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Radio et identité culturelle : une contestation de la «  guyanité  » à travers l’analyse d’une radio locale dans l’Ouest guyanais

Tristan Vassaux

Résumés

Cet article examine le rôle de la radio en Guyane française, en se concentrant sur une station locale, Kam’Radio à Saint-Laurent-du-Maroni. L’article s’inscrit dans une perspective plus large et explore les dynamiques de résistance face au concept de guyanité promu par la communauté créole. L’analyse met en lumière les caractéristiques uniques de cette radio qui lui permettent de se distinguer dans le paysage radiophonique guyanais. Kam’Radio, axée sur le Bas-Maroni, représente une radio à la fois territoriale et multiculturelle, abordant les préoccupations locales et transnationales. À travers ses émissions en sranantongo, le créole du voisin Surinam, ainsi que ses diffusions en direct sur les pratiques culturelles et cultuelles amérindiennes de la région, Kam’Radio promeut une identité plurielle, reflétant ainsi la diversité du territoire dans lequel elle est enracinée, en opposition à un centre-littoral encore trop autocentré sur la question de l’identité guyanaise.

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Texte intégral

Introduction

1La Guyane française, en raison de son passé colonial et de sa diversité culturelle, constitue un terrain propice à l’exploration des relations complexes entre la radio, les communautés et le pouvoir. Le rôle de la radio dans cette région remonte à 1951 avec l’émergence de Radio Cayenne, diffusée depuis la préfecture (de Font-Réaulx, 1962), ce qui lui valut le surnom de «  Radio Préfecture  ». Cette initiative a suscité des critiques acerbes, certains la considérant comme une tentative d’assimilation des Guyanais en «  français moyens  » (JB, 1979 : 189). Dans les années 1980, avec la libération des ondes en France, la Guyane a vu émerger quelques initiatives privées dans le domaine radiophonique, malgré des ressources limitées. Des stations associatives ainsi que des stations chrétiennes ont réussi à développer une audience dans la région.

2Parallèlement, dans les années 2000, des réseaux de radio de France hexagonale établissent des antennes locales en franchise en Guyane. Ainsi, des stations telles que NRJ, Fun Radio ou encore Nostalgie, disposent d’une fréquence dédiée et de studios locaux dans la région. Aujourd’hui, la diversification des stations de radio demeure un vecteur essentiel d’expression culturelle et politique en Guyane. Bien que l’écoute de la radio soit moins répandue qu’en France hexagonale et aux Antilles (38 % de la population guyanaise écoute la radio quotidiennement, contre 60 % en France hexagonale, 53 % en Martinique et 73 % en Guadeloupe selon Louguet, Creignou et Raimbaud en 2021), elle permet aux diverses communautés de faire valoir leurs voix comme nous allons le découvrir avec la station Kam’ Radio située à Saint-Laurent-du-Maroni, dans l’Ouest guyanais.

3Le projet politique principalement porté par les Créoles guyanais, visant à redéfinir les frontières identitaires guyanaises autour de l’unification des différentes communautés, principalement amérindiennes et bushinengees, connu sous le nom de «  guyanité  », peine à s’imposer sur le territoire. L’objectif de cet article est de démontrer que Kam’ Radio, en tant que porte-parole des communautés de l’Ouest guyanais, défend en réalité un pluralisme culturel à l’opposé de la notion de guyanité. Pour ce faire, nous commençons par recontextualiser les dynamiques d’assimilation en Guyane, et plus précisément dans le territoire de l’Ouest, puis nous présentons Kam’ Radio comme une radio locale ancrée dans son territoire. Ensuite, nous analysons la place des langues, notamment le sranantongo, dans les émissions proposées, avant de nous pencher sur le contenu diffusé. Enfin, nous concluons en examinant la façon dont Kam’ Radio contribue à être le porte-voix d’une identité guyanaise occidentale représentative d’une société plurielle.

Éléments contextuels : entre assimilation et guyanité

Figure . Organisation spatiale de la Guyane (Masson et Bouron, 2020. Carte mise à jour en 2023)

Figure . Organisation spatiale de la Guyane (Masson et Bouron, 2020. Carte mise à jour en 2023)

4La Guyane, territoire d’outre-mer français, incarne un microcosme où se superposent diverses identités ethniques. Cette diversité, longtemps intégrée dans le cadre de la créolité, à savoir l’appartenance à la communauté créole, est désormais source d’inquiétude pour certains acteurs politiques. Historiquement, la société guyanaise moderne s’est construite en parallèle de la société créole guyanaise, à savoir les descendants d’esclaves de Guyane ayant assimilé la culture française (Hidair, 2009).

