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Varia

De l’Institut au Musée Imaginaire « radionaute » : mise en lumière et en ondes d’un patrimoine cinématographique mondial

Sandrine Ravel

Résumés

Depuis sa création en 2009 à Lyon et sous l’impulsion l’Institut Lumière, le Festival Lumière célèbre le cinéma de patrimoine, notamment grâce à Radio Lumière. Cette station propose d’accompagner la programmation du Festival, pendant et après les célébrations. L’un des objectifs est d’attirer un jeune public au profit du cinéma classique. De fait, Radio Lumière a renforcé ses services numériques sur les plateformes et les réseaux sociaux. De par l’usage que permettent ces nouveaux services, l’équipe de la radio et son public coconstruisent les savoirs et laissent leurs empreintes sur ces différentes plateformes, tout en ouvrant la voie à un musée virtuel et très personnel.

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Texte intégral

1Depuis sa création en 2009, le Festival Lumière célèbre le cinéma de patrimoine, chaque année, au mois d’octobre et sur neuf jours. Thierry Frémaux en est co-créateur avec Bertrand Tavernier, mais surtout le délégué général, fonction qu’il assume, par ailleurs, pour le Festival de Cannes.

2Organisée à la fois par l’Institut Lumière et la ville de Lyon, avec un budget de 3,9 millions d’euros, financé à 64 % par des ressources propres et à 36 % par les pouvoirs publics, la manifestation attire les artistes internationaux (plus de 1.500 personnalités et professionnels.) Par exemple, 127 d’entre eux ont présenté des films pour l’édition 2018, près de 174 ont été projetés lors de 421 séances, pour une moyenne de 171 000 festivaliers, en s’étendant sur une soixantaine de sites à travers toute l’agglomération lyonnaise, qui compte également expositions, rencontres, animations…

  • 1 Selon le site de la radio.

3Cette dernière est également irriguée par Radio Lyon Première (90.2 FM), qui se targue d’être la première radio locale en Europe à délivrer de l’information de proximité, en continu, sur cinquante kilomètres autour de la métropole, tous les jours, de 5h00 à 20h00, sauf le weekend. Première sur le département du Rhône, d’où son nom, elle totalise 66400 auditeurs par semaine, selon Médiamétrie.1

4Toutefois, Radio Lyon Première se métamorphose en Radio Lumière, uniquement pendant les festivités cinématographiques. Sous ce nouveau patronyme, elle se retrouve alors englobée dans un vaste village ouvert à tous.

  • 2 La rue du Premier Film est dénommée ainsi car y fut tourné le premier film réalisé par Louis Lumièr (...)

5Le cœur de cet espace participatif se situe à la Halle Tony Garnier, qui voit ouverture et clôture de l’évènement, avec la remise du Prix Lumière. Ou encore dans la rue emblématique du Premier Film, les festivaliers ayant, entre autres, la possibilité de chiner dans des brocantes spécialisées.2 Ou bien se diriger vers le Parc Lumière, qui accueille un grand marché du DVD et une librairie du cinéma. Chaque étape du parcours offre ainsi un large éventail de références à disposition des festivaliers, principalement consacré au cinéma de patrimoine.

6En effet, c’est l’une des vocations essentielles de l’Institut Lumière, et elle va orienter le choix de la méthode et des outils d’analyse qui vont suivre. Ils évolueront à partir de ce premier constat formulé par Amélie Blaustein Niddam (2012) : « La radio serait-elle le média éternel. La télé, le web et les smartphones ne l’ont pas avalé, au contraire, elle en joue. C’est ce que prouve une fois de plus Radio Lumière qui couvre le Lumière Grand Lyon. »

1. Problématique, méthode, corpus et outils d’analyse

  • 3 Infime Coïncidence : Radio Nostalgie et Radio lumière ont en commun le lieu, puisque la première a (...)

7C’est ce jeu, radio hertzienne / numérique interactif, plus particulièrement en destination des « moins de vingt-cinq ans », tels qu’envisagés par le festival, qui constitue la problématique. Les enjeux vont faire l’objet d’une analyse sémio-pragmatique qui va s’appuyer sur deux des hypothèses identifiées par Séverine Equoy Hutin lors de son analyse de Radio Nostalgie.3

8La première hypothèse amènera à postuler que l’extension numérique de la radio modifie la production du sens. Du fait d’un rapport d’inclusion-reconfiguration entre le média source et l’espace virtuel qui l’accueille et qui est lié à la mutation des pratiques. (Equoy Hutin, 2016 ; 80)

9Puis, en deuxième hypothèse, il s’agira de montrer que les scènes numériques relatives à la radio offrent, de par les spécificités du support et des composants scripturaux interactifs des espaces de pèlerinage singuliers qui contribuent à un « processus de patrimonialisation. » (Equoy Hutin, 2017 ; 137)

10À ce titre, la locale pourra être appréhendée comme un intermédiaire entre les auditeurs et des contenus qui deviennent plus compréhensibles.

11Ces hypothèses seront validées en fin de démonstration, mais pour y parvenir, il convient d’exposer la méthode et ses limites, les concepts mobilisés, ainsi que le corpus.

1.1. Méthode et concepts

12La méthodologie adoptée est de nature hypothético-déductive, car les hypothèses sont posées avant de collecter des données et en les fondant sur des concepts identifiés dès le début de la démarche. (Antoine, 2016 ; 33)

13Trois des concepts que Séverine Equoy Hutin a identifiés et appliqués lors de son analyse de Radio Nostalgie ont été retenus.

14Un premier, pivot, où il s’agit moins de confronter radio hertzienne / numérique, mais plutôt de les comparer, afin de mieux faire surgir leur intermédialité. Celui-ci impliquera de présenter puis d’étudier les supports formels, matériels et sensibles relatifs aux productions multimédiatiques. Ainsi que leurs effets sémiotiques, à travers des exemples d’applications dépendantes d’un régime de connectivité.

15Par conséquent, les observations se développeront à partir de trois sortes de supports qui ont été différenciés par Éleni Mitropoulou et Nicole Pignier (2014, p. 19) :

  • les supports matériels, ordinateurs et mobiles nécessitant une connexion internet

    • 4 Néologisme que Séverine Equoy Hutin propose d’adopter pour désigner l’internaute usager de la radio (...)

    les supports formels, soit site, application, réseau social qui relèvent d’un mode d’organisation prenant forme sur page Web et écran. Il convient de préciser que, pour ces versions numérisées, le « « radionaute »4 doit s’en tenir à des parcours préprogrammés qu’il peut emprunter pour accéder à différents contenus. Mais, toujours au sein d’une structure stable qui n’est pas modifiable.

