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AccueilNuméros3« BOUE PÉTRIE DE SANG »

Texte intégral

1Deux sources anciennes, l’une grecque et l’autre latine, attribuent le même bon mot à deux auteurs différents. Selon Suétone, Théodore de Gadara, alerté par la cruauté du jeune Tibère, l’aurait parfaitement caractérisé comme une « boue pétrie de sang » :

  • 1  Saeua ac lenta natura ne in puero quidem latuit ; quam Theodorus Gadareus rhetoricae praeceptor et (...)

Sa nature cruelle et lente se révéla même dans l’enfant. Thédore de Gadara, son professeur de rhétorique, paraît l’avoir le premier percée à jour avec perspicacité et caractérisée à merveille, toutes les fois qu’il l’admonestait en le traitant de « boue pétrie de sang »1.

2Selon la Souda en revanche, ce serait le péripatéticien Alexandre d’Aigai qui aurait appliqué cette même plaisanterie à Néron. L’auteur de la Souda, ou plutôt sa source, interprète lui aussi la formule comme une allusion à la mauvaise nature de la personne à laquelle elle s’applique :

  • 2  Ἀλέξανδρος Αἰγαῖος· φιλόσοφος Περιπατητικός, διδάσκαλος Νέρωνος τοῦ βασιλέως, ἅμα Χαιρήμονι τῷ φιλ (...)

Alexandre d’Aigai : philosophe péripatéticien, maître de l’Empereur Néron, avec Chérémon le philosophe. Il avait un fils du nom de Caelinus. C’est lui qui appelait Néron “boue pétrie de sang”. Si les élèves sont mauvais, à mon avis, pires sont les maîtres. Car la vertu s’enseigne et le vice ne va pas sans exercice2.

3Personne ne semble avoir cherché à peser les mérites respectifs des deux attributions. En m’appuyant sur une analyse interne de la plaisanterie, je voudrais montrer deux choses : qu’on peut exclure l’attribution à Alexandre d’Aigai ; qu’elle avait tout pour germer dans le milieu de Théodore de Gadara. Elle pourrait donc, à ce double titre, ne pas être complètement inauthentique.

4Prise en son sens immédiat – celui qu’a compris Suétone – la plaisanterie caractérise, d’une formule imagée, la nature cruelle du tyran. Elle le fait en jouant sur deux champs sémantiques de la boue et du sang : la boue est le substrat dont proviennent toutes choses, mais c’est aussi la matière la plus vile. À la différence des hommes dont la chair est la transfiguration – par coction – d’une boue primitive dans le matériau le plus noble, Tibère ou Néron sont des boues qui demeurent des boues, des boues non humanisées. Le sang dont ils sont « pétris » ne renvoie plus dès lors au divin liquide, véhicule de l’âme, mais aux effusions des carnages, dont ils s’abreuvent comme des bêtes sauvages.

  • 3  Voir les indices rassemblés par B. Andreae, Laokoon und die Gründung Roms, Mainz, 1988 (Kulturgesc (...)
  • 4  On peut à ce propos noter un parallèle troublant : le programme iconographique de l’« Antre de Tib (...)

5Voilà pour l’aspect profane. Ce n’est cependant pas le seul. On peut tout d’abord remarquer que l’expression « pétri de sang » apparaît chez Homère, Odyssée, IX, 396-397, où elle sert à décrire le pieu qu’Ulysse et ses compagnons ont fiché dans l’œil du cyclope, au moment où ce dernier parvient à l’extraire (αὐτὰρ ὁ μοχλὸν | ἐκέρυσ᾿ ὀφθαλμοῖο πεφυρμένον αἵματι πολλῷ). Mais même s’il y a là une référence allusive conforme à l’esprit des jeux lettrés alexandrins, je ne crois pas que la scène de l’Odyssée apporte un élément supplémentaire d’interprétation de la plaisanterie, à moins peut-être qu’on y voie une allusion ironique aux prétentions généalogiques des Claudes – qui se considéraient, semble-t-il, comme descendant d’Ulysse3. Théodore – s’il est bien l’auteur de la plaisanterie – aurait signifié qu’en fait de héros homérique, c’était plus le pieu qu’Ulysse que Tibère lui évoquait4.

