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Richard GOULET, Etudes sur les Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive. Diogène Laërce, Porphyre de Tyr, Eunape de Sardes, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2001 (Textes et traditions, 1), 425 p.

†Stéphane Diebler
p. 173-193
Référence(s) :

Richard GOULET, Etudes sur les Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive. Diogène Laërce, Porphyre de Tyr, Eunape de Sardes, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2001 (Textes et traditions, 1), 425 p

Texte intégral

Précocement disparu, Stéphane Diebler n’aura pu voir publier ce texte. À la lecture de cette étude, commedu rappel par Philippe Hoffmann (ÉPHÉ, Ve section) de la trop brève carrière de son auteur (infra, p. 189-190), on mesurera la perte que représente sa disparition, non seulement pour ceux qui l’ont connu, mais pour la communauté savante tout entière.

  • 1  Cf. notamment H. Delehaye, Les Passions des Martyrs et les genres littéraires, Bruxelles, 1921 ; I (...)
  • 2  Cf. F. Leo, Die griechisch-römische Biographie nach ihrer litterarischen Form, Leipzig, 1901 ; D.R (...)

1Il y a trente ans, un lecteur curieux de consulter un ouvrage de synthèse sur la biographie antique se trouvait confronté à une situation étrange. D’un côté, il pouvait bénéficier des travaux consacrés à l’hagiographie tardo-antique et médiévale, un domaine où la recherche scientifique était (et est encore) extrêmement vivante et féconde depuis le début du xxe siècle, notamment sous l’impulsion des travaux des Bollandistes et du P. Hippolyte Delehaye1. D’un autre côté, et s’il cherchait un aperçu global sur la biographie profane dans l’Antiquité, il disposait bien sûr des études classiques de F. Leo, D.R. Stuart et A. Momigliano2. À les ouvrir cependant, il constatait qu’avec et malgré des perspectives et des idéologies bien différentes, ces trois ouvrages fondamentaux suivent un plan très analogue dans les grandes lignes : dans un premier (ou plusieurs) chapitre(s), leur auteur s’interroge sur les origines, sur les facteurs à l’œuvre derrière l’apparition relativement tardive d’un intérêt pour la biographie dans le monde grec et sur ce qu’on en peut dire avant la fin du ve siècle avant J.-C. ; dans un deuxième temps, il aborde les deux ouvrages fondateurs qui offrent une préhistoire du genre, l’Agésilas de Xénophon et l’Évagoras d’Isocrate ; un troisième moment ou chapitre traite de l’explosion du genre à l’âge hellénistique, une explosion qui ne nous est plus connue que par une masse de témoignages et de fragments d’époque bien plus tardive, et on en vient enfin, en quatrième lieu, à un examen de son développement dans le monde romain et sous l’Empire, en abordant plus ou moins brièvement en fin d’ouvrage Tacite, Plutarque et Suétone… et ces ouvrages laissent leur lecteur à ce point, assez paradoxalement, au point de l’histoire de la biographie où l’on commence à disposer de textes qui à la fois se réclament clairement du genre et sont intégralement conservés, et ce en grand nombre. À ce point donc, le lecteur était complaisamment laissé à lui-même et, s’il pouvait bien sûr trouver nombre d’éditions fiables et d’études ponctuelles, il devait en accomplir la synthèse lui-même, et effectuer une longue traversée sine charta avant de parvenir aux rives hagiographiques, mieux balisées.

  • 3  On signalera, entre autres, tout particulièrement M.R. Lefkowitz, The Lives of the Greek Poets, Lo (...)
  • 4  Cf., entre autres Ph. Brunet/M.-P. Noël (edd.), Vies anciennes d’auteurs grecs : mythe et biograph (...)
  • 5  Cf. G. Fowden, « The Platonist Philosopher and His Circle », Philosophia, 7 (1977), p. 359-383 ; I (...)
  • 6  Voir surtout P. Brown, « The Rise and Function of the Holy Man in Late Antiquity », Journal of Rom (...)
  • 7  Cf. P. Cox, Biography in Late Antiquity. A Quest for the Holy Man, Berkeley ; Los Angeles ; London (...)
  • 8  Cf. L. Brisson, M.-O. Goulet-Cazé, R. Goulet, D. O’Brien, Porphyre. La Vie de Plotin, t. I, Travau (...)
  • 9  Cf. P. Athanassiadi, Damascius. The Philosophical History, text with translation and notes, Athens (...)
  • 10  Cf. H.D. Saffrey & A.-Ph. Segonds, Marinus. Proclus, ou Sur le bonheur. Texte établi, traduit et a (...)

2Il n’en va plus de même aujourd’hui. Si plusieurs ouvrages et recueils récents maintiennent et poursuivent l’intérêt porté à la biographie d’époque classique et hellénistique3 et offrent pour certains des ponts qui vont jusqu’aux manifestations chrétiennes du genre4, les biographies païennes de philosophes de l’Antiquité tardive ont suscité une attention particulière. En 1977 et 1982, deux articles fondamentaux de G. Fowden5, à la suite de travaux célèbres de P. Brown6, insistaient sur le développement de la figure du « saint homme » païen que nous rencontrons dans les biographies profanes et suggéraient de tisser des liens avec l’hagiographie naissante et la fascination soudaine et massive qui est alors dévolue au Saint chrétien et à ses aléas. En 1983, P. Cox7 publiait un livre qui, autour de la biographie porphyrienne et de la Vie d’Origène par Eusèbe, interrogeait les nœuds et les rapports qui peuvent unir les deux univers. Depuis lors, toutes les biographies de philosophes néoplatoniciens ont fait l’objet, soit d’une édition nouvelle, soit d’une traduction et d’un ensemble d’études extrêmement fouillé, qui mettent à la disposition du chercheur des textes plus fiables et compréhensibles : on signalera ainsi les deux volumes monumentaux consacrés à la Vie de Plotin de Porphyre par les membres de l’UPR 76 du CNRS8, un nouveau texte, traduit et commenté, de la Vie d’Isidore de Damascius dû à P. Athanassiadi9 et, tout récemment, l’édition de la Vie de Proclus par Marinus, procurée par le P. H.D. Saffrey et A.Ph. Segonds pour la Collection des Universités de France10, accompagnée d’une introduction particulièrement approfondie et éclairante sur ce texte complexe.

  • 11  Cf. R. Goulet (ed.), Dictionnaire des philosophes antiques, 3 vols parus, Paris 1989-2000.
  • 12  Cf. M.-O. Goulet-Cazé (ed.), Diogène Laërce. Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris, 1 (...)

3Dans cette transformation du panorama, les recherches de Richard Goulet, que ce soit à titre personnel ou dans le contexte de travaux collectifs organisés par l’UPR 76 du CNRS, ont joué un rôle capital, à bien des égards celui d’un primum movens, et méritent une reconnaissance toute particulière. On songera aux recherches sur la Vie de Plotin évoquées plus haut, à la monumentale entreprise du Dictionnaire des philosophes antiques qui paraît sous sa direction (trois volumes publiés à ce jour)11, ainsi qu’à son importante participation à la précieuse traduction annotée des Vies et doctrines des philosophes illustres de Diogène Laërce, récemment parue12. Non moins fondamentale, la publication d’une multitude d’études et de recherches, dont la publication dans divers recueils et revues a accompagné ces grandes entreprises depuis vingt-cinq ans environ.

  • 13  Sur une dizaine de pages prises au hasard, on peut relever ainsi : p. 366, l. 9, « deux au trois » (...)

