Navigation – Plan du site

AccueilNumérosTome 72Des installations maraichères le ...

Des installations maraichères le long de la voie romaine traversant la commune d’Ungersheim en Haute-Alsace

Madeleine Châtelet, Corinne Goy, Juliette Baudoux et Bérangère Fort
p. 257-274

Résumés

Trois interventions archéologiques réalisées dans les années 2000 sur la commune d’Ungersheim ont mis au jour plusieurs tronçons d’une même voie romaine comportant sur un côté deux zones d’activités distinctes, hors de toute habitation. L’une est occupée par une tuilerie (elle sera développée dans un autre article), l’autre par de petites parcelles délimitées par des fossés et comportant parfois un puits, qui ont été interprétées comme les traces de probables cultures maraîchères. Leur datation a été placée par la céramique entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle après J.-C. La voie, de 6 m de largeur en moyenne et bordée par des fossés, peut être rangée parmi les axes routiers importants du sud de la plaine alsacienne. Par son orientation NO-SE, elle reliait sans doute les deux grandes voies majeures, parallèles au Rhin, traversant l’Alsace. À la hauteur des possibles cultures maraîchères, elle était bordée d’une ligne d’arbustes ayant pu servir de pare-vent aux cultures. La population ayant exploité ces zones d’activité n’a pas été déterminée précisément, les deux établissements connus à proximité paraissant trop éloignés pour envisager un lien direct avec elles. L’installation de la tuilerie et des cultures sur le même côté de la voie laisse penser néanmoins que ces installations appartenaient à un même domaine.

Haut de page

Texte intégral

1Les voies romaines ont suscité une littérature abondante qui s’est intéressée avant tout à leur construction, leur tracé et les réseaux qu’elles constituent, ainsi qu’à leur survivance dans le paysage actuel. En revanche, peu de recherches et de fouilles ont été menées sur l’environnement de ces voies, sur les aménagements et les activités qu’elles ont suscités à leurs abords.

  • 1 Publication réalisée par H. Cicutta et F. Charlier qui reprendra et développera l’étude effectuée (...)

2Trois interventions archéologiques réalisées dans les années 2000 à Ungersheim sur une voie romaine ont donné l’occasion pour la première fois en Alsace de s’interroger sur ces installations présentes parfois en bordure des voies. La voie a pu être dégagée sur une longueur d’un peu plus d’1 km. Deux zones d’activité isolées y ont été découvertes : l’une, qui sera développée dans un autre article, au lieu-dit Kaelbisacker, est occupée par une tuilerie1, l’autre, au lieu-dit Lehlematten, par des installations fugaces comprenant de petits fossés, des fosses, des puits et quelques trous de poteau. Nous nous concentrerons sur cette deuxième zone dont la nature n’est pas parue d’emblée évidente.

I. Le Cadre

I.1. Le site

3Le village d’Ungersheim est situé dans le sud de la plaine alsacienne, à une quinzaine de kilomètres au nord de Mulhouse, à mi-distance entre les Vosges et le Rhin (fig. 1). Les trois interventions qui ont concerné la voie ont été réalisées au sud du village actuel, entre deux cours d’eau s’écoulant vers le nord-est en parallèle au Rhin, la vieille Thur se jetant plus au nord dans l’Ill, et le Dorfbach, qui fait partie des multiples petits bras d’eau parcourant cette zone relativement humide (fig. 2). Le secteur n’est marqué que par un très faible relief provenant principalement de l’entaille des cours d’eau. À l’est, sur une large bande longeant de part et d’autre la Thur, il correspond au lit majeur de la rivière, parcouru de nombreux bras d’eau et paléochenaux. Régulièrement inondé, le sol y est constitué de limons de débordement calcaire recouvrant sur une vingtaine de centimètres d’épaisseur les graviers de la basse-terrasse rhénane. Toutes les structures anciennes ont montré dans cette zone un fort arasement, dû principalement à l’activité érosive des cours d’eau, conjuguée à l’exploitation agricole des terres. À l’ouest, le secteur confine à la terrasse lœssique du piémont vosgien. Les sols y sont composés d’une faible couche de limons lœssiques étalés par solifluxion sur les graviers de la basse-terrasse rhénane.

Fig. 1. Localisation d’Ungersheim dans la plaine d’Alsace.

Fig. 1. Localisation d’Ungersheim dans la plaine d’Alsace.

I.2. Les opérations archéologiques

  • 2 ZEHNER et alii, 2002 ; BOËS, LATRON, 2004 ; CHÂTELET dir., 2006 ; WOLF, VIROULET, 2005 ; LEFRANC e (...)

4Les interventions archéologiques, générées par le projet de construction du parc de loisirs du Bioscope, se sont échelonnées entre 2002 et 2007. Elles ont couvert au total 33 ha dont 5,4 ont été fouillés exhaustivement2. Quatre des sept zones explorées ont concerné la voie romaine (fig. 2). Ce sont, d’est en ouest :

  • le lieu-dit Lehle diagnostiqué en 2003 sur 2,5 ha. Aucune fouille n’a fait suite à cette opération (BOËS, LATRON, 2004) ;
  • le lieu-dit Lehlematten, immédiatement adjacent. Deux zones distinctes, séparées de 10 m l’une de l’autre, ont été décapées et fouillées en 2004 (fig. 3). La première, au sud-est, couvre 1,85 ha, la seconde, plus restreinte au nord-ouest, 0,25 ha. Cette dernière, la plus proche de la rivière, n’a conservé aucune trace de la voie (CHÂTELET dir., 2006) ;
  • enfin, 800 m plus loin vers l’ouest, le lieu-dit Kaelbisacker fouillé sur 0,66 ha en 2007 (LEFRANC et alii, 2008).

Fig. 2. Implantation des sondages et des fouilles réalisés entre 2002 et 2007 au sud, sur la commune d’Ungersheim, avec le tracé de la voie antique et la localisation des découvertes d’époque romaine faites dans son environnement.

Fig. 2. Implantation des sondages et des fouilles réalisés entre 2002 et 2007 au sud, sur la commune d’Ungersheim, avec le tracé de la voie antique et la localisation des découvertes d’époque romaine faites dans son environnement.

Conception : M. Châtelet, P. Girard.

Fig. 3. Plan général des structures romaines au lieu-dit Lehlematten.

Fig. 3. Plan général des structures romaines au lieu-dit Lehlematten.

Conception : M. Châtelet, P. Girard.

5Entre les deux derniers secteurs, le tracé de la voie a pu être restitué sur environ 600 m grâce aux photos aériennes effectuées par Jean-Jacques Wolf (ZEHNER et alii, 2002, p. 33). Au total, la voie a été suivie sur 1,3 km et explorée plus largement en trois points de son tracé. C’est cependant sur le secteur de Lehlematten, dans la première zone, qu’elle a pu être étudiée avec le plus de détails. Ce site a connu déjà anciennement une occupation, avec un habitat au Néolithique, suivi par une nécropole à incinération utilisée de l’âge du Bronze au début de l’âge du Fer (CHÂTELET dir., 2006).

II. La voie

II.1. Son tracé

  • 3 Nous avons repris le tracé tel que restitué par J.-J. Wolf à partir des observations faites en pro (...)

6Le tronçon observé en fouille et par prospection aérienne aux lieux-dits Lehle et Kaelbisacker suit dans son ensemble une orientation sud-est/nord-ouest, traversant perpendiculairement les deux aires naturelles des alluvions de la Thur à l’est et de la terrasse lœssique à l’ouest. Son tracé, en deux segments rectilignes, est marqué par un changement de direction de 23° au lieu-dit Lehle, mis en évidence par les sondages du diagnostic (BOËS, LATRON, 2004). Au sud-est, la voie se poursuit en direction de la Thur sur laquelle elle devait passer, non loin de l’établissement antique du Thurwald, à moins qu’elle ne le traversait (fig. 2)3. Ce vaste site, qui peut être identifié comme une agglomération ou une importante villa, s’étendait le long de la rivière sur une superficie de près de 5 ha sur le territoire des communes d’Ungersheim, d’Ensisheim et de Pulversheim. Connu depuis le XIXe siècle (B.M.S.C.H.A., 1869, P.V., p. 62), il a fait l’objet de prospections et de quelques sondages réalisés à partir des berges de la Thur dans les années 1970 et 1980. Le mobilier important ramassé au cours de ces interventions a permis de conclure à une occupation continue du Ier jusqu’au IVe siècle ap. J.-C. (WERNER, 1918 ; PÉTRY, 1976 ; BONNET, 1977, p. 8-9 ; PÉTRY, 1982).

  • 4 Pour la voie Mandeure-Breisach, voir WERNER, 1930. Pour le réseau des voies dans la région, voir l (...)

7Au nord-ouest, la voie s’oriente en direction de la vallée de la Lauch à son débouché du massif vosgien, en passant probablement au nord de la villa de Soultz Hoest (fig. 2), repérée par prospection aérienne en 1981 par René Goguey (ZEHNER, 1998, p. 292). Si l’on replace son tracé sur la carte des voies antiques publiée par Jean-Jacques Hatt en 1978 et revue par Matthias Herrgott en 2004, il apparaît qu’elle constituait vraisemblablement un axe transversal qui reliait la grande voie de Breisach à Mandeure passant non loin du Thurwald à Pulversheim, à celle s’étirant du nord au sud au pied du massif vosgien4.

II.2. Son aménagement

8La voie disposait d’un simple revêtement de graviers et était bordée de part et d’autre d’un fossé, parfois dédoublé, au tracé discontinu (fig. 3). Les labours et l’érosion alluviale ont détruit en partie ses niveaux supérieurs, rendant parfois difficile la lecture de ses restes, qui se confondaient par endroits avec le substrat local, très changeant, avec lequel les fossés ont été comblés après leur abandon.

II.2.1. La chaussée

9Elle n’a été conservée qu’en peu d’endroits : à Lehle et à Lehlematten, des deux côtés d’un chemin vicinal dont le remblaiement a permis de la préserver, plus à l’ouest dans une seconde zone, toujours à Lehlematten, située au centre de la fouille, et à Kaelbisacker, sur un secteur seulement.

