Navigation – Plan du site

AccueilNuméros14Comptes rendusMaddalena Bonelli (éd.), Physique...

Comptes rendus

Maddalena Bonelli (éd.), Physique et métaphysique chez Aristote

Pinelopi Skarsouli
p. 346-349
Référence(s) :

Maddalena Bonelli (éd.), Physique et métaphysique chez Aristote, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 2012 (Bibliothèque d’histoire de la philosophie), 308 pages, ISBN 978-2-7116-2455-3

Texte intégral

1Les études recueillies dans cet ouvrage collectif sont issues, dans leur grande majorité, de communications et de débats dans le cadre du séminaire du « Centre Léon Robin de Recherches sur la Pensée Antique » (UMR 8061, Université de Paris IV-Sorbonne, CNRS et ENS), consacré, pendant les années 2005-2007, à la Physique et la Métaphysique chez Aristote.

2Les contributions, rédigées ou traduites en français, sont soigneusement struc­turées et caractérisées par une argumentation claire et approfondie. Elles portent presque toutes sur ces deux questions importantes : 1) quel est le contenu de la science ou discipline qui sera appelée plus tard « métaphysique » ? On pourrait ajouter : est-il possible d’établir un lien entre les sujets métaphysiques à première vue disparates abordés dans le livre d’Aristote qui porte ce nom ? 2) Quel est plus exactement le rapport entre physique et métaphysique chez Aristote ?

3Ainsi, après la préface de Maddalena Bonelli, les études sont présentées selon un ordre qui prend son point de départ dans l’Organon, en passant par la Méta­physique (qui constitue l’objet de la plus grande partie d’entre elles) pour arriver à la Physique, au De anima et aux ouvrages biologiques, tandis que la dernière contri­bution porte sur Alexandre d’Aphrodise. L’ouvrage se clôt par une bibliographie et trois index très utiles : sources, noms et notions.

4Au tout début, la contribution de Curzio Chiesa (p. 19-37), intitulée « Le problème de l’être dans le De interpretatione (chapitre 11) », qui offre une analyse détaillée du traitement aristotélicien de la question du passage de « Homère est un poète » à « Homère est » ; plus précisément, Aristote bloque ce genre d’inférence. Cela pose le problème de la différence entre « est » prédiqué « par accident » et « est » prédiqué « par soi ».

5Stephen Menn, dans l’article suivant, intitulé « La sagesse comme science des quatre causes ?» (p. 39-68), se concentre sur la définition de la σοφία au livre A de la Métaphysique dont la leçon serait plutôt négative, à savoir que les prédécesseurs d’Aristote ont jusqu’à maintenant échoué à découvrir la sagesse, surtout parce qu’ils ont échoué à découvrir la bonne ἀρχή et à y reconduire les choses comme à leur cause finale. Quant à la sagesse aristotélicienne, le livre A ne nous donne au­cune raison de croire qu’elle sera une science de l’ensemble des quatre causes. En effet, l’étude en question démontre, en analysant plusieurs passages de la Méta­physique et de la Physique, que la sagesse sera pour Aristote la science des seules causes efficiente et finale, et plus précisément, la science des premières causes effi­cientes et finales, et des plus élevées. Cela lui permet de résoudre la première aporie du livre B et de répondre aux attentes concernant la sagesse que le livre A avait suscitées.

6Les deux articles suivants portent sur la métaphysique en tant que science des êtres, en prolongeant ainsi la tentative de préciser l’objet qui est « au-delà » de la physique, ainsi que le statut et le contenu de la science qui s’en occupe. Jonathan Barnes, dans « La science des êtres » (p. 69-91), s’arrête sur la première phrase du livre Γ de la Métaphysique et sur le sens de l’expression « être en tant qu’être ». La question qui se pose est la suivante : en quoi consisterait l’étude de l’être en tant qu’être ? Quel pourrait être le contenu d’une telle science ? Une première réponse serait que la science des êtres s’intéresse à ce qui appartient aux êtres en eux-mêmes et s’efforce de présenter sous une forme systématique les vérités qui en découlent. Cependant, si l’on considère les trois critères d’une preuve établis dans les Seconds Analytiques, la science des êtres devient très problématique, car il est extrêmement difficile d’en déterminer le genre, ainsi que les caractéristiques ou accidents es­sentiels. Le reste de l’article démontre de quelle façon on pourrait, malgré tout, dé­fendre la conception aristotélicienne de la science en question. L’article de Juliette Lemaire, « Aristote : contradiction et métaphysique » (p. 93-112), se concentre quant à lui sur l’étude du contenu ainsi que des différentes formulations du prin­cipe de contradiction dans le livre Γ de la Métaphysique.

7Après la science des causes et la science des êtres, c’est la science des substances, en tant que concept de la métaphysique aristotélicienne, qui constitue l’objet des contributions qui suivent. Dans « Substance et essence en Métaphysique Z, 6 : quelques observations » (p. 113-131), David Charles examine les remarques d’Aristote aux chapitres 4 à 6 de Métaphysique Z sur la relation entre certaines substances et leur essence. Il analyse d’abord les apories qui résultent de l’idée ré­pandue selon laquelle il s’agirait d’une identité numérique, pour arriver enfin à la conclusion que pour Aristote, la relation entre substance et essence dépend d’une forme particulière de la relation de prédication : celle dans laquelle l’essence fait qu’une chose est ce qu’elle est. Il n’y a donc pas lieu de dire ce qu’est une espèce indépendamment de son essence.

