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HomeNuméros11Sur les traces de Radio Donna : u...

Abstracts

Radio Donna is an autonomous feminist space founded within the free radio station Radio Città Futura in Rome in 1976. Initially, this radio was conceived as a space for feminist counter-information, but very quickly Radio Donna established itself as a space for exchange, meeting and political organization. By breaking with the traditional unidirectionality of the broadcast media, Radio Donna gave a voice to its listeners, giving them an unprecedented freedom of speech and the opportunity to organize themselves autonomously. On 9 January 1979, this autonomous space was attacked by an armed far-right commando who broke into the studios of Radio Città Futura during the transmission of Radio Donna and in particular the casalinghe’s collective, thereby interweaving the history of the feminist movement with the history of terrorism.

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Introduction

  • 1 « I Nar assaltano Radio Città Futura, Roma (1979) », vidéo de la chaîne YouTube Anni 70 a Colori mi (...)

1Le mardi 9 janvier 1979 à 10h15 du matin, l’émission Radio Donna diffusée sur Radio Città Futura à Rome est brutalement interrompue par une attaque terroriste. Le groupe armé d’extrême droite NAR (Noyaux Armés Révolutionnaires) s’est introduit dans les studios et blesse en plein direct les cinq animatrices présentes sur place - Nunni, Anna, Gabriella, Rosetta et Linda. Cette attaque suscite une grande émotion du côté du champ social qui organise dès le lendemain des manifestations contre l’extrême-droite1. Un doute persiste sur l’intentionnalité de l’attaque : est-ce que le commando d’extrême-droite visait spécifiquement les féministes ou est-ce que leur présence n’avait pas été prévue par les assaillants ? Difficile de trancher cette question qui a contribué à diviser d’avantage le mouvement féministe et l’extrême-gauche extraparlementaire.

  • 2 Dans l’historiographie de l’Italie, les années de plomb correspondent à la période comprise entre l (...)

2Afin de comprendre les tensions et clivages sous-jacents à l’attentat, il est essentiel de replacer cet événement dans un contexte historique précis : les années de plomb en Italie2. Le terrorisme est d’actualité : que ce soit de la part de l’extrême-gauche à travers des groupes tels que les Brigades Rouges ou de l’extrême-droite comme les NAR, la violence armée est devenue la stratégie privilégiée par les forces contestataires de la période. En parallèle à cette vague de violence armée, le mouvement féministe se développe depuis le début des années 70 donnant naissance à de nombreux collectifs autonomes sur l’ensemble du territoire qui ont contribué à la prise de conscience ainsi qu’à l’avancée des droits des femmes, avec notamment la légalisation de l’avortement en 1978.

  • 3 Le Mouvement de 77 est un mouvement d’extrême-gauche qui émerge en Italie (principalement à Rome et (...)
  • 4 Avanguardia Operaia est une organisation de l’extrême-gauche extraparlementaire italienne dont la p (...)

3Parmi les nombreuses initiatives féministes qui émergent à cette période se trouve Radio Donna, un espace féministe fondé en 1976 au sein de Radio Città Futura, radio libre de la ville de Rome proche du Mouvement de 773 et du groupe Avanguardia Operaia4. Cet espace est autonome au sein de la radio : les membres de Radio Donna sont issues du collectif rédactionnel de Radio Città Futura mais elles s’en sont détachées afin de créer leur propre espace radiophonique sur la même fréquence. Dans un climat de forte tension politique, dans quelle mesure l’expérience de Radio Donna a pu être perçue comme novatrice au sein du mouvement féministe et comme une menace par l’extrême-droite? Quel a été l’impact de l’attentat au sein du mouvement féministe et dans ses relations avec l’ensemble du champ social ?

4Dans cet article, nous aborderons ces questions à l’aide des sources disponibles sur la période. Un des centres d’archives de référence du féminisme italien est l’Archivia qui se trouve à Rome ; il rassemble des documents qui sont issus des archives privées de plusieurs figures du mouvement - comme la philosophe Alma Sabatini - mais également d’archives des collectifs féministes tel que le collectif romain Pompeo Magno. Bien qu’il n’existe pas un fond spécifique sur Radio Donna, il est possible de trouver de la documentation permettant de mettre en évidence les diverses tensions et problématiques que devaient affronter ses membres. Les documents disponibles au sein de l’Archivia sont des écrits, des manifestes ou des tracts à contenu politique qui abordent principalement la question des pratiques de Radio Donna mais qui ne détaillent pas le contenu de ses émissions. Concernant directement l’attentat, un des principaux fonds de l’Archivia, le fond Centro di documentazione studi sul femminismo possède une série qui regroupe l’ensemble de la documentation liée au procès contre les NAR offrant ainsi le point de vue du mouvement féministe sur l’attentat de 1979 puis sur le procès ayant lieu en 1984. Des documents sont également disponibles au sein des Archives Centrales de l’État dans la section nommée « Raccolte Speciali » qui contient l’ensemble des documents du ministère de l’Intérieur sur les activités terroristes des années 70. La documentation relative à l’enquête sur l’attentat contre Radio Donna est rassemblée dans un dossier intitulé « Attentat contre Radio Città Futura »; outre la confusion entre les deux structures, les termes « féminisme » ou « féministe » sont absents dans cette documentation ce qui est symptomatique du traitement médiatique, judiciaire et historiographique de cet événement.