  • les support erghodiques qui recouvrent les modes d’interaction gestuelle, les fonctionnalités. En effet, après un temps de navigation, les différentes opérations qui vont suivre ont été effectuées par l’auteur de cet article.

16Puis, un deuxième concept, celui de l’« agedorisation » (Equoy Hutin, 2016 ; 77), le festival et la radio ayant pour objectif moins la fabrique médiatique d’un âge d’or de la musique de variétés, comme pour Nostalgie, que la popularisation numérique, en direction de la jeunesse, d’un âge d’or cinématographique déjà institutionnalisé comme le Septième des Arts.

17Ce deuxième concept n’ira pas sans un troisième, celui de la patrimonialisation de cet âge d’or qui cherche à induire des pratiques commémoratives numériques chez cette même jeunesse.

« À travers les sons numérisés, une diffusion (gratuite) élargie des connaissances (accessibles au plus grand nombre) est proposée. Ces modalités sonores participeraient d’une forme de démocratisation culturelle (compressées, les données sont facilement reproductibles, échangeables et transposables pour vivre sur d’autres supports). Ces stocks de programmes revoient à la conservation du patrimoine sonore (et ainsi à sa transmission). » (Antoine, 2016 ; 131)

18De fait, ce travail participe de l’étude du domaine de l’archivage numérique dans une perspective historique, mais aussi communicationnelle.

1.2. Une analyse qualitative du corpus

19L’analyse qualitative du contenu d’une émission de radio emprunte sa démarche aux concepts issus de la sémiologie afin d’expliciter le ou les sens manifestes ou latents que l’émission contient et /ou les manières dont son contenu parvient à construire des effets de sens. (Antoine, 2016 ; 147) Les versions ordinateur ou mobile de la radio récapitulent les éditions Lumières de 2010 à 2022 ; ont donc été retenus applications, plateforme et émissions interactives parmi les plus signifiantes.

20Cette analyse implique une classification des objets d’écoute constitutifs de l’émission afin de faire ressortir aussi bien leurs différences que leurs récurrences.

21C’est pourquoi, une première catégorisation regroupera les pages d’accueil Lumière de l’Institut, du Festival et de la radio (2013, 2017 et 2018). Une deuxième réunira les rubrique Master Class SoundCloud 2017 de Radio Lumière, en relation avec les réseaux socionumériques dans le but d’analyser un cas concret.

22Mais il faut d’ores et déjà signaler les limites de l’analyse pour ce qui est des autres festivals patrimoniaux cinématographiques.

1.3. Le plan et les limites de l’analyse

23Les interprétations qui clôtureront cet article pourront difficilement rejoindre d’autres horizons festivaliers. En effet, cette étude ne s’en tiendra qu’à Lumière, qui « dans cette constellation des festivals patrimoniaux demeure une singularité » (Richard, 2017 ; 22). S’il en existe bien d’autres, organisés par des cinémathèques françaises, comme Toute la mémoire du monde à Paris (en partenariat avec Radio France), ou bien Zoom Arrière à Toulouse, le Grand Lyonnais est le seul qui dispose d’une radio sur mesure qui va même jusqu’à épouser son nom.

24Par ailleurs, l’analyse menée par Séverine Equoy Hutin ne reposait ni sur des enquêtes d’audiences ni sur des observations de pratiques usagères, mais uniquement sur un examen des dispositifs numériques. (2017 ; 140)

25Toutefois, s’il s’agit de conserver la même approche, cet article donnera quelque peu la parole à une part du public ciblé, les étudiants. Puis, ils feront l’objet d’une brève étude quantitative, à partir de résultats communiqués par l’Institut Lumière et qui seront indispensables pour la validation des hypothèses.

26Méthodologie, concepts, objets d’étude et outils impliquent que l’analyse soit menée en trois temps.

27Tout d’abord, un premier examen qui se situera « du côté des producteurs et des diffuseurs de l’information (visées, intentions) et du côté des contenus énoncés. » (Antoine, 2016 ; 182) Soit présentation générale de l’Institut, mais pour mieux cerner cet objet d’étude qu’est la radio : offre radiophonique (grilles et programmes), description des émissions emblématiques (genres et contenus). Mais, tout en tenant compte des commentaires de jeunes internautes spectateurs.

28Puis, dans un deuxième temps, un examen plus approfondi, sémiopragmatique et de plus en plus tourné vers ces utilisateurs. Il révèlera que les pages d’accueil numériques (version ordinateur et mobile) de l’Institut, du festival et de la radio sont bien dévolues au patrimoine cinématographique, notamment à travers des émissions interactives aptes à séduire le (jeune) « radionaute. »

2. Lumière et les « - de 25 ans » : présentation de l’Institut et des programmes radiophoniques

29Il s’agit d’exposer l’offre radiophonique (grilles et programmes), les émissions emblématiques (genres et contenus), mais aussi pourquoi la radio est amenée à servir d’acteur intermédiaire avec l’un des publics visés : « les moins de vingt-cinq ans ». Il faudra donc donner la parole à ces derniers sur la question du cinéma patrimonial.

2.1. Radio Lumière, un « acteur intermédiaire » au service de l’Institut

  • 5 Pour plus d’informations, voir : BAUREZ Thomas. Le nouvel âge d’or du cinéma classique ? L’express. (...)

30L’Institut Lumière est une Association loi 1901, qui a vu le jour en 1982 et dont l’activité est à la fois tournée vers l’actualité du cinéma (rencontres, avant-premières) et surtout vers la restauration, la conservation, la diffusion et la transmission du patrimoine cinématographique (projection d’œuvres, conférences historiques, musée, centre de documentation et salles pédagogiques.) Des objectifs affichés dès la première édition, en 2009, du fait qu’« il est vite apparu naturel de se consacrer à l’histoire du cinéma parce que Lyon en est la ville natale mais aussi parce que la “civilisation numérique” est au cœur de la cinéphilie à travers les DVD, les restaurations, la VOD. » (Frémaux, Aznar, 2009) En effet, sans celle-ci, ce patrimoine risquait, à terme, de disparaître ; d’où ce Marché du « Film Classique » qui vient aussi renforcer sa préservation et qui existe depuis 2013.5

31Radio Lumière est audible sur les ondes depuis l’Institut éponyme, en continu et en direct, avec des interactivités traditionnelles, soit interventions / plateau ou bien appel téléphonique. Les programmes sont pilotés par au moins trois historiens, ce qui contribuent à la dimension patrimoniale.

