur les façades est et ouest de la cour du palais de justice.

Clichés : ANTEA-Archéologie ; DAO : S. Guillotin.

116Les plans qui suivent (1862 et 1883) semblent tous montrer les mêmes aménagements au centre de la cour, et ce jusqu’au dernier plan en notre possession. Cependant, le bâtiment connaît encore une modification à une date inconnue. Le mur 26 est démonté et une nouvelle façade est construite à l’emplacement de l’ancien mur 09. Les murs 04, 05 et 06, situés dans l’ancienne cour intérieure, sont sans doute construits au moment de la modification de la façade pour servir de mur de cloisonnement au nouvel espace. Le mur de clôture de la cour des prisons est abattu. Il s’agit de l’état du bâtiment précédant la fouille de 2017.

117La dernière étape de la transformation du palais de justice est bien entendu celle qui se déroule à compter de 2016 avec la destruction de la façade du XIXe siècle et les travaux de restructuration des espaces existants, et l’agrandissement du palais de justice avec la mise en place d’une nouvelle extension au niveau de la cour donnant sur la rue derrière le Palais.

III.5. Un décalage évident entre l’histoire racontée par les Archives et les données issues du terrain

118L’importance des vestiges mis au jour dans le sous-sol de la cour arrière du palais de justice a permis de mettre en évidence le passé de cet important projet de la ville de Vesoul, insoupçonné jusqu’ici. La complexité à définir les éléments des différents projets réellement mis en œuvre dans la construction a permis de revoir la réalité évoquée dans les archives, qui ne conservent qu’une partie de l’histoire, et de revoir le cours de la construction et de la vie de ce bâtiment.

119Les quatre projets différents visaient à construire un bâtiment monumental dédié aux institutions royales. Les magistrats de Vesoul y ont vu l’occasion de concentrer plusieurs services locaux, notamment l’hôtel de ville qui était jusqu’alors, pour des questions pratiques, associé au Présidial. Ils se sont posés une équation impossible en y additionnant le problème des halles en bois sur le site choisi, jugées dangereuses, et surtout celui des prisons, qui devint extrêmement urgent à partir de 1751 suite à leur incendie.

120La ville ayant un budget relativement modeste, les premiers projets furent calculés pour un moindre coût et se heurtèrent à la question du rachat de propriétés occupant une partie du site. Au départ, le bâtiment projeté demeure engoncé entre deux pâtés de maisons, dont la boucherie de la ville.

121Au terme de plusieurs dizaines d’années d’hésitations – depuis la première mention de l’idée en 1739 jusqu’à 1767 pour le dernier projet –, les intendants de Franche-Comté ont fini par convaincre les magistrats de Vesoul de séparer les différents services. L’hôtel de ville et les services locaux furent alors séparés des institutions royales et transférés dans un bel hôtel particulier non loin de là, la halle et la boucherie furent sorties extra-muros, pour plus de salubrité. Enfin, le Présidial, monumentalisé, put trôner sur une petite place au centre de la ville avec, à l’arrière, les prisons accolées. Ces dernières, qui étaient l’élément le plus urgent du projet, ont pu être fonctionnelles dès 1768 ou 1769, soit 18 ans après leur incendie. Si l’on admet que l’achèvement du bâtiment eût lieu en 1781, les changements institutionnels dus à la Révolution lui firent subir rapidement d’importantes modifications sur la zone consacrée aux prisons. En effet, la façade arrière et les cours furent sujettes à des agrandissements du tribunal, et ce d’autant plus que l’installation du centre pénitentiaire dans l’ancien couvent des Ursulines permit de bénéficier de plus d’espace. Ainsi, il semble que malgré tous les efforts pour obtenir un bâtiment dédié, le Présidial s’est rapidement avéré trop petit pour répondre aux besoins de la justice.

Conclusion

122L’opération archéologique menée sur le site du ‘Palais de Justice’ de Vesoul a permis de mettre en évidence des éléments qui n’étaient jusqu’à présent que supposés pour chacune des périodes mises au jour, mais également de se faire une meilleure idée de l’aspect du paysage qui dominait le Durgeon.

