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La maison de verre revisitée : la radiodiffusion et les angles morts de l'État colonial tardif dans les Indes néerlandaises (années 1920 et 1930)

Vincent Kuitenbrouwer
Traduction de Thomas Leyris

Résumés

L’émergence de la radio a profondément impacté les Indes orientales néerlandaises durant l’entre-deux-guerres, notamment avec la société de radio à ondes moyennes NIROM qui attira beaucoup d’auditeurs de l’archipel. Les élites néerlandaises de l’époque pensaient que ce nouveau média pouvait sérieusement influencer les hiérarchies coloniales. En conséquence, ils s’en méfièrent autant qu’ils la célébrèrent. Cet article explore la façon dont cette ambivalence s’est traduite par la volonté de contrôler les ondes. En s’appuyant sur les archives de l’organisation en charge de la surveillance de NIROM, cette contribution entend révéler l’impact sociétal de la radio tel qu’il fût perçu par les élites coloniales, mais également montrer ses limites.

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Notes de la rédaction

Cet article est la traduction d’un chapitre d’ouvrage collectif: KUITENBROUWER Vincent, The Glass House Revisited: Radio Broadcasting and the Blind Spots in the Late Colonial State in the Netherlands Indies, 1920s and 1930s, in KOEKKOEK René et al (dir.), The Dutch Empire between Ideas and Practice, 1600-2000, Londres: Palgrave McMillan, 2019.

Texte intégral

  • 1 P. Ananta Toer, Het glazen huis, traduit par H. Maier (Houten : Wereldvenster : 1988) 198.
  • 2 B. Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origins and Spread of Nationalism 3rd ed. (Lo (...)
  • 3 Pour une discussion, voir : M. Bloembergen, Uit zorg en angst. De geschiedenis van de politie in Ne (...)

1En discutant de la nature de l'État colonial tardif dans les Indes néerlandaises, plusieurs auteurs ont fait référence à la métaphore de la maison de verre de l'écrivain indonésien Pramudya Ananta Toer. Dans sa majestueuse tétralogie sur un nationaliste indonésien fictif qui est surveillé, détenu et exilé par la police coloniale secrète, Toer invoque ce terme pour décrire les archives que l'État colonial conserve sur le mouvement nationaliste. Dans le dernier livre, le narrateur, un officier de haut rang d'origine indonésienne, étudie les volumineux dossiers de données collectées et s'imagine observant les nationalistes dans une « maison de verre »sur son bureau où, peu importe comment ils essaient de se cacher, il peut suivre chacun de leurs mouvements comme une "petite divinité" (kleine godheid).1 Dans Imagined Communities, Benedict Anderson fait l'éloge de ce passage comme une image puissante de la « surveillabilité totale » de l'État colonial.2 D'autres encore se sont inspirés de la description de Toer pour affirmer que l'appareil de sécurité des Indes néerlandaises s'efforçait d'atteindre une transparence totale dans le but de maintenir le statu quo sociétal de ce qui était en fait un État policier3.

  • 4 B. Anderson, The Spectre of Comparisons. Nationalism, Southeast Asia and the World (Londres : verso (...)

2Dans un essai ultérieur, cependant, Anderson a ajouté une couche analytique à son interprétation du chef-d'œuvre de Toer, en soulignant un rebondissement ironique mais crucial à la fin de la série de romans. Après la mort tragique du héros de l'histoire, mentalement détruit par ses poursuivants, l'officier de la police secrète mentionné précédemment semble avoir été obsédé par sa victime et « laisse ouvertement entendre ici et là qu'il a trafiqué les documents et les dossiers, qui ne peuvent donc plus être attribués en toute confiance à une vérité non contaminée4 ». Cette interprétation de la métaphore de la maison de verre, qui traite des limites de la transparence et du contrôle, nous invite à réfléchir aux angles morts du régime colonial tardif et à son incapacité à faire face au mouvement anticolonial, qui échappait aux catégories créées par les personnes désireuses de maintenir le statu quo. Cette prémisse est au cœur de cette contribution sur la radiodiffusion coloniale, qui explore les visions de l'empire qui ont motivé l'introduction de la technologie sans fil dans l'archipel indonésien dans les années 1920 et les pratiques de radiodiffusion de la société de radio à ondes moyennes NIROM (Nederlands-Indische Radio Omroep Maatschappij) dans les années 1930.

  • 5 R. Witte, De Indische omroep. Overheidsbeleid en ontwikkeling, 1923-1942 (Hilversum : Verloren, 199 (...)
  • 6 R. Mrázek, Engineers of Happy Land. Technology and Nationalism in a Colony (Princeton : Princeton U (...)
  • 7 C. Wild, "De radio als vroedvrouw. De rol van de radio in de Indonesische onafhankelijkheidsstrijd" (...)
  • 8 J. Lindsay, "Making Waves : Private Radio and Local Identities in Indonesia", Indonesia 64 (Oct 199 (...)

3L'historiographie existante sur la radiodiffusion dans les Indes néerlandaises se concentre principalement sur l'institutionnalisation. René Witte a écrit la monographie la plus complète sur le sujet jusqu'à présent. Il fournit un aperçu détaillé de l'environnement juridique, politique et commercial de la radio coloniale dans les Indes au sein desquelles la NIROM occupait une position centrale5. Dans une perspective culturelle, Rudolf Mrázek a montré que l'avènement de la radio, comme d'autres nouvelles technologies de l'époque, a eu un impact profond sur la formation de l'identité et la politique dans l'Indonésie de la fin de la période coloniale, car il s'agissait d'un puissant symbole de modernité6. Ces deux auteurs montrent comment différents groupes, défendant ou contestant le statu quo colonial, ont essayé d'utiliser la radiodiffusion pour atteindre leurs objectifs. En effet, les publications sur les périodes ultérieures confirment que le média est devenu un instrument important des nationalistes indonésiens pendant la guerre de décolonisation (1945-1949)7 mais aussi durant la seconde moitié du vingtième siècle. Ce média est resté une forme importante, mais contestée, de communication de masse dans la République d'Indonésie8.

4Cet article s'appuie sur ces bases historiographiques et montre comment les idées des fondateurs de radio néerlandais ont influé les pratiques quotidiennes de la NIROM. La première partie examine, pour paraphraser le célèbre aphorisme de Marshall McLuhans, « le média est le message » et montre comment, dans les années 1920, les visions de l'élite coloniale sur la radiodiffusion étaient liées au contexte politique de l'époque, et en particulier à la montée du nationalisme anticolonial dans le sillage de la Première Guerre mondiale. Dans cette atmosphère conflictuelle, les autorités coloniales et leurs partisans soulignaient l'importance de la « neutralité » dans l'éther pour prévenir les tensions sociales - une vision que partageaient les propriétaires de la NIROM. Dans la pratique, cela s'est avéré difficile à réaliser, car les groupes souhaitant accéder aux fréquences de la société étaient plus nombreux qu'initialement prévu. Au moment où les émissions de la NIROM ont commencé, en 1934, c'est surtout l'intérêt plus grand que prévu des Indonésiens pour la radio qui a brisé le rêve colonial d'un espace dépolitisé dans l'éther.

  • 9 Bibliothèque universitaire de Leyde, « Ontwerp verslag van de installatie en daarop volgende 1e-50e (...)

5La dernière partie de cette contribution approfondit ces complexités en analysant les discussions sur le programme de la NIROM entre les membres du Raad van Advies (Conseil consultatif) de la société. Cet organe a été mis en place par le gouvernement colonial pour assurer la liaison entre les propriétaires de radio des Indes néerlandaises et la NIROM et, plus important encore, pour veiller à ce que les émissions ne mettent pas en péril l'ordre social. Pour ce faire, cet article analyse les rapports des cinquante premières réunions du Conseil consultatif de la NIROM (avril 1934-février 1938), dont les copies sténographiées sont conservées à la bibliothèque de l'université de Leyde9. La division entre les auditeurs « occidentaux » et « orientaux », qui constituait également le fondement de la stratégie de diffusion de la NIROM, était une prémisse essentielle des discussions entre les membres du Raad. A première vue, cette catégorisation semble refléter une mentalité coloniale immaculée, basée sur une taxonomie sociale rigide pour défendre les hiérarchies de pouvoir existantes. Cependant, une lecture attentive des sources primaires révèle que les pratiques radiophoniques dans les Indes néerlandaises ne correspondaient pas à ces catégories rigides. Ironiquement, la façon dont l'empire néerlandais a perçu la technologie sans-fil à ses débuts a créé des angles morts dans cette maison de verre du contrôle colonial, que de la radiodiffusion était pourtant censée renforcer.