32Le studio a été récemment baptisé du patronyme de Jean-Jacques Bernard : décédé en novembre 2015, c’était « l’officiel Monsieur Loyal de l’antenne. » (Jurgensen, 2016) Journaliste, réalisateur, il animait, entre autres et depuis plus de vingt-cinq ans, l’émission Boulevard du Classic sur Canal+.

33Michel Ciment est aux commandes d’Intérieur-Jour ; maître de conférences en civilisation américaine à l’université Paris-Diderot, auteur d’une quinzaine de monographies, rédacteur en chef de Positif, il a longtemps officié sur France Culture.

34Tandis que Philippe Rouyer, historien de cinéma, écrivain et rédacteur à Positif depuis presque trente-cinq ans, chroniqueur régulier pour Mauvais genres sur France Culture et Le Cercle sur Canal+ Cinéma, officie dans quatre émissions sur sept : Les Grands Directs de Radio Lumière, Happy Together, Inside Lumière et La Grande Emission.

35Selon les estimations des organisateurs, quatre ans après sa création, alors qu’il existe, par ailleurs, Le journal Lumière pour suivre le festival, la radio réalise un véritable score d’audience, accrochant pas moins de 55 000 auditeurs, sur une durée moyenne d’écoute de plus d’une heure trente.

« Mais cette antenne consacrée au Festival Lumière n’est pas qu’une radio éphémère. Elle se poursuit en rediffusions deux semaines après la clôture. Et quand elle n’émet plus, les émissions se rattrapent en podcast sur son site, constituant ainsi une source de documentation inégalable pour les passionnés du Septième art. » (Jurgensen, 2016.)

36Du fait de ce passage au numérique, il lui revient d’attirer de jeunes auditeurs, puisque ce sont ces derniers qui diversifient, selon Frédéric Antoine, leur support d’écoute : téléphone mobile ou ordinateur. (2016 ; 70) L’idée est donc d’informer « connecté » et moins « à l’ancienne » ; c’est ce que constate le journaliste Aurélien Ferenczi en 2018 : « Un vieux film n’est pas si vieux s’il est présenté et explicité. A fortiori si ce n’est pas fait de façon professorale… » Pour y parvenir, le festival table aussi sur de jeunes entreprises prestataires et c’est justement la start-up lyonnaise Moustic The Audio Agency qui a été chargée, depuis 2014, de renforcer l’interactivité des émissions radiophoniques. Ainsi la radio est accessible 24h/24 via les sites du festival www.festival-lumiere.org, et notamment sur smartphone, grâce aux applications Iphone et Androïd. Puis, elle étend sa présence sur les réseaux sociaux. Selon Moustic : « Un projet résolument tourné vers les nouveaux médias pour un festival unique qui a à cœur de mettre en valeur le cinéma d’hier et d’aujourd’hui. » (Blaustein Niddam (2012)

Figure. 1. Capture d’écran de la page Facebook : Disponibilité de l’application Lumière 2019

Figure. 1. Capture d’écran de la page Facebook : Disponibilité de l’application Lumière 2019
  • 6 INSTITUT LUMIÈRE. Moustic The Audio Agency présente Radio Lumière. Communiqué de presse, 2018, p

37Donc, en comptabilisant la totalité du dispositif multi-canal intercatif, le nombre des auditeurs double, soit plus de 100 000 qui sont à l’écoute ; un chiffre qui progresse chaque année6.

38Il s’agit alors de (re)suivre pas à pas la programmation : rencontres inédites, flashs, réactions à chaud, programmes phare. D’où le découpage de la grille en sept tranches horaires. Par exemple pour l’édition 2017 : Les Grands Directs de Radio Lumière, qui ont retransmis, à partir de 17h00 et sur trois jours, Master Class, cérémonie d’ouverture, de clôture, ainsi que remise du Prix Lumière. Ou bien Demandez le programme ! de 10h00 à 10h45, une sorte de contre-programme du Festival. Happy Together, de 11h50 à 12h00, soit un dialogue, entre spécialistes, sur un auteur. Intérieur-Jour, de 12h00 à 12h20, où un invité venant débattre de cinéphilie. Suivi par L’appétit vient en parlant, dès 12h30, pour une demi-heure sur les coulisses du Marché du Film Classique. L’émission précédait Inside Lumière, qui, dès 14h00, proposait trente minutes de direct autour de la cinéphilie et de l’actualité. Cette dernière étant également au cœur de La Grande Émission, programmée deux heures par semaine tous les jours, sauf le vendredi dès 18h00.

39Grilles, programmes, et émissions emblématiques se devant non seulement de cibler mais aussi de fidéliser un jeune public.

2.2. La Veilleuse du Festival

40La jeunesse demeure, dès les débuts du festival, une priorité : « Au début des années 2000, régnait un rapport à la modernité et au jeunisme qui n’était pas pour nous encourager dans le montage d’un festival de films de patrimoine. On entendait que c’était passéiste, et que les jeunes n’aimeraient pas ça. Mais au contraire, nous pensions que les jeunes pouvaient aimer ça ! » (Filho et Hyaumet, 2000 ; 19)

41Il s’agit d’un public en devenir et à conquérir : « Si on arrête de parler de ”vieux films” et de dire que c’est passéiste d’aimer les films de John Ford, de Maurice Pialat ou les comédies de Woody Allen, Georges Lautner ou Ettore Scola, on aura gagné notre pari. » (Frémaux, Aznar, 2009). Alors que l’accréditation gratuite pour les « - 25 ans » connaît un succès croissant, tous les niveaux scolaires sont appelés, chaque année, à participer à l’événement. Comme ce Prix des lycéens, créé en 2014 et qui permet chaque année de faire venir 6 000 élèves au festival. Il est remis lors la cérémonie de clôture devant 5 000 spectateurs.

