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La théorie aristotélicienne de la différence dans les Topiques

José Miguel Gambra
p. 21-55

Résumés

Cet article essaie de montrer, contre l’interprétation donnée par Morrison, que la théorie aristotélicienne de la différence est assez cohérente et unitaire. Puisque cette théorie englobe celle des modes d’être (catégories) et celle de la prédication, la première partie de l’article montre le relations qui existent entre ces deux doctrines, en analysant surtout le difficile chapitre I, 9 des Topiques. La deuxième partie essaie de résoudre les apparentes contradictions qu’on trouve dans l’exposé de la différence aux premiers traités de l’Organon.

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Texte intégral

  • 1  Qui ne semblent plus à la mode de nos jours. Cf. L.M. De Rijk 2002, vol. I, p. 5 ; J. Barnes 1995, (...)

1La découverte, dans les traités de l’Organon, d’un ordre chronologique différent de l’ordre systématique accepté par les scolastiques, a sans doute permis de comprendre beaucoup mieux les énigmes de la logique d’Aristote. Cependant cette découverte a produit une tendance excessive à réinterpréter toutes les doctrines d’Aristote comme si elles n’étaient valables que dans le contexte de chaque ouvrage. Ainsi, vis-à-vis des apparentes incohérences entre les premiers traités et les œuvres postérieures, beaucoup de chercheurs, au lieu d’essayer d’y trouver des indices d’unité, se sont acharnés sur les différences pour approfondir l’écart entre ces différentes œuvres. De cette manière, les études chronologiques1, au lieu de faire ressortir le développement des concepts et des intérêts du Stagirite, ont produit un Aristote atomisé et incohérent, toujours éloigné des interprétations classiques.

  • 2  W.D. Ross 1949, p. 57-58.
  • 3  H. Granger 1984, p. 1-23.

2Une des notions qui ont donné l’occasion d’interpréter de cette manière dissociée la pensée d’Aristote est celle du prédicable « différence ». Ross distinguait la théorie de la différence, dans les Topiques et les Seconds Analytiques, de celle de la Métaphysique. Selon la première de ces doctrines, la différence aurait, comme le genre, plus d’extension que l’espèce, alors que, selon la seconde, différence et espèce seraient coextensives2. Étant donné que les expressions apparemment inconsistantes sur la différence se trouvent non seulement dans des œuvres de plusieurs époques, mais au sein même des Topiques, d’autres auteurs ont poussé ce type de solution jusqu’à trouver, dans ce traité, deux théories de la différence, provenant chacune d’une étape de sa rédaction. C’est le cas de H. Granger, qui défend donc l’existence de trois doctrines de la différence, deux dans les Topiques et une dans la Métaphysique3.

  • 4  D.R. Morrison 1993.

3Certes, ces interprétations introduisent une évolution dans l’œuvre d’Aristote, mais elles ne concernent que la théorie de la différence et du genre. Donald Morrison, en revanche, va plus loin. Dans un article récent, il utilise les expressions paradoxales sur la différence qu’on trouve dans les Topiques, non seulement pour déceler deux étapes dans son élaboration, mais pour trouver une nouvelle théorie qui concerne presque toute la doctrine aristotélicienne de la prédication et des catégories4. Son étude est, sans aucun doute, fort bien documentée et offre une si solide argumentation qu’il est arrivé à semer le doute dans ma propre conception d’Aristote, beaucoup plus classique et unitaire. Cependant, je crois pouvoir montrer que son point de départ et ses conclusions sont fondamentalement erronés.

4Le premier but de Morrison est de déterminer à quelle catégorie appartient la différence par rapport au sujet dont elle se dit. Par exemple, si le sujet est une substance, les questions que se pose Morrison sont les suivantes : est-ce que la différence d’un tel sujet appartient à une catégorie ou non ? Et, dans l’affirmative, appartient-elle à la même catégorie que le sujet ou peut-elle appartenir à une autre ?

Parmi les réponses possibles qu’il énumère, Morrison appelle théorie « zéro-catégorielle » « la conception selon laquelle la différence n’appartient à aucune catégorie du tout » ; théorie « homocatégorielle », celle qui considère que la différence appartient toujours à la même catégorie que le genre ou l’espèce qu’elle spécifie. Enfin, il appelle « pluraliste » la doctrine selon laquelle « le statut de différence d’une différence, en tant que tel, ne détermine pas son statut catégoriel, de sorte que la différence peut se trouver dans n’importe quelle catégorie ».