La radiodiffusion et l'idée de l'unité de l'empire

  • 10 K. van Dijk, The Netherlands Indies and the Great War, 1914-1918 (Leiden : KITLV, 2007), 353-81 ; T (...)
  • 11 E.B. Locher-Scholten, Ethiek in fragmenten. Vijf studies over koloniaal denken en doen van Nederlan (...)
  • 12 A. Taselaar, De koloniale lobby. Ondernemers en de Indische politiek 1914-1940 (Leiden : CNWS, 1998 (...)

6L'avènement de la communication radio dans l'empire néerlandais trouve son origine dans la Première Guerre mondiale. Bien que les Pays-Bas aient réussi à conserver une position neutre vis-à-vis des puissances belligérantes, le conflit a affecté les communications coloniales néerlandaises. Les Britanniques mettent en place un blocus naval et bloquent de fait tous les messages transmis par le câble télégraphique sous-marin vers l'archipel indonésien, qu'ils contrôlent. Il perturbe les exportations et les importations, entraînant une hausse du chômage et des pénuries alimentaires dans plusieurs régions de l'archipel, ce qui provoque parfois de graves émeutes10. Le mouvement nationaliste indonésien naissant profite de cet élan pour s'organiser et réclamer un changement du système politique. Le gouverneur général de Batavia, isolé, cède à certaines des demandes de réformes des nationalistes en 1918. Le résultat le plus important de cet épisode a été l'installation du Volksraad en 1919, un proto-Parlement qui incluait différents groupes de population. Ces réformes provoquent à leur tour une réaction conservatrice11. Tant aux Pays-Bas qu'aux Indes, divers experts plaident en faveur d'un renforcement de l'ordre colonial et des liens entre les deux parties de l'empire12.

  • 13 I.J. Blanken, Geschiedenis van Philips Electronics N.V. Deel III (1922-1934) (Leiden : Martinus Nij (...)
  • 14 J.J.V. Kuitenbrouwer, "'From Heart to Heart' : Colonial Radio and the Dutch Imagined Community in t (...)

7Au début des années 1920, les partisans de l'ordre et de l'unité coloniale étaient optimistes quant à leur cause, saluant les innovations technologiques qui avaient profondément modifié les lignes de communication coloniales néerlandaises de l'époque. En ce qui concerne la technologie des ondes courtes, les entreprises privées étaient à l'avant-garde, et la société Philips d'Eindhoven a joué un rôle crucial après avoir pénétré ce marché très concurrentiel avec des radio à lampes et des postes au milieu des années 1920. Pour soutenir ses lignes de production, Philips a commencé à expérimenter des transmissions à longue portée afin d'ouvrir de nouveaux marchés et d'améliorer la réputation de sa marque parmi les amateurs de radio13. En mars 1927, une percée se produit lorsque les ingénieurs des laboratoires Philips transmettent le signal d'un disque de gramophone qu'ils jouent devant un microphone et, à leur grande surprise, ils reçoivent un télégramme d'un radioamateur de Bandung qui a capté le signal haut et fort. C'était la première fois qu'un son était transmis à travers le monde par voie hertzienne, un exploit qui a été célébré dans les mois qui ont suivi. Le PDG Anton Philips a personnellement organisé plusieurs diffusions expérimentales prestigieuses qui ont fait la une des journaux du monde entier, notamment les discours royaux de la reine Wilhelmina et de la princesse Juliana.14

  • 15 Taselaar, De koloniale lobby
  • 16 Witte, De Indische radio-omroep, 107.
  • 17 Taselaar, De koloniale lobby, xvii.

8Après ce succès commercial, Anton Philips a lancé plusieurs initiatives de radiodiffusion commerciale destinées à l'archipel indonésien. Il a levé des fonds pour ces projets auprès d'un groupe d'investisseurs puissants, liés aux entreprises et aux banques coloniales, connu dans la littérature secondaire sous le nom de « lobby colonial »15. Bien qu'il semble que les principales motivations de Philips lui-même étaient d'ordre commercial (essayer d'ouvrir des marchés étrangers pour ses produits)16 , les personnes avec lesquelles il s'est associé avaient des motivations politiques et idéologiques claires. Ils craignaient que les réformes sociales et émancipatrices dans les Indes ne conduisent à la « perte » de cette colonie néerlandaise, ce qui, selon eux, nuirait grandement aux deux pays - un sentiment exprimé dans l'expression « Indies torn calamity born » (« les Indes déchirées, la calamité nait »). Au lieu de cela, ils ont plaidé en faveur d'une union plus étroite et d'une politique forte et répressive à l'encontre du nationalisme anticolonial dans les Indes, afin de garantir le statu quo de la société coloniale. Ce principe est connu sous le nom de « rijkseenheid gedachte » (l'idée de l'unité de l'empire)17.

  • 18 J.J.V. Kuitenbrouwer, "Radio as a tool of empire. Colonial broadcasting from the Netherlands to the (...)

9Partant de ce fondement idéologique, les investisseurs ont imaginé que la radio devait être utilisée pour renforcer l'élément « néerlandais » dans les Indes, en renforçant le lien entre la « mère patrie » et la communauté d'expatriés dans l'archipel. Le principal public, selon eux, serait de toute façon les coloniaux occidentaux, car ils étaient le seul groupe de l'archipel à pouvoir se permettre d'acheter des postes de radio. Un autre principe clé mis en avant par le lobby colonial était que les émissions radiophoniques destinées aux Indes devaient être « neutres », c'est-à-dire qu'elles ne devaient pas contenir de « propagande de parti » de la part des principales sociétés radiophoniques nationales néerlandaises (omroepen). Ces sociétés étaient étroitement liées aux différents « piliers » idéologiques de la société néerlandaise - catholiques, protestants et socialistes. L'idée était que l'exportation de ces divisions politiques, connues sous le nom de « pilarisation », vers les Indes serait préjudiciable aux fondements de l'ordre colonial car elle diviserait l'élite coloniale néerlandaise et, en outre, permettrait à certains groupes d'Indonésiens, principalement les Musulmans, de réclamer davantage de droits politiques18.

  • 19 Kuitenbrouwer, "Radio as a tool of empire", 90.
  • 20 Witte, De Indische radio-omroep, 73.

10C'est sur la base de ces principes que la Philips Omroep Holland Indië (Philips Broadcasting Company Holland Indies, ou PHOHI ) a été fondée au cours de l'été 1927, avec un capital de départ de 700 000 florins. Cette station était destinée à émettre des Pays-Bas vers les Indes par le biais de fréquences à ondes courtes19. En outre, le consortium radio Philips a commencé à travailler avec Radio-Hollande, une société commerciale qui (en coopération avec d'autres parties, y compris les Indische PTT) a exploité des stations dans les Indes à partir du début des années 1920, fournissant des services télégraphiques et téléphoniques. En décembre 1928, ces parties ont réuni une somme de 375 000 florins pour lancer une station de radiodiffusion en ondes moyennes dans l'archipel, la Nederlandsch-Indische Omroep Maatschappij (Société néerlandaise de radiodiffusion dans les Indes, ou NIROM)20. Au cours des années qui ont suivi, ces deux initiatives de radiodiffusion se sont enlisées dans des défis technologiques et des discussions politiques sur les conditions dans lesquelles les concessions seraient accordées par les gouvernements de La Haye (pour PHOHI) et de Batavia (pour NIROM).

  • 21 Witte, De Indische radio-omroep, 139.
  • 22 Witte, De Indische radio-omroep, 81-85.