5Dans l’historiographie générale du féminisme, Radio Donna est souvent mentionnée, mais les travaux spécifiques sur cette expérience sont rares, ce qui peut s’expliquer d’une part par la dispersion des sources et d’autre part à cause de la période d’activité de Radio Donna - de 1976 jusqu’au début des années 80 - qui correspond à la période du déclin des mouvements sociaux. Toutefois, les travaux de Paola Stelliferi (2014) proposent une analyse et une perspective approfondie sur l’expérience de Radio Donna, notamment grâce à ses entretiens ainsi qu'à ses recherches dans les archives privées des membres de Radio Donna qui ne sont malheureusement pas en libre accès.

6En mobilisant les sources accessibles, nous aborderons dans un premier temps la création de Radio Città Futura et de Radio Donna, pour nous intéresser ensuite aux nouveaux outils radiophoniques mis en place par Radio Donna, puis à la création du collectif des casalinghe (femmes au foyer) au sein de Radio Donna. Enfin une quatrième partie aborde la question de l’attentat des NAR et ses conséquences politiques.

Radio Città Futura et la naissance de Radio Donna

7Le développement des radios libres est indissociable des mouvements politiques et culturels - surgis à partir de 1968 - caractérisés entre autres par une réflexion sur le langage et la parole comme moyens d’action politique et outils de transformation sociale. Dans ses écrits sur le Mai français, Michel de Certeau écrivait « on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789 » (de Certeau 1968 :27), mettant ainsi en évidence la portée révolutionnaire de l’acte performatif de la prise de parole dans des contextes de lutte des subalternes. Lorsque nous nous intéressons au développement des radios libres, les thèses de Michel de Certeau sur la prise de parole sont incontournables afin de comprendre la nécessité politique et culturelle qui anime ces expériences (Doro, 2017 :30). Pour ses analyses, une grande partie des médias de masse ignorait les discours contestataires de façon délibérée, agissant ainsi en alliés du système et rendaient invisibles des couches entières de la société les condamnant ainsi à un « anéantissement symbolique » à cause du manque de représentation (Tuchman, et alii, 1978 :3-38). La prise de parole devient un acte politique lorsque celle-ci sert à donner une voix aux collectivités réduites au silence et par extension il devient essentiel de se procurer des médias propres afin de diffuser ces nouveaux discours et de donner une visibilité à ces existences ignorées jusqu’ici dans un souci de représentation et de construction d’une culture et d’une histoire commune. La diffusion de tracts, de périodiques, devient un des moyens d’action privilégié par les mouvements contestataires; ces nouveaux médias ont comme objectif de faire sortir les mouvements de la marginalité en permettant ainsi de construire une culture commune tout en élargissant les publics visés par ces initiatives. Mais très vite on commence à s’intéresser et à explorer des moyens de communication au-delà du format écrit (Balestrini, Bianchi, et alii, 2017 :222). C’est dans cette perspective que commencent à émerger les radios libres, qui sont pensées comme un outil de contre-information mais aussi comme un moyen de véhiculer et de rassembler autour d’une contre-culture contestataire. Un exemple de cette mouvance est Radio Alice, radio libre de référence à Bologne, dont l’objectif principal n’était pas de « rétablir une vérité révolutionnaire contre le mensonge bourgeois [...] Il s'agissait d'agir sur les formes de l'imaginaire social, de mettre en circulation des flux délirants, c'est-à-dire capables de dé/libérer le message dominant du travail, de l'ordre, de la discipline » (Berardi, Guarneri, 2006 :163).

8À Rome, un des principaux représentant de la mouvance des radios libres est Radio Città Futura, fondée en janvier 1976 et dont le collectif fondateur est constitué par des militant-e-s de la gauche extraparlementaire (principalement d’Avanguardia Operaia) et des figures de référence de l’édition alternative - tels que Giulio Savelli -. Au sein de cette radio dont le fonctionnement est démocratique, le débat et la liberté d’expression sont les mots d’ordre : il s’agit de proposer un véritable espace de liberté à travers les ondes tout en étant un véhicule de la contre-information (Doro, 2017 :109). Dès la mise en antenne de Radio Città Futura, les femmes qui participent à cette expérience s’interrogent collectivement sur comment faire de la radio autrement. Certes les radios libres représentent une rupture avec les médias traditionnels, mais l’expérimentation et la réflexion sont à l’ordre du jour et des espaces ouverts tels que Radio Città Futura sont le lieu propice pour penser des nouvelles façons de communiquer et de s’exprimer. La création de Radio Donna fut annoncée dans le numéro 3-4 de la revue féministe Effe de l’année 1976 : « un groupe de camarades féministes a décidé de construire une radio qui soit une alternative réelle aux façons de traiter nos problèmes, de faire de la musique, de parler de culture. Un des objectifs principaux est de faire participer activement toutes les femmes dans les programmes » (Edizioni delle donne, 1978 :129). Il est difficile de déterminer avec précision le nombre exact de personnes qui forment ce premier collectif rédactionnel et la proportion par rapport à l’ensemble de l’équipe de Radio Città Futura étant donné qu’il n’existe pas de listes et que les sources sont principalement orales. D’après le site Herstory, il s’agissait de 25 personnes5; dans le documentaire Le onde del ’77 de Giovanna Massimetti (2017), une des membres de Radio Donna parle d’une trentaine6.