4Restait à dresser les linéaments d’une synthèse. Et c’est le service que rend le volume d’Études sur les Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive publié il y a deux ans par cet auteur, inaugurant une nouvelle collection à la librairie Vrin, intitulée « Textes et traditions », sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Richard Goulet et Philippe Hoffmann. Cet ouvrage réunit commodément dix-huit articles et contributions publiés dans des revues et recueils devenus pour certains assez difficiles d’accès, en leur ajoutant une étude inédite, un précieux index général et une dizaine de pages d’Addenda et corrigenda qui permettent de replacer ces études dans le contexte des développements plus récents de la recherche. Matériellement, ce premier livre de la nouvelle collection est splendide et agréable, de facture claire, aérée et maniable ; on regrettera peut-être en revanche un nombre assez important de coquilles typographiques qui suggère un manque d’acribie dans la relecture des épreuves à la composition13.

5Ces études sont réparties en trois grands ensemble, autour de la production de Diogène Laërce, de Porphyre et d’Eunape de Sardes, et précédées par une étude plus synthétique et plus importante en volume, consacrée aux Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive en général, dont je réserverai par conséquent une discussion plus détaillée pour la fin de cette recension.

  • 14  Originellement paru dans M.-O. Goulet-Cazé, G. Madec, D. O’Brien (edd.), ΣΟΦΙΗΣ ΜΑΙΗΤΟΡΕΣ, Cherche (...)

6Les travaux consacrés à Diogène Laërce s’ouvrent par deux études générales sur les Vies des philosophes. Dans « Des sages parmi les philosophes » (p. 67-77)14, l’A. établit magistralement que toute décision sur la question si disputée des sources de Diogène gagne à être précédée d’un examen de la structure de l’ouvrage lui-même et des intentions de son auteur : il parvient ainsi à déceler, notamment à partir du livre I, essentiellement consacré aux Sept Sages dans son état actuel, les vestiges d’une rédaction assez tourmentée. À partir du schéma des successions de philosophes, structuré à l’orée du livre I autour de deux traditions, ionienne (à partir d’Anaximandre, élève de Thalès) et italique (à partir de Pythagore, disciple de Phérécyde), où l’absence de Thalès à la tête de l’école ionienne ne correspond ni à la tradition ni à la présentation que Diogène en donne ailleurs dans les Vies (voir par exemple I,122 et VIII,1), et du fait que le développement consacré aux Sept Sages fait suite à la Vie de Thalès qu’il aurait dû précéder, on peut conclure que Diogène ne s’est décidé qu’en cours de rédaction à inclure un ensemble biographique dévolu aux Sages, ce qui l’a conduit à promouvoir Anaximandre à la tête de la tradition ionienne. Cette conclusion est étayée par un examen des autorités invoquées dans les biographies des Sages, qui ne recoupent pas les sources utilisées dans les autres livres. Un bouleversement rédactionnel similaire affecte la succession des socratiques : certaines déclarations de Diogène (II, 47 ; II, 65 ; II, 85) laissent en effet apercevoir un plan originel (Platon, Xénophon, Antisthène, Eschine, Phédon, Euclide, Aristippe, disciples d’Aristippe et de Phédon), où les philosophes étaient rapprochés de leur maître au lieu d’être associés à leurs élèves et à l’école qu’ils avaient pu fonder, tandis que la séquence définitive (livre II : Socrate et les socratiques ; livre III : Platon ; livre VI : Antisthène) s’est visiblement développée en cours de rédaction sur une conception tout autre. Plus généralement, il apparaît que, dans son traitement, Diogène ne s’est pas senti astreint au schéma généalogique des diadochies philosophiques qu’il s’était initialement proposé, n’hésitant pas à négliger de marquer les successions ou à inclure des philosophes entièrement étrangers à ce cadre.

  • 15  Originellement paru dans J.‑C. Fredouille, M.‑O. Goulet‑Cazé, Ph. Hoffmann, P. Petitmengin (edd.), (...)

7Dans « Les références chez Diogène Laërce : sources ou autorités » (p. 79-96)15, l’A. présente là encore une leçon de prudence et de patience, préliminaires indispensables à qui voudrait étudier les sources de Diogène à partir des milliers de références érudites présentes dans les Vies, en s’interrogeant sur leur statut et leur fonction littéraires et en envisageant la pratique de Diogène dans le cadre plus général des compilations érudites de son temps (Pamphilè d’Épidaure, Favorinus, Aulu-Gelle, Sopatros d’Apamée, Théodoret). Hors les cas où une autopsie est explicitement mentionnée, les sources immédiates ne sont que rarement précisées chez ces compilateurs, qui s’entre-citent souvent sans le dire et pour qui un nom est moins destiné à garantir l’exactitude des informations et une utilisation directe qu’à faire usage d’autorité : les références effectuées par Diogène mêlent ainsi indistinctement sources immédiates et lointaines. De plus, même lorsque des notules transmettent sur un philosophe x des informations attribuées à un auteur y et se révèlent, parce qu’elles heurtent la cohérence d’un développement, être des ajouts postérieurs, cela n’implique pas que Diogène ait complété ses notices à partir d’une lecture directe de y, et qu’il ne les ait pas reprises dans une compilation déjà mise à profit dans la première strate. Le pessimisme auquel on pourrait dès lors être conduit peut cependant être nuancé si on prend en considération la structure des Vies des philosophes et les remaniements rédactionnels qu’elle implique (voir la première étude). Plus avant, on parvient à déceler des blocs documentaires qui attestent des couches de rédaction très tardives (les lettres des Sept Sages) ou une préhistoire des Vies (les épigrammes), d’autres cas de documentation homogène pouvant par exemple être retrouvés, dans le cas des Vies des Sept Sages, dans les listes d’ouvrages poétiques, les distiques inscrits sur leur portrait, les inscriptions funéraires, ou des groupes d’apophtegmes.

  • 16  Voir, par exemple, les travaux de A. Tournon, Montaigne. La glose et l'essai, Lyon, 1983.

8Ces deux premières études générales montrent donc la nécessité et la fécondité d’une recherche qui s’attarde sur les méthodes de composition et de travail propres à Diogène, et ne peut parvenir qu’ainsi à des conclusions un peu fermes sur des questions où la critique érudite paraissait désormais réduite à une impasse. La leçon de prudence et de méthode tirée par l’A. est magistrale, et rejoint à bien des égards les acquis et les démarches de la recherche montanienne, qu’il s’agisse de la composition des Essais ou de l’usage de la documentation érudite (citations, anecdotes, etc.) qui y est pratiqué16, encore que l’A. ne dresse pas ce parallèle qui gagnerait peut-être à être poursuivi et pourrait offrir des pistes d’investigation fructueuses. D’un côté, Montaigne semble bien renouer avec des pratiques rédactionnelles antiques ; de l’autre, Diogène Laërce se révèle être, au sortir de ces deux études, une figure bien plus complexe et bien plus intéressante que celle d’un filon, à bien des égards aporétique, pour une Quellenforschung.

  • 17  Originellement paru dans J. Brunschwig (ed.), Les stoïciens et leur logique, Paris, 1978, p. 171-1 (...)
  • 18  Originellement paru dans M. Alganza Roldán, J.M. Camacho Rojo, P.P. Fuentes González, M. Villeda P (...)
  • 19  Diogène Laërce, Vies des philosophes, I116 : Φερεκύδης Βάβυος Σύριος, καθά φησιν Ἀλέξανδρος ἐν Δια (...)
  • 20  Originellement paru dans M. Joyal (ed.), Studies in Plato and the Platonic Tradition, Essays prese (...)