6Il nous semble cependant que la plaisanterie recèle encore un troisième réseau allusif. Elle consiste de fait à exprimer, d’une formule bien frappée, le trait caractéristique et comme définitoire du tyran. Ce ne peut dès lors être un hasard si l’une des plus célèbres définitions de l’Antiquité est celle, proposée dans le Théétète de Platon, de la « boue » comme « terre pétrie d’humide ». En 145e-146c, Socrate avait demandé à Théétète quelle était la définition de la science, à quoi Théétète avait répondu par une énumération (146c-d). C’est pour mieux lui faire saisir que ce n’était pas là le sens de sa question que Socrate recourt maintenant à l’exemple (147a) de la boue :

Observe donc aussi ceci : si quelqu’un nous interrogeait au sujet des choses simples et communes, la boue par exemple, et nous demandait ce que c’est, et que nous lui répondions : « est boue, celle des potiers, est boue, celle des fourniers, est boue, celle des briquetiers », ne serions-nous par risibles ?

7Après une explicitation de l’exemple et un rappel de la question centrale, la science, Socrate revient à la discussion de la boue pour en donner cette fois une définition adéquate (147b-c) :

— Socrate : La réponse est donc risible, à celui qui demande ce qu’est la science, qui consiste à répondre par le nom de quelque science. Il répond en effet par la science de quelque chose, ce qui n’était pas ce qu’on lui avait demandé.

— Théétète : Il semble.

— Socrate : En outre, alors qu’il aurait été possible de répondre simplement et brièvement, il parcourt une route infinie. Ainsi, dans la question au sujet de la boue, il aurait été possible de dire quelque chose de simple et sans détours, à savoir que la boue sera une « terre pétrie d’humide » (γῆ ὑγρῷ φυραθεῖσα πηλὸς ἂν εἴη), sans plus s’occuper de savoir de qui est la boue.

8On remarque immédiatement la ressemblance lexicale entre ce passage de Platon et la plaisanterie hellénistique. Platon définit la boue (πηλός) comme une terre pétrie (φυραθεῖσα : participe aoriste passif de φύρω) d’humide. L’auteur du bon mot définit Tibère ou Néron comme une boue (πηλός) pétrie (πεφυραμένον : participe parfait passif du même φύρω) de sang.

9Qu’apporte ce rapprochement ? Rien de décisif, si l’on n’y joint encore un autre passage, tiré du livre IV des Topiques d’Aristote consacré aux « lieux du genre ». À la fin du chapitre 5 (127a3-19), Aristote examine le problème du rapport de la détermination à ce dont elle est la détermination. Il ne faut pas, en donnant la définition de la modification, perdre de vue qu’elle n’est que la modification, et non la chose même qu’elle affecte. Ainsi, si le vent est, en un certain sens, de l’air en mouvement, ce n’est aucunement de l’air, puisque l’air peut être en repos. Une telle définition est à la limite acceptable, quand le genre (ici l’air) est bien une « attribut vrai » du sujet (ici le vent). Lorsqu’en revanche ce n’est pas le cas, on ne saurait relier selon un tel schéma modifié et modifiant. Aristote donne trois exemples où il faut penser que le genre n’est pas un attribut vrai du sujet :

  • 5  Aristote, Top. IV, 1, 127a12-19 (traduction Brunschwig légèrement modifiée).

Parfois en effet, il est admis qu’il ne l’est pas, par exemple dans le cas de la neige et de la boue (ἐπὶ τοῦ πηλοῦ) : on dit que la neige est de l’eau condensée, et la boue, de la terre pétrie d’humide (τὸν δὲ πηλὸν γῆν ὑγρῷ πεφυραμένην) ; mais la neige n’est pas de l’eau, ni la boue de la terre ; d’où suit qu’aucun des termes indiqués ne saurait être le genre ; car un genre doit toujours être un attribut vrai de ses espèces. De la même manière, le vin n’est pas non plus de l’eau corrompue, pour citer Empédocle qui l’appelle « eau corrompue dans du bois » ; et de fait, absolument parlant, il n’est pas de l’eau5.

