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Dossier

Pratiques radiophoniques en mobilité en Afrique subsaharienne : les usages du poste transistor et du téléphone mobile au Niger

Idé Hamani

Résumés

Au Niger le transistor et le téléphone portable coexistent pour permettre aux populations une écoute en mobilité de la radio. Celle-ci leur donne en effet l’occasion de se faire accompagner au travail ou au cours d’un voyage, aussi bien que de suivre les informations à leur domicile en famille. La radio représente ainsi un média clé qui pénètre la vie quotidienne des populations. Une analyse de données d’enquête menée en 2015 et d’un entretien inédit avec le fondateur des premières radios rurales du Niger (2019) permet ici de comprendre l’évolution des usages radiophoniques dans ce pays. Elle permet également de constater que les pratiques médiatiques en mobilité créent des liens sociaux au sein de la population.

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Texte intégral

1En Afrique subsaharienne le média radiophonique constitue l’outil privilégié de l’information, de la distraction des populations, mais aussi de la transmission des discours religieux et de la propagande politique (Damome, 2014 ; Tudesq, 2002). Il représente un facteur à la fois de mobilité, de fidélisation et de consolidation des auditeurs qui l’associent à leur quotidien (Pecqueux, 2012 ; Thibaud, 1994). Pour capter la radio il n’est pas indispensable de disposer d’installations électriques ni de rester sur place car les dispositifs avec lesquels elle fonctionne peuvent se transporter partout (Abba, 2009 ; Fesneau, 2011). En effet, l’évolution des Technologies de l’information et de la communication (TIC) affecte la radio du point de vue de ses supports et induit des bouleversements dans les pratiques (Glevarec, 2017).

2En partant du constat que le Niger regorge d’importantes traditions radiophoniques liées à la mobilité (Urry, 2005 ; Kaufmann, 2019), cette contribution propose d’analyser en quoi les différents supports d’écoute notamment le poste transistor et le téléphone mobile contribuent à l’accès à l’information et au divertissement des populations (Jouët, 2000 ; Sonnet, 2012, 2015). En quoi la radio constitue-t-elle alors un compagnon de route pour les auditeurs en situation de mobilité ? Dans quelles circonstances est-elle utilisée ? Nous nous demandons ainsi comment et à partir de quelle période l’usage de la radio en mobilité se développe en zone rurale au Niger.

3Nous avançons l’hypothèse qu’au Niger l’ancrage des usages de la radio en mobilité dans la vie sociale des populations facilite les mutations technologiques des supports ainsi que le choix des programmes selon le sexe, la génération et le lieu d’habitation (ville ou campagne), et que dans leurs pratiques les auditeurs notamment ruraux s’attachent particulièrement à l’écoute de la musique et des programmes d’information.

4L’étude se fonde sur une enquête de terrain réalisée entre juin et août 2015 (dans le cadre d’une thèse de doctorat) et enrichie de témoignages recueillis en 2019. L’approche des observations de terrain (Katz et Aspden, 1998 ; Heurtin, 1998) couplées aux expériences de radio vécues en zone rurale nous permettra d’interroger les pratiques d’hier de radio en mobilité afin de comprendre celles d’aujourd’hui.

5Dans un premier temps, nous proposerons une analyse socio-anthropologique de la mobilité et des usages (Bourdin, 2005 ; Plantard, 2014) avant d’aborder la méthodologie et le corpus d’enquête. Dans un deuxième temps nous présenterons les résultats du questionnaire de l’enquête conduite en 2015. Enfin, nous analyserons un important entretien avec Djilali Benamrane, fondateur des radios communautaires au Niger en le mettant en relation avec l’observation participante que nous avons menée.

Approche socio-anthropologique de la mobilité et des usages

6Dans cette première partie, nous abordons la notion de mobilité. L’étude de cette notion, bien que transdisciplinaire, repose ici particulièrement sur des travaux sociologiques consacrés aux pratiques de mobilité et aux usages des dispositifs d’écoute radiophonique.

7La vie sociale comporte une diversité de mobilités notamment la mobilité des personnes, la mobilité des véhicules et la mobilité des objets ou des biens (Urry, 2005 : 191). Il existe de nombreux exemples de pratiques socio-spatiales de déplacement tels que la marche à pied, le voyage en train, la conduite automobile ou le voyage aérien (Ibid. : 63). En effet, les personnes peuvent se déplacer, individuellement ou collectivement, d’un territoire à un autre (ou à l’intérieur d’un même territoire), d’un espace à l’autre, ramenant parfois avec elles des objets tels que des marchandises, des moyens de transport ou des œuvres d’exposition (Castells, 1998 ; Urry, 2005). Les mobilités sont donc au cœur de la vie sociale et se déplacer est nécessaire pour le travail, les rapports sociaux ou le loisir (Urry, 2005 : 61-62). Par exemple en Afrique la mobilité entraine des contacts et nourrit des liens de parenté (Van der Veken, 2007 : 11). Elle est particulièrement importante dans un contexte où on rend régulièrement visite aux membres de la famille qui habitent dans une autre localité (Urry, 2005 : 61-62). Les ressortissants de la même région ou du même village se sentent très proches lorsqu’ils se retrouvent lors d’un voyage.