11Un conflit majeur a éclaté sur la question des droits de licence radio dans les Indes. Un arrangement juridique existant dans la colonie exigeait que tous les propriétaires de postes radio s'enregistrent au bureau de poste local et paient une somme d'argent mensuelle. Or, NIROM et PHOHI prétendaient toutes les deux avoir le droit d'utiliser ces redevances comme source de revenus. Bien que les deux sociétés de radio fassent partie du même portefeuille d'investisseurs, cette question a créé un fossé entre elles, qui s'est creusé au fil des ans21. Un autre problème paralysant était la question de la neutralité. Aux Pays-Bas, les sociétés de radiodiffusion, par l'intermédiaire d'un puissant lobby parlementaire, exigeaient du temps d'antenne sur les émetteurs de PHOHI, ce à quoi s'opposaient avec véhémence les membres du lobby colonial et les élites administratives de Batavia, qui exprimaient leur opinion par l'intermédiaire du ministère des affaires coloniales. Cette situation a conduit à un blocage du processus politique aux Pays-Bas, pendant lequel PHOHI n'a pas pu diffuser un programme régulier, jusqu'à ce qu'un compromis soit trouvé en 1932. Pendant cet intermède, le gouvernement colonial de Batavia a décidé d'accorder le monopole des droits de licence à NIROM, estimant que cette société serait en mesure d'empêcher la « propagande des partis » d'entrer sur les ondes coloniales22.

  • 23 hij moet erop gericht zijn te voldoen aan de behoeften en wenschen van het luisterend publiek" ; "D (...)
  • 24 Witte, De Indische radio-omroep, 98.

12En conséquence, l'article sur la radiodiffusion dans la concession de la NIROM, approuvé par le Volksraad en 1930, contenait les exigences suivantes de la part du gouvernement colonial des Indes. D'une part, la NIROM, financée par les redevances radio, « doit s'efforcer de répondre aux besoins et aux souhaits des auditeurs ». D'autre part, « les émissions [omroepstof] ne peuvent enfreindre les intérêts de l'État, les lois du pays, l'ordre public ou les bonnes mœurs »23. Ces deux paramètres contenaient une tension inhérente qui soulevait la question de savoir si la NIROM devait travailler du bas vers le haut ou du haut vers le bas. Afin de résoudre cette tension et d'assurer le contrôle des émissions, les membres de la Volksraad ont proposé avec succès la création d'un conseil consultatif (Raad van Advies) composé de membres élus par les auditeurs et de représentants nommés des Indische PTT, dont l'un présidait le conseil. Le Conseil se réunissait une fois par mois avec le directeur des programmes de la NIROM pour discuter des grilles de diffusion avant qu'elles ne soient diffusées et pour évaluer les émissions précédentes, après quoi il conseillait au directeur de l'infrastructure d'approuver ou non la future grille de la NIROM24. Dans ce système, les Indische PTT, qui possédaient également les stations de transmission exploitées par la NIROM et percevaient les redevances par l'intermédiaire des bureaux de poste, devenaient un pivot entre l'administration coloniale, la NIROM et les auditeurs.

  • 25 Witte, De Indische radio-omroep, 106. En 1937, NIROM couvre l'ensemble de l'archipel.
  • 26 Witte, De Indische radio-omroep, 100.

13Malgré l'approbation de la concession de la NIROM en 1930, il a fallu attendre plusieurs années avant que la société de radiodiffusion puisse commencer à émettre régulièrement en ondes moyennes, car elle a du investir beaucoup d'argent et de temps dans la construction de parcs d'antennes pour pouvoir atteindre l'ensemble de l'archipel25. Entre-temps, un nombre croissant d'amateurs des Indes avaient commencé à s'intéresser à l'éther, en particulier à Java. Dans les grandes villes de l'île, des clubs de radioamateurs ont été fondés au début des années 1930 et des stations ont fonctionné de manière tout à fait professionnelle, diffusant régulièrement des émissions adaptées aux goûts des radioamateurs locaux. En outre, les représentants des confessions chrétiennes des Indes ont créé leurs propres sociétés de radio destinées à relier les différentes communautés de croyants de l'archipel, qu'elles soient protestantes (NICRO) ou catholiques (IKROS). Leur principale activité consistait à faire pression pour obtenir du temps d'antenne pour les émissions religieuses sur les différentes stations locales. Par conséquent, lorsque NIROM a commencé ses émissions centrales, elle a dû faire face à ce paysage radiophonique décentralisé. Bien que la société ait reçu le soutien du gouvernement pour résister aux protestations furieuses des clubs et des sociétés de radio contre la mise en œuvre du monopole des redevances, la NIROM a été contrainte d'autoriser les radiodiffuseurs de ces organisations à diffuser sur ses fréquences26.

  • 27 Witte, De Indische radio-omroep, 141 ; Mrázek, Engineers of Happy Land, 182.
  • 28 Witte, De Indische radio-omroep, 124.

14Le principal décalage entre la vision originale de la NIROM, dérivée de l'idéal de l’unité de l’empire (rijkseenheid gedachte), et les pratiques radiophoniques des années 1930 était que le média n'attirait pas seulement les expatriés néerlandais dans les Indes, mais aussi divers groupes d'origine asiatique. L'un des principaux moteurs de l'intérêt croissant des Indonésiens pour la radio est le club radio SRV (Solo Radio Vereeniging) de la ville javanaise de Solo, fondé en 1932 par le prince local. Ce riche passionné de radio a facilité la diffusion depuis son palais (kraton) dans le but principal de promouvoir la haute culture javanaise, comme la musique gamelan et les pièces de wajang, par le biais des ondes27. Dans d'autres clubs radio de Java (Batavia, Bandung et Surabaya), des radioamateurs non occidentaux ont fondé des clubs et développé des formats radio adaptés à leurs goûts culturels, qui allaient des formes d'art et de religion élitistes et traditionalistes (principalement islamiques) à la musique populaire moderniste. Bien qu'en 1934, le nombre de postes de radio enregistrés appartenant à des « Orientaux », principalement des Indonésiens (désignés comme « natifs ») et des Chinois (désignés comme « étrangers orientaux »), soit encore nettement inférieur au nombre de postes de radio appartenant à des « Occidentaux », des expatriés néerlandais et des Eurasiens, cet écart se réduit et, en fait, disparaît en 194028. Comme tous les propriétaires de postes de radio étaient tenus de payer une redevance qui servait à financer la NIROM, la société était légalement obligée de tenir compte des préférences des différents groupes d'auditeurs « orientaux », parallèlement aux souhaits des « occidentaux ».

  • 29 Mrázek, Engineers of Happy Land, 183.

15Cette évolution a eu un impact significatif sur les activités quotidiennes de la NIROM peu après le début de sa diffusion. À la suite d'une campagne menée par le membre du Volksraad, Sutardjo Kertohadikusumo, qui demandait plus de radio pour les Indonésiens, la société a scindé ses émissions en un « programme de radiodiffusion occidental » (Westersche omroep) et un « programme de radiodiffusion oriental » (Oostersche omroep) en septembre 1934. Les deux stations fonctionnaient sur des fréquences différentes afin de pouvoir diffuser des émissions différentes en même temps29. L'idée était de permettre à tous les groupes de population des Indes de recevoir les émissions qu'ils souhaitaient, sans être confrontés à la radio qu'ils n'aimaient pas. Sur le papier, cette catégorisation stricte des ondes constituait un bon compromis qui donnait l'image d'un ordre colonial bien structuré dans les Indes, où chacun avait sa place. La réalité, cependant, était plus inconstante, car il s'avérait difficile d'établir des démarcations strictes entre les différentes catégories. Cette complexité s'est reflétée dans les discussions entre les membres de la Commission consultative du NRIOM, comme en témoignent les procès-verbaux de leurs réunions, qui seront analysés dans les paragraphes suivants. Comme nous le verrons, non seulement l'idée initiale selon laquelle la radio dans les Indes était un média occidental s'est avérée fausse, mais le deuxième fondement de la vision initiale de la radio coloniale a été contesté, car la « neutralité » s'est avérée être un principe très problématique.

Que faire avec la NIROM ?

  • 30 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, pp.3-4.
  • 31 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er mai 1936, p.4.
  • 32 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 21 août 1937, p.11.

