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Dossier
Contributions professionnelles (entretiens)

Fleurs, Femmes et Monstres : ondes et récits dans le film "Trenque Lauquen”

Présentation et entretien avec la réalisatrice Laura Citarela, réalisé par Isabelle Guglielmone
Isabelle Guglielmone et Laura Citarela

Texte intégral

  • 1 Voici un lien vers la bande-annonce du film Version Originale Sous-Titrée en Français : https://www (...)

1Le film argentin « Trenque Lauquen »1 présente un vaste récit à tiroirs aux allures de labyrinthe, où les histoires s’emboîtent à travers le temps et l’espace et dont certaines énigmes restent, parfois, irrésolues. On y sent se propager le souffle des écrivains latinoaméricains tels que Borges, Bioy Casares et Bolaño, des sources d’inspiration assumées par la réalisatrice Laura Citarela. Le film plonge également dans l’univers des mythes oraux traditionnels, ces histoires partagées à voix basse, souvent dans l’ombre de la nuit, comme lorsque Laura, la protagoniste, relate sa rencontre avec une énigmatique femme qui sollicite son aide pour localiser une plante aux rares fleurs jaunes.. Est-ce une vision ou une âme errante en quête de rédemption ? Une question qui flotte dans l’atmosphère de la pampa, instaurant une tension palpable.

2Ce deuxième long métrage en solo de Laura Citarela (néé en 198) fait partie d’un grand puzzle où le même personnage féminin mène des vies différentes parcourant la province de Buenos Aires. Le premier film de cette saga était Ostende » (2009) le nom d’une station balnéaire de la côte atlantique argentine. Le deuxième opus du cycle porte lui aussi le nom d’une autre ville, Trenque Lauquen. Située à l’intérieur des terres, à 445 kilomètres au nord-ouest de Buenos Aires, celle-ci fut fondée en 1876, lorsque l’État argentin menant des actions militaires repoussait ses frontières vers l’ouest, en territoire autochtone. De fait, en langue mapuche, Trenque Lauquen signifie « lac rond ». C’est donc dans le décor d’un lac d’eau douce, dans une petite ville entourée de pâturages à perte de vue, qu’évolue l’histoire du film, où l’immense paysage de la pampa est filmé avec justesse, sans folklorismes et saisissant toute sa beauté.

3Ayant fréquemment parcouru ces lieux depuis son enfance, Laura Citarela est profondément liée à ce paysage. Son film, primé, a été présenté lors du 79ème festival de cinéma de Venise dans la section « Orizontti » ainsi qu’aux festivals de cinéma de New York, Rotterdam, San Sebastian, Mar del Plata y en Hainan en Chine. Citarela, est représentative du mouvement cinématographique "Nouveau cinéma argentin" et membre de « Pampero Films », un collectif de producteurs argentins établi dès 2002. Avec un groupe de cinéastes, elle a collaboré au tournage d’une vingtaine de films expérimentaux, explorant des formats hors normes, combinant les genres cinématographiques, tout en contournant les voies traditionnelles de financement et de distribution. L’un de ses projets les plus marquants du collectif fut le film "La Flor", réalisé par Mariano Llinás. Ce long métrage de quatorze heures, divisé en quatre parties, tourné sur une décennie et diffusé en 2019 a suscité des éloges aussi bien de la critique que du public cinéphile français.

4Dans le film Trenque Lauquen, l’élément central réside dans le rôle de la radio en tant qu’outil de narration et de communication de la protagoniste. En tant que chroniqueuse, le studio de la radio LU11, radio Trenque Lauquen offre à Laura une voie pour partager les histoires des vies des autres, puis la sienne. Ce rôle clé de la voix radiophonique comme élément narratif s’inspire de la tradition du « radioteatro » latino-américain, un genre très populaire et répandu au XXe siècle. Les feuilletons radiophoniques de cette époque utilisaient la parole, les effets sonores et la musique pour captiver l’imaginaire des auditeurs, attirés par des voix chaleureuses, amicales et légèrement théâtrales. C’est ainsi qu’au cours de ce film de plus de quatre heures, présenté en deux parties, et divisé en douze chapitres titrés, la parole circule en permanence. Les personnages parlent et partagent ce qu’ils ont vu, lu, entendu parler. Ils conjecturent ou découvrent. La voix est un outil pour faire naître le récit : sur les traces de la femme disparue et les secrets de sa vie, sur une variété inclassable d’orchidée, au sujet des anciennes lettres d’amour dissimulées dans des livres de la bibliothèque municipale, ou en lien avec la mystérieuse créature émergée du lac, dans le parc central de la ville.