9Les quatre études qui suivent offrent en contrepartie des modèles de microlecture patiente et érudite, souvent bornées à l’examen d’une seule phrase de Diogène. Dans « La classification stoïcienne des propositions simples selon Diogène Laërce VII, 69-70 » (p. 92-121)17, l’A. parvient, au travers d’une étude minutieuse de la liste schématique et un peu sèche que Diogène donne de la structure des propositions simples selon les stoïciens, à combler de manière convaincante une lacune dans le texte des Vies et à retracer les linéaments d’une doctrine complexe, où l’effort déployé par les stoïciens pour réduire les innombrables manifestations linguistiques de la pensée à un nombre limité de structures fondamentales est associé à un souci manifeste de tenir compte des anomalies de la langue. Avec « Thalès et l’ombre des pyramides » (p. 123-136)18, l’A. parvient à démontrer qu’une phrase de Diogène selon laquelle Thalès aurait « mesuré les pyramides à partir de leur ombre, après (les) avoir observées lorsqu’elles sont de même grandeur que nous » (I, 27), où l’on avait souvent voulu corriger le texte sur la base du témoignage que Pline l’Ancien (H.N. XXXVI, 82) donne de cette célèbre mesure, sans pour autant permettre de conférer un sens très satisfaisant au procédé mathématique suivi par Thalès chez Diogène, prend au contraire tout son sens si on respecte le texte des manuscrits et si on prend en compte d’autres témoignages antiques, tels que celui de Plutarque dans le Banquet des Sept Sages (147a) : selon cette phrase, Thalès aurait alors, pour mesurer la hauteur des pyramides, simplement recouru au « théorème de Thalès » ! Dans l’étude inédite « Phérécyde, disciple de Pittacos ou maître de Pythagore ? » (p. 137-144), l’A. examine une phrase dans laquelle Diogène semble affirmer que Phérécyde fut l’élève de Pittacos19, une information qui, sans être impossible chronologiquement, est néanmoins assez improbable et s’accorde mal avec plusieurs données de la tradition biographique ainsi qu’avec les pratiques de Diogène lui-même dans ce livre I des Vies, et suggère de manière convaincante, sur la base d’une étude serrée de passages parallèles, la correction suivante : Ferekuvdh«  Bavbuo » Suvrio« , <ou|,> kaqav fhsin ∆Alevxandro » ejn Diadocai’« , Puqagovra » diakhvkoen. L’erreur ne serait cependant pas à attribuer à un relais dans la tradition manuscrite, mais à une confusion de Diogène lui-même, trompé par une abréviation dans une note de lecture. Enfin, dans « Trois cordonniers philosophes » (p. 145-149)20, une étude qui concerne moins directement Diogène, l’A. examine, à partir du cas d’un certain Héron, cordonnier philosophe évoqué dans les Progymnasmata d’Ælius Théon (§ 8), les témoignages, plus ou moins déformés et romancés, que nous possédons sur deux figures similaires, Simon le socratique et Philiscos, pour suggérer d’envisager une corruption du texte d’Ælius Théon, où il aurait originellement été question du cordonnier Simon. Cette conjecture, qui anéantit l’un des trois cordonniers philosophes, s’est trouvée par ailleurs confirmée après coup par la version arménienne des Progymnasmata.

10Ces quatre études, qui ont pour point commun de traiter de détails apparemment innocents et ponctuels de critique textuelle, constituent, par la réunion des cas qu’elles envisagent, une leçon de méthode qui gagnerait à être suivie plus souvent pour l’édition de textes antiques et pour l’utilisation patiente et pertinente de l’érudition – deux domaines où la pratique ne peut jamais être réduite à des préceptes mécaniques et dissociés d’une réflexion intelligente : le recours hâtif à une correction (Thalès), le conservatisme textuel (Pittacos et Héron) peuvent l’un et l’autre conduire à méconnaître le sens profond d’un texte, où l’on ne peut jamais exclure une bévue de l’auteur lui-même (Pittacos-Pythagore) et dont seul un examen approfondi et patient de ses structures rationnelles (les propositions stoïciennes) permet à l’occasion de combler les lacunes.

11Les études consacrées à Porphyre portent essentiellement sur deux ouvrages, la Vie de Plotin et le grand traité perdu Contre les chrétiens, et développent deux types d’enquête, d’une part l’exploration systématique et générale des questions de chronologie, qui permet d’éclairer et d’ajuster entre elles les différentes facettes d’un Porphyre biographe, chroniqueur et polémiste, et des microlectures d’autre part.

  • 21  Originellement paru dans L. Brisson, M.‑O. Goulet‑Cazé, R. Goulet, D. O’Brien, Porphyre. La Vie de (...)

12Dans « Le système chronologique de la Vie de Plotin » (p. 153-190)21, l’A. étudie la question épineuse et débattue de la chronologie employée par un biographe qui, savant chronographe par ailleurs, semble particulièrement soucieux d’offrir à son lecteur un ensemble d’indications, relatives et absolues, dans ce domaine, mais dont les pratiques dans la Vie de Plotin ont pu donner jour à quatre théories et ensembles de datation différents et divergents, en proposant une solution convaincante qui repose sur une étude des procédés chronographiques en usage à l’époque de Porphyre. Les problèmes sont les suivants : Porphyre calcule-t-il les durées de façon inclusive ou exclusive ? Définit-il l’année de règne à partir du dies imperii, de l’année tribunicienne ou du début de l’année civile dans le calendrier local (mais lequel ?) ? Dans le cas d’une année partagée entre plusieurs règnes, compte-t-il l’année deux fois ou bien l’attribue-t-il à un seul empereur (et procède-t-il alors par antédatation, par postdatation ou par détermination majoritaire ?) ? À partir d’un examen des différentes hypothèses possibles et de leur compatibilité avec les indications de la Vie de Plotin, l’A. parvient à établir que, pour les synchronismes, Porphyre recourt à une année civile commençant le 1er janvier et assignée à un seul empereur par détermination majoritaire ; que, pour les indications de durée, il compte chaque année contemporaine de l’événement pour une unité pleine ; que, pour calculer un âge, il recourt indifféremment au cardinal et à l’ordinal du même nombre (ce qui s’explique bien si on prend en compte la manière antique de voir les choses, selon laquelle l’anniversaire est calculé à partir du jour de la naissance, le dies natalis, qui compte pour un : il est dès lors normal d’avoir seize ans et d’être dans sa seizième année – lorsqu’on a quinze ans, pour nous). L’A. montre alors que ce système chronologique s’accorde pleinement avec des procédés contemporains (calcul de l’anniversaire) et avec des pratiques que l’on peut retrouver dans les Chroniques d’Eusèbe et de Porphyre lui-même. À terme, cette étude érudite illustre parfaitement la nécessité de ne jamais couper l’examen des problèmes chronologiques ou historiques posés par un texte donné – difficultés qu’on pourrait être tenté d’envisager dans l’absolu et sub specie æternitatis – et les méthodologies qui sont celles de la civilisation où il voit le jour, un contexte où la contradiction flagrante entre des données chronologiques peut parfois cesser d’en être une.

  • 22  Originellement paru dans L. Brisson, M.‑O. Goulet‑Cazé, R. Goulet, D. O’Brien, Porphyre. La Vie de (...)
  • 23  Originellement paru dans L. Brisson et al., Porphyre. La Vie de Plotin, t. II, op. cit., Paris, 19 (...)