  • 5  D.R. Morrison 1993, p. 162-164.
  • 6  Cette affirmation semble être admise d’une manière générale par Morrison, puisqu’il affirme, par e (...)
  • 7  D.R. Morrison 1993, p. 155.

5Morrison défend la dernière de ces théories. Mais il dépasse ce but pour faire une reconstitution beaucoup plus radicale de la première logique aristotélicienne. Il commence par s’appuyer systématiquement sur une distinction, déjà fort discutable, entre « catégorie métaphysique » et « catégorie de prédicat » présentées « officiellement », dit-il, en Cat. 8 et en Top. I, 9 respectivement. Ensuite, il soutient que les différences appartiennent, non pas à n’importe quelle catégorie métaphysique, mais uniquement à la catégorie de prédication « qualité ». Son argumentation entraîne, entre autres, les conséquences suivantes, très proches entre elles et très éloignées des lectures classiques : (1) la doctrine qui prétend qu’un attribut appartenant à une catégorie différente de celle du sujet ne peut se dire de lui que par accident, n’est pas valable, du moins à l’époque des Topiques, et même à celle des Seconds Analytiques5. (2) Les prédications entre des termes qui appartiennent à des catégories différentes peuvent donc être essentielles, ce qui semble être, à son avis, le cas de nombreuses différences6. (3) Au temps des Catégories et des Topiques, le principe d’exclusivité, selon lequel « rien ne se trouve dans plus d’une catégorie métaphysique » (...) « ne faisait pas partie du plan d’Aristote »7.

6Je ne voudrais pas que ces pages deviennent une critique de Morrison, dont les raisonnements sont si nuancés qu’il est impossible d’en venir à bout dans les étroites limites d’un article. Je préfère présenter, en premier lieu, la façon dont je comprends la relation entre les catégories et les prédicables, et offrir en même temps une interprétation de Top. I, 9 qui élimine la notion de catégorie de prédicats, au moins comme classification indépendante. En second lieu, je vais essayer de présenter une notion de différence qui pourrait être cataloguée, selon la terminologie de Morrison, à la fois comme « zéro-catégorielle » et comme « homocatégorielle ». Je me bornerai à faire, de temps à autre, quelques observations sur les doctrines de Morrison mentionnées ci-dessus.

Catégories et prédicables : Top. I, 9.

7Le but de l’œuvre appelée Catégories consiste essentiellement dans la définition, la description et la division d’un catalogue complexe de notions, que la tradition a séparé en trois parties : les antéprédicaments, les prédicaments et les postprédicaments. Les antéprédicaments, contenus dans les trois premiers chapitres, peuvent être envisagés, non seulement comme présentation des concepts préalables aux Catégories, mais aussi de ceux qui sont nécessaires pour comprendre la théorie de l’attribution des Topiques.

8Au début du deuxième chapitre Aristote établit une distinction qui constitue le deuxième antéprédicament : il y a des choses qui se disent avec composition (κατὰ συμπλοκήν) comme « l’homme triomphe », et des choses qui se disent sans composition (ἄνευ συμπλοκῆς) comme « homme » et « triomphe ».

  • 8  Notons qu’Aristote n’emploie pas le nom de « catégorie » pour désigner sa liste dans le traité du (...)
  • 9  Je crois donc qu’il s’agit dans les deux cas de divisions de l’être, bien que les êtres sur lesque (...)
  • 10  Cat. 5, 3a7.

9Après quoi, au troisième antéprédicament, Aristote présente une autre classification qui vise, non les choses dites, comme la précédente, mais les choses qui sont (τὰ ὄντα). Cette classification est double : elle contient, d’une part, la division qui sépare les êtres qui sont dans un sujet de ceux qui ne sont pas dans un sujet ; et, d’autre part, la division qui les distingue selon qu’ils sont dits ou non du sujet, c’est-à-dire selon qu’ils sont universels ou non. La première division sert, à mon avis, d’introduction au chapitre 4, où Aristote présente sa célèbre liste des catégories8, qui est, à nouveau, une division des choses dites, mais seulement des choses dites sans composition. En effet, cette division, tout en étant une classification des expressions simples, emploie comme critère de division les choses que ces expressions signifient (σημαίνει). C’est-à-dire que la substance, la qualité, etc., constituent une division des modes de dire sans composition fondée sur la division des modes d’être qu’Aristote avait déjà entamée en séparant les êtres qui sont dans un sujet de ceux qui ne sont pas dans un sujet. Evidemment, il en résulte une division élargie, puisqu’elle a, non pas deux, mais dix membres. Cependant, il est clair que ces deux classifications de l’être9 (celle qui fonde les catégories de ce qui est dit sans composition et la première division du troisième antéprédicament) coïncident, puisque l’ousia n’est pas dans un sujet, mais les neuf autres, si10.