5À la suite de multiples vagues d’immigration dues à l’exploitation aurifère et à une créolisation revendiquée de la culture française à travers l’éducation, la carrière professionnelle et le mode de vie (Jolivet, 1982), les Créoles ont continué le processus d’assimilation après la départementalisation en 1946, en accédant aux postes administratifs en Guyane. Cependant, les populations non créoles, telles que les Amérindiens et les Bushinengees, les descendants d’esclaves ayant fui les plantations, aussi appelés Noir-Marrons, ont été marginalisées et exclues du processus d’assimilation, perçues comme des «  primitifs  » par le groupe créole dominant (Collomb, 1999).

6À partir des années 1970-80, l’augmentation de l’immigration et l’émergence des revendications politiques des populations marginalisées ont remis en question la suprématie du groupe créole en Guyane. Jolivet explique en 1997 comment la volonté d’ethnicisation des communautés de Guyane, plutôt que sur une créolisation globale, conduit à considérer le groupe «  créole  » comme une minorité parmi d’autres. Dans cette optique, les Amérindiens ont revendiqué la reconnaissance de leurs droits territoriaux et de leur identité distincte. Cette revendication des Amérindiens a mis en évidence la nécessité de repenser l’identité guyanaise au-delà de la seule dimension créole et de l’assimilation.

7Face à cette diversité culturelle et aux défis qu’elle pose, la classe politique créole s’est lancée dans la recherche de nouveaux modèles pour définir la société guyanaise. L’émergence de l’idée d’interculturalité apparaît comme une alternative à la créolité, mettant l’accent sur la coexistence et les échanges entre les différents groupes ethniques. Selon Jolivet (1990), la volonté de créer une identité nationale unifiant les peuples de Guyane transforme les rapports sociaux avec les Amérindiens et les Bushinengees. La notion de «  guyanité  » émerge alors, s’enracinant dans le territoire américain tout en instaurant de nouveaux repères historiques et culturels, notamment en revendiquant des ascendances amérindienne et africaine. L’auteure souligne que seule cette nouvelle filiation est valorisée dans le projet de guyanisation, au détriment des groupes eux-mêmes. Elle évoque les «  mouvements pendulaires  » (1986 :77) de la société créole, oscillant entre européanité et africanité, assimilation et négritude, comme le confirme Isabelle Hidair en ajoutant que ce groupe culturel assure sa stabilité grâce à cette oscillation (2003).

  • 1 OREFICE Philippine. À Saint-Laurent du Maroni, des enjeux qui dépassent l’élection présidentielle. (...)

8Ce modèle émergent vise ainsi à construire une nouvelle «  communauté imaginée  » guyanaise (Anderson, 2002), mais il soulève également des questions sur les rapports sociaux historiques entre les groupes qui la composent et sur la façon de concilier leurs identités distinctes dans un projet national. En effet, l’unification culturelle derrière la seule bannière guyanaise n’est pas aussi simple. Selon Franck Mathurin, directeur des programmes de Kam’ Radio, lors d’un entretien réalisé lors des élections présidentielles de 20221, l’appartenance à la «  guyanité  » ne semble pas être dominante. Il observe que les individus se considèrent avant tout comme haïtiens, bushinenguees ou amérindiens. Un constat également approuvé par Marion Thurmes dans sa thèse soutenue en 2006 qui ajoute que seuls les Créoles s’approprient la dénomination de Guyanais, perçue comme une marque de crispation identitaire. Cette diversité ethnique permet de se présenter comme une radio qui reflète la pluralité de ses auditeurs, une radio «  qui nous ressemble  », rajoute-t-il, alors que «  les autres radios ne traitent pas trop de l’Ouest  ».

Kam’ Radio, une radio enracinée localement

9C’est justement ce «  nous  » qu’il est important de définir, qui découle d’une opposition avec ces «  autres  ». Frédéric Piantoni, géographe spécialiste de la région, montre comment l’Ouest guyanais, en tant qu’espace, a réussi à se constituer comme une entité à part entière, en opposition avec le Centre-littoral :

«  L’espace fluvial du Maroni, par son histoire et son fonctionnement interne, constitue une entité spécifique qui se distingue par sa relation singulière avec le pouvoir national. Il se présente également comme un espace de reconstruction et d’opposition, construit autour du rejet du littoral, tout en étant profondément lié à lui. La relation à l’espace s’exprime également à travers des rapports de domination endogènes découlant de liens divergents avec les sociétés coloniales, puis nationales. La question de l’espace et des rapports de pouvoir est prégnante, aussi bien dans la vallée que dans l’estuaire (2009 : 146)  ».

