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L’enceinte à fossé interrompu chasséenne D’esnon La Ratoire

Et les plans de bâtiments circulaires néolithiques dans le bassin de l’Yonne
Michel Prestreau
p. 29-49

Résumés

Un rayon de 10 km autour du secteur de double confluence Yonne-Armançon-Serein comporte une trentaine, voire plus, d’enceintes néolithiques, principalement documentées par la photographie aérienne. Esnon, qui comprend une palissade et un fossé composé d’un chapelet de fosses interrompues, figure parmi ces enceintes. Le mobilier ainsi qu’une datation absolue permettent une attribution au Chasséen de la seconde moitié du Ve millénaire. Parmi le mobilier figure un exceptionnel os travaillé brûlé, doté de perforations carrées, dont l’usage reste à établir. Dans l’aire interne, le plan d’un bâtiment circulaire de type Auneau a été mise au jour. Très érodé, sans mobilier probant, son association avec l’enceinte, bien que très probable, n’est pas clairement établie dans la mesure où un bruit de fond Cerny est perceptible. Les architectures circulaires néolithiques étant encore rares et souvent inédites, cet article est l’occasion de faire le point des connaissances sur ce type d’édifices dans le bassin de l’Yonne, tant en termes d’habitat qu’en termes funéraires.

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Texte intégral

Un grand merci à Rémi Martineau qui a accepté au pied levé de déterminer un échantillon de tessons.

1À la fin des années 80, J.-P. Delor, dans le cadre de ses prospections aériennes au-dessus des vallées du bassin versant de l’Yonne, mettait en évidence plusieurs dizaines d’enceintes supposées de datation Néolithique. Cette même période voyait l’éclosion d’un vaste programme d’étude coordonné par P. Duhamel sur les stades initiaux du Néolithique dans l’Yonne, à la suite des fouilles de sauvetage en carrière de Passy et de Villeneuve-la-Guyard. Ce programme a couru pendant une décennie, en particulier alimenté par une convention qui liait entreprises de granulat et Ministère de la Culture. Il se déclina en plusieurs sous-programmes dont un sur les enceintes. C’est dans ce cadre qu’à partir de la fin des années 90 plusieurs enceintes ont été sondées. Esnon La Ratoire figure parmi ces dernières en raison de sa position non loin de la confluence Yonne-Armançon et de la présence sur les clichés aériens d’une structure circulaire dont la fonction, la datation et l’association avec l’enceinte figurait au cœur des problématiques de recherche alors en cours dans le Bassin parisien.

I. Présentation de l’aire d’étude

2La commune d’Esnon se localise le long du cours de l’Armançon, à 6 km en amont de la confluence avec l’Yonne à Migennes. L’Armançon, principal affluent de l’Yonne, prend sa source dans l’Auxois. L’Yonne, l’Armançon, le Serein, la Seine et l’Aube se déploient en éventail dans le sud-est du Bassin parisien ; chaque vallée est séparée de la suivante d’environ 30 km. Ces rivières appartiennent au bassin versant de la Seine.

3L’aire d’étude est située dans un contexte géographique remarquable, en raison d’une double confluence sur moins de 3,5 km entre trois rivières majeures du sud-est du Bassin parisien : l’Yonne et le Serein puis l’Yonne et l’Armançon. Ce dernier parcourt 202 km, le Serein 188 km. Une telle proximité géographique est unique dans le Bassin de Paris. L’extrême densité des sites archéologiques dans un rayon de 10 km autour de cette double confluence, toutes périodes confondues, ne peut s’expliquer que par l’attrait qu’elle exerçait sur les populations anciennes, en raison des possibilités offertes par ces voies de circulation.

4Situées en France médiane, les trois rivières Yonne, Armançon et Serein doivent être perçues comme des axes de circulation majeurs entre Méditerranée et septentrion dans la mesure où elles offrent une alternative au couloir ligérien pour le transit nord-sud. En effet, le Serein et l’Armançon sont au contact direct par leurs affluents avec le Bassin de la Saône, lequel se prolonge au nord-est vers le fossé rhénan, passé le seuil de Belfort. Enfin, le bassin versant de l’Arroux, affluent de la Loire, côtoie ceux du Serein et de l’Armançon aux environs d’Arnay-le-Duc en Côte-d’Or. Ainsi, la zone d’étude s’ouvre à de multiples influences, Bassins parisien et rhénan, Méditerranée, Massif central.

5À hauteur d’Esnon, la plaine de l’Armançon occupe environ 2 km en entaillant les collines calcaires du Crétacé. La rive droite borde la forêt d’Othe dont le sous-sol contient de nombreux affleurements de silex largement exploités durant toute la Préhistoire récente, et sans doute avant.

I.1. Contexte archéologique

6La réunion de multiples facteurs favorables à l’occupation humaine (vastes plaines giboyeuses, limons fertiles, matières premières siliceuses et gréseuses à disposition, multiples axes de circulation, …) concourt à expliquer les centaines de gisements archéologiques recensés dans un rayon de 10 km autour de cette double confluence.

7Le contexte mésolithique reste méconnu, mais le potentiel est intéressant. Les gisements de Saint-Privé Les Quatre Arpents ou de Charbuy Les Fusiliers en attestent.

8Les fouilles et les travaux de l’équipe auxerroise réunie autour de J.-P. Delor, qui a sillonné les cieux pendant plus de 40 ans, ont révélé une situation exceptionnelle, mettant en évidence un tapis continu de sites. Ainsi, l’interfluve est fortement occupé dès le Néolithique ancien. Une quinzaine de sites y sont recensés entre Charmoy et Gurgy. Le Rubané final du Bassin de la Seine (RFBS) est identifié à Champlay Les Carpes, à Cheny ou Charmoy L’Orme par exemple, puis le Blicquy-Villeneuve-Saint-Germain (BVSG) prend le relai sur des sites comme Gurgy Les Plantes du Mont ou Moneteau Sur Macherin (AUGEREAU, CHAMBON, 2011), ou le village de plus de quinze maisons connues par photographies aériennes de Bonnard Le Saulcy (DELOR, 1985).

9Concernant le Néolithique moyen, une reprise des données anciennes s’impose. En l’attente, on reconnaît le Cerny à Charmoy tant dans une ancienne carrière au centre du village (données archives inédites H. Carré) que dans les fouilles des Ormes, où Cerny et Chasséen se mêlent au BVSG (JOLY, 1968). Le Cerny est également présent à Beaumont (fouille inédite Bolnat), à Gurgy Le Noizeau (MEUNIER, 2007) et à Chichery Sur les Patureaux (CHAMBON, 2010). Le Roessen III ou l’Épiroessen apparaissent associés à du mobilier chasséen à Champlay Les Carpes 2 (fouilles inédites D. Thièbault ; DUHAMEL, PRESTREAU, 1997). Le Chasséen est identifié à Beaumont (publ. N. Garmond en cours), à Bonnard en contexte funéraire (MERLANGE, 1991), à Charmoy Les Ormes et à Champlay (cf. ci-dessus). On compte deux nécropoles de type Passy à Chichery Les Patureaux (CHAMBON et alii, 2010) et à Charmoy Le Charmot, auxquelles s’ajoute celle de Chéu Les Blimes (DELOR, 1993), sur la rive gauche de l’Armançon, à 20 km en amont de la confluence.

10Une trentaine d’enceintes au profil architectural varié sont clairement recensées par la photographie aérienne ; six d’entre elles sont documentées par la fouille. Il s’agit de :

  • Monéteau, Sur Macherin, Chasséen ; fouilles A. Augereau et C. Tristan (AUGEREAU, CHAMBON, dir., 2011) ;
  • Gurgy Le Nouzeau, deux enceintes Cerny récent ; fouille K. Meunier (MEUNIER, 2007) ;
  • Beaumont Crôt aux Moines, deux enceintes chasséennes ; fouille Merlange, 1979-1982, et fouille C. Pellet et J.-P. Delor, 1980-1982 ;
  • Esnon, Bas d’Esnon ou La Ratoire, objet de la présente publication.

