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Une aire de chasse plurimillénaire à Bétheny

Le Champ de Manœuvre (Marne)
Nicolas Garmond, Manuel Gomes, Sébastien Laratte, Nathalie Marini, Frédéric Poupon, Sabrina Save et Tom White
p. 5-27

Résumés

La fouille archéologique préventive réalisée sur le site du Champ de Manœuvre à Bétheny a permis la mise au jour d’une batterie de fosses profondes et étroites, organisées autour d’une ancienne mare. Ces fosses, dont certaines présentent des restes fauniques ou des négatifs de pieux en bois, ont vraisemblablement servi de pièges de chasse. Les datations couvrent un long intervalle chronologique entre la fin du Mésolithique et le Hallstatt. Les études révèlent ainsi que la paléomare, sans doute active dès le Mésolithique, constituait un point d’attrait pour les animaux sauvages et indirectement pour les chasseurs. Au fil du Néolithique, dans un environnement ouvert et peu boisé, le niveau de l’eau tend à fluctuer. On assiste ensuite à un assèchement progressif, avec mise en place d’une forêt secondaire, durant l’âge du Bronze. La mare n’est totalement asséchée et nivelée qu’à l’âge du Fer, expliquant ainsi l’étonnante unité de fonction de ce site sur le temps long.

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Texte intégral

Introduction

1La fouille archéologique préventive menée en 2013 par le Service archéologie de Reims Métropole au nord de Reims, à Bétheny (Marne), lieu-dit Le Champ de Manœuvre (GARMOND, 2015), a permis la mise au jour d’une batterie de fosses profondes organisées dans une dépression géologique naturelle. Cet ensemble s’inscrit géographiquement dans la plaine crayeuse champenoise, au nord de la vallée de la Vesle, dans un paysage au relief aujourd’hui totalement plat, ouvert et sec.

2Avant de revenir sur les hypothèses fonctionnelles posées sur ce site et sur les informations qu’il apporte sur l’occupation ancienne de la plaine crayeuse, il convient de détailler plus avant les vestiges mis au jour et de voir quels éléments autorisent ces interprétations.

I. Les structures archéologiques

3La fouille réalisée, d’une emprise de 1,6 ha, a permis la mise au jour de quarante-trois fosses pouvant être rattachées, d’après les datations radiocarbone réalisées, à des occupations mésolithiques, néolithiques et protohistoriques.

4Quarante-deux fosses sont groupées sur 4300 m², au sein d’une dépression géologique large (fig. 1). Dans ce secteur, les graveluches géologiques, qui constituent le substrat du site, se creusent brusquement, le sous-sol marquant une pente allant de 86 à 83 m NGF au plus bas (soit -3 m au centre). La partie centrale de cette dépression comprend un ensemble de couches limoneuses, stratifiées, dans lesquelles plusieurs fosses s’inscrivent (sur, sous et en dedans).

Fig. 1. Plan de l’occupation cynégétique du site du Champ de Manœuvre à Bétheny.

Fig. 1. Plan de l’occupation cynégétique du site du Champ de Manœuvre à Bétheny.

Topographie F. Laudrin, DAO N. Garmond.

5L’analyse spatiale est sans équivoque : la présence des fosses profondes est clairement liée à la présence de la dépression géologique. Les fosses profondes sont d’ailleurs ici d’une densité inhabituelle : pour ce type de vestiges, la densité habituellement reconnue, en Champagne, est entre 0,6 et 3,6 fosses à l’hectare (ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 52). Associés à ces vestiges, quelques trous de poteau ont été mis au jour dans le fond de la dépression.

I.1. La paléomare F226

6La partie centrale de la paléodépression comporte plusieurs horizons stratifiés (fig. 2), recouverts par des remblais récents et la terre végétale. Cet ensemble limono-argileux, dénommé F226, est long de 43 m et large de 28,5 m. En surface de décapage, il se caractérise par un limon brun foncé meuble (US 1000), bordé par un limon argileux gris (US 1001), largement débordant au nord.

Fig. 2. Vue en coupe du comblement de la paléomare F226.

Fig. 2. Vue en coupe du comblement de la paléomare F226.

Photographie A. Dhondt.

7La coupe (fig. 3) révèle un profil en cuvette très évasée, la profondeur étant faible au vu des dimensions en surface. Le profil est asymétrique, la partie la plus profonde se situant dans le quart sud-est. La nappe alluviale, au moment de la fouille, est apparue environ 1 m sous le point le plus profond.

Fig. 3. Coupe longitudinale et diagramme stratigraphique de la paléomare F226.

Fig. 3. Coupe longitudinale et diagramme stratigraphique de la paléomare F226.

DAO N. Garmond.

8L’analyse géomorphologique réalisée au sein des comblements de F226 révèle que ces couches ont connu plusieurs épisodes d’ennoiement. Au sein de l’US 1002, des coquilles de juvéniles de planorbes, petits gastéropodes aquatiques ne vivant qu’en eau douce, ont même été mises au jour. Ces éléments permettent d’interpréter F226 comme étant un ancien point d’eau (ou « paléomare »). Le niveau d’eau a visiblement varié, sans que l’on ne puisse déterminer le rythme (saisonnier, annuel, décennal...) des fluctuations.

9La mise au jour de mobilier dans plusieurs US, associée à la présence de fosses apparaissant à différentes hauteurs, permettent d’aborder la chronologie du comblement du fond de la dépression.

10Les US de bases (1002, 1003 et 1004) n’ont pas livré d’éléments datants. En revanche, un os de faune issu de l’US 1001 a été daté par radiocarbone. La date, Lyon-10517 (GrA), est de 4635 ± 40 BP, soit un intervalle compris entre 3620 et 3347 avant J.-C., ce qui correspond à la transition entre le Néolithique moyen et récent. Le comblement final de F227, fosse qui vient recouper l’US 1001, a livré un charbon qui a pu être analysé. La date, Lyon-10518 (GrA), est ici de 3115 ± 35 BP, soit entre 1451 et 1281 avant J.-C., ce qui correspond au début du Bronze final.

11L’US 1006 est un niveau limoneux qui vient ensuite combler le vide laissé par F227. Une autre fosse, F230, est ensuite creusée à travers et ses remblais crayeux vont être rejetés dans la dépression (US 1005). Quelques tessons d’allure protohistorique sont posés à plat sur cette US, ce qui permet de l’interpréter comme étant un niveau de sol. L’ensemble est clos rapidement par un limon brun d’aspect homogène, majoritaire, l’US 1000. Cette US a livré des tessons de céramique protohistorique se rattachant vraisemblablement à un horizon Bronze final/Hallstatt.

12Une autre fosse, mise au jour dans le fond de la dépression, a également livré une datation au début du Hallstatt (F236), mais sa relation stratigraphique avec les US la recouvrant n’est pas connue. La date, Lyon-10526 (GrA), est de 2545 ± 35 BP, entre 803 et 544 avant J.-C. Il est probable que cette fosse soit contemporaine de la fosse F230 (donc de l’US 1005), voire même postérieure.

13L’étude géomorphologique nous révèle ainsi que l’ensemble F226 correspond vraisemblablement au comblement d’une ancienne zone humide, mare ou flaque d’eau temporaire/saisonnière. Cette mare était sans doute active au Néolithique, puis s’est comblée à l’âge du Bronze et au Hallstatt. La mise au jour de fosses interprétées comme étant des pièges de chasse, dont les datations sont similaires, dans la dépression, suggère la présence récurrente d’animaux sauvages sur le site. La densité importante de ces fosses dans la dépression géologique trouverait ainsi explication par la présence d’une mare dans laquelle venaient s’abreuver des animaux sauvages.

14Cependant, la présence de fosses dans le fond de cette dépression tend à indiquer une histoire plus complexe, puisqu’elles supposent au moins une phase sèche. Or, si l’on regarde dans le détail, les fosses situées dans le fond de la dépression (F227 et F236) sont les plus tardives et précèdent de peu le comblement total de F226. Il est donc tentant de penser que le site cynégétique a connu des périodes d’activités variables suivant les fluctuations du niveau d’eau de la mare, puis qu’il a été abandonné après son assèchement définitif au Hallstatt.

I.2. Les fosses profondes

15Au nombre de quarante-trois, les fosses profondes mises au jour sur le site présentent des profils variés : cylindriques « à téton », en U, V, Y voire en W.

16Les analyses radiocarbone et la stratigraphie nous indiquent que ces fosses ne sont pas toutes contemporaines, illustrant différentes phases chronologiques entre la fin du Mésolithique et le Hallstatt. Il est cependant délicat d’assurer un phasage fin fosse par fosse, la plupart étant exemptes d’éléments datants. De fait, les conditions sont réunies pour voir s’il existe ici des variations chronologiques ou fonctionnelles dans la typologie des fosses « en U-V-W-Y » du site, la variable géographique étant nulle. De plus, l’état de conservation de certaines fosses offre des résultats qui permettent d’approfondir notre compréhension du fonctionnement de ces dispositifs cynégétiques.

