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Comptes rendus

Gretchen Reydams-Schils (éd.), Thinking Through Excerpts: Studies on Stobaeus

Olivier D’Jeranian
p. 232-234
Référence(s) :

Gretchen Reydams-Schils (éd.), Thinking Through Excerpts : Studies on Stobaeus, Turnhout, Brepols Publishers, 2011 (Monothéismes et Philosophie), 730 p., ISBN: 978-2-503-52976-9.

Texte intégral

1Cet ouvrage, qui contient les actes d’une conférence internationale tenue en mars 2008 à l’Université Catholique du Sacré Cœur de Milan, permet de mesurer les progrès réalisés dans la connaissance de Stobée depuis les Doxographi Graeci de Diels, sur les plans tant philologique que doxographique et thématique. L’épaisseur du volume, muni d’un index locorum et d’une bibliographie étoffée, interdit de faire autre chose, dans le cadre d’un compte-rendu, qu’indiquer brièvement les points saillants de chacune des seize contributions qu’il contient.

2Contre le préjugé dont souffre traditionnellement l’ouvrage de Stobée, David Konstan (« Excerpting as a Reading Practice‑», p. 9-22) montre que le genre littéraire de la compilation, loin d’être le signe d’une phase décadente de la civilisation, révèle au contraire la culture gréco-latine à son point culminant. Faisant suite à cette étude, celle de Denis Michael Searby (« The Intertitles in Stobaeus : Condensing a Culture‑», p. 23-70), offre au lecteur un panorama historique sur la question des titres donnés aux ouvrages dans l’Antiquité et situe l’Anthologie dans son projet pédagogique.

3Se pose ensuite la question des sources de Stobée. Michele Curnis (« Plato Stobaeensis : citazioni ed estratti platonici nell’Anthologion‑», p. 71-124) dresse un état de la tradition platonicienne dans l’Anthologie, et Anna Lucia Di Lello-Finuoli (« Il Vaticano greco 954 e il restauro del Florilegio di Stobeo‑», p. 125-142), celui des manuscrits et de leur transmission. Jean-Baptiste Gourinat (« Aëtius et Arius Didyme sources de Stobée‑», p. 143-201) soumet à la critique l’hypothèse de Diels qui donne son titre à son article. La mise en parallèle du livre I de l’Anthologie de Stobée et des Opinions des philosophes sur la physique de Plutarque montre que la succession des chapitres du livre I suit un ordre semblable à celui des Placita. D’autre part, le fait qu’un extrait de la Préparation évangélique d’Eusèbe attribué au traité d’Arius Sur les opinions de Platon ait été réécrit par Stobée permet de situer Arius parmi ses sources. L’hypothèse de Diels n’en reste pas moins « spéculative‑» aux yeux de l’auteur. Elena Gritti (« Dossografia sulla percezione nell’Anthologium di Giovanni Stobeo‑», p. 203-246) examine la part et l’influence de la doxographie épistémologique dans l’Anthologie. Serge Mouraviev (« Stobée, citateur d’Héraclite‑», p. 247-266) analyse les mentions d’Héraclite par Stobée (citations ou paraphrases indirectes, témoignages doxographiques, deux citations du Cratyle, citations non identifiées). Il conclut naturellement que ce sont les citations directes qui constituent l’apport le plus précieux de l’Anthologie à la connaissance d’Héraclite. La somme inédite d’informations sur Héraclite place Stobée comme source de quatrième importance, derrière Hippolyte, Clément et Plutarque ; sa doxographie, au second rang derrière Diogène Laërce. L’article de Luigi Ferreri (« Le citazioni di Teognide in Stobeo e il problema della formazione della silloge teognida‑», p. 267-338) développe le même genre d’analyse avec Théognis.

4Après Graziano Ranocchia (« Aristone di Chio in Stobeo e nella letteratura gnomologica‑», p. 339-386), qui étudie la présence dans l’Anthologie du stoïcien « dissident‑» Ariston de Chios, Pedro Pablo Fuentes Gonzalez (« Cyniques et autres (‘‘philosophes populaires” chez Stobée‑», p. 387-439), fait le même travail pour les cyniques. Ces derniers reçoivent de la part de Stobée un traitement qui contraste avec la critique de l’époque hellénistique, qui leur refusait jusqu’au statut d’hairesis. Citant des cyniques pour nous inconnus, Stobée atteste une connaissance approfondie du cynisme, issue probablement de gnomologies antérieures. Stobée contribue ainsi à légitimer la contre-culture cynique, montrant en ses maîtres de véritables sages, dans un contexte où leur influence était réelle dans les cercles chrétiens et néoplatoniciens.

