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L’inventaire inhabituel d’un lot de vaisselle et d’une stèle anthropomorphe

Découverts dans une fosse du Hallstatt D1 à Rochefort-sur-Nenon (Jura)
Angélique Marillier, Sylvie Deffressigne, Anthony Denaire, Véronique Bourson, David Cambou, Luc Jaccottey, Mickael Lagache, Fabrice Monna et Julian Wiethold
p. 73-94

Résumés

La fouille menée sur le site de Rochefort-sur-Nenon Chemin des Rupts (Jura) a permis de mettre au jour une trentaine de trous de poteau et de fosses dont dix ont pu être attribués au Hallstatt D1 d’après leur mobilier et les dates radiométriques réalisées sur charbons de bois. Parmi ces structures, la 1034 se singularise par le mobilier qui y a été découvert, notamment une stèle anthropomorphe en calcaire, associée à des milliers de fragments de céramique témoignant de la présence d’environ 180 vases. L’étude céramique permet de soutenir l’idée d’un repas collectif qui a impliqué de nombreux convives et les comparaisons suggère l’hypothèse d’une première phase de façonnage au Néolithique. L’enfouissement de la stèle anthropomorphe dans la fosse 1034, parmi la vaisselle de ce repas collectif, donne un caractère rituel, sinon cultuel à ce dernier. Cela rejoint des observations déjà faites sur d’autres sites contemporains.

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Texte intégral

I. Introduction

1Le site du premier âge du Fer de Rochefort-sur-Nenon Chemin des Rupts est localisé dans le fond d’un vallon sec de la basse vallée du Doubs, en aval de sa confluence avec la Vèze, à 5 km environ au nord-est de Dole (fig. 1). À cet endroit, la plaine alluviale du Doubs limite deux domaines distincts : au nord les bordures sédimentaires du massif de la Serre culminant à plus de 350 m et constituées en partie par le plateau jurassique qui nous occupe, et au sud le vaste bassin de la forêt de Chaux, où s’étalent des formations plio-quaternaires à une altitude moyenne de 250 m.

Fig. 1. Localisation du site de Rochefort-sur-Nenon.

Fig. 1. Localisation du site de Rochefort-sur-Nenon.

2Le site est implanté dans la plaine, aux terres fertiles et arrosées propices à la culture céréalière et à l’élevage. Plusieurs ressources en matière première y sont accessibles et la vallée du Doubs constitue un axe de circulation privilégié reliant la plaine de la Saône au massif du Jura.

3Depuis le XIXe siècle, plusieurs sites attribuables au Hallstatt sont signalés dans le secteur par des érudits locaux, mais il s’agit essentiellement d’habitats de hauteur et de tumuli, tous connus de manière très partielle (Musée de Beaux-Arts de Dole, 2009) (fig. 2). L’archéologie préventive apporte depuis plusieurs années des données (JACCOTTEY, 1997 ; JACCOTTEY, 2005), mais sans vraiment modifier notre vision de l’occupation du secteur au premier âge du Fer, toujours aussi mal documentée. La découverte de Rochefort-sur-Nenon n’apporte que peu d’éléments à ce maigre bilan et ce n’est pas tant le site en lui-même qui a un intérêt (emprise limitée, occupation partiellement appréhendée qui se résume à quelques structures annexes à des habitations non observées), mais le contenu tout à fait inhabituel de l’une des fosses, la st. 1034, qui illustre une pratique qui, elle, mérite d’être présentée dans ces lignes.

Fig. 2. Plan du site : structures Hallstatt.

Fig. 2. Plan du site : structures Hallstatt.

II. L’occupation hallstattienne de Rochefort-sur-Nenon

4Localisée dans un fond de vallon, la fouille du secteur 1 a révélé une trentaine de structures dont dix peuvent être attribuées au Hallstatt D1 : cinq trous de poteau et cinq fosses (fig. 3). L’érosion du site n’a pas permis la conservation de l’intégralité de leur creusement, et d’autres structures synchrones à cette occupation n’ont sans doute pas être pu observées.

Fig. 3. L’environnement hallstattien : sites connus.

Fig. 3. L’environnement hallstattien : sites connus.

5Parmi les fosses, l’une d’entre elles (st. 1034) interpelle non pas tant par ses caractéristiques propres, mais par le mobilier recueilli, qui semble relever de tout autre chose que des activités quotidiennes ou artisanales habituellement mises en évidence. En effet, la présence d’une stèle gravée anthropomorphe est exceptionnelle en contexte non funéraire au Hallstatt, et, quelle que soit sa datation, interroge sur la nature et la fonction de cet assemblage de mobilier. Ce dernier se compose, en plus de la stèle, de très nombreux restes de céramiques dont il convient de comprendre l’origine et leur implication dans une pratique collective impliquant un repas.

6Ainsi, après une rapide présentation du site et de son environnement archéologique, notre propos se focalisera sur la fosse susnommée, son mobilier plus particulièrement, avant d’avancer quelques éléments de discussion.

7Les structures attribuées au Hallstatt D1 sont des trous de poteau, dont quatre marquent l’emplacement d’un petit bâtiment (un grenier ?) et des fosses dont un silo (st. 1008) et une fosse (st. 1031), située à 15 m au nord de la st. 1034. Bien que modestes, ces structures témoignent de la présence d’un habitat sans doute plus vaste, mais qui n’a pu être appréhendé que marginalement du fait d’une fenêtre de fouille trop réduite. La partie explorée semble plutôt dévolue au stockage et il faut sans doute placer plus loin les habitations, probablement vers le sommet du vallon.

III. La fosse 1034

8La fosse 1034 présente un plan ovale (198 sur 170 cm) (fig. 4 et 5). Elle est conservée sur une profondeur de 36 cm (fig. 5).

Fig. 4. La fosse 1034 : vue avant fouille.

Fig. 4. La fosse 1034 : vue avant fouille.

A. Marillier.

Fig. 5. La fosse 1034 : vue en coupe.

Fig. 5. La fosse 1034 : vue en coupe.

A. Marillier.

9Lors de sa fouille, deux comblements principaux ont été observés (fig. 6). La nuance tient à la teinte plus foncée de la seconde couche, qui est par ailleurs plus charbonneuse. En définitive, ce niveau avec du mobilier est peu distinct du comblement supérieur. Il semble vraisemblable que cette nuance soit de nature taphonomique, crée par la circulation des eaux pluviales en ce fond de vallon, mais qu’elle n’existait pas à l’époque.

Fig. 6. Restitution et proposition de comblement de la fosse 1034.

Fig. 6. Restitution et proposition de comblement de la fosse 1034.

S. Defressigne et A. Marillier.

10Les US 1 et 2 ont révélé un mobilier céramique très abondant (au moins 177 vases ; BOURSON, 2022 p. 152). D’autres artefacts ont été découverts en moindre quantité : quelques esquilles de faune, de rares graines et trois fragments de macro-outillage lithique. La stèle anthropomorphe a été retrouvée dans la partie sud-est de la fosse, dans la couche 1.

11Malgré les nombreux charbons de bois découverts dans le comblement, aucune trace de feu n’a été observée à l’intérieur de cette fosse, sur les parois ou le fond. Le mobilier brûlé est réparti de manière homogène dans les deux US supérieures (US 1 et 2).

12Le mobilier, principalement la céramique, apparaît comme plus abondant sous et à proximité de la stèle qu’à côté. Les plus grands fragments de céramique fine tapissent toutefois le fond de la fosse. Le mobilier lithique, placé contre le fond, était éparpillé, sans aucune organisation particulière. Les graines et les ossements de faune n’ont été découverts que lors du tamisage dans les prélèvements de la couche inférieure. L’accumulation du mobilier et l’état de fraîcheur des tessons, aux cassures nettes, sans traces d’usure manifestes (BOURSON, 2022) plaident en faveur d’un enfouissement rapide du mobilier après son bris au sein de l’excavation. La densité des fragments de céramique plaide quant à elle pour un remplissage de la fosse réalisé en une seule fois. Aucun de ces indices n’indique un apport par gravité.

13Toutefois, bien qu’il semble exister une organisation au moins stratigraphique d’une partie de ces artefacts, il est bien difficile de le prouver, d’autant que les conditions de fouilles, avec une nappe phréatique haute, n’ont pas permis d’observations plus approfondies sur une éventuelle répartition spatiale.