10Sa structure s’est révélée différente selon le substrat sur lequel elle a été installée. Sur le cône de déjection de la Thur (l.-d. Lehle), où les limons de débordement sur les graviers n’excèdent pas une vingtaine de centimètres d’épaisseur, elle est constituée d’un remblai peu épais de graviers et de gros galets associés à des fragments de tuiles éparses posés à plat, reposant directement sur le substrat. Sur la terrasse du piémont à l’ouest, où les limons des niveaux supérieurs sont plus épais et se composent de lœss soliflués (l.-d. Lehlematten), la voie est pourvue d’un remblai de limon argileux mêlé à quelques galets et graviers. Le revêtement final se compose d’une mince couche de graviers (fig. 4, coupe 4).

Fig. 4. Coupes de la voie.

Fig. 4. Coupes de la voie.

Conception : C. Goy, P. Girard.

11La portion la mieux conservée au lieu-dit Lehlematten, en limite du chemin vicinal, a montré l’existence d’au moins quatre états dans son aménagement (fig. 4, coupe 4). Le premier niveau discernable (US 5) y est postérieur à l’abandon du fossé bordier nord (ST 2120), puisqu’il s’installe en partie sur son comblement. Il est néanmoins contemporain du second fossé aménagé par la suite du même côté, parallèlement au premier tracé (ST 2611). Cette chaussée a été rehaussée (US 6), puis recouverte par un dépôt de crue (US 4), réaménagée une troisième fois (US 3) pour être ensuite presque entièrement arasée, avant d’être scellée définitivement par une épaisse couche de limon alluvial (US 2). D’autres traces de réaménagements ont été notées plus à l’ouest où c’est le fossé sud qui a été scellé par la chaussée (fig. 4, coupe 2). À Kaelbisacker, on a pu démontrer que la chaussée était bombée par le fait de sa conservation sous forme de deux traînées parallèles de matériaux, le centre, en raison de sa légère surélévation, ayant été entièrement érodé (WOLF, VIROULET, 2005).

12Même si la bande de roulement, contemporaine des fossés, n’a été conservée que de manière très lacunaire, sa largeur initiale peut être estimée à 6 m en moyenne d’est en ouest, aux lieux-dits Lehle, Lehlematten et Kaelbisacker. Cette largeur est courante pour une voie en rase campagne dont les mesures sont comprises habituellement entre 6 et 8 m (DUVAL, 1959, p. 19).

II.2.2. Les fossés

13Sur les trois secteurs, la voie est bordée de deux fossés latéraux, parfois dédoublés. Leurs tracés, nettement perceptibles dans le substrat graveleux, deviennent fugaces, voire illisibles, dans les limons. Les coupes réalisées ont cependant montré que ces creusements se poursuivent également dans ces secteurs. Au regard des observations effectuées sur ces coupes à Lehlematten, la largeur et la profondeur des fossés sont apparues très inégales.

14Le fossé sud (ST 2119) est le moins large et le moins profond. Creusé jusqu'au niveau des graviers, il présente un fond tantôt concave, tantôt plat, et des parois évasées. Ses dimensions sont très variables : sa largeur oscille entre 1 et 2,20 m ; sa profondeur conservée sous le niveau du décapage entre 0,15 et 0,65 m sans montrer de régularité ni de pendage particulier. Dans la partie centrale de la fouille, le fossé a été recreusé après comblement du premier creusement (ST 2612), avant d’être finalement scellé par la chaussée (supra et fig. 4, coupe 2). Son comblement s’est réalisé avec le limon argileux local, présentant par endroits des traces d’oxydation, mêlé de graviers, de gravillons, parfois même de galets. Ce dépôt homogène paraît avoir été réalisé en une seule fois. Il pourrait s’agir d’un comblement de nature alluviale.

15Le fossé nord (ST 2120), quant à lui, atteint 2 à 2,60 m de largeur pour 0,45 à 0,80 m de profondeur conservée. Il présente un double pendage, d’est en ouest dans la partie occidentale, d’ouest en est dans la partie orientale, le point le plus haut se situant au niveau de la coupe 2 (fig. 4). En cote relative, il est plus profond de 0,03 à 0,50 m que le fossé sud. Son creusement, comme celui au sud, montre un fond concave et des parois largement évasées. Son comblement se caractérise par un limon sableux ou argileux, selon les endroits, avec de rares graviers et galets mêlés quelquefois de minuscules particules de charbons de bois. Ce dépôt scelle parfois à la base une fine couche composée de limon plus sableux ou plus chargée en graviers (fig. 4, coupes 1 et 2).

16Comme précédemment, un second fossé a été creusé par endroits parallèlement au précédent, après comblement de celui-ci. Ces réaménagements n’ont été observés que dans la partie orientale du secteur de Lehlematten, le fossé se situant tantôt au sud, tantôt au nord du premier creusement (coupe 4, ST 2611). Il s’agissait ainsi de petits tronçons, dont la fonction exacte n’a pas pu être précisée.

II.3. Sa datation

17Au lieu-dit Lehlematten, les fossés primitifs de la voie ont livré un mobilier en terre cuite relativement abondant. Parmi les deux cent dix-neuf tessons recueillis, quarante-neuf ont été produits à l’époque protohistorique sans qu’on puisse en préciser la datation. Il s’agit d’éléments résiduels provenant des occupations antérieures. Le reste comprend vingt-sept tuiles ou briques gallo-romaines et cent quarante-trois fragments de poteries datant du dernier tiers du Ier au début du IIe siècle après J.-C. (voir infra). Une fibule émaillée, en usage du milieu du Ier siècle au milieu du siècle suivant, provient également du comblement du fossé nord. L’abandon des deux fossés primitifs et leur comblement peuvent ainsi être datés au plus tard de la première moitié du IIe siècle. Le scellement ultérieurement de ces fossés par un nouveau revêtement de la chaussée permet néanmoins d’envisager une utilisation de la voie encore au-delà de cette période. L’unique fragment de céramique provenant de la chaussée date du dernier tiers du Ier siècle. Ailleurs, ni le fossé, ni la voie n’ont livré d’élément datant.

III. Les aménagements en bordure de la voie au lieu-dit Lehlematten

18Les deux installations, le four de tuilier de Kaelbisacker comme les aménagements possibles maraîchers de Lehlematten, se situent au sud de la voie, sur une bande étroite le long du fossé bordier. Au nord de la voie, les fouilles et les sondages n’ont révélé aucun vestige d’époque romaine, à l’exception de quelques éléments mobiliers dans ou aux abords des limons charriés par les inondations. Manifestement, la voie constituait la limite d’un domaine auquel on doit probablement attribuer la création des deux zones d’activités.

  • 5 L’analyse de ces aménagements n’aurait pas pu être poussée aussi loin sans l’aide de Jean-Yves Duf (...)

19Les cultures maraîchères de Lehlematten s’étirent sur 120 m de longueur en bordure sud de la voie, sur la partie la plus élevée de la zone à l’abri des inondations (fig. 5). Elles occupent une bande de 30 m de largeur délimitée au nord par ce qui pourrait être identifié comme une haie qui bordait sur presque toute la longueur le tracé reconnu de la chaussée5.

Fig. 5. Plan de la voie et des aménagements adjacents.

Fig. 5. Plan de la voie et des aménagements adjacents.

Conception : M. Châtelet, P. Girard.

III.1. Une haie protégeant les cultures

20Cette haie se matérialise au sol par une quarantaine de fosses de plantation qui s’alignent sur le fossé sud à l’extérieur de la voie. Espacées régulièrement de 2 m environ, ces fosses semblent se conformer à la configuration du fossé. Toutefois l’une d’elles, à l’ouest, empiète légèrement sur son comblement (ST 2603) et une série d’autres, un peu plus vers le sud-est, ont été aménagées directement en bordure du fossé, sur un tronçon d’environ 25 m de longueur où le fossé n’est pas visible (fig. 5), indiquant une installation postérieure au comblement des fossés primitifs. Une seule fosse, en tout point similaire aux autres, a pu être localisée de l’autre côté de la voie, au nord (ST 2170). C’est la seule dont le comblement renfermait du mobilier céramique.

21Les fosses présentent dans l’ensemble les mêmes caractéristiques : elles varient peu dans leurs dimensions et mesurent en moyenne 0,80 x 0,70 m de côté (min. : 0,40 m ; max. : 1,24 m) – la plus grande longueur étant toujours dans l’axe de la voie – et 0,30 m de profondeur subsistante (min. : 0,11 m ; max. : 0,74 m). Elles offrent généralement des parois verticales et un fond plat ou légèrement concave (fig. 6). En plan, leur forme est un peu plus variable : elle est ovale (onze occurrences), rectangulaire (dix occurrences) ou circulaire (huit occurrences), dans certains cas carrée (quatre occurrences). Leur comblement est souvent unique ; quelques-unes présentent deux couches, toujours horizontales.

Fig. 6. Plan et coupe d’un choix représentatif de fosses de plantation.

Fig. 6. Plan et coupe d’un choix représentatif de fosses de plantation.

D.A.O. : P. Girard.

22La forme des fosses, leur comblement homogène ou à plat, l’alignement et le rythme régulier des creusements ont permis d’identifier ces fosses comme des trous de plantation ou « fossettes ». Attestées pour l’époque médiévale et moderne (Dufour, 1997), ces structures ont été identifiées également depuis peu sur des sites d’époque romaine. Ainsi, dans le sud de la France, des creusements tout à fait similaires ont été reconnus sur la villa de La Ramière à Roquemaure (Gard). Trois alignements de fosses rapprochées y ont été mis au jour, l’un s’alignant sur un mur définissant la limite de la villa, les deux autres bordant de part et d’autre un chemin traversant les vergers adjacents (BARBERAN et alii, 2002, fig. 1 et 2, p. 891-893). Ces aménagements, interprétés comme étant ceux d’une haie d’arbustes, possiblement de vignes, ont été rattachés au premier état de la villa, daté de la période augustéenne. Cet exemple est celui qui se rapproche le plus de celui d’Ungersheim. D’autres sites, dans le nord de la France et dans la région parisienne, ont également livré des fosses de plantation, sans présenter néanmoins ces alignements réguliers. Dans le vicus de Jouars-Pontchartrain et l’agglomération de Longueil-Sainte-Marie (Oise), elles ont pu être replacées, grâce à l’analyse carpologique, dans le cadre de jardins ou de vergers (Collectif, 1999 ; BLIN dir., 2000 ; LEPETZ, MARÉCHAL, 1996 ; MARINVAL et alii, 2002) ; dans la villa de Richebourg (Yvelines), grâce à leur organisation et à la présence de « pots de fleurs », dans celui d’un jardin d’agrément (BARAT, 1999). Enfin près et aux abords de Reims, des fosses de plantation aux alignements parfois très structurés et formant des carrés ont été interprétées comme les trace de vergers. La taille des creusements est relativement similaire à celle d’Ungersheim, leur espacement en revanche, de 4 m environ plus important, ce qui a laissé envisager des plantations d’arbres (KOEHLER, 2003).