  • 11  D’ailleurs, le but principal des Catégories semble consister précisément dans la description, par (...)
  • 12 Cf. Top. IV, 1, 120b36 sq.
  • 13  Cat. 5, 2a11 sq.
  • 14  Cat. 4, 2a5.

10Chacun des termes dits sans composition appartient à l’une des dix catégories, pour autant qu’ils signifient des êtres qui sont d’une manière déterminée11. À leur tour, les êtres désignés par ces termes appartiennent aussi à l’une des catégories en vertu de leur manière particulière d’être. L’inclusion d’un terme ou d’une chose dans une des cases de cette liste est donc indépendante du fait d’être dit ou de ne pas être dit d’un sujet, d’être attribué ou de ne pas être attribué à un sujet12, de telle sorte que, par exemple, une chose qui ne se dit pas d’un sujet, comme un homme individuel, et une chose qui se dit d’un sujet, comme l’espèce homme, appartiennent toutes les deux à la catégorie de la substance13. C’est l’attribution qui semble dépendre du fait que le sujet et le prédicat appartiennent à l’une ou l’autre des catégories, puisque c’est la combinaison des termes catégoriels qui donne lieu à l’attribution14.

  • 15  Met. I, 1, 1052b16.
  • 16  Met. I, 1, 1052a29 sq.
  • 17  Cat. 5, 3a37.

11La deuxième division du troisième antéprédicament – celle qui distingue les choses universelles des choses singulières – est, comme la première, une division des êtres, des choses qui sont, quoiqu’elles n’existent pas séparées comme telles dans la réalité, mais le soient, d’une certaine manière, du fait de l’intellect. En effet, les choses universelles existent, mais pas indépendamment des choses singulières15, et c’est l’entendement qui leur donne une unité et une séparation qui n’existe pas en acte dans le réel16. Cette unité explique que les choses et les termes universels puissent jouer le rôle non seulement de sujets mais aussi d’attributs dans la prédication. Par contre les choses individuelles et numériquement unes (τὰ ἄτομα καὶ ἕν ἀριθμῷ), que ce soient des choses qui sont dans un sujet comme une connaissance grammaticale, ou des choses qui n’y sont pas, comme un homme individuel, ne peuvent pas s’attribuer d’un sujet, mais peuvent être des sujets de prédication17.

  • 18  Cat. 3, 1b10.
  • 19  Cat. 5, 2a19-3b10.

12Les Catégories offrent des idées fondmentales sur la théorie de la prédication, comme l’importante loi de la transitivité de la prédication18, et l’étude soigneuse de l’attribution dans le domaine de la substance19, mais la prédication elle-même n’est pas traitée d’une manière générale. Il faudra attendre les Topiques pour trouver la première esquisse d’une doctrine universelle de la prédication. Ce traité vise directement les argumentations dans le domaine dialectique, de sorte qu’il ne s’occupe pas expressément des termes, mais des propositions en tant que point de départ des argumentations.

13La première assertion importante sur la théorie générale de la prédication vraie est la suivante :

Toute proposition (πρότασις) comme tout problème expriment (δηλοῖ) soit le propre, soit le genre, soit l’accident. (Top. I, 4, 101b17-18.)

14Lesdits prédicables (genre, accident, propre, définition) sont donc ce qui, dans la théorie de la prédication des Topiques, est exprimé (δηλοῖ) par la proposition. À son tour, chaque prédicable est ce qui (ὃ) signifie (σημαίνει) ou indique (δηλοῖ) un certain aspect du sujet, ou même ce qui s’attribue (κατηγορεῖ͂ται) ou se donne (ὑπάρχει) d’une certaine manière dans la chose (πρᾶγμα), c’est-à-dire dans le sujet. Aristote, en effet, décrit chacun des prédicables avec des expressions du genre suivant : le propre, c’est ce qui (ὃ), tout en n’exprimant pas (μὴ δηλοῖ) la quiddité de la chose (πράγματος), appartient (ὑπάρχει) pourtant à cette chose seule et peut se réciproquer avec elle (Top. I, 5, 102a18-19).