14La datation de l’ensemble de ces structures a été établie par une comparaison de la céramique avec celles des ensembles locaux (BOURSON, 2022 p. 154). La chronologie avancée est le Hallstatt C-D1, vraisemblablement plutôt la phase D1. Deux fragments de charbons de bois ont également fait l’objet d’une datation radiométrique. Les résultats tombent sans surprise dans le plateau chronologique du Hallstatt :

  • pour le comblement supérieur : entre 799-547 av. J.-C. (avec une probabilité de 95 % ; Beta-547032, 2540 ± 30 BP) ;
  • pour le comblement sous la stèle : entre 788-537 av. J.-C. (à 95 %, Beta-547033, 2500 ± 30 BP).

IV. La vaisselle en céramique de la fosse 1034

IV.1. Localisation, conditions de découverte et approche taphonomique de la céramique

15Le contexte de découverte de la céramique de la fosse 1034 n’est pas ordinaire du fait de la présence de la stèle en pierre et signale d’emblée un aspect hors du commun, mais comme déjà évoqué supra, les conditions de fouille hivernales et une nappe phréatique envahissante n’ont pas permis une localisation optimale du mobilier céramique. Il sera de fait difficile d’étayer finement les modes de comblement et de dépôt de l’ensemble du mobilier et plus particulièrement la céramique.

16Celle-ci occupe toutefois très densément la fosse 1034, les tessons souvent empilés les uns sur les autres. La fouille a permis d’observer qu’ils sont plus abondants au contact de la stèle et que les plus grands fragments de céramique fine, parfois des profils complets, tapissent le fond de la fosse ; le tout est placé sur les charbons, les fragments de meules, la faune et les graines. L’étude céramique réalisée dans le cadre de la fouille a montré qu’au moins un tiers, voire la moitié des individus céramiques auraient été rejetés (BOURSON, 2022 p. 187). Le taux de fragmentation apparaît faible (ibid.).

17Par ailleurs, il semblerait que la vaisselle ait été dispersée après avoir été brisée, mais avant d’avoir été réunie principalement dans la fosse 1034. En effet, trois tessons au moins de la fosse 1031, située à 15 m au nord de la 1034, remontent avec des fragments de la fosse 1034. Cette dispersion semble aussi intervenir après le passage au feu de certains tessons, une partie ayant été rougie par le feu, attestant qu’après le bris, certains « lots » ont fait l’objet d’une combustion et pas d’autres.

IV.2. Bilan à l’issue de l’analyse typologique de la céramique

18L’étude typo-chronologique de la céramique réalisée sur la céramique de Rochefort-sur-Nenon a déterminé un Nombre de Restes global sur le site de 3610, réparti dans trois structures (st. 2008, 1031, 1034) pour un poids d’environ 50 kg (BOURSON, 2022, p. 152-190). Le Nombre Minimum d’Individus (NMI) global est de 234.

19Malgré la taille réduite de la fosse 1034, c’est cette structure qui est la mieux dotée, avec un NMI important, atteignant cent soixante-dix-sept. L’étude a également indiqué la présence d’une proportion peu courante de vases à pâte fine, qui dépasse les 80 % dans la fosse 1034 ; globalement toutes structures confondues, il est de 70 % (ibid., p. 154). De plus, un nombre conséquent de récipients ouverts, les « coupes », a également été souligné puisqu’il atteint 64 % des formes déterminées (ibid., p. 157). Elles sont presque exclusivement faites dans une pâte fine. La richesse de certains décors, notamment ceux à polychromie, ne touche que les coupes à marli (ibid., p. 159).

20La céramique dite « grossière », qui caractérise une vaisselle dite utilitaire en lien avec le stockage, souvent pour de grandes quantités, et pour la préparation en général, a été signalée. À Rochefort-sur-Nenon, V. Bourson montre que ce corpus comprend de grands récipients à panse globulaire souvent décorés de cordons digités (BOURSON, 2022, p. 153, 164, 166, 167). Un NMI de soixante-douze a été reconnu (ibid., p. 154), dominé par les formes hautes, parfois largement ouvertes, pour le stockage. Le grand nombre de tessons a permis de restituer facilement leur diamètre à l’ouverture. Le Nombre Typologique d’Individus (NTI) se monte à seize, soit douze pour les formes hautes et quatre pour les basses. L’ensemble représente une valeur d’environ 20 % du corpus en termes de NTI (fig. 7 et 8). Leur taille parfois importante – le diamètre à l’ouverture pouvant dépasser 300 mm – suggère une concentration intéressante de denrées stockées in situ sans pourtant atteindre des quantités démesurées.

Fig. 7. Tableau de comptage de la céramique fine de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon selon les critères morpho-fonctionnels.

Fig. 7. Tableau de comptage de la céramique fine de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon selon les critères morpho-fonctionnels.

Fig. 8. Répartition des différents types morpho-fonctionnels de vaisselle rencontrés dans la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon.

Fig. 8. Répartition des différents types morpho-fonctionnels de vaisselle rencontrés dans la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon.

IV.3. La vaisselle fine : méthodologie appliquée à l’approche morpho-fonctionnelle

  • 1 La kinésique vient du grec kinésis qui signifie mouvement. Ce terme représente la science des gest (...)

21Dans le cadre d’une approche morpho-fonctionnelle de la vaisselle fine, fondée sur une méthodologie mise en place pour une thèse sur la céramique et la commensalité durant la Protohistoire (DEFFRESSIGNE, 2022), il est permis de compléter l’analyse typo-chronologique. La méthode adoptée vise à extraire la valeur intrinsèque des divers types de céramiques fines sur des critères tangibles que l’archéologie permet de mobiliser facilement. Les critères retenus s’appuient sur diverses sources, comme les éléments morphologiques classiques de la céramique (profils bas/médians/hauts/ouverts/fermés), mais surtout sur les caractères kinésiques1 des vases en relation directe avec leur morphologie et leur volume : tenir à une main, porter, puiser ou verser, boire directement. Couplée, en outre, à une large étude liminaire sur les divers moyens de manger et de boire, la méthode aborde la céramique en lien avec l’homme et avec l’usage potentiel du vase, sans perdre de vue les contraintes des différents états possibles des aliments (solides, liquides, fluides) qu’ils peuvent contenir.

22L’outil mis en place pour envisager cette approche est un calcul d’indice de fonctionnalité qui permet de sérier la vaisselle en quatre grandes catégories (100 à 500 ; fig. 9). Cet indice, établi sur un simple rapport de la valeur du diamètre interne à l’étranglement ou à l’ouverture selon le type de morphologie sur la hauteur interne (ou profondeur), permet un classement selon les aptitudes morpho-fonctionnelles des récipients adaptés soit à la présentation des nourritures solides (cat. 100), soit à celles de la boisson (cat. 400). Les deux autres catégories (cat. 200 et 300) regroupent les vases aux fonctionnalités mixtes qui peuvent ainsi s’acquitter aussi bien de la présentation et de la consommation des nourritures sous toutes ses formes (solides, liquides, semi-liquides, pâteuses…) que de celles des boissons. Une fois cet indice appliqué, les vases sont ensuite classés soit selon leur diamètre à l’ouverture pour les plus plats d’entre eux (cat. 100), soit selon leur volume pour les autres (cat. 200 à 400). Ce deuxième niveau de classement permet de distribuer les vases en fonction de leur faculté à être déplacés et ainsi de s’inscrire dans une catégorie de « service mobile » ou de « service statique » des boissons et des nourritures. Une analyse sur la kinésique des récipients permet d’affiner le potentiel morpho-fonctionnel de chaque catégorie et sous-catégorie, notamment celles des vases de consommation et plus précisément celles potentiellement appropriées à la boisson ou bien celles qui, malgré une large ouverture, sont plus enclines à recevoir des liquides notamment en cassant le phénomène de ballant (OuR).

Fig. 9. Déclinaisons des différents sous-types rencontrés pour les formes en céramique fine de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon selon de la méthode visant à travailler la morpho-fonctionnalité de la vaisselle.

Fig. 9. Déclinaisons des différents sous-types rencontrés pour les formes en céramique fine de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon selon de la méthode visant à travailler la morpho-fonctionnalité de la vaisselle.

23En complément de cette approche, le regroupement des vases partageant des critères esthétiques apporte un éclairage sur la notion de « service de vaisselle », notamment par l’analyse de la distribution des motifs sur les différentes pièces décorées (DEFFRESSIGNE, 2022).

24Pour aboutir à un résultat satisfaisant, seules les céramiques dites fines, préférentiellement destinées au service du repas et auxquelles il est possible d’attribuer un type, sont retenues (Nombre Typologique d’Individus, NTI). Dans le cas de Rochefort-sur-Nenon, ce sont soixante et onze occurrences qui ont été sélectionnées et sériées pour la fosse 1034, de quinze à dix-huit pour la fosse 1031 et six pour la 1008 (fig. 10).