I.2.1. Morphologie des fosses

17Les quarante-trois fosses profondes mises au jour sur le site, si elles montrent de grandes variations morphologiques, présentent plusieurs critères communs qui les rassemblent :

  • en surface, il s’agit toujours de fosses ovales, parfois presque circulaires. Les dimensions sont variables, de 1,25 x 1,05 m à 4 x 2,74 m. Le comblement de surface est presque toujours un limon brun foncé évoquant un horizon humifère ancien ;
  • ces fosses se caractérisent toujours par des profondeurs importantes, variant entre 0,8 et 3,16 m ;
  • les profils transversaux sont le plus souvent étroits. La plupart, dans la typologie champenoise (ACHARD-COROMPT et alii, 2013), sont en « U, V ou Y » ;
  • les comblements des fosses sont multiples. Ils alternent passes crayeuses et passes limoneuses. Sauf quelques exceptions, le comblement « type » est, de haut en bas : un bouchon limoneux, épais ; puis une succession de passes fines crayeuses et limoneuses ; enfin au fond, un niveau limoneux souvent peu épais.

18Ces caractéristiques sont typiques des fosses considérées comme cynégétiques mises en évidence depuis plus d’une dizaine d’années en Champagne (ACHARD-COROMPT et alii, 2013 ; GARMOND et alii, 2014).

I.2.1.1. Mesures métriques

19Les fosses ont des longueurs assez importantes, comprises entre 1,25 et 4 m, la moyenne se situant à 2,5 m. En surface elles présentent également des largeurs importantes, qui varient entre 0,7 et 3 m, avec une moyenne de 1,56 m. À mi-profondeur, les largeurs oscillent entre 0,25 m et 1,94 m, avec une moyenne de 0,75 m. Enfin, les fonds de fosses, sauf rares exceptions, sont étroits. La moyenne de largeur du fond est de 0,44 m, la plupart (23 sur 37) étant sous les 0,5 m.

20Sans surprise, la profondeur des fosses est importante, avec une moyenne à 1,78 m.

21L’analyse des données métriques (longueurs, largeurs, profondeurs) montre que les fosses peuvent être distinguées en deux groupes dont les frontières sont loin d’être imperméables :

  • un premier groupe, minoritaire, de fosses dîtes « massives » qui sont beaucoup plus longues et larges et ont des profils larges et profonds ;
  • un second groupe, majoritaire, de fosses plus étroites. Deux sous-groupes semblent coexister, avec des frontières tout aussi perméables : un groupe de fosses étroites et profondes, et un groupe de fosses étroites moins profondes.

22La chronologie est ici la meilleure variable d’explication puisque le premier groupe est visiblement plus tardif que le second.

I.2.1.2. Les profils

23Le classement typologique des profils des fosses dans des « catégories » en U, V, ou Y s’est heurté à la grande diversité des types, puisqu’il n’existe pas deux fosses similaires. Si dans les grandes lignes, ces fosses entrent pleinement dans cette la typologie champenoise, il est bien difficile de classer telle ou telle fosse dans l’une ou l’autre catégorie. Seule la catégorie des fosses en « I » n’est visiblement pas représentée sur le site. Nous avons préféré un autre classement, qui prend en compte les critères les plus discriminants mis en évidence par l’analyse métrique, à savoir la profondeur des fosses et leur caractère plus ou moins étroit (fig. 4).

Fig. 4. Classification des profils des fosses profondes du site du Champ de Manœuvre.

Fig. 4. Classification des profils des fosses profondes du site du Champ de Manœuvre.

DAO N. Garmond.

24Il convient néanmoins de signaler que deux fosses s’isolent du lot en raison de leurs profils particuliers. La fosse 229 est une fosse cylindrique qui présente un trou de poteau surcreusé dans son fond (fig. 5) et entre ainsi dans la catégorie des « fosses à téton » (ACHARD-COROMPT et alii, 2017a). La fosse 235, elle, présente en surface deux lobes et en coupe un profil longitudinal en W.

Fig. 5. Vue en coupe de la fosse 229, avec au fond son trou de poteau surcreusé.

Fig. 5. Vue en coupe de la fosse 229, avec au fond son trou de poteau surcreusé.

Photographie A. Dhondt.

25Les fosses profondes mises au jour sur le site du Champ de Manœuvre montrent ainsi des profils très variés, qui se caractérisent par des profondeurs assez importantes dépassant souvent la largeur en surface des fosses. Malgré l’apparente variété des profils et des dimensions, il existe une réelle cohérence entre ces fosses qui rend extrêmement délicate toute catégorisation. De grandes tendances se dessinent cependant, comme une variation dans la largeur des profils ou dans leurs profondeurs, qui s’expliquent vraisemblablement par la chronologie.

I.2.2. Les comblements

26Les fosses profondes du site se caractérisent par un comblement multiple stratifié, qui n’est pas sans rappeler celui des silos, bien que la dynamique diffère nettement. Trente-neuf fosses possèdent un comblement « typique » : de bas en haut, une passe limoneuse plus ou moins fine, puis une succession de niveaux fins lités très crayeux, et enfin un bouchon limoneux homogène constituant environ 1/3 du remplissage. Ce comblement « type » (fig. 6) est récurrent sur les fosses à profil en « I-U-V-W-Y » dans toute la Champagne (ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 18 ; GARMOND et alii, 2014).

Fig. 6. Comblement type d’une fosse profonde du site.

Fig. 6. Comblement type d’une fosse profonde du site.

Photographie N. Feron.

27La couche limoneuse brune au fond marquerait la période d’utilisation de la fosse. C’est d’ailleurs dans ce niveau que sont le plus souvent retrouvés les restes osseux en connexion anatomique, bien que la fosse F6 fasse exception. Les mesures de susceptibilité magnétique réalisées indiquent que le fond de fosse peut être resté ouvert un temps relativement long.

28Le remplissage médian finement lité correspondrait à un comblement assez lent, d’origine naturelle, avec plusieurs paléosurfaces mesurées également. Il ne s’agit cependant pas systématiquement d’effondrement des parois des fosses, puisque dans de nombreux cas ce comblement diffère de l’encaissant.

29Le « bouchon » limoneux correspondrait à un horizon de sol ancien, piégé dans le « trou » laissé par la fosse dans le sol naturel.

30Les fosses 10, 227, 230 et 236 font exception à ce schéma. Il est intéressant de constater que ces quatre fosses sont toutes attribuées à la fin de la séquence d’occupation cynégétique, entre la fin de l’âge du Bronze et le début de l’âge du Fer.

31Les fosses profondes du site possèdent donc majoritairement des comblements caractéristiques. Pourtant, un rapide examen montre que chaque fosse semble posséder sa propre histoire, le nombre de couches étant très variable et ce, indépendamment de la profondeur de la fosse. Afin d’examiner dans le détail ces variations, une étude géomorphologique des comblements a été entreprise sur plusieurs fosses. Elle montre une relative homogénéité du mode de comblement des fosses étudiées, avec un comblement progressif par ruissellement des sédiments disponibles à proximité immédiate, et vient conforter les observations réalisées ci-dessus.

32Plusieurs fosses présentent en coupe les traces de probables aménagements internes. Si certaines présentent des négatifs pouvant s’apparenter à un cuvelage des parois, une autre comporte, cas rare en Champagne, la trace de pieux en bois en position fonctionnelle.

33Les pieux : la fosse 235, qui se différencie des autres par sa forme et son profil, a révélé la présence d’un système interne de double pieux (fig. 7), premier cas en Champagne prouvant l’existence de tels dispositifs au sein des fosses en « W ». En effet, la coupe longitudinale réalisée comporte le négatif de pièces de bois disposées symétriquement dans chacun des lobes. Ces pièces de bois ont des diamètres d’environ 0,1 m. Elles sont visibles sur 0,9 m de longueur, bien qu’il soit probable qu’elles se poursuivaient plus en hauteur, où elles devaient être appointées.

Fig. 7. Coupe de la fosse 235.

Fig. 7. Coupe de la fosse 235.

Photographie M. Hobeck.

34La disposition est ici à 45° en direction des entrées/sorties de la fosse. Il est possible que cette inclinaison ne soit pas tout à fait fonctionnelle, les pieux pouvant s’être effondrés lors de l’abandon de la structure. Néanmoins, il est fort probable que ces pieux avaient pour but de blesser ou de tuer les animaux piégés. Aucun système destiné à maintenir les pieux n’étant visible, il est possible qu’une partie du comblement crayeux de la fosse ait été destiné à caler les pieux (bourrage). Un léger surcreusement de la fosse est visible à la base du pieu sud. Notons que cette fosse présente également les traces d’un possible cuvelage.

35La lecture de la coupe permet de proposer une restitution de la forme « fonctionnelle » de la fosse 235 (fig. 8), qui est sans aucun doute possible un piège. Néanmoins, il ne faut pas généraliser cette restitution à l’ensemble des fosses du site, puisque la fosse 235 diffère très clairement des autres par sa forme et son profil. Aucun élément datant n’ayant été retrouvé dans cette fosse, il n’est malheureusement pas possible d’affiner sa datation entre le Néolithique et le Hallstatt.

Fig. 8. Hypothèse de restitution des pièges 235 et 229.

Fig. 8. Hypothèse de restitution des pièges 235 et 229.

DAO N. Garmond.

36Une autre fosse, F229, comporte en son sein le vestige d’un probable pieu en bois. En effet cette « fosse à téton », dont le profil est typique du Mésolithique (ACHARD-COROMPT et alii, 2017b), présente un trou de poteau de 0,3 m de diamètre surcreusé dans son fond. Il devait a priori maintenir une pièce de bois (un pieu ?) plus ou moins verticale, hypothèse souvent avancée sur les autres sites pour ce type de fosses.