10En effet, sur le plan historique, les Amérindiens et les Bushinengees n’ont pas bénéficié des mêmes droits que leurs compatriotes créoles. En 1946, la Guyane française a entamé un processus de décolonisation sans accès à l’indépendance, marqué par l’adoption de la loi dite de départementalisation. Bien que tous les Guyanais aient été censés théoriquement bénéficier des mêmes droits politiques que leurs concitoyens européens, dans la pratique, seuls les Créoles ont réellement accédé à ces droits. Les Amérindiens et les Bushinengees non enregistrés à l’état civil ont été exclus de la citoyenneté et placés sous l’administration du «  service des populations primitives  » (Guyon, 2019). Ce clivage «  nous/eux  » est donc fondamental dans la structuration de l’Ouest guyanais, à la fois historiquement et géographiquement.

11Le découpage symbolique du territoire a connu de nombreux remaniements au cours de l’histoire. Alors que l’opposition entre le littoral et les territoires de l’intérieur a été institutionnalisée avec le territoire de l’Inini avant les années 70, un nouveau découpage a établi un centre littoral et ses marges à l’Ouest et à l’Est, considérées comme des zones frontalières nécessitant un contrôle migratoire (Nicolas, 2021). Pour un habitant de l’Ouest guyanais, la frontière n’est pas symbolisée par le fleuve Maroni, historiquement un lieu d’échanges depuis les premières implantations autochtones. Le poste de contrôle routier d’Iracoubo, situé à plus de 100 km de Saint-Laurent-du-Maroni, a longtemps symbolisé la démarcation entre le Centre-littoral et une région ultrapériphérique transfrontalière, à savoir l’Ouest guyanais, avant son déplacement à l’entrée de la ville de Saint-Laurent en novembre 2022. Cet isolement a encouragé la ville occidentale de Guyane à développer des relations avec son voisin le plus proche, le Surinam, renforçant ainsi des liens structurels et culturels ancestraux (Morel et Letniowska-Swiat, 2012).

12Kam’ Radio occupe une place centrale dans ces dynamiques en tant que principale station de radio de l’Ouest guyanais. Profondément enracinée dans son contexte territorial, elle bénéficie d’un «  ancrage physique  » indéniable, comme le souligne Jean Gontrand, président de la station. Fondée en 1982 lors de la libération des ondes, elle fut l’une des premières radios FM de Guyane, émanant de la station Union pour la Défense des Libertés (UDL). L’association, fondée par Léon Bertrand, ancien député-maire originaire des rives du Maroni, avait initialement un objectif politique, servant de vecteur de propagande. Toutefois, selon les déclarations du président actuel lors d’une interview en février 2024, son intention première était de «  permettre aux différentes communautés présentes de pouvoir s’exprimer en toute liberté  ». Par la suite, cette radio associative transforme ses missions afin d’assurer la retransmission radiophonique des évènements culturels, caritatifs ou festifs de l’Ouest, tout en assurant la promotion des artistes locaux et la représentation des associations et des particuliers à travers des émissions de proximité. Considérée comme la radio historique de Saint-Laurent-du-Maroni, UDL change de nom pour Kam’ Radio en 2022. Kam pour Kamalaguli, nom mythique d’un chef amérindien kali’na qui a fondé le premier camp à l’origine de l’agglomération coloniale qui prendra le nom de Saint-Laurent en l’honneur du gouverneur de Guyane de l’époque, Auguste-Laurent Baudin.

13Ce changement de dénomination marque un tournant dans les missions de Kam’ Radio, qui se positionne désormais comme une radio profondément locale, avec une focalisation sur la région du Maroni. En effet, les animateurs de cette radio n’hésitent pas à sortir de la capitale de l’Ouest pour se rendre en terre amérindienne à Awala-Yalimapo ou dans les territoires de l’Intérieur, notamment les communes qui bordent le fleuve Maroni en amont. Bien que son nouveau slogan soit «  Plus proche de vous  », l’objectif de rassembler les populations autour d’un concept unificateur n’est pas aussi évident qu’il y paraît.