5Les autres ressources sonores du film sont variées et signifiantes : le chant des oiseaux typiques de la pampa, soulignant l’immensité et la solitude, ainsi que des effets sonores fantasmagoriques rythmant le soupçon de la présence du monstre dans l’attique d’un pavillon en périphérie de la ville.

6Le refrain "Yo no sé si es el destino, que separa los caminos"... (Je ne sais pas si c’est le destin qui sépare les chemins), appartient à une chanson ponctuant les séquences du film où la disparition de sa protagoniste devient inéluctable. C’est une chanson de Facundo Cabral, auteur-interprète du folklore argentin, recréée dans cette inspiration poétique et engagée des années 1970.

7Dans l’ensemble, la musique de Gabriel Chwojnik, compositeur attitré de la société de production Pampero Films, contribue de manière expressive au mystère et au suspense du film.

8La réalisatrice a accepté de répondre par écrit et en espagnol à nos questions.

Isabel Guglielmone (IG) : Dans le film les personnages évoluent dans des endroits représentatifs de la ville , en particulier la gare routière, la bibliothèque municipale, l’hôtel, le bar « Kalos », passent à plusieurs reprises près du château d’eau… Cependant, c’est la radio LU 11, Radio Trenque Lauquen, qui tient une position centrale au sein de cette trame narrative. Qu’est-ce qui a motivé ce choix particulier ?

Laura Citarela (LC) : À l’origine, mon intérêt s’est porté sur un langage spécifique et une musicalité particulière présents dans les émissions radiophoniques de la province de Buenos Aires. Parmi mes connaissances, de nombreuses personnes ont animé des programmes de radio, dont mon propre oncle, résidant toujours à Trenque Lauquen, et qui a joué dans le film, incarnant « Rolo », un des collaborateurs de l’émission matinale. Dans le premier film, la radio est présentée comme un reflet supplémentaire des habitudes et des lieux caractéristiques de Trenque Lauquen. L’idée directrice a toujours été d’incorporer la vie des habitants de la ville et de tirer parti de ses particularités pour raconter une histoire authentique.

IG : Dans le second film la voix de Laura, la protagoniste, constitue la colonne vertébral du récit ; pourquoi le choix d’un monologue enregistré à la radio comme dispositif narratif ?

LC : L’idée de la radio, comme je l’ai mentionné précédemment, m’est venue à partir de ce que connaît Trenque Lauquen. En voyant cet endroit, je me suis dit que ce serait imaginatif de le capturer, de le graver dans la mémoire, ou comme on le dit parfois au cinéma, de le "perpétuer." À partir de là, toute la structure du scénario a commencé à prendre forme Nous savions déjà que le second film devait inclure une histoire. Au début, la radio n’avait pas ce protagonisme, mais, lentement, elle est devenue l’axe du récit. Et aussi est devenu un endroit intime, presque théâtral, où quelque chose d’inattendu se dévoile dans la deuxième partie : une confession. L’idée de la confession est apparue tardivement dans le film. À ce stade, nous avions déjà une idée bien précise de la structure du film, qui était à l’origine, beaucoup plus linéaire. Nous cherchions un moyen de rafraîchir certaines conventions déjà utilisées dans la première partie du film, des voix off, des lettres, des flashbacks imbriqués. La participation de Laura Paredes dans l’écriture du scénario, est l’actrice qui joue le rôle principal dans le film , et elle est metteuse en scène de théâtre a été un facteur clé pour le choix de la voix radiophonique comme fil conducteur.

IG : « Tu passais à l’antenne », c’est la plaisanterie que fait Rolo faisant irruption dans le studio à une Laura ahurie, autant que les spectateurs, lorsqu’elle termine l’enregistrement. Que représente pour vous un studio de radio ?

LC : Nous avons trouvé dans l’univers même du film et dans le studio de la radio, l’endroit idéal pour que le personnage laisse un message. Il y avait du danger, mais aussi de l’intimité. Il y avait aussi un certain aspect de folie : un personnage qui, malgré tout ce qu’il vivait, décide de poursuivre son travail de chroniqueuse. Bien sûr, à ce stade du film, cette chronique échoue, mais quelque chose de différent surgit. Disparaître, c ‘est un choix de genre, peut- être, une décision visant à échapper à la clôture, de chercher sa propre voie. C’est une manière de s’évader du film.

IG : Dans ses chroniques, Laura présente la vie et les réalisations de femmes de l’histoire mondiale à la trajectoire hors du commun. Elle raconte et commente un aspect de la vie de Lady Godiva de la légende médiévale anglaise et, le livre "Autobiographie d’une femme sexuellement émancipée", de la militante russe contemporaine Alexandra Kollontaï quelles sont les raisons de cette vision du personnage ?