16Le Raad van Advies (conseil consultatif) a été installé le même mois où NIROM a commencé à émettre, en avril 1934. Lors de la réunion inaugurale, le directeur de l'infrastructure (Verkeer et Waterstaat) a expliqué le mandat du Conseil dans un discours adressé aux membres. Il souligne la nécessité de cet organe en se référant à l'exigence « vague » de la concession de la NIROM selon laquelle la société doit répondre aux « besoins et souhaits » des auditeurs. Faisant écho à l'ambivalence de la concession NIROM, il a souligné que, compte tenu de la « population hétérogène » des Indes orientales néerlandaises, cela signifiait que le Raad devait prendre en compte les préférences de tous les « courants » (stroomingen) de l'opinion publique, tout en veillant à éviter que « les tensions existantes ne soient exacerbées par des échanges d'idées polémiques »30. Cette insistance sur la responsabilité sociétale du Raad a été reprise lors de réunions ultérieures. Dans un discours de bienvenue aux nouveaux membres, le 1er mai 1936, le président du Raad parle à cet égard de « maitrise du gouvernail » (stuurmanskunst)31. Cette métaphore illustre l'idée, répandue parmi les membres du Raad, que leur tâche principale est de gérer les différentes émissions de la NIROM afin de s'assurer que la radio contribue à la stabilité de l'ordre colonial. En outre, l'un de ses membres affirmait en 1937 que, bien que la NIROM doive tenir compte de l'opinion des auditeurs qui payaient des droits de licence, elle avait également une « tâche culturelle [...] pour prévenir la décadence morale32 ».

  • 33 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 7 mars 1935
  • 34 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, pp.9-10. En 1936, il fut même décidé de publier u (...)
  • 35 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 7 mars 1935, p.18.
  • 36 G. Termorshuizen, Realisten en reactionairen. Een geschiedenis van de Indisch-Nederlandse pers 1905 (...)
  • 37 Pour ce terme, voir : UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 6 mars 1936, p.13 ; UBL, 'Ontwerp verslag' (...)

17Cette attitude élitiste, qui révèle un sens de la mission civilisatrice, a pesé lourdement sur les relations du Raad avec les auditeurs des Indes néerlandaises. Comme il était tenu de représenter les souhaits et les besoins des propriétaires de radio, le Raad, en collaboration avec la NIROM et les Indische PTT, a organisé des enquêtes, mais le taux de réponse n'a pas été très élevé, à peine la moitié des personnes interrogées ayant répondu33. En outre, le Raad a reçu des lettres d'auditeurs et a discuté de chacune d'entre elles. Pour susciter l'intérêt, le Conseil diffusait des communiqués de presse, mais sans que cela ne rencontre beaucoup de succès parmi les propriétaires de radio34. Le Conseil n'a jamais reçu plus d'une demi-douzaine de lettres par mois et, au fil du temps, ce nombre a diminué. En fait, les auditeurs préféraient écrire à la NIROM lui-même pour lui faire part de leurs éloges ou de leurs plaintes35. En outre, des auditeurs critiques ont parfois exprimé leurs frustrations à propos de certains éléments des émissions de la NIROM dans des lettres adressées aux journaux. Le ton de ces lettres était souvent polémique, faisant écho à la tendance générale de la presse dans les Indes, qui a été qualifié de « style tropical » (tropenstijl)36. La NIROM était généralement la cible principale des critiques de ces publications, qui étaient parfois discutées par les membres du Raad qui manifestaient leur désarroi face à cette « chasse aux sorcières » (hetze)37.

  • 38 Witte, De Indische radio-omroep, p.102.

18Le calme du Raad reflétait également un mode de pensée descendant. Bien que la majorité des membres du conseil aient été élus par les propriétaires des radios, il ne constituait pas un échantillon représentatif des auditeurs de l'archipel. Tous les membres du Raad vivaient à Java, étaient des hommes et appartenaient à la classe moyenne supérieure ou à un niveau plus élevé. En outre, ils étaient tous liés à des institutions ayant un intérêt dans la radiodiffusion coloniale. Comme les clubs d'amateurs avaient droit à un temps d'antenne sur les émissions de la NIROM, les personnes qui les représentaient étaient directement impliquées dans la composition du programme qu'elles devaient évaluer. Ce parti pris institutionnel du Raad est parfaitement illustré par le fait que l'influent directeur des Indische PTT (C. Hillen) faisait office de président (désigné) et jouait un rôle directeur lors des réunions : il informait les membres des faits et chiffres officiels et exprimait son point de vue lors des discussions sur le contenu des émissions38. En outre, le directeur des programmes de la NIROM était toujours présent aux réunions du Raad et participait activement aux discussions, n'hésitant pas à exprimer ses opinions, même lorsque cela entraînait des conflits avec les membres élus du Conseil.

  • 39 Lors de l'élection de 1936, 9204 auditeurs ont renvoyé un bulletin de vote, dont 520 n'étaient pas (...)
  • 40 Witte, De Indische radio-omroep, 98.

19Les autres membres du Raad, qui ont été élus par courrier, étaient tous liés à des organisations radiophoniques susceptibles de recueillir un soutien populaire39. Il y avait plusieurs représentants néerlandais de clubs de radio (au fil du temps, la composition a fluctué) et d'institutions culturelles des grandes villes de Java (Batavia, Bandung et Surabaya). En outre, des représentants éminents des deux sociétés de radio chrétiennes ont été membres du Raad dès le début, C.J.M. van der Linden (catholique) et C.C. van Helsdingen (protestant). Ce dernier était un membre influent du Volksraad qui avait initié le projet de conseil consultatif40. Au cours des deux premières années, un membre du Raad représentait les auditeurs « indigènes » : Wiranata Kusuma, un prince javanais qui occupait une position importante dans la politique coloniale en tant que membre du Volksraad et régent de Bandung. Il ressort des comptes rendus de réunions qu'il contribuait régulièrement aux émissions de la NIROM, en donnant des conférences sur l'Islam et la politique coloniale. Après les élections de 1936, le contingent « oriental » du Raad s'est élargi avec un représentant javanais du club radio de Solo, le SRV, et un radioamateur chinois lié à plusieurs clubs non occidentaux de Java.

  • 41 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er avril 1937, p.3. Cette prédiction s'est avérée tout à fait e (...)
  • 42 Witte a souligné que cette volonté était en partie inspirée par les intérêts commerciaux de la soci (...)

20Cette extension du Raad montre l'importance croissante du « programme de radiodiffusion oriental » pour la NIROM et, en fait, pour la sphère publique coloniale dans son ensemble. Les rapports réguliers des Indische PTT sur les enregistrements radio au cours des premières années de fonctionnement de la NIROM ont montré que, bien qu'en chiffres absolus, les auditeurs « occidentaux » restaient majoritaires, la proportion de détenteurs de licences « orientales » ne cessait de croître. Réfléchissant à cette tendance, le président du Raad prédit en 1937 que dans quatre ans, « le programme de radiodiffusion oriental comprendra 50 % des auditeurs41 ». En conséquence, la NIROM investit de plus en plus dans le développement du « programme de radiodiffusion oriental », à la fois en termes de temps d'antenne et d'installations permettant un contenu de haute qualité42. La croissance de ce type de radiodiffusion a fait l'objet de discussions approfondies entre les membres du Raad, qui souhaitaient maintenir un bon équilibre général sur les ondes de la NIROM, en s'efforçant de respecter la neutralité et l'ordre sociétal. La démarcation entre « occidental » et « oriental », qui, à première vue, aurait pu être une catégorisation très claire, mais qui était en fait assez poreuse, a été au cœur de ces délibérations.

  • 43 Witte, De Indische radio-omroep, 143 ; Mrázek, Engineers of Happy Land, 183.
  • 44 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, p.12.
  • 45 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 2 juillet 1934, p.2 ; UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 24 août (...)