14«  Les bushinengees ont une place importante dans notre programmation. Au niveau musical, on fait passer la musique régionale, la musique bushinengee  », explique le président de Kam’ Radio. Étant donné la prédominance des Noirs-Marrons à Saint-Laurent-du-Maroni et leur lien étroit avec le Surinam voisin, on pourrait initialement percevoir Kam' Radio comme une radio communautaire, entrant ainsi dans la classification proposée par Étienne Damome (2010) pour ce type de média, avec pour élément essentiel une langue commune, à savoir le sranantongo dans notre cas.

Langue(s) de l’Ouest

15La question des langues en Guyane française revêt une importance cruciale dans les dynamiques de pouvoir. Le linguiste Jean Barnabé décrit cette situation comme une «  diglossie multipolaire  », où le français et le créole guyanais se disputent le terrain, tout en tenant compte des nombreuses autres langues présentes dans la région (Hidair, 2008). En effet, la diversité linguistique est manifeste à Saint-Laurent-du-Maroni, avec près d’une vingtaine de langues recensées comme premières langues, parmi lesquelles figurent au moins cinq langues véhiculaires : le créole guyanais, le français, le néerlandais, l’anglais et le sranan tongo (langue créole du Surinam) (Léglise & Migge, 2005). Toutefois, l’idée selon laquelle le créole guyanais serait la langue véhiculaire et vernaculaire de la Guyane est de plus en plus contestée, notamment dans l’Ouest guyanais :

«  Quant à la région de Saint-Laurent-du-Maroni, où les mouvements migratoires brouillent la donne davantage encore, la situation est particulièrement complexe : le nenge(e), le créole guyanais, le français et le sranan tongo ou créole de Paramaribo, peuvent y briguer la position de langue véhiculaire : tout dépend des protagonistes en présence et des situations. Quoique minoritaires, les Créoles sont persuadés que, comme autrefois, le créole reste la langue véhiculaire principale à Saint-Laurent, dans la mesure où les groupes en présence sont divers et nombreux. En fait, à la sortie des établissements scolaires, on peut aussi entendre des enfants d’origines diverses parler français entre eux. Par ailleurs, d’aucuns, locuteurs et chercheurs […] pensent que c’est actuellement le sranan tongo qui occupe cette fonction, comme au Surinam avec lequel les communications sont incessantes — les migrants issus des camps de réfugiés opèrent un véritable va-et-vient entre les deux rives du Maroni (Jolivet, 2008 :104).

  • 2 Waka désigne à la fois le fait de marcher et de voyager en sranan tongo. Ainsi, nous pourrions trad (...)
  • 3 Loweman pour « l’homme qui s’échappe » et pansu, dérivé en Djuka du mot pransun désignant la jeune (...)

16Ce constat se transcrit dans les émissions proposées par la station saint-laurentaise. Auparavant nommée Mamatin Waka2, la rubrique matinale garde l’idée des rencontres de proximité grâce à un micro-trottoir dénommé aujourd’hui Waka Trottoir. Mais l’émission phare de Kam’ Radio n’est autre que Loweman pansu, émission culturelle diffusée uniquement en langue nengee chaque soir de 19 h à 21 h. Le nom en lui-même est fort de sens : les descendants des fugitifs3 rappellent à qui s’adresse cette émission, à savoir littéralement les Bushinengees, descendants des esclaves ayant fui les plantations esclavagistes et qui vivent actuellement sur la zone transfrontalière du Maroni, entre le Surinam et la Guyane.

17Loweman Pansu est l’émission phare qui incarne l’essence de Kam’ Radio et de cette zone transfrontalière d’échange entre le Surinam et Saint-Laurent-du-Maroni. Pour une société postcoloniale, cet enjeu est crucial. En effet, Hubert Devonish souligne que dans ce type de contexte, les langues dominantes à la radio sont souvent d’origine européenne (Migge, 2011). Dans notre cas, cette émission suscite même un certain attrait. Deux de nos interlocuteurs ont découvert Kam’ Radio grâce à Loweman Pansu :

  • 4 Le terme taki-taki désigne les langues nengee parlées dans la région. Sa traduction littérale est « (...)

«  J’ai connu cette radio en tant qu’auditrice au départ. […] Je sais qu’on l’écoutait beaucoup le soir, tu sais à partir de 20 h, c’est en taki-taki4, et c’est un chroniqueur qui ne parle qu’en taki-taki, qui passe de la zik du Surinam. Donc en général on se connectait là-dessus à cette heure-là. Et aussi parce que j’habite à Albina, et du coup, Kam’radio, on la capte à Albina […] C’est la seule station française que l’on capte à Albina  ». Entretien avec Sista Dreo, rappeuse militante au sein du collectif Atipa Record, novembre 2023.