LC : Plutôt que d’enraciner le film ou ses idées dans la réalité concrète, j’ai toujours visé à exploiter les choses que je connaissais et ainsi les encadrer, les intégrer dans un récit de fiction . J’ai toujours aimé l’idée que le personnage de Laura, une sorte d’étrangère à Trenque Lauquen, devient, progressivement et au fil de l’histoire, un membre à part entière de la communauté. Elle tisse des liens d’amitié, adopte des habitudes locales, et va même jusqu’à participer à un programme à la radio locale. Son choix de parler des femmes qui ont laissé leur empreinte dans l’histoire dans sa chronique est en quelque sorte une tentative de mettre en avant certains thèmes, de suivre un certain agenda, la quête parfois de façon maladroite, mais sans doute, authentique, d’une réponse à son propre souhait d’émancipation. C’est pourquoi j’ai trouvé si captivant d’installer cette communauté de jeunes femmes (de « chicas » en espagnol) qui, dès le studio de la radio, s’emploie à mettre en avant et commenter les tranches de vie de ces femmes exceptionnelles. De plus, ma propre famille a toujours été passionnée par les biographies, alors intégrer ce genre littéraire au cœur du récit m’a semblé pertinent. Je voulais lui donner du poids et de l’importance et ne pas le considérer comme c’est souvent le cas, comme un genre accessoire ou passéiste. Quant à Kollontai elle a suscité mon intérêt lorsque je l’ai découvert dans la bibliothèque d’une poétesse sur laquelle j’ai co- réalisé un film : "Las poetas visitas a Juana Bignozzi," avec Mercedes Halfon en 2019. Mon intention était d’injecter une dimension féministe au film, mais de manière plus profonde, en mettant en avant les idées de Kollontaï sur le travail collectif et le pluralisme, plutôt que de se concentrer uniquement sur des postulats féministes. Je pense que tout cela contribue à bien articuler une réflexion sur les femmes.

IG : Aujourd’hui, et à partir du site web de la radio LU11, on peut constater que ses studios sont très différents des ceux montrés dans le film, pourquoi ?

LC : Le tournage du film a commencé en 2017 s’est étalée sur cinq années, au cours desquelles beaucoup de choses se sont produites. La pandémie du Covid est survenue accélérant les changements, parmi lesquelles les anciennes formes analogiques de communication. Faire une émission de radio depuis un ordinateur et à la maison est devenu courant. Ainsi, lorsque nous avons dû réécrire notre film et que la radio en tant qu’espace de fiction a gagné du terrain, nous avons dû réfléchir sérieusement à ce qu’il fallait faire, car en 2022, non seulement la radio LU 11 n’existait plus, mais le bâtiment avait été complètement transformé. C’est pour cela que nous avons décidé de récréer le studio de radio dans les installations de notre société de production à Buenos Aires. Les studios de radio du film sont, donc le résultat d’un mélange entre l’ancienne radio et sa récréation.

IG : Un slogan en voix off “ la radio es un medio ciego hasta que mirás con los oídos” que l’on peut traduire par : “la radio est un média aveugle jusqu’à que vous regardiez avec vos oreilles » est diffusé sur les ondes de la radio à trois reprises tout au long de deux films Peut-être un clin d’œil à la célèbre phrase d’Orson Welles de 1938 sur le pouvoir évocateur du son pour l’imagination ?

LC : J’adore cette phrase ainsi que son concept mais ce spot que nous avons choisi et n’a aucune justification spécifique dans le récit.

IG : dans le cadre de cette émission matinale « La mar de noticias » qui accueille la chronique de Laura, la présentatrice Juliana débute l’émission avec une annonce "Aujourd’hui, nous entamons notre programme avec une nouvelle tout en observant les averses qui balayent l’ouest de la province de Buenos Aires." Elle annonce, par la suite, l’apparition de la créature mystérieuse dans le lac du parc local. Quel était l’objectif derrière cette vision que vous souhaitiez transmettre à travers la radio ?

LC : Dans ces petites villes, la radio et les journaux survivent encore comme moyen d’ouverture de l’information. En ce sens, il m’a semblé important d’inclure tous ces aspects comme une manière d’identifier une ville. Comme une manière de se raconter. Évidemment, le film utilise cela tout en racontant d’autres choses. Mais je pense que ce monde analogique, qui s’estompe à notre époque, acquiert un certain poids dans le film et, surtout, est représenté.

IG : En relation aux commentaires, liées l’apparition de l’énigmatique créature dans le lac local, Juliana souligne : « Ici, à la radio, nous faisons du journalisme, nous ne nous occupons pas de rumeurs. » pouvez -vous expliquer cet argument ? 