37Les sondages réalisés n’ont révélé aucun indice de la présence de pieux dans les autres fosses. Les fosses 229 et 235 sont d’ailleurs de types différents des autres. Il est probable que toutes les fosses n’aient pas accueilli des pièces de bois, les fosses à pieux n’étant qu’une version améliorée des pièges en fosse (MÉRITE, 2012). Ainsi, les fosses profondes à profil en U, V et Y du site du Champ de Manœuvre sont-elles peut-être des pièges simples, à la distinction des fosses F229 et F235 qui seraient des pièges plus élaborés. La présence de pieux expliquerait d’ailleurs le caractère peu massif de ces fosses, puisque les animaux empalés ne pouvaient logiquement plus remonter à la surface.

38Des cuvelages ? : quatorze fosses présentent, de manière souvent discontinue, un fin niveau de limon brun couvrant les parois et le fond (fosses 6, 10, 12, 13, 15, 33, 34, 39, 40, 180, 208, 228, 229 et 235 ; fig. 9). Déjà observé sur d’autres sites (ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 20-21), ce niveau de limon est interprété comme une possible trace de cuvelage des parois. Bien qu’il ne soit pas en soi nécessaire dans la plaine crayeuse, la présence d’un tel dispositif s’expliquerait par la nécessité d’un entretien régulier des pièges. Il pourrait également contribuer à empêcher les animaux piégés de remonter. D’ailleurs, les fosses à pieux F229 et F235 présentent toutes deux ce niveau caractéristique.

Fig. 9. Exemples de traces liées à la possible présence de cuvelage : fosses F10 et F228.

Fig. 9. Exemples de traces liées à la possible présence de cuvelage : fosses F10 et F228.

Photographies M. Hobeck et A. Dhondt.

39L’étude géomorphologie n’apporte aucun élément permettant d’étayer l’hypothèse d’une origine anthropique de ces niveaux. Ils pourraient tout autant s’être formé par un ruissellement de limon depuis la surface dans une fosse qui était restée ouverte.

40Néanmoins, la découverte récente de cuvelages en bois en place sur des fosses similaires creusées en contexte humide (VERON, LAMBERT, 2021), tend à conforter l’interprétation de ces niveaux particuliers comme l’ultime vestige d’un cuvelage en matériaux périssables aujourd’hui disparu.

I.2.3. La datation des fosses

41Vingt-trois échantillons provenant des fosses ont été envoyés pour datation radiocarbone (fig. 10). En raison de différents problèmes (poids en carbone ou collagène insuffisants), seuls vingt ont pu être datés. Il faut encore retirer de ce décompte trois datations aberrantes, dont les résultats renvoient au Paléolithique moyen et final, qui s’expliquent vraisemblablement par le caractère résiduel des charbons datés.

Fig. 10. Synthèse des datations radiocarbone effectuées sur l’aire cynégétique.

Fig. 10. Synthèse des datations radiocarbone effectuées sur l’aire cynégétique.

42La chronologie obtenue va du Mésolithique final au Hallstatt (fig. 11). On peut être frappé par la grande diversité des dates, puisque, hors quelques rares cas, peu de fosses semblent contemporaines, même si plusieurs restent non datées.

Fig. 11. Phasage des occupations cynégétiques à partir des résultats radiocarbone.

Fig. 11. Phasage des occupations cynégétiques à partir des résultats radiocarbone.

Infographie N. Garmond, sériation OxCa.

43L’analyse fine et raisonnée de ces résultats appelle néanmoins des observations intéressantes :

  • les bornes chronologiques correspondent exactement à celles du « phénomène » des fosses à profil en I-U-V-W-Y en Champagne (ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 34). On peut donc penser que la plupart des dates retenues sont pertinentes, d’autant que les résultats stratigraphiques du site renvoient à une même complexité d’occupation.
  • prendre en compte uniquement les os en connexion anatomique, matériel dont la position stratigraphique est sûre, nous montre un pic d’utilisation de ces fosses au Néolithique, bien que les animaux retrouvés soient loin d’être contemporains les uns des autres. Les ossements déconnectés d’un aurochs daté du début de l’âge du Fer témoignent néanmoins d’une utilisation tardive du site.

44En regardant dans le détail, on peut trier ces dates entre celles qui sont en position « fonctionnelle » (fond de fosse) et celles en position « d’abandon » (comblements supérieurs et médians). Nous arrivons ainsi à distinguer neuf phases d’utilisation des fosses (fig. 11).

45La chronologie débuterait ainsi au second Mésolithique, phase assurément représentée par deux fosses. S’ensuivent plusieurs phases cynégétiques au Néolithique moyen, récent, final, puis au Bronze moyen et final, les dernières dates couvrant le Hallstatt. Nous arrivons ainsi à nuancer la densité de cette aire de chasse, chaque phase de fonctionnement ne comprenant que quelques fosses.

I.2.4. La fosse après la fosse : comblement et réutilisations

46Les fosses étant le plus souvent destinées à être utilisées « vides » (à l’exception de celles présentant des pieux), leur remplissage est donc essentiellement constitué d’éléments postérieurs à leur fonctionnement, ou pour le mieux, contemporains.

47Les études menées sur plusieurs sites champenois (ACHARD-COROMPT et alii, 2013 ; GARMOND et alii, 2014) montrent que le temps de comblement des fosses profondes peut être long. En moyenne, ces fosses mettent plusieurs centaines d’années à se combler totalement. Elles s’inscrivent donc durablement dans le paysage.

48La fosse 215 (fig. 12) a livré deux datations radiocarbone quasi-identiques sur charbons (dont aucune ne provient malheureusement du fond), qui montrent que la partie inférieure de la fosse s’est comblée dans un intervalle compris entre 1660 et 1499 avant J.-C., possiblement dans un même temps.

Fig. 12. Datations des couches des fosses F215 et F217.

Fig. 12. Datations des couches des fosses F215 et F217.

DAO C. Carlier et N. Garmond.

49La fosse 217 (fig. 12) livre des résultats également cohérents. Les couches médianes et supérieures montrent des datations proches, avec un écart maximal d’environ 200 ans dans le Néolithique ancien. Un charbon issu de la couche basale a été daté du Mésolithique final et est donc plus de 1000 ans antérieur au comblement supérieur. Bien que cette datation soit parmi les plus anciennes retenues pour ce type de fosses, il en existe d’autres exemples similaires datés du Mésolithique dans la Marne à Recy (ACHARD-COROMPT et alii, 2017b). De plus, la présence non loin d’une « fosse à téton » typiquement mésolithique tend à accréditer la fréquentation du site de Bétheny – et le creusement de fosses sur le site – dès cette période.

50Il est donc possible que la fosse 217 ait été creusée par des chasseurs de la fin du Mésolithique, ou, au plus tard, par des agriculteurs du Néolithique ancien. Cette fosse a, au plus tard, été comblée durant le Néolithique ancien et précède donc la plupart des autres fosses creusées sur le site.

51La fosse 10, au comblement atypique (cf. fig. 9), semble elle avoir été rebouchée, pour la partie inférieure, dans un même temps. En effet, la moitié inférieure de la fosse comprend une couche unique, homogène, de limon brun. Dans sa partie médiane ont été retrouvés les os déconnectés d’un aurochs, datés entre 814 et 553 avant J.-C. Il semble donc que la fosse 10 ait fait l’objet d’un comblement volontaire, lié à une activité bouchère réalisée en surface à proximité. Comme cette fosse montre un comblement très différent des autres, il faut probablement considérer qu’elle fait exception et qu’elle relève plus d’un épisode anecdotique que d’une règle taphonomique générale.

52D’autres indices, indirects, renseignent sur le temps et les modalités de comblement des fosses. En effet, plusieurs d’entre elles présentent des traces de recreusement, voire même de réutilisation à d’autres fins. Les fosses 31, 218 et 238 présentent des traces évidentes de recreusements (fig. 13). En résultent des profils difformes, qui sont le résultat d’une succession de creusements de fosses étroites aux profils et aux dimensions différentes.

Fig. 13. Fosses avec traces évidentes de recreusements.

Fig. 13. Fosses avec traces évidentes de recreusements.

DAO C. Carlier.

53En regardant dans le détail, d’autres fosses présentent également des stigmates similaires dans leurs remplissages. En effet, les fosses 10, 22, 32, 176, 201 et 240 possèdent des limites de couches suggérant un curage ou un recreusement de la fosse lors de son comblement.

54Ces réutilisations supposent que le creusement initial était encore visible en surface, mais que les fosses étaient au moins partiellement comblées lors de leur réemploi. Ce constat accrédite donc l’hypothèse d’un comblement lent de la partie supérieure des fosses. Il n’a pas été possible de dater les différentes phases de leur comblement, faute de mobilier. On peut cependant penser que des chasseurs ont profité de fosses creusées antérieurement, alors en cours de comblement, pour en recreuser de nouvelles à moindre frais. La longue durée de fonctionnement de l’aire cynégétique vient largement étayer ces conclusions.

55Les fosses 227 et 236 (fig. 14), qui montrent des comblements très atypiques, présentent des cas de réutilisation assez intéressants. La coupe de la fosse 227 montre qu’initialement cette fosse présentait un comblement fin caractéristique, puis qu’un recreusement vertical étroit a été pratiqué, qui a été ensuite rapidement comblé. Le remplissage de la fosse 236, pour la partie qui a pu être vue (hors d’eau), est un limon marron homogène visiblement surcreusé dans des horizons plus lités. Un surcreusement circulaire très meuble était même visible en surface de cette fosse. Les derniers comblements de ces deux fosses ont livré deux dates tardives dans la chronologie de l’aire cynégétique (Bronze final I pour F227 et Hallstatt pour F236).