11La photographie aérienne a également révèlé un fort potentiel minier sur la rive droite de l’Armançon ainsi que de part et d’autre de la vallée du Tholon. Au nord de l’enceinte d’Esnon, dans le finage de la commune, la photographie aérienne permet de repérer les traces de minières à silex, non datées à ce jour.

12Dans ce riche contexte, il n’est pas exclu que le territoire d’Esnon ait abrité d’autres enceintes néolithiques, les clichés aériens semblant en révéler deux autres. Les communes limitrophes d’Ormoy, Briénon, Migennes et Cheny ont accueilli chacune au moins une enceinte au type architectural varié (fig. 1).

Fig. 1. Esnon, La Ratoire. Plan de localisation départementale et emplacement des enceintes du secteur de la double confluence Yonne- Armançon-Serein.

Fig. 1. Esnon, La Ratoire. Plan de localisation départementale et emplacement des enceintes du secteur de la double confluence Yonne- Armançon-Serein.

I.2. Contexte géographique

13Le cours de l’Armançon entaille les formations calcaires du Crétacé (Albien et Turonien). Ces formations du Mésozoïque supérieur sont surmontées par de nombreux plaquages lœssiques ; ce qui est le cas pour le territoire de la commune d’Esnon qui repose partiellement sur une plaque de lœss. Les calcaires du Crétacé sont parcourus de veines de silex qui ont intéressé de tous temps les humains, en témoignent les occupations Paléolithique moyen de Champlost (GIRARD, KRIER, 1982).

14Les dix derniers kilomètres de la vallée de l’Armançon sont profondément marqués par la proche confluence. Les deux rivières Yonne et Armançon présentant une compétence quasi identique, les crues de l’une font barrage à l’écoulement de la seconde, processus qui favorise l’étalement et la sédimentation. Large d’environ 2 km, le lit majeur accueille une rivière qui serpente dans une plaine parcourue de nombreux chenaux fossiles. Le droit d’Esnon n’échappe pas à cette règle, le village actuel étant installé à l’extérieur du coude d’un méandre fossile. Le découpage des finages atteste l’instabilité du lit mineur ; ainsi la limite communale entre Esnon (rive droite) et Ormoy (rive gauche) ne suit-elle pas le cours actuel de la rivière mais celui d’un méandre fossile.

15Les photographies aériennes révèlent, outre des paléo-chenaux larges et profonds, la présence de micro-chenaux anastomosés post-glacières ou holocènes dans l’espace compris entre le cours actuel de la rivière et l’occupation néolithique.

16L’Armançon reçoit des affluents tel le ru d’Esnon qui borde actuellement le site archéologique à l’est. Il demeure difficile d’établir la position de ce ru lors de la fin de la période Atlantique car la zone a été fortement remaniée. Pour alimenter les douves médiévales du château d’Esnon, on détourna le cours de deux rus, dont celui d’Esnon. Les archives départementales de l’Yonne conservent un « Plan topographique de la paroisse d’Esnon », à dater du milieu du XVIIIe siècle, puisqu’antérieur à la construction du canal de Bourgogne, mais réservant l’emplacement de son futur tracé. Ce plan atteste des douves en eaux et dresse une carte d’un réseau hydrographique complexe avec la réalisation de vastes bassins d’ornement dont les eaux déviées rejoignent le ru d’Esnon. À partir de 1771, la construction du Canal de Bourgogne, qui longe l’Armançon, occasionna de nouvelles modifications. L’atlas de Trudaine, qui date du troisième quart du XVIIIe siècle, montre un aménagement de cinq bras issus du captage des deux rus précédemment cités, dont un correspond à l’emplacement actuel du ru d’Esnon. Quel que soit le plan consulté, il semble que la partie du cours qui longe le site n’a pas subi de profonds remaniements ; néanmoins l’appui de l’enceinte sur le tracé actuel du ru d’Esnon à l’est doit rester une hypothèse.

17Ces données montrent qu’il est difficile de déterminer la forme exacte de l’enceinte. Sans preuves directes, on émettra l’hypothèse qu’elle s’appuyait sur le bras fossile de l’Armançon le plus au nord, dont le ru d’Esnon actuel a repris le tracé (fig. 2, B), sans doute à la confluence de ce dernier avec la rivière. Sur cette base, on peut estimer que l’enceinte cernait une surface d’environ 7 ha.

Fig. 2. Esnon, La Ratoire. Photographie aérienne du site et plan avec localisation des sondages.

Fig. 2. Esnon, La Ratoire. Photographie aérienne du site et plan avec localisation des sondages.

Cliché : J.-P. Delor.

18L’enceinte se situe à 2 m au-dessus du niveau NGF actuel de la rivière, et repose sur un substrat de sables et graviers surmonté d’une faible couche de terre végétale fortement érodée par les labours. Le travail de microtopographie réalisé montre une faible déclivité axée nord-sud dont le pendage se dirige vers la rivière.

II. Historique des recherches

19On doit la découverte de l’enceinte d’Esnon à J.-P. Delor qui, par des photographies aériennes en 1989, l’a mise en évidence en même temps qu’une nécropole de La Tène composée de plusieurs enclos quadrangulaires et d’une exploitation rurale gallo-romaine. La présence de ces vestiges masque en partie les structures néolithiques.

20Les photographies aériennes montrent un tracé composé d’une ligne arquée formée d’une quinzaine de fosses discontinues, doublée à 3 ou 4 m d’un fin cordon correspondant à la palissade interne (fig. 2, A). Quelques taches parsèment l’aire enclose. Autre élément important, plusieurs photos révèlent un bâtiment circulaire de type Auneau formé d’une demi-lune complète qui amorce sa fermeture. Les 3/8 manquants du cercle semble marqués par de rares trous de poteau. Une cloison interne, interrompue, divise l’espace en deux moitiés inégales.

21L’enceinte d’Esnon se situe à moins de 7,5 km à vol d’oiseau et à 10,5 km par voie fluviale des enceintes de Beaumont, à la confluence de l’Yonne et du Serein, identifiées comme chasséennes par la fouille. Les photographies aériennes complètent la vision de ces enceintes en révélant des bâtiments de type Auneau et de type Herblay.

III. L’opération archéologique

22Conçue dans le cadre d’un programme de prospections thématiques sur les enceintes néolithiques de plaine de la vallée de l’Yonne, cette opération s’est déroulée sur la base d’une autorisation de sondage qui limitait la surface à ouvrir. Elle visait à identifier les vestiges, à les dater et à reconnaître leur état de conservation. Elle dura une semaine sur le terrain en septembre 2000.

23Au terme d’une journée de décapage, trois fosses de l’enceinte, un segment de palissade et le tracé du bâtiment circulaire furent mis au jour en deux secteurs. Le premier secteur, le long du chemin, comportait trois fosses de l’enceinte, le second, au sud-ouest du premier, concernait la palissade interne et le bâtiment circulaire (fig. 2, C).

III.1. Stratigraphie du site

24La stratigraphie du site se compose d’un niveau de terre végétale d’environ 30 cm d’épaisseur auquel succède immédiatement le gravier calcaire des terrasses de l’Armançon. L’ancienneté du chemin au long duquel le secteur 1 fut positionné a préservé en partie les fosses de l’enceinte de l’érosion de l’agriculture moderne. Intercepté au début de la tranchée du secteur 2, un paléochenal de faible ampleur entaille le gravier.

III.2. Le secteur 1 : les fosses F1, F2 et F3

25Le décapage d’une plateforme d’environ 25 m par 6 m a permis de dégager deux fosses (F1 et F2) séparées l’une de l’autre par un écartement d’environ 4,5 m. Une troisième fosse (F3), hors de la plateforme (fig. 3, A), dans la continuité des deux précédentes, a été coupée à la pelle mécanique. Aucune des trois fosses dégagées n’a été fouillée exhaustivement ; chacune a fait l’objet d’un sondage, à la pelle mécanique pour la fosse 3, manuel pour les fosses 1 et 2. La coupe manuelle de la fosse F1 confirme les observations réalisées sur F3 concernant le remplissage.