8La notion de mobilité peut ainsi se définir comme le déplacement des populations à l’intérieur et/ou à l’extérieur d’un pays ou d’une société à une autre (Bourdin, 2005). Elle désigne aussi le déplacement dans l’espace virtuel (Castells, 1998 : 421). La mobilité peut donc impliquer à la fois la migration et le nomadisme c’est-à-dire le déplacement d’un individu/groupe d’individus dans un espace indéterminé, mais aussi l’usage de moyens de communication mobiles (Heurtin, 1998 : 39). Elle peut être ainsi associée à la liberté et à l’indépendance (Urry, 2005 ; Flamm, 2019). Urry relève toutefois que si la mobilité s’effectue sous la contrainte, elle peut provoquer privation et souffrance (2005 : 27). En tous les cas, il ressort de nombreuses observations de terrain que les personnes les plus mobiles socialement et professionnellement semblent enclines à s’équiper de dispositifs mobiles de communication (Katz et Aspden, 1998 : 25). Nous nous intéressons à la mobilité au Niger à la fois celle des personnes et celle des modes d’écoute.

9Qu’en est-il des mobilités associées aux pratiques professionnelles et aux usages de la radio ?

10À la radio on peut parler à la fois de la mobilité des journalistes – dans l’espace géographique, d’une radio à l’autre – et de la mobilité des auditeurs, dans leur vie quotidienne (Heurtin, 1998 ; Urry, 2005) et d’une fréquence à l’autre. L’équipement technique de la radio connaît des évolutions notables notamment en Afrique où Miquel indique que la mobilité radiophonique remonte à la création des premières stations. « À Bangui, il n’existait d’abord, en 1958, qu’une station mobile montée sur camion. Une station fixe fut installée par la Sorafom, sous le nom de Radiodiffusion centrafricaine » (1972 : 188). Au-delà de la souplesse de l’équipement technique de la radio, il faut signaler le développement des dispositifs d’écoute car les pratiques mobiles sont conditionnées par leur portabilité.

Technologie transistor, technologie baladeur

  • 1 Le poste transistor a été mis au point en 1947 par trois chercheurs Américains : John Bardeen, Walt (...)
  • 2 Les auditeurs-baladeurs est un terme employé par Pecqueux pour désigner les usagers urbains du walk (...)

11Le développement des dispositifs techniques d’abord le transistor et ensuite le baladeur traduit l’évolution de l’écoute en mobilité. Au début des années cinquante il était encore nécessaire de disposer d’un équipement électrique pour faire fonctionner son transistor. Le premier récepteur radio portatif apparaît aux États-Unis en 1947 (Fesneau, 2011 : 19-20)1. Le développement entre 1970 et 1990 du radiocassette appelé boombox ou ghetto-blaster fonctionnant généralement à piles et porté à l’épaule lors des déplacements révolutionne les pratiques d’écoute (Pecqueux, 2019 : §5). Sa portabilité et sa puissance sonore permettent à tout moment et partout d’écouter de la musique et de se faire remarquer dans la rue (Ibid.). L’auteur rapporte que plusieurs auditeurs-baladeurs2 soulignent une différence d’expérience de la marche selon qu'elle se fait avec ou sans musique (Pecqueux, 2012 : 224). À l’instar du transistor, l’invention au Japon du baladeur (1979) a fait exploser l’écoute en mobilité (Flichy, 1997 : 230). L’appareil permet l’écoute de la musique à domicile comme à l’extérieur notamment lors des déplacements à pied ou en véhicule (Ibid. : 131). Urry indique que l’usage pratique du walkman a facilité son introduction car « à l’origine, il était pourvu de deux prises casque, pour que deux personnes puissent écouter ensemble. Mais il était rapidement apparu dans la pratique que l’utilisation du walkman était beaucoup plus individualiste, surtout de la part de personnes se déplaçant hors de chez elles » (2005 : 76). L'usager de ce dispositif marche au rythme de la musique, adopte des allures et des styles de démarches qui lui appartiennent en propre et traduisent l'expérience musicale du marcheur (Thibaud, 1994 : 76-79). Une autre invention, celle du téléphone portable, à la fin des années quatre-vingts, représente un élément important pour une écoute personnelle et privée.

Développement du téléphone mobile

12Le téléphone cellulaire s’est introduit aux USA et en Europe dans les années quatre-vingt-dix avant de devenir universel à partir des années 2000 (Castells, 1998 : 70). Les termes téléphone portable, téléphone mobile ou téléphone de poche renvoient généralement à l’utilisation et au rapport que l’on entretient avec ce dispositif de communication (Flichy : 1998 : 5). Sonnet explique qu’au-delà de la mobilité, le smartphone se caractérise par sa polyvalence. Il comporte des applications et a des fonctions différentes (Sonnet, 2015 : 50). Il est en effet de plus en plus utilisé pour s’informer, se distraire ou faire des transferts d’argent et des achats. Son introduction en Afrique facilite les pratiques de la radiophonie sur le continent (Damome, 2016), mais apporte aussi d’autres formes de relation entre la radio et son auditoire, favorisant l’interactivité : les auditeurs peuvent se faire entendre sans se déplacer, en appelant ou en envoyant des SMS aux animateurs pour interagir (Lenoble-Bart, Chéneau-Loquay, 2010 : 102). Les travaux d’Allard (2009) sur les usages du téléphone portable au Sénégal mettent en perspective les pratiques quotidiennes en Afrique. Au Niger, on constate une augmentation spectaculaire du taux d’équipement d’appareils téléphoniques de la population. Selon l’Institut national de la statistique du Niger (INS, 2016, 2018), son utilisation dans les ménages connaît un accroissement à l’échelle nationale (43 % en 2011, 56,5 % en 2014, 79,2 % en 2018). Cette augmentation peut s’expliquer d’une part par l’élargissement des zones de couverture des compagnies de téléphonie mobile, mais aussi par le faible coût des appareils de fabrication chinoise qui inondent le marché local (Allard, 2009). D’autre part, elle s’explique par la progression des taux de scolarisation et d’alphabétisation.