  • 6 Les vents dominants en Alsace ont une direction nord-sud.

23La petite dimension des fosses d’Ungersheim et leur faible écartement (2 m de pied à pied) indiquent des plantations d’arbres à basses tiges. Il s’agissait donc d’une haie élevée probablement pour servir de coupe-vent aux cultures qui se développaient le long de la voie, au sud-ouest6.

III.2. Des parcelles délimitées par des fossés

24Huit tronçons de petits fossés ont été dénombrés dans l’espace au sud-ouest de la voie. Préservés sur une dizaine de centimètres de profondeur en moyenne, ils sont soit perpendiculaires, soit parallèles à la voie et pourraient délimiter un parcellaire en lanières (fig. 5). Leur orientation par rapport à la voie et la présence dans quatre d’entre eux de fragments de céramiques ou de tuiles gallo-romaines assurent leur datation à l’époque romaine.

25Ces fossés ne sont que partiellement conservés, laissant envisager que d’autres aient pu être entièrement détruits par les labours. S’ils peuvent donc ne donner qu’une représentation très imparfaite des parcelles qu’ils délimitent, leur disposition relativement rapprochée sur une bande de seulement 30 m de large le long de la voie permet cependant de restituer de petites unités, perpendiculaires au chemin, qui se succèdent sur 50 m au moins dans la partie centrale de la zone décapée. Bien qu’aucun fossé n’ait été retrouvé plus à l’ouest, il est toutefois probable que les parcelles se poursuivaient également de ce côté puisque trois puits, aménagés à quelque distance les uns des autres, renvoient vraisemblablement à trois autres unités parcellaires (voir infra). En fonction de la distance séparant les différents fossés et les puits, ces parcelles pourraient atteindre 8 à 14 m de largeur et 30 m de longueur, soit une superficie de 2,4 à 4,2 ares. Ces chiffres restent néanmoins indicatifs, puisqu’on ne dispose que d’une petite partie des fossés et que leur stricte contemporanéité ne peut être établie.

26Les creusements sont de dimensions variables. Les plus larges atteignent 0,76 m, les plus étroits 0,20 m, leur profondeur conservée oscillant entre 0,05 et 0,35 m sous le niveau du décapage. À l’exception de l’ensemble particulier 2595 (infra), ils comportent un profil évasé. Le fond est concave pour six d’entre eux, plat pour les autres (fig. 7).

Fig. 7. Plan et coupes des fossés.

Fig. 7. Plan et coupes des fossés.

Conception : M. Châtelet, P. Girard.

27La légère déclivité de la plupart des fossés depuis le fossé sud de la voie en direction des cultures pourrait indiquer une fonction irrigante. La nécessité de drainer le terrain ne devait s’imposer cependant qu’exceptionnellement : les parcelles ont été installées sur le sommet de l’interfluve qui reste, aujourd’hui tout au moins, à l’abri des plus fortes inondations (ZEHNER et alii, 2002, p. 9, pl. 3).

28L’ensemble 2595 s’est avéré particulier. Il se distingue par son dessin évoquant l’enchevêtrement de plusieurs fossés aux tracés curvilignes (fig. 7). Avec un creusement en U de 0,35 m de profondeur conservée pour 0,40 m de largeur, ces fossés sont les plus profonds et aussi les plus étroits. Leur fonction exacte n’a pas pu être déterminée.

29Une réorganisation partielle de ces drains est attestée par le recoupement du fossé 2431/2555 par le fossé 2430/2592. L’aménagement des deux fosses 2485 et 2584 dans le premier fossé témoigne que le secteur a continué à être utilisé après ce réaménagement.

III.3. Les puits

30Cinq puits se répartissent dans l’aire étudiée (fig. 5). Cuvelés pour deux d’entre eux en pierre sèche, pour les autres en bois, ils s’alignent le long de la voie où ils se répartissent sur 65 m de longueur. Trois d’entre eux, à l’ouest (ST 2150, 2493, 2250), s’échelonnent à intervalles rapprochés, séparés respectivement de 7 et de 9 m. Les deux autres (ST 2586, 2490), plus à l’est, s’inscrivent dans les parcelles visibles, délimitées par les fossés. Le premier est distant de 22 m du groupe précédent à l’ouest, le second a été aménagé 24 m plus loin. À l’exception de ce dernier, installé directement au contact de la haie bordant le fossé (ST 2490), ils sont éloignés de 8 à 12 m de la bordure sud de la voie.

31Tous les puits ont été sondés jusqu’à la base. En raison de la nature instable du terrain (graviers et gravillons dans une matrice limono-sableuse), ils n’ont pu être relevés que dans la partie supérieure et les observations en stratigraphie n’ont pas toujours pu être aussi minutieuses que souhaitées. Leur profondeur, peu importante, s’est révélée très variable, oscillant entre 1,40 m et 2,40 m sous le niveau du décapage, indiquant des fluctuations importantes de la nappe phréatique et la non-contemporanéité d’une partie au moins de ces puits. C’est en raison de ces fluctuations que le bois de construction des puits ne s’est généralement pas conservé. Les seuls vestiges préservés, ceux de la structure 2150, ont été prélevés, mais n’ont pas pu donner lieu à une datation faute d’un nombre de cernes suffisant.

32Les trois puits dotés d’un cuvelage en bois sont aménagés dans une fosse de construction de plan sub-circulaire d’environ 2 m de diamètre (fig. 8). Leurs parois, légèrement évasées dans la partie supérieure, sont ensuite verticales jusqu’à la base. Le conduit se dessinait encore par un sédiment différent. Mesurant entre 0,60 et 1,40 m de diamètre, il a été rempli, après l’abandon de la structure, par différents dépôts de limons et de graviers. L’espace à l’arrière du cuvelage a été comblé par du sable et du limon sableux contenant une quantité plus ou moins importante de graviers.

Fig. 8. Plan et coupe des puits.

Fig. 8. Plan et coupe des puits.

Conception : C. Goy, P. Girard.

33Les deux puits en pierres sèches (ST 2493, 2586) s’insèrent entre les puits construits en bois. Ils ont été montés en moellons de grès rose légèrement retaillés, laissant un conduit d’environ 0,65 m de diamètre (fig. 8). Leur excavation de construction, de plan circulaire, mesurant respectivement 2 et 1,50 m de diamètre, a été comblée par un limon sableux.

34Le comblement des puits n’a livré que très peu de matériel, constitué de quelques fragments de poteries et de tuiles. La seule exception est la structure 2490 qui renfermait près d’une centaine de tessons de poteries et plus d’une vingtaine de fragments de terres cuites architecturales. Ce mobilier a pu dater l’abandon des puits au plus tôt du dernier tiers du Ier (ST 2150, 2250, 2490, 2493) ou du premier tiers du IIe siècle (ST 2586) (voir infra).

III.4. Les fosses

35Onze fosses ont été dénombrées dans la bande de 30 m aménagée au sud de la voie. Cinq ont livré du mobilier d’époque romaine et sont contemporaines du reste des structures (ST 2367, 2435, 2476, 2485, 2584) ; deux autres, ST 2443 et 2445, creusées aux deux extrémités du fossé 2444, sont reliées à ce dernier et se rattachent ainsi également à la même phase. Les autres n’ont livré aucun matériel. Ces fosses se répartissent sur toute la longueur mais aussi sur toute la largeur de l’espace aménagé (fig. 5). Leurs dimensions, la forme de leur creusement et leur localisation par rapport aux autres structures permettent de les classer en trois groupes.

36Un premier groupe rassemble les structures 2367, 2417, 2485 et 2584 (fig. 9). Elles se distinguent par leur forme plus ou moins rectangulaire, dans un cas nettement ovale, leur fond plat à légèrement concave et leur creusement qui n’atteint pas plus de 0,35 m de profondeur conservée sous le niveau du décapage. Deux d’entre elles, de petite taille, ont entre 0,95 et 1,20 m dans leur plus grande longueur (ST 2367 et 2417) ; les deux autres sont plus grandes et atteignent 1,50 à 2 m de longueur (ST 2485 et 2585). Toutes sont installées en bordure des parcelles mises en évidence : les deux plus petites, ST 2367 et ST 2417, se situent respectivement à l’ouest, aux abords immédiats de la voie, et au centre, aux extrémités du tronçon de fossé 2444 ; les plus grandes (2485 et 2585), distantes de 6 m l’une de l’autre, empiètent sur le bord sud-est du fossé 2431/2555, perpendiculaire à la voie. Elles entaillent le comblement du fossé, attestant qu’elles ont été aménagées après son abandon. La forme de ces fosses, leur faible creusement et leur disposition en limite des parcelles les apparentent aux fosses de plantation dont elles ont aussi le comblement homogène ou en dépôts horizontaux.

Fig. 9. Plan et coupe des fosses.

Fig. 9. Plan et coupe des fosses.

Conception : C. Goy, P. Girard.

