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Une radio, quatre langues. Ethnographie d’une radio communautaire en contexte de domination linguistique à Huayacocotla, Veracruz, Mexique

Diane di Sciullo

Résumés

Actuellement, le Mexique est un des dix pays du monde à totaliser le plus de langues autochtones parlées. Celles-ci sont toutes en « danger » ou « menacées » de disparition à différents degrés (INALI [Instituto Nacional de Lenguas Indígenas], 2008). C’est dans ce contexte linguicide qu’évolue La Radio Huaya, la plus ancienne radio communautaire et autochtone du Mexique. Située dans la Huasteca du Veracruz où cohabitent différentes communautés ethniques et linguistiques, elle est la seule du pays à diffuser ses programmes en quatre langues : en Otomí, en Náhuatl, en Tepehua et en Espagnol. En se fondant sur l’analyse de données relevées lors d’une enquête de terrain effectué en 2022 cet article vise à comprendre ce qu’il se passe lorsqu'une radio qui diffuse sur « onde libre » décide elle-même du contenu de ses programmes dans des langues comprises uniquement par les minorités ethniques de la Sierra, excluant ainsi l’audience hégémonique hispanophone ? Et à comprendre comment se traduisent les processus d’identification des minorités ethniques aux animateur·ices autochtones ?

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Texte intégral

Introduction : Flou sémantique dans l’étude des pratiques médiatiques communautaires

« Tabanan qitin niya najun quin tamaqnulali quin ts’asnat. »
« Quand je meurs, je veux qu’on m’enterre avec ma radio. Pour que je ne sois jamais triste »
Auditrice tepehua à propos de la Radio Huaya, La voz campesina.

Qu’est-ce qu’une radio communautaire ?

1Dites « associatives » en Europe, « rurales » en Afrique », « publiques » en Australie, « éducatives » en Bolivie, « libres » au Brésil, « participatives » au Salvador, « populaires » en Équateur, « communautaires » en Colombie ou encore « indigènes » au Mexique, lorsque les radios se distinguent des médias de masse, il est difficile de les définir. Comme le souligne Erica Guevara, cette polysémie porte à confusion et reflète la nature fluctuante du statut de la radio (2015 : 4). Celle-ci est en constante évolution puisqu’elle règle son pas sur les tendances et mouvements sociaux-historiques, politiques et religieux.

  • 1 Radios qui transmettent dans l’espace public à l’aide d’enceintes puissantes, souvent placées sur d (...)

2José Ramos Rodríguez (2005) définit les médias des minorités ethniques comme ceux d'une population ayant une origine ethnique différente de celle qui est « dominante », ceux qui sont « marginalisés de la société nationale » par des mécanismes sociaux, économiques, politiques et culturels. Graciela Martínez Matías (2019) ajoute que la radio communautaire ne peut être définie par un seul « corset » sémantique. La richesse culturelle, sociale et sonore est différente selon la structure de chaque radio, qu’elle soit minière, urbaine, radiobocina1, issue de la migration, interculturelle, rurale ou bien frontalière. De ce fait, il est impossible de ranger toutes les radios dans une seule catégorie. Il serait donc plus pertinent de rester à l’écoute des propres définitions que se donne chaque radio, au-delà du concept de radio communautaire.

3L’étude de cas de cet article porte sur la Radio Huayacocotla, La voz campesina, une radio située dans la Huasteca du Veracruz, tantôt définie par ses animateur·ices et son audience comme « autochtone », « populaire », « paysanne » ou « communautaire ».

  • 2 La Radio Huaya est définie par son équipe comme une radio indígena en espagnol. Cependant, si nous (...)

4Dans les communautés autochtones qui forment son audience dans la région—qu’elles soient tepehua, otomíes, nahuas, teenek et totonaques—les auditeur·ice·s qualifient la radio d’indígena2. Dans les communautés rurales non indiennes, appelées « métisses » par l’équipe, elle est nommée radio « paysanne » ou « communautaire ». Mais en général, comme me l’explique la coordinatrice de l’équipe, la radio n’est ni l’une ni l’autre : elle est « populaire ». Pour aller au-delà du statut de « radio indigène », elle s’adresse à un public large, éparse et hétérogène, et donc à différentes conceptions de ce qu’est « faire communauté ».

5Toutefois, la radio n’est pas celle d’une seule communauté, mais d’une grande diversité de communautés. Précisément, selon le cahier de registre de la cabine des appels de participant·e·s à des programmes en direct, nous pouvons en recenser provenant de 6 États, 168 municipes et 1,541 communautés, éparpillées entre les vallées et les sommets des crêtes montagneuses.

6Bien que le concept de « communauté » en sciences sociales soit polysémique et parfois jugé élusif, voire rendu caduque par son omniprésence dans des contextes pourtant différents (Åsedotter Strønen 2021 : 2), nous utiliserons cet adjectif car le concept de comunidad est récurrent sur ce terrain. Il semblerait que pour cette radio, le terme de communauté désigne, d’une part, les habitant·es d’une région délimitée géographiquement (Huayacocotla et les villages alentour) mais aussi, d’autre part, les migrant·e·s de cette région implantés aux États-Unis (notamment à New-York et à Washington). La notion de communauté peut être abordée, dans ce cas, sous le prisme d’un groupe social imaginé : celui des auditeur·ice·s de la radio qui partageraient la même culture autochtone et qui n’aurait cette fois pas d’échelle territoriale définie.

