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Vladimír Mikeš (éd.), Plato’s Cratylus : Proceedings of the Eleventh Symposium Platonicum Pragense

Leiden, 2022 (Brill’s Plato Studies, n°8), xii-210 p., ISBN : 978-90-04-47301-0
Cássio Mercier Ramos
Référence(s) :

Vladimír Mikeš (éd.), Plato’s Cratylus : Proceedings of the Eleventh Symposium Platonicum Pragense, Leiden, 2022 (Brill’s Plato Studies, n°8), xii-210 p., ISBN : 978-90-04-47301-0

Texte intégral

1L’ouvrage est un recueil des actes du onzième symposium platonicien à Prague, tenu les 9 et 10 novembre 2017. Vladimír Mikeš, dans l’avant-propos (p. VII), rappelle que le Cratyle est un dialogue qui, en général, n’a pas réussi à occuper une position de prééminence, ou à être reconnu pour son importance dans l’interprétation de la philosophie de Platon. La cause, possiblement, se trouverait dans le fait que les différents sujets abordés tout au long de la discussion – tels que les parties du discours, la nature des actions, la théorie du flux de toutes choses – aucun d’entre eux n’a une interprétation consensuelle. Autrement dit, sur bon nombre de ces questions, on peut difficilement être sûr de la position que Platon entendait défendre. En effet, même le thème central du dialogue, la controverse sur « la rectitude des noms », fait l’objet d’intenses débats et de désaccords de la part des commentateurs. C’est précisément ce contexte d’apparente incompréhension qui donne naissance à cet ouvrage et qui est résumé dans le titre de l’avant-propos : « Making Sense of the Cratylus ».

2La première contribution, due à Steffen Lund Jørgensen, est une tentative de réhabiliter Hermogène en tant que disciple de Socrate et d’en tirer quelques conclusions. L’auteur constate que le début du dialogue est souvent négligé, comme s’il s’agissait d’une simple introduction de peu d’importance, alors qu’il renferme en réalité un contenu philosophique substantiel (p. 3), par exemple toute la discussion sur la forme des noms, qui n’a de sens que si l’on suppose qu’Hermogène a déjà une certaine connaissance des théories socratiques (p. 21). Jørgensen défend la thèse selon laquelle le Cratyle dans son ensemble doit être lu comme un dialogue socratique, ce qui permettrait d’attendre, selon lui, une participation des interlocuteurs à un mouvement de construction dialectique et, peut-être, de mieux comprendre la raison de l’échec de la discussion à la fin du dialogue.

3Dans son article intitulé « Why the Cratylus Matters », Ademollo propose une lecture du Cratyle visant à souligner que bon nombre de ses problématiques sont en réalité très proches des enjeux philosophiques contemporains. Étant donné le caractère audacieux de cette interprétation, l’auteur a cherché, dans le cadre limité d’un article, à présenter à nouveau certains des points centraux du Cratyle, comme la possibilité de dire un nom vrai ou faux (p. 29 ; Crat. 385c), et à les interpréter à la lumière de la distinction entre sens et référence dans la philosophie de Frege et la contre-argumentation de Kripke. Cette proposition, même si elle n’a été que partiellement réalisée, vise à illustrer les possibles contributions que ce dialogue pourrait encore apporter aux débats philosophiques modernes.

4Francesco Aronadio explore la relation entre l’intentionnalité et la référentialité dans le Cratyle, mettant en évidence les complexités du langage en tant qu’outil de communication et de représentation de la réalité. L’auteur examine le cadre conceptuel de Platon, en se concentrant particulièrement sur le verbe dianoeisthai en tant qu’élément clé pour comprendre l’intentionnalité. En effet, selon Aronadio, ce verbe signifie la direction structurelle des éléments linguistiques vers autre chose qu’eux-mêmes, illustrant la vision de Platon selon laquelle le langage est intrinsèquement orienté vers des référents externes (p. 49). De plus, l’article présente quelques implications de cette lecture pour une interprétation épistémologique de la doctrine du Cratyle et du Sophiste.

5Dans sa brillante étude, Vladimír Mikeš met en évidence les limites de la thèse conventionnaliste que Socrate semble soutenir à la fin du dialogue, en argumentant que quelque chose du naturalisme doit demeurer pour que la relation entre les noms et les nominata soit compréhensible. Le point principal de l’article réside dans la discussion sur la forme des noms, car cette forme peut manifester une structure rationnelle derrière les noms. Selon l’auteur, c’est précisément cette structure qui sert de base à la compréhension de la sémantique platonicienne (p. 81). En ce sens, Mikeš soutient que la proposition d’une forme pour les noms n’est pas rejetée dans la discussion finale avec Cratyle, mais qu’elle a été réinterprétée, abandonnant tout lien avec la matérialité phonétique pour être totalement intériorisée dans l’acte même de penser les noms.