Fig. 3. Esnon, La Ratoire.

Fig. 3. Esnon, La Ratoire.

A. Plan du secteur 1 ; B. levé de la coupe F3 ; C. vue en coupe de F3.

26Les deux fosses entièrement dégagées se présentent sous la forme d’un rectangle de 12 m de longueur sur 4,5 m de largeur. Les angles sont arrondis, le fond plat. Elles entaillent le substrat de grave sur environ 80 cm. Au fond, une couche de calcin emprisonne la plus grande part du mobilier recueilli. La coupe perpendiculaire à l’axe de la fosse 3 permet d’analyser la nature du remplissage composé de quatre couches (fig. 3, B et C). Ainsi, de bas en haut, on lit la séquence suivante :

  • A : provenant de l’intérieur de l’enceinte, un limon brun argileux, intégrant des particules de sable et du cailloutis sans doute issu de la matrice sablo-graveleuse du substrat, paraît avoir glissé en une masse compacte vers le centre de la fosse. Ce dépôt de forme biseautée représente environ la moitié de la masse du remplissage ;
  • B : sur le flanc opposé, une petite poche de sable, faiblement limoneuse, atteste une descente de particules, sans doute par ruissellement sous l’effet de la gravité ;
  • C : un limon brun, avec petites poupées calcaires, a glissé en sens inverse à partir du bord extérieur de l’enceinte. Ce niveau recouvre totalement la couche B et partiellement l’extrémité en biseau de la couche A ;
  • D : la zone de contact entre A et C forme une cuvette colmatée par un limon brun-roux chargé en particules de gravier ;

27La terre arable, végétale, actuellement labourée, scelle le tout, sans transition.

28On peut avancer l’interprétation suivante : le sédiment issu du creusement des fosses a été déposé de préférence en direction de l’aire interne de l’enceinte, vraisemblablement pour former et renforcer le talus de la palissade. Durant la phase d’occupation, la fosse était entretenue car seul un petit bourrelet de sédiment (couche B) a ruisselé à partir du bord extérieur. L’abandon du talus de la palissade a conduit à l’éboulement de ce dernier, qui a glissé de façon relativement compacte vers le centre de la fosse jusqu’à trouver un profil d’équilibre. Dès lors les dépôts ultérieurs doivent correspondre à un remplissage plus lent, vraisemblablement reflet de la composition du sol naturel environnant ; telle est l’interprétation que l’on peut donner de la couche C. De la composition des couches A et B, très chargées en gravier, on peut émettre l’hypothèse d’une faible épaisseur du recouvrement limoneux à la charnière des Ve / IVe millénaires et poser la question de l’édification d’un bourrelet extérieur de moindre ampleur que le talus de la palissade.

III.3. Le secteur 2

29Le secteur 2 se compose d’une grande tranchée axée nord-nord-ouest/sud-sud-est, de 30 m de longueur et terminée par un décapage en arc de cercle (fig. 4, A). Au nord, elle débute sur un substrat limoneux et se poursuit en sables et graviers. La tranchée intercepte la palissade puis s’ouvre en plateforme pour dégager le bâtiment circulaire.

Fig. 4.

Fig. 4.

A. Esnon, La Ratoire. Plan du secteur 2 ; B. plan et coupes de la structure 4 (bâtiment circulaire).

III.3.1. La palissade

30La palissade se présente sous la forme d’une tranchée de 50 cm de largeur. Elle ne subsiste plus que sur 30 cm de profondeur. Constitué d’un limon brun clair, le comblement apparaît homogène. Les coupes et profils longitudinaux n’ont pas permis d’identifier de négatif de poteaux.

III.3.2. Le bâtiment en demi-lune

31L’usage d’un tracto-pelle a fortement limité les possibilités techniques pour dégager la structure en entier. Les premiers vestiges exhumés ont montré une forte érosion. Or la mise au jour complète nécessitait un va-et-vient des terres, incompatible avec l’état de conservation. L’engin a donc suivi le tracé du fossé qui se referme sur un 5/8e de cercle.

32Le plan du bâtiment est matérialisé par une tranchée de 40 à 60 cm de largeur, de faible profondeur (maximum 40 cm) qui se referme pour former une demi-lune (fig. 4, B). Sur l’axe NNO-SSE on mesure 7 m, alors que la distance entre l’extrémité de chacune des branches qui se rabattent vers l’intérieur est de 11 m. Ces branches d’environ 4 m de longueur, disposées en vis-à-vis, referment l’arc de cercle. Des trous de poteau d’environ 40 cm de diamètre prolongent la tranchée. L’état de conservation ne permet pas une lecture complète de la forme ; néanmoins, en extrapolant les parties disparues, on obtient une aire interne d’environ 90 m2, divisée en deux parties inégales.

33La partie avant étant tronquée par l’érosion, il est difficile de reconnaître un dispositif d’entrée. Les trous de poteau disposés dans l’aire interne pourraient correspondre à l’encadrement d’un corridor. Le passage entre les deux branches mesure 2,8 m.

34Toutes les sections de coupe de la tranchée circulaire montraient un limon brun-roux répandu dans toute la gouttière. On peut s’interroger pour savoir si la tranchée n’était pas destinée à accueillir une sablière, ce qui expliquerait l’uniformité de la couche de limon brun-roux sur tout le pourtour ; l’hypothèse sera à vérifier sur d’autres bâtiments du même type. Un autre indice plaide en ce sens : la forme globalement circulaire de la demi-lune s’avère correspondre à des articulations de segments de droite (c’est particulièrement sensible sur le flanc est de la maison) ; ces segments pourraient trahir l’accueil de sablières plus ou moins rectilignes.

35L’angle sud-ouest de l’habitat est marqué par un léger approfondissement au niveau de l’articulation entre tranchée circulaire et bras perpendiculaire. Il en va de même de l’extrémité de la branche en retour ouest. Cela laisse envisager la présence de poteaux verticaux structurant l’architecture du bâtiment. Le remplissage des trous de poteau et de la gouttière ne contenait pas de fragments de torchis. Il est donc difficile d’extrapoler sur la technique architecturale.

36Enfin, la gouttière et les trous de poteau n’ont livré que très peu de mobilier : une possible petite masse (fig. 5, C) dont le tranchant et le talon sont émoussés par des coups portés, et deux tessons. L’un de ces tessons ne présente pas de forme identifiable ; toutefois, noire côté interne et sur la tranche et brun-beige à l’extérieur, sa pâte est finement triée, ne montrant que de très fines particules de dégraissant, dont de l’os ; intérieur et extérieur ont été lissés, voire lustrés, avec beaucoup de soin. Ce tesson se fond avec le mobilier mis au jour dans les fossés de l’enceinte.

Fig. 5. Esnon, La Ratoire, le mobilier.

Fig. 5. Esnon, La Ratoire, le mobilier.

A. Mobilier céramique ; B. os travaillés ; C. hachette provenant de la gouttière du bâtiment circulaire.

37Dès lors, une datation directe s’avérant impossible, c’est par analogie, tout en tenant compte du contexte de l’enceinte, qu’une attribution culturelle sera proposée.

III.4. Le mobilier

38Comme évoqué ci-dessus, les fosses F1 et F2 ont fait chacune l’objet d’un sondage manuel. Le choix de l’emplacement de ces derniers s’est porté sur le bord extérieur, au niveau du passage que constitue l’intervalle entre les deux fosses ; l’expérience de fouille sur ce type d’enceinte de plaine tend à démontrer que cet espace constitue un point favorable au rejet des déchets. Ce fut le cas, même si le mobilier recueilli n’est pas très abondant.