9Jusqu’ici, le mouvement féministe s’était doté de périodiques (Effe, Differenze…), mais la radio restait un terrain inexploré. Même par la suite, ce format reste un des moins répandus au sein du mouvement féministe. L’ouvrage L’Almanacco publié en 1978 qui indexe les initiatives rattachées au mouvement féministe sur l’ensemble du territoire italien précise dans sa section consacrée à la radio les difficultés qu’ont dû affronter les éditrices de l’ouvrage pour trouver les informations qu’y figurent puisque ces expériences restent très marginales et surtout elles précisent qu’« il n’existe aucune radio gérée entièrement par des femmes. En revanche, il existe plusieurs radios alternatives ou de gauche qui ont offert un espace aux femmes » (Edizioni delle donne, 1978 :129).

10Le format radio offre quelques nouveautés par rapport au papier : à travers le téléphone, les auditrices de Radio Donna peuvent interagir en direct avec ce qui se dit dans le studio, brisant ainsi la barrière entre locutrices et auditrices et renversant le paradigme des médias classiques. Toutefois, les radios libres s’étaient déjà saisies du téléphone comme un instrument de communication vers l’extérieur. Une des premières pratiques mises en place est celle d’utiliser le téléphone comme un moyen de correspondance en direct pour la retransmission des manifestations. Cette méthode était très habituelle chez Radio Città Futura qui s’est très vite installée comme une des radios de référence des mouvements autonomes dans la ville de Rome non seulement en tant que moyen de relais d’informations mais aussi en tant qu’acteur de ce même mouvement en envoyant des rédacteurs sur le terrain dans le but de donner à ses auditeurs une perspective immersive des luttes sociales (Doro, 2017 :114). La différence dans l’usage du téléphone réside dans le fait que Radio Donna ne s’en saisit pas comme un moyen journalistique, mais plutôt comme un outil de communication qui permet d’établir un dialogue direct entre les locutrices et les auditrices. Le lien vers l’extérieur est établi avec les foyers et non pas avec la rue.

11La création de Radio Donna provoque quelques tensions internes au sein de la rédaction de Radio Città Futura à cause de son choix séparatiste. Le séparatisme est à l’époque un des principes fondateurs du mouvement féministe autonome qui prône l’organisation en non-mixité. Au-delà d’être un choix d’organisation politique, le séparatisme implique aussi un mode d’action qui passe par le développement de la créativité et de la production artistique et/ou politique gérée exclusivement par des femmes. Cette pratique met au centre l’acte performatif de la prise de parole, comme en témoigne la définition donnée par le périodique féministe Differenze (nº1, juin 1976) : « séparatisme : c'est-à-dire l'union des seules femmes qui dirigent le mouvement de manière autonome. [...] C'est précisément la capacité à être un groupe, à en être conscientes, cequi nous a été historiquement refusé […], un groupe qui devient ainsi capable, pour la première fois dans l'histoire, de [prendre la parole] qui lui a été refusée jusqu'à présent » (Paoli, 2011 :156). Le séparatisme naît d’un sentiment d’exclusion historique et d’une nécessité de s’exprimer collectivement à la première personne en constituant un groupe avec une identité propre qui jusqu’ici lui avait été niée. Ce sentiment d’exclusion collective est un des moteurs dans la construction des luttes subalternes qui revendiquent justement un besoin de reconnaissance collective.

  • 7 Abrégé CEDOC par la suite.

12Dans le cas de Radio Donna, quelques membres masculins de la rédaction de Radio Città Futura ont eu des difficultés à accepter le fait que l’émission soit gérée exclusivement en non-mixité, non seulement du point de vue des contenus mais aussi sur le plan technique. Les fondatrices ont du faire face, lors de la création de l’émission, à quelques oppositions (Stelliferi, 2014 :47-48). Mais les critiques à Radio Donna ne viennent pas exclusivement de la part des militants hommes, celles-ci naissent aussi au sein même du mouvement féministe. Malgré le fait que Radio Donna se revendique du séparatisme, ses membres fondatrices étaient issues des organisations mixtes. Cela a provoqué une certaine méfiance de la part des collectifs féministes dits « historiques » qui revendiquaient un militantisme uniquement féministe et non-mixte et qui craignaient que Radio Donna ait comme objectif de se présenter en tant que seul et unique porte-parole du mouvement. Bien que les collectifs historiques reconnaissent par la suite l’importance de la création de médias féministes, pour leurs membres il reste essentiel que ceux-ci soient en capacité d’ « assumer à la première personne les contenus, sans se faire a priori porte-parole d’une supposée “ligne du mouvement” » (Introduction au congrès sur l’information organisé par le Movimento Femminista Romano en juin 1978, Archivia, fond Centro di documentazione studi sul femminismo7, b.18) afin de conserver la pluralité de discours et de pratiques du mouvement féministe autonome.