13Les deux études suivantes sont consacrées au seul chapitre 22 de la Vie de Plotin. Dans « L’oracle d’Apollon dans la Vie de Plotin » (p. 191-229)22, l’A. s’interroge sur l’origine et sur le sens d’un oracle destiné, dans le cadre de la biographie porphyrienne, à garantir le succès final d’une entreprise philosophique et à confirmer la béatitude immortelle du sage. La présentation que Porphyre en donne (présentation contextuelle, citation, commentaire) s’accorde avec son intérêt pour la littérature oraculaire et avec sa pratique dans le traité Sur la philosophie tirée des oracles : rien n’engage particulièrement, donc, à voir dans cet oracle d’Apollon une invention de Porphyre. Rien ne pousse non plus à en attribuer l’origine au sanctuaire de Delphes davantage qu’à un autre centre oraculaire ou à une consultation en cadre privé, pratique particulièrement bien attestée par ailleurs pour les néoplatoniciens orientaux et d’obédience jamblichéenne. La prudence exige alors de commencer par étudier cet oracle indépendamment de l’exégèse que Porphyre en donne : et, de fait, l’A. peut ainsi y apercevoir nombre de traits (l’âme-démon, la cosmologie astrale, les rapports entre recherche philosophique et grâce divine, l’illumination, la conception de la vie ici-bas) qui cadrent mal avec les doctrines plotiniennes et porphyriennes, se rapprochent en revanche bien davantage du néoplatonisme syrien. La figure d’Amélius, retiré à Apamée à la fin du iiie siècle, prendrait alors toute son importance, comme celle du récipiendaire de l’oracle, document hétérogène au sein de la Vie de Plotin, qui pourrait convenir à tout philosophe et que le commentaire de Porphyre s’est efforcé d’appliquer à la personne singulière de Plotin en se concentrant sur de minces détails et en méconnaissant, volontairement ou non, les éléments culturels et doctrinaux qui pouvaient militer contre une telle application. Dans « Sur quelques interprétations récentes de l’oracle d’Apollon » (p. 233-244)23, l’A. répond à plusieurs objections et interprétations divergentes développées à la suite de la précédente étude, en maintenant un Sitz im Leben de l’oracle dans les milieux théurgiques d’Apamée et en revenant (a) sur la relative invraisemblance d’une origine delphique, (b) sur l’impossibilité d’une fiction porphyrienne, (c) sur la vraisemblance d’une origine apaméenne, (d) sur la structure circulaire proposée pour l’oracle, (e) sur l’absence de traits doctrinaux spécifiquement plotiniens ou porphyriens. Ce dernier point lui donne alors l’occasion de revenir sur les multiples parallèles littéraires qu’on a voulu apercevoir dans ces vers, en valorisant tour à tour les échos platoniciens, des allusions empédocléennes et des formules homériques qui suggéreraient une parfaite maîtrise de l’interprétation allégorisante développée par des néopythagoriciens comme Cronius et Numénius, et de muler un appel à la prudence dans l’identification et l’interprétation de lieux parallèles et de rapprochements littéraires, appel particulièrement bienvenu dans le cas de la littérature tardo-antique, où les échos classiques abondent et peuvent relever d’un procédé littéraire sans pliquer spécifiquement une influence isolable ou un parti pris exégétique donné. Une pratique hâtive du rapprochement permet alors de cautionner toute interprétation qu’on voudra : il conviendrait ainsi de faire plus rigoureusement le départ entre des formules homériques qui font, à cette époque, partie de la langue poétique en général et la désignent comme telle, et d’autres rapprochements plus pertinents et lourds de sens.

  • 24  Originellement paru dans la Revue de l’Histoire des Religions, 192 (1977), p. 137-164.
  • 25  Originellement paru dans l’Annuaire de l’École Pratique des Hautes Etudes (Ve section), 84 (1975-1 (...)
  • 26  Originellement paru dans Studia Patristica, 15 (1984), p. 448-452.

14L’étude sur « Porphyre et la datation de Moïse » (p. 245-266)24 revient sur des questions de chronologie, à propos du Contre les chrétiens et à partir d’un témoignage de la Chronique d’Eusèbe, selon lequel Moïse, contemporain de Sémiramis, aurait été, pour Porphyre, antérieur de huit cent cinquante ans à la guerre de Troie (fr. 40 Harnack), la datation la plus haute qu’un historien antique ait proposée et qui ne laisse pas de surprendre, eu égard à la perspective polémique de Porphyre ainsi qu’à d’autres passages eusébiens tirés de la Préparation évangélique, selon lesquels Porphyre aurait situé Sémiramis (et donc Moïse) entre quatre cents et six cents ans avant les événements de Troie. La datation haute de Moïse serait donc le résultat d’une déformation due à Eusèbe : qui plus est, le témoignage, souvent négligé, de Macaire de Magnésie peut confirmer le fait que Porphyre adoptait bien la datation basse, et qu’il s’appuyait pour y parvenir sur les Stromates de Clément d’Alexandrie. Tout en éclairant davantage les méthodes de travail de Porphyre, cette étude constitue donc aussi un avertissement profitable au lecteur et à l’éditeur de recueils de fragments tels que ceux du Contre les chrétiens : si tous les fragments sont placés sur le même plan, cela n’implique nullement pour autant que chacun représente au même degré la pensée de l’auteur auquel ils sont attribués – et chacun exige souvent une étude patiente, érudite et rigoureuse avant de livrer son sens : en d’autres termes, dans le cas du Contre les chrétiens, les fragments ne sont que rarement des extraits purs et simples, ils sont souvent colorés, sinon déformés, par la source qui nous les transmet et dont l’objet, au reste, était moins de transmettre des fragments que d’utiliser et d’informer au service de ses fins propres une documentation disponible ; bref, ils ne peuvent être soumis à des procédés de recherche par trop mécaniques. C’est une telle investigation que l’A. amorce pour le Contre les chrétiens, et avec une attention particulière pour l’Apokritikos de Macaire de Magnésie, origine du plus grand nombre des fragments de ce traité, dans les deux études intitulées « Recherches sur le traité de Porphyre contre les Chrétiens » (p. 291-293)25 et « Porphyre et Macaire de Magnésie » (p. 295-299)26, qui constituent un protocole indispensable à toute étude de l’ouvrage de Porphyre et des recherches préliminaires à une nouvelle édition de l’Apokritikos, dont on peut s’attendre à ce qu’elle rende de précieux services à la communauté scientifique.

  • 27  Originellement paru dans le Journal of Hellenic Studies, 100 (1980), p. 60-72.
  • 28  Originellement paru dans Antiquité tardive, 8 (2000), p. 209-222.