21Comme l'ont noté plusieurs auteurs, l'idée principale derrière la division entre les programmes de radiodiffusion « occidentaux » et « orientaux », qui étaient transmis sur des fréquences différentes, était qu'ils pouvaient être diffusés en même temps sans interférer l'un avec l'autre43. Cette prémisse a constitué le fondement des activités du Raad, ce qui est apparu clairement lors de la première réunion, lorsqu'il a été déclaré que les auditeurs « occidentaux » n'appréciaient pas les émissions « orientales »44. Lors de réunions ultérieures, cette question a également été soulevée lorsqu'il est apparu que les auditeurs « occidentaux » se plaignaient d'entendre des performances de gamelan en arrière-plan de leurs émissions, ce qui a suscité des appels en faveur de l'amélioration des murs des studios45.

  • 46 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 9 janvier 1936, p.3.
  • 47 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 20 août 1936, p.20.

22Cependant, lors de certains évènements « nationaux », les membres du Raad ont approuvé un programme de diffusion commun, comme pour le Nouvel An, les anniversaires des membres de la Maison royale néerlandaise ou l'ouverture de l'année parlementaire à La Haye. À ces moments-là, les discours des dignitaires néerlandais étaient diffusés non seulement sur les fréquences « occidentales », mais aussi sur les fréquences « orientales ». Suite à des plaintes selon lesquelles les auditeurs orientaux ne comprenaient pas les versions originales, le Bureau voor Volkslectuur (Bureau de la littérature populaire) a fourni des traductions en malais qui ont été lues par des dignitaires coloniaux46. Plus tard, plusieurs groupes orientaux, tels que les musulmans et les Chinois, ont également réclamé plus d'attention pour leurs fêtes à la radio. À cette occasion, le « programme de radiodiffusion occidental » a également été adapté47. Ces délibérations sur l'horaire montrent qu'en pratique, il y avait une interaction entre les deux programmes de diffusion de la NIROM qui n'avait pas été envisagée à l'origine. Comment cette situation a-t-elle influencé les débats au sein du Raad sur les formats de diffusion spécifiques ?

Discussions sur les émissions de la NIROM

  • 48 Witte, De Indische radio-omroep, 118-119. Il semble que Witte n'ait consulté que le guide néerlanda (...)
  • 49 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 25 juin 1936, pp.7-8.
  • 50 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 8 août 1934, p.8.

23En se basant sur des échantillons du guide radio NIROM, Witte a estimé que 79 % des émissions de la société étaient consacrées à la musique et 21 % à la radio parlée48. Un sondage réalisé auprès des auditeurs en 1936 a montré que les propriétaires de radio étaient d'accord avec cette programmation et que nombre d'entre eux souhaitaient même moins de débats et plus de musique. En discutant de ce résultat, les membres du Raad ont pris cette préférence des auditeurs de la radio dans les Indes comme une évidence49. Certains membres se sont parfois plaints de cette situation car ils pensaient que des conférences radiophoniques de qualité pourraient améliorer le niveau du programme NIROM. En même temps, le Raad considérait les émissions orales comme très risquées, car ce type d'émission pouvait facilement contenir de la « propagande de parti » - ce qu'il fallait éviter à tout prix, car cela pouvait attiser les tensions sociales et mettre en péril l'ordre colonial50. En outre, les déclarations religieuses faisant référence de manière négative à d'autres confessions étaient également taboues.

  • 51 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 19 décembre 1935, p.2.
  • 52 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 4 mars 1937, p.4 ; UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er juin 1 (...)
  • 53 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 20 août 1936, p.13 ; UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 29 avril (...)
  • 54 Toutefois, à la même époque, la censure préventive devient la norme pour la radiodiffusion aux Pays (...)
  • 55 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 17 décembre 1934, pp.10-13.

24D'après divers rapports de réunions, il semble que les membres du Raad aient examiné de près les émissions parlées pour cette raison. Parfois, un ou deux membres lisaient des textes sélectionnés au préalable et, à quelques occasions, ils ont même ordonné l'interdiction d'une émission, telle qu'une représentation de la pièce Jeanne d'Arc de Bernard Shaw, considérée comme offensante pour les catholiques51. Toutefois, la plupart des contrôles exercés sur la parole se sont déroulés après coup. La majorité des plaintes déposées par les membres concernaient des spectacles de cabaret « occidentaux » jugés indécents parce qu'ils contenaient des références sexuelles ou un « langage de marin52 ». Parfois, les problèmes étaient de nature politique, comme les insultes adressées aux Chinois par une troupe de théâtre indonésienne dans le cadre du « programme de radiodiffusion oriental ». Après avoir récidivé, la troupe s'est vu interdire de se produire sur NIROM53. De tels incidents ont soulevé à plusieurs reprises la question de savoir dans quelle mesure le Raad devait exercer une censure, comme lors d'une réunion en décembre 193454. Les membres du Raad, dont le président et le représentant de la NIROM, hésitaient à imposer une censure systématique en raison des coûts qu'elle engendrerait. En outre, les représentants des corporations chrétiennes ont fait valoir qu'il y avait suffisamment d'« autodiscipline » (zelf-tucht) parmi les radiodiffuseurs. C'est le seul membre indonésien du Raad de l'époque, Wiranata Kusuma, qui a fait une déclaration énergique en faveur d'une censure accrue, comparant la radio à une « réunion publique », mais sans la présence de la police pour intervenir lorsque les choses dégénèrent55.

  • 56 de kraan dicht te draaien zoo gauw de omroepstof de perken van het geoorloofde overschrijdt". UBL, (...)
  • 57 Mohammedaansch-Godsdienstige lezingen [...] in zeer universeelen trant". UBL, "Ontwerp verslag". Ré (...)
  • 58 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er mai 1936, p.25.

25Malgré la beauté poétique de la métaphore de Kusuma, il y avait en fait une force de police présente dans les studios de radiodiffusion : le personnel de la NIROM. S'ils constataient qu'une émission ne respectait pas les termes de la concession, ils pouvaient la retirer des ondes, une pratique qui bénéficiait du soutien du Raad. Tout comme la véritable police des Indes à l'époque, l'attention s'est d'abord portée sur les Indonésiens, en particulier les musulmans, qui représentaient une force politique puissante à Java. À ce sujet, le directeur des programmes de la NIROM a déclaré que lors des discussions islamiques, le personnel « indigène » avait pour instruction de « fermer le robinet dès que les émissions dépassaient les limites de ce qui est autorisé ». Kusuma, figure de proue de la communauté musulmane de Java-Ouest, a applaudi cette mesure et s'est tenu en contact étroit avec la direction de la NIROM pour la conseiller sur les causeries islamiques56. Il a ainsi veillé à ce que seuls des orateurs modérés, dont lui-même, soient diffusés sur NIROM. Il décrit ses interventions (non sans fierté) comme des « conférences religieuses mahométanes [...] dans un style très universaliste57 ». Il n'est cependant pas facile pour la NIROM d'exercer un contrôle aussi étroit sur toutes les interventions du « programme de radiodiffusion oriental ». Le directeur du programme indique qu'il n'y a pas assez de personnel ayant les compétences linguistiques nécessaires pour contrôler les émissions « dans d'autres langues que le néerlandais » car la plupart d’entre eux était d'origine néerlandaise. Il a donc simplement proposé de limiter ces émissions, réduisant ainsi la quantité de radio parlée dans le « programme de radiodiffusion orientale ». Cette proposition a été approuvée par le Raad.58

  • 59 UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 12 novembre 1936, pp.18-25 ; UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du (...)
  • 60 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 30 décembre 1936, pp.1-10.
  • 61 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 11 novembre 1937, pp.9-10.
  • 62 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 10 décembre 1936, p.2.