Fig. 10. Répartition de la céramique fine selon les critères morpho-fonctionnels, volumétriques et décoratifs de la fosse-‘dépôt’ 1034.

Fig. 10. Répartition de la céramique fine selon les critères morpho-fonctionnels, volumétriques et décoratifs de la fosse-‘dépôt’ 1034.

IV.4. Analyse morpho-fonctionnelle de la vaisselle fine de la fosse 1034

25Le spectre de la vaisselle fine de la fosse 1034 montre un déploiement des pièces dans presque toutes les catégories morpho-fonctionnelles, à l’exception toutefois des très grands exemplaires, qu’il s’agisse de formes hautes et fermées ou basses et ouvertes (fig. 7 à 12). Le nombre d’occurrences identifiables (NTI = 71) pour cette approche est trop faible pour une valeur statistique fiable. Néanmoins et afin d’évaluer malgré tout la répartition de cette vaisselle selon ses aptitudes morpho-fonctionnelles, une sélection de céramiques grossières fondée sur de mêmes critères (identification de la forme et de la tailles) leur a été adjointe, portant ainsi le nombre d’occurrences exploitables à quatre-vingt-sept (NTI = 71 en vaisselle fine et NTI = 16 en céramique grossière). Bien que ce nombre de quatre-vingt-sept ne soit toujours pas totalement satisfaisant, des pourcentages estimatifs ont été tentés. Les proportions ainsi données donnent quelques indications sur la répartition des vases selon les différents types morpho-fonctionnels pris en compte dans cette étude.

IV.4.1. La vaisselle fine et la boisson

26Hormis un exemplaire, la catégorie 400, qui, morphologiquement, est privilégiée pour le service et la consommation des liquides, est peu présente, au profit d’un groupe de vases d’un usage plus mixte, mais montrant des aptitudes morpho-fonctionnelle très proches (cat. 300). Dans le cas de Rochefort-sur-Nenon, c’est en effet la catégorie 300 des vases hauts et globuleux à large ouverture qui semble composer un ensemble cohérent pour la boisson (fig. 10, 11). Cet ensemble propose quatre grands exemplaires dont la capacité évolue entre 30 et 50 l (cat. 360), ce qui constitue une réserve de présentation importante, en regroupant potentiellement une très grande quantité de liquides (moyenne théorique estimée à 160 l) qui peut être mise à disposition d’un grand nombre de convives (fig. 7 et 12). Ces vases, statiques par nature du fait de leur poids, disposent d’une large ouverture (jusqu’à 280 mm) qui permet le puisage avec un ustensile. De petits récipients d’un volume inférieur à 0,30 l, dont la taille et la morphologie font qu’ils se prennent aisément en main, sont présents au sein de ce corpus (cat. 510). Ils pourraient faire office d’accessoires de puisage. Les diverses études sur le sujet ont en effet mis en avant l’usage préférentiel de ce type de petit vase comme puisoir. Si la preuve directe n’est pas établie pour Rochefort-sur-Nenon, leur présence est toutefois actée par quatre exemplaires.

Fig. 11. Proposition d’utilisation de la vaisselle de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon : les formes hautes et médianes/hautes.

Fig. 11. Proposition d’utilisation de la vaisselle de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon : les formes hautes et médianes/hautes.

Fig. 12. Proposition d’utilisation de la vaisselle de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon : les formes plates et basses.

Fig. 12. Proposition d’utilisation de la vaisselle de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon : les formes plates et basses.

27Le service des liquides se fait également remarquer avec des récipients plus petits, plus facilement transportables à plein puisque la majorité semble appartenir à la catégorie 330, entre 3 et 8 l (cinq ex.). Ils composent ainsi une réserve de service mobile à partir desquels le liquide peut être déversé dans un autre récipient. L’étroitesse relative de leur embouchure (entre 120 et 130 mm) est à peine suffisant pour le passage d’une main avec un puisoir. Bien que de plus petite taille, ils constituent néanmoins un volume global estimé à presque 28 l et s’insèrent dans le service de la boisson, en intermédiaire entre les grands vases de réserve de présentation (cat. 360) et le vase de consommation. Un seul exemplaire se situe dans la gamme plus haute, entre 8 et 15 l (cat. 350), et sa large ouverture permet le puisage. Ces vases possèdent une ornementation commune, des cannelures apposées à la rupture col/panse.

28À titre d’évaluation, les vases hauts et globulaires de Rochefort-sur-Nenon atteignent un potentiel moyen de 200 l de liquides, une importante quantité qui semble s’émanciper des simples besoins du quotidien (fig. 7 et 12). De plus, si ces liquides sont en effet apparentés à une boisson alcoolisée, celle-ci n’aura qu’une conservation éphémère (DIETLER, 1992, p. 405), signifiant que les récipients mobilisés sont destinés à un évènement précis, court dans le temps, pour un grand nombre de buveurs.

29La consommation de boisson semble quant à elle pouvoir intervenir grâce à des petits récipients d’une capacité inférieure à un litre (cat. 310 ; 410) ; ils sont au nombre de quatre, voire de cinq (fig. 7, 12). Ils ont majoritairement un profil médian, presque bas, qui se loge facilement dans une main et dont le bord est relevé pour que le liquide soit porté en bouche correctement. Ces petits récipients sont très proches morphologiquement d’un exemplaire plus bas et ouvert (cat. 210). On compte aussi deux, voire cinq, autres vases d’une taille plus importante – de 1 à 3 l (cat. 320 ; 220) – mais qui peuvent composer également un ensemble de vases à boire, de nombreux témoignages ethnologiques et archéologiques démontrant cette possibilité (DEFFRESSIGNE, 2022 p. 104-106, 116- 118). A maxima, le nombre de vases à boire reconnu est donc de dix exemplaires. À la différence de certains ensembles de vaisselle, aucune série de récipients de petit format, de style esthétique et de morphologie proches tendant à montrer l’homogénéité d’un service, ne se dégage (ibid.).

IV.4.2. La vaisselle fine et la nourriture

30La répartition de la vaisselle plate et basse en céramique fine se fait dans diverses catégories morpho-fonctionnelles avec une sur-représentation des vases ouverts et bas (48,3 %, fig. 8) et principalement dans le groupe volumétrique de 2 à 3 l (cat. 230 ; fig. 8, 10, 12).

31Le premier fait marquant est la présence de formes ouvertes, tronconiques et plates (cat. 100 ; neuf ex.) pour l’essentiel dans les catégories de taille de 200 à 300 mm (cat. 130 ; six ex.). Seuls deux exemplaires de plus grande taille, entre 300 et 350 mm (cat. 150) sont attestés. Le caractère plat de ces récipients fait qu’ils disposent d’une surface de présentation importante offrant ainsi une grande visibilité sur les aliments déposés. Cette vaste surface et la morphologie générale de ces vases s’accordent avec le service de mets secs, pâteux solides, comme des morceaux de viande, des fruits, des galettes, etc. Les très grands formats supérieurs à 350 mm ne semblent pas représentés (fig. 7, 10, 11).

32Ce sont les exemplaires de cette catégorie qui proposent les décors les plus élaborés – géométries complexes et polychromie déployées sur toute la face de présentation – et en font des pièces de qualité. Malgré la fragmentation de la céramique dans ce type de découverte, qui limite la reconnaissance des individus, il semble toutefois possible de supposer la présence d’une, voire de deux paires de vases bas et ouverts possédant un même décor. Ce phénomène de plats produits par paires est connu depuis la fin de l’âge du Bronze alors qu’il trouve un paroxysme dans le Baden-Württemberg en Allemagne au Hallstatt C et D1, notamment dans les dépôts funéraires (ZÜRN, 1987 ; DEFFRESSIGNE, 2022). Les études menées sur des pièces de ce type montrent qu’elles agrègent les différents motifs qui généralement se déclinent de manière plus allégée sur les autres récipients (DEFFRESSIGNE, 2022). Elles apparaissent comme les pièces maîtresses des services de vaisselle, et l’ensemble de Rochefort-sur-Nenon semble s’accorder avec ce courant qui met en avant le service de la nourriture.