7Les différentes définitions évoquées soulignent le fait que des radios comme Radio Huaya sont émettrices et protectrices de cultures populaires, en particulier indiennes, invisibilisées durant des siècles et qu’avant tout elles se distinguent des médias de masse, auxquels elles revendiquent être une alternative. La première partie de cet article exposera donc, de manière non exhaustive, le contexte d'hégémonie médiatique et de monopole de production des normes culturelles, hors duquel les communautés autochtones organisent leur propre réseau de communication (Cornejo Portugal 2010).

8En outre, bien que la multiplicité des définitions de la radio communautaire puisse paraître au premier abord un obstacle à la clarté de ses objectifs et de ses projets, nous pouvons considérer, au contraire, que ce flou sémantique lui permet d’agir comme un catalyseur de cohésion sociale auprès d’une audience si diversifiée. C’est sans doute cela qui permet à chaque audience qui se sent marginalisée et racisée de s’identifier et de s’approprier ce média. Dans le sillage de l'anthropologie de la voix de David le Breton (2011), le deuxième temps de cet article sera l’occasion de décrire un des processus d’identification de l’audience autochtone aux animateur·ices autochtones : s’identifier à une conception vocale de la couleur de la peau.

La tendance actuelle des études de médias ethniques

9Ces dernières décennies, les indigenous media studies ou études des médias ethniques se sont pratiquement établies comme une sous-discipline autonome en anthropologie (Vapnarsky : 2020) et les analyses sur la décolonisation des médias se sont multipliées (Ginsburg : 1994). Toutefois, bien que la littérature scientifique à propos de l’activisme digital (indigitalisation) connaisse un essor considérable en Océanie, au Canada et aux États-Unis (Vapnarsky : 2020), peu d’auteur·es se sont penché·es sur ce phénomène social au sud du Río Grande. En effet, en Amérique latine, les études sur ce thème se spécialisent majoritairement dans l’ethnomusicologie (Seeger : 1996).

10En sciences sociales, la recherche sur le journalisme autochtone est un domaine en plein « bourgeonnement » (Niamh Ni Bhroin : 2021). Toutefois, bien que de nombreuses études aient été réalisées ces dernières années sur le sujet (Cardús i Font : 2014, Villagrán Muñoz : 2016, Camargo : 2021) il semblerait que l’analyse de cette expérience étudiée depuis la perspective de l’audience elle-même reste à explorer. Comme le souligne Ramos Rodriguez (2016 : 155) les analyses des médias catégorisés comme marginaux sont souvent limitées à des concepts tels que « la voix des sans voix » ou à une une communication en relation avec divers formes émergentes, dans les limites de l’alternatif, du communautaire ou des médias de communications urbains (Rodriguez, 2005 : 86).

11Dans le même temps, ces mêmes personnes « sans voix » à qui la radio donne la parole sont très peu lues et représentées dans les recherches académiques à son propos. Cet article n’échappe pas à cette critique car, par souci de concision et de longueur, il ne pourra pas présenter les entretiens réalisés avec les auditeur·ices sur le terrain. L’absence de la perspective de l’audience reste donc une limite de cet article dans la compréhension du sens que celle-ci donne à cette pratique radiophonique.

12Néanmoins, d’un point de vue méthodologique et épistémologique, la rédaction de cet article tentera de ne pas tomber dans l'écueil propre au champ de recherche anthropologique sur les médias ethniques, qui consiste à regrouper les médias autochtones comme s’ils avaient un même et unique style de production médiatique, ignorant ainsi le fait selon lequel « la production de médias de communication autochtone est aussi variée que la vie autochtone elle-même » (Ginsburg, 1994 : 266).

Le contexte d'hégémonie médiatique hispanophone

13Au Mexique, la propriété des moyens de communication est hautement oligopolistique, c’est-à-dire gérée par un groupe de petite taille qui domine un marché sur lequel il ne rencontre pas de réelle concurrence. De plus, il n'y a pas de réglementation transparente de leurs activités (Cornejo Portugal, 2010). Dans ce contexte, la domination des médias de masse, fait de l’ombre à l'extraordinaire complexité et diversité autour de l'univers médiatique des minorités ethniques.

  • 3 Comisión Nacional para el Desarrollo de los Pueblos Indígenas.

14Dans le cas du Mexique, à partir des années 1970, le gouvernement a favorisé l’essor des radios dites « indigénistes », c’est-à-dire légales et impulsées par le mouvement indigéniste sous la pression de la société civile et la montée en puissance de la notion de patrimoine et de la revalorisation des savoirs autochtones (Castells-Talens 2011). Depuis lors, différents types de radios sont répertoriées sur le territoire mexicain (mis en évidence sur la carte 1 ci-dessous, créée par l'association Cultural Survival en 2018) : les radios « autochtones » (souvent locutrices d’une ou de langues autochtones, avec ou sans permis) ; les radios « communautaires » (à usage social, avec ou sans permis) ; et les radios « indigénistes » (soutenues par l’organe étatique de la CDI3). La spécificité de la Radio Huaya est d’être une radio autochtone, indépendante des politiques indigénistes mexicaines, lesquelles, selon Christian Gros (2001) et bien d’autres auteur·es, promeuvent « activement l’assimilation des populations indigènes, et donc favorisent la dissolution des liens communautaires, l’abandon des langues indigènes, la fin des identités particulières. » (Gros 2001 : 7).