15Les cinq dernières études du volume sont consacrées à Eunape de Sardes, auteur de Vies des philosophes et sophistes ainsi que d’une Histoire au tournant des ive et ve siècles. Dans « Sur la chronologie de la vie et des œuvres d’Eunape de Sardes » (p. 303-322)27 et dans « Prohérésius le païen » (p. 323-347)28, il est avant tout question de chronologie. La première étude, par un examen attentif des indications qu’Eunape donne sur ses études à Athènes auprès du sophiste Prohérésius (commencées dans sa seizième année) et son retour à Sardes (dans sa vingtième année), propose, contre la datation traditionnelle de ce séjour dans les années 361/362-366/367 (pour une part, donc, sous le règne de Julien), de le reculer de quelques années, en 364-369, et d’établir ainsi la naissance d’Eunape en 349. Cela permet de comprendre que cet auteur promette dans les Vies de parler de Prohérésius dans une section ultérieure et non publiée de son Histoire alors que les deux premiers livres, déjà parus à ce moment, couvraient, le premier les années 270-361, et le second les règnes de Julien et de Jovien (361-364). Pour conclure cette étude, l’A. revient alors sur deux questions débattues, celle de la seconde édition de l’Histoire, pour souligner que les témoignages invoqués pour suggérer que cette seconde édition ait été confectionnée par Eunape lui-même ne cautionnent guère une telle interprétation, et la thèse de l’utilisation de cet ouvrage par Ammien Marcellin (qui implique alors une publication de l’Histoire avant 392), pour en remettre sérieusement la validité en doute. L’A. revient sur ces points dans la deuxième de ces études à propos de la figure de Prohérésius, qui, outre Eunape, fut également le maître de Basile de Césarée et de Grégoire de Nazianze, et qui aurait cessé d’enseigner à l’occasion de la loi scolaire promulguée par Julien. L’A. fait voir qu’il n’y a nullement lieu pour autant d’en faire un chrétien (aucun témoignage ne va en ce sens), ce qui lui permet de proposer une nouvelle appréciation de la législation de Julien, dirigée contre les professeurs païens critiques ou tièdes à l’endroit de la religion traditionnelle bien plus que contre les chrétiens : l’action missionnaire de l’empereur en faveur du culte traditionnel et les obstacles et atermoiements qu’elle put rencontrer auprès de païens lucides, bien conscients de la réelle prépondérance du christianisme et peu enclins à s’engager imprudemment, est replacée dans un paysage beaucoup plus nuancé et convaincant. Dans la fin de cette étude, l’A. revient alors sur les critiques qui avaient pu être formulées contre les positions soutenues dans l’article précédent, paru vingt ans plus tôt.

  • 29  Originellement paru dans Greek, Roman, and Byzantine Studies, 20 (1979), p. 161-172.
  • 30  Originellement paru dans Hermes, 110 (1982), p. 443-457.

16Avec les deux études suivantes, « Eunape et ses devanciers » (p. 349-358)29 et « Variations romanesques sur la mélancolie de Porphyre » (p. 359-372)30, l’A. se penche sur deux passages particuliers des Vies des philosophes et sophistes. Dans la première, consacrée à la préface des Vies et au tableau qu’Eunape y dresse de l’histoire de la philosophie et de ses historiographes, il montre, par une lecture détaillée de ces pages difficiles, qu’Eunape distingue quatre étapes, la période qui va des origines à Platon (traitée par Porphyre et par Sotion), une deuxième époque qui va jusqu’aux règnes de Claude et de Néron (couverte par Sotion), une période intermédiaire (jusqu’à Septime Sévère) et celle qu’il va traiter lui-même (à partir de Plotin), et qu’il avait sans doute confondu Sotion le biographe du iie siècle avant J.C. avec l’un ou l’autre de ses homonymes des ier et iie siècles de notre ère. Dans la seconde, il fait voir comment les quelques lignes de la Vie de Plotin que Porphyre consacre à son accès de mélancolie (V.P. 11, 11-19) sont développées par Eunape dans les Vies (IV, 1, 6-9) sous la forme d’un récit romancé et haut en couleur, où le biographe n’hésite pas à déformer considérablement sa source par souci du pittoresque, et rapproche cette attitude d’une série de récits et interprétations romanesques consacrés à cet épisode, en allant des auteurs chrétiens des ive et ve siècles jusqu’à Leopardi.

  • 31  Originellement parus dans l’Annuaire de l’École Pratique des Hautes Études (Ve section), 86 (1979) (...)

17La dernière de ces études, « Les intellectuels païens selon Eunape de Sardes » (p. 372-386), qui rassemble les rapports des conférences données par l’A. à la Section des Sciences Religieuses de l’École Pratique des Hautes Études pour les années 1979-198131, permet de replacer Eunape et ses biographies dans un cadre sociologique plus large. L’examen des données autobiographiques qu’il fournit permet de préciser un idéal intellectuel eunapien qui se veut l’héritier d’une triple tradition philosophique, médicale et sophistique ; dans le même temps, une étude de la préface, des sources orales dont disposait Eunape ainsi que de son traitement de la documentation écrite (la biographie de Porphyre) dessine plus nettement les contours de ses conceptions et de ses méthodes. L’A. esquisse alors un tableau de cette micro-société qui est celle des intellectuels païens d’Eunape, caractérisée par une grande unité sociologique (aristocratie), par un réseau très dense de filiations et alliances, par cette triple tradition médico-sophistico-philosophique, par une inscription géographique très nettement réservée à la moitié orientale de l’Empire et aux grands centres d’enseignement, qui se sont déplacés depuis le iie siècle. Le milieu philosophique décrit par Eunape pour la fin du IVe siècle est cependant un milieu en crise : l’enseignement de la philosophie est moins privilégié que les voies qui mènent à des professions plus rentables, la législation freine l’instruction en free lance. En contrepartie, Eunape propose une image de l’intellectuel qui est celle d’une figure jouissant d’un prestige considérable, traversée par un idéal d’ascèse et de simplicité, en retrait par rapport à la vie politique : sa vision très pessimiste de l’histoire contemporaine, dont il assigne les désastres aux chrétiens et à un châtiment providentiel, entoure et implique un incontestable idéal d’anachorétisme. Cette vision des choses se traduit aussi, au niveau des croyances et pratiques religieuses de ce groupe d’intellectuels, par un déplacement des pratiques, des temples et lieux de culte traditionnels vers des contextes privés ou clandestins, par une tendance à remplacer le panthéon classique par un monde divin moins personnalisé et plus diffus, par une vision de la religion comme sommet de la philosophie, cette dernière étant elle-même vue comme le terme le plus haut de la paideia. Derrière la valorisation de la divination et de la théurgie (avec des nuances pour cette dernière), l’archétype de l’intellectuel païen est à la fois une incarnation des valeurs sociales, intellectuelles et religieuses d’Eunape, et un être divin plus qu’un pieux païen : ses biographies tendent ainsi à décrire des visites de dieux parmi les hommes.

  • 32  Cette étude reprend et remanie le contenu de deux publications antérieures : « Histoire et mystère (...)