Fig. 14. Partie émergée des fosses 227 et 236.

Fig. 14. Partie émergée des fosses 227 et 236.

Photographies D. Amiot.

56Ces deux fosses ont été creusées au point le plus bas de la dépression géologique, de fait à un moment où celle-ci était totalement asséchée. Néanmoins, lors des sondages archéologiques au printemps 2013, la nappe alluviale a été retrouvée à peine à 1 m sous le niveau d’apparition de ces fosses, empêchant d’en atteindre le fond. Ces fosses profondes sont-elles des puits, au moins dans leur dernière utilisation ? On peut émettre deux hypothèses :

  • lors d’une phase sèche, deux fosses profondes ont été creusées au point le plus bas du site. Plus tard, lors d’une phase humide, elles ont été réaménagées et utilisées en puits à des fins domestiques ;
  • lors de l’assèchement du site à l’âge du Bronze, ces puits pourraient avoir été creusés afin de maintenir de l’eau au fond de la dépression (et ainsi attirer de nouveau les animaux sur le site ?).

57Quoi qu’il en soit, ces fosses attestent une fréquentation du site lors d’une phase d’assèchement de la paléomare, qui est chronologiquement proche de la phase d’abandon de l’aire cynégétique.

I.3. Les trous de poteau

58Dans le fond de la dépression géologique, sur une partie plane située dans la moitié ouest de F226, quatre trous de poteau ont été mis au jour. Bien qu’ils ne livrent pas de mobilier, leur position stratigraphique permet de les attribuer à un des horizons cynégétiques. Ils sont circulaires, avec un diamètre de 0,25 m et présentent des profils assez distincts, peu profonds (entre 0,12 et 0,4 m). Ils sont comblés de limons argileux bruns à gris, suggérant la présence d’eau.

59Ils ne forment pas de plan régulier. Il ne s’agit probablement pas des vestiges d’un bâtiment. Compte tenu du contexte, il faudrait donc plutôt y voir un dispositif cynégétique. Il pourrait s’agir des vestiges d’un plus grand ensemble destiné à canaliser les animaux, tels qu’il en existe sur d’autres sites plus tardifs (MÉNIEL, GINOUX, 2013). Ou alors s’agit-il des fondations d’un piège « aérien » en bois, de telles structures étant abondamment citées dans la littérature historique et ethnographique (MÉRITE, 2012). Nous entrons ici clairement dans les limites de l’analyse d’un site arasé.

II. Le mobilier des fosses profondes

60Comme souvent pour ce type de fosses, malgré les prélèvements et les tamisages systématiques réalisés, le mobilier est assez rare, encore plus si l’on prend en compte le volume des terres excavées. Ce mobilier n’est cependant pas retrouvé n’importe où dans les fosses. L’étude spatiale permet en effet de le diviser en deux catégories :

  • le mobilier des « bouchons » supérieurs est constitué de rares os et de quelques tessons protohistoriques détritiques, dont la contemporanéité avec le fonctionnement des fosses pose souvent question (ACHARD-COROMPT et alii,2013). Ici, les tessons, quand ils peuvent être caractérisés, appartiennent à l’âge du Bronze, voire pour certains à La Tène ;
  • dans le fond de certaines fosses (pour un cas dans la partie médiane), des squelettes d’animaux sauvages, pour la plupart en connexion anatomique au moins partielle, ont été mis au jour. On trouve deux jeunes cervidés (F61 et F218), un chevreuil (F13) et un marcassin (F6). La fosse F10 a également livré les restes d’un aurochs, déconnectés, rejetés dans la moitié inférieure de la fosse après découpe de la carcasse en surface. Les datations radiocarbone de ces os (pour ceux qui ont conservé suffisamment de collagène) sont comprises entre le Néolithique moyen et le Hallstatt.

61Selon sa position stratigraphique, le mobilier n’apporte pas les mêmes informations et correspond à des évènements différents. Le mobilier du fond d’une fosse appartient à la phase d’activité des fosses. Le mobilier des comblements supérieurs, et notamment celui du bouchon, a été piégé bien après l’abandon de la fosse. Il renseigne sur les activités s’étant déroulé ultérieurement, d’où la présence de tessons laténiens en surface de la fosse 180 (qui relèvent de la présence d’une occupation gauloise à proximité ; GARMOND, 2015).

II.1. La céramique

62Les parties supérieures de plusieurs fosses profondes, ainsi que le comblement de la dépression naturelle F226, ont livré du matériel céramique en très faible quantité (fig. 15).

Fig. 15. La céramique des fosses profondes et de la paléomare.

Fig. 15. La céramique des fosses profondes et de la paléomare.

Échelle 1/3.

DAO M. Gomes.

63L’établissement d’une chronologie d’ensemble par le matériel céramique demeure hasardeux. Seule la fosse F66 a livré une assiette à paroi oblique et ressaut interne en céramique fine ainsi qu’un pot à parois obliques, au bord légèrement éversé, décoré d’une rangée d’impressions, fréquents dans des contextes rattachés à la fin de l’âge de Bronze.

II.2. La faune

64Seules neuf fosses sur les quarante-trois fouillées ont fourni des vestiges fauniques, soit 20,9 % d’entre-elles. Ce taux est légèrement plus élevé que celui du corpus régional des fosses à profil en V-W-Y de Champagne-Ardenne, où trente-six fosses ont livré des restes de faune sur les deux cent soixante-six étudiées (soit 13,5 % ; ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 22). Toutefois, cette différence n’apparaît statistiquement pas significative (test Z de deux proportions).

65Dans quatre de ces fosses, la faune est attestée par un seul reste bien souvent issu du comblement sommital. Seul le bois de cerf (Cervus elaphus) de la fosse F32 est en position médiane. Dans la plupart des cas, la fragmentation de ces os isolés ne permet pas d’en déterminer l’espèce (fig. 16). Les cinq autres fosses se distinguent par la mise au jour d’assemblages fauniques plus conséquents, constitués soit de restes osseux et dentaires déconnectés, soit d’éléments d’un squelette plus ou moins complet :

Fig. 16. Inventaire des restes de faune dans les fosses pauvres en vestiges fauniques.

Fig. 16. Inventaire des restes de faune dans les fosses pauvres en vestiges fauniques.

II.2.1. La fosse 6

66Cette fosse a livré dans la partie médiane de son comblement des vestiges fauniques en très mauvais état de conservation, dont parfois seule l’empreinte des restes osseux, sous la forme d’un limon jaune-orangé, en atteste la présence. Directement identifiés sur place, ces ossements appartiennent à un squelette de jeune suidé âgé entre quatre et six mois (HILLSON, 2005, tab. 3.5). L’état des restes osseux ne permet pas de préciser s’il s’agit d’une forme domestique ou sauvage. Les pièces osseuses observées in situ correspondent à des éléments d’une tête (crâne et mandibules), distants d’une trentaine de centimètres d’un groupe d’ossements composé des os longs des membres postérieurs gauches et droits (fémurs et tibias), d’une portion de membre antérieur droit (humérus et ulna), ainsi que de rares éléments des pieds (un fragment de métapode, une phalange proximale et deux phalanges médianes ; fig. 17). L’absence des pièces osseuses les plus fragiles telles que les côtes, les vertèbres, ainsi que la plupart des os des pieds, de même que les épiphyses des os longs, résulte sans doute en grande partie des mauvaises conditions de conservation des os de ce jeune individu. La disposition des os des membres, très proches les uns des autres, et l’éloignement de la tête, laissent à penser que ce sujet a pu se décomposer à l’air libre, d’où l’absence de certaines connexions anatomiques.

Fig. 17. Vue d’ensemble des restes osseux de suidé de la fosse 6.

Fig. 17. Vue d’ensemble des restes osseux de suidé de la fosse 6.

Au premier plan, la tête ; au second plan, les os des membres.

Photographie F. Poupon.

II.2.2. La fosse 10

67Datés par 14C entre 814 et 533 av. J.-C., cent vingt-cinq restes d’un grand bovin sont apparus dans la partie médiane du comblement de cette fosse, sur une épaisseur de 0,33 m (fig. 18). La longueur de deux phalanges proximales (71,9 mm et 72,8 mm), dépassant nettement celle des phalanges des bovins domestiques observées dans les contextes Hallstatt du Nord-Est de la France (GOUDEMEZ, 2018, p. 86), permet de les attribuer sans hésitation à celles d’un aurochs (Bos primigenius).

Fig. 18. Détail des vestiges fauniques de la fosse 10 de la passe 1 (en haut) à 5 (en bas).

Fig. 18. Détail des vestiges fauniques de la fosse 10 de la passe 1 (en haut) à 5 (en bas).

Photographies A. Dhondt.