123Les études micromorphologiques évoquent un environnement humide, situé à proximité d’un cours d’eau et alimenté en argiles ainsi qu’en éléments organiques au fil des crues régulières, dans lequel on note la présence ponctuelle de quelques artefacts de facture pré- ou protohistorique.

124L’environnement présente toujours les mêmes caractéristiques lorsque les populations investissent cette zone humide de la plaine alluviale à La Tène ancienne et moyenne. Le niveau supérieur voit l’implantation de trous de poteaux datés de La Tène récente/finale à l’époque julio-claudienne. C’est la première fois, sur la commune de Vesoul, que des structures sont associées à des éléments mobiliers épars, témoignant d’une véritable installation pour la période protohistorique.

125L’implantation qui lui succède à l’époque romaine est plus étendue. Elle est constituée d’une suite de trois pièces en terrasse présentant des aménagements, tels qu’un sol bétonné et des enduits muraux dans la pièce la plus au sud, et d’une quatrième pièce accolée sur le côté ouest. La céramique permet de dater cette occupation antique entre le milieu du Ier siècle et le tout début du IIIe siècle après J.-C. Au vu du mobilier et de la construction soignée, elles peuvent avoir fait partie d’un bâtiment à vocation domestique. L’espace ouvert au nord-ouest des murs était peut-être un espace privé, alors que celui au sud pouvait être public. La réalité d’une implantation antique est désormais attestée dans le cœur de la cité. Cette occupation, qui avait été jusque là seulement pressentie, notamment lors de la fouille non extensive réalisée dans le cadre du projet ‘Cœur de ville’ (GAUCHET, JEANNIN, 1994), est ainsi confirmée. De plus, des voies romaines passaient probablement non loin de là. Celle reliant Langres à Luxeuil a même pu longer ces constructions, délimitant ainsi un îlot de la cité antique.

126Suite à leur abandon et à leur ruine au début du IIIe siècle, les niveaux romains sont recouverts par un apport massif de sédiments, daté des XIe-XIIIe siècles. Un tel apport peut évoquer un remblai d’assainissement motivé par la nature des niveaux sous-jacents. L’absence de restes végétaux ou de déjections animales exclut a priori une fonction horticole ou pastorale. Le terrain semble avoir été laissé en friches pendant un certain temps.

127Viennent ensuite s’implanter, à partir des XIIIe-XIVe siècle, un bâtiment sur cave sur la moitié est de la parcelle, et un niveau de dalles de schistes correspondant à un niveau de circulation sur la moitié ouest. Il a été possible, grâce aux archives, de déterminer que ce niveau de dalles de schistes appartenait certainement aux premières halles de la ville.

128Ces niveaux observés en fouille semblent avoir connu peu de modifications, jusqu’à la décision en 1739 de construire un grand bâtiment public regroupant le Présidial, de nouvelles halles, l’hôtel de ville et les prisons – ceci à la place des anciennes halles devenues trop dangereuses et vétustes. Le projet comportera plusieurs phases et pas moins de trois plans différents (1753, 1755 et 1763) avant d’aboutir, après une nouvelle et dernière modification, au bâtiment que nous connaissons actuellement. Ce dernier n’accueille plus que deux fonctions dans sa version définitive : celle de Tribunal et de prisons d’arrêt. L’hôtel de ville et les halles seront finalement construits sur d’autres sites.

Haut de page

Bibliographie

BARRAL P., COQUET N., NOUVEL P., 2012, « Les agglomérations secondaires antiques de Franche-Comté : bilan et perspectives », in : 1995-2005 : dix ans d’archéologie en Franche-Comté, Besançon, DRAC-SRA Franche-Comté (Bilan scientifique hors-série, 2012).