Un nouveau langage radiophonique

  • 8 Un extrait d’une émission de Radio Donna apparaît dans le documentaire de Giovanna Massimetti dans (...)

13Les émissions de Radio Donna se structurent autour de grandes thématiques : contre-information, enquêtes et témoignages, musique et itinéraires alternatifs (Edizioni delle donne, 1978 :129). Bien que ces rubriques puissent être très similaires à celles proposées par les radios libres, Radio Donna se saisit de ces outils à travers un prisme féministe apportant ainsi un nouveau point de vue qui jusqu’ici était inédit dans l’espace radiophonique italien. La contre-information est centrée sur l’actualité du mouvement féministe et des questions qui concernent les femmes, par exemple l’avortement8. La rubrique musique est probablement une des plus représentatives des divergences avec les contenus des radios libres. La musique est un élément central de la contre-culture puisque celle-ci joue un rôle essentiel dans la construction d’une identité collective. Les radios libres telles que Onda Rossa ou Radio Alice diffusent régulièrement des chansons d’auteurs engagés tels que Fabrizio de André ou Ivan della Mea (Doro, 2017 :109). La rubrique musicale de Radio Donna diffère avec ces contenus puisque ce même répertoire peut être diffusé mais toujours dans une perspective de critique féministe sur comment ces cantautori représentent les femmes dans leurs chansons. Au-delà de la critique musicale féministe, cette rubrique musique sert principalement à diffuser le répertoire créé par le mouvement féministe au sein duquel deux groupes musicaux se sont formés : Il Canzoniere Femminista à Padoue et Il Movimento Femminista Romano à Rome (Stelliferi, 2014 :48-49). C’est dans ce choix de contenus que nous pouvons constater la revendication séparatiste de Radio Donna qui préconise la diffusion de contenus créés par des femmes dans le but de promouvoir une culture propre au mouvement féministe.

14En outre, le langage joue un rôle essentiel dans la construction et la diffusion de la culture et des pratiques féministes. En proposant des programmes axés sur la prise de parole et le récit personnel, Radio Donna rompt avec les standards radiophoniques pour introduire un nouveau langage plus proche de ses auditrices et qui fait appel aux sentiments individuels et collectifs. Cette rupture avec le langage radiophonique traditionnel s’inscrit dans la lignée contre-culturelle qui s’est développée depuis 1968. Mais dans le contexte de Radio Donna, ce nouveau langage plus proche du quotidien, des émotions et des vécus personnels, est perçu comme une révolution par ses membres puisque jusqu’ici les femmes avaient été condamnées au silence même au sein des mouvements contestataires. La démarche de Radio Donna part de la pratique de l’autocoscienza qui fut très répandue au sein du mouvement féministe italien. Cette pratique s’inspire des outils mis en place par le mouvement féministe états-unien : elle consiste en un partage collectif de vécus personnels dans le but de construire une collectivité en sublimant l’expérience personnelle de façon collective, afin de comprendre que le malaise, l’injustice, la douleur ne sont pas des émotions isolées mais structurelles et intrinsèques à un système de domination (Ahmed, 2004 :168-190). Ce partage permet de se reconnaître dans l’autre et d’ouvrir la porte à l’organisation collective. Dans le contexte de Radio Donna, la diffusion de témoignages individuels chargés d’émotions est perçue comme une attaque directe au patriarcat, puisque par cet acte de prise de parole ces discours « dépassent pour la première fois le cadre étroit de la sphère privée pour retrouver toute sa signification politique » (« RADIO DONNA : Per un’informazione diversa », Archivia, fond Alma Sabatini, b.22.8). Ce partage collectif à travers les ondes offre des nouvelles possibilités d’organisation et de lutte pour le mouvement féministe qui va au-delà du champ de l’information et de la communication.

« Sortons des cuisines » : la création du collectif des casalinghe

15La création du collectif des casalinghe est une des manifestations des possibilités offertes par la liberté de parole de Radio Donna et sa transmission circulaire des savoirs. Les casalinghe, c’est-à-dire les femmes au foyer, étaient plus difficilement accessibles pour le mouvement féministe étant donné qu’elles évoluent principalement dans l’espace privé. Contrairement aux étudiantes et aux travailleuses, il est donc plus difficile de leur faire parvenir un tract ou un journal, distribué dans la rue. Afin de comprendre l’importance de la création de ce collectif, il est essentiel de préciser l’importance qu’a eue la figure de la femme au foyer au sein des luttes féministes. De même que l’ouvrier est pour les luttes sociales la figure de référence, pour une grande partie du mouvement féministe italien -mais aussi à l’international-, la femme au foyer devient le symbole universel de l’exploitation historique des femmes puisque non seulement elle est reléguée à l’espace privé, mais en plus son travail -le travail domestique- n’est pas reconnu en tant que tel.