  • 7 École Nationale Supérieure de Cinéma lyonnaise.

42Il est également instructif de se rendre sur le site La Veilleuse du Festival, un blog proposé par de jeunes journalistes de Sciences Po Lyon, alors que, par ailleurs, certains d’entre eux réalisent des reportages en direct pour Radio Lumière. (Tugend, 2016). Leur page étant l’occasion de recueillir l’avis d’étudiants issus d’autres écoles, qui se spécialisent en cinéma. D’après eux, la programmation festivalière fait une large place aux films classiques, car la moyenne des œuvres projetées tourne autour du milieu des années cinquante. De fait, pour beaucoup, c’est l’occasion de (re)voir en salle des longs métrages restaurés, qui ne sont plus à l’affiche : « Je ne connais pas tous les festivals de cinéma, mais j’ai l’impression que c’est rare d’en consacrer un à la redécouverte de films anciens », dit cette étudiante en première année à la Ciné Fabrique.7 Un autre déclarant : « Par exemple Catherine Deneuve, je crois qu’il n’y aucun film que j’ai vu d’elle quand elle était jeune» Ou bien découvrir des pépites, comme « des films inconnus restaurés à la perfection, comme le film néo-zélandais Utu. C’est une merveille, et qui n’existe même pas en DVD» Ce qui les amène à apprécier des Master Class : « Après, on peut connecter et rentrer un peu plus dans le processus de réalisation d’un réalisateur, et ça c’est rare. »

43Néanmoins, si une étudiante apprécie les rétrospectives, elle sous-entend à demi-mot que : « Ce n’est pas un festival de vieux mais… quand même un peu ! » Du coup, cet autre n’est pas spécialement intéressé : « Ce n’est pas le cinéma qui se fait en ce moment, c’est du cinéma de patrimoine. »

44D’autre part, si la radio recourt aux nouvelles technologies de communication, qui se sont multipliées ces dernières années, c’est aussi pour mieux entrer en connexion avec cette part de la jeunesse plus réfractaire.

45Par conséquent, pour mieux cerner les pratiques interactives, il faudra se demander comment la version numérique a été élaborée pour attirer le (jeune) radionaute. Est-elle adaptée aux dispositifs techniques qui la soutiennent ? Quelle place le sonore occupe-t-il ? Comment les contenus s’écoutent-ils ? Quelles propositions d’interactivité sont proposées ? Comment se les approprier ? Pour quels nouveaux modes d’écoute ? De quelle manière, entre information et divertissement numériques, les usagers sont-ils associés à la création des contenus ? Dans quelle mesure le numérique en tant que support matériel, symbolique et social, peut-il proposer à l’auditeur, devenu internaute – ou radionaute – une expérience liée à cet âge classique du cinéma ? Mais surtout, comment la radio va-t-elle prendre place au sein d’un processus de valorisation patrimoniale, devenant à son tour « objet de savoirs, de mémoire, de remémoration, voire de commémoration » (Equoy Hutin, 2017 ; 136). Et peut-être aboutir à la construction d’un Musée Imaginaire « radionaute » ?

46Ce questionnement va d’abord s’adresser à la page d’accueil, ordinateur et mobile, de l’Institut. Puis à celle du festival, qui peut même conduire directement à des émissions présélectionnées, avant de rejoindre celle de la radio. L’analyse sémiologique pourra alors autant évaluer les éléments techniques (dévolus à la navigation), les contenus (écrits, visuels, audiovisuels), ainsi que le webdesign choisi.

3. « Les moins de 25 ans » et la patrimonialisation cinématographique : étude des pages d’accueil Lumière de l’Institut, du Festival et de la radio (version ordinateur et mobile)

47Frédéric Antoine au sujet de la page d’accueil des sites radiophoniques, ses propos pouvant se rapporter à d’autres pages, comme celles de l’Institut et du festival :

« Elles est un révélateur de l’identité du locuteur (la radio) et dévoile ses stratégies et ses enjeux particuliers. L’étude de ces pages pourra montrer la place de l’identité éditoriale, la présence de la marque, la hiérarchisation de l’information (fonctionnalités, structuration, architecture du site), mais aussi l’ergonomie choisie (orientation du récepteur vers les contenus). » (2016 ; 128)

3.1. Analyse de la page d’accueil de l’Institut Lumière 2018 (version ordinateur)

48La première page-écran ci-dessous met en place ce que Séverine Equoy Hutin désigne comme « charte graphique » (2017 ; 146), qui sera ensuite déclinée pour le site du Festival, puis pour celui de la radio, assurant de cette manière interdépendance et continuité.

Figure 2. Présentation de la première page-écran (version ordinateur) de l’Institut Lumière en 2018.

Figure 2. Présentation de la première page-écran (version ordinateur) de l’Institut Lumière en 2018.

49Le logo s’y organise sur fond blanc, s’y distinguant en toute lettre et, par fort contraste, en noir.

50Ensuite, comme le remarque l’auteur pour Radio Nostalgie : « Le dispositif propose une interactivité qui construit une proximité entre l’âge d’or représenté et le radionaute, dans une dynamique globale d’immersion réflexive. Sur le plan technique, elle se manifeste essentiellement, et classiquement, par l’activation d’hyperliens ou de boutons et par la possible introduction de données. » (2016 ; 87)

51La page-écran de l’Institut Lumière propose, en gris, un menu, avec ses neuf sous-rubriques et leurs titres, sur lesquels l’usager peut cliquer. À droite, tons noir et à nouveau gris se superposent sous une double forme circulaire, enrobant la dénomination « Institut », comme pour symboliser des bobines d’un âge d’or cinématographique. Mais, c’est en rouge que sont indiqués le patronyme Lumière, les chiffres clé, la série d’icônes alignées à gauche qui récapitule chaque possibilité interactive (1.)

52La page-écran de l’Institut, qui épouse le sens de la lecture, place juste après la primordiale icône « Cinéma » celle relative au « Musée » (2.) Ces derniers se devant d’accueillir des expositions temporaires ou pérennes consacrées au « processus de patrimonialisation ». (Equoy Hutin 2016 ; 93) Une fois activée, elle renvoie aux manifestations Lumière ouvertes au public (décors, expositions technologiques, photographiques, ainsi qu’une salle de projection, en plus de la bibliothèque Raymond Chirat.)