13Nous allons voir maintenant les usages sociaux des dispositifs mobiles de communication et d’écoute radiophonique.

Usages du transistor et du téléphone

  • 3 Les caractéristiques (dimension, écouteurs) de l'objet et les usages du baladeur le rapprochent du (...)

14Le rassemblement de ces deux technologies dont l’avènement est chronologiquement éloigné peut se justifier par les modalités d’usage en commun3.

15Les usages sociaux des technologies de communication ont fait l’objet de plusieurs recherches dont la plupart s’interroge sur ce que les usagers font des médias c’est-à-dire leur appropriation des technologies en fonction des pratiques sociales (Flichy, 2004 : 19 ; Jouët, 2000 : 493-502). Bien que dans la phase de conception du dispositif technique les fabricants déterminent son mode d’utilisation (Flichy, 2008 : 150), c’est au niveau des représentations sociales que les usages prennent réellement place dans le processus d’élaboration technologique (Flichy, 2004 : 19). Flamm souligne l’existence d’une diversité des pratiques de mobilité que l’on peut observer dans une société (2019 : 71). Il faut noter que les contraintes de la mobilité peuvent influencer le choix des dispositifs d’écoute des usagers dont certains ont recours au téléphone pour sa flexibilité et la variété de contenus audiovisuels qu’il propose (Sonnet, 2012 : 197-198).

  • 4 Voir Luc Fellot, « La technique à votre service », Sciences et vie, n°493, octobre 1958 (cité par F (...)

16Avec le transistor et le téléphone l’information radiophonique circule sans limite territoriale ni temporelle (Kaufmann, 2019 : 25). En ville comme en zone rurale, ils constituent des dispositifs de sociabilité communautaire (Flichy, 1997 : 129) permettant par exemple aux nomades et aux voyageurs d’être renseignés sur ce qui se passe (Ibid. : 9) et les intègrent ainsi dans la vie sociale (Ibid. :155). On n’a pas besoin d’électricité pour faire fonctionner un transistor (Fesneau, 2004 : 118) qui peut être utilisé partout et par tout le monde. C’est par exemple ce que souligne Fellot au seuil des années soixante lorsqu’il indique que « [la] ménagère le transporte à la cuisine pour préparer son repas en musique. Monsieur le place sur l’étagère de la salle de bains et se rase en écoutant les informations. On le déplace d’une pièce à l’autre, de la salle à manger à la chambre à coucher »4.

17Le téléphone mobile permet aujourd’hui une individualisation de l’écoute de la radio notamment chez les jeunes. Chacun peut mettre son écouteur pour suivre son programme en se promenant dans la rue, au cours d’un voyage, dans les transports en commun et parfois même dans la chambre à coucher. Une étude effectuée sur des utilisateurs finlandais montre que les apports du mobile, sur le plan psychologique et symbolique, tiennent au sentiment d’intimité d’une part, d’accessibilité et de mobilité d’autre part qu’il procure (Katz et Aspden, 1998 : 14). La mobilité et les usages des moyens de communication rythment ainsi la vie quotidienne des populations.

18Maintenant rappelons le cadre méthodologique et le corpus avant d’aborder l’analyse des pratiques radiophoniques en mobilité au Niger.

Cadre méthodologique et corpus d’enquête

19Notre démarche s’inscrit dans une approche empirique (Copans, 2005 ; Dereze, 2009) combinant à la fois l’enquête d’observation participante directe portant sur les pratiques radiophoniques, en l’occurrence les usages des postes récepteurs qui occasionnent l’écoute en mobilité (Damome, 2010 : 78 ; Flichy, 1997 : 230) tels que le transistor et le téléphone mobile (Allard, 2009 ; Granjon, 2017). Cette démarche requiert une appartenance de l’enquêteur à la communauté linguistique des informateurs ou une intégration suffisante de leur mode de vie, ce qui est notre cas.

20Les chercheurs ont montré que l’avènement des Technologies Numériques de l’Information et de la Communication (TNIC) affecte la radio du point de vue de ses supports, de ses usages, mais aussi de ses valeurs sociales. Ainsi, Glevarec s’est interrogé sur l’évolution des supports notamment sur les bouleversements qu’ils induisent dans les pratiques traditionnelles (2017 : 12). Pour souligner le développement rapide du téléphone portable en Afrique, Kiyindou s’attache quant à lui à le comparer au transistor : « [p]lus que la radio, le téléphone est présent dans tous les villages, tous les foyers, toutes les poches » (2015 : 11). Cela peut s’expliquer par l’augmentation des besoins d’information des populations (Castells : 1998), mais aussi par l’écoute de la musique notamment par les jeunes (Fesneau, 2011 ; Glevarec, 2005 ; Thibaud, 1992).