Carte 1 : « Situación de la radiodifusión indígena en México », Cultural Survival, 2018, p. 31

Carte 1 : « Situación de la radiodifusión indígena en México », Cultural Survival, 2018, p. 31
  • 4 Pauvreté, manque d’accès à de nombreux services et infrastructures professionnelles, médicales, édu (...)

15Cultural Survival liste soixante-neuf radios autochtones sur le territoire national en 2018. Mais seulement neuf d’entre elles ont obtenu un permis de diffusion. Cette parcimonie s’expliquerait par la crainte de voir le monopole étatique d’information et de production de normes culturelles par l’Etat mexicain menacé (Cornejo Portugal, 2010), et favoriserait ainsi la rhétorique du nationalisme mexicain, perpétuée par Manuel Lopez Obrabor, président depuis 2018. Ce qui, selon la linguiste et activiste ayuujk Yasnaya Elena Aguilar Gil viserait à faire durer le mythe d’un Mexique unifié, hispanophone et justifierait ainsi « la violence raciste à l’encontre des peuples indigènes » (Aguilar Gil, 2018 : 14) dans tous les aspects de leur quotidien4 et irait jusqu’à « la négation de l’existence même des cultures autochtones. »

16Parmi la minorité des radios légalisées figure Radio Huaya qui obtient son permis de diffusion en 2005, après quarante ans de lutte pour faire reconnaître son droit à une « concession de transmission à usage social ». Créée illégalement en 1965 en tant que radio-école d’affiliation jésuite sur ondes-courtes pour pallier l'analphabétisme des adultes de cette région rurale, elle est aujourd’hui écoutée par plus de 600 000 personnes au niveau régional et également écoutée aux États-Unis.

17La rhétorique de la Radio Huaya, et d’autres radios communautaires et/ou autochtones (comme Radio Tsinaka (Puebla), Radio Teocelo (Veracruz) , la Radio Jënpoj (Oaxaca), Radio Ach’ Lequil C’op (Chiapas), ou Radio Nanhdiá (Oaxaca) consiste à dénoncer la violence de la représentation qu’imposent les médias mercantiles aux minorités ethniques. Cette violence de la représentation consiste à imposer à des individus stigmatisés, racisés ou marginalisés, qui n’ont pas de visibilité médiatique sur la scène publique, une définition de leur identité. Ces narrations sont généralement construites par la société hégémonique, ici identifiée dans les imaginaires des communautés paysannes de la Sierra de la Huasteca comme les Blancs et les Hispanophones.

18Autrement dit, imposer à des minorités une narration, souvent exotisante et essentialisante, de ce qu’elles sont, revient à leur confisquer la liberté de s’auto-définir, et par conséquent, à nier leur agentivité. C’est dans ce contexte de « mauvaise représentation » ou « sur-stigmatisation » que les dites minorités se tournent vers des médias alternatifs qui semblent mieux répondre à leur besoin d’information et d’auto-représentation (Rigoni 2010). Afin de résister à cette violence et de dépasser les imaginaires des stéréotypes sur les autochtones—souvent représentés dans les médias hégémoniques comme transmetteurs naturels de prétendues essences culturelles— ces audiences participent à l’élaboration de narrations appelées dans l’équipe de la Radio Huaya ou dans certaines études (Orobitg 2020) des « narrations contre-hégémoniques » qui ne les figent pas comme telles. Ce projet médiatique et narratif rencontre toutefois de nombreux obstacles nécessaires au changement de paradigme dans les mentalités puisque nous verrons que sur cette antenne il arrive parfois que des stéréotypes sur les autochtones soient reproduits par ces minorités elles-mêmes.

  • 5 La mémoire de la criminalisation de la Radio Huaya, censurée en 1994 par la force du gouvernement, (...)

19Historiquement, dans le cas de Radio Huaya, l’élan et l’ambition de vouloir propager des narrations contre hégémoniques commence à partir des années 1970-1980, à une époque où au Mexique, des centaines de radios indépendantes sont déclarées illégales par des gouvernements qui considèrent leur monopole de l’information menacé5. Ces radios pirates s’étaient alors organisées à la suite du mouvement radiophonique rural lancé dans le Veracruz par la Radio Huaya et sa « jumelle historique » Radio Teocelo (centre de l’État du Veracruz).

Ethnographie de la station du Tepoztlanonotzaloli, « le fer qui s’écoute » en nahuatl6

Approche méthodologique : la double posture d’animatrice radio et d’étudiante-chercheuse

20En 2022 j’ai réalisé une enquête de terrain durant trois mois, dans la bourgade de Huayacocotla et sa station radio éponyme. Afin de réaliser une monographie sur cette station, mon enquête consistait dans un premier temps à écouter les programmes en direct, pendant plus d’un an, depuis la France. Mon écoute quotidienne, les enregistrements audio et retranscriptions que j’en faisais m’ont permis de me familiariser avec les voix des locuteur·ice·s. Mon imaginaire dessinait les contours imprécis des corps de l’équipe que je m’apprêtais à rencontrer.

21Or, une fois arrivée sur mon terrain je fus surprise, premièrement par les « empreintes du visage qui prolongent l’empreinte vocale, chacune dans leur unicité », comme l’écrit David le Breton dans son anthropologie de la voix (2011) ; et deuxièmement, par la proposition des membres de l’équipe de m’ouvrir l’espace sonore afin que je sois animatrice tous les soirs du programme nocturne Nos agarró la noche.

  • 7 Expression qui désigne une personne à la peau claire et/ou blonde.

