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Comptes rendus

F. Ogereau, Essai sur le système philosophique des stoïciens

La Versanne, Encre Marine, 2002 (Félix Alcan, 1885), 380 pages.
Thomas Bénatouïl
p. 213-215
Référence(s) :

F. Ogereau, Essai sur le système philosophique des stoïciens, La Versanne, Encre Marine, 2002 (Félix Alcan, 1885), 380 pages.

Texte intégral

1Parmi les historiens français du stoïcisme antérieurs à Bréhier, on connaît généralement aujourd’hui Ravaisson, Brochard et Rodier, mais on ignorait Ogereau (O.) jusqu’à cette réédition récente de son ouvrage sur le stoïcisme. Or l’intérêt de cette étude est loin de se li­miter à l’historiographie de l’histoire française de la philosophie an­tique. O. présente de manière éclairante et intéressante l’ensemble du système stoïcien, de sa naissance à ses derniers représentants. On pourrait examiner comment les choix qu’O. fait parmi les témoi­gnages, sa négligence à l’égard de certains (comme ceux de Philon ou Galien) affectent son interprétation. O. ne dispose en effet pas des Stoicorum Veterum Fragmenta d’Arnim (publiés en 1903), qui ont telle­ment facilité l’étude du stoïcisme hellénistique. Mais cela rend d’au­tant plus impressionnante la reconstruction d’O., qui, dans l’en­semble, puise toujours aux meilleurs sources (ses nombreuses cita­tions en grec et latin sont traduites en notes par J.-B. Gourinat).

2Son premier chapitre est consacré à la naissance du stoïcisme à l’époque et dans la vie de Zénon de Cittium. O. aperçoit chez lui le « principe constitutif » du stoïcisme, d’origine cynique : la « tension [est] le fond essentiel de tout être » (p. 51). Il y ajoute un axiome, une « loi de développement » de ce principe, selon laquelle « entre ce qui subit et ce qui impose une modification, entre le passif et l’actif, il ne saurait y avoir ni complète similitude ni absolue différence » (p. 52). Or cette règle est tirée d’Aristote (De gen. et corr. I, 7, 324a) ! O. réduirait-il le stoïcisme à un décalque ou un prolongement de l’aris­totélisme ? Certaines de ses expressions le laissent entendre, mais il prend en réalité toujours soin de mettre en lumière la spécificité du stoïcisme et la manière dont celui-ci n’emprunte des thèses à Platon ou Aristote qu’en se les appropriant de manière originale (voir par exemple p. 80, 83, 119, 180, 202).

3Dans ses deux premiers chapitres, O. présente ainsi l’ontologie et la cosmologie stoïciennes comme des mises en œuvre de « l’axiome » fondamental du Portique. O. aborde ensuite la conception de l’homme (de sa naissance à sa mort), puis la logique stoïcienne, c’est-à-dire le critère de la vérité et la dialectique (chapitres V & VI). Le pre­mier propose des développements intéressants sur la sensation comme activité (p. 163) ou l’examen fondant l’assentiment, (p. 171), alors que le second offre les seuls exemples d’injustice commise par O. à l’égard des stoïciens : leur analyse du langage et du raisonnement demeure en effet selon lui « imparfaite » (p. 198, 225), et il approu­vera Panétius et le stoïcisme impérial de l’avoir négligée (p. 361). C’est évidemment sur ce point que la lecture d’O. diffère le plus de celles qui se sont développées depuis un demi-siècle, avec la redécouverte de l’originalité de la logique stoïcienne.

4Dans le chapitre VII consacré au « souverain bien », on est aussi surpris par le peu d’attention d’O. pour la notion d’oikeiosis, sur l’im­portance de laquelle on insiste aujourd’hui tant, parfois d’ailleurs avec excès. En revanche, O. montre bien (contrairement à ce que fera Ro­dier par exemple) l’équivalence des différentes formules stoïciennes de la fin (p. 242, 246, 260) et les rapports précis qui existent entre ac­tions droites et actions convenables (p. 265 sq.), les secondes ne cons­tituant pas un type d’actions réservé aux non-sages. Les deux chapitres suivants, sur « le sage-la cité » et « théodicée et religion », présentent des doctrines importantes du Portique, dont O s’emploie à rendre compte malgré leur caractère paradoxal. Enfin, dans un dernier cha­pitre sur « la conservation de la doctrine primitive chez les derniers stoïciens », O. prétend montrer que Panétius, Posidonius puis Sé­nèque, Épictète et Marc Aurèle sont restés fidèles à la doctrine stoï­cienne et ne l’ont modifiée que sur des points mineurs. O. affirmait d’ailleurs déjà en commençant que la doctrine stoïcienne a grandi sans jamais changer ses principes ni sa forme (p. 66, 73). Ce jugement a été depuis nuancé par un examen des témoignages plus attentif à leur diversité, aux débats des stoïciens avec leurs rivaux et aux contributions spécifiques de chaque scholarque à la construction du système. Toutefois, personne n’admet plus les divisions tranchées de l’histoire du Portique qu’O. contestait déjà. Il le faisait parce qu’il per­cevait la cohérence profonde et spécifique d’un système où la pensée ne s’accomplit jamais par une purification mais dans l’étreinte de la matière du monde : « La vigilante Providence de Dieu et la diligente économie du sage, en s’étendant, l’une à l’administration des plus in­fimes détails, l’autre à la direction minutieuse de tous les actes de la vie, loin de se perdre, se réalisent et se conservent, comme la qualité s’actualise en pénétrant dans toutes les parties de la substance, comme l’âme exerce son activité en se répandant dans tout le corps » (p. 304).

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Pour citer cet article

Référence papier

Thomas Bénatouïl, « F. Ogereau, Essai sur le système philosophique des stoïciens »Philosophie antique, 3 | 2003, 213-215.

Référence électronique

Thomas Bénatouïl, « F. Ogereau, Essai sur le système philosophique des stoïciens »Philosophie antique [En ligne], 3 | 2003, mis en ligne le 18 juillet 2023, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/7357 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.7357

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Auteur

Thomas Bénatouïl

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Droits d’auteur

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