18Kam’ Radio incarne ainsi les caractéristiques d’une radio transnationale, reflétant la réalité des habitants du Maroni qui vivent au cœur du fleuve, tant dans leur relation avec l’autre rive surinamienne que dans les communes situées en amont. Comme nous pouvons le constater avec cette artiste qui vit à Albina, ville frontalière située sur l’autre berge du Maroni, côté Surinam, la volonté de Kam’ Radio d’être diffusée en dehors de Saint-Laurent est manifeste. En effet, le président de la radio souligne que l’émission est également diffusée sur le Haut-Maroni par le biais d’une webradio, précisément à Maripasoula. Bettina Migge, en 2011, démontre comment l’émission Loweman pansu contribue à l’émergence d’un espace social alternatif qui intègre les particularités de la communauté marronne dans son ensemble, ainsi que de l’espace fluvial des communautés isolées, tout en incorporant des éléments urbains de Saint-Laurent. Ainsi, elle explique que Kam’ Radio joue un rôle dans la création d’une identité hybride, transcendant à la fois les frontières ethniques et géographiques : «  Le programme radiophonique établit essentiellement, ou renforce plutôt, l’existence d’une communauté transnationale de personnes qui se considèrent chez elles et participent à la vie des deux pays ( :7)  ».

19Mais justement, que se dit-il dans ces langues du fleuve  ? Marciano Doekoe, entrepreneur saint-laurentais qui tient un camion de restauration rapide, nous répond «  Ala sani  », à savoir «  toutes les choses  », en esquissant un sourire : «  J’écoute ce qu’il se passe au Surinam, la musique surtout, mais aussi les problèmes. C’est la crise là-bas, c’est dur. Ça fait longtemps que je ne suis pas allé à Parbo [Paramaribo, la capitale du Surinam], c’est trop cher maintenant la vie  ». Ce témoignage confirme la description faite par Bettina Migge une décennie auparavant, soulignant l’importance de la musique dans cette émission, ainsi que d’autres éléments tels que les avis de décès, les annonces d’anniversaire, et bien sûr, les actualités tant du Surinam que de la vie à Saint-Laurent-du-Maroni. Ce format bien établi semble convenir à la population «  maronaise  », si l’on peut décrire cette communauté qui va au-delà de la simple vie à Saint-Laurent-du-Maroni et qui prend en compte son caractère transnational.

  • 5 Le dictionnaire en ligne Languages of Suriname donne trois définitions pour le mot bakra (bakaa en (...)

20Pour reprendre l’idée d’une rupture entre Ouest et Centre-littoral, il est intéressant de noter l’existence d’un terme dans les langues nengee qui exprime une relation duale au monde créole. Les anthropologues Richard et Sally Price (2003) observent que les Noirs-Marrons utilisent le terme bakaa5 pour désigner le monde du littoral, considéré comme issu du monde colonial, en opposition aux Bushikonde sama, membres des communautés bushinengees qui ont fui le système colonial des plantations. Cette opposition ne se fonde pas sur la couleur de peau, Noir ou Blanc, mais sur une catégorisation liée à un mode de vie occidental. Cette catégorisation inclut non seulement les Blancs, mais également le groupe créole, ayant adopté un mode de vie occidental par assimilation.

21En dépit de la domination apparente des langues nengee sur les ondes de Kam’ Radio, la représentation des Amérindiens demeure marginale, limitée à une unique émission hebdomadaire d’une heure en langue kali’na, nommée Otawano. Cette réalité soulève des interrogations quant à la volonté réelle de la nouvelle direction de Kam’ Radio de refléter la diversité des peuples de l’Ouest guyanais. Comment alors expliquer la rareté des émissions amérindiennes  ? Une hypothèse plausible est que cette disparité sur les ondes découle du déclin démographique des locuteurs de la langue kali’na, estimé à un peu moins de 4000 en Guyane selon Odile Renault-Lescur (2009). En résumé, bien que la présence amérindienne soit limitée sur les ondes de Kam' Radio, cette situation semble être davantage le résultat d’une démographie linguistique en évolution que d’une volonté délibérée d’exclusion animée par des tensions potentielles entre différents groupes ethniques. En effet, il convient de souligner que les Amérindiens ont réussi à trouver une autre plateforme pour s’exprimer au sein de Kam' Radio.