21Notre analyse se fonde sur des données d’une enquête conduite en 2015 qui a pour objectif de déterminer les pratiques d’écoute chez les auditeurs et les pratiques professionnelles des journalistes (Glevarec, 2001). Elle a été menée dans quatre régions du Niger : Niamey, Tillabéri, Dosso et Maradi. Nous avons élaboré un questionnaire de 34 questions qui ont été posées aux populations (376 répondants). Ensuite nous avons constitué une équipe d’enquêteurs avec des étudiants de l’université de Niamey moyennant rétribution. Cela a permis de sillonner deux communes de la capitale notamment le deuxième et le cinquième arrondissement qui sont constitués de quartiers populaires. L’équipe était composée de neuf personnes dont trois filles. L’implication des filles a permis d’avoir les témoignages de femmes qui n’acceptent pas de recevoir dans leurs maisons des hommes ne faisant pas partie de leurs familles pour des motifs de conviction religieuse. Sans l’aide des filles nous n’aurions pas pu recueillir des informations pourtant éclairantes sur leur écoute radiophonique, puisque l’analyse montre que la plupart d’entre elles sont des auditrices de programmes religieux. Dans ce questionnaire on trouve par exemple des questions sur le sexe et les tranches d’âge des auditeurs, la réception des programmes et les dispositifs d’écoute. Le dépouillement de l’enquête a été fait via le logiciel Sphinx IQ2. Les fonctionnalités dont dispose ce logiciel permettent par exemple de faire des croisements de variables et aident à l’interprétation des résultats qui requiert la prise en compte de paramètres sociaux (Glevarec, 2005, 2017 ; Heurtin, 1998 ; Katz et Aspden, 1998).

Analyse des pratiques et usages radiophoniques des populations urbaines

  • 5 Le nombre des catégories socioprofessionnelles ayant participé à l’enquête est de 376 dont 163 étud (...)
  • 6 Précisons que cette partie de l’’enquête a été effectuée dans la capitale Niamey. Il est fort proba (...)

22L’analyse des données avec le logiciel Sphinx (IQ2) permet de déterminer les habitudes des auditeurs notamment en termes d’usage de dispositifs radiophoniques. Par exemple après avoir opéré un croisement de l’âge et des habitudes d’écoute nous avons constaté que l’usage du téléphone est très contrasté. Une fonctionnalité de Sphinx nous a permis d’éliminer les non-réponses (94) pour la question fermée « avez-vous l’habitude d’écouter la radio avec un téléphone portable ? ». On constate dans les réponses apportées que les 18 et 30 ans utilisent le téléphone plus que les autres tranches d’âge5. Cela corrobore l’idée que l’usage du téléphone s'est naturellement intégré aux modes de vie du public jeune (Jouët, 2000 : 500 ; Pecqueux, 2019 : §11). On remarque aussi que plus les usagers vieillissent, moins ils écoutent la radio avec le téléphone. Les facteurs qui expliquent ce phénomène sont générationnels car les jeunes privilégient l’écoute de la musique tandis que les plus âgés sont traditionnellement enclins à suivre les informations et les programmes éducatifs le plus souvent en famille. En effet, Glevarec indique que « le rapport entre auditeurs et radios engage la question de l’identité, identité d’âge, de génération, identité sociale et de genre où l’offre en termes d’opinions, d’informations, de genres musicaux et de discours est décisive » (2017 : 6). Au Niger et plus particulièrement à Niamey, les jeunes enquêtés semblent avoir un rapport particulier avec le téléphone leur permettant généralement de se connecter sur les réseaux sociaux et d’écouter de la musique. En revanche les rapports à la radio des plus âgés n’impliquent pas forcément l’usage du téléphone. Il faut aussi souligner le poids de la tradition notamment de la religion et des discours sociaux autour des pratiques d’écoute. Il est parfois vu d’un mauvais œil qu’une personne âgée écoute de la musique. Ainsi un lien s’observe entre l’augmentation du taux de jeunes auditeurs rencontrés et la possession du téléphone mobile. On constate aussi que la plupart des auditeurs interrogés témoignent connaître d’autres personnes qui ont recours à ce dispositif pour écouter la radio : 251 personnes soit 66,8 % des enquêtés. Cela montre à quel point le téléphone mobile devient de plus en plus important pour les auditeurs comparativement aux postes transistors classiques ou à l’ordinateur6.

23En comparant les dispositifs d’écoute, on observe que 60,06 % des enquêtés écoutent la radio avec le téléphone contre 37,28 % pour le transistor. Cela montre que le téléphone mobile devient un support d’écoute indispensable notamment chez les jeunes. C’est en effet ce que pense Damome lorsqu’il souligne que « Le développement de la téléphonie mobile a également fait revenir à la radio des publics plus jeunes et plus urbains, tentés par l’écoute en mobilité, et renouvelé les moyens d’une co-construction de contenus médiatiques » (2018 : §3). La facilité de transport ainsi que de nombreux services technologiques auxquels ils ont accès (appel, banque de musique, connexion internet, jeux, etc.) renforcent l’attrait et la prédominance du téléphone par rapport au transistor (Pecqueux, 2009 : 55 ; Sonnet, 2015 : 48-50 ; Sonnet, 2012 : 190).