16À partir des années 70, la théorie féministe développe l’idée que toutes les femmes sont concernées par les problématiques des femmes au foyer étant donné que le travail domestique repose toujours sur les femmes, qu’elles soient salariées en dehors du foyer ou pas. Les mouvements de lutte pour la rémunération du travail domestique qui se sont développés en Italie mais aussi à l’international ont pointé du doigt cette double exploitation que subissent les femmes dans la société capitaliste. Le manifeste programmatique du Movimento di Lotta Femminile reprend cette théorisation en 1971 : « Les femmes, même lorsqu’elles sont salariées, sont dans leur condition de masse des travailleuses domestiques, des femmes au foyer. Le travail domestique est le seul travail esclavagiste qui continue à exister dans la société capitaliste blanche. Cela signifie que les femmes travaillent à la maison, sans limite de temps et sans être rémunérées, en échange de leur subsistance » (« Programmatic manifeste for the struggle of housewives in the neighbourhood », Movimento di Lotta Femminile di Padova, Biblioteca Civica di Padova, archive Maria Rosa dalla Costa, s.7.1).

  • 9 La Casa delle Donne est un bâtiment situé au 39 rue du Governo Vecchio à Rome qui fut occupé par le (...)

17Cependant, contrairement à l’ouvrier, la femme au foyer ne dispose pas d’un espace de travail qui permette de s’organiser collectivement, c’est pour cela que Radio Donna constitue une révolution : à travers la radio, ses locutrices peuvent atteindre de nombreux foyers, donnant ainsi la possibilité aux femmes de sortir de l’isolement et de s’organiser collectivement. C’est ainsi que de nombreuses casalinghe se sont mises à écouter Radio Donna puisque c’est la seule radio qui parle des besoins et du quotidien des femmes. En effet, la force mobilisatrice de Radio Donna repose sur ce partage d’expériences individuelles qui répercutent dans le quotidien d’un grand nombre de femmes qui jusqu’ici se sentaient exclues du mouvement féministe. Avec son slogan : usciamo dalle cucine (sortons des cuisines), Radio Donna appelle les casalinghe à s’organiser à travers les ondes et à sortir des foyers pour prendre la parole. Les sensibilités apportées par ces nouvelles auditrices mettent en évidence un besoin d’organisation collective qui se concrétise par un appel à se réunir à la Casa delle Donne à Rome diffusé sur Radio Donna en 19779.

18La rencontre qui a donné lieu à la création du collectif des casalinghe fut un grand moment d’émotion pour la plupart de ses participantes comme en attestent les différents témoignages recueillis par Paola Stelliferi : « C’était l’année 1976. C’était le début de l’histoire de Radio Donna […] J’ai rencontré quelques femmes […]. Elles étaient très fâchées, combatives. Chez elles, l’éclat de la rébellion était déjà né. Ensemble, nous avons fait des retransmissions toutes les semaines animées par nous-mêmes, les casalinghe, avec la collaboration des auditrices » (Stelliferi, 2014 :53). Le collectif des casalinghe permet non seulement de faire sortir les femmes des cuisines, mais aussi de rompre les barrières générationnelles puisque les femmes qui s’y retrouvent ont des âges très différents ainsi que des vécus et expériences personnelles divers mais elles se rassemblent par leur condition de femmes au foyer. L’objectif des transmissions du collectif des casalinghe est de donner une parole à leur réalité et de briser certains tabous et clichés comme celui de la femme au foyer « reine de la maison » (Stelliferi, 2014 :54). Le collectif des casalinghe se réunit régulièrement à la Casa delle Donne en dehors des émissions de Radio Donna, créant ainsi des espaces de lutte et de partage à partir des ondes et au-delà de celles-ci.

Le 9 janvier 1979 : l’attaque des NAR

  • 10 Le reportage réalisé par la RAI suite à l’attentat est disponible sur : Assalto a Radio Città Futur (...)

19Le 9 janvier 1979, un commando des NAR armé de mitraillettes pénètre dans les studios de Radio Città Futura. C’est un mardi à 10h15, au moment où Radio Donna émet avec le collectif des casalinghe. Les portes sont ouvertes, le studio est un lieu de partage, personne ne pouvait imaginer que la radio pouvait être prise comme cible terroriste, encore moins à Radio Donna. L’attaque interrompt la transmission dont les derniers mots audibles informent les auditrices du programme que des hommes armés sont rentrés dans le studio. Rosetta Padula, membre du collectif des casalinghe est la première à apercevoir la présence des agresseurs au sein des locaux, et comme elle en témoigne plus tard au poste de police, elle s’est précipitée vers le studio pour prévenir les autres femmes présentes sur place et leur demander de « dire au micro qu’il y avait des gens armés de mitraillettes à la radio » (déposition manuscrite de Rosetta Padula auprès de la Préfecture de Rome, s.d., Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2). L’attaque se finit avec l’incendie des locaux et la destruction du matériel radiophonique10.