IV.4.3. La vaisselle fine à usage mixte

33Un nombre très important de vases bas tronconiques et ouverts, parfois marqués d’une légère concavité (cat. 200 TrC, Ouv ; fig. 8), complète les plats de la cat. 100. Ils sont parfois très proches de cette version, tandis que d’autres ont une profondeur plus marquée. Ce type de forme est le récipient polyvalent par excellence, qui peut aussi bien recevoir de la nourriture sous toutes ses formes que des liquides. Ils sont les plus abondants dans ce corpus (trente occurrences) avec une préférence pour les volumes moyens, entre 2 et 3 l, à la marge des vases de service (quatorze occurrences ; cat. 230). Ils sont complétés par quelques formats plus petits (cat. 210, 220) et de cinq pièces plus grandes, notamment trois qui se remarquent par leur grande taille, avec une capacité estimée entre 5 et 10 l (cat. 250, 260). C’est leur présence qui introduit plus franchement la notion de grandes quantités (fig. 7, 10, 11).

34Quelques exemplaires bas et ouverts, mais dont la partie supérieure est rentrante ou simplement redressée, complètent cette série de vases (200 OuR ; fig. 10, 11). Cette caractéristique morphologique permet de casser le ballant d’un liquide, ce qui les distingue des récipients précédemment étudiés. Un décor de cannelures est apposé sur leur face externe. Leur large ouverture permet d’accéder facilement au contenu, qui peut nécessiter un mélange. Ils peuvent par exemple venir aussi bien en complément de la préparation et du service d’une boisson évoqués plus haut, qu’avoir un usage spécifique à la présentation d’une nourriture liquide à semi-liquide. Leur gamme volumétrique est peu étendue, mais comprend un grand récipient (entre 3 et 5 l, cat. 250), et trois entre 2 et 3 l (cat. 230). Déjà évoqués pour la consommation de la boisson, les exemplaires plus petits peuvent aussi bien être au service de mets (cat. 210, 220). Deux accessoires (puisoirs ?) paraissent compléter le tout (cat. 510).

35Bien qu’en nombre assez réduit, cet ensemble compose un panel de pièces qui s’adaptent à des contenus divers en quantité, avec un nombre qui permet une variété de préparations. Leur volume théorique moyen estimé et cumulé est de 12 l environ pour les catégories 230 et 250.

IV.5. La vaisselle des fosses 1008 et 1031

36Ces deux fosses, voisines de la 1034, présentent un ensemble plus réduit de vases, mais on voit qu’il comporte, à des échelons différents, les mêmes catégories morpho-fonctionnelles de céramique fine et grossière que celles de la fosse 1034 : réserve et consommation de boisson, service de mets. Huit bords mettent en avant des formes plates (cat. 100), dont quatre décorées de motifs géométriques incisés. Six disposent d’un marli. Leur similitude plus ou moins accentuée ne permet pas d’être affirmatif quant au nombre de plats, car il est difficile de voir s’il s’agit ou non du même vase. Un façonnage à la main donne toujours une légère différence dans le profil, d’autant plus quand les vases sont de grande taille, et certains fragments décorés peuvent provenir aussi bien d’un seul et même plat. Le Nombre Typologique d’Individus (NTI) est donc délicat à apprécier. Il est néanmoins intéressant de constater un remontage entre deux fragments de bords décorés d’un même plat, l’un dans la fosse 1031, l’autre dans la fosse 1034 (cat. 130 ; BOURSON, 2022, p. 167). Par deux fois, des recollages entre tessons provenant de ces mêmes structures ont été reconnus (ibid.).

37Des formes basses et ouvertes et d’autres tronconiques plus profondes (cat. 200), dont la fonction est polyvalente, ont également été comptabilisées dans les fosses 1008 et 1031. Idem pour d’autres à profil haut et rentrant, dont certains montrent de gros volumes, entre 30 et 50 l (cat. 360). Ces derniers complètent le potentiel de réserve de liquides estimé pour la structure 1034 et déjà conséquent.

38Quelques exemplaires en céramique dite « grossière » complètent la batterie de récipients de stockage et de préparation. On compte encore pour les structures 1008 et 1031 des grands formats de réserve.

39Compte tenu d’une part de la densité des accumulations de tessons et d’autre part, de la « fraîcheur » des cassures, il apparaît que les remplissages de fosses 1031 et 1034 sont, selon toute vraisemblance, simultanés et rapides (BOURSON, 2022, p. 167).

IV.6. Une approche de la notion de service de vaisselle

40À Rochefort-sur-Nenon, plusieurs ensembles morpho-fonctionnels distincts de céramiques composent ainsi quatre grands groupes de vaisselle qui chacun recouvre un usage potentiel précis : la présentation de la nourriture « solide », la présentation et la consommation de la boisson, la présentation de mets « mixtes », et enfin un ensemble plus en lien avec des liquides et qui peut se rattacher entre autres à la préparation de boisson.

41Comme souligné plus haut, c’est le service qui apparaît destiné à la nourriture « solide » qui semble s’octroyer la valeur esthétique la plus « voyante », la plus dense en motifs et la plus élaborée, avec des assemblages complexes de motifs géométriques, associés, dans certains cas, à de la polychromie. La valeur esthétique qui semble attachée aux liquides (boisson ?) est quant à elle plus discrète et se compose de cannelures. Une distinction nette des motifs en lien avec un emploi particulier semble se faire sentir ici. Cette construction rigoureuse des services de vaisselle selon leur destination n’est pas un cas isolé et s’inscrit dans des usages qui remontent au moins à l’âge du Bronze final. On constate qu’à Rochefort, comme sur de nombreux habitats, c’est la vaisselle de service destinée à la nourriture qui se distingue plus particulièrement du reste de la vaisselle (DEFFRESSIGNE, 2022).

V. Un dépôt de vaisselle d’un repas collectif ?

42Ainsi, l’ensemble du Chemin des Rupts regroupe un panel de formes présentant une grande variété de récipients fabriqués dans une céramique fine et de qualité et dans des formats diversifiés, permettant un service élaboré des nourritures et des boissons. On observe en effet qu’un service statique par puisage, accompagné d’un service mobile, entoure la boisson, et que la nourriture dispose de récipients qui peuvent accueillir des mets sous différentes formes, pouvant faire appel à des cuisines variées. À chacun de ces « services de vaisselle » destinés à un usage différent, s’attache aussi un type d’ornementation particulier. Toutes ces remarques témoignent d’une grande complexité dans la présentation des mets et des boissons, qui permet un cérémonial recherché de repas.

43La question du dépôt de la vaisselle d’un repas organisé pour un nombre important de convives se pose dès le décompte des soixante et onze récipients de céramique fine dont la forme a pu être identifiée (NTI), voire bien plus si l’on s’appuie sur le NMI de cent soixante-dix retrouvés enfouis dans le même temps, dans la même fosse que la stèle en pierre (st. 1034).

44De plus, l’analyse morpho-fonctionnelle montre que le potentiel des volumes de boisson mobilisables dans le cas de Rochefort-sur-Nenon est lui aussi très important puisqu’une estimation théorique moyenne avoisine 200 l, dont 160 l rien que pour les grands contenants. Leur seule présence au sein de la fosse 1034 conforte la réflexion sur les circonstances d’une consommation collective. Le contenu exact de ces récipients mériterait d’être déterminé par des analyses chimiques afin de poursuivre nos hypothèses.

45Par ailleurs, qu’il s’agisse des formes plates (cat. 100) ou plus profondes (cat. 200), le format moyen des récipients est généralement situé entre 2 et 3 l, ou 220 à 300 mm (cat. 130, 230). Leur taille les destine à un service qui permet de réunir des quantités substantielles de nourritures sans pour autant qu’elles soient très importantes, comparativement à d’autres sites. En effet, les très grands formats sont absents (cat. 170, 270). Toutefois, c’est le nombre cumulé de ces récipients (vingt-trois occurrences cat. 230 à 260) qui suggère la quantité et leur donne une valeur plus « collective », qu’ils soient utilisés comme vases de service ou comme récipients individuels. Leur taille est en effet proche de celle des plats individuels des neuf convives placés dans la grande tombe princière d’Eberdingen Hochdorf (Baden-Württemberg, Allemagne, 530 av. J.-C. ; KRAUSSE, 1996 ; VERGER, 2013).

46Ainsi à Rochefort-sur-Nenon, la vaisselle fine pour le service et la consommation de la boisson comme de la nourriture semble pouvoir répondre aux exigences d’un repas pour de nombreux convives. Toutefois, la démonstration des phénomènes « collectifs » reste encore difficile à établir du fait de la complexité de la problématique et des modes opératoires des études céramologiques, pas toujours adaptés. Ce phénomène est pourtant de plus en plus souvent évoqué, surtout avec la découverte d’accumulations manifestes de vaisselle, surtout quand elles sont associées à une faune consommée en grandes quantités. Cette problématique surgit de manière récurrente tout au long de la Protohistoire sous des formes parfois diverses qui illustrent des moments pouvant rassembler de très nombreux convives au regard des volumes de viandes consommées par exemple, ou bien encore de restes importants d’amphores mutilées (POUX, 2004 ; PEAKE dir., 2020 ; DEFFRESSIGNE, 2022). Mais généralement, ce ne sont pas les accumulations de vaisselle seules qui vont susciter de telles hypothèses. La céramique étant l’élément le plus courant sur un site archéologique, elle n’est, à tort, que très rarement associée à autre chose qu’une simple poubelle, quand bien même celle-ci fait état de plusieurs centaines de récipients de vaisselle fine.