37Trois autres fosses, non datées, de taille et de forme similaires à celles situées en bordure de la voie, pourraient avoir eu également la même fonction, même si elles n’apparaissent pas clairement localisées en limite de parcelle : il s’agit des structures 2494, 2550 et 2594 (fig. 9). Deux d’entre elles (ST 2494 et 2550) forment avec le puits 2493 un quasi-alignement, sur un axe perpendiculaire à la route pouvant aussi correspondre à une limite d’unité. La troisième s’inscrit dans l’espace situé entre les deux fossés 2431 et 2596. Son orientation parallèle à la voie, comme les petites fosses creusées en bordure de celle-ci (supra), iraient dans le sens de fosses de plantation.

38Compte tenu de leur taille, la majorité de ces fosses seraient alors destinées à des arbustes. Seules celles, plus grandes, aménagées sur le fossé 2431/2555, pourraient recevoir des arbres à hautes tiges.

39Un deuxième groupe est constitué par les deux fosses ST 2443 et 2445, creusées aux deux extrémités du fossé 2444 (fig. 9). Elles présentent toutes deux un plan ovale et un profil en cuvette. Leur taille est cependant différente : la plus grande, au nord-ouest (ST 2443), atteint 1,70 × 1,30 m de côté pour 0,65 m de profondeur conservée, la plus petite (ST 2445) 25 × 0,80 m et 0,15 m de profondeur. Leur contemporanéité avec le fossé, établie par leur comblement identique et leur disposition aux extrémités de celui-ci, permettent d’envisager des creusements destinés à recueillir l’excédent d’eau accumulé dans le fossé.

40Pour les deux derniers creusements, la fonction reste aussi mal définie. Le premier (ST 2435) correspond à une grande fosse de plan circulaire creusée profondément dans le gravier sous-jacent, non loin au sud-ouest du fossé 2436, à l’extérieur de la parcelle identifiée ici. Elle mesure 1,90 × 1,65 m et atteint 0,85 m de profondeur conservée. Son comblement est constitué de plusieurs dépôts entrecroisés qui ont livré un grand nombre de fragments de poteries et de tuiles (fig. 9). La deuxième, ST 2476, située vers l’extrême sud-est du secteur fouillé, contenait dans son comblement un gros bloc de grès rose vosgien non travaillé (0,63 × 0,44 × 0,35 m), posé de chant sur le fond.

41La céramique contenue dans ces structures indique un comblement au plus tôt dans le dernier tiers du Ier siècle ou au tout début du IIe siècle. L’une des probables fosses de plantation a livré également une fibule d’Aucissa dont l’utilisation, de l’époque augustéenne à la fin du Ier siècle de notre ère, ne contredit pas la datation des céramiques (voir infra).

III.5. Les trous de poteau

42Quelques fosses de petit diamètre, sans doute identifiables comme des trous de poteau, sont situées dans l’espace au sud de la voie (fig. 5 : ST 2366, 2413, 2415, 2437, 2438, 2439, 2440, 2460, 2461, 2466, 2467, 2468, 2473, 2474, 2475, 2585). Elles se répartissent sur toute la surface et n’ont permis de restituer aucun plan cohérent de construction. Deux d’entre elles (ST 2415, 2467) ont livré quelques tessons d’époque romaine, sans qu’on puisse définir s’ils sont contemporains, intrusifs ou résiduels.

IV. Les vestiges matériels de Lehlematten et leur datation

IV.1. La céramique (J.B.)

43Trente-cinq des structures antiques du site de Lehlematten ont fourni un total de 871 fragments de céramiques (fig. 10). Dans ce lot, cent seize sont résiduels et datés de l’époque protohistorique, pour 765 d’époque gallo-romaine. Ces fragments se répartissent entre les fossés latéraux de la voie gallo-romaine, les puits, une série de neuf fosses (ST 2170, 2367, 2435, 2443, 2473, 2485, 2554, 2582, 2584), deux fossés (ST 2397, 2595) et trois trous de poteau (ST 2415, 2467, 2482). La chaussée de la voie, conservée dans le secteur seulement sur 9 m2 et sur quelques centimètres d’épaisseur, n’a livré qu’un seul tesson. Le reste provient des colluvions, principalement dans l’aire située au sud-ouest de la voie (ST 2175, 2434, 2441, 2465, 2480, 2549, 2575, 2612).

Fig. 10. Tableau récapitulatif des céramiques issues des structures romaines recensées par catégories et par structures.

Fig. 10. Tableau récapitulatif des céramiques issues des structures romaines recensées par catégories et par structures.

44Si l’on tient compte du nombre de structures, en particulier des puits qui en général servent de dépotoirs après leur abandon, ce mobilier est en définitive peu abondant et très dispersé. On en note toutefois une concentration relative dans les fossés de la voie (cent quarante-cinq tessons prélevés en surface et sur les quatre tranchées réalisées perpendiculairement à la voie), la fosse ST 2485 (soixante-quinze tessons), le puits ST 2490 (cent tessons), ainsi que dans une zone d’épandage ST 2575, en limite nord-ouest de la voie (cent vingt tessons). Le mauvais état de conservation des fragments, dont le revêtement argileux et le vernis grésé ont souvent disparu, l’absence de récipients archéologiquement reconstituables et la rareté des éléments significatifs ont limité l’étude morphologique approfondie de ce lot. L’ensemble se caractérise par une très grande homogénéité chronologique.

IV.1.1. Séquence 1

IV.1.1.1. La céramique fine

  • La sigillée

45La sigillée, représentée par soixante-trois fragments, appartient aux types Drag. 18/31, 27, 35/36, 33, 37, 38, 42, 46. Une frise en S sur un bol Drag. 37 provient de La Graufesenque (fig. 11, n° 1). Sur un autre bol Drag. 37, un angelot tenant un glaive est un décor de l’atelier d’Heiligenberg, daté de 115-140 (Oswald n° 469) (fig. 11, n° 2).

  • La terra nigra

46La terra nigra regroupe trente-cinq fragments. Elle comporte une assiette Schnitzler 9 (fig. 11, n° 3), deux coupes Schnitzler 42b et 42c de la fin du Ier siècle (nos 4 et 5) et trois fragments d’urnes de type Hofheim 105/106, aux décors caractéristiques du Ier siècle. Un seul gobelet à pâte fine à revêtement argileux et à la lèvre en forme de corniche est présent sur le site (n° 6).

Fig. 11. Céramiques issues des structures romaines de la première séquence (fin ier-début iie s. ap. J.-C.).

Fig. 11. Céramiques issues des structures romaines de la première séquence (fin ier-début iie s. ap. J.-C.).

1-2. Sigillée ; 3-5. céramique gallo-belge ; 6. céramique à revêtement argileux ; 7-9. commune claire ; 10-12. commune sombre ; 13. Amphore.

Dessin : J. Baudoux ; D.A.O. P. Girard.

IV.1.1.2. La céramique commune

  • Céramique commune en cuisson oxydante

47Les jattes et terrines présentent une lèvre en crochet (fig. 11, n° 7) ou une variante en gradin (n° 8). La lèvre en crochet se rapproche du type Gose 501/Hofheim 91a, daté du dernier quart du Ier siècle mais dont l’existence perdure jusque dans la première moitié du siècle suivant. Un pot à lèvre déversée, de type Hofheim 87a, est lui aussi fréquent au Ier et début du IIe siècle (n° 9).

  • Céramique commune en cuisson réductrice

48Deux jattes, l’une au méplat horizontal mouluré (fig. 11, n° 10) et la seconde à la lèvre inclinée en gradins (n° 11), de facture relativement grossière et à la pâte noirâtre non lustrée, sont assez caractéristiques des productions de Horbourg (Haut-Rhin). Ces jattes se rapprochent d’exemplaires d’Augst datés de la fin du Ier - début du IIe siècle (ETTLINGER, 1949, fig. 13, n° 19).

IV.1.1.3. Les amphores

49Les amphores sont rares avec seulement deux types représentés : l’amphore à huile de Bétique Dressel 20 et l’amphore à vin de Narbonnaise Gauloise 4. Soixante-quatorze tessons de Dressel 20 à pâte sableuse, caractéristiques du Ier siècle, ont été comptabilisés dans une quinzaine de structures. L’amphore Gauloise 4 n’est représentée que par une anse et une lèvre à gros bourrelet dans une des fosses et le fossé nord de la voie (fig. 11, n° 13). La morphologie de la lèvre indique une datation précoce, dans le dernier tiers du Ier siècle.

IV.1.1.4. Datation

50Le répertoire des sigillées appartient à la fourchette chronologique de la fin du Ier - début du IIe siècle. Le bol Drag. 29 est absent. Les coupes Drag. 35/36 et les bols Drag. 37, très présents sur le site, apparaissent dans la région respectivement vers 60 et 70 ap. J.-C. Les importations proviennent en majorité de La Graufesenque mais aussi de l’atelier local de Heiligenberg. La coupe en terra nigra Schnitzler 42c et le gobelet Gose 190 (à partir de 80) indiquent une fourchette chronologique identique. Les céramiques engobées rouges ne sont pas présentes sur le site, ni les gobelets d’époque antonine. Les amphores sont nettement du dernier tiers du Ier siècle. Enfin des céramiques communes attribuées à l’atelier d’Horbourg, situé à une vingtaine de kilomètres au nord d’Ungersheim, s’inscrivent relativement bien dans cette même fourchette chronologique. Ch. Bonnet date en effet cet atelier des années 120-160 ap. J.-C. (JEHL, BONNET, 1969). Il est néanmoins possible que son activité ait démarré légèrement plus tôt, comme le montrent M. Fuchs et M. Vinolo à Horbourg même : le mobilier associé issu de la cave Mérius indique en effet une fourchette chronologique située entre 90 et 120 ap. J.-C. (FUCHS, VINOLO, 2001).

IV.1.2. Séquence 2

51Le mobilier provient exclusivement de céramiques répandues dans un paléochenal situé au sud de la voie à l’emplacement des cultures, sondé à la mini-pelle (ST 2612, quarante-deux fragments). Il consiste en deux formes en sigillée, une assiette de type Drag. 18/31 de morphologie tardive et un mortier Ludowici SMb de Rheinzabern de la deuxième moitié du IIe siècle. S’y ajoutent un gobelet produit en Alsace à partir du début du IIe siècle, des fragments de cruches du IIe siècle et une amphore à huile de Bétique Dressel 20 dont la pâte bien cuite et homogène est datable de la deuxième moitié du IIe siècle.