III.4.1. La céramique

39Le nombre de tessons recueillis s’élève à 365 pour un poids de 1,7 kg dont 682 g dans la fosse 1 et 1,1 kg dans la fosse 2. Le taux de fragmentation est extrêmement élevé, le poids moyen d’un tesson s’avère être de 7 g dans la fosse 1 et de 4 g dans la fosse 2. Bien qu’il s’agisse de céramique fine, la majorité des fragments ne dépasse pas les 6 cm2, ne laissant apercevoir que peu de formes, aucune complète. La série ne comporte pas de décor ; une seule préhension en forme de poignée à perforation verticale (fig. 5, A, n° 5). L’état des surfaces est assez altéré, ce qui permet une approche aisée des inclusions. Néanmoins, les céramiques ont souvent subi un lissage final intérieur comme extérieur qui rend le toucher relativement doux.

40La majeure partie des tessons est de couleur brun-gris sombre à l’extérieur et gris-noir, occasionnellement noir à l’intérieur. Trois tessons, de couleur intérieure et extérieure noire, présentent un état de surface extrêmement lisse, vraisemblablement poli, contrastant avec les inclusions de micas qui scintillent à la lumière. Ils ont bénéficié d’un tamisage extrêmement fin (naturel ou anthropique ?) des particules de dégraissant qui n’excèdent pas le millimètre. Une dizaine de tessons présentent les mêmes particularités dans une gamme de couleur beaucoup plus claire voisinant le beige moyen gris-orangé.

41Deux types de pâtes sont constatés. L’un, d’aspect sableux, incorpore des particules très soigneusement broyées et filtrées n’excédant jamais le millimètre, l’autre, plus argileux, incorpore des éléments grossiers d’ordre pluri-millimétrique.

42La gamme des dégraissants employés s’avère multiple. L’examen d’un échantillon représentatif de quinze tessons permet de dégager trois groupes, sans correspondance avec les deux types de pâtes. Le premier intègre feldspaths, quartz et mica très finement broyés, le second, de préparation plus grossière, comprend quartz et os pilé, et le dernier, plus rare, inclut des fragments de coquilles d’huîtres. À noter que l’os pilé est ponctuellement présent dans le premier groupe. Ce dernier, composé de roches d’origine métamorphique, questionne par sa présence sur un site bordé par une rivière dont le cours tranquille parcourt un domaine géologique composé uniquement de roches sédimentaires. Le massif du Morvan, d’origine métamorphique, se situe à 60 km au sud.

43Tous ces additifs sont connus dans le Chasséen. Il convient cependant de signaler qu’Esnon est le premier site icaunais à inclure de la coquille d’huîtres, cette pratique étant signalée à Chassey (THEVENOT, 2005). F. Convertini signale un niveau d’argile à coquilles à Monéteau dans la vallée de l’Yonne (CONVERTINI, 2016), soit à environ 15 km d’Esnon. On peut s’interroger sur l’apport volontaire par les potiers de coquilles comme dégraissant mais il ne faut écarter le choix délibéré de prélever ce type d’argile justement parce qu’elle ne nécessite pas d’additif. La présence de coquilles dans la pâte des céramiques chasséennes est signalée dans la vallée de l’Oise par C. Constantin (CONSTANTIN, 2003) pour un stade mature du Chasséen à Catenoy (Oise).

44Les cassures se répartissent en deux types, les fractures rectilignes et les fractures biseautées, ces dernières, plus rares, traduisant un montage au colombin.

45Compte tenu de l’extrême fragmentation de la céramique, peu de formes sont identifiables. Deux petites jattes carénées, deux cols de bouteille ou de jarre, et deux marmites à ouvertures très rétrécies (fig. 5, A) sont reconnus.

46La présence d’un bord coché peut intriguer dans ce contexte puisque en se fiant à la datation 14C (cf. ci-dessous), nous serions dans une phase classique du Chasséen, alors que le bord coché évoque le Cerny. Deux possibilités sont à envisager : soit nous sommes face à un tesson intrusif issu d’une occupation précédente des lieux – une photographie aérienne semble montrer un plan de bâtiment en « pince à épiler » à moins de 100 m à l’ouest de l’enceinte –, soit il s’agit des derniers échanges entre des populations chasséennes qui ont pris possession du territoire et les ultimes peuplements Cerny qui disparaissent par assimilation progressive. La présence importante d’os pilé dans la céramique des fossés de l’enceinte conforte la seconde hypothèse, sans l’imposer.

III.4.2. La faune

47La faune est extrêmement fragmentée et souvent brûlée. On dénombre environ 150 restes, souvent de faible taille et très fractionnés. Les occupations ultérieures ont provoqué des mélanges, comme le prouve une première datation 14C tentée sur l’enceinte, qui a donné une date correspondant à la période d’ensevelissement des défunts dans la nécropole protohistorique (Lyon 2669 -GrA- 3650 ± 50 {3193 - 1893 cal BC}).

48On identifie trois espèces : le porc, le bœuf et le mouton.

III.4.3. L’industrie osseuse

49Deux os brûlés, étroitement mêlés au sein d’un même rejet dans la fosse 1, avaient été travaillés de main d’homme.

50Le premier compte une dizaine de morceaux d’une côte de bœuf. Le fragment principal mesure 12 cm et comporte un minimum de quatre trous (fig. 5, B). La côte présente un flanc plat avec traces de polissage et un flanc plus concave. Coté concave, on perçoit une perforation carrée de 8 mm de côté ; au revers, coté aplani, figure une perforation carrée de 5 mm, peut-être complétée d’une seconde malheureusement interrompue par une cassure. Sur la tranche, l’os est entaillé sur 4 mm de largeur sur 8 mm de longueur sur un axe perpendiculaire à l’os. Cette dernière entaille, aux limites extrêmement régulières, n’est pas suffisamment profonde pour laisser passer l’air qui pouvait éventuellement circuler au cœur de l’objet. Elle peut résulter de l’action du feu mais la netteté de la découpe plaide pour une action humaine. L’intérieur de l’os a été évidé ; le creusement mesure 9 mm de largeur et 3 mm de hauteur. Il ne se poursuit pas au-delà de l’ultime perforation carrée. Parmi les autres fragments conservés, un comporte une cassure à angle droit qui peut correspondre à une autre perforation volontaire.

51Bien que la matière osseuse soit brûlée, les perforations géométriques de la côte de bœuf sont le résultat d’une action humaine qui nécessite une maîtrise technique certaine. Le poli observé autour de deux des perforations peut résulter d’une préparation en vue du forage, mais plus sûrement d’une usure d’utilisation. L’interprétation est délicate. Cette pièce n’a pas de comparaison connue. D’une manière générale, les côtes d’animaux ne se prêtent pas à la réalisation d’instruments de musique, ce qui semble exclure un instrument à vent. La tranche des perforations ne montre aucune trace de lissage qui pourrait traduire le passage d’un lien quelconque. Il s’agit donc d’un os travaillé dont la fonction nous échappe.

52Taillé dans une scapula d’ovin brûlée à blanc et mêlé avec les fragments précédents, un morceau de 40 mm est éclaté dans le sens de la longueur par le feu (fig. 5, B). Sur la face plane une entaille trapézoïdale de 11 mm de longueur est visible. Entre l’extrémité distale et l’entaille, la surface plane semble avoir subi un ponçage, voire un polissage. Le quatrième coté est détruit et il reste 4 mm de la petite base et 7 mm de la grande base. Au centre du côté préservé, taillé en oblique, une entaille sans doute réalisée avec un burin semble confirmer un travail humain. L’interprétation de cette pièce est rendue impossible par le feu mais l’entaille évoque le bec d’un instrument à vent.

III.4.4. L’industrie lithique

53Malgré la proximité de la rivière, la totalité du silex débité provient d’affleurements ou d’un approvisionnement minier. Les pièces présentent une patine blanche qui obère en partie les possibilités d’identification. Néanmoins, la majorité identifiable des pièces est débitée dans un silex gris veiné d’anthracite, à grain très fin. Un silex brun foncé, voire noir, à grain très fin et épaisse patine blanche complète les ressources en matière première lithique. Trois pièces sont débitées dans un silex qui prend une patine caramel veinée d’ocre. Un quart des pièces a subi l’action du feu, parfois jusqu’à donner un aspect poudreux au cœur. Un second quart porte les stigmates d’une chauffe volontaire maîtrisée. Le cortex est très fin, d’une couleur jaune terne à ocre. Le tableau de la figure 6 expose la totalité du mobilier lithique mis au jour dans les fosses de l’enceinte d’Esnon.