Une diversité de contenus pour une diversité de populations

22Si le sranantongo possède une place privilégiée dans la zone géographique, et par conséquent, au sein de Kam’ Radio, la réalité du territoire de l’Ouest dans sa diversité se manifeste dans la composition de l’équipe et des thèmes abordés :

«  Le directeur c’est un Haïtien. Franck Mathurin, c’est un Créole, le DJ c’est un Créole. L’équipe est vraiment diversifiée. […] C’est l’influence des animateurs radio. Kam’Radio travaille avec Franck Appolinaire, qui est animateur sur Kam’Radio et également sur Guyane la 1ère. Et donc bien sûr qu’il y a un intérêt particulier pour la population amérindienne, ils sont toujours mis en avant. Et après ils avancent, il me semble, selon leurs affinités avec les gens sur Saint-Laurent. Je vois qu’ils sont bien collés sur le cyclisme guyanais par exemple. Je pense qu’il y en a un ou deux là-dedans qui doivent être dedans peut-être. […] Le vendredi soir, je crois qu’il y a les petits gars de l’église évangéliste qui viennent faire leur petite émission aussi. Quand la mairie fait des évènements, ils y vont aussi. Ils touchent vraiment tous les cercles  ». Entretien avec Sista Dreo, rappeuse militante au sein du collectif Atipa Record, novembre 2023.

  • 6 Il existe en Guyane une station de radio évangélique nommée « Radio Voix dans le Désert » qui, bien (...)

23Dans cet extrait, la capacité d’accueil, tant des sujets que des communautés, est mise en avant. Kam’ Radio fait souvent la publicité pour les évènements culturels, sportifs et festifs de la ville, sans hiérarchie entre les sujets. Chaque groupe, collectif ou communauté ethnique ou religieuse, trouve sa place au sein de la radio. C’est le cas, par exemple, de cette émission évangéliste. Historiquement, l’Église a joué un rôle central dans la structuration sociale de la ville, notamment lorsque celle-ci était encore une commune pénitentiaire avec son bagne. En effet, l’administration a fait appel aux sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie pour distribuer une soupe populaire aux libérés sans ressources. Ces mêmes sœurs ont créé le premier orphelinat de l’Ouest en 1931 (Guyon, 2019). Par conséquent, la religion chrétienne conserve encore un certain poids dans la région. Selon Philippe Chanson en 2007, environ 5 à 7 % de la population fréquente un lieu de culte représentant le protestantisme créole. À cela s’ajoutent les vagues migratoires récentes en provenance d’Haïti, qui renforcent cet aspect avec la création de nouvelles églises et assemblées en Guyane6 (Eybalin Casseus, 2014).

24Jean Gontrand explique que sa station ne fait aucune distinction entre les individus. Toute personne ayant un sujet et une vision éditoriale cohérente peut proposer une émission et obtenir son créneau horaire. Cependant, il semble que Kam’ Radio évite les sujets polémiques. Un exemple récent illustre cela : une controverse a éclaté dans la région concernant l’installation de la Centrale Électrique de l’Ouest Guyanais (CEOG) près du village kali’na Prospérité, à 15 km de la capitale Saint-Laurent, suscitant l’opposition des habitants. Ce sujet a été largement médiatisé en Guyane. Dans une récente interview diffusée le 31 janvier 2024, Philippine Orefice, animatrice de l’émission «  L’invité du jour  », présente l’association Ato'po W+P+ (Atopo Wepe) qui travaille à l’autonomisation du village Prospérité. L’interview est soigneusement menée, mettant en avant la proximité en rencontrant Benoit Hurtrez, coordinateur de l’association, lors du marché hebdomadaire. Ensemble, ils discutent de l’évolution du projet, notamment la mise en place d’un poulailler pour la distribution d’œufs aux habitants du village ou encore de la culture de légumes selon une technique traditionnelle amérindienne. Bien que le sujet de la centrale soit mentionné une fois, il est relégué au second plan, précisant que la centrale a fait de l’ombre aux objectifs du projet d’autonomisation qui existe depuis cinq ans. Le sujet polémique fait presque figure d’anecdote par rapport à l’engagement de l’association envers la communauté locale. Ainsi Kam’ Radio préfère se concentrer sur les actions mettant en valeur les relations intercommunautaires que d’alimenter les possibles dissensions autour de sujets qui restent importants dans l’Ouest.