22Cette participation en tant qu’animatrice radio m’a été d’une grande aide pour faciliter mon enquête. Faute de pouvoir me déplacer sans l’équipe hors de Huayacocotla pour aller à la rencontre de l’audience, cette participation m’a permis de lui poser des questions en direct, depuis le micro de la cabine. J’ai alors mis à profit ma position d’animatrice radio pour réaliser des sondages et récolter des données exprimées—soit par appel en direct—soit par messages privés sur le numéro WhatsApp de la station. Dans la station, cela m’a permis d’apprendre les techniques du travail réalisé par l’équipe. En dehors de Huaya, à inspirer confiance aux inconnu·e·s afin de réaliser des entretiens, pour faire du montage de voix destiné à un programme ou pour ma recherche universitaire. Très vite, j’ai été reconnue par ma voix et les personnes avec qui je voulais discuter avaient l’impression de m’avoir déjà rencontrée. Je n’étais plus identifiée comme étrangère, comme güera7 et étudiante d’un domaine qui éveillait souvent chez mes interlocuteur·ices, soit de la curiosité, soit du scepticisme.

23Je fus donc chaleureusement et rapidement intégrée en tant qu’animatrice radio à l’équipe polyglotte et multiculturelle de La Voz Campesina, composée pendant la durée de mon terrain, de sept locuteur·ices hispanophones et de sept locuteur·ices parlant des langues autochtones :

  • quatre locutrices otomí/espagnol

  • une locutrice nahuatl/espagnol

  • un locuteur nahuat/espagnol

  • et un locuteur tepehua/espagnol

24La vingtaine des entretiens réalisés dans les communautés avec l’audience étaient spontanés, au fil des discussions sur ce qu’i·elle·s voulaient bien partager avec moi, ou bien dans le cadre de l’enregistrement d’émissions radio qui rediffusent les « voix paysannes ». Quant aux entretiens semi-dirigés avec les animateur·ice·s de la station, ils ont été enregistrés, à leur demande, dans les salles d’enregistrement insonorisées.

Le contexte ethno-linguistique de la Huasteca

  • 8 « Huayacocotla » vient des termes nahuas Huey (grand) ; Coautli ou Coawitl (arbre) et Tla, est la p (...)

25La radio Huayacocotla est située dans la bourgade de Huayacocotla8 dans l’État du Veracruz au Mexique. C’est le point culminant des reliefs environnants de la Sierra Madre Orientale. L’antenne de la station radiophonique, signifiée par une toilé rouge sur la vue satellite ci-dessous, qui met en évidence l’étendue des reliefs abruptes de cette crête montagneuse qui séparent les communautés les unes des autres, émet depuis Huayacocotla, à 2 316 m d’altitude.

Carte 2. Vue satellite de Huayacocotla, carte consultée sur Google Earth en juin 2022.

Carte 2. Vue satellite de Huayacocotla, carte consultée sur Google Earth en juin 2022.
  • 9 64% de ses auditeur·ices possèdent un téléphone portable mais seulement 19% ont accès à Internet av (...)

26Cette localisation implique deux facteurs à prendre en compte pour comprendre le rôle social central que ce média occupe dans le quotidien des habitant·es. Premièrement elle est située en altitude, dans l’espace enclavé de la Sierra, dépourvu des infrastructures nécessaires au déplacement fluide des populations, où le réseau téléphonique fonctionne rarement, et dans une zone agricole du Mexique ou peu d’habitant·es possèdent un téléphone portable9. Elle est un relais d’informations dans une région montagneuse où il est difficile de se déplacer physiquement et par conséquent de communiquer par la « parole immédiate » (en face à face).

27Un dicton local dit « La radio est comme un corps avec deux jambes. Elle a un pied dans la radio et un pied dans la Sierra. » Autrement dit, grâce à la capacité des ondes de s’affranchir des frontières et des obstacles physiques, la radio est partout. Ce don d’ubiquité lui permet d’être présente simultanément dans plusieurs communautés éloignées les unes des autres (jusqu’aux États-Unis). Lui incombe donc la responsabilité de resserrer le tissu social des habitant·es dont les corps sont séparés par la migration économique vers les États-Unis, ou entravés par les obstacles montagneux du Veracruz.

28Deuxièmement, elle est située dans une zone de méga-diversité ethnique et linguistique, comme nous pouvons le remarquer dans l’Atlas de los pueblos indígenas de México publié par l’Institut National des Peuples Indigènes (carte 3 ci-dessous).

Carte 3. Atlas de los pueblos indígenas de México « Distribution géographique des peuples indigènes avec la présence la plus notoire dans l’entité ».

Carte 3. Atlas de los pueblos indígenas de México « Distribution géographique des peuples indigènes avec la présence la plus notoire dans l’entité ».

INPI. Instituto Nacional de los Pueblos Indígenas / INALI, 2020.

29Comme nous pouvons le remarquer, dans la région de la Sierra Madre Orientale qui nous intéresse (là où est placée la loupe), les populations recensées selon la catégorie « indigènes » sont majoritairement Nahuas (représentés en plus grand nombre, le violet étant la couleur prédominante), Otomís (en rouge, présents surtout autour de la radio), Tepehuas (minoritaires, ces populations constituent de plus petits regroupement en vert clair) et plus loin de la radio, au nord-est, les Huastecos ou Teenek (en orange).