24Quant à Internet, seulement 2,07 % des sondés l’utilisent comme dispositif d’écoute indépendamment de la radio intégrée au téléphone. Il faut noter par ailleurs que pendant l’enquête, à l’exception de R&M et Radio Al-Ummah – qui proposent d’installer une application mobile – aucune station ne diffuse en streaming sur internet au Niger. Cela pourrait donner le résultat inverse chez les auditeurs ruraux avec qui nous avons réalisé des enquêtes qualitatives sans administrer de questionnaire et dont les données ne sont pas analysées dans le logiciel Sphinx. En effet, la plupart des populations rurales que nous avons rencontrées utilisent le poste radio pour s’informer ou écouter de la musique et semblent avoir un lien particulier avec le transistor comme le souligne S. Abba :

Le paysan nigérien l’emmène lorsqu’il va cultiver son champ. Le berger la prend pour accompagner son troupeau au pâturage. Chez les habitants des zones rurales où la tradition de voyages pédestres est encore très forte, la radio sert de compagnon de route tout le long du trajet. Certains Nigériens prétendent même que l’écoute radio leur permet de supporter plus facilement ces longues distances (2009 : 69-70).

25Que l’on utilise le transistor ou le téléphone mobile, il semble qu’au Niger la radio demeure le média clé pour la diffusion de l’information et de programmes de divertissement en zone rurale (Jouët, 1979 ; Tudesq, 2002) : les pratiques professionnelles des agriculteurs, les traditions de déplacement, l’éloignement géographique constituent des facteurs qui conditionnent les pratiques d’écoute et les représentations associées au média radio.

L’expérience de radio en mobilité en zone rurale

26Pendant notre enquête nous avons aussi rencontré des agriculteurs pour les interroger sur leurs pratiques radiophoniques sans utiliser de questionnaire mais en ayant recours à des entretiens qualitatifs permettant de recueillir des témoignages avec un magnétophone numérique (Zoom H2N). Ce choix méthodologique nous paraît le mieux adapté en zone rurale car il permet de collecter beaucoup plus d’informations sur la base de liens de confiance. Précisons d’emblée que les entretiens ont été enregistrés en période de travaux dans les champs (juin-août) et que les agriculteurs ont parfois la possibilité de choisir le type de station qui leur convient.

  • 7 Djilali Benamrane, économiste principal au bureau du PNUD à Niamey (1995 – 2002) a pour mission d’a (...)

27Avant de parler des résultats, nous allons rappeler l’histoire de la radio en zone rurale qui nous permet d’affirmer que la vocation des stations communautaires consiste à accompagner le quotidien des populations. Les animateurs s’expriment dans les langues locales comprises par les auditeurs avec lesquels ils partagent des pratiques et des réalités sociales. Le Conseil Supérieur de la Communication (CSC, crée en 1991) catégorise trois types de radio au Niger : les stations publiques d’État, les radios commerciales privées et les radios communautaires. Celles-ci, installées en milieu rural, présentent des caractéristiques remarquables en termes d’écoute en mobilité. L’histoire de la radio mobile en zone rurale nous a été racontée par Benamrane7, expert au bureau du PNUD au Niger et fondateur de la première radio communautaire du Niger. Il est l’instigateur de l’usage d’une valise mobile inspirée d’expériences menées au Canada avec des initiatives de « tribune nationale de la radio rurale » (Institut Panos, 1993 : 106) dont l’équipement technique est constitué d’une valise émettrice portative qui fonctionne à l’aide de panneaux solaires. C’est grâce à cette valise mobile à énergie solaire que la première radio rurale du Niger a été créée en 1999 à Bankilaré (région de Tillabéri).

Figure 1 : Photographie d’une valise émettrice mobile. De gauche à droite, des lecteurs CD et cassette, et une tige micro (envoyée par Aboubacar Mounkaila, directeur de radio Jeunesse FM de Goudel)

Figure 1 : Photographie d’une valise émettrice mobile. De gauche à droite, des lecteurs CD et cassette, et une tige micro (envoyée par Aboubacar Mounkaila, directeur de radio Jeunesse FM de Goudel)

28Benamrane nous a expliqué l’importance de la contribution d’une entreprise sud-africaine spécialisée dans la fabrication de postes récepteurs à manivelle c’est-à-dire qui fonctionnent sans piles ni énergie solaire. Plus tard, l’entreprise équipe les postes radio qu’elle fabrique d’un système d’alimentation au solaire combiné au système à manivelle. L’ancien fonctionnaire de l’ONU relève que, dans un premier temps, « la responsable de l’entreprise nous a offert gratuitement 100 postes […] et au bout de deux ans elle nous a donné un lot de 1000 radios ». Les populations auxquelles les récepteurs ont été distribués avaient ainsi la possibilité d’écouter la radio pendant la journée, mais aussi le soir quand il n y a pas de soleil grâce à la manivelle. Avec ce système l’auditeur en déplacement doit marquer ponctuellement des arrêts pour tourner la manivelle afin de charger sa radio. Celle-ci acquiert une autonomie d’au moins un quart d’heure au bout duquel il faut encore s’arrêter et tourner la manivelle. En plus de cette manœuvre, qui évoque un jeu d’enfant, Benamrane souligne d’autres limites du dispositif :

le poste récepteur était lourd. Il était conçu de façon solide. L’inconvénient c’est que c’était encombrant mais une personne peut le porter pour se déplacer. Mais on ne peut pas le porter à longueur de journée. Quand il y avait les heures d’émission la personne pouvait s’arrêter un moment ou ralentir ses déplacements pour écouter, surtout qu’il faut remonter la manivelle