25Le changement d’UDL en Kam’ Radio en 2022 a marqué le début de son expansion sur les réseaux sociaux, notamment avec la création d’une page Facebook. Cette initiative visait à atteindre une population plus jeune, selon le président de l’association, étant donné que cette tranche d’âge tend à privilégier les formats vidéo plutôt que la radio traditionnelle. Bien que la page Facebook soit active avec des reportages et des diffusions en direct fréquentes, il est légitime de remettre en question l’atteinte de cet objectif. En effet, selon une étude réalisée par le cabinet de conseil Awitec en 2022, Instagram est le réseau social le plus utilisé en Guyane, en particulier par les moins de 24 ans, représentant 51 % des utilisateurs. En revanche, Facebook est davantage utilisé par les 25-34 ans7. Étant donné que près de la moitié de la population guyanaise a moins de 25 ans selon les chiffres de l’INSEE de 20248, il est surprenant de constater que la page Instagram de Kam’ Radio compte seulement quatre publications pour 220 abonnés, alors que sa page Facebook compte plus de 1000 abonnés.

26Cependant, sur la page Facebook de Kam’ Radio, une communauté cherche à se faire entendre malgré le défi posé par le manque de locuteurs. En effet, de nombreux directs couvrent les évènements culturels et cultuels amérindiens. Ainsi, les directs suivent de près les groupes de tambours traditionnels kali’na comme Palana Bonon, les intronisations des chefs coutumiers des différents villages de la région où l’on peut découvrir les vêtements et danses traditionnels, ainsi que les célèbres jeux Kali’na qui mettent en compétition des équipes guyanaises dans des épreuves sportives à Awala-Yalimapo. Ces initiatives sur la page Facebook de Kam’ Radio contribuent ainsi à promouvoir et à préserver la richesse culturelle des Amérindiens, offrant un espace d’expression et de visibilité malgré les défis linguistiques rencontrés.

27Franck Appolinaire, animateur sur Kam’Radio et lui-même d’origine amérindienne, facilite l’accès au sein des communautés amérindiennes, parfois en jouant le rôle de traducteur. Il met souvent en avant l’association Yukulim, présidée par Mikke Manewano, à travers des reportages live. Cette association vise à valoriser le patrimoine culturel kali’na par le biais de divers évènements et journées portes ouvertes. Franck Appolinaire s’engage également à promouvoir les pratiques et objets de la culture kali’na lors de ses présentations. Au cours d’un reportage lors d’une journée dédiée à la femme kali’na organisée le 11 mars 2023, il mentionne que des stands proposent du cachiri, une boisson traditionnelle amérindienne à base de manioc. En agissant ainsi, il joue le rôle de médiateur entre les communautés amérindiennes et les auditeurs de Kam’ Radio, mettant en valeur le patrimoine amérindien à travers l’image et la vidéo.

28Une lacune dans la représentation des communautés de l’Ouest est à souligner : les Hmongs sont notablement absents. Arrivés à Javouhey en 1978 en tant que réfugiés politiques, les Hmongs ont réussi à s’intégrer dans le tissu socioculturel guyanais en devenant les principaux producteurs de fruits et légumes de la région, malgré un accueil initialement hostile des élus locaux. Bien que Moustapha Aladji et Mickael Cita (2022) soulignent le succès de l’immigration hmong en cette terre d’accueil pouvant être perçue comme hostile selon les auteurs, la participation des Hmongs aux débats sur l’identité guyanaise demeure limitée. Kam’ Radio, dans son souci de couvrir les évènements de l’Ouest, assiste aux festivités du Nouvel An hmong à Javouhey. Cependant, c’est la seule mention que nous trouvons sur la page Facebook de la radio. Jean Gontrand précise qu’il attend qu’un jeune Hmong lui propose un projet d’émission dédiée à sa communauté, soulignant l’intérêt croissant des nouvelles générations pour les questions sociopolitiques de la région, notamment en ce qui concerne l’identité guyanaise.

Pour conclure : «  Saint-Laurent-du-Maroni, capitale de la Guyane  »

  • 9 Entretien réalisé avec Renée-Lise Briquet, conseillère municipale et déléguée à la Culture à la mai (...)