47Ces grandes accumulations, que l’on perçoit surtout à certaines périodes, notamment au Bronze final III ou à La Tène D (DEFFRESSIGNE, 2022), sont l’expression la plus visible du phénomène des repas collectifs dont les reliefs sont enfouis volontairement, mais elles ne sont pas les seules formes de manifestation de ces moments. Leurs rejets peuvent aussi prendre d’autres tournures. L’enfouissement volontaire peut très bien se faire avec ou sans bris, avec ou sans passage au feu des reliefs des repas, mais il peut également faire l’objet d’une sélection de certains types de vases, voire d’une pars pro toto, d’une dissociation des types de restes – la viande d’un côté, la vaisselle de l’autre –, d’un retournement des pièces de vaisselle déposées entières… (LANDOLT et alii, 2007 p. 62-64 ; LANDOLT, VAN ES, 2009, p. 216-218 ; DAVID-ELBIALI, 2014, p. 234 ; HAUSER, 2019 ; DEFFRESSIGNE, 2022, p. 695-696). L’isolement du rejet peut intervenir également dans ce phénomène (HAUSER, 2019). Aussi, quand il est déconnecté d’un contexte classique (habitat, nécropole), il est encore plus délicat à interpréter. Ainsi, l’ampleur du repas collectif, la période considérée, sa connotation sociale ou cultuelle, le rang et le statut des convives sont autant d’éléments qui jouent sur la manière de se séparer des restes du repas et de la vaisselle et sur les quantités déposées… et donc sur la perception que l’on pourra en avoir lors de l’exploitation des données de fouille.

48Reconnaître ces types d’enfouissement particuliers, en lien avec un repas qui sort de l’ordinaire et qui réunit de nombreux convives, revient à comprendre et à définir tout d’abord ce qu’on estime être un simple rebut domestique du quotidien qui se constitue au long cours. À l’heure actuelle, nous présumons, la plupart du temps par défaut, qu’un ensemble de mobilier découvert en contexte d’habitat est un dépotoir, sans toujours s’interroger sur la forme et le contenu de ces rejets. Il faut qu’une forme très particulière – objets entiers, vases miniatures, accumulation d’un même type d’objet… – nous alerte pour que l’hypothèse d’un dépôt en lien avec un évènement particulier émerge. Aussi, cette question reste actuellement pour une large part à travailler, de nombreuses questions restant en effet à traiter avec une donnée quantifiée. Ainsi, par exemple, est-il normal pour une poubelle du quotidien de livrer un pourcentage très élevé de céramique fine et de contenir parfois plus de 300 pièces de qualité, ou de disposer de nombreux récipients de même format ? À partir de quel taux est-ce anormal et à partir de quel seuil peut-on envisager un regroupement en lien avec un repas collectif ? Dans l’état actuel de la recherche, aucun référentiel sur le sujet ne permet de fournir un profil « type » des rejets consécutifs à ces repas. Seuls quelques exemples, par leurs quantités démesurées où par leur contexte d’enfouissement particulier, donnent parfois à réfléchir.

49Des critères fondés sur l’analyse de quelques ensembles céramiques permettent néanmoins d’avancer dans cette réflexion et de poser les premiers jalons dans la reconnaissance des reliefs d’un repas collectif présumé. Ainsi, quelques critères semblent revenir régulièrement :

  • un nombre important de mêmes petits vases enclins à une consommation individuelle, notamment de boisson, comme c’est le cas pour les dépôts de vaisselle métallique (DEFFRESSIGNE, 2022, p. 690-707) ;
  • la présence de très grands récipients aussi bien bas et plats que hauts et fermés et pouvant contenir de grandes quantités ;
  • un traitement particulier du mobilier rejeté, voire une certaine forme de « mise en scène » des rejets avec le bris et le passage au feu des tessons, ou au contraire le dépôt de vases entiers ;
  • la présence parfois d’un mobilier métallique associé à la cuisine (couteau, croc à viande…) et/ou à une viande de choix en quantités et/ou à des amphores (DEFFRESSIGNE, 2022, p. 866-868, 873-874).

50Du fait de la présence de la stèle, l’exemple de Rochefort-sur-Nenon n’apparaît pas comme celui d’un rejet domestique banal, mais comme celui d’un contexte qui interroge tout particulièrement. Il apparaît peut-être en lien avec celui d’un repas de plusieurs convives qui se serait prolongé par l’abandon volontaire et massif, autour du dépôt de la stèle en pierre, de tout ou partie de la vaisselle ayant servi à prendre nourriture et boisson. La composition et le potentiel de cet ensemble de vaisselle s’insère dans la problématique du repas collectif, en recoupant certains critères issus de l’analyse de dépôts faits d’accumulations de mobiliers comme énoncés plus haut.

VI. La stèle anthropomorphe

51D’un poids de 34 kg, la stèle enfouie dans la fosse 1034 mesure 58 cm de hauteur pour une largeur maximale de 40 cm et une épaisseur ne dépassant pas 8 cm (fig. 13). Elle est a priori complète. Le bloc d’origine est en grande partie préservé : sa forme telle qu’elle nous est parvenue est proche de l’objet fini. Son ramassage a donc fait l’objet d’un choix méticuleux.

Fig. 13. Orthophotographie de la stèle anthropomorphe de la st. 1034 avec mise en évidence des tracés.

Fig. 13. Orthophotographie de la stèle anthropomorphe de la st. 1034 avec mise en évidence des tracés.

En haut, à droite, détails des tracés visibles au niveau du visage (orthophotographie : F. Monna.

DAO : L. Jaccottey et A. Denaire ; cliché : A. Denaire).

52Cette stèle a été réalisée dans un matériau calcaire très tendre d’origine locale. La face arrière du bloc sélectionné est restée brute et ce sont sa face avant, ses flancs et ses extrémités qui ont été travaillés, essentiellement la moitié supérieure du bloc, où des enlèvements bilatéraux affinent la partie sommitale de la pierre, créant un épaulement de chaque côté et détachant légèrement cette extrémité. Une fois la forme générale réalisée, l’angle entre les flancs et la face supérieure a été adouci par abrasion.

53Une seule face est ornée de lignes et de points (fig. 13). La gravure la plus visible est la ligne quasi-horizontale qui délimite une extrémité réduite qu’il est tentant d’interpréter comme une tête. Au-dessus de cette ligne, se trouve un ensemble de lignes gravées qui dessinent un parallélogramme asymétrique dont l’aire est compartimentée par un segment oblique. De petites cupules ont été gravées à l’intérieur de cette figure dont deux, situées peu ou prou de part et d’autre de l’axe longitudinale de la pièce évoquent immanquablement des yeux.

54Au niveau du tiers inférieur de la stèle, on note la présence d’une large bande légèrement oblique délimitée par deux courtes lignes successives. L’extrémité droite de cette bande est barrée et prolongée par de fines stries plus obliques. Il est hasardeux de proposer une interprétation à ces tracés, si ce n’est une éventuelle ceinture.

55Toutes les gravures repérées sur cette pièce n’ont pas été réalisées avec les mêmes outils, ni au même moment. Il existe en effet une chronologie de ces gravures, au moins en deux étapes. Les tracés les plus récents, les lignes obliques et les rangées constitués de courtes incisions, ont été réalisés à l’aide d’une broche smillée. Elles recoupent des tracés plus anciens, notamment la ligne horizontale délimitant la tête et celles qui constitueraient une éventuelle ceinture, qui ont sans doute été réalisés à l’aide d’outils non métalliques.