Figure 2 : Photographie de l’un des premiers postes à manivelle de Radio Jeunesse FM de Goudel (envoyée par le directeur de la station Aboubacar Mounkaila)

Figure 2 : Photographie de l’un des premiers postes à manivelle de Radio Jeunesse FM de Goudel (envoyée par le directeur de la station Aboubacar Mounkaila)

29La radio à manivelle représente une solution adaptée aux besoins des populations car en zone rurale les difficultés économiques, l’analphabétisme et l’absence de réseau électrique (Fesneau, 2011 : 45) constituent un obstacle majeur à l’introduction des autres médias tels que la télévision. Mohamed Ali, directeur de la radio nationale du Niger, Voix du Sahel, rencontré lors de l’enquête en 2015 remarque :

Avec la radio on n’a pas peur des coupures de la Nigelec [société nigérienne d’électricité]. Vous mettez vos piles vous allez où vous voulez, sur la montagne, dans la mer vous écoutez la radio. Cela n’est pas possible avec la télé, s’il y a une coupure d’électricité il n’y a plus de télévision. Si vous n’êtes pas à votre domicile vous ne pouvez pas suivre la télévision […]

30Le soir, notamment le samedi, les jeunes ruraux se rendent souvent chez l’instituteur ou l’infirmier du village – quand celui-ci dispose d’un téléviseur – pour suivre un programme de la télévision nationale (Télé Sahel), Show du samedi soir, dans lequel des clips vidéo sont diffusés. Cette mobilité de ruraux que suscite la télévision intervient également avec la radio notamment pendant la période de retour au pays (mai-juin) des travailleurs migrants en provenance des pays côtiers de la sous-région d’où ils ramènent de gros transistors pour la qualité sonore, mais aussi pour attirer l’attention des demoiselles. En effet, Grabli note que « [p]our le propriétaire, il ne s’agissait pas uniquement de faire du bruit, mais plutôt de faire entendre sa radio afin de démontrer ou d’accroître sa puissance sociale » (2019 : 27). Les usages musicaux de la radio étaient et sont aujourd’hui encore une tendance générale dans la population rurale. Fesneau explique qu’en France à l’occasion du salon national de la Radio et de la télévision (1957), on encourageait le public à choisir un poste radio volumineux car celui-ci génère un son de meilleure qualité (2011 : 11). La pérennité du transistor n’est pas menacée en zone rurale où il reste encore prisé par la jeunesse qui la préfère au téléphone quand il s’agit de séduire les jeunes filles avec un poste résonnant à crever le tympan. Les ruraux plus âgés quant à eux, ils font cohabiter les deux supports (transistor et téléphone) pour pouvoir suivre les informations et rester en contact avec leurs proches.

  • 8 L’animateur de l’émission se déplace lui aussi pour rencontrer des agriculteurs et des éleveurs afi (...)

31Même si les habitudes d’écoute peuvent être différentes selon le lieu de résidence, la radio maintient sa place dans la société nigérienne notamment pendant la période de la compétition du sabre national – trophée de lutte traditionnelle – où les auditeurs se mobilisent autour de leurs postes transistors (écoute individuelle et collective) pour supporter les lutteurs. Parfois ils se déplacent au studio pour prendre la parole dans des émissions comme « La voix des paysans »8 ou « La voix des enfants » diffusées sur la radio communautaire Jeunesse FM de Goudel. Le type de radio est déterminant : pour les auditeurs les radios communautaires sont perçues comme appartenant à leurs territoires.

La radio aux champs et au bureau : mobilité et lien social

32Nous allons parler de trois catégories d’usagers : les agriculteurs en premier, ensuite les fonctionnaires et enfin les voyageurs. Nous différencions les catégories parce que chacune d’entre elles présente des caractéristiques singulières d’usage de la radio. Il est à noter que les ruraux représentent la plus grande part de la population nigérienne et que la radio demeure le média le plus accessible et le plus adapté à leur mode de vie. Dans la région de Tillabéri nous avons rencontré des agriculteurs dont les témoignages varient selon ceux qui apprécient le transistor aux champs et ceux qui préfèrent l’écoute à la maison après leur journée de travail. Par exemple un jeune agriculteur de Boubon auquel son père demande de nous adresser quelques mots précise : « C’est les dédicaces, la boite aux questions et la musique qui nous intéressent à la radio. Elles nous donnent de force pendant que nous travaillons surtout lorsque le soleil commence à taper fort [rires] ».