68Les os de cet aurochs proviennent principalement du rachis (vertèbres cervicales, thoraciques, lombaires et caudales), du gril costal (côtes gauches et droites, sternum et nombreux fragments de gril costal), ainsi que dans une moindre mesure des pieds (quelques phalanges et os sésamoïdes) et de la tête (des incisives et une première prémolaire supérieure isolées). Hormis une épiphyse proximale d’humérus gauche, les os des membres sont absents. Les vertèbres sont surtout figurées par des disques non épiphysés et isolés (fig. 19). Aucune d’entre elles n’a été retrouvée en connexion et seule la première cervicale (l’atlas) présente une trace de découpe effectuée à l’aide d’un tranchant lourd afin de séparer la tête du reste du rachis. Les éléments des vertèbres et l’épiphyse proximale de l’humérus, non soudés, renvoient à un sujet subadulte.

Fig. 19. Inventaire des restes osseux et dentaires d’aurochs de la fosse 10 exprimé en nombre (NR) et masse des restes (MR).

Fig. 19. Inventaire des restes osseux et dentaires d’aurochs de la fosse 10 exprimé en nombre (NR) et masse des restes (MR).

69Ces rejets sont vraisemblablement issus d’une première phase de la découpe bouchère de l’animal, les parties les plus charnues (os des ceintures et des membres) ayant probablement été transportées ailleurs tandis que les pièces encombrantes et à faible valeur alimentaire (tête, rachis, côtes, pieds) ont pu être laissées sur place. Le caractère erratique de ces ossements – tête représentée uniquement par des dents déchaussées et isolées, abondance des disques vertébraux par rapport au nombre de vertèbres entières – indique qu’ils n’ont sans doute pas été jetés directement dans la fosse suite à la découpe de cet animal. Ces os ont pu avoir été abandonnés à sa proximité immédiate à même le sol. Par la suite, à un moment où la fosse n’était plus en fonction, ces ossements alors résiduels ont pu y glisser naturellement ou y être intentionnellement jetés suite à un nettoyage de son pourtour. À cette occasion, le crâne et les mandibules ont pu être emportés, ne laissant sur place que quelques dents naturellement déchaussées.

II.2.3. La fosse 13

70De nombreux restes d’un chevreuil (Capreolus capreolus) ont été mis au jour au fond de cette fosse. Ce brocard adulte a été daté par 14C entre 4324 et 4046 av. J.-C. Hormis de nombreuses vertèbres et côtes, les autres pièces osseuses de cet individu sont dans l’ensemble bien attestées. Toutefois, une bonne partie du squelette a été fortement perturbée lors de la fouille mécanique de la première moitié de la fosse. Plusieurs fragments d’os de la tête (mandibules gauche et droite, fragments de crâne), du rachis (une cervicale), du gril costal (côtes) et des membres antérieurs gauches (fragments d’une scapula et d’un humérus) et droits (humérus, radio-ulna et quelques os des pieds) ont été collectés sur le tas de déblais. Seuls les membres postérieurs et un segment du membre antérieur gauche (radio-ulna et os des pieds), observés dans la seconde moitié de la fosse, étaient encore en place et en connexion anatomique (fig. 20). La position des os de l’arrière-train indique que ce cervidé reposait sur son flanc droit. Hormis les cassures fraîches, ses restes osseux présentent des surfaces non altérées et dépourvues de la moindre trace de découpe.

Fig. 20. Reste du squelette de chevreuil au fond de la fosse 13.

Fig. 20. Reste du squelette de chevreuil au fond de la fosse 13.

Photographie F. Poupon.

II.2.4. La fosse 61

71Quelques restes osseux reposaient au fond de cette fosse et ont été datés par 14C entre 3959 et 3715 av. J.-C. Très mal conservés, ces ossements ont été attribués sur place à des restes de cerf (Cervus elaphus). La première passe a permis de mettre au jour une portion de coxal droit associée à trois fragments de côtes (fig. 21). Immédiatement sous l’os coxal, un train de vertèbres en connexion, constitué des cinq dernières lombaires et du sacrum, a été mis au jour. Un peu plus en avant, une vertèbre indéterminée (une des dernières thoraciques mais plus probablement une autre lombaire) ainsi que sept autres fragments de côtes ont été mises en évidence (fig. 22). Le tronçon de vertèbres repose sur sa face dorsale. Parmi les sept côtes, au moins cinq sont des gauches. Les mauvaises conditions de conservation des os ne peuvent pas expliquer, ici, l’absence des autres vertèbres (cervicales et thoraciques), ainsi que de la plupart des côtes et plus particulièrement des os beaucoup plus résistants que sont ceux de la tête, des ceintures thoraciques (scapulas), des membres et des pieds. Ce rejet résulte plus vraisemblablement d’une sélection anthropique. Les quelques os présents correspondent à des éléments pouvant avoir été éliminés lors de la première phase de la découpe bouchère.

Fig. 21. Détail des ossements de cerf mis au jour dans la fosse 61 lors de la première passe.

Fig. 21. Détail des ossements de cerf mis au jour dans la fosse 61 lors de la première passe.

Photographie M. Hobeck.

Fig. 22. Détail des restes osseux de cerf mis au jour dans la fosse 61 lors de la seconde passe.

Fig. 22. Détail des restes osseux de cerf mis au jour dans la fosse 61 lors de la seconde passe.

Photographie M. Hobeck.

II.2.5. La fosse 218

72Daté par 14C entre 3349 et 3033 av. J.-C., le squelette quasi-complet d’un faon (Cervus elaphus) en connexion reposait au fond de la moitié sud de cette fosse (fig. 23). Malgré les perturbations induites par le décapage mécanique, les ossements encore en place indiquent que ce jeune cervidé, âgé de moins de cinq mois (BROWN, CHAPMAN, 1991, tab. III), est en position ventro-latérale gauche, une partie des membres tant antérieurs que postérieurs gauches reposant sous son ventre.

Fig. 23. Squelette de faon au fond de la fosse 218.

Fig. 23. Squelette de faon au fond de la fosse 218.

Photographie M. Hobeck.

II.2.6. Synthèse et interprétation

73Réaliser une synthèse à partir de neuf fosses non contemporaines dont les datations s’étalent entre 4324 et 533 av. J.-C. est peu aisé. Néanmoins, les ossements mis au jour présentent un certain nombre de points communs.

74Hormis un doute subsistant sur la nature de la forme domestique ou sauvage du suidé de la fosse F6, tous les autres vestiges fauniques issus de la partie médiane ou du fond des comblements renvoient à des animaux sauvages, parmi lesquelles figurent l’aurochs Bos primigenius (F10), le chevreuil Capreolus capreolus (F13) et le cerf Cervus elaphus (F32, F61 et F218). À l’exception de la fosse F227 (un métacarpe III isolé de sanglier Sus scrofa), les restes osseux mis au jour dans les parties sommitales des autres fosses peuvent difficilement être attribués à une forme domestique ou sauvage (F28 et F31).

75Il existe également, ici, au moins deux types de dépôts d’après la nature des pièces osseuses présentes. Le premier correspond à des bêtes complètes en connexion reposant au fond des fosses tels les squelettes de chevreuil (F13) et de faon (F218). La présence d’animaux sauvages complets et en connexion anatomique au fond des fosses à profil en Y n’est pas un cas isolé, comme en témoignent le marcassin de Bezannes Le Bas-Torchant (Marne ; BONTROND et alii, 2013, p. 102), le cerf d’Achicourt (Nord-Pas-de-Calais ; LORIN et alii, 2013, p. 179) ou le suidé – sauvage ou domestique – de Duntzenheim (Bas-Rhin ; ERTLEN et alii, 2013, p. 220). S’agit-il de dépôts volontaires impliquant l’animal lors de pratiques ritualisées dont la nature nous échappe, ou faut-il tout simplement voir à travers ces squelettes les restes d’un animal piégé, mort de faim et d’épuisement, non relevé à temps et finalement abandonné ? Dans le cadre d’une activité cynégétique, ces deux hypothèses sont in fine tout aussi plausibles l’une que l’autre, voire même complémentaires.

76Le second type de dépôts se caractérise par la présence d’ossements à faible valeur nutritionnelle tels les éléments de la tête, du rachis, des côtes et des pieds de l’aurochs (F10), ainsi que les restes de rachis, de côtes et de ceinture pelvienne de cerf (F61). Dans ces deux fosses, les parties les plus charnues (os des membres) font défaut. Ces rejets pourraient alors correspondre à des déchets issus de la première découpe sur place des animaux (trace de découpe observée sur l’atlas de l’aurochs), les parties les plus charnues étant probablement emmenées sur le site de consommation. Toutefois, dans les deux cas, la position stratigraphique des os n’est pas identique. Les restes d’aurochs se trouvent dans le comblement médian, tandis que les restes de cerf de la fosse F61 se situent au fond. Les premiers correspondent peut-être plus à un nettoyage des abords de la fosse alors déjà partiellement remblayée – ce qui expliquerait le caractère erratique de certains restes : dents déchaussées, nombreux disques vertébraux isolés, etc. –, tandis que les seconds ont effectivement pu être jetés directement au fond de la fosse immédiatement après la découpe de l’animal. Des assemblages d’ossements d’aurochs assez similaires à celui de Bétheny ont également été mis au jour dans la partie médiane des fosses à profil en Y de Bazancourt Montant de la Sorcière (Marne), de Saint-Léger-près-Troyes ‘Parc Logistique de l’Aube’ (Aube) et de Neuflize (Ardennes ; ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 27-29) ou plus récemment à Champigny Le Mont Saint-Pierre (Marne ; GARMOND, BINDER, 2020, p. 149-156).