BORDERIE Q., 2011, L’espace urbain entre Antiquité et Moyen Âge : analyse géoarchéologique des terres noires : études de cas, Thèse de doctorat sous la dir. de J. Burnouf, Univ. Paris I Panthéon-Sorbonne, 477 p.

CAMMAS C., BORDERIE Q., DESACHY B., AUGRY S., 2011, « L’approche géoarchéologique de l’urbain : développement du concept, méthodologie et applications aux opérations archéologiques », in : Sucré, salé (dossier), Paris, Inrap, p. 80-93 (Archéopages, 31).

CARD C., 2008, « Nouvelles données sur les productions des ateliers de potiers gallo-romains de Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône) », R.A.E., t. 57-2008, p. 205-226.

CASTELLA D., MEYLAN KRAUSE M.-F., 1994, La céramique gallo-romaine d’Avenches et de sa région : esquisse d’une typologie, Lausanne, Presses centrales SA Lausanne, 195 p. (Bull. de l’Ass. Pro Aventico, 36).

DELAGE R., 2010, «  La sigillée du sud Gaule », in : BRULET R., DELAGE R., VILVORDER F. dir.., La céramique romaine en Gaule du Nord : dictionnaire des céramiques : la vaisselle à large diffusion, Turnhout Belgium, Brepols, p. 57-91.

FAURE-BRAC O., 2002, La Haute-Saône, Paris, Acad. des Inscriptions et Belles-Lettres, 483 p. (Carte archéologique de la Gaule, 70).

FINOT J., 1886, Les sires de Faucogney, vicomtes de Vesoul : notice et documents publiés par Jules Finot, 1019-1374, Paris, H. Champion, 304 p.

GALINIÉ H., 2004, « L’expression ‘terres noires’, un concept d’attente », Les petits cahiers d’Anatole, vol. 15, p. 29.

GAUCHET F., JEANNIN L., 1994, Vesoul ‘Cœur de ville’ : rapport d’évaluation archéologique, Besançon, AFAN.

GINOUVÈS R., 1985, Dictionnaire méthodique de l’architecture grecque et romaine. T. 1, Matériaux, techniques de construction, techniques et formes du décor, Athènes, École française d’Athènes/Rome, École française de Rome, 307 p. (Coll. de l’École française de Rome, 84).

GOLLUT L., 1846, Les mémoires historiques de la République séquanoise et des princes de la Franche-Comté de Bourgogne, Arbois, A. Javel/Besançon, Crevot, nelle édition, xxxii-2039 p.

GOY C., HUMBERT S., 1995, Ex pots... Céramiques médiévales et modernes en Franche-Comté, Montbéliard, Musée des ducs de Wurtemberg, 1995 <URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01517116. Consultation : 28/06/2018>.

GUILLOTIN S., BONTE M.-L., BROC É., GOUDISSARD S., MURER A., PICHOT A., SCHOTT-TOULLEC L., TENUD A., 2018, Vesoul (70), Palais de Justice, Rapport final d’Opération d’archéologie préventive, ANTEA-Archéologie, sept. 2018, 472 p.

JOLY É., 2016, « Chroniques des anciennes prisons de Vesoul », Bull. de la Soc. d’Agriculture, Lettres, Sciences et Arts de la Haute-Saône (SALSA), no 99, p. 31-46.

LERAT L., 1964, « Informations archéologiques -  Circonscription de Besançon », Gallia, t. 22, fasc. 2, p. 375-410.

LETONNELIER G., 1907, « Notice sur les fortifications de Vesoul », Bull. de la Soc. d’Agriculture, Lettres, Sciences et Arts de la Haute-Saône (SALSA), p. 23-38.

LONGCHAMPS C., 1856, « Recherches historiques sur la ville de Vesoul dans les temps anciens », Bull. de la Soc. d’Agriculture, Lettres, Sciences et Arts de la Haute-Saône (SALSA), t. I, 3ème livret, p. 1-63.

MACPHAIL R.I., 1994, « The reworking of urban stratigraphy by human and natural processes », in : Urban-rural connexions : perspectives from environmental archaeology, Oxford, Oxbow Books, p. 13-43 (Oxbow monograph, 47).