*

56Dater l’enfouissement de cette stèle ne pose aucun problème, si ce n’est de précision, tout comme, a priori, celle d’une partie de son façonnage : l’utilisation d’outils métalliques nous oriente vers la Protohistoire. Afin d’affiner et de confirmer ces données préliminaires, il est tout de même nécessaire d’aller chercher quelques comparaisons dans la littérature archéologique. Pour le premier âge du Fer, un rapide survol de la littérature française n’a pas permis de trouver de parallèles convaincants : toutes les stèles anthropomorphes hallstattiennes connues se distinguent nettement de celle de Rochefort-sur-Nenon par leur qualité et leur iconographie (BONNENFANT, GUILLAUMET, 1998). Le rapprochement avec le corpus de l’Allemagne du Sud-Ouest, plus fourni pour cette période, est un peu plus fructueux. De nouveau, les plus belles réalisations, comme les fameux « kouroi » d’Hirschlanden ou du Glauberg, appartiennent à un autre monde (BONNENFANT, GUILLAUMET, 1998). Toutefois, plusieurs petites stèles du premier âge du Fer de ce secteur peuvent lui être rapprochées par leurs dimensions modestes, l’absence ou la discrétion des traces de façonnage (fig. 14) – nombre de stèles semblent être des blocs laissés bruts - (RASSHOFER, 1998 Abb. 48-50, 55, 140 et 168) et, plus exceptionnellement, la présence d’un décor de lignes gravées – difficilement compréhensibles – comme celle provenant du tumulus 13 de Stetten Ebenholz (Lkr. Weissenburg-Gunzenhausen ; RASSHOFER, 1998, Abb. 136-137). Il faut surtout évoquer les stèles du site de Stele 2 de Rottenburg-am-Neckar (Lkr. Tübingen), notamment celle du tumulus 7, qui, avec sa silhouette anthropomorphe à peine esquissée, son aspect brut et sa base oblique, évoque fortement l’exemplaire de Rochefort (fig. 14). Dans ce cas, l’analogie s’étend à la présence d’un sillon gravé, horizontal, qui sépare le visage (yeux ronds, arête du nez vertical et barre horizontale des sourcils) du reste du corps et auquel est suspendu un collier (ibid., Abb. 21 ; BONENFANT, GUILLAUMET, 1998, fig. 25). Même sans trouver de parallèles exacts, et si de nombreux exemplaires diffèrent nettement, la stèle de Rochefort pourrait prendre place dans ce groupe de pièces peu investies qui signalent certaines tombes protohistoriques d’Allemagne du Sud-Ouest.

Fig. 14. Les stèles anthropomorphes du tumulus 7 (à gauche) et de la tombe à crémation 84 du site de ‘Stele 2’ de Rottenburg-am-Neckar.

Fig. 14. Les stèles anthropomorphes du tumulus 7 (à gauche) et de la tombe à crémation 84 du site de ‘Stele 2’ de Rottenburg-am-Neckar.

Lkr. Tübingen, Allemagne ; d’après Bonnefant, Guillaumet, 1998.

57L’affaire n’en est pas pour autant réglée. En effet, plusieurs de ces stèles, pourtant trouvées associées à des sépultures de l’âge du Fer, sont désormais considérés comme des pièces plus anciennes, remployées plusieurs siècles ou millénaires après leur façonnage (REIM, 2006). Cette réattribution permet donc de construire une hypothèse alternative quant à l’histoire de la stèle de Rochefort-sur-Nenon, d’autant plus que, d’un point de vue stylistique, les parallèles entre cette dernière et les corpus néolithiques sont nettement plus nombreux et étroits. Bien entendu, il faut exclure de cette analyse les décors réalisés à l’aide d’outils métalliques et ne garder à ce stade que les tracés antérieurs, ceux recoupés par les impacts réalisés à la pointe smillée : les deux « yeux », le trait du cou et la « ceinture ».

58De nouveau, la pièce de Rochefort-sur-Nenon est loin des plus belles réalisations néolithiques, mais elle ne déparierait toutefois pas au sein des exemplaires de petites dimensions, aux surfaces parfois régularisées, reprenant d’autres fois avec un minimum d’investissement les plans de clivage des bancs de roche ; aux gravures tout aussi peu développées, se réduisant souvent au seul visage ou à la figuration d’un objet (fig. 15). En outre, nombres de stèles néolithiques ont souvent des dimensions fort modestes et des masses de quelques dizaines ou centaines de kilogrammes (LANTCHO, 2021). Il faut aussi évoquer les « idoles » et autres « dames » gravés sur plusieurs monuments de Bretagne ou sur les parois de certains hypogées de la Marne (fig. 16). Une différence notable doit toutefois être pointée, l’absence de nez, alors qu’il est toujours figuré sur les stèles néolithiques passées en revue.

Fig. 15. Choix de stèles anthropomorphes néolithiques d’Europe occidentale.

Fig. 15. Choix de stèles anthropomorphes néolithiques d’Europe occidentale.

D’après Schwegler, 2019.

Fig. 16. Photo du moulage de la ‘Dame’ de l’hypogée n° 23 du Razet à Coizard (Marne) conservé au Musée du vin de Champagne et d’Archéologie régionale d’Épernay.

Fig. 16. Photo du moulage de la ‘Dame’ de l’hypogée n° 23 du Razet à Coizard (Marne) conservé au Musée du vin de Champagne et d’Archéologie régionale d’Épernay.

Cliché A. Denaire.

59En résumé, rien, en l’état, ne s’oppose à voir dans la stèle de Rochefort-sur-Nenon la récupération et la modification – rafraîchissant à cette occasion des motifs anciens, les complétant de nouveaux décors –, puis le rejet au Hallstatt d’une pièce premièrement façonnée au Néolithique. Cette hypothèse, celle d’une stèle néolithique récupérée, réutilisée et enfouie plusieurs millénaires après son érection, n’aurait rien d’incongrue, ce scénario ayant déjà été déjà rencontré. Outre les stèles déjà mentionnées pour l’Allemagne du Sud-Ouest, il faut citer le cas des menhirs de Champagne-sur-Oise (Val-d’Oise) qui auraient été abattus au second âge du Fer (LEGRIEL et alii, 2014) ou encore celui de la stèle en grès découverte sur le site d’Ennery Capelle en Moselle (CHAPLIER, VANMOERKERKE, 1993) : bien que ses décors permettent de faire remonter son façonnage à la fin du Néolithique (avec une reprise évidente de l’âge du Bronze), elle a été retrouvée dans le remplissage d’un puits daté du premier âge du Fer.

60Sans corpus régional de comparaison, il est impossible de trancher entre ces deux hypothèses quant à la date de création de cette stèle ; l’option Néolithique (avec reprise plus tardive) n’est pas plus douteuse qu’une pièce entièrement façonnée au Hallstatt. De toute manière, la réutilisation de stèles, de blocs et de dalles est une pratique très répandue tout au long de la Préhistoire récente, de la Protohistoire et bien après. Si, dans certains cas, le caractère de reliques peut leurs être accordé, le plus souvent elles semblent ravalées au rang de simple matériau de construction. Dès lors, essayer d’interpréter la présence de cette stèle anthropomorphe dans la fosse 1034 de Rochefort est un exercice délicat, d’autant plus redoutable que, faute de séries sur lesquelles baser notre démarche, nous ne pouvons réfléchir que sur les seules données archéologiques, avec tous les biais que comporte l’interprétation directe de vestiges.

61Reconnaissons tout de même que la présence d’un tel bloc, stèle anthropomorphe ou non, est inhabituelle sur un habitat protohistorique situé en plaine alluviale. Mais doit-on forcément le relier avec le vaisselier retrouvé dans cette fosse ? Si on répond par la négative, sans autre argument qu’une réserve toute méthodologique, alors il s’agirait d’un bloc rejeté dans cette fosse pour on ne sait quelle raison, un évènement anecdotique du point de vue de l’archéologue. Si on considère son lien stratigraphique avec les tessons, donc son rejet concomitant, on peut alors avancer que cette stèle a pu jouer un rôle important lors de ce repas collectif ou après, lors de l’enfouissement de la vaisselle utilisée. Quel a pu être ce rôle ?

62Le fait que de tels blocs soient utilisées comme marqueurs ou éléments de constructions dans les tombes d’Allemagne du Sud-Ouest peut constituer une première piste, celle d’un repas tenu lors de funérailles ou de leur commémoration, en tout cas en lien avec la manipulation de blocs dont certains, non utilisés, seraient finalement enfouis. Cette hypothèse pourrait aussi être avancée pour le fragment de stèle exhumée dans le puits d’Ennery, situé non loin de sépultures (CHAPLIER, VANMOERKERKE, 1993, p. 183-211). Une réserve doit toutefois être exprimée : cette association entre ce type de bloc et des tombes n’est pas connue en Bourgogne-Franche-Comté. Nous nous retrouvons de nouveau devant le malaise qu’est celui de l’archéologue devant des interprétations qui, disons-le sans détour, tournent autour de la religion. Nous ne rentrerons pas ici dans une discussion épistémologique, passionnante, mais inutile pour notre propos. Nous nous bornerons à considérer la religion comme tout ce qui a trait au surnaturel, esprits, divinités, etc., sans considération pour l’étymologie de ce mot. Le fait d’enfouir un objet qui aurait trait à cet univers n’aurait, dans une telle hypothèse, rien d’incongru, nous pourrions par exemple avoir affaire à une sorte de favissa.