77En raison du très mauvais état de conservation des restes de suidés de la fosse F6, l’interprétation est plus délicate. Néanmoins, ces éléments de squelette d’un jeune individu sont vraisemblablement à rapprocher du faon et du chevreuil des fosses F13 et F218. Il est également difficile de statuer sur la nature du bois de cerf présent dans le comblement médian de F32, la portion mise au jour ne permettant pas de savoir s’il s’agit des restes d’un bois de chute ou de massacre, le dernier étant révélateur d’une activité cynégétique. Notons, toutefois, que les fosses en Y de la région Champagne-Ardenne fournissent aussi bien des bois de chute (Juvigny et Vatry, Marne) que de massacre (Arcy-sur-Aube, Aube ; ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 24-25).

78Qu’il s’agisse d’animaux entiers ou d’assemblages fauniques issus d’une première découpe bouchère in situ, l’occurrence des restes de gibier est une caractéristique commune à l’ensemble de ces fosses lorsqu’elles livrent du mobilier archéologique. Sans écarter totalement d’autres fonctions (fosse pour le tannage, le tissage, la conservation alimentaire ou fosse à destination religieuse), force est de constater que l’utilisation cynégétique de ces fosses reste à ce jour l’hypothèse la plus probable, aussi bien à l’échelle régionale (ACHARD-COROMPT et alii, 2013, p. 31 et 58-59) qu’extrarégionale (FRIEDERICH, 2013, p. 229-231 ; LORIN et alii, 2013, p. 184-185 ; MARCIGNY, 2013, p. 198).

II.3. L’industrie lithique

79L’industrie lithique est plus que limitée, puisque seuls deux petits fragments de silex taillé ont été retrouvés dans les sédiments prélevés pour tamisage. La fosse 10 a livré, dans sa partie médiane, un fragment d’un éclat de silex. Dans le fond de la fosse 29, une esquille millimétrique, provenant d’une hache polie en silex, a été mise au jour.

II.4. Étude malacologique

80Si le mobilier est rare, en revanche, les fosses comprennent dans leur comblement un nombre important de restes malacologiques. Les sédiments tamisés ont livré plusieurs milliers de coquilles d’escargots. Ces restes ont le plus souvent été retrouvés dans les parties limoneuses : ils sont donc logiquement plus nombreux dans le bouchon des fosses.

81Bien que ces restes ne permettent pas d’appréhender la fonction ou la chronologie des fosses, en revanche, ils constituent d’excellents marqueurs environnementaux. L’étude de ces coquilles apporte des informations précieuses pour la restitution de l’environnement naturel du site, ainsi que sur son évolution. Cependant, la plupart des coquilles retrouvées provenant de couches non datées, il a paru plus pertinent de concentrer l’étude sur celles qui pouvaient être calées chronologiquement. Ainsi, les échantillons provenant de quatre fosses aux couches bien datées (F10, F32, F215 et F217), illustrant quatre périodes distinctes (Néolithique ancien, Néolithique moyen, Bronze moyen, Hallstatt), ont fait l’objet d’une étude malacologique poussée, afin de tenter de restituer l’environnement végétal des fosses et, surtout, son évolution (fig. 24).

Fig. 24. Inventaire des restes malacologiques des fosses F10, F215, F32 et F217.

Fig. 24. Inventaire des restes malacologiques des fosses F10, F215, F32 et F217.

82Si l’on considère les fosses dans leur ordre chronologique, la première est la fosse 217, datée de la fin du Mésolithique/Néolithique ancien. Elle contenait peu de restes et l’assemblage le plus significatif est celui du sommet du comblement, dominé par l’espèce intrusive Cecilioides acicula. Les autres taxa présents indiquent un environnement ouvert et sec (Cernuella virgata et Vallonia costata) ou qui peuvent vivre dans des habitats variés. Malgré le faible effectif des assemblages, le signal écologique renvoyé semble correspondre à un environnement ouvert et peu boisé.

83La fosse 32 représente le Néolithique moyen II. Les assemblages y étaient maigres mais affichent une certaine continuité avec ceux de la fosse 217. L’environnement semble rester ouvert et sec (Cernuella virgata et l’occurrence de Chondrula tridens), avec néanmoins la présence de quelques broussailles suggérées par Pomatias elegans. Aucune espèce n’évoque ici la présence d’une couverture arborée significative.

84L’âge du Bronze moyen s’illustre ensuite par la fosse 215. Bien que le prélèvement inférieur soit pauvre, les deux échantillons supérieurs sont plus denses et apportent davantage d’informations.

85Le prélèvement médian est dominé par Carychium tridentatum (63,4 %), et accompagné de Discus rotundatus (8,8 %) et Pomatias elegans (7,5 %). On retrouve également en proportions équivalentes Sphyradium doliolum (3,5 %), Vitrea contracta, Aegopinella pura, et Trochulus striolatus (tous 3,2 %), ainsi que Punctum pygmaeum et Nesovitrea hammonis (à 2,1 %). Ces espèces préfèrent les habitats humides bien végétalisés. Les espèces avec une forte préférence pour les habitats boisés, comme Helicodonta obvoluta et Acanthinula aculeata, ne sont représentées que par des spécimens isolés.

86Le prélèvement supérieur marque un changement dans sa composition. Carychium tridentatum devient bien moins commun et chute à seulement 19.2 % de l’assemblage. Sphyradium doliolum décline également à 1,6 %. Ces deux espèces demandent un certain degré d’humidité et leur déclin suggère le développement de conditions plus sèches vers le haut de la séquence. Ce phénomène coïncide avec l’accroissement de Pomatias elegans (39,8 %) et Discus rotundatus (12,7 %). L’augmentation du nombre d’espèces d’habitats boisés, spécialement Helicodonta obvoluta et Acanthinula aculeata, est également évidente mais la diversité des espèces d’habitats secs et ouverts, comme Helicella itala et Candidula intersecta, est également plus importante que dans les échantillons précédents. Ce dernier assemblage suggère donc qu’à la fois des espaces boisés et bien ombragés, et des prairies ouvertes cohabitaient aux alentours, mais que dans tous les cas, les conditions étaient plutôt sèches.

87La dernière période représentée est le premier âge du Fer, par le biais de la fosse 10. Encore une fois l’échantillon inférieur n’a livré que peu de mollusques et les informations de cette structure nous proviennent essentiellement des prélèvements médian et supérieur.

88Le prélèvement médian était dominé par Carychium tridentatum (55,8 %), accompagné de Trochulus striolatus (10,6 %), Punctum pygmaeum (7,1 %), Aegopinella pura (6,2 %) et Vallonia costata (5,3 %). Cette association indique un environnement boisé et humide ; Punctum pygmaeum est particulièrement fréquent dans les lits de feuilles humides sur le sol des forêts caduques.

89L’échantillon supérieur est légèrement plus diversifié mais toujours dominé par ce même groupe d’espèces. Les apparitions significatives à noter sont Sphyradium doliolum (7,5 %) et les Clausiliidae tels que Cochlodina laminata et Clausilia bidentata. Ces espèces fréquentent les environnements boisés bien ombragés et confirment l’image d’une forêt caduque humide. Toutefois on notera également la présence de Vertigo pusilla et V. pygmaea qui témoignent de l’existence d’habitats plus secs (peut-être rupestres).

90L’étude des assemblages suggère donc qu’au début du Néolithique, le site était relativement ouvert et sec, avec une couverture arborée limitée. Ces conditions ouvertes semblent perdurer au Néolithique moyen et même voir l’expansion de prairies et le déclin des broussailles. Ce paysage de prairies ouvertes et sèches se transforme à l’âge du Bronze moyen en une mosaïque d’habitats plus humides, plus végétalisés, voire boisés, et de prairies ouvertes. À la fin de l’âge du Bronze, l’environnement semble s’assécher, conduisant au déclin d’espèces comme Carychium tridentatum et Sphyradium doliolum, et à l’expansion d’espèces xérophiles comme Helicella itala. Le premier âge du Fer voit le retour de conditions de plus en plus humides, mais également d’une forêt caduque de plus en plus dense.

91Aucun des assemblages n’a révélé d’espèces en rapport avec la dépression naturelle et un éventuel point d’eau, ne serait-ce qu’éphémère.

III. Synthèse sur l’occupation cynégétique

III.1. Chrono-typologie des fosses du site

92La grande variété des dates obtenues sur les fosses profondes du site du Champ de Manœuvre permet d’aborder la question de l’évolution de ces fosses. En effet, la variable géographique étant ici nulle, nous pouvons comparer directement les différents profils entre eux selon les périodes chronologiques représentées (fig. 25).

Fig. 25. Évolution des profils de fosses cynégétiques du site du Mésolithique au Hallstatt.

Fig. 25. Évolution des profils de fosses cynégétiques du site du Mésolithique au Hallstatt.

DAO N. Garmond.

93L’analyse du graphique obtenu est intéressante. En effet, une tendance très nette se dégage. Si la profondeur des fosses semble se réduire nettement à la fin du Néolithique moyen, elle augmente ensuite substantiellement avec, du Néolithique final au Bronze final, des profils transversaux de plus en plus larges. Une exception est notable, la fosse F10, dont le comblement date du Hallstatt. Cette fosse a un profil similaire à la fosse 217, datée du Mésolithique final. Il faut donc considérer l’évolution vers des profils de plus en plus massifs comme une tendance et non comme une règle sans exception. Il est encore utopique de pouvoir dater une fosse uniquement grâce à son profil, et la question d’une variable fonctionnelle (selon le type d’animal chassé) reste ouverte. Au Champ de Manœuvre, la fosse F6, large et massive, a livré un petit marcassin, tandis que les os d’un aurochs ont été retrouvés démembrés dans une fosse étroite, F10. Le lien entre taille de la fosse et animal chassé semble ici peu évident.