Fig. 6. Esnon, La Ratoire. Décompte de l’industrie lithique.

Fig. 6. Esnon, La Ratoire. Décompte de l’industrie lithique.

54L’outillage est dominé par les grattoirs, on en dénombre treize (fig. 7 nos 1, 2, 5 et 9). Épais, ils sont façonnés sur éclats ou éclats laminaires. Quatre burins d’angle sur lame ou éclat laminaire et une pièce triangulaire esquillée complètent ce panel.

Fig. 7. Esnon, La Ratoire. L’industrie lithique.

Fig. 7. Esnon, La Ratoire. L’industrie lithique.

55On dénombre deux nucleus incomplets dont un à débitage bipolaire. Les bulbes traduisent l’emploi de la percussion directe de façon minoritaire. De petits bulbes, souvent punctiformes, renseignent l’emploi d’une percussion organique tendre indirecte. Bien que le débitage d’éclat soit majoritaire, l’intention de produire des produits laminaires est sensible. La série ne comporte aucune grande lame, mais deux proximaux fracturés pourraient trahir une telle production. Cette petite série ne comporte pas de grande pièce, la plus grande conservée n’excède pas 75 mm et la plus grande lame mesure 52 mm (fig. 7, n° 6).

56Parmi les unicum figure un petit galet de 40 mm en quartz brun de forme oblongue présentant un lustré sur la partie concave de sa surface (fig. 7, n° 8).

III.5. Datation de l’enceinte d’Esnon La Ratoire

57En se basant sur le mobilier exhumé, principalement la céramique, on peut suggérer une édification de cette enceinte lors de la séquence chasséenne. En effet, bien que ce mobilier ne comporte que peu de caractères typiques, la présence de carènes basses sur des pâtes fines lissées, le traitement de surface avec lissage, voire polissage, la pâte de quelques tessons noirs micacés ou beiges, incitent à proposer cette attribution. L’industrie lithique, bien que ne comportant aucun « fossile directeur » chasséen, n’est pas en contradiction avec l’industrie lithique chasséenne de Chassey (THEVENOT, 2005), de Beaumont (AUGEREAU et alii, 2016) ou de Monéteau (AUGEREAU, CHAMBON, 2011).

58Une datation 14C sur os – Lyon-19177 (SacA-65109) BP 5185 ± 30, 4049 à 3953 cal BC) –, provenant du fond de la fosse 1, situe l’occupation à la charnière des Ve et IVe millénaires, datation tout à fait compatible avec le Chasséen classique, mais tardive pour le nord de la Bourgogne car de chronologie proche des premiers peuplements Noyen au nord ou NMB au sud-est. À cet égard, les quelques rapprochements de formes céramiques tentés renvoient vers les ensembles de la phase ancienne du Chasséen du sud du Bassin parisien ou du Val de Saône, principalement Beaumont ou Chassey, où les quelques caractères identifiés à Esnon sont présents. On remarque aussi une affinité avec la phase ancienne du Chasséen du Val de Loire comme, par exemple, le mobilier de St-Denis-les-Ponts en Eure-et-Loir (LETHROSNE et alii, 2016). Enfin, la présence d’os pilé dans la céramique chasséenne est connue à Beaumont, à Monéteau et dans la vallée de l’Oise mais toujours pour un stade ancien du Chasséen (CONSTANTIN, 2003 ; CONVERTINI, 2016). Le faisceau des indices matériels semble donc rattacher Esnon au Chasséen ancien, auquel cas la date 14C obtenue serait à qualifier de trop récente de deux ou trois siècles.

IV. Les enceintes et habitats dans le contexte de la moyenne vallée de l’Yonne

IV.1. Les enceintes

59Comme évoqué en introduction, l’enceinte d’Esnon La Ratoire s’inscrit dans un corpus d’une trentaine d’ensembles architecturaux similaires probables (vingt-deux certains, huit probables) qui jalonnent les cours de l’Yonne, de l’Armançon et du Serein dans un rayon du 10 km autour de la double confluence (cf. fig. 1). Le total de trente-cinq gisements présentés dans le tableau ci-après intègre cinq indices supplémentaires (fig. 8).

Fig. 8. Esnon, La Ratoire. Liste des enceintes néolithiques de la double confluence Yonne- Armançon-Serein.

Fig. 8. Esnon, La Ratoire. Liste des enceintes néolithiques de la double confluence Yonne- Armançon-Serein.

60La moitié des enceintes s’adosse à un cours d’eau ; les autres, quand elle est déterminable, ont une forme circulaire ou elliptique, avec parfois un tracé en tronçons irréguliers qui peuvent inclure des segments rectilignes, concaves ou convexes, sans qu’une explication logique (à nos yeux) s’impose. La présence de fossés continus ou interrompus se projettant en avant d’une palissade ne représente que vingt et un des trente-cinq cas exposés.

61Le type d’architecture d’Esnon, à fossé interrompu unique doublé d’une palissade interne, se révèle assez répandu dans le secteur de la confluence. Il est identifié à Beaumont Crôt aux Moines, à Charmoy Le Haut des Marquettes, à Migennes Les Grèves de Fouchy, à Épineau-lès-Voves Écluse d’Épineau, à Champlay La Noée, à Cheny Grève sous Pouilly, à Chichery Bois des Marais et Bois des Patureaux, à Gurgy Le Nouzeau et Ferme de Néron. Les surfaces enclosent, lorsque l’on peut les évaluer, s’inscrivent dans une fourchette comprise entre 1,5 et 5 ha. Néanmoins, les sites documentés par la fouille affichent des surfaces plus importantes (Beaumont, Monéteau, voire Esnon) ; il se peut donc que quelques enceintes cernent des surfaces plus grandes, l’extrapolation des formes à partir des photographies aériennes pouvant s’avérer faussée, soit par la présence de secteurs boisés, soit par l’exubérance de certains tracés tel Monéteau (AUGEREAU, 2011). Néanmoins, on peut déjà dresser le constat, valide sur l’ensemble du bassin versant de l’Yonne, que les enceintes de plaine ont généralement une surface plus petite que celles, elliptiques et fossoyées, des grands plateaux du sud du département, qui dépassent les 10 ha et appartiennent à la séquence ultérieure représentée par le NMB (exemples : Noyers Puy de Bon ou Annay-sur-Serein Champ de la Remise).

62Il demeure difficile d’appréhender d’éventuelles structures néolithiques dans l’aire interne car ces zones de plaine ont connu de multiples occupations au cours des temps. Ainsi, sur la plupart des sites, des occupations ultérieures (souvent des habitats et nécropoles protohistoriques) limitent la portée des interprétations pour individualiser des vestiges contemporains des enceintes. Néanmoins, lorsque c’est possible, l’intérieur ne montre que très peu de traces lisibles (poteaux ou fosses). C’est ainsi le cas à Champlay ou à Migennes. L’enceinte de Chichery Les Longues Rayes fait exception ; bien que partiellement boisée, elle révèle quelques alignements de quatre à six fosses d’égales dimensions.

IV.2. Les habitats circulaires

IV.2.1. Considération sur les plans circulaires néolithiques

63Le plan du bâtiment identifié à Esnon est d’un type rare mais connu en d’autres points du Bassin parisien, de la vallée de la Seine à la Normandie, de l’Auvergne à la Picardie. Ce sont des plans similaires présentant des variations mineures : la circonférence se matérialise par une gouttière ou des trous de poteau, l’orientation de l’entrée fluctue, la dimension de l’aire interne peut varier du simple au double, mais une même bipartition de l’espace est constatée, séparée par une paroi fine ouverte, parfois aménagée. À Esnon, le prolongement de la gouttière se matérialise par des poteaux, alors qu’à Orval ou Auneau, la tranchée se poursuit ; de même l’agencement du corridor entre les deux pièces présente parfois des aménagements complexes (VERJUX, 2007 ; COUDERT et alii, 2020).