63Gageons que nos propos soulèveront de vives remarques aussi peu fondées que nos hypothèses et que, malheureusement, la solution à ce problème ne soit pas trouvée avant longtemps, avant en tout cas que d’autres exemples soient mis au jour afin de raisonner sur un série et non sur un exemple (quasi-)isolé.

VII. Les autres catégories de mobilier

  • 2 Étude effectuée par Luc Jaccottey (Inrap).

64Les autres catégories de mobilier découvertes dans cette fosse 1034 sont bien moins nombreuses ou spectaculaires. Ainsi, le macro-outillage lithique2 se limite à deux fragments de granite du massif de la Serre voisin, qui appartiennent très certainement à la catégorie de la mouture. S’ajoute à cet inventaire un galet de quartzite, bien qu’on ne sache pas s’il a été employé ou pas comme boucharde.

  • 3 Étude effectuée par Julian Wiethold (Inrap).

65Les quelques graines3 recueillies sont toutes décortiquées et prêtes pour la phase de mouture. La présence d’orge brûlée, une céréale utilisée pour la cuisine (bouillies, gruaux), suggère les restes de repas. Souvent retrouvées dans les fosses domestiques réutilisées comme dépotoir, il est tout aussi possible de les retrouver ailleurs dans un contexte rituel : certains sites ont en effet révélé des fosses où les graines sont associées à une offrande alimentaire (Onnens/Concelles-près-Concise-Les Côtes, canton de Vaud, Suisse ; DAVID-ELBIALI et alii, 2014).

  • 4 Étude effectuée par David Cambou (Inrap).

66Les restes osseux animaux récoltés4 dans cette fosse s’illustrent par plus d’une centaine d’esquilles brûlées (refus de tamis à 5 et 2 mm) pour une masse totale de seulement 9 g. La masse moyenne, inférieure à 0,1 g, confirme un état très fragmentaire. Ces restes ont par ailleurs souffert de l’acidité relative du sol (PH = 5,5). Ces éléments expliquent la difficulté à déterminer ces esquilles au rang du taxon ou de l’espèce : seuls quelques fragments d’un radius de capriné ont pu être identifiés. La coloration des os, majoritairement blancs, plus rarement noirs, laisse envisager des niveaux de chauffe relativement élevés qui incitent à y voir des résidus de foyer ou de bûcher.

VIII. La fosse 1034, simple dépotoir domestique ou réceptacle d’un repas collectif ?

67En dehors de la stèle, les autres artefacts retrouvés dans la fosse 1034 sont fragmentaires, certains ont été exposés à un feu, particulièrement la faune. La vaisselle semble avoir été volontairement brisée. Après le bris de la céramique, certains tessons ont été rougis par le feu, a priori avant d’arriver dans la fosse. Rappelons que tous les fragments n’ont pas été retrouvés et que trois tessons de la fosse 1031, située à 15 m au nord de la 1034, remontent avec des fragments de la fosse 1034. Une partie des processus de rejet et de dépôt de ce mobilier nous échappe donc.

68Graines, esquilles osseuses et fragments de meule ont été retrouvés uniquement sur le fond de la fosse tandis que les tessons ont été retrouvés dans tout le comblement, avec une concentration plus importante dans la partie inférieure du comblement, peu ou prou sous le niveau sur lequel a été retrouvé la stèle (fig. 6). D’ailleurs, le mobilier apparaît comme plus abondant sous et à proximité de la stèle qu’à côté. Les plus grands fragments de céramique fine tapissaient toutefois le fond de la fosse ; ces tessons présentent des stigmates clairs de passage au feu.

69Bien qu’il semble exister une organisation au moins stratigraphique d’une partie de ces artefacts, il est bien difficile de le prouver, d’autant que les conditions de fouilles, avec une nappe phréatique haute et envahissante, n’ont pas permis d’observations plus approfondies sur une éventuelle organisation spatiale.

70Si la fonction primaire de la fosse 1034 a pu être triviale et renvoie à des activités domestiques ou artisanales, comme c’est le cas pour les exemplaires analogues découverts sur des sites contemporains, le mobilier qui y a été exhumé détonne en comparaison de celui habituellement recueilli dans ces contextes. Outre la présence d’une stèle anthropomorphe, c’est avant tout la découverte de près de 180 poteries (NMI), dont de nombreux récipients de consommation, qui interpelle. L’hypothèse la plus probable est de loin celle d’un repas pris en commun qui a impliqué de nombreux convives.

71Le reste de l’inventaire du mobilier (os animaux, graines, fragments de meules) ne contredit pas cette interprétation, même si l’on ne peut exclure une présence accidentelle, témoins d’activités antérieures piégées lors du comblement de la fosse. À l’opposé, on ne peut pas plus rejeter l’hypothèse que certains de ces éléments aient été placés ou jetés dans un bûcher (les os animaux et les graines) qui accompagnait, précédait ou suivait ce repas. Que cette fosse ait été creusée spécialement à cette occasion ou opportunément recyclée n’a finalement qu’une importance secondaire et trancher entre ces deux hypothèses reste hors de notre portée.

72Une question demeure toutefois, à ce stade : pourquoi avoir rejeté en abondance des pièces de vaisselle à l’issue de ce repas ? Pourquoi avoir brisé et brûlé pour partie ces récipients avant de les enfouir ? Une réponse possible serait celle d’une consommation qui s’effectue dans un cadre consacré et sans possibilité de réutiliser les objets dont on s’est servi, surtout pas dans un cadre quotidien et profane (DAVID-ELBIALI et alii, 2014 p. 261). Le bris et l’enfouissement les soustraient alors efficacement au domaine du quotidien et du visible. C’est ce que le sociologue B. Hayden nomme la « sacralisation » des rejets (HAYDEN, 2014).

73L’idée que ce repas, ce festin, ait été réalisé dans un cadre consacré se nourrit bien évidemment de la présence de la stèle anthropomorphe, un objet ancien, sans doute (peut-être) néolithique, récupéré et modifié (gravures réalisées à l’aide d’outils métalliques) avant d’être utilisé et, finalement, enterré avec les reliefs de ce repas collectif. Il est donc tentant de considérer ce repas comme une étape dans une cérémonie plus longue qui s’est terminé par l’enfouissement de la vaisselle et de cette stèle, un objet qui relève possiblement du sacré.

74Bien entendu, notre raisonnement peut être soumis à controverse et il est toujours possible de voir dans cet assemblage le fruit du hasard – même si l’idée de soixante et onze vases de vaisselle fine brisés et rejetés ensemble dans un même laps de temps n’apparaît pas convaincante – ou d’une tout autre pratique, qui plus est augmentée de la présence singulière et remarquable d’une stèle. Cette fosse pourrait tout aussi bien être le dépotoir de tous les maladroits de cet habitat, venus y jeter leur vaisselle cassée, tout comme celui d’une stèle encombrante dont on a voulu se débarrasser. Ces hypothèses et leurs variantes ont toutefois l’inconvénient d’être assez peu probables et surtout bien moins étayées que celle d’un dépôt de mobilier qui fait suite à un évènement particulier, entouré d’un repas communautaire (fig. 17).

Fig. 17. Exemples de repas collectifs impliquant des centaines de convives.

Fig. 17. Exemples de repas collectifs impliquant des centaines de convives.

A. Photo d’un repas d’une noce de 2100 personnes en 1912 à Scrignac (Finistère) ; B. cuisine en plein air d’une noce en pays de Cornouailles (début XXe s.) ; C. cuisines provisoires installées pour la préparation des repas accompagnant une fête à Weekarou (Sumba Ouest, Indonésie, août 2019) ; D. confection des assiettes qui seront distribuées aux invités lors d’une fête organisée dans le village de Tambela (Sumba Ouest, Indonésie, août 2019)

A et B : ND photos ; C et D : clichés A. Denaire.