18Ces trois ensembles de recherches sont précédés par une étude générale sur « Les Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive » (p. 3-63)32, qui pose les jalons d’une synthèse, en tentant d’apprécier l’originalité de ces Vies tardo-antiques à partir d’un schéma tridimensionnel (axes historico-documentaire, littéraire et idéologique) qui enregistre les différentes déformations qu’elles infligent à l’essence idéale de la biographie, et les situent ainsi par rapport à cette dernière. Cet idéal est défini comme « l’exposé détaillé des épisodes essentiels de la vie d’un individu, le long d’un cadre chronologique identifiable, par un contemporain parfaitement informé, voire par l’individu lui-même jetant un regard impartial sur sa propre vie, et ceci afin de fournir une information objective » (p. 4-5). L’axe historique ou documentaire va ainsi de l’autobiographie (Libanios), au plus près de cet idéal, via la Vie rédigée par un contemporain (Porphyre, Marinus, etc.), jusqu’à la biographie séparée de son héros par plusieurs siècles (les Vies de Pythagore), et peut déterminer un écart marqué par l’invasion du merveilleux et de l’irrationnel (Eunape, Damascius) propre à l’Antiquité tardive. L’axe littéraire consigne les entorses infligées à la biographie par des modèles littéraires voisins, qui peuvent notamment en affecter la structure chronologique, de l’indifférence pour la datation précise (Eunape) et de l’arétalogie (Marinus) jusqu’au roman (Jamblique, Philostrate) en passant par la rhétorique de l’éloge (Porphyre), par le récit de conversion et par une perspective polémique et critique (Philostrate ou Damascius) ou un souci publicitaire (Porphyre). Le troisième axe enregistre les infractions faites à l’exigence informative et objective de la biographie vue comme genre historique visant à « laisser parler les faits eux-mêmes », notamment dans une intention d’édification morale. Ainsi, là où Diogène Laërce fait preuve d’un rationalisme prudent et objectif et où Philostrate se livre à une appréciation critique de ses devanciers en sophiste averti, les mentalités populaires peuvent infléchir ces Vies dans le sens d’une héroïsation (Lucien, Vie de Démonax), le biographe peut manifester un souci protreptique qui entend faire de l’œuvre un texte pleinement philosophique et défendre un idéal, voire une destinée religieuse (Marinus, Eunape). Des convictions pythagoriciennes, notamment, ont traversé les entreprises de Philostrate (Vie d’Apollonius de Tyane), de Porphyre (Vie de Pythagore) et de Jamblique (Vie pythagoricienne), et marqué les biographies des philosophes néoplatoniciens eux-mêmes (Porphyre, Vie de Plotin ; Marinus, Vie de Proclus). La figure du philosophe comme prêtre et héros religieux est alors renforcée par le développement de la théurgie (Eunape, Marinus, Damascius), la philosophie elle-même étant envisagée dans sa portée mystérique. Le philosophe est vu comme un être divin (Porphyre, Eunape), selon une conception qui s’enracine dans l’époque classique, et qui s’attache à retrouver les traits d’une épiphanie divine (le Proclus de Marinus, le Plotin de Porphyre, Prohérésius et Isidore chez Eunape et Damascius, Pythagore) et la préfiguration d’une immortalité bienheureuse : romans et mystères peuvent ainsi se rejoindre et la garantie ultime du succès de l’entreprise n’est apportée que par un témoignage des dieux eux-mêmes (l’oracle d’Apollon dans la Vie de Plotin, et le voyage initiatique qu’il décrit). De la sorte, l’A. peut établir que, malgré un intérêt historique non négligeable, la plupart de ces Vies « échappent pourtant à la curiosité biographique désintéressée qui amènerait un moderne par exemple à exposer, avec le maximum d’objectivité et de sens critique (…), les différentes étapes de la vie de son personnage à l’intérieur d’un cadre chronologique fermement défini » (p. 59-60). La biographie antique est en revanche davantage un acte religieux et un témoignage sur une conception de la vie philosophique qui, à la fin de l’Antiquité, est toute tendue vers le divin.

19Cette étude est extrêmement riche, intéressante et fouillée. Les principes suivis pourront en revanche susciter quelques réserves.

20Premièrement, on regrettera peut-être une certaine naïveté dans la définition de la biographie idéale telle qu’elle peut être pratiquée par un moderne. En général et dans l’absolu, il n’est rien moins que sûr qu’il soit possible de « laisser parler les faits eux-mêmes », sans prolepse ni retour en arrière, et d’échapper à aucune déformation idéologique – et cela vaut peut-être tout particulièrement pour la biographie. En ces temps d’élection présidentielle, on remarquera que la biographie idéologique, destinée à accompagner une conversion et à servir des fins protreptiques, est loin d’avoir jeté ses derniers feux ; on se demandera s’il existe, aujourd’hui encore, aucune biographie du général de Gaulle ou de Jeanne d’Arc qui s’approche tant soit peu de l’idéal défini par l’A. ; on constatera surtout, par un parcours des vitrines de librairies à l’approche de l’été, que le souci romanesque et les mentalités populaires conditionnent largement une vaste part de la production biographique moderne. Ainsi, cet idéal empêcherait plutôt d’apercevoir l’essentiel des motivations à l’œuvre dans la production biographique contemporaine, qui font qu’on en lit et qu’on en écrit tant, et qu’il serait un peu vain de considérer comme des déformations imparfaites et insatisfaisantes à l’aune d’une exigence de scientificité historique ; surtout, on ne saurait s’en servir pour voir ce qui sépare la biographie moderne de l’antique, à cet égard somme toute fort semblables. Plus spécifiquement, il est plus que douteux que l’autobiographie soit la pratique qui permette le mieux de satisfaire à cet idéal ou s’en rapproche le plus : de Rousseau à Sartre, tout porte plutôt à constater que le Je n’est jamais objectif, quelques artifices et ruses qu’il puisse déployer pour persuader du contraire.

21Deuxièmement, et pour revenir à la biographie antique, on pourra penser que ce concept de biographie idéale, que l’A. détermine en le structurant fortement par des attentes historiques ou documentaires, le mène à manquer la spécificité de la Vie antique en tant que genre littéraire, si c’en est un. De fait, il apparaît que, dès ses origines, la biographie oscille entre plusieurs genres, notamment l’histoire et la rhétorique, et tout particulièrement l’encomiastique, au témoignage de Polybe lui-même (X, 21 sq.), qui avait pratiqué les deux genres et bannit pour sa part résolument la biographie de l’histoire vers la rhétorique. D’autre part, la définir par le récit chronologique des événements d’une vie conduit à manquer le fait que, d’emblée, le genre biographique antique est partagé entre deux options, voit s’étendre devant lui deux avenues, ouvertes respectivement par Isocrate et par Xénophon, à savoir le traitement arétalogique par kefavlaia (que ces ajretaiv soient des vertus ou simplement des excellences, et en incluant bien sûr les vices et défauts) et par grilles normées en vue d’une appréciation (là encore idéalement objective, bien sûr) de l’individu – l’option que connaissait Polybe et qui est développée, entre autres, par Suétone –, et le traitement « chronologique », ou à tout le moins diachronique (Tacite, Plutarque, etc.). Le biographe peut alors, bien sûr, suivre parallèlement les deux routes à la fois, ou chercher à le faire : la Vie de Proclus par Marinus constitue un bon exemple d’une telle tentative (il y en a d’autres). De la sorte, n’envisager que cette seconde voie sous une exigence historique et en réduisant la dimension rhétorique du genre et l’option par kefavlaia à des déformations et infractions qui lui seraient infligées fausse entièrement le tableau. Surtout, il faudrait commencer par se demander si la biographie antique est un genre littéraire, et, si oui, de quel type, et à quelle époque.

  • 33  Je me permets de renvoyer à mon article « Panorama littéraire et Vies de philosophes néoplatonicie (...)
  • 34  Cf. Damascius, Vie d'Isidore, fr. 8 Photius, p. 8-10 Zintzen = fr. 6, p. 82 Athanassiadi.