  • 6  La troisième définition, celle de la neige comme « eau condensée », est attribuée par Sextus, Esqu (...)

10Il est hors de doute que ces lignes prennent pour cible le passage du Théétète que nous venons de lire. Sans égard pour Socrate et la leçon de méthode qu’il semble si satisfait d’inculquer au jeune Théétète, Aristote reproche au paradigme définitionnel qu’il propose la même faute logique que celle commise par l’homérique et archaïque Empédocle (fr. 81 D.-K.) : on ne peut définir quelque chose par quelque chose qui n’en soit pas un attribut vrai, et la terre n’est pas un attribut vrai de la boue6.

11La difficulté du texte d’Aristote provient de ce qu’il n’explicite pas pour quelle raison la terre ne serait pas un attribut vrai de la boue. Il paraît de fait assez raisonnable de considérer la boue comme de la terre modifiée d’une certaine manière, à savoir par une quantité considérable d’humide. Aristote s’est-il laissé entraîner par son penchant pour la polémique avec l’Académie ? Ce sont en tout cas des passages comme celui-là qui devaient donner le plus de fil à retordre à des commentateurs se réclamant de l’harmonie de Platon et d’Aristote comme d’un principe exégétique fondamental. On en a d’ailleurs conservé la preuve dans le commentaire anonyme au Théétète. Au moment d’analyser le passage de Platon, son auteur consacre un long développement à la critique aristotélicienne des Topiques et lui reproche sa distinction entre la définition du vent et celle de la boue :

  • 7  Comm. anon. In Theaet. col. XXIV, l. 30-col. XXV, l. 29 (CPF p. 326-328).

Aristote blâme de telles définitions, comme celle de la neige comme « eau condensée » et celle de la boue comme « terre pétrie d’humide » et celle du vin comme « eau corrompue », pour citer Empédocle, « eau corrompue dans du bois ». En effet, dit-il, ni la neige n’est de l’eau, ni la boue de la terre, ni non plus le vin de l’eau. « Il ne faut pas en effet les accepter, dit-il, dans les cas où le genre n’est pas un attribut vrai du sujet, mais seulement dans les cas où le terme donné comme genre est un attribut vrai du sujet. » Admettons que dans le cas du vin, le genre, qu’il soit de l’eau, ne soit pas un attribut vrai. Quelqu’un dira en effet que même s’il est reconnu qu’il était auparavant eau, maintenant du moins il ne l’est plus, et il ne fait aucun doute qu’il ne se transforme pas à nouveau en eau. Mais dans le cas de la boue, comment ne dirons-nous pas que c’est de la terre ayant subi telle ou telle chose de la part de l’humide ? Elle demeure en effet de la terre. C’est pour cette raison que si on en assèche à nouveau l’humidité, ce sera de nouveau de la terre. De même que dans le cas du vent, après s’être demandé s’il fallait dire que c’est de l’air mû, il a ajouté « si toutefois l’on juge nécessaire d’accorder, dans le cas présent, que le vent est bien de l’air en mouvement », de même cela s’applique dans le cas de la boue. Les définitions ont en effet été données selon un modèle semblable7.

  • 8  Cf. D. Sedley, « Plato’s auctoritas and the rebirth of the commentary tradition », in J. Barnes et (...)
  • 9  Cf. Quintilien, Inst. Or. III, 6, 51-52 en particulier.
  • 10  Inst. Or. III, 6, 53 : « … et proprietatem, id est ἰδιότητα, quo verbo finitionem ostenditur ». Po (...)
  • 11  Cf. col. LXIV, l. 1-24.