20Les NAR débutent leurs activités terroristes en 1977. Ce groupe s’est formé autour des frères Valerio et Cristiano Fioravanti militants néo-fascistes du Movimento Sociale Italiano, lesquels, suite à des désaccords stratégiques avec celui-ci, prennent la décision d’entreprendre la voie de la lutte armée avec quelques-uns de leurs camarades de parti. Parmi leurs nombreuses actions perpétrées entre 1977 et 1981 se trouve l’attentat de la gare de Bologne de 1980 qui fit 85 morts et plus de 200 blessés. L’attaque contre Radio Città Futura est pensée comme une action politique dont le but était d’instaurer un rapport de force et de lancer un ultimatum à l’extrême-gauche pour établir une trêve entre les groupes armés afin de s’unir contre l’ennemi commun : l’État. D’après leurs propres témoignages, l’objectif initial était Radio Onda Rossa, qui émettait depuis le quartier de San Lorenzo à Rome. Le changement de cible a été motivé par le fait que dans un des programmes de Radio Città Futura un des intervenants avait ironisé sur la mort d’un militant d’extrême-droite qui était décédé le 7 janvier 1978 lors d’un affrontement armé entre des militants fascistes et antifascistes devant le siège du MSI situé dans la rue Acca Larenzia à Rome. Cette « offense est considérée comme extrêmement grave, et doit être punie par le sang » (Nicola Rao, 2010 :version kindle, 4.3. Il bigbang del’79 : dal gennaio nero alla commemorazione di Anselmi), ce qui provoque un changement de dernière minute du plan d’attaque prévu à l’origine.

21Le communiqué du groupe terroriste diffusé par le journal Paese Sera est ambigu par rapport à la cible : bien que celui-ci ne mentionne ni Radio Donna, ni les casalinghe, ni le féminisme, les assaillants déclarent avoir « choisi une cible particulière parce que nous en avons assez que les jeunes rouges ou noirs paient de leur vie les fautes du système »11. Il est question par la suite au niveau médiatique, mais aussi au sein de la cour de justice lors du procès en 1984 de déterminer quelle est la nature spécifique du crime. S’agit-il d’une attaque contre Radio Città Futura, contre les mouvements d’extrême-gauche ? Ou s’agit-il spécifiquement d’une attaque machiste contre le mouvement féministe ?

22Pour le collectif Radio Donna ainsi que pour l’ensemble du mouvement féministe italien, cela ne fait pas de doute : quel que soit la motivation derrière, le choix de la violence armé est en soi une démarche masculine. Que l’attaque ait été faite pendant ce créneau horaire pour attaquer directement les casalinghe ou que ce créneau ait été choisi parce que c’est le seul moment où les hommes ne se trouvent pas dans les locaux, l’attaque reste une démonstration de violence masculine. Pour le mouvement féministe, cette attaque avait comme objectif de faire taire la parole féministe, comme il apparaît dans un tract du Comitato Femminista per la Giustizia [Comité Féministe pour la Justice] : « cinq femmes qui osent briser le tabou de la femme muette et soumise, de la femme dépendante de l’homme et du pouvoir, qui la veulent muette, obéissante, exclue et recluse : c’est inacceptable, il faut leur donner une leçon » (Tract du Comitato Femminista per la Giustizia écrit dans le contexte du procès contre les NAR en 1984, Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2).

23Cependant, cette position n’est pas unanime et les différends entre le mouvement féministe et les organisations extra-parlementaire s’accentuent dès le lendemain de l’attentat. Le mouvement féministe se réaffirme dans son séparatisme et organise des manifestations en non-mixité pour mettre l’accent sur la spécificité de l’attaque, tandis que les organisations mixtes appellent à des manifestations larges contre le fascisme et se positionnent comme cibles de l'attaque. Nous pouvons en effet constater une différence dans les discours des appels à manifester : le collectif rédactionnel de Radio Città Futura précise dans son appel que cet attentat est une attaque contre « tout le mouvement d’opposition » (Appel à manifester de l’assemblée de Radio Città Futura du 9 janvier 1979, Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2) et appelle à une manifestation unitaire, tandis que l’ensemble des groupes féministes actifs à Rome s’organisent pour déclarer la première grève féministe et déclarent dans leur tract qu'« il s’agit d’un nouvel épisode de l’atteinte systématique contre la vie des femmes » (Appel à la grève féministe écrit par l’assemblée de la Casa delle Donne, 10 janvier 1979, Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2), focalisant ainsi leur analyse autour de la violence patriarcale structurelle contre les femmes.