53Ensuite, l’Institut établit un lien en droite ligne avec la dixième sous-rubrique, le Festival (3), qui n’évoluera pas sans celle de la radio.

3.2. Analyse de la page d’accueil du Festival 2018 et ses relations avec deux émissions emblématiques radiophoniques (version ordinateur)

Figure 3. Présentation de la première page-écran (version ordinateur) du Festival Lumière en 2018.

Figure 3. Présentation de la première page-écran (version ordinateur) du Festival Lumière en 2018.

54La même charte graphique qui a donné lieu au logo de l’Institut, est ensuite reproduite sur la page d’accueil du Festival, instrument événementiel du processus de diffusion, de partage et de transmission du patrimoine cinématographique. Il va notamment regrouper les éditions antérieures au sein de très nombreuses pages-archives.

55C’est pourquoi la page-écran peut diriger immédiatement vers le site de la radio (2.) : la série d’icônes, toujours alignées à gauche, en compte dès à présent deux de plus. Elles indiquent qu’il est possible de se rendre sur SoundCloud ou bien d’écouter des podcasts (1.)

56En effet, Radio Lumière en compte un très grand nombre, comme l’indique, par exemple, titre, sous-titre et légende de la vignette ci-dessous, située plus bas sur cette même page d’accueil.

Figure 4. Les podcasts de Radio Lumière en 2018.

Figure 4. Les podcasts de Radio Lumière en 2018.

57Mais, certaines émissions, parmi les plus emblématiques, sont directement accessibles depuis cette page-écran, sans que le radionaute soit obligé de se connecter à celle de la radio. De surcroît, tandis que, depuis le début du siècle, le sonore peut se voir complété par des visuels « Légendes des titres écoutés et photos des invités. » (Blaustein Niddam, 2012)

58Pour sa part, Séverine Equoy Hutin qualifie de « surface d’exposition » ce type de page, qui se présente « comme une collection abondante de vignettes », accordant « une place de choix aux artistes, aux photographies, aux extraits de vidéos d’époque ou récentes » Elle évoque « une page d’album photo, une collection de timbres ou une exposition muséale. » (2017 ; 152)

59L’idée d’une cinémathèque peut alors prendre forme, comme, par exemple, pour deux des très nombreuses Master Class retenues ci-dessous. Elles sont d’autant plus mises en évidence qu’elles sont les favorites des étudiants en cinéma sondés pour La Veilleuse du Festival : durée et titres des émissions, noms des invités et des animateurs, ainsi que photographies sont visibles sur le site de la radio (capture d’écran ci-dessous).

Figure 5. Les Master Class de Vincent Lindon ou de Jean-Loup Dabadie disponibles sur Radio Lumière depuis 2016.

Figure 5. Les Master Class de Vincent Lindon ou de Jean-Loup Dabadie disponibles sur Radio Lumière depuis 2016.

60Le choix du cadrage pour toutes les photographies, sous une forme carrée, renvoie, elle aussi, au format de l’image originel usité dès les débuts du cinéma : le 1.33.

61Pour Radio Nostalgie, « Cette valorisation des artistes est scénarisée dans un présent permanent », conférant « une qualité durable aux protagonistes concernés. » (Equoy Hutin 2017 ; 52)

62De même pour Radio Lumière, et notamment pour les défunts ; par exemple, l’écrivain et scénariste Jim Harrison, qui a fait l’objet d’une Master Class en 2016.

Figure 6. Master Class de Jim Harrison disponible sur Radio Lumière depuis 2016.

Figure 6. Master Class de Jim Harrison disponible sur Radio Lumière depuis 2016.

63Toujours pour Nostalgie, de telles personnalités sont érigées « [...] non pas en monuments figés, mais en acteurs vivants» (Ibidem) Pour Lumière également : par exemple, la légende, ci-dessus, laconique et si iconique, « Souvenir de Jim Harrison », s’axe à partir d’une phrase nominale, sans verbe conjugué, donc sans marquage temporel, pour un souvenir qui veut intemporel, éternel. À la fois scriptural et sépulcral.

64Toutefois, des gardiens de ce temple numérisé sont, quant à eux, toujours de ce monde : à savoir, et toujours à titre d’exemple, historiens du cinéma, comme Noël Herpe, ou bien universitaires, tels François Thomas, invités d’IntérieurJour, toujours pour 2016.

Figure 7. Podcasts de François Thomas et de Noël Herpe, invités d’Intérieur-Jour et disponible sur Radio Lumière depuis 2016.

Figure 7. Podcasts de François Thomas et de Noël Herpe, invités d’Intérieur-Jour et disponible sur Radio Lumière depuis 2016.

65D’où l’intérêt pédagogique de ces podcasts, qui évitent la façon professorale pour compléter les connaissances des étudiants, améliorant apprentissage, compréhension et construction des savoirs, en fonction de moments choisis, grâce à un dispositif quotidien et familier. Comme pour Nostalgie, les usagers pourront cliquer sur les intitulés de rubriques, ou bien sur des photos ou captures miniaturisées, qui deviennent des supports d’action. (Equoy Hutin 2016 ; 88) Ces supports interactifs se présentant comme autant de parcours (pré)guidés, comme autant d’initiations à la méthodologie universitaire qui se concentre sur recherche et exploitation de documents.

3.3. Analyse de la page d’accueil pour l’application mobile du Festival Lumière 2013

66Ces page archives, et les avantages qu’elles assurent, sont, de surcroît, disponibles pour la version mobile du Festival, qui possède sa propre application. Frédéric Antoine constatant que « Les études manquent sur la manière dont l’écoute de la radio en mobilité évolue et sur les modes de partage, rediffusion, archivage des contenus qui sont mis en place, enrichissant éventuellement la communication interpersonnelle. » (2016 ; 160) Cette recherche tente d’y remédier, la dimension « archivage » faisant également référence à la patrimonialisation.

Figure 8. Capture d’écran de la page d’accueil (version mobile) du Festival Lumière 2013

Figure 8. Capture d’écran de la page d’accueil (version mobile) du Festival Lumière 2013

67Sous l’égide du Grand Lyon Film Festival (1.), Radio Lumière y occupe directement la huitième rubrique de la page-écran d’accueil (2.), renvoyant sans plus tarder, par exemple pour l’année 2013, à ses podcasts « on air » (3.).

