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Comptes rendus

Anne Banateanu, La théorie stoïcienne de l’amitié. Essai de reconstruction

Paris/Fribourg, Éditions du Cerf/Éditions universitaires de Fri­bourg, 2001, 236 p. (Vestigia)
Thomas Bénatouïl
p. 211-213
Référence(s) :

Anne Banateanu, La théorie stoïcienne de l’amitié. Essai de reconstruction, Paris/Fribourg, Éditions du Cerf/Éditions universitaires de Fri­bourg, 2001, 236 p. (Vestigia)

Texte intégral

1Bien qu’il existe plusieurs ouvrages français connus concernant les conceptions antiques de l’amitié, ceux-ci ont eu tendance à être sévères avec le stoïcisme et à soutenir qu’il s’intéresse peu à l’amitié. L’ouvrage d’Anne Banateanu (A. B.) vient corriger opportunément cette image inexacte. Il possède avant tout de très grandes vertus pé­dagogiques, comme le montrent nettement son plan et sa méthode. Loin de présenter une interprétation globale et définitive de la théo­rie stoïcienne de l’amitié, A. B. guide le lecteur pas à pas dans son « essai de reconstruction », sans hésiter à présenter les échafaudages et les matériaux bruts qui permettent de la mettre en œuvre. Après une introduction établissant les objectifs et la méthode de la recoins­truction, A. B. consacre son premier chapitre aux différents auteurs des témoignages sur la doctrine stoïcienne de l’amitié, qu’ils soient ou non stoïciens (Cicéron, Plutarque, Sénèque, Sextus, Stobée, etc.). Sans prétendre renouveler la connaissance de ces auteurs, A. B. four­nit une bonne présentation de ces intermédiaires incontournables, qui nous présentent l’ancien stoïcisme en l’accommodant à leurs inté­rêts intellectuels. Dans les autres chapitres, A. B. examine tous les té­moignages sur la conception stoïcienne de l’amitié. Elle prend soin de citer chacun d’entre eux en grec ou en latin, de le traduire puis d’en expliciter le sens ; de plus chaque fragment ou témoignage est numéroté, ce qui permet d’établir des index clairs. Dès lors, l’ouvrage d’A. B. peut être utilisé comme un recueil des témoignages sur l’ami­tié stoïcienne.

2Comment ceux-ci sont-ils classés dans les sept chapitres qui les examinent ? Plutôt que d’imposer un ordre externe aux textes, fondé sur les problèmes qu’ils posent, A. B. regroupe les témoignages en fonction de la manière dont ils évoquent l’amitié : les uns la défi­nissent, les autres la mentionnent comme un exemple de biens d’une certaine espèce, d’autres abordent l’amitié comme élément d’un genre de vie, les derniers distinguent différentes formes d’amitié. À ces quatre types de textes correspondent les chapitres 2 à 5. Là en­core, A. B. a le grand mérite de montrer concrètement comment doit être étudiée toute notion stoïcienne : en s’attachant aux différents contextes dans lesquels elle est présentée dans les témoignages et à leurs liens avec les principes du stoïcisme. L’amitié est ainsi située précisément dans la cohérence du réseau conceptuel de la morale stoïcienne. On notera toutefois une interprétation excessive du fait que l’ami fait partie des « biens instrumentaux » ou « producteurs » (poietika) : cela n’implique pas, me semble-t-il, que l’ami soit indispen­sable pour accéder à la vie vertueuse (p. 78, 83, 204), mais simplement que l’ami, s’il est présent, contribue à faire le bonheur du sage.

3À partir des fondations établies dans les cinq premiers chapitres, A. B. propose un examen des thèses plus complexes des stoïciens sur l’amitié dans ses trois derniers chapitres, consacrés respectivement à la « société universelle du genre humain », à l’amitié qui lie les sages entre eux et à l’amitié qui les lie aux dieux. Outre une évocation de certains problèmes que posent ces doctrines paradoxales, on trouve dans ces chapitres des analyses éclairantes sur des questions originales et utiles : la différence entre l’homme comme « animal social » et comme « animal politique » (p. 98-100), l’histoire politique de la vertu de philanthropie (p. 120-122) ou les nuances entre les termes sophos et spoudaios employés par les témoignages à propos du sage (p. 167-170). En revanche, la thèse selon laquelle les stoïciens sont les premiers « philosophes des droits de l’homme » reste moins convaincante (p. 147-151). Par ailleurs, on peut s’interroger sur les rapports exacts entre amitié et philanthropie (p. 152, 156, 158, 203) : si le nombre d’amis du sage peut être accru jusqu’à englober le genre humain tout entier, que reste-t-il de l’amitié comme pratique ? Il s’agit là de l’un des problèmes qui ont conduit les commentateurs à juger que les stoïciens vidaient l’amitié de tout contenu : A. B. montre qu’il n’en est rien et aurait pu enrichir son interprétation en posant et traitant ce problème.

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Pour citer cet article

Référence papier

Thomas Bénatouïl, « Anne Banateanu, La théorie stoïcienne de l’amitié. Essai de reconstruction »Philosophie antique, 3 | 2003, 211-213.

Référence électronique

Thomas Bénatouïl, « Anne Banateanu, La théorie stoïcienne de l’amitié. Essai de reconstruction »Philosophie antique [En ligne], 3 | 2003, mis en ligne le 18 juillet 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/7351 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.7351

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Auteur

Thomas Bénatouïl

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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