IV.1.3. Synthèse sur la céramique

52La fourchette chronologique dans laquelle s’inscrit l’occupation est relativement étroite : elle concerne le dernier tiers du Ier siècle et le début du IIe siècle (séquence 1). La voie fonctionne à partir du début de cette période. Elle est contemporaine des fosses et des puits adjacents : les derniers fragments rejetés dans les puits datent au plus tard du tout début du IIe siècle. Quelques fragments épars dans les colluvions (ST 2434, 2575) et une fosse (ST 2485) indiquent une utilisation des structures jusque vers la fin du premier tiers du IIe siècle. Une fréquentation du secteur jusque dans la seconde moitié du IIe siècle ou sa réoccupation à cette époque est attestée par la céramique mélangée au comblement supérieur du paléochenal traversant la zone culturale dans sa partie orientale (séquence 2).

53La vaisselle est celle d’un établissement rural classique de cette période pour la région, utilisant la sigillée de la grande officine de La Graufesenque dans le sud de la Gaule, qui inonde l’Alsace au Ier siècle, et du site de production alsacien de Heiligenberg. Certains fragments semblent provenir de l’atelier voisin de Horbourg, mais une étude des productions de ce site reste à faire. Et les amphores montrent que le vin de Narbonnaise et l’huile d’Espagne sont de consommation courante dans la région à cette époque.

IV.2. Les petits objets (B.F.)

  • 7 Ces domaines sont tirés d’un travail collectif ayant eu pour objet de proposer un cadre destiné à (...)

54Le site a livré onze objets en alliage cuivreux, en plomb ou en terre cuite dont la plupart ont été recueillis en dehors des fosses, au moyen d’un détecteur de métaux, dans les limons de débordement du secteur mis en culture. Deux objets seulement proviennent du comblement des structures, l’un d’un puits (ST 2490) et l’autre d’une fosse de plantation (ST 2485). Malgré un corpus très restreint, au moins quatre domaines d’activités sont représentés par ce mobilier7. On trouve ainsi deux objets rattachables à la production, un aux échanges et deux à la sphère domestique. Trois sont des objets personnels. Enfin, trois autres sont inclassables, dont un à destination possiblement militaire.

IV.2.1. Les objets liés à la production

55Une ou peut-être deux fusaïoles illustrent le domaine de la production qui intègre les indices d’exploitation et de transformation des ressources, tant domestiques qu’à une échelle plus large. La première, en terre cuite, a été découverte dans le comblement d’un des puits (2490-14, fig. 12, n° 1). Elle se présente sous la forme d’un disque percé de 50 mm de diamètre et de 16,7 mm d’épaisseur. Elle porte des traces d’utilisation. La seconde, en plomb, est plus petite puisqu’elle mesure 22 mm de diamètre et 8,5 mm de hauteur (2491-1, fig. 12, n° 2). Son identification est moins certaine car elle pourrait être confondue avec un poids de balance. Elle provient des alluvions.

Fig. 12. Petit mobilier.

Fig. 12. Petit mobilier.

1. Terre cuite ; 2-3 et 9. plomb ; 4-6 et 10-11. alliage cuivreux ; 7-8. alliage cuivreux et émail.

Dessins : J. Gelot.

56La première, qui atteste une activité de filage, trouve des parallèles convaincants entre autres à Avenches (Suisse ; DUVAUCHELLE, 2010, p. 137, fig. 30, nos 56 et 68). Elle pèse 48,5 g et l’exemplaire en plomb 17 g, ce qui les place tous deux dans la fourchette des poids des fusaïoles recensées à Avenches, raison pour laquelle nous proposons d’identifier la pièce en plomb aussi comme tel (ibid., p. 125, fig. 17).

57Il est vraisemblable que la fibre filée était différente selon les dimensions et surtout selon le poids des exemplaires : ainsi, une fusaïole plus légère servait à fabriquer des fils fins. Les activités de filage sont ordinaires, généralement domestiques, et les fusaïoles en sont les indices les plus courants. Si ce type d’objets est le plus souvent découvert en contexte domestique, il est néanmoins difficile de déterminer s’ils attestent une économie autarcique ou ouverte.

IV.2.2. Le domaine des échanges

58Un deuxième disque en plomb, d’un diamètre de 33 mm pour une hauteur de 9,3 mm, percé d’un petit trou central et pesant 56 g, peut quant à lui être identifié comme un poids de balance à plateau et bras égaux (2484-1, fig. 12, n° 3). Bien que très légèrement supérieur au poids de deux onces romaines (1 uncia pèse 27,25 g), sa masse semble correspondre à la métrologie romaine. Si cette interprétation est juste, cet objet peut illustrer des activités de pesage pour des objets légers sur une balance fixe à deux plateaux. Les objets plus lourds sont pesés avec des staterae, ces balances à fléau gradué et curseur mobile ne nécessitant pas l’utilisation de poids, dites balances romaines de nos jours, qui suspendent les objets à peser.

IV.2.3. Les objets domestiques

59À la sphère domestique peuvent être rattachés deux éléments en alliage cuivreux appartenant à des meubles de petites dimensions de type coffre ou coffret. Il s’agit d’un clou décoratif découvert au diagnostic (fig. 12, n° 4) et d’une extrémité de poignée provenant des dépôts alluvionnaires (2546-1 ; n° 5).

60Le clou ou cheville décorative, en forme de balustre à base évasée (hauteur : 24 mm) et sommet bouleté, appartient à un type très commun qui orne souvent, tout en les maintenant, les plaques d’entrée de serrure de certains coffrets comme celui de Nyon en Suisse (DESCHLER-ERB, 1996, p. 41, fig. 38). L’utilisation de ce type semble circonscrite aux Ier et IIe siècles de notre ère. L’extrémité de poignée, initialement interprétée comme un curseur de balance de type statera, présente la forme et les dimensions d’un gland (hauteur : 22 mm, diamètre max. du corps : 16 mm). L’objet est creux et traversé d’un trou circulaire dans lequel était enchâssée la tige formant la poignée. Les poignées de coffre ou coffret de cette forme sont relativement communes et, si elles sont parfois moulées d’un seul tenant, il n’est pas rare d’en rencontrer avec des glands rapportés, comme sur des exemplaires découverts à Augst (Suisse ; RIHA, 2001, pl. 4, nos 79-80).

61La découverte de garnitures de coffre ou coffret est plutôt surprenante dans ce contexte d’activités maraîchères et on privilégiera l’hypothèse d’un ou de coffrets de petites dimensions, ayant donc pu être amené avec soi.

IV.2.4. Les objets personnels

62Il s’agit uniquement de fibules, au nombre de trois, vraisemblablement perdues sur le site, aucune n’étant complète ou n’ayant conservé son ardillon. La première provient du comblement d’une des probables fosses de plantation situées dans les parcelles culturales (2485-17, fig. 12, n° 6). Il s’agit d’une fibule en alliage cuivreux à charnière formée par le repli sur la tête de l’arc, initialement bombé. Malgré les lacunes de l’objet, il est possible de l’attribuer au type Riha 5.2 dit d’Aucissa et en particulier à la variante 5.2.4 (MAZUR, 1998, p. 34, pl. 10 n° 126). Originaire d’Italie, ce type est très commun à partir du tournant de l’ère, période durant laquelle il est diffusé par l’armée. Le type 5.2.4 à arc bombé semble néanmoins constituer une variante locale, plus tardive, utilisée dans le courant de la seconde moitié du Ier siècle (RIHA, 1994, p. 101-103 ; MAZUR, 1998, p. 34).

63La deuxième fibule a été retrouvée dans le fossé nord-est de la voie (2120-10, fig. 12, n° 7). Également en alliage cuivreux, elle possède une charnière formée par le repli sur la tête et un arc plat de forme rhomboïdale orné d’un décor émaillé à quatre champs triangulaires, disposés autour d’un cinquième carré dont l’émail est perdu. Le pied n’est pas conservé. Cette fibule à arc à décor cloisonné émaillé appartient au type 5.17.5 défini par E. Riha (1979, p. 155), qui a connu une grande popularité dans tout l’Empire romain à partir du milieu du Ier siècle de notre ère et surtout durant la première moitié du IIe siècle.

64La dernière fibule, en alliage cuivreux, est une fibule plate à charnière à deux montants, placée sur l’arrière (2486-1, fig. 12, n° 8). Elle provient des limons de débordement. Son arc est composé d’un disque percé d’un trou central flanqué de deux excroissances symétriques triangulaires dont les bords présentent la forme de lunules. Le disque est orné d’un décor d’émail champlevé bleu foncé, orange, blanc et d’une autre couleur indéterminée. Les excroissances sont quant à elles ornées aux extrémités d’un petit rond émaillé orange. En son centre, le disque était surmonté d’un motif figuré zoomorphe mobile en ronde-bosse, aujourd’hui disparu. Ces caractéristiques permettent de classer cette fibule au sein du très standardisé type Riha 7.15 (1979, pl. 62, n° 1626). Il est largement diffusé et commun dans une grande partie de l’Empire romain, en particulier durant la seconde moitié du IIe siècle de notre ère (MAZUR, 1998, p. 57).

IV.2.5. Les objets inclassables

65L’objet bitronconique plein, en plomb, long de 30,5 mm pour un diamètre maximal de 20 mm et un poids de 46 g, a été interprété initialement comme un possible poids de balance (2488-1 ; fig. 12, n° 9). Il a été ramassé dans les limons de débordement. L’hypothèse d’un lest de filet est exclue en raison de l’absence de percement ou de pliage. Sa morphologie en forme d’olive martelée, le matériau qui le compose et ses dimensions tendent aujourd’hui à l’identifier comme une éventuelle balle de fronde employée soit par l’armée romaine, soit comme projectile de chasse. L’objet présente des faces martelées caractéristiques des balles de fronde employées par l’armée romaine entre la fin de période républicaine jusqu’aux alentours du changement d’ère et réalisées rapidement, à proximité du champ de bataille. On trouve des parallèles convaincants à Bibracte (Saône-et-Loire) ou à Valence (Drome) sur les camps républicains (CONJARD et alii, 2013, p. 212 ; DUBUIS, 2021, p. 434). La découverte de cette pièce à Ungersheim dans un secteur où l’armée a beaucoup circulé dès la fin de la République peut tout à fait se rapporter à un passage de troupes mais on ne peut exclure aussi que cette balle de fronde soit liée à la chasse.