33La radio devient ainsi le principal moyen de distraction des agriculteurs. Elle leur permet d’oublier ou d’atténuer la fatigue. Dans un article publié en 2016 sur le site de la radio France Musique9, de nombreux chercheurs montrent que la musique au travail stimule la mémoire, diminue le stress et l’anxiété notamment quand il s’agit d’un travail répétitif et monotone. Parfois les agriculteurs écoutent la radio toute la journée selon l’engagement et la passion de l’auditeur. Il arrive que celui-ci devienne dépendant de son poste. Par exemple Zakari, agriculteur de Boubon qui cultive du mil évoque une liste de stations et de créneaux horaires :

Certains disent que la radio les empêche de travailler moi je leur réponds que c’est faux. Nous écoutons tout le temps la radio aux champs. On ne peut pas passer une journée entière sans savoir ce qui se passe dans son pays. Vers douze heures trente j’écoute à peu près trois radios privées : Bonferey, R&M et Sarraounia. À midi quarante cinq j’écoute Dounia, treize heures dix j’écoute Labari, treize heures trente j’écoute Ténéré, treize heures quarante cinq j’écoute Anfani et enfin j’écoute Radio Niger vers quatorze heures trente. Par jour j’écoute entre six et sept stations. Nous déplaçons le poste radio au fur et à mesure que nous avançons. Cela nous permet de suivre l’actualité sans ralentir le travail.

Figure 3 : Le poste radio de Zakari (cultivateur de Boubon) photographié pendant les travaux agricoles (2015)

Figure 3 : Le poste radio de Zakari (cultivateur de Boubon) photographié pendant les travaux agricoles (2015)

34Par ailleurs, il ressort de nos observations dans la région de Dosso que contrairement aux jeunes ruraux qui préfèrent écouter de la musique, les plus âgés préfèrent écouter la radio pour s’informer. Ainsi, ils portent un intérêt particulier aux informations relatives à la pluviométrie. Dans les journaux de 13h et de 20h de la Voix du Sahel, en période de travaux agricoles la présentation de la météo est très suivie et commentée par la communauté villageoise.

35En zone rurale lorsqu’un jeune garçon fait une visite amoureuse la nuit à sa bien-aimée habitant un autre village, il porte un poste radio (de 6 à 12 piles) qui résonne tout au long du trajet. Cela l’accompagne et marque aussi sa présence car il s’agit d’un voyage dans l’obscurité. Parfois le poste lui est prêté par un ami à l’occasion du voyage. Après la tombée de la nuit ou lors des mariages les jeunes se rendent d’un village à l’autre avec leur transistor dénommé canja (jacasseur) afin d’attirer l’attention des demoiselles. L’appropriation musicale de la radiodiffusion (Grabli, 2019) représente une habitude de jeunesse mais surtout met en évidence à quel point la radio sert de compagnon de route. Parfois le poste est transporté sur une charrette à bœufs et fonctionne avec une batterie de voiture. Ces pratiques existent toujours dans les campagnes où le transistor est le plus souvent ramené des pays de la côte notamment du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, du Ghana ou du Togo par les travailleurs migrants qu’on appelle yamma-ize. Ils apportent des cassettes d’artistes qui ont du succès et qui sont difficiles à trouver au village. La radio sert aussi de petites astuces pour faire des économies. En effet, après les travaux agricoles les yamma-ize revendent le transistor généralement dans la capitale Niamey afin que la vente couvre leurs frais de transport pour leur retour à la côte. Pour citer un deuxième exemple du succès du ghetto-blaster dans les zones rurales, lors des mariages le poste est embarqué dans des charrettes (au rythme de la musique et du vacarme amplifiés par le son du tambour d’aisselle) pour aller chercher la jeune mariée lorsque celle-ci se trouve dans un village voisin. Ce type d’usage du transistor renforce le lien social des jeunes et prolonge en ce sens les pratiques de sociabilité (Thibaud, 1992 : 101).

36Le transistor n’accompagne pas seulement les agriculteurs dans leurs travaux des champs, mais aussi les fonctionnaires au bureau et les voyageurs dans les gares en ville.

37Si toute la population et toutes les circonstances sont concernées par l’écoute radiophonique précisons toutefois que l’écoute de la radio en mobilité connaît parfois des contrastes importants entre radio d’État et radio communautaire, mais aussi entre usage spontané et usage contraint. Par exemple pendant le régime militaire de Seyni Kountché (1974-1987), il était obligatoire pour tous les fonctionnaires de suivre le journal de la Voix du Sahel de la mi-journée dans lequel le président annonce parfois des décisions importantes. Ainsi, les fonctionnaires partaient au travail avec leur poste radio. Habibou Issa, chef du service des programmes de la Voix du Sahel avec qui nous nous sommes entretenus témoigne que dans le même contexte historique un pré-indicatif d’une durée de cinq minutes – sons de petits tambours (« bitti-haray » en langue songhay-zarma) – a été introduit à la radio nationale entre 1985 et 1986 pour prévenir les fonctionnaires de l’heure du journal. Ce dispositif existe toujours, mais il est réduit à deux minutes.

38Parmi les auditeurs dont l’usage n’est pas contraint figurent notamment les voyageurs dans les gares routières. Au cours de leur voyage, soit pendant l’attente du véhicule, soit en escale, les personnes qui prennent les transports en commun organisent des écoutes collectives spontanées. Par exemple à la gare routière de Wadata à Niamey, nous avons assisté à une écoute collective de voyageurs et de petits commerçants ambulants dotés de transistors. Bien qu’ils soient de passage, donc ne se connaissant pas a priori, ils entament des interactions donnant l’impression d’être en famille. Cette complicité leur permet de commenter l’actualité politique relayée par les stations de radio. En effet, la radio introduit une complicité en facilitant des interactions entre des gens qui se connaissent et sont partenaires de travail, aussi bien qu’entre inconnus. Ce qui paraît troublant pour un observateur extérieur est le fait que certains écoutent des programmes radiophoniques tandis que d’autres suivent de la musique en petite bande avec de postes transistors à cassettes (cd, dvd). Dans une cacophonie assourdissante voyageurs et revendeurs ambulants semblent vivre dans l’euphorie. À la gare de Maradi, comme à Dosso, c’est le même type d’ambiance qui règne.