MONNIER L., 1909, Histoire de la ville de Vesoul : avec de nombreuses reproductions de monuments et de portraits. Tome 1, Vesoul, L. Bon, 832 p.

MOREY J., 1886, La chronique de l’église de Vesoul / composée d’après les titres originaux, Montbéliard, Impr. P. Hoffmann, 267 p.

MUNIER C., BERTHET J., DARD I., DUBOIS S., GASTON C., GELOT J., GOY C., HAUT P., JACCOTTEY L., LALAÏ D., LAMY V., MÉLOCHE C., PASSERAT J.-C., PETITJEAN M. et alii, 2009, Vesoul (70), 4 rue Serpente, Dijon, Inrap Grand-Est Sud, mai 2009, 260 p.

PETER C., 2016, Vesoul (70), La Motte : nouvelles données archéologiques sur l’occupation du site aux époques néolithique, protohistorique et antique et sur les vestiges du château médiéval, Limoges, Eveha, 319 p.

SCHMID D., 2008, Die ältere Töpferei an der Venusstrasse-Ost in Augusta Raurica : Untersuchungen zur lokal hergestellten Gebrauchskeramik und zum regionalen Keramikhandel, Augst, Römermuseum Augst, 471 p. (Forschungen in Augst, 41).

SIMONIN O., 2013, Franche-Comté, Haute-Saône, Vesoul - Palais de Justice, la Ville - Évaluation du potentiel archéologique de la parcelle B307, Dijon, Inrap Grand-Est Sud, 45 p.

SUCHAUX L., 1974, La Haute-Saône : nouveau dictionnaire des communes, t. 6 : [Vandelans - Vy-les-Rupt], Vesoul, SALSA, 308 p. (Texte refondu et considérablement remanié de l’ouvrage de Louis Suchaux intitulé : La Haute-Saône, dictionnaire historique, topographique, et statistique des communes du département, 1866)

Haut de page

Notes

1 Datation calibrée Poznan 101790 : 2030 ± 30 BP, soit 114 BC-53 AD (2 σ).

2 Par moellon, nous définissons un élément rocheux taillé, de dimensions assez réduites pour être porté par un seul homme. Nous reprenons les termes et définitions établis par R. Ginouvès (GINOUVÈS, 1985, p. 55).

3 Datation calibrée Poznan 101545 : 1545 ± 30 BP, soit 425-579 AD (2 σ).

4 Datation calibrée Poznan 101289 : 900 ± 30 BP, soit 1039-1210 AD (2 σ)

5 Datation calibrée Poznan 101690 : 635 ± 30 BP, soit 1285-1398 AD (2 σ).

6 Datation calibrée Poznan 101312 : 705 ± 30 BP, soit 1259-1385 AD (2 σ).

7 Archives départementales de Haute-Saône, cote 550E dépôt 73 DD4, 550E dépôt 80 DD11, C56 et C67.

8 ADHS 550 E dépôt 73 DD4-003 intitulé « Délibération du magistrat n° 260 ».

9 Ces plans n’ont pas été conservés aux ADHS.

10 Ces plans, sans date ni signature, ont été malencontreusement associés au plan de la salle d’audience, daté de 1770 et signé de la main de Charles-François Longin.

11 ADHS C 56.

12 ADHS C67-046.

13 ADHS C 67-071 et ADHS C67-073 : « Représentation que Messieurs du Présidial et Messieurs du magistrat de la ville de Vesoul se croyent obligés de faire à monseigneur l’Intendant, particulièrement messieurs du Criminel au sujet des Prisons et autre parties du batiment qui va se construire à Vesoul par la Bonté, le soin et diligence de Mondit Seigneur Intendant sur le Plans du Sieur Longin ».