22Et il apparaît alors que, si on peut parler de genre littéraire, on est forcé d’y voir un genre transversal. Un bon point de départ est offert par le groupe des trois biographies « néoplatoniciennes » (la Vie de Plotin par Porphyre, la Vie de Proclus par Marinus, et la Vie d’Isidore par Damascius). Chacune est destinée à, et fortement informée par, un contexte, une finalité et un domaine littéraire fort différents. La préface d’une édition scientifique qui se veut définitive et objective, un discours funéraire sous forme de traité « Du bonheur », un pamphlet polémique qui se transforme en panorama du paganisme finissant et frôle l’Histoire philosophique : rien de plus divergent a priori – et on peut regretter que l’A. n’ait pas interrogé ces différences de genre littéraire et de contexte, n’ait pas envisagé ce qui sépare, par exemple, une Vie prise dans une collection de biographies (celle de Platon chez Diogène Laërce, mettons) et les biographies qui servent à ouvrir un cursus scolaire ou l’édition des œuvres d’un auteur (les Vies de Platon ou d’Aristote transmises par les commentateurs, que l’A. ignore entièrement, pourraient offrir un bon point de comparaison). Et pourtant, on voit que ces trois biographes néoplatoniciens ont manifestement conscience de travailler dans un cadre commun et dans les limites d’un genre, voire d’un sous-genre, unique : Marinus multiplie les échos et les allusions à la Vie de Plotin, et Damascius fait de même pour ses deux prédécesseurs33. Il y a ainsi bien lieu de parler d’un genre unique, encore que transversal, lequel peut aussi à l’occasion imposer des limites : Damascius évoque les mesures de la biographie (mevtra biografiva)34. Dans certains cas, on voit apparaître aussi le sentiment qu’il y avait des bornes à ne pas dépasser. On s’étonne ainsi que l’A. n’étudie pas la critique développée par Eunape contre la Vie d’Alypius que Jamblique avait composée (V.S. V, 5-10, p. 16-17 Giangrande) : « Ayant ainsi pris le parti de le louer par la vérité, [Jamblique] suggère certes l’importance des châtiments qu’[Alypius] avait subis auprès des tribunaux et de ses infortunes, mais, n’ayant ni faculté naturelle pour en exposer les causes ou les prétextes sur un mode politique, ni l’intention de le faire, il a bouleversé tout ce qui caractérise la biographie (to ;n pavnta carakth’ra tou’ bivou) et laisse seulement apercevoir à grand-peine, quand on a le regard aigu, qu’il admirait cet homme, et spécialement son endurance et son impavidité dans les dangers (…) ».

  • 35  Cf. Grégoire de Nysse, Sur la vie et les miracles de notre saint père Grégoire le thaumaturge, éd. (...)
  • 36  Cf. par exemple Grégoire de Nysse, Sur la vie et les miracles…, p. 4, 24-8, 5.
  • 37  Cf. notamment Grégoire de Nysse, Sur la vie et les miracles…, p. 6, 22-7, 24 ; Éloge du grand Basi (...)

23Dans ces conditions, comment identifier formellement une biographie ? La question n’est pas envisagée par l’A., et je me limiterai ici à une hypothèse en suggérant qu’une séquence patevre«  - patriv » – didavskaloi – récit diachronique de la vie (éventuellement limité à quelques épisodes marquants) - mort - disciples et/ou production littéraire –, à peu près dans cet ordre et avec une insistance sur le début de la séquence, suffit a minimo pour identifier un développement biographique, au moins pour les auteurs des IVe et ve siècles, quel que soit le genre littéraire du texte où ce développement est inséré : on comprend ainsi avec quelle aisance des biographies telles que la Vie d’Isidore ou la Vie de Proclus peuvent accueillir des séries de mini-biographies, toutes plus ou moins formées sur ce moule. C’est le schéma suivi par Hésychius dans ses collections biographiques, c’est celui qu’Eunape privilégie, c’est aussi celui sur lequel Grégoire de Nysse travaille, dans un contexte très clairement rhétorique, pour ses homélies hagiographiques35 : chez ce dernier, l’éloge peut appeler l’éloge, le kefavlaion lié à la patriv" pouvant souvent suivre toutes les prescriptions établies pour l’éloge des villes et cités par Ménandre le Rhéteur ou l’un de ses homologues36. On notera que, dans le cas des philosophes païens comme des saints chrétiens, cette séquence peut poser des problèmes au biographe, ou lui suggérer un traitement paradoxal : Plotin refuse d’indiquer sa patrie et ses parents au biographe (la véritable patrie étant intelligible), et Grégoire (peut-être aussi pour déguiser un manque d’information dans certains cas) se plaît à souligner les mêmes limitations pour ses saints, dont la véritable patrie est la Jérusalem céleste plutôt qu’une cité terrestre contingente37. Toujours est-il que, même négativement, la même séquence est respectée et prise en compte. Qui plus est, une étude soignée de ce genre de phénomènes permet ainsi de tisser des liens entre les Vies de philosophes néoplatoniciens et l’hagiographie naissante, qui semblent bien se développer autour des mêmes conventions, y rencontrer des problèmes similaires et trouver des résolutions analogues.

24Ces quelques réserves, on le voit, sont cependant davantage destinées à proposer des pistes pour des recherches ultérieures dans ce domaine complexe et difficile à cerner qu’à revenir sur les mérites considérables d’une étude synthétique qui en pose les premiers jalons et constitue une lecture d’un immense intérêt.

25Pour conclure, on a plaisir à saluer dans le présent volume la réunion, extrêmement utile et précieuse, de recherches fondamentales et fondatrices, qui constitue un instrument de travail indispensable, à la fois très accessible et d’une érudition impressionnante, non seulement pour le spécialiste de la littérature tardo-antique, de l’hagiographie ou de l’histoire de la philosophie, mais aussi pour le lecteur curieux de théorie littéraire et pour le grand public, ainsi qu’une magistrale leçon de méthode philologique et exégétique.

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Notes

1  Cf. notamment H. Delehaye, Les Passions des Martyrs et les genres littéraires, Bruxelles, 1921 ; Id., Sanctus. Essai sur le culte des saints dans l’Antiquité, Bruxelles, 1927. Hors les Bollandistes, on mentionnera notamment H. Mertel, Die biographische Form der griechischen Heiligenlegende, diss. München, 1909 ; A. Priessnig, Die biographischen Formen der griechischen Heiligenlegenden, diss. München, 1922 ; R. Aigrain, L’hagiographie : ses sources, ses méthodes, son histoire, Paris, 1953 ; A.-J. Festugière, Les Moines d’Orient, 4 vol., Paris 1960-1964.

2  Cf. F. Leo, Die griechisch-römische Biographie nach ihrer litterarischen Form, Leipzig, 1901 ; D.R. Stuart, Epochs of Greek and Roman Biography, Berkeley, 1928 ; A. Momigliano, The Development of Greek Biography, Cambridge (Mass.), 1971.

3  On signalera, entre autres, tout particulièrement M.R. Lefkowitz, The Lives of the Greek Poets, Londres, 1981, et l’édition toute récente d’Antigone de Caryste réalisée par T. Dorandi pour la Collection des Universités de France : Antigone de Caryste. Fragments, éd., trad. et notes par T.D., Paris, 1999.

4  Cf., entre autres Ph. Brunet/M.-P. Noël (edd.), Vies anciennes d’auteurs grecs : mythe et biographie, revue Archipel Egéen NS 1 (1994-1995) ; W.W. Ehlers (ed.), La Biographie antique, Vandœuvres-Genève, 1998 (Entretiens sur l’Antiquité classique, 44) ; T. Hägg/Ph. Rousseau (edd.), Greek Biography and Panegyric in Late Antiquity, Berkeley ; Los Angeles ; London, 2000 (The Transformation of the Classical Heritage, 31).

5  Cf. G. Fowden, « The Platonist Philosopher and His Circle », Philosophia, 7 (1977), p. 359-383 ; Id., « The Pagan Holy Man in Late Antique Society », Journal of Hellenic Studies, 102 (1982), p. 33-59.

6  Voir surtout P. Brown, « The Rise and Function of the Holy Man in Late Antiquity », Journal of Roman Studies 61 (1971) p. 81-101 ; Id., The Making of Late Antiquity, Cambridge (Mass.), 1978.

7  Cf. P. Cox, Biography in Late Antiquity. A Quest for the Holy Man, Berkeley ; Los Angeles ; London 1983 (The Transformation of the Classical Heritage, 5).