26Le « programme de radiodiffusion occidental » laissait plus de place à la radio parlée, mais celle-ci était également surveillée de près. En fait, l'incident le plus grave concernant une émission a eu lieu lors d'une conférence d'un prêtre catholique, pour IKROS, en octobre 1936. La conférence, qui traitait de la situation en Espagne, contenait des propos favorables au général Franco. Selon le directeur du studio, ces déclarations mettaient trop en péril la politique officielle de neutralité géopolitique des Pays-Bas et il a interrompu l'émission en direct. Cette affaire a provoqué une vive polémique lors des réunions suivantes du Raad, le représentant d'IKROS Van der Linden, appuyé par une lettre de la société, s'en prenant à la NIROM. La majorité du Raad a cependant soutenu la société de radio et le président a même menacé de prendre des mesures de censure sévères à l'encontre d'IKROS si la société ne parvenait pas à empêcher un tel incident à l'avenir59. Van der Linden finit par céder et promit un contrôle interne plus poussé pour éviter qu'une telle chose ne se reproduise, après quoi le conflit s'apaisa60. La plupart des membres du Raad, y compris le président et le directeur des programmes de la NIROM, semblent toutefois se méfier de plus en plus des émissions chrétiennes. Lorsqu'une enquête réalisée en 1937 indique que la majorité des auditeurs du « programme occidental » ne sont pas satisfaits des émissions religieuses (chrétiennes), le directeur des programmes propose de réduire considérablement le temps d'antenne de NICROM et d'IKROS. Après une défense acharnée de Van der Linden et de Van Helsdingen, les réductions ont été limitées61. Mais le message était clair : la majorité des membres du Raad voulaient empêcher l'émergence d'un système de piliers sur les ondes coloniales, car ils craignaient que cela ne provoque une « lutte sectaire aiguë » (vinnige godsdienstrijd)62.

  • 63 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, p.20 et annexe. Cette décision a été confirmée lo (...)
  • 64 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 25 juin 1936, pp.15-16.
  • 65 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er avril 1937, p.7 ; UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 27 mai (...)

27Si l'on considère les délibérations sur les émissions musicales, les membres du Raad ont eu moins de discussions politiques franches. Il y eut cependant une exception, lorsque l'hymne national néerlandais Wilhelmus fut évoqué. Lors de la réunion inaugurale du Raad, l'un des membres a proposé de le jouer à la fin de chaque journée de diffusion de la NIROM. La majorité du conseil s'est opposée à cette suggestion, estimant qu'il s'agirait d'une « corvée » (sleur) qui dévaloriserait la chanson. Ils recommandent plutôt que le Wilhelmus soit joué une fois par semaine dans le « programme de radiodiffusion occidental63 ». Plus tard, il est apparu que l'hymne était également vulnérable d'une autre manière, comme l'a montré la diffusion en direct sur le « programme de radiodiffusion oriental » d'un match de football organisé par la Persatoean Sepak Raga Seloeroeh Indonesia (Association de football de l'Indonésie ou PSSI). Lorsque le président de cette association, un prince de Solo, est entré sur le terrain, un orchestre a joué le Wilhelmus, après quoi la foule a commencé à chanter « Indonesia Raya », l'hymne du mouvement anticolonialiste. Lors de la réunion suivante du Raad, Wiranata Kusuma a exprimé sa grande consternation à propos de cet incident et a accusé la NIROM d'avoir mal évalué la situation, car il était évident que les terrains de football « grouillaient de “nationalistes indonésiens” ». En réponse, le directeur du programme a affirmé qu'il s'agissait d'un malentendu et a expliqué qu'il avait payé l'orchestre mais ne lui avait pas donné d'instructions car il pensait que PSSI s'en chargerait64. L'année suivante, NIROM ne voulait initialement pas diffuser un reportage en direct du match de football de PSSI, mais après de nombreuses demandes d'auditeurs « indigènes », elle a décidé de le faire après avoir pris des « mesures spéciales pour éviter les incidents indésirables65 ».

  • 66 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 9 décembre 1937, p.6.
  • 67 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 10 décembre 1936, p.3.
  • 68 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 21 août 1937, p.5.
  • 69 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 11 novembre 1937, p.12.

28Bien que cet incident soit le seul que j'ai pu trouver où la situation politique a été discutée de manière aussi explicite dans le contexte des émissions musicales, les membres du Raad ont régulièrement exprimé dans leurs délibération des inquiétudes concernant certains effets sociétaux de la musique. En ce qui concerne la musique du « programme occidental », le principal problème semble avoir été les textes des chansons, considérés comme nuisibles à la décence publique. Ce problème est apparu dans différents genres populaires tels que les crooners néerlandais, appelés Hollandsche liedjes, dont le niveau a été jugé « faible ». Toutefois, le directeur des programmes de la NIROM a souligné que ces émissions étaient très appréciées et demandées par le public, ce qui lui a permis d'empêcher que des mesures soient prises à leur encontre66. Il semble que l'attitude ait été légèrement différente à l'égard de la musique de jazz, qui a d'abord été classée dans la catégorie « musique de danse populaire » avant de devenir une catégorie distincte67. La plupart des membres du Raad revendiquaient la diminution du temps consacré au jazz sur la NIROM, et l'un d'entre eux a même proposé d'interdire complètement ce genre en août 1937. Bien que le directeur des programmes ait indiqué qu'il ne s'y opposerait pas personnellement, il a précisé que cette demande était impossible car le jazz était très populaire parmi les « jeunes plus matures (rijpere jeugd)68. Malgré cet argument, NIROM a annoncé une réduction des heures de musique de jazz plus tard dans l'année69.

  • 70 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 22 juillet 1937, p.14.

29Dans les discussions sur le « programme de radiodiffusion oriental », le débat est plus complexe, car la variété des catégories d'auditeurs est plus grande. Même si le Raad s'est concentré sur les auditeurs de Java, il a fait une distinction générale entre les différents groupes ethniques de l'île qui ont leurs propres goûts : les Javanais, les Sundanais et les Chinois. En outre, les membres du Raad ont constaté des différences évidentes entre les auditeurs des principaux centres de population des différentes régions de Java : Ouest (Batavia et Bandung), Centre (Solo et Yogyacarta) et Est (Surabaya). Afin de se faire une idée plus précise des préférences de ces groupes, un administrateur des Indische PTT, le Dr Haaksma, a interrogé des centaines d'auditeurs « orientaux » dans les différentes localités en 1937. Outre les différentes catégories mentionnées plus haut, il a établi une distinction principale entre les auditeurs « javanais » et les auditeurs « malais ». La première catégorie se compose principalement de personnes âgées qui apprécient les types traditionnels de musique javanaise, en particulier la musique de gamelan. Le principal fournisseur de ce type d'émissions était la SRV du centre de Java, qui était étroitement liée aux cours royales de cette région. Les auditeurs de toutes les régions de Java ont indiqué que ces représentations de gamelan étaient de qualité supérieure et, bien qu'ils écoutent les orchestres locaux, ils écoutaient régulièrement ces émissions70.

  • 71 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 22 juillet 1937, p.14.
  • 72 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er avril 1937, p.1.

30Dans sa description des auditeurs ciblant le public malais, Haaksma note que ces personnes appartiennent généralement à des générations plus jeunes que les auditeurs d'émissions javanaises de culture savante. Pour eux, la musique moderniste était le « plat principal » (hoofdschotel) lorsqu'ils écoutaient la radio, en particulier le genre Krontjong71. Contrairement aux émissions javanaises, ce style musical était mixte, contenant des éléments des traditions musicales européennes et asiatiques. En outre, les musiciens, qui chantaient en malais, jouaient sur des instruments occidentaux, la guitare, introduite par les colons portugais au Timor, étant particulièrement importante. Dès le début, les membres du Raad ont constaté la popularité du Krontjong et, par conséquent, son importance dans le « programme de radiodiffusion oriental » n'a jamais été remise en question. Il y a cependant eu des discussions sur la relation entre ces émissions musicales modernistes et les émissions traditionnelles, qui attiraient un autre type d'auditeurs. Pour résoudre ce problème, le Raad a décidé d'imposer trois minutes de silence entre un programme de prière musulmane et le début du programme du soir avec de la musique populaire72.

  • 73 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 27 juin 1935, p.6.
  • 74 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 27 juin 1935, p.5.
  • 75 UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 17 octobre 1935, pp.4-5.