12L’auteur du commentaire du Théétète est un professeur influencé par le syncrétisme d’Antiochos d’Ascalon8. On peut sans doute le dater des dernières années du premier siècle avant J.-C., c’est-à-dire de l’époque exacte où Théodore de Gadara aurait proféré sa plaisanterie sur Tibère. Bien que ce rapprochement n’ait aucune valeur concluante, il ne nous paraît pas entièrement anodin. Il témoigne en effet d’un certain milieu : c’est à Rhodes que Tibère est censé avoir suivi les cours de Théodore, et c’est à Rhodes – d’où vient Andronicus – que l’on peut déceler des traces d’une utilisation pré-andronicienne du corpus aristotélicien. Or ces traces sont bien particulières : il s’agit, dans la tradition d’Hermagoras de Temnos, d’utiliser les traités « dialectiques » de l’Organon – Catégories, Topiques et Rhétorique au premier chef – afin de fonder la partie la plus technique d’une rhétorique des « états de cause » (staseis). Il va de soi que, dans ce contexte, la question de la validité de la définition (ὅρος, finitio) est décisive, puisque c’est à ce stade qu’on décidera si tel ou tel fait relève bien de telle ou telle catégorie juridico-pénale. Cette tête de chapitre a fait l’objet de bien des discussions, et nous savons par Quintilien que Théodore de Gadara postulait, comme kephalaia fondamentaux, la coniectura, la finitio, la qualitas, la quantitas et l’ad aliquid9. Nous apprenons en outre que dans le même débat, d’aucuns – il s’agit bien sûr de rhéteurs influencés par le stoïcisme – avaient explicitement lié le propre et la définition10. La foucade anti-platonicienne des Topiques ne pouvait, dans un tel contexte, rester inaperçue. On remarquera d’ailleurs que l’auteur du commentaire du Théétète n’a rien d’un grand érudit. Sa citation d’Aristote, comme ses allusions aux Catégories11, doit remonter à une tradition scolaire déjà bien établie.

  • 12  Sur Alexandre d’Aigai, voir la notice de S. Follet, in R. Goulet (ed.), Dictionnaire des philosoph (...)
  • 13  On note qu’Alexandre d’Aphrodise lui-même, en commentant ce passage des Topiques (354, 5-357, 13 W (...)

13La critique adressée au Théétète, on l’a dit, ne pouvait que gêner un concordiste ; mais la situation était malcommode y compris pour un aristotélicien pur, qui devait se mettre en peine d’expliquer pour quelle raison physique la boue était moins de la « terre pétrie d’eau » que le vent n’était de l’« air en mouvement ». Autant donc, pour un rhéteur non engagé dans les querelles philosophiques comme Théodore de Gadara, la confusion des philosophes sur le sujet devait avoir quelque chose de savoureux, autant le passage des Topiques ne devait pas figurer dans l’anthologie aristotélicienne d’Alexandre d’Aigai12. La raison subjective est évidente : à supposer même qu’il n’ait pas été concordiste, Alexandre d’Aigai ne devait guère souhaiter, en tant qu’aristotélicien, attirer l’attention sur une page qui n’était pas la plus inspirée du corpus13 ; de manière plus décisive encore, la structure de la plaisanterie est celle d’une définition ; mais, pour un aristotélicien, il s’agit précisément d’une mauvaise définition. Il y aurait donc un effet auto-dérisionnel intolérable – car à mille lieues de l’humour de cette époque – à dire : « je vais vous donner une définition de Néron ; mais vous allez voir, c’est très drôle, j’ai pris ma définition à nos rivaux de chez Platon & Cie ; encore plus désopilant, elle est exactement du style que le patron ne supporte pas ».

14Revenons à Théodore. L’élément qui rendait l’attribution à Alexandre d’Aigai inadmissible est précisément ce qui inviterait à accorder foi au renseignement transmis par Suétone. Car Théodore, en tant que théoricien important des « états de cause », a eu pour cette raison à réfléchir sur le statut rhétorique exact de la définition. En contact professionnel avec l’école rhétorique de Rhodes, il a dû connaître la substance du livre IV des Topiques et il était au moins aussi capable que le commentateur anonyme du Théétète – son contemporain – de déceler la pique anti-platonicienne qui y figurait. Mais à la différence des professionnels de la philosophie, il pouvait se contenter de rire du débat.