64Au demeurant ce type de bâtiment est représenté en plusieurs points du département de l’Yonne.

IV.2.2. Dans l’Yonne

IV.2.2.1. L’apport des fouilles

65Déjà abondamment cité, le gisement de Beaumont Crôt aux Moines a livré, à 350 m au sud de la fouille de la seconde enceinte, le plan d’un bâtiment circulaire délimité par un fossé irrégulier assez large (PELLET, DELOR, 1982a). De nombreux piquets d’un faible diamètre assuraient l’ossature des élévations. Au centre, une seconde série de piquets, disposée en cercle irrégulier, légèrement excentrée par rapport à l’enclos principal, paraît délimiter un espace de vie spécifique (fig. 9, n° 5). Le rapport de fouille fait état de deux phases de construction, la seconde consistant en une réfection (PELLET, DELOR, 1980). Ce plan ne présente pas de bipartition. Une datation absolue a été réalisée qui donne pour résultat : SacA23358 - 5380 ± 30 (4333 - 4071) (MARTINEAU et alii, 2015).

Fig. 9. Plan des habitats circulaires néolithiques de l’Yonne.

Fig. 9. Plan des habitats circulaires néolithiques de l’Yonne.

1. Esnon ; 2. Passy Véron ; 3-4. Saint-Julien-du-Sault ; 5. Beaumont.

66Fouillé en 2002, le gisement de Saint-Julien-du-Sault Les Sablons a livré le plan de deux bâtiments circulaires en tranchées. Ces dernières accueillaient des petits piquets plantés verticalement qui assuraient de la sorte, comme à Beaumont, l’ossature de l’édifice (AUGEREAU, MEUNIER, 2017). Ces bâtiments apparaissent de concert avec cinq constructions en forme de « pince à épiler », vraisemblablement antérieures aux enclos circulaires (fig. 9, nos 3 et 4). La question n’est toutefois pas complètement tranchée puisque les auteures n’écartent pas l’hypothèse d’une contemporanéité des bâtiments en forme de « pinces à épiler » avec les enclos circulaires.

67En 2005, à Passy-Véron, une intervention de l’Inrap dirigée par R. Labeaune met au jour le plan de deux bâtiments circulaires ainsi que deux plans d’édifices en forme de « pince à épiler ». Le premier bâtiment, rond, à dix-huit poteaux avec une bipartition de l’espace, est accompagné d’une petite annexe carrée au nord-ouest (fig. 9, n° 2). Son diamètre est de 8,5 m. Le second, en tranchée, se révèle sous la forme d’un cercle continu de 5 m de diamètre (LECORNUÉ, 2009 et 2010).

68Dans le domaine funéraire, les nécropoles de type Passy montrent le plan d’enclos circulaires dont l’édification correspond à l’ultime phase de construction (DUHAMEL, 1997). La dimension de ces cercles affiche une certaine monumentalité (fig. 10, A) mais renvoie à des plans d’habitats circulaires maintenant reconnus pour la période. Au reste, il semble bien qu’il en va de même pour les structures allongées monumentales qui renvoient, avec des dimensions multipliées, aux plans des édifices en « pince à épiler ».

Fig. 10.

Fig. 10.

A. Plan des enclos circulaires néolithiques à vocation funéraire, site de Passy ; B. cabanes B et C de Charmoy.

Fouilles H. Carré.

IV.2.2.2. L’apport de la photographie aérienne

69Depuis les années 1950, le bassin de l’Yonne est parcouru par de nombreux prospecteurs aériens, si bien que l’on dispose d’une abondante documentation de plusieurs dizaines de milliers de clichés.

70Des habitats circulaires sur poteaux, en tranchée ou sur poteaux plantés apparaissent sur des clichés aériens en plusieurs points du département. Au reste, ils sont rares et souvent isolés. Les plus spectaculaires concernent le site de Beaumont Crôt aux Moines, plusieurs fois évoqué dans ce texte. Particulièrement bien documenté par la photographie aérienne afin de compléter les opérations au sol, les clichés révèlent un minimum de six enclos, avec une possibilité de monter à huit formes circulaires (fig. 11). La présence d’une nécropole protohistorique complique l’interprétation des clichés. Les six bâtiments certains représentent les deux principaux types inventoriés : une gouttière en tranchée avec paroi interne de bipartition, un enclos en poteaux plantés présentant la même bipartition.

Fig. 11. Beaumont. Détection par photographies aériennes de bâtiments circulaires supputés néolithiques.

Fig. 11. Beaumont. Détection par photographies aériennes de bâtiments circulaires supputés néolithiques.

Clichés : J.-P. Delor.

71À Gurgy La Motte, à Bonnard Sur le Chemin de Cheny (fig. 12, A et C), peut-être à Cézy La Chaume aux Chiens dans la vallée de l’Yonne, à Champlost Les Boulaies sur l’Armançon, des enclos à bipartitions paraissent présents sur des clichés.

Fig. 12.

Fig. 12.

A. Gurgy ; B. Vinneuf ; C. Bonnard. Détection par photographies aériennes de bâtiments circulaires supputés néolithiques.

A : clichés : J.-P. Delor ; B et C : P. Nouvel.

72Au sein des nécropoles de type Passy de Vinneuf Champ de la Garenne et de Charmoy Château de Charmot, les clichés aériens montrent plusieurs enclos circulaires susceptibles d’être attribués au Néolithique. À Vinneuf, il s’agit a minima de un, voire deux, enclos circulaire(s) d’environ 10 m de diamètre avec une possible cloison interne (fig. 12, B) et d’un possible bâtiment circulaire sur poteaux d’architecture comparable au bâtiment de Passy-Véron (type Herblay). On observe à Charmoy une configuration de trois enclos circulaires groupés d’un diamètre d’environ 10 m, matérialisés par un fossé filiforme irrégulier adossé à une Structure de Type Passy (STP).

IV.2.2.3. L’apport des archives

73Une lecture contemporaine de certaines fouilles anciennes, où tout plan circulaire était attribué à la période protohistorique, est susceptible d’augmenter le corpus. Ainsi en va-t-il peut-être des fouilles de la nécropole de Passy Sablonnière.

74En 1982-83, la découverte d’une architecture funéraire monumentale monopolisa l’attention de la communauté scientifique. L’archéologie de sauvetage, balbutiante, n’avait pas les moyens d’appréhender dans sa globalité un site qui couvre une trentaine d’hectares. L’envergure et les perspectives scientifiques ouvertes par les données recueillies sur la nécropole Cerny contribuèrent à obérer tout le reste, y compris le cimetière protohistorique, pourtant riche d’une trentaine de monuments et de deux fois plus de sépultures. Ainsi tous les plans circulaires furent rangés sans discrimination dans la période protohistorique. Or, à bien y regarder, on peut s’interroger sur la morphologie de plusieurs enclos circulaires dont les spécificités pourraient renvoyer vers l’architecture néolithique.

75À Passy, au moins trois structures circulaires (fig. 13, nos 1 à 3) semblent divisées en deux parties par une paroi, les enclos 39, 43 et 44. Ils mesurent entre 9 et 11 m de diamètre et présentent un tracé relativement irrégulier, beaucoup plus irrégulier que les enclos des périodes protohistoriques. Une seule coupe figure dans le rapport d’intervention (CARRÉ, 1985) ; elle représente un petit fossé en U de moins de 20 cm de profondeur pour l’enclos 43. Le rapport d’Henri Carré fait mention d’un « groupe d’enceintes, aux dimensions voisines, à peine visible au sol. Les fossés étroits varient de 0,2 à 0,5 m de large avec une faible profondeur. Les petits sillons intérieurs ont des positions diverses et certains ont disparu (E41 trop arasé). L’une des enceintes est ovoïde (E39). Quelques fragments de tessons trouvés en surface des fossés appartiennent au Bronze, mais sans pouvoir préciser. » (CARRÉ, 1985). En fait, plusieurs indices plaident pour une datation plus ancienne. Sur les plans, le monument de type Passy 8 mord le tracé des enclos 44 et 39. Par ailleurs, dans le cadre du PCR « Nécropoles préhistoriques et protohistoriques de Passy » (LEMERCIER, PILLOT, 2014), R. Martineau a étudié la totalité des tessons recueillis lors des fouilles, tous secteurs confondus. Il apparaît qu’aucun mobilier n’est associé à ces enclos ; la description de H. Carré s’applique à un « groupe d’enclos » mais ne concerne en fait que les enclos 41 et 42, qui recelaient une trentaine de tessons protohistoriques. Presque quarante ans après la fouille, le doute restera quant à l’attribution des enclos 39, 43, 44 au Néolithique ou à la Protohistoire, mais les observations aériennes de Charmoy, et surtout Vinneuf (cf. supra), incitent à ne pas balayer d’un revers de main la possibilité de bâtiments circulaires dans l’aire des nécropoles de type Passy.