30Nous pouvons utiliser cette carte pour constater qu’à l’intérieur des limites administratives et politiques qui constituent les frontières de la Huasteca du Veracruz—cette « mosaïque multiculturelle » (Valle 2012 : 17) complexe considérée comme « la région indigène la plus mal étudiée du Mexique » (Valle 2012 : 15)—c’est à la pointe nord-ouest de la Sierra, à la lisière de l'État d’Hidalgo, où se trouve précisément Huayacocotla, que se trouve la population autochtone la plus hétéroclite et la plus visible. Par ailleurs, l’Académie veracruzaine des langues indigènes recense douze langues autochtones au Veracruz, et trois variantes réparties sur son territoire (AVELI : 2010). Toutes verraient leur usage en déclin, due à leur substitution historique par le castillan, un processus de domination linguistique hérité de la colonisation depuis la conquête du Mexique au XVIe siècle.

  • 10 Le Ñühü est une des neuf variantes de l’Otomí qui existent. Compte tenu de sa situation géographiqu (...)

31Dans ce contexte linguicide Radio Huaya prend le parti de diffuser dans les langues autochtones les plus parlées dans ses environs : en Otomí (et dans une de ses variantes linguistiques, le Ñühü10), en Tepehua, en Náhuatl (et dans une de ses variantes linguistiques, le Nahuat de la Sierra Norte de Puebla) et en Espagnol.

32Mais que signifie diffuser en ces langues autochtones dans un espace sonore dominé par l’espagnol, la langue hégémonique du pays ? Depuis 57 ans le jingle d’ouverture de chaque émission chante : La Voz Campesina, la voz que no se calla, y lucha, « La voix paysanne, la voix qui ne se tait pas et lutte ». Cette « résistance » au déclin des langues autochtones est incarnée sur cette antenne par les locuteur·ices autochtones cité·es plus tôt, lesquel·les reconnaissent « parler en étant certain.es d’être entendu·es, mais jamais sûrs d’être compris·es » La radiodiffusion des langues préserve-t-elle du déclin linguistique et culturel pour ces acteur·ices ?

  • 11 Une langue en danger : système linguistique menacé de disparition, dans un contexte sociopolitique (...)
  • 12 voir Graphique « Évolution du nombre de locuteurs de langues indigènes au Mexique » réalisé par Vir (...)

33Entre 1930 et 2010 le pourcentage de locuteur·ices de LED11 dans la population totale mexicaine a chuté de 17 % à 6,5 % (INEGI, 2011)12. Les données plus récentes de l’INEGI (2020) montrent que cette tendance poursuit sa course jusqu’en 2020.

34L’usage quotidien de ces langues se perd progressivement car leurs fonctions sont restreintes aux contextes informels, à « la vie familiale par exemple », comme le précise la linguiste Karla Janiré Avilés González (2015), à propos du Nahuatl. Pour cela, Radio Huaya se revendique en « résistance » contre l’oubli des langues Otomí, Nahuatl et Tepehua, en voie de disparition car souvent parlées uniquement dans le cercle domestique cloisonné.

35Ces langues sont parlées par des communautés ethnolinguistiques hétéroclites. Dès lors, comment la radio peut-elle s’adresser à des communautés si éloignées les unes des autres, géographiquement et culturellement, comme s’il s’agissait d’un corps homogène ? Quels sont les processus d’identification qui favorisent le sentiment d’appartenance de différents groupes à une même « communauté radiophonique » ?

  • 13 Appelé métaphoriquement le « langage du cœur » [palabra del corazón].

36Nous pourrions évoquer différents processus d'identification : à des valeurs morales véhiculées par la radio jésuite, à un groupe linguistique, à une communauté géographique, à une communication communautaire caractérisée par l’expression publique des émotions13. Mais tentons ici de tendre une « oreille ethnographique » —pour reprendre l’expression utilisée par James Clifford (1986)— afin de décrire l’identification de l’audience autochtone à une voix ethnique, une voix qui aurait une couleur de peau.

« La voix a une couleur de peau », processus d’identification des minorités ethniques aux animateur·ices autochtones

37Nous avons évoqué plus tôt que la radio a la capacité de faire voyager les voix des habitant·es de la Sierra dans la montagne, sans se soucier des obstacles physiques, en les dématérialisant sur les ondes. Nous pourrions aller jusqu’à considérer la communauté radiophonique en question de « communauté d’âme » ou de « communauté de voix » (Pitarch in Gemma Orobitg, 2020). Comme le fait Pedro Pitarch, à propos d’une radio autochtone du Chiapas, en considérant que les membres d’une communauté réunis autour de la radio communautaire, sont uni·es virtuellement par « la parole ». I·elles ne se verront peut-être pas mais sont présent·es vocalement. Et cette présence auditive possèderait des fonctionnalités sensorielles très valorisées d'un point de vue autochtone car elle signifierait « une relation d’intimité, une proximité de nature morale et imaginative distincte de la cohabitation quotidienne » (Pitarch in Orobitg, 2020 : 69). Cet auteur propose donc de penser chaque radio autochtone, non seulement comme un moyen technique de communiquer avec une audience, mais aussi et surtout comme une société dans laquelle ses membres coexistent dès qu’i·elles se « présentent » verbalement.

38Mais dans notre cas, cette conception uniquement dématérialisée de ce que représente la voix, en tant que présence sociale serait réductrice. Car les voix ne sont pas toujours désincarnées.