15C’est ce rire qu’on entend sans doute encore dans la plaisanterie de Suétone. À un premier niveau, Théodore aurait joliment stigmatisé la cruauté de son jeune élève ; à un deuxième, frappé sa formule au coin de l’homérisme ; à un troisième, donné à voir, en employant cette structure définitionnelle si contestée – mais, pour cette raison, si indissociable de la question de la définition –, à travers et avec le prisme de son érudition, le fait que, précisément, il s’agissait bien d’une définition, meilleure caractérisation possible de l’objet (sadique) défini.

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Notes

1  Saeua ac lenta natura ne in puero quidem latuit ; quam Theodorus Gadareus rhetoricae praeceptor et perspexisse primus sagaciter et assimulasse aptissime uisus est, subinde in obiurgando appellans eum πηλὸν αἵματι πεφυραμένον. (Suétone, Tibère, 57.)

2  Ἀλέξανδρος Αἰγαῖος· φιλόσοφος Περιπατητικός, διδάσκαλος Νέρωνος τοῦ βασιλέως, ἅμα Χαιρήμονι τῷ φιλοσόφῳ. υἱὸν δὲ ἔσχε Καίλινον ὄνομα. Οὗτος ἐκάλει τὸν Νήρωνα πηλὸν αἵματι πεφυρμένον. Κακῶν μαθητῶν, ὡς οἶμαι, κακίονες οἱ διδάσκαλοι· διδακτὴ γὰρ ἀρετὴ καὶ κακία ἀσκητή. (Suidae Lexicon, ed. A. Adler, t. I, 1929, p. 104, § 1128, ll. 17-21.)

3  Voir les indices rassemblés par B. Andreae, Laokoon und die Gründung Roms, Mainz, 1988 (Kulturgeschichte der Antiken Welt, 39), p. 74-75.

4  On peut à ce propos noter un parallèle troublant : le programme iconographique de l’« Antre de Tibère » à Sperlonga est organisé autour de la geste d’Ulysse (voir en particulier B. Andreae, L’immagine di Ulisse. Mito e archeologia, Torino, 1983, passim ; la belle interprétation astrologique de l’Antre proposée par G. Sauron, « De Buthrote à Sperlonga : à propos d’une étude récente sur le thème de la grotte dans les décors romains », Revue Archéologique, 1991, p. 3-42, n’est pas du tout incompatible avec la lecture « politique » d’Andreae). Or la statue peut-être la plus marquante de l’ensemble représente Polyphème endormi, avec, autour de lui, Ulysse et ses compagnons approchant le pieu pour l’aveugler. Cet épisode était-il particulièrement cher à Tibère ? L’érudit à la source de la plaisanterie se serait-il plu à comparer l’empereur non pas à son lointain aïeul Ulysse, mais au pieu maculé de sang dont celui-ci s’était servi ? Les données historiques sont trop ténues pour qu’on puisse répondre à ces questions. Une chose est cependant assurée : le motif a joui d’une très grande faveur, après le fronton du temple de Dionysos sur l’agora d’Éphèse érigé par Marc Antoine (cf. B. Andreae, Praetorium Speluncae. Tiberius und Ovid in Sperlonga, Mainz ; Stuttgart, 1994 [Abhandlungen der Geistes- und sozialwissenschaftlichen Klasse, Akademie der Wissenschaften und der Literatur, Mainz], notamment p. 131-132), chez tous les empereurs claudiens en mal d’ascendance aussi illustre que l’Énée des Juliens. On le retrouve ainsi non seulement chez Tibère, mais également, après lui, chez Claude, Néron, Domitien et Hadrien. Le ninfeo de Claude et celui de Domitien sont des imitations fidèles de celui de Sperlonga : voir, outre Andreae, Ulisse, chap. XV (« le grotte di Polifemo degli imperatori Claudio, Nerone e Domiziano »), A. Balland, « Une transposition de la grotte de Tibère à Sperlonga : le Ninfeo Bergantio de Castelgandolfo », Mélanges d’archéologie et d’histoire de l’école française de Rome, 79 (1967), p. 421-502.