14 ADHS C56-046, ADHS C 56-047 et ADHS C 56-048.

15 ADHS C 56-050.

16 ADHS C 56-036.

17 ADHS C 56-013, ADHS C 56-016, ADHS C 56-018.

18 ADHS 550 E dépôt 73 DD4.

19 ADHS C67-058, ADHS C56-112.

20 ADHS C67-048.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1. Localisation du site de Vesoul Palais de Justice.
Crédits Fond de plan IGN ; DAO : S. Goudissard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 984k
Titre Fig. 2. Photo du mobilier lithique issu de l’horizon 1007.
Crédits Clichés : S. Goudissard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 378k
Titre Fig. 3. Plan général des structures gallo-romaines.
Crédits Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 431k
Titre Fig. 4. Coupe théorique est-ouest vue vers le nord.
Crédits Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 251k
Titre Fig. 5. Sol bétonné 79 et détail de sa structure vue de l’est.
Crédits Photos : ANTEA-Archéologie.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 970k
Titre Fig. 6. Coupe théorique nord-sud vue vers l’est.
Crédits Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 248k
Titre Fig. 7. Photo et relevé du parement ouest du mur 74.
Crédits Relevé : A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 870k
Titre Fig. 8. Planche du mobilier céramique antique.
Crédits DAO : A. Murer.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 243k
Titre Fig. 9. Plan phasé de l’occupation romaine.
Crédits DAO : A. Pichot.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 253k
Titre Fig. 10. Localisation supposée des voies romaines traversant la ville de Vesoul.
Crédits DAO : A. Pichot.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
Titre Fig. 11. Plan des vestiges de l’époque médiévale.
Crédits Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 389k
Titre Fig. 12. Vue en coupe des structures médiévales et modernes.
Crédits Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 372k
Titre Fig. 13. Localisation des halles et des différents propriétaires de caves sur le plan de projet de 1753 (550E dépôt 73 DD4).
Crédits DAO : L. Schott-Toullec.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 591k
Titre Fig. 14. Comparaison entre le projet de 1753 et les vestiges archéologiques médiévaux.
Crédits DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 523k
Titre Fig. 15. Plan des vestiges de l’époque moderne.
Crédits Relevés : L. Daverat et A. Pichot ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 490k
Titre Fig. 16. Plan de localisation et de déplacement des bâtiments faisant initialement partie du projet du Présidial.
Crédits Fond de plan : ADHS 550E- dépôt 1823 ; DAO : L. Schott-Toullec.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 981k
Titre Fig. 17. Les différents plans de projet réalisés entre 1753 et 1763.
Crédits DAO : S. Guillotin et L. Schott-Toullec.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 553k
Titre Fig. 18. Comparaison entre le projet de 1763 et le plan actuel du palais de justice.
Crédits DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 600k
Titre Fig. 19. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1797 et le plan actuel du palais de justice.
Crédits DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 401k
Titre Fig. 20. Comparaison entre le projet de 1763 et les façades réalisées du palais de justice.
Crédits DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 653k
Titre Fig. 21. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1813 et le plan actuel du palais de justice.
Crédits DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 552k
Titre Fig. 22. Comparaison entre le plan de la ville de Vesoul de 1837 et le plan actuel du palais de justice.
Crédits DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 441k
Titre Fig. 23. Changements architecturaux visibles sur les façades est et ouest de la cour du palais de justice.
Crédits Clichés : ANTEA-Archéologie ; DAO : S. Guillotin.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17746/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 924k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Séphanie Guillotin, Adeline Pichot et Laetitia Schott-Toullec, « De nouveaux apports à l’histoire du centre de Vesoul »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 429-457.

Référence électronique

Séphanie Guillotin, Adeline Pichot et Laetitia Schott-Toullec, « De nouveaux apports à l’histoire du centre de Vesoul »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/17746

Haut de page

Auteurs

Séphanie Guillotin

ANTEA-Archéologie, Habsheim, France

Adeline Pichot

ANTEA-Archéologie, Habsheim, France

Articles du même auteur

Laetitia Schott-Toullec

ANTEA-Archéologie, Habsheim, France

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search