39La radio communautaire, loin d’être seulement un échange immatériel de voix entre un émetteur et un récepteur, met en jeu les corps. Et dans la Sierra les corps peuvent être identifiés entre habitant·es par leur couleur de peau. Les personnes se définissant comme autochtones (indígenas) étant souvent identifiées comme ayant la peau plus foncée (morena) que les personnes mestizas (métisses). C’est ainsi qu’au cours d’une discussion avec une des locutrice ñühü, originaire de la communauté otomíe de San Esteban (municipe de Huehuetla, État d’Hidalgo) cette dernière m’expliqua que, selon elle, « La voix a une couleur de peau ».

Voix et statut socio-économique

40Un jour de juin 2022, pendant que je travaillais à mon bureau au montage sonore de la prochaine émission, je demandais à deux des animateurs qui s’occupaient du programme Milpa musical qui allait être l’invité·e qui entrerait à l’antenne avec Tindi, la locutrice otomíe qui anime ce programme depuis des années. Un d’eux me répondit :

« En tout cas ce ne serait pas Elsa, elle est bien trop “fresa”, et ça s’entend. La Milpa musical c’est un programme pour les vrais paysans qui sont pliés vers le sol, les mains dans la terre. Ils ne vont pas comprendre s’ils entendent une voix de blanche, une voix de riche ».

  • 14 Fresa désigne dans l’argot d’Amérique latine quelqu’un·e qui appartient à une classe privilégiée, s (...)

41Elsa est une des volontaires en service social de l’université privée de la IberoAmericana. Elle vient de Puebla et a fait son échange étudiant en Suisse. Elle a la peau très claire et les yeux bleus et est par conséquent surnommée par certain·nes habitant·es de Huayacocotla la gringa lorsqu'on la croise au marché par exemple, ou encore « la française » à ma place. Sa voix est jugée trop fresa14, « snob » pour s'adresser au public de cette émission qui est majoritairement rural et otomí. Selon les deux animateurs en question, elle pourrait parler à cette audience pour lui transmettre des informations, mais sa voix ne pourrait pas « leur arriver au cœur ». Autrement dit, les paysan·nes ne pourront pas s’identifier à elle.

42Cette représentation du caractère audible d’un statut social et d’une couleur de peau dans la voix correspond aux conclusions des principales enquêtes de sciences sociales sur la voix. Ainsi, « Le partage des voix implique des hiérarchies, des statuts différenciés selon la position des individus dans la trame sociale » (Le Breton : 35).

43Les étudiant·es de la Ibero comme Elsa sont surnommé·es par les locuteur·ices des langues indiennes whitexicans, un néologisme qui désigne les « mexicain·es blanc·hes » inconscient·es de leurs privilèges sociaux et économiques, devenu une expression péjorative et populaire sur twitter en 2010 comme me l’explique un des volontaires. Pour ma part, en tant « qu’autre », étrangère et nouvelle arrivante, en tant que güera ma voix était identifiée à la peau blanche et certains programmes axés sur la culture rurale et autochtone ne m'invitent pas à y entrer, puisque réservé aux personnes concernées.

Parler une langue autochtone à la radio : être autochtone ?

44Quelques semaines après la discussion sur la voix fresona trop blanche et trop snob d’Elsa, une discussion sur le statut de présentatrice « autochtone » avec une autre locutrice otomíe, fit échos à l’incarnation d’une couleur de peau à travers la voix. Nous discutions des discriminations linguistiques des hispanophones à l’égard des locuteur.ices de langues autochtones, et celle-ci me racontait que « certain·es métisses (hispanophones) se sentent orillados, rejetté·es, exclu·es des conversations en langues qu’i·elles ne pouvaient pas comprendre. I·elles ne comprennent pas pourquoi une radio parle dans ces langues là, sur une fréquence modulée en FM. I·elles se sentent victimes de discrimination et ont l’impression que, comme i·elles ne comprenent pas ce que nous disons, ça signifie que nous disons du mal à leur sujet. »

45Elle me raconta ensuite comment se déroulait son expérience en tant que locutrice d’une langue autochtone, ayant dû quitter sa communauté otomíe afin de venir vivre à Huayacocotla—une ville dite « métisse », c’est-à-dire non indígena—pour travailler à « être une otomíe ». Je lui ai donc demandé si, étant donné qu’elle était identifiée au sein de l’équipe sous l'étiquette de « locutrice otomíe », elle considérait que la relation entre la langue maternelle et l’identité culturelle était très forte. En guise de réponse, Valentina passa sa main dans son cou, baissa le col du polo réservé au personnel de la Voz campesina et me dévoila le tatouage que l’on voit sur la photo 1 ci-dessous.

Photo 1. Tatouage de Valentina, une des locutrices otomíe.

Photo 1. Tatouage de Valentina, une des locutrices otomíe.

« Di ñuhü xi di hñuhü signifie "Je suis une locutrice du Ñühü" et non “Je SUIS ñuhü ”- dit-elle en insistant sur la distinction des mots. Il faut le lire avec la bonne intonation. (...) Je me considère comme une locutrice mais je ne suis pas dans sa totalité "une ñuhü". »

46Valentina poursuit, la main posée sur son tatouage :

« Si je dis que je ne me considère pas dans sa totalité une ñuhü c’est parce que, je pense que le simple fait qu’ils t’arrachent de ta communauté depuis toute petite ne te permet pas de bien connaître tout ce qu'ils y font. Maintenant quand j'arrive dans ma communauté, personne ne me reconnaît. Donc moi je dis "je suis une locutrice" parce que je pense que le simple fait de parler sa langue maternelle ne signifie pas que tu sois indigène ou que tu “fasses partie de”. Moi, si tu me demandes " Est-ce que tu te considères comme une ñuhü, disons à 100 % ? ". Alors non. Nous [les locutrices otomíes de la radio] te dirons, à 50 %. Je parle la langue. »

47Valentina va ici à contre-courant des discours majoritairement tenus sur cette antenne par les autres locuteur·ices autochtones, lesquel.les revendiquent que la radio est autochtone parce qu'elle parle « les langues ». Pour saisir cette notion floue, ce curseur identitaire mouvant qu’est l’indigénéité, elle tente de le quantifier en pourcentage. Ou encore de le matérialiser et de « l’encrer » au sens propre du terme, sur sa peau, avec ses tatouages.