66Un fragment d’applique en alliage cuivreux (2543-1 ; fig. 12, n° 10) partiellement conservé sur 17 mm de longueur, présentant à la base un petit ressaut décoratif et vraisemblablement percé d’un trou de fixation, rappelle, sans certitude, l’extrémité distale de certaines appliques ou pendeloques de harnachement de cheval. L’objet a été découvert légèrement en retrait de la zone culturale, à une trentaine de mètres au sud-est de celle-ci.

67Enfin, un anneau ouvert en alliage cuivreux auquel était encore attaché le premier maillon d’une chaînette pourrait appartenir à un objet complexe tel qu’une lampe ou balance (fig. 12, n° 11).

IV.2.4. Synthèse sur le petit mobilier

68S’inscrivant dans une fourchette comprise entre la fin de la République et le IIe siècle de notre ère, la datation des objets d’instrumentum d’Ungersheim ne contrevient pas à celle des céramiques associées ou provenant des autres structures du site, même si elle couvre un champ plus large. Il s’agit d’objets relativement communs, connus dans la région ou dans les territoires limitrophes. Enfin, malgré un corpus numériquement faible, ces artéfacts offrent une image singulière qui n’est pas celle que l’on observe habituellement en contexte d’habitat rural ou en contexte stricte de circulation (voie). En effet, l’absence d’outils, de quincaillerie en fer et d’éléments liés au transport (pièces de charronnerie, de harnachement ou ferrures animales) est surprenante, tout comme l’est la présence de fusaïoles ou d’éléments de coffret. L’image qui se dégage – comme pour les quelques monnaies (cf. infra) – est celle d’un lieu certes fréquenté mais non habité. On peut envisager aussi que certains des objets, de petites dimensions ou fragmentaires, sont parvenus sur les parcelles par le biais d’un épandage de fumure qui les contenait. Les tas de fumier auprès des habitations servaient en effet parfois de dépotoir.

IV.3. Les monnaies

  • 8 Cette monnaie a été découverte au décapage et n’est pas localisée précisément.
  • 9 Les monnaies ont été identifiées par Christophe Grazi, Inrap.

69Quatre monnaies romaines ont été recueillies sur le site. Elles ont été découvertes grâce au détecteur de métaux dans les niveaux de limon, sur les espaces occupés par les cultures ou dans leur environnement immédiat (fig. 5). Trois sont des frappes de la fin du Ier siècle et du IIe siècle : il s’agit d’un as de Domitien (81-96) (n° 2429-1), d’un sesterce d’Antonin le Pieux (138-161) (n° 2402-1) et un autre de Commode (175-192) (n° 2448-1)8, ces deux dernières monnaies venant confirmer la réoccupation du secteur au cours de la seconde moitié du IIe siècle, comme supposé par l’étude de la céramique (supra). La dernière pièce, une monnaie d’argent, n’a pas pu être identifiée précisément (n° 2545-1)9.

IV.4. Les autres vestiges

70Les autres vestiges se rapportant à la période romaine se réduisent à un fragment de meule tournante (ST 2609) et des fragments de tuiles. Aucun ossement de faune n’a été retrouvé, à l’exclusion de deux os brûlés et d’une dent. Comme aucun os non brûlé n’a été recueilli également sur les structures funéraires et domestiques antérieures, il paraît probable qu’ils ont été dissous sous l’effet de l’acidité du sol.

71Les fragments de tuiles et de briques sont issus pour l’essentiel du comblement des fossés bordiers de la voie et avaient fait partie sans doute à l’origine des matériaux utilisés pour l’aménagement de la chaussée. Les autres fragments ont été retrouvés pour l’essentiel dans le comblement des puits où ils devaient être intégrés à la construction. Seuls quelques-uns ont été ramassés dans les fosses et les trous de poteau. Aucune des tuiles n’était complète, ce qui laisse supposer un matériau récupéré sur un établissement voisin. Leur état fragmentaire, leur nombre limité et leur répartition centrée autour de la voie écartent l’idée d’une utilisation initiale des tuiles comme couverture à d’éventuels bâtiments érigés dans les parcelles.

V. Conclusion

72L’occupation romaine du site d’Ungersheim Lehlematten est relativement diffuse. Mise à part la voie, dont les deux fossés ont marqué de leur empreinte pendant quelque temps le paysage, les structures archéologiques sont peu nombreuses et se limitent principalement à des fossés parcellaires et à des aménagements en creux dispersés.

73L’absence apparente de bâtiments et le petit nombre de rejets domestiques, bien inférieur à celui généralement relevé sur un habitat gallo-romain, laissent penser qu’il s’agit d’un espace mis en culture, exploité par la population d’un établissement voisin, non reconnu encore. La villa ou agglomération du Thurwald, l’habitat le plus proche connu dans son environnement, paraît trop éloignée pour envisager que ces espaces aient pu être exploitées par la population de cet établissement. Compte tenu de la faible extension des plantations limitées à une bande de 30 m de largeur le long de la voie, de la petite taille des parcelles et de la présence de puits dans la plupart d’entre elles, il devait s’agir vraisemblablement de potagers ou de maraîchage ; les champs de culture eux-mêmes occupent des surfaces généralement plus importantes et n’obligent pas à un arrosage régulier nécessitant l’aménagement de puits. La nature exacte des produits cultivés n’a pas pu être établie, faute d’une conservation des restes végétaux et des pollens dans ce milieu sableux où la nappe phréatique a connu de nombreuses fluctuations. Les deux grandes fosses supposées de plantation, rectangulaires, aménagées sur une limite parcellaire (ST 2484, 2485), pourraient également indiquer la présence de quelques arbres fruitiers. Ces installations devaient se poursuivre vers le sud-est jusqu’au lieu-dit Lehle (fig. 2, site n° 3) où les sondages ont révélé, aux abords sud-ouest de la voie, un autre puits et divers creusements, associés à du mobilier antique (BOËS, LATRON, 2004). En raison de l’exiguïté des tranchées, ces installations n’ont pas pu être interprétées mais, au regard des découvertes réalisées à Lehlematten, il paraît probable qu’elles constituaient une prolongation des cultures qui pouvaient ainsi s’étendre dans cette direction encore sur au moins 150 m.

74La relation avec le four de tuilier mis au jour à environ 1,5 km au nord-ouest au lieu-dit Kaelbisacker (fig. 2, site n° 5), toujours du même côté de la voie, n’a pas pu être établie. Seule une bande étroite a été ouverte sur ce dernier site, ce qui n’a pas permis d’observer plus largement les abords de la chaussée et de voir si les jardins potagers se prolongeaient de ce côté. Le four, quant à lui, semble avoir été utilisé sur un laps de temps relativement court, sur la période comprise entre le début et le milieu du Ier siècle après J.-C. (CICUTTA, 2008), à une date ainsi un peu antérieure aux activités de culture mises en évidence à Lehlematten. Son installation également au sud-ouest de la voie tend à indiquer qu’il s’inscrivait probablement dans la même aire d’activité qui s’étirait ainsi sur une bande de quelques dizaines de mètres de largeur et sur une distance d’au moins 2 km sur le seul côté sud-ouest de la voie, hors des habitations. L’usage de la tuilerie a sans doute été ponctuel – peut-être pour l’édification d’un établissement rural ou villa : ce four n’a connu aucune réfection (CICUTTA, 2008, p. 68). L’aire supposée maraîchère a quant à elle été entretenue sur une plus longue durée, sur quelques décennies au moins de la fin du Ier au début du IIe siècle. L’installation de ces deux activités le long de la voie établit avec la route un lien manifeste dont la nature nous échappe encore. Doit-on envisager que leurs productions devaient alimenter plusieurs domaines et pouvoir être ainsi transférées facilement vers l’un ou l’autre site ? Ou était-ce un problème de place ou encore de sols ou de matière première (pour le four) ? La question est posée.

75Si, en Alsace, ces possibles cultures maraîchères ont été pour la première fois mises en évidence pour l’époque romaine, d’autres découvertes réalisées dans le nord de la France avaient permis déjà de montrer l’existence de ces productions aux abords des habitats romains. C’est le cas à Jouars-Ponchartrain dans les Yvelines, où de petits fossés discontinus, des fosses de plantation et des puits disséminés dans l’espace ont été mis au jour aux abords du vicus, laissant envisager dans cette zone la présence de jardins séparés par des haies. L’hypothèse a été confortée par l’étude des macrorestes, qui a révélé la culture de légumes et d’un grand nombre de plantes adventices, caractérisant des cultures de nature sarclée (ZWIERZINSKI, 1999 ; MATTERNE, DIETRICH, 1999). Des restes de taille ont par ailleurs conduit à confirmer la présence de haies et d’arbres fruitiers (Collectif, 1999 ; BLIN, 2000). Des observations tout à fait similaires ont été faites sur un autre habitat, à l’organisation cependant plus lâche, celui de Longueil-Sainte-Marie dans l’Oise, non loin de Beauvais, qui aurait pu être le débouché de ces productions. Un réseau de fossés parcellaires très dense a conduit à y déceler la présence de petites parcelles de 15 à 75 ares aux abords immédiats des maisons, ici présentes. Comme à Jouars, les restes végétaux ont attesté la production de légumes et de plantes aromatiques (LEPETZ, MARÉCHAL 1996 ; MARINVAL et alii, 2002). L’exemple de Reims, déjà évoqué plus haut, peut être cité aussi, où les vergers mis au jour jusqu’à 10 km de la ville ont été implantés non loin des axes routiers majeurs, rappelant ainsi la situation d’Ungersheim. Leur organisation très structurée et leur situation à l’écart des habitats les ont fait interpréter comme des plantations destinées vraisemblablement à l’approvisionnement du centre urbain (KOEHLER, 2003). Enfin, même si dans ce cas, la présence de jardins n’a pas pu être entièrement établie, l’exemple de Marlenheim La Peupleraie (Bas-Rhin) en Alsace doit être également mentionné. Un puits romain isolé, situé à quelque distance d’une villa romaine, y a été découvert. Les restes végétaux conservé au fond de la structure comportaient entre autres des résidus de plantes potagères comprenant le fenouil bâtard, l’amarante livide et le chénopode blanc. L’origine sauvage ou domestique de ces espèces n’a pas été déterminée, mais l’hypothèse de potagers est apparue vraisemblable en raison de la situation du puits à l’écart de l’habitat, hors de toute construction (CHÂTELET, 2002 ; MATTERNE, 2002).