24Suite à l’attentat et à la proclamation de la grève féministe, le mouvement féministe déplore le silence des médias par rapport à cette action ainsi que la confusion dans leurs reportages entre Radio Donna et Radio Città Futura et émet un communiqué contre les journaux télévisés TG1 et TG2 « qui a désigné comme » rédactrices de Radio Città Futura « les cinq femmes du collectif féministe delle casalinghe de Radio Donna » (« Con un colpo di mano… » 10 janvier 1979, Archivia, fond CEDOC, b.19-MFR) et revendique la nécessité de continuer à s’organiser en non-mixité. Une annotation manuscrite sur ce document nous indique que ce communiqué fut diffusé lors de la manifestation et qu’« il est inutile de préciser que le communiqué n’a trouvé aucun écho parmi les médias » (photo 1). Ces circonstances ne font que renforcer le discours préexistant au sein du mouvement féministe sur la non-visibilité de leurs revendications au sein des médias généralistes. Un acte de violence de l’ampleur de cet attentat aurait pu provoquer un sentiment de peur ou de panique au sein du collectif, mais ce qu’il en ressort c’est plutôt une rage collective d’une part à cause de la violence armée et d’autre part à cause de la violence symbolique des médias. Le sentiment d’injustice provoqué par ces violences est d’après Sara Ahmed un moyen de mobilisation et de construction du discours féministe par le fait de « lire cette souffrance comme structurelle plutôt que comme une violence occasionnelle » (Ahmed, 2004 :172). Le discours féministe évolue par la suite vers une identification du terrorisme comme grand représentant de la violence patriarcale ce qui intensifie les désaccords avec la partie de la gauche extra-parlementaire qui sympathise avec la lutte armée. La manifestation du 8 mars 1979 est convoquée sous le signe de ce nouveau discours : le terrorisme est pointé comme l’ennemi à combattre et l’appel à manifester précise que « les révolutions masculines ne sont rien d’autre qu’un changement de garde » (Tract pour la manifestation du 8 mars 1979 signé par le Movimento Femminista Romano, Archivia, fond CEDOC, b.19-MFR) insistant ainsi sur la non-représentation des intérêts féministes par les mouvements contestataires et revendiquant le séparatisme comme seule voie politique possible pour la libération des femmes.

25Le procès judiciaire contre les NAR a lieu en 1984 et a comme objectif de déterminer entre autres l’intentionnalité de l’attaque. Les différents accusés reconnaissent comme cible de l’attaque Radio Città Futura et s’accordent sur le fait qu’ils n’avaient pas pu prévoir la présence des casalinghe puisqu’ils méconnaissaient la programmation de ce jour. Pour certains, ce serait « absurde et contreproductif » (« Proceso contro A.F. + altri bob.nº3 e 4 » 14 décembre 1984, p.21, Archivia, CEDOC, b.56 s.2) d’attaquer les casalinghe, pour d’autres, l’absence d’hommes fut un soulagement puisque « si les hommes avaient été présents cela aurait fini d’une autre façon, nous les aurions probablement tués » (« Proceso contro A.F. + altri bob.nº3 e 4 » 14 décembre 1984, p.25, Archivia, CEDOC, b.56 s.2). S’agit-il d’une stratégie de défense collective ou est-ce que l’attaque contre Radio Donna fut le fruit d’une malheureuse coïncidence ? Quoiqu’il en soit le procès judiciaire se conclut sur une non-intentionnalité contre les femmes et les casalinghe malgré les contradictions entre les différents accusés : « dans ce cas, il n'y avait aucune intention de diriger l'action violente contre des éléments féminins appartenant à un quelconque cercle » (« Studio legale Cerquetti: sui fatti diversi », Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2 p.29) renforçant ainsi la méfiance du mouvement féministe par rapport à l’État et au système juridique dont la décision contribue à l’oubli de la spécificité de l’attentat du 9 janvier 1979.

Photo 1 : Communiqué signé par le Movimento Femminista Romano distribué lors de la manifestation en soutien à Radio Donna du 10 janvier 1979 à Rome (Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2).

Photo 1 : Communiqué signé par le Movimento Femminista Romano distribué lors de la manifestation en soutien à Radio Donna du 10 janvier 1979 à Rome (Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2).

Conclusion

  • 12 Un nouvel ouvrage vient d’apparaître en octobre 2023 intitulé C’era una volta Radio Donna (Amsterda (...)

26L’expérience des radios libres en Italie a été un tournant du point de vue de la contre-information et des luttes contre le statu quo. Parmi ces initiatives, Radio Donna a prouvé que la radio pouvait non seulement servir comme moyen d’information, mais que celle-ci pouvait être un instrument de dialogue, de mobilisation politique et de résistance. En offrant la possibilité à ses auditrices de participer en direct aux émissions à travers le téléphone, Radio Donna propose une nouvelle façon de faire de la radio en combinant les outils mis en place par les radios libres avec les pratiques féministes mettant ainsi au centre des émissions le vécu et l’expérience personnelle et surtout en laissant de côté le langage radiophonique traditionnel. La création du collectif des casalinghe fut un tournant dans cette expérience puisqu’en leur cédant la parole une fois par semaine elles ont pu finalement exprimer leurs propres besoins et désirs donnant ainsi une matérialité à cette figure mystifiée de la femme au foyer et surtout en incitant l’ensemble des femmes à « sortir des cuisines ». L’attaque terroriste contre Radio Donna du 9 janvier 1979 est encore un sujet de débat au sein du mouvement féministe et de son historiographie qui continue à la considérer comme une attaque machiste contre les féministes et surtout contre les casalinghe malgré les conclusions du procès judiciaire. Le traitement de cet événement du point de vue de l’État et par l’historiographie générale de la période met en évidence une volonté, -consciente ou inconsciente-, d’effacer la spécificité de l’attaque et de Radio Donna afin d’intégrer cet événement dans la grande catégorie qu’est l’histoire de la lutte armée et du terrorisme en Italie dans la deuxième moitié du XXe siècle12. Au-delà de l’attaque des NAR, Radio Donna reste dans l’historiographie du féminisme un exemple et une référence à l’époque du point de vue de la contre-information et des pratiques féministes.