94Ces résultats ont un premier intérêt direct, celui de pouvoir proposer des datations pour certaines fosses du site possédant des profils caractéristiques, comme les « petites fosses » de la phase 3 ou les fosses massives des phases 7 et 8. Il devient ainsi possible d’aborder les questions spatiales, malgré les lacunes des datations.

III.2. Premier niveau d’hypothèse : les phases d’occupation

95Fort de ces résultats, il est (enfin !) possible d’aborder spatialement le phasage de l’occupation (fig. 26). Ce premier niveau d’hypothèse dresse le fonctionnement général de l’aire cynégétique, et servira de base à un second niveau d’hypothèse sur l’évolution environnementale.

Fig. 26. Analyse spatiale du phasage chronologique de l’occupation cynégétique.

Fig. 26. Analyse spatiale du phasage chronologique de l’occupation cynégétique.

DAO N. Garmond.

  • Phase 1 : du Mésolithique final au Néolithique ancien

96Cette phase initiale est représentée au moins par les fosses 217 et F229, dont il est possible qu’elles ne soient pas contemporaines. Les données suggèrent que la mare et le site cynégétique aient déjà été en fonction dès le Mésolithique final, la date radiocarbone la plus ancienne indiquant un horizon chronologique à 6000 av. J.-C. De manière certaine, la fosse 217 a été comblée (et peut-être creusée ?) durant le Néolithique ancien. Les fosses 33, 233 et 234 présentent des profils et des remplissages similaires à celui de F217 (profils qui apparaissent effectivement dès le Mésolithique ; ACHARD-COROMPT et alii, 2017b). Elles peuvent donc à titre d’hypothèse être rattachées à cette phase.

97On peut remarquer qu’à l’exception de la fosse à téton, les autres fosses sont situées à bonne distance de la paléomare F226, sur une même courbe de niveau. L’analyse malacologique du comblement de la fosse 217 indique que le site présente, au Néolithique ancien, un environnement ouvert et peu boisé.

  • Phase 2 : 4300-4000 av. J.-C.

98Seules les fosses 13 et 238 (dans son premier état) peuvent être rattachées de manière certaine à cette phase. Les fosses 12, 50 et 228 présentent des profils presque cylindriques et profonds se rapprochant de celui de la fosse 268, aussi peut-on éventuellement les associer. Il est d’ailleurs remarquable que les fosses 12, 13, 228 et 238 forment un demi-cercle proche du point profond de la dépression. Il est donc possible que la paléomare ait été peu profonde, voire sèche durant la phase 2.

  • Phase 3 : 3950-3700 av. J.-C.

99Les fosses 32, 61 et 176 appartiennent à cette phase. Ces fosses « au profil étroit et peu profondes » sont similaires aux fosses 27, 34, 35, 206, 209 et 240 que l’on peut donc, sous réserve, associer à une même phase.

100Il est intéressant de constater qu’à l’exception de la fosse 34, les fosses de cette phase forment un dispositif en arc de cercle qui ceinture la partie orientale de la paléomare. Cette disposition est similaire à celle mise en évidence sur le site Rubané de Saint-Martin-sur-le-Pré ‘Rue des Castors’ dans la Marne (GARMOND et alii, 2014). Cet agencement de fosses, déjà représenté sur la phase 2 à moindre échelle, n’est donc pas fortuit. Il doit correspondre à une pratique de chasse, qui reste encore à appréhender.

101Comme pour les fosses de la première phase, l’environnement est alors ouvert et sec.

  • Phase 4 : 3620-3350 av. J.-C.

102La phase 4 n’est représentée que par une datation radiocarbone sur un os issu de l’US 1001 (paléomare). Cette date atteste une utilisation, probablement cynégétique, du site durant cette période, qui doit correspondre à une ou plusieurs fosses profondes non datées.

  • Phase 5 : 3350-3030 av. J.-C.

103Cette phase n’est représentée que par la fosse 218, dans son premier état. Sa reprise plus tardive rend illisible son profil initial, aussi n’est-il pas possible de lui associer d’autres fosses.

  • Phase 6 : 2460-2200 av. J.-C.

104Seule la fosse 24 peut être attribuée de manière certaine à cette phase. La fosse 29, voisine, pourrait éventuellement appartenir à la même phase en raison de son profil.

  • Phase 7 : 1660-1500 av. J.-C.

105Les fosses 215 et 227 appartiennent à cette phase d’occupation. La fosse 6 possédant un profil similaire à celui de la fosse 215, on peut donc poser l’hypothèse de son rattachement à une même occupation. Durant cette phase, la dépression est totalement asséchée, puisque la fosse 227 est creusée au point le plus bas. Le couvert végétal est alors en pleine mutation, et l’on constate la coexistence d’une prairie ouverte avec des espaces boisés, dans un environnement globalement sec.

  • Phase 8 : 1375-1060 av. J.-C.

106La phase 8 est représentée par les fosses 31 et 207. La fosse 6, de nouveau, pourrait se rattacher à cette phase, les profils de fosse massifs étant assez similaires entre les phases 7 et 8. Pour cette phase, les fosses sont éloignées du fond de la dépression, sans que l’on puisse savoir s’il y avait présence d’eau ou non.

  • Phase 9 : 800-550 av. J.-C.

107La dernière phase cynégétique est représentée par les fosses 10 et 236. Ces deux fosses ayant des profils et/ou des remplissages atypiques, elles ne peuvent être comparées à aucune autre. De nouveau, une fosse est creusée au point le plus profond de la dépression, attestant son assèchement. Le secteur est alors recouvert d’une forêt caduque humide.

108Ce phasage appelle plusieurs commentaires. Le premier est que les phases anciennes paraissent plus « structurées » que les phases récentes, avec notamment deux dispositifs en arc de cercle supposés au Néolithique moyen.

109Le second concerne la densité de fosses, qui paraît faible pour chaque phase. Cette faiblesse doit être pondérée par les faits qui, à l’issue de ce travail, ne peuvent être attribuées à aucune phase, ainsi que par la reprise à différentes périodes de plusieurs fosses. Les fosses profondes champenoises se caractérisent souvent par un faible ratio de fosses à l’hectare (ACHARD-COROMPT et alii, 2013). Ainsi, la forte densité de fosses profondes sur le site du Champ de Manœuvre est bien le résultat de la fréquentation longue de l’aire cynégétique et non celui d’une batterie dense. Il est d’ailleurs remarquable qu’un même lieu ait conservé plusieurs utilisations successives de même nature, déconnectées dans le temps, sur plusieurs millénaires. La paléomare constituait vraisemblablement un point d’attrait certain pour les animaux sauvages et donc, indirectement, pour les chasseurs.

110Enfin, dernière réflexion, la localisation spatiale des fosses semble varier d’une phase à l’autre, avec une fluctuation marquée autour du point le plus profond. L’étude géomorphologique révélant des fluctuations dans le niveau d’eau présent ou non dans la paléomare F226, il est tentant d’associer ensemble ces variations. C’est sur cette base que nous construirons notre deuxième niveau d’interprétation qui, s’il reste du domaine de l’hypothèse, offre un aperçu du potentiel environnemental d’un tel site archéologique.

III.3. Deuxième niveau d’hypothèse : vers une chronologie de l’évolution du paysage

111Ce second niveau d’interprétation du site part de plusieurs postulats, développés suite à l’ensemble des études qui y ont été menées. Ce paragraphe ne doit pas être vu comme un historique de site, puisque les données sont peu nombreuses et relèvent plus souvent de l’hypothèse que de la conclusion. Notamment, la question de la saisonnalité (en quelle saison le site a fonctionné ?) ne peut être abordée, alors que l’on connaît pourtant son importance pour la chasse.

112Cette deuxième lecture doit plutôt être vue comme un cadre général, visant à comprendre l’évolution du site sur le temps long, grâce aux données offertes par le comblement des fosses profondes.

113Les postulats de bases sont :

  • le site est une aire cynégétique fréquentée par des animaux sauvages venant s’abreuver dans une flaque d’eau saisonnière et/ou temporaire ;
  • cette aire est éloignée des habitats. Elle se trouve dans une zone peu anthropisée, et selon les périodes en forêt, en lisière de forêt ou en prairie ;
  • le site est utilisé, par phases successives dont la durée nous échappe, sur plusieurs millénaires du Mésolithique jusqu’au Hallstatt, avec une remarquable unicité de fonction ;
  • au fil du temps, le site a changé de morphologie. Le niveau d’eau a fluctué et le couvert végétal a connu des évolutions.

114L’association de ces données permet ainsi de suivre l’évolution de l’environnement naturel du site (fig. 27), ainsi qu’indirectement l’impact de l’Homme sur l’environnement. Assez étonnamment, nous n’assistons pas ici à une déforestation mais, au contraire, à une reforestation. D’une mare saisonnière située dans une prairie ouverte, le site devient progressivement une dépression sèche dans une forêt secondaire caduque. La déforestation n’est attestée qu’à la fin de la séquence, puisque l’occupation laténienne qui s’ensuit est clairement localisée dans un environnement ouvert, probablement occupé par des champs agricoles (GARMOND, 2015 ; TOULEMONDE, 2016).