  • 15 Micua en otomí.
  • 16 Non traditionnels.

« Je crois que le tatouage je me le suis fait pour ne pas perdre mon identité. Parce que, regardes, la dernière fois nous sommes allé·es enregistrer une coutume à El Pericón15 (communauté otomíe) et je portais mes lunettes et mes vêtements que je porte ici16. Et je ne comprenais pas pourquoi mais les gens n'arrêtaient pas de me fixer. J'avais mon magnétophone et je dansais, normal. Mais les gens continuaient à me regarder et à chuchoter. Et le lendemain une guérisseuse [badi] est venue s'asseoir à côté de moi parce que j'enregistrais pour le programme du soir. Elle me demande qui je suis. Je la salue en ñühü, normal. Et elle me dit :

– Tu parles Ñühü toi ? Ils disaient qu'hier, dans la coutume, il y avait une personne—une fille— et ils ne savaient pas qui elle était. "Sa peau est un peu plus claire que celle des gens de la communauté", disaient-ils. Non, tu ne parles pas Ñühü toi.
– Orale ! "Mais si je parle Ñühü ! " j’ai dit.

Je pense que c'est pour ça que les gens me disent souvent “tu n'es pas ñühü", “tu ne nous ressembles pas”. On pensait en écoutant ta voix que tu aurais la couleur qu’on imagine de « l’otomíe de la 105.FM », pas que tu étais si blanche”. »

Déconstruction des stéréotypes à propos des minorités ethniques dans leurs médias

48Comme le déplore Valentina, elle ne correspond pas visuellement au stéréotype de « l’animatrice autochtone » auquel s’attend une partie de l’audience.

49La radio communautaire dénonce le fait que les médias traditionnels commerciaux reproduisent des stéréotypes négatifs et exotiques à propos des personnes autochtones et ainsi réduisent et figent ce que devrait être une personne autochtone (avoir la peau foncée et s’habiller avec des habits traditionnels par exemple). Et en addition à l’effort fourni de déconstruire les narrations hégémoniques des médias de masse, la radio communautaire doit être vigilante à ce que les stéréotypes véhiculés dans ces derniers ne soient pas intégrées et reproduits lorsque ces minorités ont l’occasion de s’auto définir elles-même au micro sur fréquence libre.

50C’est pour éviter cet écueil et pour être la plus inclusive possible auprès d’une audience très diversifiée ethniquement et linguistiquement que la radio prend le parti d’adopter un logo comme celui visible sur l’image 2 ci-dessous :

Photo 2 : logo dessiné en l’honneur de l’anniversaire des 50 ans de la Voz campesina. Collé sur le mur de l'accueil. Déclinaison des symboles récurrents des vagues de la parole et du maïs.

Photo 2 : logo dessiné en l’honneur de l’anniversaire des 50 ans de la Voz campesina. Collé sur le mur de l'accueil. Déclinaison des symboles récurrents des vagues de la parole et du maïs.

51Le spectre des nuances de couleurs de peau sous-entend la diversité des cultures à laquelle la radio veut s’adresser. C’est avant tout une radio paysanne. Le message symbolique véhiculé par ce logo est que la culture de la communauté paysanne, qu’elle soit autochtone ou métisse, n'importe pas. Comme le dicton le rappelle La voz campesina a « Un pied dans la radio, un pied dans la Sierra et une seule et même voix ». Et c’est cette unique voix qui réunit les différentes communautés, en une seule communauté, et veut fonctionner comme un « moteur de cohésion social » (Rodriguez 2005 : 3 ).

Conclusion

52Cette cohésion sociale communautaire et la construction des narrations contre hégémoniques peuvent-elle être des outils effectifs pour infléchir la tendance d’extinction des langues autochtones ? Lorsque l’on compte le pourcentage du temps de parole des langues autochtones parlées sur une journée, le résultat est d’environ 13 % sur 16 heures de transmission. Les locutrices otomíes s’en inquiètent auprès du directeur : « Nous sommes en train de devenir de plus en plus une radio espagnole » lui reprochent-elles lors d’une réunion. Dès lors, nous pouvons nous demander, pourquoi continuer à radiodiffuser dans ces langues si cela n’impacte pas le déclin de leur usage ?

53S’il est difficile d’affirmer que la radio peut sauver ces langues en voie de disparition, constatons tout de même qu’elle légitime leur place dans l’espace public. Et ce faisant, la radio permet leur revalorisation et réactive les « répertoires culturels » des minorités concernées. Ainsi la radio autochtone peut être considérée comme un ensemble de réactions discursives au « conflit glottopolitique » c’est-à-dire d’une « action [conflictuelle] de la société sur le langage » (Guespin, 1984 : 13 in Avilés González, 2015 : 2).