8  Cf. L. Brisson, M.-O. Goulet-Cazé, R. Goulet, D. O’Brien, Porphyre. La Vie de Plotin, t. I, Travaux préliminaires et Index grec complet, Paris, 1982 ; L. Brisson et al., Porphyre. La Vie de Plotin, t. II, Études d’introduction, texte grec et traduction française, commentaire, notes complémentaires, bibliographie, Paris, 1992.

9  Cf. P. Athanassiadi, Damascius. The Philosophical History, text with translation and notes, Athens, 1999.

10  Cf. H.D. Saffrey & A.-Ph. Segonds, Marinus. Proclus, ou Sur le bonheur. Texte établi, traduit et annoté par — avec la collaboration de C. Luna, Paris, 2001 (Collection des Universités de France). Parmi les travaux relativement récents sur les biographies néoplatoniciennes, on signalera également l’édition de la Vie de Pythagore et des fragments de l’Histoire de la philosophie de Porphyre par É. des Places & A.-Ph. Segonds : Porphyre, Vie de Pythagore, Lettre à Marcella, Paris, 1982 (Collection des universités de France) ; les travaux de R.J. Penella sur Eunape : Greek philosophers and sophists in the Fourth century A.D. Studies in Eunapius of Sardis, Leeds, 1990 (ARCA, 28) ; et la traduction de la Vie de Pythagore de Jamblique par L. Brisson & A.-Ph. Segonds, Paris, 1996 (La Roue à livres).

11  Cf. R. Goulet (ed.), Dictionnaire des philosophes antiques, 3 vols parus, Paris 1989-2000.

12  Cf. M.-O. Goulet-Cazé (ed.), Diogène Laërce. Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris, 1999 (coll.).

13  Sur une dizaine de pages prises au hasard, on peut relever ainsi : p. 366, l. 9, « deux au trois » pour « deux ou trois » ; p. 369, l. 20, ὐπόμνημα pour ὑπόμνημα ; p. 370, l. 12, « mystérieurs saints » pour « mystérieux saints » ; p. 372, l. 28, « maltre » pour « maître » ; l. 30, « la suicide » pour « le suicide », etc. (!)

14  Originellement paru dans M.-O. Goulet-Cazé, G. Madec, D. O’Brien (edd.), ΣΟΦΙΗΣ ΜΑΙΗΤΟΡΕΣ, Chercheurs de Sagesse, Mélanges Jean Pépin, Paris, 1992, p. 167-178.

15  Originellement paru dans J.‑C. Fredouille, M.‑O. Goulet‑Cazé, Ph. Hoffmann, P. Petitmengin (edd.), Titres et articulations du texte dans les œuvres antiques. Actes du Colloque international de Chantilly, 13-15 décembre 1994, Paris, 1997, p. 149-166.

16  Voir, par exemple, les travaux de A. Tournon, Montaigne. La glose et l'essai, Lyon, 1983.

17  Originellement paru dans J. Brunschwig (ed.), Les stoïciens et leur logique, Paris, 1978, p. 171-198.

18  Originellement paru dans M. Alganza Roldán, J.M. Camacho Rojo, P.P. Fuentes González, M. Villeda Ponsoda (edd.), ΕΠΙΕΙΚΕΙΑ, Studia graeca in memoriam Jesús Lens Tuero, Granada, 2000, p. 199-212.

19  Diogène Laërce, Vies des philosophes, I116 : Φερεκύδης Βάβυος Σύριος, καθά φησιν Ἀλέξανδρος ἐν Διαδοχαῖς, Πιττακοῦ διακήκοεν.

20  Originellement paru dans M. Joyal (ed.), Studies in Plato and the Platonic Tradition, Essays presented to John Whittaker, Aldershot, 1997, p. 119-125.

21  Originellement paru dans L. Brisson, M.‑O. Goulet‑Cazé, R. Goulet, D. O’Brien, Porphyre. La Vie de Plotin, t. I, op. cit., p. 187-227.

22  Originellement paru dans L. Brisson, M.‑O. Goulet‑Cazé, R. Goulet, D. O’Brien, Porphyre. La Vie de Plotin, t. I, op. cit., Paris, 1982, p. 369-411.

23  Originellement paru dans L. Brisson et al., Porphyre. La Vie de Plotin, t. II, op. cit., Paris, 1992, p. 603-618.

24  Originellement paru dans la Revue de l’Histoire des Religions, 192 (1977), p. 137-164.

25  Originellement paru dans l’Annuaire de l’École Pratique des Hautes Etudes (Ve section), 84 (1975-1976), p. 289-292.

26  Originellement paru dans Studia Patristica, 15 (1984), p. 448-452.

27  Originellement paru dans le Journal of Hellenic Studies, 100 (1980), p. 60-72.

28  Originellement paru dans Antiquité tardive, 8 (2000), p. 209-222.

29  Originellement paru dans Greek, Roman, and Byzantine Studies, 20 (1979), p. 161-172.

30  Originellement paru dans Hermes, 110 (1982), p. 443-457.

31  Originellement parus dans l’Annuaire de l’École Pratique des Hautes Études (Ve section), 86 (1979), p. 297-303 ; 87 (1980), p. 289-293 ; 88 (1981), p. 313-316 et 89 (1982), p. 411-414.

32  Cette étude reprend et remanie le contenu de deux publications antérieures : « Histoire et mystère : les Vies de philosophes de l’Antiquité tardive », in W.W. Ehlers (ed.), La Biographie antique, Vandœuvres-Genève, 1998 (« Entretiens sur l’Antiquité classique, 44), p. 217-265, et « Les Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive et leur portée mystérique », in F. Bovon (ed.), Les Actes apocryphes des apôtres. Christianisme et monde païen, Genève, 1981 (Publications de la Faculté de théologie de l’Université de Genève, 4), p. 161-208.

33  Je me permets de renvoyer à mon article « Panorama littéraire et Vies de philosophes néoplatoniciens », in Ph. Brunet & M.-P. Noël (edd.), Vies anciennes d’auteurs grecs : mythe et biographie, op. cit., p. 81-93.

34  Cf. Damascius, Vie d'Isidore, fr. 8 Photius, p. 8-10 Zintzen = fr. 6, p. 82 Athanassiadi.

35  Cf. Grégoire de Nysse, Sur la vie et les miracles de notre saint père Grégoire le thaumaturge, éd. G. Keil, in Gregorii Nysseni Opera, t. X.1, Leiden ; New York ; København ; Köln, 1990, p. 3-57 ; Éloge de saint Théodore martyr, éd. J.P. Cavarnos, ibid., p. 61-71 ; Éloge du grand Basile son frère, éd. O. Lendle, ibid., p. 109-134 (notamment p. 130-132).

36  Cf. par exemple Grégoire de Nysse, Sur la vie et les miracles…, p. 4, 24-8, 5.

37  Cf. notamment Grégoire de Nysse, Sur la vie et les miracles…, p. 6, 22-7, 24 ; Éloge du grand Basile…, p. 130, 13-132, 19.

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Pour citer cet article

Référence papier

†Stéphane Diebler, « Richard GOULET, Etudes sur les Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive. Diogène Laërce, Porphyre de Tyr, Eunape de Sardes, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2001 (Textes et traditions, 1), 425 p. »Philosophie antique, 3 | 2003, 173-193.

Référence électronique

†Stéphane Diebler, « Richard GOULET, Etudes sur les Vies de philosophes dans l’Antiquité tardive. Diogène Laërce, Porphyre de Tyr, Eunape de Sardes, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2001 (Textes et traditions, 1), 425 p. »Philosophie antique [En ligne], 3 | 2003, mis en ligne le 18 juillet 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/7296 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.7296

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Auteur

†Stéphane Diebler

École normale supérieure, Paris

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

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