31L'essor du Krontjong n'a pas seulement suscité des questions sur la dynamique interne du « programme de radiodiffusion oriental », mais aussi sur sa relation avec le programme « occidental ». La nature mixte du genre a posé des questions épineuses sur la manière de le catégoriser, comme l'a montré une réunion du Raad en décembre 1934. Lors d'une discussion sur la nature du Krontjong, l'un des membres a affirmé que ce style musical « d'origine portugaise, n'est pas moins oriental que la musique de jazz73 ». La direction de la NIROM a néanmoins tenté d'imposer une distinction claire en assignant le Krontjong au « programme oriental », tandis que la musique de jazz était programmée dans le « programme occidental ». Dans la pratique, les auditeurs passaient d'une émission à l'autre pour écouter la musique qui leur plaisait. L'un des membres du Raad, qui vivait à Bandung, a noté que dans cette ville, les Eurasiens, qui étaient enregistrés comme occidentaux, écoutaient souvent les émissions de Krontjong. De même, il a été noté que les jeunes orientaux aimaient écouter de la musique de jazz sur le « programme occidental74 ». À un moment donné, la NIROM a même transféré les auditeurs autochtones des îles Ambon et Menado de la catégorie « Orient » à la catégorie « Occident » dans son administration, sur les conseils d'« experts » qui ont noté qu'ils n'écoutaient pas de « musique spécifiquement orientale, comme le gamelan par exemple », mais préféraient le Krontjong et le jazz. Malgré les protestations de plusieurs membres, le président du Raad a accepté cette mesure administrative75.

  • 76 Mrázek, Engineers of Happy Land, 180-1 ; P. Yampolsky, "Music on Dutch East Indies radio in 1938", (...)
  • 77 Witte, De Indische radio-omroep, 146-8.

32La confusion quant à la manière de classer le Krontjong révèle un angle mort dans la maison de verre du Raad van Advies de la NIROM. Comme les membres du Raad trouvaient difficile d'étiqueter ce style musical, ils ont permis qu'il soit diffusé librement, sous prétexte qu'il était populaire. La NIROM a ainsi joué un rôle essentiel dans le développement de ce style musical à la fin des années 1930, comme l'ont noté plusieurs auteurs76. Dans ces mêmes années, le mouvement nationaliste anticolonial a adopté la musique Krontjong comme marqueur de l'identité indonésienne et s'est efforcé de créer son propre espace pour faire de la radio. Sous la pression des nationalistes indonésiens du Volksraad, le gouvernement colonial cède à leur demande d'un organisme de radiodiffusion « autochtone », indépendant de la NIROM. En 1940, la société néerlandaise est contrainte de céder les fréquences du programme de radiodiffusion oriental et une partie des droits de licence à la société de radiodiffusion indonésienne PPKR77. Ainsi, le fétichisme des catégories « occidentales » et « orientales » pour contrôler les émissions de la NIROM a ironiquement contribué à saper l'ordre sociétal qu'il visait à protéger. En ce sens, la signification politique de la radiodiffusion dans l'État colonial a changé en l'espace de deux décennies. Alors qu'au début des années 1920, la technologie radio avait été saluée par les partisans de la Rijkseenheid-gedachte comme un outil unique pour renforcer l'unité coloniale dans l'archipel indonésien, à la fin des années 1930, le média avait également été adopté par ceux qui avaient la vision d'un monde sans empires.

Conclusion

33Les débuts de l'histoire de la radiodiffusion dans les Indes néerlandaises en disent long sur la relation complexe entre les visions de l'empire et les pratiques dans la colonie. D'une part, les visions de l'unité impériale et de l'ordre hiérarchique colonial véhiculées par les partisans de la Rijkseenheid-gedachte ont été un catalyseur essentiel du développement de la technologie radio dans l'empire néerlandais. Les importantes injections financières des investisseurs liés au « lobby colonial » et les fonds officiels fournis par les Indische PTT ont rendu possible le développement de l'équipement coûteux qui a permis d’émettre dans l'ensemble de l'archipel. L'espoir initial de ces acteurs était que la radio puisse contribuer à renforcer l'« élément néerlandais » dans les Indes et ils ont donc donné la priorité à la « neutralité » des émissions afin de préserver l'ordre social colonial existant. Cependant, des contraintes politiques et juridiques ont retardé le développement organisationnel de la société de radiodiffusion NIROM. Dans ce vide, les radioamateurs, occidentaux et non occidentaux, ont commencé à s'organiser dans l'éther. Lorsque la NIROM est devenue opérationnelle, les pratiques radiophoniques avaient pris une forme totalement différente de celle envisagée à l'origine par le « lobby colonial ». Dès le début, la gestion quotidienne de la NIROM, qui devait légalement tenir compte des souhaits des auditeurs, a été fortement influencée par cette situation, ce qui a conduit au développement de deux programmes pour les auditeurs « occidentaux » et « orientaux », qui étaient séparés sur le papier, mais qui interagissaient dans la pratique.

34Les débats au sein du Conseil consultatif de la NIROM ont reflété la nature complexe et les tensions inhérentes à ces pratiques de radiodiffusion. D'une part, le Conseil, qui était officiellement un organe élu, s'efforçait de répondre au mieux aux souhaits des auditeurs. D'autre part, tous les membres faisaient partie d'organisations radiophoniques établies et ce parti pris institutionnel créait un sentiment de responsabilité pour maintenir l'ordre social tel qu'il avait été décrété par les autorités coloniales. Dans leurs discussions détaillées sur les divers éléments des émissions de la NIROM, cette dernière considération était dominante et, bien que le Conseil ne souhaitait pas mettre en place un système de censure préventive, le contrôle de l'éther était son principal objectif. En ce sens, le Conseil faisait partie de l'appareil d'État colonial qui tentait activement de surveiller l'opinion publique pour contrer le nationalisme indonésien - une stratégie de surveillance si éloquemment décrite dans la métaphore de la maison de verre. Cependant, tout comme la série de romans de Pramudya Anata Toer, cette histoire s'est terminée par un rebondissement ironique à la fin des années 1930, qui montre les limites de la portée de l'État colonial, qui a créé ses propres angles morts. Les visions de la radiodiffusion coloniale des années 1920 ont incité les membres du Conseil à se concentrer sur la séparation des programmes « occidentaux » et « orientaux », mais en même temps, cela a obscurci leur vision de ce qui se passait réellement à l'antenne. Ainsi, le style musical populaire Krontjong, qui ne correspondait pas exactement à ces catégories, a été autorisé par les autorités coloniales à devenir un élément dominant des émissions « orientales », tout en devenant un symbole puissant pour le mouvement nationaliste indonésien.

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Notes

1 P. Ananta Toer, Het glazen huis, traduit par H. Maier (Houten : Wereldvenster : 1988) 198.

2 B. Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origins and Spread of Nationalism 3rd ed. (Londres : Verso, 2006) 189.

3 Pour une discussion, voir : M. Bloembergen, Uit zorg en angst. De geschiedenis van de politie in Nederlands-Indië (Leiden/Amsterdam : Boom/KITLV, 2009) 361-2.

4 B. Anderson, The Spectre of Comparisons. Nationalism, Southeast Asia and the World (Londres : verso, 1998) 337-8.

5 R. Witte, De Indische omroep. Overheidsbeleid en ontwikkeling, 1923-1942 (Hilversum : Verloren, 1998).

6 R. Mrázek, Engineers of Happy Land. Technology and Nationalism in a Colony (Princeton : Princeton University Press, 2002), chapitre 5.

7 C. Wild, "De radio als vroedvrouw. De rol van de radio in de Indonesische onafhankelijkheidsstrijd", dans Jaarboek voor mediageschiedenis. Nederlands-Indië, eds. K. Dibbets et al, 4 (1992).

8 J. Lindsay, "Making Waves : Private Radio and Local Identities in Indonesia", Indonesia 64 (Oct 1997) : 105-123, 110-5.

9 Bibliothèque universitaire de Leyde, « Ontwerp verslag van de installatie en daarop volgende 1e-50evergadering van de Raad van Advies inzake den Nirom-omroep te Bandoeng, 12 April 1934 - 6 Januari 1938 » , 4 volumes, UBL.

10 K. van Dijk, The Netherlands Indies and the Great War, 1914-1918 (Leiden : KITLV, 2007), 353-81 ; T. Shiraishi, An Age in Motion. Popular Radicalism in Java, 1912-1926, Ithaca : Cornell University Press, 1990) 91-3.