Conclusion

39L’expérience nigérienne de la radio en mobilité est commune à deux modes de vie différents, citadin et rural et à des auditeurs que distinguent notamment les usages des dispositifs d’écoute. L’usage du poste à manivelle et l’expansion de l’écoute radiophonique avec le téléphone permettent d’observer l’évolution des pratiques autour de la radio (Fesneau, 2011 : 309). Le résultat d’analyse de l’enquête avec Sphinx IQ2 montre que comparativement aux autres dispositifs d’écoute, le téléphone représente aujourd’hui le support le plus utilisé par les auditeurs urbains. Il résulte par contre de l’observation conduite en milieu rural que les agriculteurs ont plus recours au transistor qu’aux autres technologies d’écoute.

40Il faut noter par ailleurs qu’au Niger la radio est partout. L’écoute de la musique aux champs ou de l’information sous l’arbre à palabres par les populations révèle l’importance que celles-ci accordent au média sonore pour leur bien-être social. Saint Martin et Crozat indiquent en effet qu’au-delà de son caractère pratique la radio permet d’associer l’écoute à d’autres activités : « La grande liberté de mouvement que procure l’écoute radiophonique est l’un de ses principaux atouts. L’absence de visuel augmente par compensation l’aspect sensoriel de la transmission de l’information tout en acceptant la poursuite parallèle d’autres activités de la vie quotidienne » (2007 : 258). Cela montre que les auditeurs peuvent écouter la radio aussi bien en travaillant qu'en se promenant dans la rue, en gérant leurs boutiques au marché ou encore en participant à des événements festifs.

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Notes

1 Le poste transistor a été mis au point en 1947 par trois chercheurs Américains : John Bardeen, Walter Brattain et William (Fesneau, 2011: 32).

2 Les auditeurs-baladeurs est un terme employé par Pecqueux pour désigner les usagers urbains du walkman (Pecqueux, 2009 : 52).

3 Les caractéristiques (dimension, écouteurs) de l'objet et les usages du baladeur le rapprochent du téléphone. Mais il n'a pas vocation à se connecter au flux radiophonique et on peut considérer qu'il a été remplacé par le téléphone mobile. C'est pourquoi nous n'en traitons plus par la suite.

4 Voir Luc Fellot, « La technique à votre service », Sciences et vie, n°493, octobre 1958 (cité par Fesneau, 2011 : 215). Cette citation n’est pas liée au contexte africain mais elle met en relief la nouveauté du dispositif à l’époque.

5 Le nombre des catégories socioprofessionnelles ayant participé à l’enquête est de 376 dont 163 étudiants, 73 salariés, 72 sans-emplois et 68 femmes au foyer.

6 Précisons que cette partie de l’’enquête a été effectuée dans la capitale Niamey. Il est fort probable qu’on aurait eu le résultat inverse dans les zones rurales, en excluant bien évidemment l’usage de l’ordinateur.

7 Djilali Benamrane, économiste principal au bureau du PNUD à Niamey (1995 – 2002) a pour mission d’aider le gouvernement à monter des programmes de développement, mais aussi de trouver des financements – à travers l’organisation de la table ronde des bailleurs de fonds, mécanisme de mobilisation des partenaires financiers – pour la réalisation des programmes. Auparavant, dans les années 1980, il était conseiller du gouvernement burkinabè principalement du président Thomas Sankara pour le compte du PNUD. À partir de 1999 il initie les premières radios rurales du Niger (témoignage recueilli le 7 mai 2019 à Paris).

8 L’animateur de l’émission se déplace lui aussi pour rencontrer des agriculteurs et des éleveurs afin de recueillir des témoignages.

9 Lien de l’article : https://www.francemusique.fr/actualite-musicale/travailler-en-musique-qu-en-pense-la-science-790. Page consultée le 02 août 2018.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 : Photographie d’une valise émettrice mobile. De gauche à droite, des lecteurs CD et cassette, et une tige micro (envoyée par Aboubacar Mounkaila, directeur de radio Jeunesse FM de Goudel)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/1942/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 68k
Titre Figure 2 : Photographie de l’un des premiers postes à manivelle de Radio Jeunesse FM de Goudel (envoyée par le directeur de la station Aboubacar Mounkaila)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/1942/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 48k
Titre Figure 3 : Le poste radio de Zakari (cultivateur de Boubon) photographié pendant les travaux agricoles (2015)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/docannexe/image/1942/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 584k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Idé Hamani, « Pratiques radiophoniques en mobilité en Afrique subsaharienne : les usages du poste transistor et du téléphone mobile au Niger »RadioMorphoses [En ligne], 7 | 2022, mis en ligne le 29 novembre 2022, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/radiomorphoses/1942 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/radiomorphoses.1942

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Auteur

Idé Hamani

Doctorant à l’université de Bourgogne Franche-Comté, Laboratoire ELLIADD EA 4661. Adresse mail : hamanide[at]yahoo.fr

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Droits d’auteur

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