68Les sept autres étant plus tournée vers organisation et infrastructures liées à la manifestation, comme, par exemple, l’information service : programmation, météo, trafic.

69Cette page-écran de l’édition 2013 se présentant elle aussi comme une scène numérique, comme une collection abondante de vignettes rétroactives (4.), toujours dans l’esprit exposition muséale.

70Dans un esprit de continuité, elles sont également visualisables sur la page d’accueil, « version ordinateur", de Radio Lumière, qu’il faut maintenant rejoindre, avant d’en venir à sa version mobile, toujours dans une approche comparative.

3.4. Analyse de la page d’accueil 2017 de Radio Lumière (version ordinateur)

71Du fait qu’il est également conforme à la charte graphique de l’Institut et du Festival et placé sous le patronyme Lumière, le site de la radio est tout autant exposition muséale.

72Le média accordant une place de choix aux artistes, aux photographies, mais en situation. D’après Antoine Hennion, « [...] la physionomie de l’artiste, son maintien, sa démarche, sa tenue vestimentaire ont au départ une fonction expressive analogue à celle de la voix. Il faut qu’il intrigue, qu’il force l’attention, donne aux gens qui le rencontrent envie de le connaître sur une simple impression visuelle. » (1981 ; 46) Et donc de l’écouter, comme pour la Grande Emission ci-dessous.

Figure 9. Capture d’écran d’une séquence de La Grande Emission (16/10/2017)

Figure 9. Capture d’écran d’une séquence de La Grande Emission (16/10/2017)

73Puis, afin de faciliter à nouveau les parcours transitoires, le menu se divise en sept rubriques, chacune correspondant aux émissions programmées pendant le Festival. Elles sont podcastées, pour une interactivité toujours conditionnée par l’affichage des titres à suivre, qui orientent la navigation.

74Les nombreux talk à la disposition de l’auditeur sont ensuite dispatchés, pour plus de clarté, dans des sous-rubriques, chaque programme en comptant entre trois et neuf, animable d’un mouvement tactile. Le site adoptant cette logique de stock qui favorise un accès direct à une information délinéarisée, compartimentée, répondant ainsi à une logique de fragmentation et qui débouche sur autant d’espaces commémoratifs visant à entretenir la mémoire.

75Mais, paradoxalement, tout en tâchant de jouer au maximum la carte de la continuité, car ces captations sonores se succèdent, en rappelant, là encore, que le concept radiophonique s’appuie sur l’ininterruption du « flux pendant les passages d’un écran-fenêtre à un autre, d’une entrée du menu à l’autre. » (Equoy Hutin 2017 ; 149) Il peut être interrompu par l’activation de l’icône pause, ou bien perturbé par bien un changement de lecture.

76D’autre part, selon Frédéric Antoine, les enquêtes montrent que les réseaux numériques sont très utilisés par une jeunesse qui écoute de moins en moins la radio. (2016 ; 130) Ces réseaux constituent justement un moyen de les faire revenir vers elle. C’est pourquoi, en plus de répéter, sur cette page-écran initiale, la série d’icônes alignées à gauche, qui étaient précédemment visibles pour le Festival (écoute et SoundCloud), Instagram a été ajouté.

77Les analyses viennent de démontrer que le mode d’organisation des espaces-écrans, de la page de l’Institut jusqu’à celle de la radio, s’oriente vers une continuité, par le jeu des différents liens et renvois. L’auditeur pouvant alors adapter sa consommation « [...] à son humeur, à ses goûts, à son environnement spatial et temporel. Ces possibilités s’actualisent dans un univers facilement accessible, souple mais balisé, qui limite les possibilités de dispersion de l’usager et joue en faveur d’une fidélisation à la station. » (Equoy Hutin 2017 ; 150)

78Il convient donc de poursuivre en activant le lien qui mène à la version SoundCloud de la radio, ordinateur, puis mobile. Afin d’examiner la rubrique préférée des étudiants en cinéma : les Master Class.

4. Analyse d’un cas concret : « Les moins de 25 ans » et les Master Class SoundCloud (version ordinateur et mobile)

79Ces Master Class vont faire l’objet d’une analyse sémiologique centrée sur l’énoncé et l’énonciation des messages.

80Elle portera également une attention plus détaillée aux réseaux sociaux en ligne, qui, en plus de la fidélisation, promettent une stratégie d’interactivité « qui fait partie du contrat de communication et suppose à la fois réciprocité, flexibilité, contrôle, personnalisation et égalité. » (Equoy Hutin 2017 ; 134) Tout en continuant d’observer comment se perpétue cette « surface d’exposition » de nature muséale.

4.1. Analyse de la rubrique Master Class SoundCloud de Radio Lumière 2017 (version ordinateur)

Figure 10. Capture d’écran du podcast des Master Class (version ordinateur) disponible depuis 2017.

Figure 10. Capture d’écran du podcast des Master Class (version ordinateur) disponible depuis 2017.

81La page-écran de cette rubrique (2.), conforme, elle aussi, à la « charte graphique » (1), propose le pavé d’un menu déroulable, de haut en bas et inversement, offrant le choix entre neuf sous-rubriques, qui s’affichent selon une « double logique ».

82Horizontalement, pour mieux identifier le nom de chaque artiste qui ont composé l’édition 2017 du Festival (3.) Puis verticalement, en suivant un ordre de diffusion préalable. Une telle organisation de la programmation rappelle « les interventions fréquentes des animateurs en direct » qui, entre deux titres, « annoncent la programmation à suivre, par exemple au cours de la prochaine demi-heure. » (Equoy Hutin 2017 ; 146)

  • 8 Ce descriptif de SoundCloud emprunte largement à Wikipedia, Article SoundCloud, 2018.

83De surcroît, SoundCloud offre un séquenceur audio abrégé très interactif (4), qui implique également une « édition de contenus qui augmentent le flux sonore. »8 En donnant lieu à une navigation rapide et à l’ajout de commentaires si nécessaires, à des endroits précis, une possibilité extrêmement pratique pour les collaborations à distance.

84De ce point de vue, le choix de cette plateforme sonore n’est pas anodin quant à la stratégie de patrimonialisation, instituée par le musée lyonnais, afin d’impulser une cinéphilie juvénile.