LC : À mon avis, ce détail évoque le journalisme à l’ancienne. Aujourd’hui, certains émissions politiques et journalistiques adoptent un ton similaire à celui des émissions de potins, ce qui est préoccupant. J’ai toujours voulu être journaliste, même avant de devenir cinéaste, j’ai étudié le journalisme pendant un certain temps. Avec deux amis d’enfance, tous deux journalistes aujourd’hui, nous animions une émission de radio. Nous avions un profond attachement au journalisme, et il y avait une approche quasi médico-légale, presque policière, qui nous captivait. J’ai toujours pensé qu’il était essentiel que mon personnage incarne cette notion de sérieux. C’était une manière de renouer avec l’éthique du journalisme d’antan, une forme de nostalgie qui convenait parfaitement au personnage.

IG : Et le rôle des femmes dans ce film ?

LC : Les femmes occupent une place centrale dans le film. Pas seulement à la radio, mais dans l’ensemble de l’intrigue. Ce sont aussi des femmes qui font beaucoup de choses : elles sont mères, travaillent, font des émissions de radio, ont des liaisons amoureuses. Avec cette énergie, elles font bouger les choses. Et la radio ne fait pas exception à la règle. Elles ont une façon d’être là, de faire et de résoudre les choses qui, à mon avis, est un portrait qui m’intéresse en tant que projection des femmes.

9L’intensité du film repose sur sa capacité à raccorder l’enchaînement des images et ce qui relève de l’acoustique. L’attrait de la réalisatrice pour le langage et la musicalité caractéristiques des radios de la province de Buenos Aires influence ces choix de privilégier la mise en place des différents dispositifs de l’oralité radiophonique : les voix à l’antenne, l’enregistrement audio, les voix off, les slogans.

10Passionnée par les biographies et ayant fait des études de journalisme, Laura Citarela donne à Laura, le personnage principal, qui fait une thèse en Botanique, la facette éloquente et expressive d’ une chroniqueuse de radio.

11La chronique, étant un genre intermédiaire entre la littérature et le journalisme, autorise Laura à transformer des faits réels en récits fictionnels. A travers les mots, les récits captivent l’imaginaire des auditeurs. Les journalistes et animateurs présents dans le studio de LU11 ne sont pas en reste. En direct, ils prennent à leur tour la parole pour commenter, donner leurs opinions, s’interroger, à propos de chaque biographie présentée.

12Les chroniques de Laura peuvent aussi être intégralement romancées. Elle fait part à ses auditeurs de sa découverte des lettres d’amour cachées dans des livres de la bibliothèque municipale. Comme dans un feuilleton radiophonique, elle présente, par épisodes, dans ces chroniques hebdomadaires, l’avancement de sa quête de vérité.

13Laura Citarela nous a confié que c’est avec l’intégration de Laura Paredes dans la co-écriture du scénario que la place jouée par la radio dans le film devenait cruciale. Le studio de radio devient, par conséquent, un lieu intime, presque théâtral, où les personnages révèlent des confessions inattendues. Un espace où peuvent aussi passer à l’antenne des spéculations fantasques, lorsque tombe l’information de l’apparition d’un monstre dans le lac central de la ville. De la sorte, l’utilisation répétée d’un slogan en voix off soulignant le pouvoir évocateur de la radio en absence d’images, au point permettre « de regarder avec oreilles », peut être interprétée comme un hommage à la puissance de la parole radiophonique pour déployer l’imagination

14Le film se termine sur une ouverture totale vers des nouveaux récits. Le troisième volet de la saga et troisième long métrage en solo de Citarela est actuellement en cours de préparation. Laura, le personnage principal, poursuivra peut-être son chemin et sa quête de liberté explorant d’autres villes de la province de Buenos Aires en ajoutant les pièces manquantes au puzzle. Une question demeure : Laura conservera-t-elle encore son rôle de chroniqueuse à la radio ?

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Notes

1 Voici un lien vers la bande-annonce du film Version Originale Sous-Titrée en Français : https://www.youtube.com/watch?v=Q2wTWqV6XpU. Voici un lien vers une autre bande-annonce Version Originale Sous-Titrée en Français : https://www.dailymotion.com/video/x8e6wcb

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Pour citer cet article

Référence électronique

Isabelle Guglielmone et Laura Citarela, « Fleurs, Femmes et Monstres : ondes et récits dans le film "Trenque Lauquen” »RadioMorphoses [En ligne], 10 | 2023, mis en ligne le 20 mars 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/4740 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/radiomorphoses.4740

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Auteurs

Isabelle Guglielmone

Maître de Conférences honoraire en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Technologie de Compiègne. isabel.guglielmone[at]orange.fr

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