6Poursuivant la discussion sur la forme des noms, Anna Pavani présente une lecture perspicace qui distingue cette forme des autres « formes platoniciennes », tout en rejetant son interprétation comme sens des mots. En analysant l’analogie entre la production de la kerkis et la production du nom, l’auteur soutient que l’aspect naturel des noms, le pephykos onoma, doit être compris comme un concept (p. 103). La différence entre meaning et « concept » est mise en évidence, car meaning est nécessairement lié au langage, alors que, selon Pavani, le « concept » peut être compris de manière non-linguistique (p. 103).

7Jakub Jinek propose une interprétation audacieuse des noms des dieux discutés dans les étymologies, exposant comment ces noms peuvent être lus à travers une lumière métaphysique. Bien que tout le monde ne soit pas nécessairement convaincu par ce type d’entreprise spéculative, Jinek avance néanmoins quelques points intéressants, notamment en ce qui concerne les implications cosmologiques de certaines des étymologies qui peuvent être lues en parallèle avec d’autres dialogues. Dans le même esprit, la contribution d’Olof Pettersson propose une interprétation du Cratyle à partir de l’étymologie du dieu Hermès. L’auteur soutient que les trois termes utilisés pour décrire le langage par rapport à Hermès – commercial, voleur et trompeur (Crat. 408a) – sont une clé pour comprendre la fin du dialogue et sa structure comique. La vision de Pettersson est, à cet égard, assez différente de « l’optimisme linguistique » que nous pouvons trouver dans certaines des autres contributions.

8Mariapaola Bergomi cherche à expliciter, dans son article, la relation entre le dialogue Cratyle et le sophiste Gorgias, en particulier en ce qui concerne son traité Peri tou me ontos. L’auteur soutient que le conventionnalisme de Gorgias a eu une influence déterminante sur la discussion contre le naturalisme présente à la fin du dialogue. En fait, elle souligne que tant Platon que Aristote semblent faire usage du traité de Gorgias sans le mentionner directement, peut-être comme une stratégie d’ « interprétation et d’appropriation » (p. 149). Les éléments textuels que Bergomi apporte pour corroborer sa vision sont assez convaincants et méritent d’être notés, contribuant à éclairer l’argumentation en faveur du conventionnalisme.

9Dans « Quelques Différences entre le Cratyle et le Sophiste », Frédérique Ildefonse se penche sur la relation entre ces deux dialogues, spécialement en ce qui concerne la question de la vérité dans le discours et de la distinction entre logos et legein. En effet, l’auteur met en évidence que, dans le Sophiste, la vérité est toujours un attribut de l’énoncé, mais, dans le Cratyle, Socrate semble admettre que la vérité puisse résider dans le nom en tant que plus petite partie du discours (Crat. 385c). Ildefonse enrichit beaucoup cette discussion en montrant comment ces deux compréhensions de la relation entre logos et vérité se sont développées dans l’Antiquité, préparant certaines des doctrines stoïciennes en ce qui concerne le langage et la logique, et notamment en ce qui concerne le concept de lekton (p. 164).

10La dernière contribution, due à Filip Karfík remplit très bien son rôle qui est de clôturer ce recueil d’actes, car elle se concentre sur le point culminant du Cratyle : la possibilité de connaissance au-delà des noms. En effet, l’auteur montre comment la présupposition de cette question réside dans la discussion sur le flux de toutes choses, et le postulat de la possibilité d’une nature fixe. Cette discussion réapparaît dans le Théétète et le Sophiste, nous permettant de voir encore plus clairement la relation entre la théorie du langage et l’ontologie chez Platon. En ce sens, Karfík soutient que c’est précisément parce que le Sophiste établit de nouvelles bases pour une ontologie qui rompt avec l’opposition entre la fluidité totale et les réalités fixes, qu’est rendue possible une nouvelle vision du langage (p. 183). L’accent que l’auteur met sur les différences entre le Cratyle et le Sophiste est très significatif dans le sens où il montre à quel point les problèmes du Cratyle n’ont pas encore été pleinement expliqués et compris et, en ce sens, combien il est encore nécessaire to make sense of the Cratylus.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Cássio Mercier Ramos, « Vladimír Mikeš (éd.), Plato’s Cratylus : Proceedings of the Eleventh Symposium Platonicum Pragense  »Philosophie antique [En ligne], Comptes rendus en pré-publication, mis en ligne le 05 avril 2024, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/7844

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Auteur

Cássio Mercier Ramos

Pontifícia Universidade Católica de São Paulo

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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