85En effet, pour les étudiants spécialisés en cinéma et qui se sont exprimés sur La Veilleuse, le Festival est aussi l’occasion d’échanger avec d’autres passionnés, apprentis ou bien professionnels, dans un monde où il est obligatoire de « réseauter » :

« Avant le film, dans la queue, ou en sortant de la salle, tout le monde parle de ses impressions. Ça n’arrive pas normalement quand on va au ciné. Il y a quelque chose de très convivial avec ce festival »

« Il y a un vrai plaisir à se retrouver dans une salle pleine à 10h00 du matin, alors que normalement il n’y a personne [...] C’est grand moment de partage. » (Tugend, 2016)

86En regard d’autres plateformes sonores, le Souncloud radiophonique va maintenir cet espace participatif (5). Il peut être analysé pour mieux saisir la logique de ciblage des destinataires dans la sous-partie suivante.

4.2. Partager : les réseaux socionumériques sur le SoundCloud 2017 de Radio Lumière (version ordinateur)

87Radio Lumière satisfait au mieux ce besoin d’interactivité estudiantin, physique ou bien numérique, car SoundCloud met à leur disposition un éventail de fonctionnalités sociales.

Figure 11. Capture d’écran du SoundCloud (version ordinateur).

Figure 11. Capture d’écran du SoundCloud (version ordinateur).

88Possibilité leur est accordée de playlister et personnaliser les différentes offres sonores, puis de coopérer, afin de les promouvoir et les distribuer en ligne ; par exemple, en les associant via les réseaux socionumériques, Facebook, Twitter / X, Google +, Pinterest et mail. Et ainsi élargir puis gérer plus efficacement leur contact, en les classant par groupes et en définissant des listes d’accès précises pour chacun des fichiers audios.

89C’est là l’une des différences majeures avec Myspace, qui limite la consommation des titres à son seul site, d’où le choix de cette plateforme.

90Or, de tels acquis sont-ils sauvegardés pour la version mobile SoundCloud des Master Class ?

4.3. Analyse de la rubrique Master Class SoundCloud 2017 de Radio Lumière (version mobile)

91En regard des pages-écran SoundCloud pour ordinateur, celles de l’Institut, du Festival et de la radio, force est de constater que celle générée par l’application mobile est beaucoup plus abrégée, se réduisant à l’essentiel signifiant.

Figure 12. Capture d’écran du SoundCloud version mobile de la Master Class de Wong Kar-Wai disponible depuis 2017

Figure 12. Capture d’écran du SoundCloud version mobile de la Master Class de Wong Kar-Wai disponible depuis 2017

92Soit un écran d’accueil, divisé, du haut vers le bas, en trois scènes horizontales majoritaires : la « charte graphique » y est reproduite, occupant la plus grande partie de la surface en son milieu ; au-dessus, le logo de la plateforme sonore et en dessous, la rubrique Master Class sélectionnée parmi les autres ; ici, pour l’exemple, celle de Wong Kar-wai.

93Cette concision s’explique par le fait que ces supports ergodiques peuvent être utilisés lors de déplacements, en milieu urbain, dans des espaces publics. Elle se rapproche donc plus de l’usager, en épousant un mode de vie plus pratique, en reposant « sur une logique combinant facilité d’appropriation, rapidité d’utilisation, économie de manipulation et rationalité de la présentation. » (Licoppe, Zouinar, 2009 ; 6)

94Ainsi, se trouve validée la première hypothèse, car l’extension numérique (version ordinateur et mobile) de Radio Lumière, soit pages d’accueil de l’Institut, du festival, de la radio et du SoundCloud, modifient, dans un esprit de continuité, la production du sens. En multipliant les modes d’apprentissage en destination des « moins de vingt-cinq ans. » : pré-sélection d’émissions, scénarisation du sonore par des visuels, puis possibilité de partage, rediffusion et archivage, en fonction des communications interpersonnelles.

95Il revient aux résultats de l’enquête quantititative de valider la deuxième hypothèse : comment un Esprit des Lumières cinématographique parvient à valoriser un capital historique.

5. Les résultats de l’enquête quantititative

96Comme annoncé en début de démonstration, il existe des travaux qui mesurent les effets et réactions du côté de ces récepteurs, le festival communiquant également en chiffres. Une analyse quantitative révèle que pas moins de 1.550 accrédités « – de 25 ans » et 6.700 scolaires étaient au rendez-vous en 2018, un nombre en augmentation depuis l’année précédente, qui comptait déjà plus de 10 000 jeunes publics. D’après Maelle Arnaud :

« On peut aussi avoir des surprises : ainsi la rétrospective Mizoguchi, qui a précédé le festival, a très bien marché, attirant également un public jeune. C’est très singulier d’avoir ainsi l’impression que chaque programmation va être une expérimentation de l’état de la cinéphilie. Je pense par exemple à la rétrospective Ridley Scott et aux séances consacrées à Gladiator, qui ont rencontré un énorme succès. C’est formidable que des jeunes trouvent le chemin d’une cinémathèque pour revoir Gladiator sur grand écran ! On aimerait aussi qu’ils viennent quand on passe du Duvivier, mais on veut continuer à être un endroit où ils se sentent accueillis. » (Ferenczi, 2022 ; 3)

97En deuxième hypothèse, il s’agissait de montrer que les scènes numériques relatives à la radio ont également contribué, de par les spécificités du support et des composants scripturaux interactifs, à des espaces de pèlerinage singuliers, qui participent d’un processus de patrimonialisation.

98Tout d’abord, l’Institut a invité sur Facebook, en 2019, les « - de 25 ans » à faire leur propre programmation. De même en 2022, mais tout en répondant à un sondage (captures d’écran cidessous.)

Figures 13. 14. Capture d’écran des pages Facebook (2019 ; 2022) : programmation et sondage pour les « - de 25 ans » (la partie centrale du texte tronquée (figure 14) n’est pas utile à l’analyse.)

Figures 13. 14. Capture d’écran des pages Facebook (2019 ; 2022) : programmation et sondage pour les « - de 25 ans » (la partie centrale du texte tronquée (figure 14) n’est pas utile à l’analyse.)