Fig. 13. Nécropole de Passy : enclos circulaires éventuellement néolithiques.

Fig. 13. Nécropole de Passy : enclos circulaires éventuellement néolithiques.

IV.2.3. Datation des architectures circulaires

76La littérature reste relativement imprécise quant à la datation de la plupart de ces architectures circulaires néolithiques. Néanmoins, les plus anciennes apparaissent en contexte Cerny-Chambon (Pont-sur-Seine, Herblay) et perdurent durant le Néolithique moyen II en contexte chasséen. À l’est d’un axe Seine-Marne-Somme, dans l’aire d’influence Michelsberg, ce type de bâtiments reste à ce jour inconnu.

77À Esnon, l’attribution culturelle au Chasséen concerne l’enceinte. La question qui se pose dès lors est de savoir si cette dernière et le bâtiment en demi-lune sont de construction simultanée. Le peu de mobilier découvert dans la gouttière du bâtiment ne permet pas une telle affirmation. Néanmoins, la position, à l’intérieur du tracé de l’enceinte, plaide en faveur d’une contemporanéité.

78Le contexte d’Esnon est similaire à celui de Beaumont, où des habitats circulaires (cf. supra) cohabitent avec deux ou trois enceintes dont une est assurément chasséenne. Avec un examen plus précis des clichés aériens, l’association enceinte / habitats circulaires à Beaumont reste à confirmer car au moins un des bâtiments est à l’extérieur des deux enceintes (fig. 11). Quant au bâtiment fouillé par C. Pellet et J.-P. Delor, bien que plus au sud et d’un type particulier, il se positionne lui-aussi à l’extérieur des aires ceinturées (PELLET, DELOR, 1982a).

79L’ensemble des datations absolues obtenues à Beaumont montre que les occupations couvrent les six derniers siècles du Ve millénaire (MARTINEAU et alii, 2015) mais la majorité des dates s’insère entre le 44e et le 42e siècle. De fait, quelques éléments erratiques céramiques Cerny figurent parmi le mobilier chasséen recueilli dans les deux fosses de l’enceinte fouillées par l’abbé Merlange. La seconde enceinte, explorée au travers de treize fosses, ne comporte que du mobilier NMII, vraisemblablement chasséen.

80Pour les deux édifices circulaires de Saint-Julien-du-Sault, A. Augereau et K. Meunier proposent une datation durant le Néolithique moyen II, imprécise sur le plan des cultures car le mobilier mis au jour s’avère peu typique (AUGEREAU, MEUNIER, 2017). Au rebours, les architectures en forme de pince à épiler relèvent du Cerny (AUGEREAU, 2015). À Passy-Véron, J. Lecornué propose une attribution au Cerny des bâtiments circulaires, les distinguant de la sorte des autres architectures (forme en « pince à épiler » ou forme ovalaire). Mais il procède par analogie, ne disposant pas du matériau suffisant pour dater ces architectures, à l’exception de la sépulture collective attribuée au Néolithique récent (LECORNUÉ, 2009).

81En résumé, les bâtiments circulaires de l’Yonne confirment les propositions de datation que les chercheurs ont établies à partir de plans similaires localisés dans une grande moitié nord de la France, non sans souligner les convergences avec des architectures méditerranéennes. S’il paraît vraisemblable d’associer l’enceinte et le bâtiment circulaire d’Esnon en raison de la position de ce dernier à l’intérieur de la surface enclose, aucune preuve formelle ne peut en être apportée. On constate à Passy-Véron, et plus encore à Saint-Julien-du-Sault, l’association, peut-être due au hasard, d’architecture en forme de pince à épiler avec des bâtiments circulaires. À Esnon, la présence d’un probable bâtiment dit « en pince à épiler » proche mais à l’extérieur de l’enceinte ajoute de l’incertitude quant à la datation précise du bâtiment circulaire.

82Ultime remarque concernant les architectures circulaires, les recherches conduites ces dernières décennies paraissent confirmer la similarité de formes entre l’architecture domestique et l’architecture funéraire durant le Cerny et peut-être après. À l’instar des plans de bâtiments en pince à épiler ou de Molinons (PRESTREAU, 2004), qui semblent reproduits dans l’architecture funéraire des monuments de type Passy, les édifices circulaires étaient suffisamment familiers aux populations contemporaines de la fin du Cerny pour les reproduire dans l’architecture de certains monuments funéraires. À cet égard, on remarquera que l’édification des cercles dans le domaine funéraire intervient toujours dans la phase terminale de construction des monuments. Il y a sans doute là un indice chronologique à affiner pour saisir les mutations Néolithique moyen I / Néolithique moyen II, en particulier dans le domaine de l’habitat.

IV.3. Réflexions sur l’habitat néolithique moyen

83Les premières découvertes de bâtiments circulaires révélèrent des unités isolées. Plus récemment, de petits groupements de deux à six habitations furent mis en évidence (Pont-sur-Seine, Passy-Véron, Beaumont, etc.). Au demeurant, l’examen systématique des photographies aériennes, lorsqu’il détecte de tels édifices, ne montre pas de groupement mais des enclos souvent isolés. Une fois sur deux, la littérature souligne l’association avec des enceintes (COUDERC et alii, 2020). Mais à deux exceptions près (Beaumont et Esnon), l’intérieur des quelque soixante-dix enceintes de vallée recensées actuellement dans l’Yonne n’en montre aucune, et les enclos aperçus présentent une morphologie qui renvoie à la Protohistoire.

84Dès lors, comment expliquer le contraste avec le Néolithique ancien, pour lequel on identifie aisément des aggloméras de trois à quatre bâtiments, voire plus ? Rien que dans l’espace de la double confluence, on dénombre au moins trois « villages » à Gurgy, un ou deux à Monéteau, de même à Appoigny, à Beaumont, à Charmoy, à Ormoy, etc. À noter qu’il s’agit des mêmes « terroirs », à savoir qu’aucun enclos circulaire néolithique n’est identifié actuellement en dehors des vallées principales du département de l’Yonne. Une première explication réside sans doute dans l’apparition de bâtiments isolés à la fin de la période danubienne, tel est le cas à Ormoy ou à Monéteau. Les premiers bâtiments circulaires à l’unité ou par paire pourraient correspondre à la poursuite de ce mouvement de morcellement. Leur dissémination sur le territoire et leur assimilation avec des enclos protohistoriques seraient une seconde explication pour saisir la difficulté à les détecter.

85Une troisième explication peut compléter les deux premières. Nous sommes peut-être face à une diversification des formes architecturales, les enclos circulaires n’étant alors que la manifestation d’un choix culturel ? fonctionnel ? Ainsi, à Charmoy Sur les Ormes, fouillé par H. Carré à la fin de années 60, nous avons vraisemblablement un autre type d’architecture domestique néolithique moyen II (CARRÉ, 1970). Charmoy a retenu l’attention parce qu’il présentait pour le première fois un plan de bâtiment danubien dans le Bassin parisien. Cette observation a occulté tout le reste. Or, les archives relèvent le plan de deux bâtiments carrés à angles arrondis non datés (cf. fig. 10, B). Les parois doublées du premier renvoient à des architectures protohistoriques de type Verberie, bien que les dimensions de 4,5 x 4,5 m ne correspondent pas. Le second plan est plus troublant, d’une part parce qu’il est bordé par des sépultures néolithiques (vraisemblablement Néolithique moyen II) et d’autre part parce qu’il associe un demi-cercle bi-fragmenté à un édifice quadrangulaire oblong. Le mobilier des fosses à proximité est peu abondant mais majoritairement NMII, voire Néolithique récent.