29En conclusion, Kam' Radio joue un rôle crucial dans l’affirmation d’une identité distincte pour l’Ouest guyanais, en particulier la région du Maroni. En s’insérant dans une société pluraliste comme le suggère Clémence Léobal (2018), Kam’ Radio se nourrit de l’opposition avec le Centre-littoral, représenté par la ville de Cayenne. Frank Appolinaire affirme avec fierté : «  À Kam’ Radio, on dit simplement : Saint-Laurent-du-Maroni, capitale de la Guyane  ». En réponse, la conseillère municipale et déléguée à la Culture à la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni, Renée-Lise Briquet approuve avec vigueur : «  Absolument, parce que nous sommes les gardiens de la Guyane, nous sommes d’accord. Nous abritons en notre sein tous les peuples de la Guyane, les peuples enracinés dans la Guyane. Tous ceux qui viennent sont accueillis par Saint-Laurent. Ainsi, nous sommes la capitale de la Guyane grâce à notre population9.  »

30Comme nous pouvons le constater, Kam’ Radio entretient l’idée d’un pluralisme culturel et ethnique vecteur d’une identité enracinée à la Guyane et présente ainsi un contre-récit à la guyanité remettant en question les dynamiques d’assimilation et d’exclusion qui persistent dans la construction d’une unité nationale guyanaise, encore autocentrée sur la question créole.

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Bibliographie

ANDERSON Benedict. L’imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris : La Découverte/Poche, 2002, 212 p.

COLLOMB Gérard. Entre ethnicité et national : À propos de la Guyane. Socio-anthropologie, no 6, 1999. En ligne : https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/socio-anthropologie/113

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JOLIVET Marie-José. La question créole : essai de sociologie sur la Guyane française. Paris : Éditions de l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer. Collection Mémoires/Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, 1982, 503 p.

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Notes

1 OREFICE Philippine. À Saint-Laurent du Maroni, des enjeux qui dépassent l’élection présidentielle. Mediapart, 4 avril 2022. [En ligne]. https://www.mediapart.fr/journal/politique/040422/saint-laurent-du-maroni-des-enjeux-qui-depassent-l-election-presidentielle

2 Waka désigne à la fois le fait de marcher et de voyager en sranan tongo. Ainsi, nous pourrions traduire cela par « marche du matin » ou encore « voyage du matin ».

3 Loweman pour « l’homme qui s’échappe » et pansu, dérivé en Djuka du mot pransun désignant la jeune pousse, le germe.

4 Le terme taki-taki désigne les langues nengee parlées dans la région. Sa traduction littérale est « parler vite ». Cependant, il est important de noter que ce terme est en déclin d'utilisation en raison de sa connotation négative.

5 Le dictionnaire en ligne Languages of Suriname donne trois définitions pour le mot bakra (bakaa en Djuka) précisant ainsi le caractère polysémique de ce terme : 1/ une personne provenant des Pays-Bas, avec notamment la construction bakra fasi qui désigne les manières de faire néerlandaises ; 2/ une personne blanche ; 3/ une personne possédant une certaine autorité, comme un agent de police ou un juge.

6 Il existe en Guyane une station de radio évangélique nommée « Radio Voix dans le Désert » qui, bien que logée à Cayenne, est l’unique station qu’il est possible de capter sur la route qui relie Mana à Saint-Laurent-du-Maroni. Il y a également une webradio dénommée « Radio Lumière de Guyane ».

7 THEBIA Marie-Claude. Les Guyanais "accros" aux réseaux sociaux : selon une enquête, Instagram détrône Facebook. Guyane 1ère, 3 février 2022. [En ligne].
https://la1ere.francetvinfo.fr/guyane/est-guyanais/les-guyanais-accros-aux-reseaux-sociaux-selon-une-enquete-instagram-detrone-facebook-1220928.html

8 L'essentiel sur… la Guyane. INSEE, 29 février 2024. [En ligne]. https://www.insee.fr/fr/statistiques/4313999

9 Entretien réalisé avec Renée-Lise Briquet, conseillère municipale et déléguée à la Culture à la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni à Kam‘ Radio le 28 janvier 2024.

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Table des illustrations

Titre Figure . Organisation spatiale de la Guyane (Masson et Bouron, 2020. Carte mise à jour en 2023)
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Pour citer cet article

Référence électronique

Tristan Vassaux, « Radio et identité culturelle : une contestation de la «  guyanité  » à travers l’analyse d’une radio locale dans l’Ouest guyanais »RadioMorphoses [En ligne], 11 | 2024, mis en ligne le 20 mars 2023, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/4187 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/radiomorphoses.4187

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Auteur

Tristan Vassaux

Doctorant en Anthropologie à l’Université de Guyane, Laboratoire Migrations, Interculturalité et Éducation en Amazonie (EA 7485).
vassaux.tristan@gmail.com

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Droits d’auteur

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