  • 10 Un tronçon d’une voie majeure, celle de Strasbourg à Brumath, a été fouillé récemment et publié (H (...)

76La voie relativement large et bordée de fossés, revêtue d’une simple charge de graviers et de fragments de tuiles, correspondait à un axe transversal manifestement important, reliant les grandes voies nord-sud traversant la plaine alsacienne. Encore peu fouillés, ces axes de circulation restent mal connus en Alsace et peu sont datés (HERRGOTT, 2004, p. 28)10. À Ungersheim, l’aménagement de la voie remonte vraisemblablement au début du Ier siècle après J.-C., puisque la tuilerie s’oriente par rapport à elle. Dans le secteur de Lehlematten, le mobilier assure une utilisation contemporaine aux cultures, dans la seconde moitié, voire au dernier tiers du Ier siècle. Régulièrement entretenue, elle a subi ensuite divers réaménagements ayant conduit notamment au recreusement partiel des fossés et à des rehaussements successifs de la chaussée.

77Le secteur fouillé à Lehlematten a été fréquenté pendant au moins un siècle : la majeure partie des structures situées aux abords de la voie ont été comblées entre le dernier tiers du Ier siècle et le début du IIe siècle. Seul un petit épandage de mobilier céramique dans les alluvions s’est révélé un peu plus récent et date de la seconde moitié du IIe siècle. Deux monnaies confirment également la fréquentation du secteur à cette époque. Compte tenu du petit nombre de vestiges, cette présence ne devait être cependant que ponctuelle. L’abandon de la voie, en revanche, n’a pas pu être daté précisément. Son fossé au sud a été comblé au plus tard au début du IIe siècle ; trois rehaussements de la chaussée assurent encore une utilisation de la voie après cette date. S’il apparaît ainsi probable qu’elle ait fonctionné encore jusqu’à la fin du IIe siècle, en revanche, rien n’établit qu’elle ait été utilisée jusqu’à l’abandon de l’établissement voisin du Thurwald, au IVe siècle.

Haut de page

Bibliographie

BARAT Y., 1999, « La villa romaine de Richebourg (Yvelines) », Revue archéologique du Centre de la France, 38, p. 117-167.

BARBERAN S., FABRE L., MAUFRAS O., PETITOT H., POMARÈDES H., SAUVAGE L., THERNOT R., 2002, « Les villae de La Ramière à Roquemaure, Gard », in : Archéologie du TGV Méditerranée : fiches de synthèse. T. 3 : Antiquité, Moyen Âge, époque moderne, Lattes, ARALO, p. 889-919 (Monographies d’Archéologie méditerranéenne).

BLIN O. dir., 2000, Le site d’agglomération antique de ‘La Ferme d’Ithe’ (Diodurum) à Jouars-Pontchartrain (Yvelines), Document final de synthèse de sauvetage urgent, Paris, SRA Île-de-France, Afan, 12 vol.

B.M.S.C.H.A. : Bull. de la Société pour la Conservation des Monuments historiques d’Alsace.

BOËS É., LATRON F., 2004, Ungersheim Lehle (Haut-Rhin) 10.3.2003 – 28.03.03, Rapport de diagnostic d’archéologie préventive, Strasbourg, Inrap Grand-Est Sud, 16 p.

BONNET C., 1977, « Compléments à la carte archéologique du Haut-Rhin. I : Les nouveaux sites gallo-romains », Cahiers alsaciens d’Archéologie, d’Art et d’Histoire, XX, p. 5-19.

CHÂTELET M. dir., 2002, Marlenheim ‘La Peupleraie 2’ : sur les marges d’une villa romaine et d’un habitat du haut Moyen Âge (6e-12e siècle) (67 03 33 282 0039/0040) (Bas-Rhin), Document final de synthèse de sauvetage urgent, Strasbourg, SRA d’Alsace, Afan, 2 vol.

CHÂTELET M. dir., 2006, Ungersheim ‘Lehlematten’ (Haut-Rhin) : un habitat néolithique, une nécropole protohistorique et des potagers le long d’un chemin romain (7/06/2004 - 31/08/2004). N° d’opération : 4465, Rapport final d’opération archéologique, Strasbourg, Inrap Grand-Est Sud, 2 vol.

CICUTTA H., 2008, « L’occupation gallo-romaine (secteur 2) », in : LEFRANC P., BOËS É., CICUTTA H., Ungersheim, desserte routière du Bioscope et de l’écomusée (Haut-Rhin) : nécropole néolithique, occupation de l’âge du Bronze et tuilerie gallo-romaine, Document final de synthèse de fouille d’archéologie préventive, Strasbourg, Inrap Grand-Est Sud, p. 57-70.

Collectif, 1999, « Impact anthropique et gestion du milieu durant l’Antiquité : l’approche paléo-environnementale pluridisciplinaire du site de ‘La Ferme d’Ithe’, Les Nouvelles de l’Archéologie, 98, 4e trim., p. 45-56.

CONJARD RÉTHORÉ P., FERBER E., 2013, « Les camps romains du plateau de Lautagne à Valence (26) : état de la question », Revue archéologique de Narbonnaise, 46, p. 201-220.

DESCHLER-ERB E., 1996, « Die Kleinfunde aus Edelmetall, Bronze und Blei », in : DESCHLER-ERB E. éd., Die Funde aus Metall : ein Schrank mit Lararium des 3. Jahrhunderts, Zurich/Egg, Dir. der öffentlichen Bauten des Kanton Zürich, p. 13-139 (Beiträge zum römischen Oberwinterthur, 27 - Vitudurum, 7).

DRAGENDORFF H., 1995, « Terra sigillata », Bonner Jahrbücher, Bd 96-97, p. 18-155.

DRESSEL E., 1879, « Di un grande deposito di anfore rinvenuto nel nuovo quartiere del castro pretorio », Bull. della Commissione archeologica comunale di Roma, 7, p. 143-195.

DUBUIS B., 2021, « Le plomb à Bibracte », in : LEGER C., RAUX S. éd., Des objets et des hommes : études offertes à Michel Feugère, Dremil-Lafage, éd. Mergoil, p. 425-442 (Monographies Instrumentum, 71).

DUFOUR J.-Y., 1997, « Essai d’archéologie horticole en banlieue parisienne : Saint-Denis et Rueil-Malmaison (XIVe-XIXe siècle) », Histoire Sociétés rurales, 7, p. 11-40.

DUVAL P.-M., 1959, « Les voies gallo-romaines », in : Collectif éd., Les routes de France depuis les origines jusqu’à nos jours, Colloque de l’Institut d’études françaises de Sarrebruck, 17-18 mai 1958, Paris, Ass. pour la diffusion de la Pensée française, p. 9-24 (Colloques, Cahiers de civilisation).

DUVAUCHELLE A., 2010, « La fusaïole, un outil si simple mais si complexe : l’exemple d’Avenches », Bull. Pro Aventico, 52, p. 109-141.

ETTLINGER E., 1949, Die Keramik der Augster Thermen (insula XVII) : Ausgrabung 1937-38, Bâle, Birkhäuser, 112 p. (Monographien zur Ur- und Frühgeschichte der Schweiz, 6).

FORT B., TISSERAND N. dir., 2013, « Le mobilier métallique et l’instrumentum : approches méthodologiques », Les Nouvelles de l’archéologie, 131, p. 3-62.

FUCHS M., VINOLO M., 2001, Horbourg-Wihr, propriété Ittel-Koby, 6 rue des Écoles, Rapport de sondage, Strasbourg, SRA d’Alsace, 20 p., 15 pl., 23 photos.

GOSE E., 1950, Gefäßtypen der römischen Keramik im Rheinland, Kevelaer, Butzon und Bercker, 47 p., 61 pl. (Beihefte der Bonner Jahrbücher, 1).

HABASQUE-SUDOUR A., 2022, « La fouille de Vendenheim (Bas-Rhin), aux lieux-dits Betsch et Aue : apports à la connaissance de la voie romaine entre Brumath et Strasbourg », R.A.E, t. 71-2022, p. 229-263.

HATT J.-J., 1978, L’Alsace celtique et romaine, Wettolsheim, Mars et Mercure, 166 p.

HERRGOTT M., 2004, L’occupation humaine du territoire rauraque - partie française - à l’époque romaine, Mémoire de maîtrise, Univ. Marc Bloch de Strasbourg, 2 vol.

JEHL M., BONNET C., 1969, « Horbourg, un centre artisanal des IIe et IIIe siècles », Cahiers alsaciens d’Archéologie, d’Art et d’Histoire, XIII, p. 59-71.

KOEHLER A., 2003, « Vergers antiques dans les campagnes périurbaines : le cas de Reims », in : LEPETZ S., MATTERNE V. dir., Cultivateurs, éleveurs et artisans dans les campagnes de la Gaule romaine : matières premières et produits transformés, Actes du VIe colloque AGER, Compiègne, 5-7 juin 2002, Amiens, R.A.P., p. 37-45 (Revue archéologique de Picardie, 1-2/2003).

LEFRANC P., BOËS É., CICUTTA H., 2008, Ungersheim, Desserte routière du Bioscope et de l’écomusée (Haut-Rhin) : nécropole néolithique, occupation de l’âge du Bronze et tuilerie gallo-romaine, Document final de synthèse de fouille d’archéologie préventive, Strasbourg, Inrap Grand-Est Sud, 148 p.