IV.4. Le Chasséen dans l’Yonne et ses marges

86Malgré la multiplication des fouilles préventives, le nombre de sites chasséen dans le nord de la Bourgogne n’a que peu évolué ces 15 dernières années. On se référera à l’article sur le complexe chasséen dans l’Yonne pour trouver l’inventaire des gisements (PRESTREAU, 2006). Un article plus récent (AUGEREAU et alii, 2016) précise la chronologie des sites de l’Auxerrois. Les auteurs attribuent à une phase initiale du Chasséen, à savoir entre -4400 et -4200, les sites de Beaumont Crot aux Moines, Monéteau Macherin et Bonnard Le Poirier. Par ailleurs, ils établissent des rapprochements stylistiques précis – tant pour ce qui concerne le corpus céramique que pour l’industrie lithique –, avec le gisement éponyme de Chassey (couche 9, voire 10) dans le bassin de la Saône, esquissant de la sorte une vaste zone d’échanges et d’influences positionnée sur un axe Saône-Armançon-Serein. Comme évoqué supra, Esnon semble devoir intégrer cette phase, malgré la date 14C qui paraît trop récente de deux siècles.

87L’étude parue en 2016 souligne les lacunes de la documentation concernant les relations entre les vallées de la Saône et le bassin de l’Yonne (AUGEREAU et alii, 2016). Au demeurant, il existe des jalons qui viennent étayer l’idée d’un Chasséen de type Chassey qui couvrirait une partie du Morvan et occuperait les vallées du sud-est du Bassin parisien. Plusieurs indices viennent confirmer une poussée chasséenne depuis le sud du département de l’Yonne dans le milieu du Ve millénaire. La reprise des collections anciennes conservées au musée de l’Avallonnais atteste une présence chasséenne dans la vallée de la Cure, présence déjà détectée dans la grotte de Nermont. Ainsi, le mobilier céramique de la grotte du Repère à Voutenay appartient sans conteste au Chasséen. Par ailleurs, l’examen du produit des fouilles d’Henri Carré à Sainte-Pallaye permet d’extraire une poignée de tessons chasséens dans le faible lot céramique mis au jour, toutes périodes néolithiques confondues. Même en l’absence de datation 14C, on constate que les éléments Cerny/Chambon détectés dans la vallée de la Cure ne présentent pas de faciès évolués comme plus en aval dans la vallée de l’Yonne. Émettons l’hypothèse que l’arrivée des Chasséens a stoppé l’évolution des groupes de populations préétablis.

88L’archéologie préventive a déporté vers les zones économiques contemporaines l’essentiel de l’activité archéologique. Ainsi, grâce au suivi des gravières et des grands travaux, des pans entiers du passé ont ressurgi. Néanmoins, certains secteurs restent dans l’ombre ; tel est le cas des cours amont de la Seine, de l’Aube, de la Saône et des rivières du bassin de l’Yonne. Ce sont là des zones dont on pressent le fort potentiel, sur lesquelles se posent de plus en plus de questions, sans que l’on puisse disposer d’éléments de réponse autres qu’en assemblant des indices très dispersés.

89Conclusion

90L’enceinte d’Esnon La Ratoire à fossé interrompu et palissade est d’un type assez répandu dans le contexte des camps de plaine du bassin de l’Yonne. Elle s’appuie probablement sur la confluence entre l’Armançon et le ru d’Esnon. Son état de conservation est médiocre.

91Le mobilier recueilli permet une attribution au Chasséen. Les rares rapprochements stylistiques permis par l’indigence du mobilier inciteraient à évoquer, comme à Beaumont ou Monéteau, un Chasséen ancien. Toutefois, la datation 14C obtenue, sans être aberrante, suggère un Chasséen classique. On remarque, au sein de la faune, un os travaillé qui pourrait évoquer un appeau ou un sifflet s’il n’était fabriqué dans un os plat.

92Le bâtiment circulaire et l’enceinte ne peuvent être certifiés contemporains. Un tesson lissé, dégraissé à l’os et sans décor, et la position de l’enclos en demi-lune à l’intérieur de l’enceinte sont les seuls indices d’une contemporanéité.

93Le nombre d’enceintes disséminées autour de la double confluence Yonne-Armançon-Serein tend à démontrer l’importance du positionnement le long des voies fluviales, axes majeurs de circulation. Le nombre et la concentration de ces enceintes contrastent avec la relative discrétion des habitats contemporains détectés, quelle qu’en soit la forme : en « pince à épiler », circulaire, voire quadrangulaire.

94L’apport de la photographie aérienne et l’archéologie préventive permettent de trouver de rares bâtiments comparables à celui d’Esnon le long des vallées. La reconnaissance de formes d’architecture ronde pour le Néolithique est récente. La similarité de ces morphologies avec celles de la Protohistoire incite à une reprise de données anciennes. Il est vraisemblable que des enclos circulaires néolithiques ont échappé à leurs fouilleurs ou à leurs prospecteurs aériens, comme semble l’indiquer la lecture des plans de la nécropole apparentée Cerny de Passy. Néanmoins, la rareté de ce type de bâtiments devra trouver une explication dans le futur.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Esnon, La Ratoire. Plan de localisation départementale et emplacement des enceintes du secteur de la double confluence Yonne- Armançon-Serein.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 980k
Titre Fig. 2. Esnon, La Ratoire. Photographie aérienne du site et plan avec localisation des sondages.
Crédits Cliché : J.-P. Delor.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 632k
Titre Fig. 3. Esnon, La Ratoire.
Légende A. Plan du secteur 1 ; B. levé de la coupe F3 ; C. vue en coupe de F3.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,0M
Titre Fig. 4.
Légende A. Esnon, La Ratoire. Plan du secteur 2 ; B. plan et coupes de la structure 4 (bâtiment circulaire).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 308k
Titre Fig. 5. Esnon, La Ratoire, le mobilier.
Légende A. Mobilier céramique ; B. os travaillés ; C. hachette provenant de la gouttière du bâtiment circulaire.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-5.jpg
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Titre Fig. 6. Esnon, La Ratoire. Décompte de l’industrie lithique.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 253k
Titre Fig. 7. Esnon, La Ratoire. L’industrie lithique.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 594k
Titre Fig. 8. Esnon, La Ratoire. Liste des enceintes néolithiques de la double confluence Yonne- Armançon-Serein.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 953k
Titre Fig. 9. Plan des habitats circulaires néolithiques de l’Yonne.
Légende 1. Esnon ; 2. Passy Véron ; 3-4. Saint-Julien-du-Sault ; 5. Beaumont.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 305k
Titre Fig. 10.
Légende A. Plan des enclos circulaires néolithiques à vocation funéraire, site de Passy ; B. cabanes B et C de Charmoy.
Crédits Fouilles H. Carré.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 272k
Titre Fig. 11. Beaumont. Détection par photographies aériennes de bâtiments circulaires supputés néolithiques.
Crédits Clichés : J.-P. Delor.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 971k
Titre Fig. 12.
Légende A. Gurgy ; B. Vinneuf ; C. Bonnard. Détection par photographies aériennes de bâtiments circulaires supputés néolithiques.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Fig. 13. Nécropole de Passy : enclos circulaires éventuellement néolithiques.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16786/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 336k
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Pour citer cet article

Référence papier

Michel Prestreau, « L’enceinte à fossé interrompu chasséenne D’esnon La Ratoire »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 29-49.

Référence électronique

Michel Prestreau, « L’enceinte à fossé interrompu chasséenne D’esnon La Ratoire »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/16786

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Auteur

Michel Prestreau

Conservateur général du Patrimoine, UMR 6298, ArTeHiS, Dijon

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