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Bibliography

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BALESTRINI Nanni, BIANCHI Sergio (dir.) et alii. La Horde d’Or. Italie 1968: la grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle, Paris : L’Éclat, coll. « Premiers secours », 2017, 672 pages.

BERARDI, Franco « Bifo », GUARNERI, Ermanno « Gomma » (dir.). Alice è il diavolo: storia di una radio sovversiva, Milan : Collettivo A/traverso, ShaKe, 2006, 175 pages.

DE CERTEAU Michel. La Prise de parole. Pour une nouvelle culture, Paris : Desclée de Brouwer, 1968, 167 pages.

DORO Raffaello Ares. In onda. L'Italia dalle radio libere ai network nazionali (1970-1990), Rome : Viella, 2017, 272 pages.

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PAOLI Federica. Pratiche di scrittura femminista. La rivista «Differenze» 1976-1982, Milan : Franco Angeli, 2011, 272 pages.

RAO Nicola. Il piombo e la celtica. Storie di terrorismo nero dalla guerra di strado allo spontaneismo armato, Milano : Sperling & Kupfer, 2010, version kindle, 503 pages.

STELLIFERI Paola. Una radio tutta per sé. L'esperienza di Radio Donna a Roma, Zapruder, nº34, 2014, pp.43–59.

TUCHMAN Gay. Introduction: The Symbolic Annihilation of Women by the Mass Media, In Tuchman, Gaye ; Kaplan Daniels, Arlene ; Benet, James (dir,), Hearth and Home: Images of Women in the Mass Media, New York : Oxford University Press, pp. 3-38.

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Notes

1 « I Nar assaltano Radio Città Futura, Roma (1979) », vidéo de la chaîne YouTube Anni 70 a Colori mise en ligne en 2021 https://www.youtube.com/watch?v=azbYf6Fu7KE [consulté le 15 février 2024]

2 Dans l’historiographie de l’Italie, les années de plomb correspondent à la période comprise entre la fin des années 60 et le début des années 80 qui se caractérise par une forte tension sociale ainsi que par une escalade de la violence armée.

3 Le Mouvement de 77 est un mouvement d’extrême-gauche qui émerge en Italie (principalement à Rome et à Bologne) qui revendique l’organisation autonome en marge des partis, organisations et syndicats et prône le spontanéisme comme moyen de lutte contre l’État.

4 Avanguardia Operaia est une organisation de l’extrême-gauche extraparlementaire italienne dont la période d’activité s’étend de 1968, année de sa fondation jusqu’à sa dissolution en 1977.

5 http://www.herstory.it/redazione-donna-radio-citta-futura [consulté le 25 janvier 2024]

6 Le Onde del ’77, Giovanna Massimetti, documentaire diffusé dans le cadre de Rai Storia le 5 décembre 2017 (38’40).

7 Abrégé CEDOC par la suite.

8 Un extrait d’une émission de Radio Donna apparaît dans le documentaire de Giovanna Massimetti dans laquelle on mentionne une perquisition policière d’une exposition à Pise sur l’avortement clandestin (39’04).

9 La Casa delle Donne est un bâtiment situé au 39 rue du Governo Vecchio à Rome qui fut occupé par le mouvement féministe en 1976. Cet espace non-mixte est investi par les différents collectifs féministes de la capitale et constitue un des repères du mouvement.

10 Le reportage réalisé par la RAI suite à l’attentat est disponible sur : Assalto a Radio Città Futura - 9 gennaio 1979 https://www.youtube.com/watch?v=ZQKx5kjP6Lo [consulté le 24 janvier 2024]

11 Le communiqué des NAR est disponible sur : https://www.uonna.it/9-01-1979-incendiata-radio-donna.htm [consulté le 24 janvier 2024]

12 Un nouvel ouvrage vient d’apparaître en octobre 2023 intitulé C’era una volta Radio Donna (Amsterdam, Éditions Transalpina) écrit par Brit de Jong. L’ouvrage n’est pas encore disponible en dehors des Pays-Bas mais celui-ci propose une perspective interne de l’événement basée sur des témoignages et des récits individuels en reprenant la même démarche qui caractérisait Radio Donna.

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List of illustrations

Title Photo 1 : Communiqué signé par le Movimento Femminista Romano distribué lors de la manifestation en soutien à Radio Donna du 10 janvier 1979 à Rome (Archivia, fond CEDOC, b.56 s.2).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/3964/img-1.jpg
File image/jpeg, 126k
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References

Electronic reference

Maria Teresa Betancor Abbud, “Sur les traces de Radio Donna : une radio féministe dans le contexte des années de plomb”RadioMorphoses [Online], 11 | 2024, Online since 20 March 2024, connection on 25 June 2024. URL: http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/3964; DOI: https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/radiomorphoses.3964

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About the author

Maria Teresa Betancor Abbud

Doctorante CRAL/EHESS sous la direction d’Esteban Buch, thèse sur « Une histoire sonore du mouvement féministe autonome italien dans les années 70 »
mariateresa.betancorabbud[at]ehess.fr

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