54En effet, nous pouvons constater que leur utilisation dans l’espace public relève d’une « posture politique, sans pour autant être une radio politique », comme le conseil de Guide pratique pour animateur·ices populaire rédigé par l’association Boca de polen offert à la Radio Huayacocotla (2019 : 6).

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Notes

1 Radios qui transmettent dans l’espace public à l’aide d’enceintes puissantes, souvent placées sur des toits de voitures déambulantes.

2 La Radio Huaya est définie par son équipe comme une radio indígena en espagnol. Cependant, si nous considérons que le propre de la catégorie « d’indigène » étant d’être issue de la frontière coloniale, alors son usage en français renvoie les protagonistes à une catégorie naturalisante, les figeant comme sujets d’empires coloniaux. Par conséquent, afin de ne pas véhiculer cette catégorie sociale qui, en français, fait écho à un sujet colonial dépourvu de souveraineté (Bellier, 2013) nous traduisons dans cet article le terme indígena par « autochtone ».

3 Comisión Nacional para el Desarrollo de los Pueblos Indígenas.

4 Pauvreté, manque d’accès à de nombreux services et infrastructures professionnelles, médicales, éducatives.

5 La mémoire de la criminalisation de la Radio Huaya, censurée en 1994 par la force du gouvernement, est toujours vive. Elle était alors fermée par l’armée sous prétexte qu’elle transmet sur ses ondes des « messages codés » en langues autochtones.

6 Expression nahuatl pour désigner la radio, utilisée pour désigner la Voz campesina par les animateur·ices nahua en direct.

7 Expression qui désigne une personne à la peau claire et/ou blonde.

8 « Huayacocotla » vient des termes nahuas Huey (grand) ; Coautli ou Coawitl (arbre) et Tla, est la particule « abondance ». C’est donc le « lieu des grands arbres », en référence à une espèce de pin qui abonde dans la région (représenté sur le logo de la radio comme le tronc de l’antenne de transmission).

9 64% de ses auditeur·ices possèdent un téléphone portable mais seulement 19% ont accès à Internet avec celui-ci. Depuis leur domicile, 85% des enquêté·es n’ont pas accès à Internet depuis leur téléphone. Et seulement 7% utilisent leur téléphone pour écouter la radio. Cela signifie que le téléphone portable n’est pas l’outil le plus accessible ni le plus pratique dans ces communautés rurales, contrairement au poste de radio de type stéréo à piles, utilisé par 62% des auditeur·ices et facilement transportable au marché ou dans les champs.

10 Le Ñühü est une des neuf variantes de l’Otomí qui existent. Compte tenu de sa situation géographique dans la Sierra, celui qui est parlé à la radio est appelé « otomí de la Sierra » ou « ñuju/ñoju/ yühu ».

11 Une langue en danger : système linguistique menacé de disparition, dans un contexte sociopolitique spécifique qui peut présenter divers niveaux d'attrition, d’obsolescence ou de substitution linguistique (González, 2015 : 28 et Rangel, 2017 : 107 ).

12 voir Graphique « Évolution du nombre de locuteurs de langues indigènes au Mexique » réalisé par Virginie Brun d’après les données de l’INEGI, 2011.

13 Appelé métaphoriquement le « langage du cœur » [palabra del corazón].

14 Fresa désigne dans l’argot d’Amérique latine quelqu’un·e qui appartient à une classe privilégiée, snob, qui a généralement de l’argent et qui ne se risque pas à enfreindre les normes et les lois et à des goûts et des idéologies conservateurs. C’est un terme dépréciatif et par conséquent l’équipe lui a caché la vraie raison du rejet de sa participation au programme.

15 Micua en otomí.

16 Non traditionnels.

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Table des illustrations

Titre Carte 1 : « Situación de la radiodifusión indígena en México », Cultural Survival, 2018, p. 31
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4019/img-1.png
Fichier image/png, 363k
Titre Carte 2. Vue satellite de Huayacocotla, carte consultée sur Google Earth en juin 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4019/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 344k
Titre Carte 3. Atlas de los pueblos indígenas de México « Distribution géographique des peuples indigènes avec la présence la plus notoire dans l’entité ».
Crédits INPI. Instituto Nacional de los Pueblos Indígenas / INALI, 2020.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4019/img-3.png
Fichier image/png, 720k
Titre Photo 1. Tatouage de Valentina, une des locutrices otomíe.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4019/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 344k
Titre Photo 2 : logo dessiné en l’honneur de l’anniversaire des 50 ans de la Voz campesina. Collé sur le mur de l'accueil. Déclinaison des symboles récurrents des vagues de la parole et du maïs.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/4019/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 111k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Diane di Sciullo, « Une radio, quatre langues. Ethnographie d’une radio communautaire en contexte de domination linguistique à Huayacocotla, Veracruz, Mexique »RadioMorphoses [En ligne], 11 | 2024, mis en ligne le 20 mars 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/4019 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/radiomorphoses.4019

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Auteur

Diane di Sciullo

Ancienne étudiante en M2 à l’EHESS en 2023, Master en Sciences Humaines et Sociales (mention Anthropologie, spécialité Ethnologie, Anthropologie sociale.) Mémoire intitulé “Un pied dans la radio, un pied dans la Sierra” Ethnographie d’une radio communautaire à Huayacocotla, Veracruz, dirigé par : Anath Ariel de Vidas (laboratoire “Mondes Américains”).
diane.disc[at]gmail.com

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Droits d’auteur

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