IX. En guise de conclusion

75Si on accepte cette idée d’un repas collectif pris dans le cadre d’une cérémonie suivie de la destruction et de l’enfouissement de la vaisselle, doit-on considérer ces tessons (et cette stèle), sinon tout le contenu de cette fosse, comme de simples rebuts ? les déchets d’un rituel ? ou comme un dépôt ? La réponse pose de redoutables difficultés parce qu’elle nous oblige à argumenter à partir d’artefacts provenant d’un contexte archéologique. Or, il n’est pas aisé, à partir de telles données, forcément entachées de biais, de démontrer l’intention ou l’aspect rituel, surtout pour de la vaisselle dont l’utilisation semble quotidienne et qui se retrouve sur tous les habitats. Par prudence, le terme de dépôt est d’ailleurs le plus souvent évité pour cette catégorie de mobilier. L’emploi de mots plus neutres comme amas, accumulations, rejets, ensembles ou regroupements est souvent préféré ; il est sans doute plus adapté tant que l’on reste dans un registre descriptif, mais en aucun cas dès que l’on passe à l’interprétation. Dès lors, pourquoi ne pas voir dans cet ensemble un dépôt ?

76Le mot « dépôt » ou « déposition » du latin depositum « dépôt, consignation », signifie « action de déposer quelque chose en un lieu, action de placer en lieu sûr, de donner en garde ». Ce mot comporte, en outre, un sens privatif, puisque les objets sont dans ce cadre volontairement isolés, soustraits à leur fonction primaire alors qu’ils auraient pu continuer à être utilisés. Ainsi, le dépôt sélectionne, rassemble et cache tout ou parties d’objets à des fins utilitaires (stockages, réserves) ou symboliques (BONNARDIN et alii, 2009 p. 15). Cette dernière catégorie, celle qui nous intéresse pour le cas de la fosse 1034 de Rochefort-sur-Nenon, implique normalement un rituel, avec ou sans connotation votive et cultuelle.

77En archéologie, on parle de dépôt quand on conçoit que des objets sont posés volontairement dans un lieu, avec une intention bien définie à la source de ce geste. Ce terme est alors employé en opposition au simple rejet d’objets mis au rebut, parce qu’ils ne seraient plus utilisables. C’est alors l’absence a priori de toute organisation et donc de toute intention autre que de se débarrasser de ces objets qui est mise en avant. Selon cette définition, le contenu de la fosse 1034 de Rochefort-sur-Nenon, à la composition si singulière, moins tant par sa stèle que par sa vaisselle, et qu’il semble difficile de faire arriver par « hasard » dans cette fosse – même si la démonstration ne dépasse pas le rang d’hypothèse –, se range dès lors du côté du dépôt.

78La difficulté, pour ne pas dire la gêne qu’est la nôtre pour qualifier cet ensemble ne doit pas conduire à anéantir toute réflexion, par excès de prudence en ravalant ce cas au rang de simple anecdote. Ainsi, il existe tout un pan de la recherche protohistorique actuelle qui s’intéresse à ces fosses particulières et/ou au contenu particulier, découvertes ou non dans les habitats (DAVID-ELBIALI et alii, 2014 ; HAUSER, 2019 ; PEAKE dir., 2020 ; AUXIETTE, PEAKE, 2020). L’exemple de Rochefort-sur-Nenon apporte donc un nouvel exemple de la nécessité d’aborder les dépôts céramiques au même titre que n’importe quels dépôts, d’objets métalliques ou de faune (DREFFRESSIGNE, 2022).

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Notes

1 La kinésique vient du grec kinésis qui signifie mouvement. Ce terme représente la science des gestes quotidiens et se concentre sur l’étude des gestes des mains, des pieds et de la tête. Les expressions du visage, les poses, les mouvements et les manières du corps relèvent aussi de la kinésique.

2 Étude effectuée par Luc Jaccottey (Inrap).

3 Étude effectuée par Julian Wiethold (Inrap).

4 Étude effectuée par David Cambou (Inrap).

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Localisation du site de Rochefort-sur-Nenon.
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Fichier image/jpeg, 770k
Titre Fig. 2. Plan du site : structures Hallstatt.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 247k
Titre Fig. 3. L’environnement hallstattien : sites connus.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 735k
Titre Fig. 4. La fosse 1034 : vue avant fouille.
Crédits A. Marillier.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Fig. 5. La fosse 1034 : vue en coupe.
Crédits A. Marillier.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 1010k
Titre Fig. 6. Restitution et proposition de comblement de la fosse 1034.
Crédits S. Defressigne et A. Marillier.
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Fichier image/jpeg, 516k
Titre Fig. 7. Tableau de comptage de la céramique fine de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon selon les critères morpho-fonctionnels.
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Fichier image/jpeg, 596k
Titre Fig. 8. Répartition des différents types morpho-fonctionnels de vaisselle rencontrés dans la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 447k
Titre Fig. 9. Déclinaisons des différents sous-types rencontrés pour les formes en céramique fine de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon selon de la méthode visant à travailler la morpho-fonctionnalité de la vaisselle.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 154k
Titre Fig. 10. Répartition de la céramique fine selon les critères morpho-fonctionnels, volumétriques et décoratifs de la fosse-‘dépôt’ 1034.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 385k
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Fichier image/jpeg, 293k
Titre Fig. 11. Proposition d’utilisation de la vaisselle de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon : les formes hautes et médianes/hautes.
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Titre Fig. 12. Proposition d’utilisation de la vaisselle de la fosse-‘dépôt’ 1034 de Rochefort-sur-Nenon : les formes plates et basses.
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Fichier image/jpeg, 581k
Titre Fig. 13. Orthophotographie de la stèle anthropomorphe de la st. 1034 avec mise en évidence des tracés.
Légende En haut, à droite, détails des tracés visibles au niveau du visage (orthophotographie : F. Monna.
Crédits DAO : L. Jaccottey et A. Denaire ; cliché : A. Denaire).
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Fichier image/jpeg, 832k
Titre Fig. 14. Les stèles anthropomorphes du tumulus 7 (à gauche) et de la tombe à crémation 84 du site de ‘Stele 2’ de Rottenburg-am-Neckar.
Crédits Lkr. Tübingen, Allemagne ; d’après Bonnefant, Guillaumet, 1998.
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Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Fig. 15. Choix de stèles anthropomorphes néolithiques d’Europe occidentale.
Crédits D’après Schwegler, 2019.
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Fichier image/jpeg, 325k
Titre Fig. 16. Photo du moulage de la ‘Dame’ de l’hypogée n° 23 du Razet à Coizard (Marne) conservé au Musée du vin de Champagne et d’Archéologie régionale d’Épernay.
Crédits Cliché A. Denaire.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 929k
Titre Fig. 17. Exemples de repas collectifs impliquant des centaines de convives.
Légende A. Photo d’un repas d’une noce de 2100 personnes en 1912 à Scrignac (Finistère) ; B. cuisine en plein air d’une noce en pays de Cornouailles (début XXe s.) ; C. cuisines provisoires installées pour la préparation des repas accompagnant une fête à Weekarou (Sumba Ouest, Indonésie, août 2019) ; D. confection des assiettes qui seront distribuées aux invités lors d’une fête organisée dans le village de Tambela (Sumba Ouest, Indonésie, août 2019)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/17026/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
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Pour citer cet article

Référence papier

Angélique Marillier, Sylvie Deffressigne, Anthony Denaire, Véronique Bourson, David Cambou, Luc Jaccottey, Mickael Lagache, Fabrice Monna et Julian Wiethold, « L’inventaire inhabituel d’un lot de vaisselle et d’une stèle anthropomorphe »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 73-94.

Référence électronique

Angélique Marillier, Sylvie Deffressigne, Anthony Denaire, Véronique Bourson, David Cambou, Luc Jaccottey, Mickael Lagache, Fabrice Monna et Julian Wiethold, « L’inventaire inhabituel d’un lot de vaisselle et d’une stèle anthropomorphe »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/17026

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Auteurs

Angélique Marillier

Responsable de fouille, Inrap, UMR 6249 Chrono-environnement – Université de Franche-Comté

Sylvie Deffressigne

Étude du mobilier céramique, Inrap, UMR 6249 Chrono-environnement – Université de Franche-Comté

Anthony Denaire

Maître de conférences, Université de Bourgogne, UMR 6298 ArTeHiS – Université de Bourgogne

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Véronique Bourson

Étude du mobilier céramique, Inrap

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Étude archéozoologique, Inrap, UMR 6298 ArTeHiS – Université de Bourgogne

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Étude du macro-outillage lithique et technologique de la stèle, Inrap, UMR 6249 Chrono-environnement – Université de Franche-Comté

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Topographie, Inrap

Fabrice Monna

Photogrammétrie/Orthophotographie de la stèle, Professeur, Univ. de Bourgogne, UMR 6298 ArTeHiS – Université de Bourgogne

Julian Wiethold

Étude carpologique, Inrap, UMR 6298 ArTeHiS – Université de Bourgogne

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Droits d’auteur

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