5  Aristote, Top. IV, 1, 127a12-19 (traduction Brunschwig légèrement modifiée).

6  La troisième définition, celle de la neige comme « eau condensée », est attribuée par Sextus, Esquisses Pyrrhoniennes, I, 33 et Cicéron, Académiques, II, 31, 100, à Anaxagore, mais étant donné le contexte anti-platonicien du passage, il paraît probable qu’Aristote vise ici surtout Timée, 59e.

7  Comm. anon. In Theaet. col. XXIV, l. 30-col. XXV, l. 29 (CPF p. 326-328).

8  Cf. D. Sedley, « Plato’s auctoritas and the rebirth of the commentary tradition », in J. Barnes et M. Griffin, Philosophia togata, II. Plato and Aristotle at Rome, Oxford, 1997, p. 110-129.

9  Cf. Quintilien, Inst. Or. III, 6, 51-52 en particulier.

10  Inst. Or. III, 6, 53 : « … et proprietatem, id est ἰδιότητα, quo verbo finitionem ostenditur ». Pour une discussion de la théorie stoïcienne de la définition, voir J.‑B. Gourinat, La dialectique des stoïciens, Paris, 2000 (Histoire des doctrines de l’Antiquité classique, 22), p. 52.

11  Cf. col. LXIV, l. 1-24.

12  Sur Alexandre d’Aigai, voir la notice de S. Follet, in R. Goulet (ed.), Dictionnaire des philosophes antiques, t. I, Paris, 1989, p. 124-125 (n° 111). Simplicius le cite deux fois dans le commentaire des Catégories et une dans celui du De caelo. Les renseignements sont trop maigres pour qu’on puisse reconstituer la personnalité philosophique de ce commentateur d’Aristote.

13  On note qu’Alexandre d’Aphrodise lui-même, en commentant ce passage des Topiques (354, 5-357, 13 Wallies), après une superbe discussion de l’intuition d’Aristote faisant appel à une analyse du statut de généralité, ne consacre qu’une seule ligne à notre définition (357, 10-11 : οὐδὲ γὰρ ὁ πηλὸς γῆ ὥσπερ ὁ ἵππος ζῷον, « la boue non plus n’est pas de la terre à la façon dont le cheval est un animal »), en se gardant bien de souligner qu’Aristote s’oppose ici à Platon – ce qu’en temps normal, il ne manque jamais de faire. C’est sans doute qu’il a senti qu’il valait mieux ne pas s’appesantir sur ce terrain peu favorable. Remarquons que les stoïciens étaient également concernés par le problème posé par ce type de définitions et que, dans certains contextes très précis, et en pleine connaissance de cause, ils ont su jouer de l’équivoque des définitions « platoniciennes ». Cf. J. Brunschwig, « La théorie stoïcienne du genre suprême et l’ontologie platonicienne », in J. Barnes & M. Mignucci (edd.), Matter and Metaphysics, Fourth Symposium Hellenisticum, Napoli, 1988 (Elenchos, 14), p. 19-127, notamment p. 88-90 et surtout p. 89, n. 98.

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Pour citer cet article

Référence papier

Marwan Rashed, « « BOUE PÉTRIE DE SANG » »Philosophie antique, 3 | 2003, 165-172.

Référence électronique

Marwan Rashed, « « BOUE PÉTRIE DE SANG » »Philosophie antique [En ligne], 3 | 2003, mis en ligne le 18 juillet 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/7286 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.7286

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Auteur

Marwan Rashed

Centre de recherches sur la pensée antique, CNRS, Paris

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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