11 E.B. Locher-Scholten, Ethiek in fragmenten. Vijf studies over koloniaal denken en doen van Nederlanders in de Indonesische Archipel (Utrecht : Hes Publishers, 1981) 203.

12 A. Taselaar, De koloniale lobby. Ondernemers en de Indische politiek 1914-1940 (Leiden : CNWS, 1998) ; P.J. Droogleever, De Vaderlandsche Club 1929-1942. Totoks en de Indische politiek (Franeker : T.Wever, 1980).

13 I.J. Blanken, Geschiedenis van Philips Electronics N.V. Deel III (1922-1934) (Leiden : Martinus Nijhoff, 1992) 163-370.

14 J.J.V. Kuitenbrouwer, "'From Heart to Heart' : Colonial Radio and the Dutch Imagined Community in the 1920s", in Imagining Communities. Historical Reflections on the Process of Community Formation, eds. G. Blok, J.J.V. Kuitenbrouwer et C.W. Weeda (Amsterdam : Amsterdam University Press, 2018).

15 Taselaar, De koloniale lobby

16 Witte, De Indische radio-omroep, 107.

17 Taselaar, De koloniale lobby, xvii.

18 J.J.V. Kuitenbrouwer, "Radio as a tool of empire. Colonial broadcasting from the Netherlands to the Dutch East Indies in the 1920s and 1930s", Itinerario. Revue internationale sur l'histoire de l'expansion européenne et de l'interaction mondiale 40, no 1 (2016) : 83-103.

19 Kuitenbrouwer, "Radio as a tool of empire", 90.

20 Witte, De Indische radio-omroep, 73.

21 Witte, De Indische radio-omroep, 139.

22 Witte, De Indische radio-omroep, 81-85.

23 hij moet erop gericht zijn te voldoen aan de behoeften en wenschen van het luisterend publiek" ; "De omroepstof mag niet in strijd zijn met de belangen van den staat, de wetten des Lands, de openbare orde of de goede zeden". Article 5 de la concession NIROM, tel que publié dans : Witte, De Indische radio-omroep, 192.

24 Witte, De Indische radio-omroep, 98.

25 Witte, De Indische radio-omroep, 106. En 1937, NIROM couvre l'ensemble de l'archipel.

26 Witte, De Indische radio-omroep, 100.

27 Witte, De Indische radio-omroep, 141 ; Mrázek, Engineers of Happy Land, 182.

28 Witte, De Indische radio-omroep, 124.

29 Mrázek, Engineers of Happy Land, 183.

30 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, pp.3-4.

31 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er mai 1936, p.4.

32 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 21 août 1937, p.11.

33 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 7 mars 1935

34 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, pp.9-10. En 1936, il fut même décidé de publier un communiqué de presse pour chaque réunion. UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 1er mai 1936, p.24.

35 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 7 mars 1935, p.18.

36 G. Termorshuizen, Realisten en reactionairen. Een geschiedenis van de Indisch-Nederlandse pers 1905-1942 (Amsterdam/Leiden : Nijgh & Van Ditmar/KITLV, 2011) 7.

37 Pour ce terme, voir : UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 6 mars 1936, p.13 ; UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 2 juillet 1934, pp.12-15 ; UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 28 mai 1936, pp.15-16.

38 Witte, De Indische radio-omroep, p.102.

39 Lors de l'élection de 1936, 9204 auditeurs ont renvoyé un bulletin de vote, dont 520 n'étaient pas valables. UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 6 février 1936. Le graphique de Witte suggère qu'il y avait à l'époque entre 11469 (janvier) et 24131 (décembre) propriétaires de radio enregistrés. Witte, De Indische radio-omroep, 124.

40 Witte, De Indische radio-omroep, 98.

41 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er avril 1937, p.3. Cette prédiction s'est avérée tout à fait exacte et, en fait, ce pourcentage a été atteint en 1941 lorsque, sur 101 868 titulaires de licences, 51 824 étaient enregistrés comme "orientaux". Witte, De Indische radio-omroep, p.124.

42 Witte a souligné que cette volonté était en partie inspirée par les intérêts commerciaux de la société Philips, qui avait alors lancé une ligne de production de postes de radio relativement bon marché destinés aux Indonésiens. Witte, De Indische radio-omroep, 107.

43 Witte, De Indische radio-omroep, 143 ; Mrázek, Engineers of Happy Land, 183.

44 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, p.12.

45 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 2 juillet 1934, p.2 ; UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 24 août 1935, p.12.

46 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 9 janvier 1936, p.3.

47 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 20 août 1936, p.20.

48 Witte, De Indische radio-omroep, 118-119. Il semble que Witte n'ait consulté que le guide néerlandais pour cet échantillon (août-septembre 1937). En examinant le guide en langue malaise, Takonai Susumu a trouvé un pourcentage similaire. T. Susumu, "Soeara NIROM and Musical Culture in Colonial Indonesia", Japanese Journal of Southeast Asian Studies 44, no.2 (2006) : 145-203, 145.

49 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 25 juin 1936, pp.7-8.

50 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 8 août 1934, p.8.

51 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 19 décembre 1935, p.2.

52 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 4 mars 1937, p.4 ; UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er juin 1935, p.6.

53 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 20 août 1936, p.13 ; UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 29 avril 1937, p.8.

54 Toutefois, à la même époque, la censure préventive devient la norme pour la radiodiffusion aux Pays-Bas. Voir : H. Wijfjes, Radio onder restrictie. Overheidsbemoeienis met radioprogramma's 1919-1931 (Amsterdam : IISG, 1988) 271. Les médias écrits des Indes ont également été de plus en plus muselés par les lois de censure dans les années 1930. Voir : M. Maters, Van zachte wenk tot harde hand. Persvrijheid en persbreidel in Nederlands-Indië 1906-1942 (Hilversum : Verloren, 1998) 30.

55 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 17 décembre 1934, pp.10-13.

56 de kraan dicht te draaien zoo gauw de omroepstof de perken van het geoorloofde overschrijdt". UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 17 janvier 1935, p.5.

57 Mohammedaansch-Godsdienstige lezingen [...] in zeer universeelen trant". UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 10 décembre 1936, p.11.

58 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er mai 1936, p.25.

59 UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 12 novembre 1936, pp.18-25 ; UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 10 décembre 1936, pp.6-17.

60 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 30 décembre 1936, pp.1-10.

61 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 11 novembre 1937, pp.9-10.

62 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 10 décembre 1936, p.2.

63 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 12 avril 1934, p.20 et annexe. Cette décision a été confirmée lors d'une réunion en 1936. UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 6 février 1936, p.17.

64 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 25 juin 1936, pp.15-16.

65 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er avril 1937, p.7 ; UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 27 mai 1937, p.5.

66 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 9 décembre 1937, p.6.

67 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 10 décembre 1936, p.3.

68 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 21 août 1937, p.5.

69 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 11 novembre 1937, p.12.

70 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 22 juillet 1937, p.14.

71 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 22 juillet 1937, p.14.

72 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 1er avril 1937, p.1.

73 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 27 juin 1935, p.6.

74 UBL, "Ontwerp verslag". Réunion du 27 juin 1935, p.5.

75 UBL, 'Ontwerp verslag'. Réunion du 17 octobre 1935, pp.4-5.

76 Mrázek, Engineers of Happy Land, 180-1 ; P. Yampolsky, "Music on Dutch East Indies radio in 1938", in Sonic Modernities in the Malay world : a history of popular music, social distinction and lifestyle, ed. B. Barendregt (Leiden : Brill, 2014) 47-112.

77 Witte, De Indische radio-omroep, 146-8.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Vincent Kuitenbrouwer, « La maison de verre revisitée : la radiodiffusion et les angles morts de l'État colonial tardif dans les Indes néerlandaises (années 1920 et 1930) »RadioMorphoses [En ligne], 11 | 2024, mis en ligne le 20 mars 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/4394 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/radiomorphoses.4394

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Auteur

Vincent Kuitenbrouwer

Senior Lecturer in History if International Relations, Faculty of Humanities, Université Amsterdam J.J.Kuitenbrouwer[at]uva.nl

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