Fig. 27. Hypothèse de restitution de l’évolution du couvert végétal du site, de la fin du Mésolithique à la période gauloise.

Fig. 27. Hypothèse de restitution de l’évolution du couvert végétal du site, de la fin du Mésolithique à la période gauloise.

D.A.O. N. Garmond.

115Tout concorde pour suggérer que ce secteur en marge de la vallée de la Vesle serait colonisé assez tardivement, à l’âge du Fer. Ces données sont confortées par l’environnement archéologique du site, où l’on constate l’absence d’occupations du Néolithique et de l’âge du Bronze sur plusieurs kilomètres alentours. Elles vont ainsi dans le sens des hypothèses actuellement développées sur la néolithisation de la Champagne (LAURELUT et alii, 2015), où l’on constate que les habitats néolithiques sont fortement concentrés le long des vallées alluviales, au détriment des secteurs éloignés des rivières, qui ne semblent occupés que tardivement, durant les âges des métaux. On voit donc directement quel intérêt il y a à étudier de telles aires cynégétiques, et la multiplication des études dans des secteurs proches devrait à terme permettre de suivre l’évolution écologique d’un territoire, voire d’une région (GARMOND, BÜNDGEN, 2020).

III.4. Le site dans son environnement local

116Les découvertes de fosses profondes à profils en « I-U-V-W-Y » se sont multipliées ces dernières années grâce à une meilleure reconnaissance de ces structures, notamment lors des diagnostics archéologiques. Ainsi, dans la périphérie rémoise, en dehors du site du Champ de Manœuvre, de nombreuses fosses isolées, mais aussi parfois de véritables batteries, ont été récemment mises au jour. Ces dispositifs de fosses ne présentent ni une même configuration, ni une même histoire :

  • le dispositif des Ecavés à Bétheny (GARMOND et alii, 2014) est constitué d’un groupe lâche de fosses profondes. Il a pu être suivi sur 850 m de longueur et s’oriente en suivant une même courbe de niveau sur le versant d’un vallon sec ;
  • le groupe des Terres Soudées à Thillois (BONTROND et alii, 2013) se démarque par la grande variété des datations des fosses, ce qui le rapproche sensiblement de celui du Champ de Manœuvre. En revanche, il ne présente aucune cohérence spatiale ;
  • enfin, la quarantaine de fosses profondes de Bezannes, dont les datations vont du Néolithique moyen au Bronze final, s’organise dans un dispositif lâche sur plusieurs dizaines d’hectares de surface, en retrait de deux vallons. Ces fosses ont tendance à être plus nombreuses aux abords de petites dépressions géologiques interprétées comme de potentielles mares (BÜNDGEN et alii, 2015 ; GARMOND, BÜNDGEN, 2021). La relation spatiale entre fosses et dépressions géologiques n’est évidemment pas sans rappeler le site du Champ de Manœuvre.

117On le voit donc, sur le territoire rémois, les dispositifs cynégétiques diffèrent d’un site à l’autre, avec des histoires distinctes. Certaines similitudes reviennent cependant, qui laissent penser qu’il existe une relation directe entre la forme du paysage et l’implantation des fosses profondes. Le point commun est que ces sites sont toujours localisés à distance des habitats contemporains reconnus, dans des aires a priori peu anthropisées (GARMOND, BÜNDGEN, 2020), trait qui est caractéristique de ce type de sites en Champagne et dans les autres régions (ACHARD-COROMPT et alii, 2017a). Il semble donc que même en-dehors de leurs habitats, les Hommes maîtrisaient alors pleinement le paysage ancien et savaient aisément tirer parti de ses particularités.

Conclusion

118Les fosses profondes mises au jour à Bétheny Le Champ de Manœuvre, organisées autour d’une paléomare, constituent donc les vestiges d’une aire de chasse préhistorique et protohistorique. L’étude permet de mieux comprendre les pratiques ancestrales de la chasse passive, souvent documentées par la littérature, de mieux en mieux par l’archéologie. De plus, si besoin est, le site du Champ de Manœuvre apporte des éléments de preuve quant à l’interprétation des fosses « à profil en I-U-V-Y » champenoises comme pièges de chasse. Enfin, l’étude souligne le potentiel informatif de tels sites sur notre connaissance des aires « sauvages » non anthropisées, de fait peu abordées par l’archéologie.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Plan de l’occupation cynégétique du site du Champ de Manœuvre à Bétheny.
Crédits Topographie F. Laudrin, DAO N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 460k
Titre Fig. 2. Vue en coupe du comblement de la paléomare F226.
Crédits Photographie A. Dhondt.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 390k
Titre Fig. 3. Coupe longitudinale et diagramme stratigraphique de la paléomare F226.
Crédits DAO N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 883k
Titre Fig. 4. Classification des profils des fosses profondes du site du Champ de Manœuvre.
Crédits DAO N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 933k
Titre Fig. 5. Vue en coupe de la fosse 229, avec au fond son trou de poteau surcreusé.
Crédits Photographie A. Dhondt.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 881k
Titre Fig. 6. Comblement type d’une fosse profonde du site.
Crédits Photographie N. Feron.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 822k
Titre Fig. 7. Coupe de la fosse 235.
Crédits Photographie M. Hobeck.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 1,5M
Titre Fig. 8. Hypothèse de restitution des pièges 235 et 229.
Crédits DAO N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 826k
Titre Fig. 9. Exemples de traces liées à la possible présence de cuvelage : fosses F10 et F228.
Crédits Photographies M. Hobeck et A. Dhondt.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Fig. 10. Synthèse des datations radiocarbone effectuées sur l’aire cynégétique.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 631k
Titre Fig. 11. Phasage des occupations cynégétiques à partir des résultats radiocarbone.
Crédits Infographie N. Garmond, sériation OxCa.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 924k
Titre Fig. 12. Datations des couches des fosses F215 et F217.
Crédits DAO C. Carlier et N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 786k
Titre Fig. 13. Fosses avec traces évidentes de recreusements.
Crédits DAO C. Carlier.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 737k
Titre Fig. 14. Partie émergée des fosses 227 et 236.
Crédits Photographies D. Amiot.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Fig. 15. La céramique des fosses profondes et de la paléomare.
Légende Échelle 1/3.
Crédits DAO M. Gomes.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 510k
Titre Fig. 16. Inventaire des restes de faune dans les fosses pauvres en vestiges fauniques.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 100k
Titre Fig. 17. Vue d’ensemble des restes osseux de suidé de la fosse 6.
Légende Au premier plan, la tête ; au second plan, les os des membres.
Crédits Photographie F. Poupon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 758k
Titre Fig. 18. Détail des vestiges fauniques de la fosse 10 de la passe 1 (en haut) à 5 (en bas).
Crédits Photographies A. Dhondt.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 824k
Titre Fig. 19. Inventaire des restes osseux et dentaires d’aurochs de la fosse 10 exprimé en nombre (NR) et masse des restes (MR).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 620k
Titre Fig. 20. Reste du squelette de chevreuil au fond de la fosse 13.
Crédits Photographie F. Poupon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 783k
Titre Fig. 21. Détail des ossements de cerf mis au jour dans la fosse 61 lors de la première passe.
Crédits Photographie M. Hobeck.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 744k
Titre Fig. 22. Détail des restes osseux de cerf mis au jour dans la fosse 61 lors de la seconde passe.
Crédits Photographie M. Hobeck.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 719k
Titre Fig. 23. Squelette de faon au fond de la fosse 218.
Crédits Photographie M. Hobeck.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 815k
Titre Fig. 24. Inventaire des restes malacologiques des fosses F10, F215, F32 et F217.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-24.jpg
Fichier image/jpeg, 679k
Titre Fig. 25. Évolution des profils de fosses cynégétiques du site du Mésolithique au Hallstatt.
Crédits DAO N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-25.jpg
Fichier image/jpeg, 856k
Titre Fig. 26. Analyse spatiale du phasage chronologique de l’occupation cynégétique.
Crédits DAO N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-26.jpg
Fichier image/jpeg, 712k
Titre Fig. 27. Hypothèse de restitution de l’évolution du couvert végétal du site, de la fin du Mésolithique à la période gauloise.
Crédits D.A.O. N. Garmond.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/docannexe/image/16711/img-27.jpg
Fichier image/jpeg, 483k
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Nicolas Garmond, Manuel Gomes, Sébastien Laratte, Nathalie Marini, Frédéric Poupon, Sabrina Save et Tom White, « Une aire de chasse plurimillénaire à Bétheny »Revue archéologique de l’Est, Tome 72 | 2023, 5-27.

Référence électronique

Nicolas Garmond, Manuel Gomes, Sébastien Laratte, Nathalie Marini, Frédéric Poupon, Sabrina Save et Tom White, « Une aire de chasse plurimillénaire à Bétheny »Revue archéologique de l’Est [En ligne], Tome 72 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rae/16711

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Auteurs

Nicolas Garmond

Service archéologie du Grand Reims / UMR 8215 Trajectoires

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Manuel Gomes

Service archéologie de Reims Métropole

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Sébastien Laratte

Université de Reims Champagne-Ardenne / EA 3795 GEGENAA

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Amélie

Frédéric Poupon

Service archéologie du Grand Reims / UMR 7324 CITERES-LAT

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