8Les autres articles sur la science des substances portent sur le livre Λ de la Métaphysique : celui de David Lefebvre, « La question de l’unité d’une science des substances : interprétations de Métaphysique, Λ, 1, 1069a36-b2 » (p. 133-174), aborde la question de la relation entre physique et métaphysique en se concentrant (comme indiqué dans le titre) sur une phrase qui se trouve à la fin du chapitre 1 du livre Λ. À la suite d’une analyse détaillée des questions textuelles (la leçon notam­ment des manuscrits C et M), grammaticales et philosophiques liées à cette phrase, la traduction du passage proposée est la suivante : « Celles-là <les substances sen­sibles, corruptibles ou éternelles> relèvent donc de la physique (car elles s’ac­compagnent du mouvement), mais celle-ci <la substance immobile> relève d’une autre <étude>, s’il est vrai que, pour eux, il n’existe aucun principe qui soit commun <scil. à ces deux sciences> ». Le propos d’Aristote ici ne serait donc pas d’affirmer la différence entre deux sciences, la physique et la philosophie première, mais de tirer avant tout les conséquences épistémologiques de la séparation de la substance immobile revendiquée par les platoniciens (1069a 33-34), ou encore de leur échec à rendre compte de la relation entre les substances immobiles et les êtres sensibles.

9L’article de Jean-Baptiste Gourinat de son côté, « Le premier moteur selon Physique, VIII et Métaphysique, Λ : physique et philosophie première » (p. 175-206 avec un tableau comparatif en annexe), porte sur le traitement du premier moteur au livre VIII de la Physique et en Métaphysique Λ et explique son appa­rition dans ces deux contextes différents. Dans les deux cas, dans Λ 6 comme dans le livre VII et la première partie du livre VIII de la Physique, Aristote adopte finale­ment l’hypothèse d’un premier moteur acte pur et immatériel, qui meut en tant que cause finale. En ce qui concerne les différences entre la façon dont le philo­sophe décrit le premier moteur dans la Physique et dans Λ, elles tiennent seulement à la différence entre un traitement physique qui étudie le premier moteur en tant que moteur, et le traitement métaphysique qui l’étudie en tant que substance.

10La contribution de Suzanne Husson, « L’aporie d’une physique universelle : un commentaire de Parties des animaux I, 1, 641a32-b10 » (p. 207-237), aborde à son tour la question de la délimitation de l’objet propre d’une science, du côté cette fois de la physique. Dans le passage des Parties des animaux qui se trouve au centre de cette étude, Aristote, en appliquant à l’étude de l’âme le « principe de cor­rélation » (selon lequel l’étude des relatifs réciproques appartient à une même science), se trouve face à une conséquence inacceptable : une sorte de physique universelle qui engloberait tous les objets de la connaissance, dont ceux des mathé­matiques et de la science première. Afin d’y échapper, Aristote entreprend de montrer que l’intellect n’est pas une nature. Une solution plus simple et entière­ment aristotélicienne (dont l’absence ici témoigne, selon l’auteur, du fait que le passage des Parties des animaux en question appartient à un premier état de la réflexion aristotélicienne) aurait été d’accepter que plusieurs sciences s’occupent du même objet, mais selon des caractéristiques différentes.

11Cristina Viano, dans son article « États du corps, états de l’âme, “matière” du caractère : Aristote et la doctrine des qualités affectives » (p. 239-257), propose une analyse qui concerne de nouveau l’âme, cette fois en tant qu’objet de la phy­sique. À travers l’analyse de la notion des qualités affectives au chapitre 8 des Caté­gories et en Physique VII, 3, est démontrée l’importance de l’élément matériel non seulement dans la constitution physique du corps mais aussi dans la formation du caractère moral. Plus précisément, sont posées et étudiées les questions suivantes : 1) comment les qualités affectives de l’âme fonctionnent-elles et à quel niveau agissent-elles ? 2) Comment naissent-elles ? 3) Quel rôle jouent-elles dans la déter­mination du caractère individuel de l’homme ?

12La dernière contribution de l’ouvrage est celle de Maddalena Bonelli, intitulée « Alexandre d’Aphrodise et la philosophie première » (p. 259-275). Sont analysés les deux passages principaux qui nous permettent de déterminer ce qu’Alexandre entend par « philosophie première » au sein de son commentaire de la Méta­physique d’Aristote. Ces deux passages semblent être en conflit : le premier (Alex., in Metaph., p. 245, 33-246, 13) présente deux philosophies premières, avec deux sens de « premier », tandis que le deuxième (Alex., in Metaph., p. 266, 2-14) établit de façon orthodoxe qu’il y en a seulement une et un seul sens de « pre­mier ».

13Pour conclure, cet ouvrage fait connaître à un public élargi les actes du sé­minaire du Centre Léon Robin, tout en constituant un instrument précis pour le travail spécialisé sur une série de questions cruciales pour la pensée aristotélicienne. La discussion en profitera sans doute beaucoup.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Pinelopi Skarsouli, « Maddalena Bonelli (éd.), Physique et métaphysique chez Aristote »Philosophie antique, 14 | 2014, 346-349.

Référence électronique

Pinelopi Skarsouli, « Maddalena Bonelli (éd.), Physique et métaphysique chez Aristote »Philosophie antique [En ligne], 14 | 2014, mis en ligne le 01 novembre 2018, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/853 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.853

Haut de page

Auteur

Pinelopi Skarsouli

CNRS, UPR 76, Centre Jean Pépin

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search