LEPETZ S., MARÉCHAL D., 1996, « Organisation et fonction du village du Haut-Empire de Longueil-Sainte-Marie (Oise) et de son parcellaire », in : CHOUQUER G. éd., Les formes des paysages. 1. Étude sur les parcellaires, Paris, éd. Errance, p. 57-82.

LUDOWICI W., 1927, Stempel-Namen und Bilder römischer Töpfer, Legions-Ziegel-Stempel, Formen von Sigillata- und anderen Gefässen aus meinen Ausgrabungen in Rheinzabern 1901-1914, Jockgrim, Firma Carl K. a. A., 302 p. (Ludowici, Wilhelm : Ausgrabungen in Rheinzabern, 5).

MARINVAL P., MARÉCHAL D., LABADIE D., 2002, « Arbres fruitiers et cultures jardinées gallo-romains à Longueil-Sainte-Marie (Oise) », Gallia, 59, p. 253-271.

MATTERNE, 2002, « Étude des semences imbibées provenant d’un puits à eau gallo-romain du site de Marlenheim (Bas-Rhin) », in : CHÂTELET M. dir., Marlenheim ‘La Peupleraie 2’ : sur les marges d’une villa romaine et d’un habitat du haut Moyen Âge (6e-12e siècle) (67 03 33 282 0039/0040) (Bas-Rhin), Document final de synthèse de sauvetage urgent, Strasbourg, SRA d’Alsace, Afan, [n.p.].

MATTERNE V., DIETRICH A., 1999, Étude archéobotanique de latrines et de puits associés aux occupations du Ie au IVe siècle, à Jouars-Pontchartrain, site de ‘La Ferme d’Ithe’ (Yvelines), Rapport de synthèse, Paris, S.R.A. Île-de-France, Afan, [n.p.].

MAZUR A., 1998, « Les fibules romaines d’Avenches I », Pro Aventico, 40, p. 5-104.

OSWALD F., 1964, Index of figure types on terra sigillata, ‘Samian Ware’, Londres, Gregg Press, 154-XCI p.

PÉTRY F., 1976, « Ungersheim », Gallia, 34, fasc. 2, p. 387.

PÉTRY F., 1982, « Ensisheim », Gallia, 40, fasc. 2, p. 349-350.

RIHA E., 1979, Die römischen Fibeln aus Augst und Kaiseraugst, Augst, Römermuseum, 222 p. (Forschungen in Augst, 3).

RIHA E., 1994, Die römischen Fibeln aus Augst und Kaiseraugst : die Neufunde seit 1975 , Augst, Römermuseum, 266 p. (Forschungen in Augst, 18). [en ligne]

RIHA E., 2001, Kästchen, Truhen, Tische : Möbelteile aus Augusta Raurica, Augst, Römerstadt Augusta Raurica, 141-49 p. de pl. (Forschungen in Augst, 31).

RITTERLING E. von, 1913, Das frührömische Lager bei Hofheim im Taunus, Wiesbaden, Bechtold, 2 vol. (Annalen des Vereins für Nassauische Altertumskunde und Geschichtsforschung, 40).

SCHNITZLER B., 1978, La céramique gallo-belge dans l’est de la France, Thèse de doctorat, Univ. Marc Bloch de Strasbourg, 274 p.

WERNER L.-G., 1918, « Römischer Fund aus der Umgebung von Merxheim », Anzeiger für elsässische Altertumskunde, p. 902-903.

WERNER L.-G., 1930, « La voie romaine d’Epomanduodurum au Mons Brisiacus par le vicus de Wittelsheim », Bull. du Musée historique de Mulhouse, 50, p. 11-26.

WOLF J.-J., VIROULET B., 2005, Ungersheim - 68 3 24 343 - (Alsace - Haut-Rhin) : desserte routière du Bioscope et de l’Écomusée. Lieux-dits ‘Entenbad – Kaelbisacker’, Rapport de diagnostic, Colmar, Conseil général du Haut-Rhin, 27 p., fig.

ZEHNER M., 1998, Le Haut-Rhin, Paris, Acad. des Inscriptions et Belles-Lettres, 375 p. (Carte archéologique de la Gaule, 68).

ZEHNER M., BAKAJ B., WOLF J.-J., 2002, Ungersheim : Bioscope, tranche 1, Document final de synthèse de fouilles d’évaluation archéologique, Habsheim, Antea Archéologie, 62 p.

ZWIERZINSKI E., 1999, Apport de la carpologie à la caractérisation des espaces : l’exemple des remplissages de deux puits de l’agglomération gallo-romaine de Jouars-Ponchartrain (78 Yvelines), Mémoire de DEA, Univ. Paris 10 Nanterre, 78 p.

Haut de page

Notes

1 Publication réalisée par H. Cicutta et F. Charlier qui reprendra et développera l’étude effectuée dans le cadre du rapport de fouille (CICUTTA, 2008).

2 ZEHNER et alii, 2002 ; BOËS, LATRON, 2004 ; CHÂTELET dir., 2006 ; WOLF, VIROULET, 2005 ; LEFRANC et alii, 2008.

3 Nous avons repris le tracé tel que restitué par J.-J. Wolf à partir des observations faites en prospection aérienne et des tronçons dégagés en diagnostic et en fouille sur les lieux-dits Lehle, Lehlematten et Kaelbisacker (WOLF, VIROULET, 2005, fig. 9). Compte tenu des possibles erreurs de levée et de la transcription toujours délicate des tracées à une échelle plus grande, l’orientation restituée sur la carte peut différer de quelques degrés par rapport à la réalité, ce qui ne permet pas de s’assurer précisément du tracé de la voie au-delà des tronçons dégagés et de déterminer si, au sud-est, la voie passait auprès ou par l’établissement du Thurwald.

4 Pour la voie Mandeure-Breisach, voir WERNER, 1930. Pour le réseau des voies dans la région, voir le mémoire de maîtrise de Matthias Herrgott, qui a réalisé un important travail critique des données disponibles (HERRGOTT, 2004). Voir aussi le travail de thèse d’E. Freyssinet (2007). L’absence d’une carte récente des voies romaines sur fond de carte IGN n’a pas permis de recaler précisément le tronçon de voie découvert à Ungersheim dans le réseau supposé des voies antiques du secteur.

5 L’analyse de ces aménagements n’aurait pas pu être poussée aussi loin sans l’aide de Jean-Yves Dufour qui, grâce à ses connaissances des structures agraires médiévales et modernes, nous a guidées dans leur interprétation. Qu’il en soit vivement remercié. L’étude a pu être également approfondie grâce aux comparaisons que nous avons pu faire avec les sites de Jouars-Pontchartrain et de Longueil-Sainte-Marie. Nous tenons à témoigner toute notre reconnaissance à Olivier Blin et Denis Maréchal, responsables de ces fouilles, qui nous ont mis à disposition la documentation en grande partie inédite de ces deux sites et qui nous ont également orientées dans nos recherches bibliographiques.

6 Les vents dominants en Alsace ont une direction nord-sud.

7 Ces domaines sont tirés d’un travail collectif ayant eu pour objet de proposer un cadre destiné à normaliser la description et l’identification des petits objets (FORT, TISSERAND dir., 2013).

8 Cette monnaie a été découverte au décapage et n’est pas localisée précisément.

9 Les monnaies ont été identifiées par Christophe Grazi, Inrap.

10 Un tronçon d’une voie majeure, celle de Strasbourg à Brumath, a été fouillé récemment et publié (HABASQUE-SUDOUR, 2022). Mais il manque encore un travail de synthèse sur les voies romaines récemment fouillées en Alsace.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1. Localisation d’Ungersheim dans la plaine d’Alsace.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 286k
Titre Fig. 2. Implantation des sondages et des fouilles réalisés entre 2002 et 2007 au sud, sur la commune d’Ungersheim, avec le tracé de la voie antique et la localisation des découvertes d’époque romaine faites dans son environnement.
Crédits Conception : M. Châtelet, P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 649k
Titre Fig. 3. Plan général des structures romaines au lieu-dit Lehlematten.
Crédits Conception : M. Châtelet, P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 327k
Titre Fig. 4. Coupes de la voie.
Crédits Conception : C. Goy, P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 412k
Titre Fig. 5. Plan de la voie et des aménagements adjacents.
Crédits Conception : M. Châtelet, P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 664k
Titre Fig. 6. Plan et coupe d’un choix représentatif de fosses de plantation.
Crédits D.A.O. : P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 203k
Titre Fig. 7. Plan et coupes des fossés.
Crédits Conception : M. Châtelet, P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 329k
Titre Fig. 8. Plan et coupe des puits.
Crédits Conception : C. Goy, P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 270k
Titre Fig. 9. Plan et coupe des fosses.
Crédits Conception : C. Goy, P. Girard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 293k
Titre Fig. 10. Tableau récapitulatif des céramiques issues des structures romaines recensées par catégories et par structures.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 498k
Titre Fig. 11. Céramiques issues des structures romaines de la première séquence (fin ier-début iie s. ap. J.-C.).
Légende 1-2. Sigillée ; 3-5. céramique gallo-belge ; 6. céramique à revêtement argileux ; 7-9. commune claire ; 10-12. commune sombre ; 13. Amphore.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 240k
Titre Fig. 12. Petit mobilier.
Légende 1. Terre cuite ; 2-3 et 9. plomb ; 4-6 et 10-11. alliage cuivreux ; 7-8. alliage cuivreux et émail.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17300/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 278k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Madeleine Châtelet, Corinne Goy, Juliette Baudoux et Bérangère Fort, « Des installations maraichères le long de la voie romaine traversant la commune d’Ungersheim en Haute-Alsace »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 257-274.

Référence électronique

Madeleine Châtelet, Corinne Goy, Juliette Baudoux et Bérangère Fort, « Des installations maraichères le long de la voie romaine traversant la commune d’Ungersheim en Haute-Alsace »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/17300

Haut de page

Auteurs

Madeleine Châtelet

Inrap, UMR 7044 Archimède

Articles du même auteur

Corinne Goy

Inrap, UMR 6298 ARTEHIS

Juliette Baudoux

Inrap

Articles du même auteur

Bérangère Fort

Inrap, UMR 6298 ARTEHIS

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search