99Selon Maelle Arnaud :

« À l’Institut Lumière, on a été surpris de la réactivité d’un public jeune sur certaines programmations, notamment sur le cinéma américain. On a donc établi un questionnaire qui portait à la fois sur leurs films préférés, ceux qu’ils avaient envie de revoir sur grand écran, l’impact du noir et blanc, etc. Les centaines de réponses que j’ai lues intégralement ont nourri la programmation. Le spectre était large, allant de Psychose, pour nous un « Grand Classique en Noir et Blanc », à Interstellar, qui était énormément cité et que nous avons intégré à la section « Cultes ! » (Ferenczi, 2022 ; 3)

100Ces programmations relevant de modes d’appropriation, à la fois interactifs et ludiques, qui vont laisser un ensemble de traces. En effet, pour Séverine Equoy Hutin, elles sont le résultat d’une rencontre entre « coénonciateurs », c’est-à-dire entre initiateurs et usagers, qui prend forme, qui jaillit de ce passage d’une écriture radiophonique à une écriture radionumérique (2017 ; 134 ; 139-141). C’est dans le sillage de la surface d’exposition que ces coénonciateurs vont laisser leurs empreintes, puisque pour Emmanuel Souchier et Yves Jeanneret : « Programmatique, l’outil ne porte pas le geste à proprement parler, mais il est porteur d’une mémoire du geste. » (2005 ; 3-15.)

101Ces traces feront alors foi du passage d’un radionaute, à une époque donnée ; elles acquièrent ainsi une valeur testimoniale, marquage d’un passé qui transparaîtra : « Si l’outil ne pense pas par lui-même, en revanche, il se constitue en véhicule d’une mémoire opératoire collective. » (Ibidem)

102Ainsi, à travers ces traces, les étudiants sollicités, feront partie intégrante de cet âge classique qui doit s’inventer. Ils le réinventeront, en l’écrivant au jour le jour, sous forme de strates qui sédimentent les édifices mémoriels SoundCloud, en « playlistant » et personnalisant, par exemple, les différentes offres sonores.

103Enfin, Séverine Equoy Hutin, à propos de Nostalgie :

« La commémoration devient une « commémoraction » à la fois individuelle et collective, grâce à la diversité des possibilités de contact qui sont proposées [...] la station, le radionaute et l’âge d’or entretiennent une relation triangulaire si bien que l’on ne sait si c’est la radio qui assure la médiation entre le radionaute et l’âge d’or ou bien si c’est l’âge d’or qui sert la médiation entre le radionaute et la station [...] Ce qui est certain, c’est que la période sublimée est présentée non pas dans une forme d’inertie, mais dans un processus interactif permanent. » (2017 ; 92)

104D’une même manière, une « commémoraction » implique une relation triangulaire entre d’une part, l’Institut, son festival, puis, d’autre part, la radio, et ensuite, leur (jeune) public. Chacun devenant progressivement le potentiel médiateur de l’autre ; c’est ainsi que l’Institut éclaire, de par ses Lumières, le monde du septième art, le bel âge y bâtissant son propre musée imaginaire.

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Bibliographie

Ouvrages et articles de revues

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Autres

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Notes

1 Selon le site de la radio.

2 La rue du Premier Film est dénommée ainsi car y fut tourné le premier film réalisé par Louis Lumière avec le cinématographe qu’il venait d’inventer, La Sortie de l’usine Lumière à Lyon (1895).

3 Infime Coïncidence : Radio Nostalgie et Radio lumière ont en commun le lieu, puisque la première a émis pour la première fois en 1983 à Lyon.

4 Néologisme que Séverine Equoy Hutin propose d’adopter pour désigner l’internaute usager de la radio sur le net.

5 Pour plus d’informations, voir : BAUREZ Thomas. Le nouvel âge d’or du cinéma classique ? L’express. 2013. [consulté le 04 avril 2018] En ligne : https://www.lexpress.fr/culture/cinema/le-nouvel-age-d-or-du-cinema-classique_1292256.html

6 INSTITUT LUMIÈRE. Moustic The Audio Agency présente Radio Lumière. Communiqué de presse, 2018, p

7 École Nationale Supérieure de Cinéma lyonnaise.

8 Ce descriptif de SoundCloud emprunte largement à Wikipedia, Article SoundCloud, 2018.

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Table des illustrations

Titre Figure. 1. Capture d’écran de la page Facebook : Disponibilité de l’application Lumière 2019
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 44k
Titre Figure 2. Présentation de la première page-écran (version ordinateur) de l’Institut Lumière en 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 84k
Titre Figure 3. Présentation de la première page-écran (version ordinateur) du Festival Lumière en 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 80k
Titre Figure 4. Les podcasts de Radio Lumière en 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 24k
Titre Figure 5. Les Master Class de Vincent Lindon ou de Jean-Loup Dabadie disponibles sur Radio Lumière depuis 2016.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 48k
Titre Figure 6. Master Class de Jim Harrison disponible sur Radio Lumière depuis 2016.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 24k
Titre Figure 7. Podcasts de François Thomas et de Noël Herpe, invités d’Intérieur-Jour et disponible sur Radio Lumière depuis 2016.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 44k
Titre Figure 8. Capture d’écran de la page d’accueil (version mobile) du Festival Lumière 2013
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 36k
Titre Figure 9. Capture d’écran d’une séquence de La Grande Emission (16/10/2017)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 76k
Titre Figure 10. Capture d’écran du podcast des Master Class (version ordinateur) disponible depuis 2017.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 68k
Titre Figure 11. Capture d’écran du SoundCloud (version ordinateur).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 48k
Titre Figure 12. Capture d’écran du SoundCloud version mobile de la Master Class de Wong Kar-Wai disponible depuis 2017
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4745/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 36k
Titre Figures 13. 14. Capture d’écran des pages Facebook (2019 ; 2022) : programmation et sondage pour les « - de 25 ans » (la partie centrale du texte tronquée (figure 14) n’est pas utile à l’analyse.)
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sandrine Ravel, « De l’Institut au Musée Imaginaire « radionaute » : mise en lumière et en ondes d’un patrimoine cinématographique mondial  »RadioMorphoses [En ligne], 10 | 2023, mis en ligne le 19 mars 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/4745 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/radiomorphoses.4745

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Auteur

Sandrine Ravel

Docteure en Études Cinématographiques, Enseignante Département cinéma, Université Lumière Lyon 2, cassis77[at]hotmail.fr

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