5S’interrogeant sur la structure et les sources de la section éthique du livre II de l’Anthologie, Mauro Bonazzi (« Il platonismo nel secondo libro dell’Anthologium di Stobeo : il problema di Eudoro‑», p. 441-456) aboutit à la conclusion que l’apparent stoïcisme de la terminologie employée par la doxographie A provient en réalité d’un fonds platonicien. Loin d’alimenter la thèse classique de l’« éclectisme‑» impérial, cette conclusion permet de revaloriser l’importance du platonisme et d’approfondir notre connaissance du contexte intellectuel de l’Anthologie. Analysant la notion de « discours éthique‑» dans le chapitre 7 de l’Anthologie, Sophie Van der Meeren (« Sens et fonction du “discours éthique” chez Stobée‑», p. 457-509) pose le problème du rapport entre « discours de la philosophie‑» et éthique philosophique. Si la première fonction du discours philosophique est protreptique et thérapeutique, il est ensuite plus proprement parénétique, portant sur la fin à poursuivre (le bonheur) et les moyens de la conserver, à savoir un mode vie construit et rationnel. Sophie Aubert (« Réflexions sur une μῆτις stoïcienne à travers les témoignages de Stobée‑», p. 511-535) étudie la figure du sage stoïcien chez Stobée sous l’angle de la metis, qu’elle rapproche de la phronesis que les stoïciens héritent de Platon. Parler de la metis du sage stoïcien se justifie par le fait que le mensonge est considéré par les stoïciens comme parfois légitime, utile et convenable, et par leur intérêt pour le personnage d’Ulysse. L’auteur fait alors un lien entre l’éloge de la polutropia comme forme de sagesse et l’habileté dialectique du sage qui peut aller jusqu’à lui donner une allure quasi-sophistique. On complétera cet article par celui d’Ilaria Ramelli (« Ierocle neostoico in Stobeo : i καθήκοντα e l’evoluzione dell’etica stoica‑», p. 537-576), qui analyse l’évolution morale stoïcienne à partir de la présence de Hiéroclès. Ce même thème est repris par Emanuele Vimercati (« Stobeo sul saggio stoico‑», p. 577-614). À l’opposé du caractère tranché de la dichotomie sage-insensé dans le stoïcisme hellénistique, Stobée insiste sur un perfectionnement moral qui transige avec la rigidité de la doctrine de ces derniers. Cette conclusion valide l’idée que l’Anthologie obéit avant tout à une visée pédagogique. Selon Julie Giovacchini (« Techniques de discours et techniques de vérité chez Stobée : remarques sur le Peri parrhesias (III 13)‑», p. 615-631), c’est précisément son projet pédagogique qui fait de Stobée, non pas un compilateur laborieux mais un auteur de manuel philosophique à part entière, la dimension protreptique de l’ouvrage comportant évidemment une dimension réflexive et critique dans les choix des excerpta retenus. Se fondant à la fois sur le livre III, chapitre 13 de Stobée et sur le De adulatore de Plutarque, l’auteur montre que tous deux élèvent la parrhesia à un rang philosophique, entre protreptique et elenchos socratique. Le recours à Plutarque aide ainsi à reconnaître dans l’Anthologie une œuvre à vocation philosophique.

6Le seul regret que nous aurions à exprimer porte sur la densité du propos et la présentation un peu « labyrinthique‑» de ce livre-somme, qui ne peut s’adresser qu’à un public expert. Si les études stobéennes en bénéficieront certainement, il vise plutôt un public de philologues, la critique dominant largement les arguments et les analyses conceptuelles. Malgré l’aridité qu’une telle entreprise devait sans doute impliquer, c’est bien une nouvelle étape dans la compréhension de l’œuvre de Stobée qui vient d’être franchie avec succès.

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Pour citer cet article

Référence papier

Olivier D’Jeranian, « Gretchen Reydams-Schils (éd.), Thinking Through Excerpts: Studies on Stobaeus »Philosophie antique, 16 | 2016, 232-234.

Référence électronique

Olivier D’Jeranian, « Gretchen Reydams-Schils (éd.), Thinking Through Excerpts: Studies on Stobaeus »Philosophie antique [En ligne], 16 | 2016, mis en ligne le 01 novembre 2018, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/713 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.713

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Auteur

Olivier D’Jeranian

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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