  • 20  Sans prendre parti dans la discussion sur la manière adéquate de traduire ces expressions, j’emplo (...)

15Quelle est donc cette chose (ὃ) qui signifie le sujet, s’attribue au sujet ou se donne dans le sujet ? Sans doute ces termes simples qui se disent d’un sujet et dont parlaient le deuxième et le troisième antéprédicaments, c’est-à-dire les termes universels, mais seulement en tant qu’ils sont dits d’une chose ou d’un sujet et en expriment un certain aspect : l’essece20, la partie de l’essence commune à d’autres espèces, ce qui lui appartient sans exprimer l’essence, etc. C’est sur l’attribut et sur ce qu’il manifeste du sujet que retombe le poids de la signification de la proposition, et non directement sur la composition du sujet avec le prédicat.

  • 21  Cat. 2, 1a26 et 29 ; 4, 1b29.
  • 22  Top. II, 4, 111a37 sq.

16En résumé, chaque terme simple appartient, de par le mode d’être des choses qu’il signifie, à l’une des catégories. À son tour, qu’il puisse être sujet ou prédicat dépend exclusivement du fait qu’il est universel ou singulier, de telle sorte que, à la différence des termes singuliers, un universel, quelle que soit la catégorie à laquelle il appartient, peut être un prédicat. Les universels de toutes les catégories, en tant qu’attributs de propositions vraies, seront qualifiés comme un des prédicables, non pas d’une manière absolue, mais par rapport au sujet duquel ils sont dits avec vérité, c’est-à-dire en tenant compte de ce qu’ils expriment de ce sujet. Par suite, la catégorie du prédicat ne peut déterminer seule le mode de la prédication, et il en va de même pour la catégorie du sujet. Mais en comparant la catégorie du prédicat et celle du sujet, on peut, quoique seulement en partie, déterminer le mode de prédication. Bref, qu’un prédicat soit une substance, une qualité ou une relation n’a rien à voir directement avec le sujet duquel il se dit ; au contraire, qu’il s’agisse du genre ou d’un accident, cela dépend de ce qu’il exprime du sujet. Les connaissances, telle la grammaire, sont des qualités qui sont dans un sujet21 ; cependant, dans la proposition « la grammaire est une connaissance », le prédicat exprime la différence ou le genre du sujet, et dans « Socrate connaît », le prédicat exprime un accident du sujet22.

17Cette interprétation se fonde, répétons-le, sur deux distinctions qui se trouvent dans les Catégories : d’une part, la séparation entre l’unité ou composition réelle de la substance et des choses qui sont en elle et la composition attributive que l’intellect réalise entre le sujet et les choses universelles ; d’autre part, la différenciation entre la signification des choses dites avec composition et dites sans composition.

  • 23  De an. III, 6, 430a26 sq.

18Cependant, la simplicité et la clarté de ce schéma ne sont pas sans présenter quelques difficultés. Dans le discours d’Aristote, toujours prêt à réduire les pensées et les mots à leurs fondements réels, ces divers plans (celui de l’expression simple et combinée, celui de la composition réelle et prédicative) s’enchevêtrent tout naturellement. La plurivalence de sa terminologie en est témoin. Aussi bien la composition de la substance et des choses qui sont en elle que l’unité de l’universel et du singulier sont réelles et ne supposent l’action de l’entendement que pour établir la séparation de ces choses. Au contraire, la composition prédicative est produite par l’entendement qui, après avoir considéré séparément ces choses qui sont unes dans la réalité, les compose à nouveau dans l’attribution23. D’où, par exemple, l’usage multiple du mot « sujet » (ὑποκείμενον) qui signifie le sujet d’inhérence, c’est-à-dire la substance individuelle, mais aussi le sujet de prédication (Cat. 5, 2b3). De même, le τί ἐστι, qui a un rôle dans la composition du réel et dans la composition attributive, signifie quelquefois l’essence (un des aspects du sujet que l’attribut peut signifier), et d’autres fois la substance. En outre, il faut observer l’emploi trompeur du mot κατηγορία qui signifie, en premier lieu, la recomposition attributive faite par l’intellect des choses qu’il a séparées, mais aussi les modes d’être signifiés par les expressions simples.

19Je ne peux pas démêler tous les passages où s’entrecroisent ces notions. C’est le contexte qui déterminera à chaque fois le sens des termes. Mais il faut quand même examiner le texte de Top. I,9, où la double division que j’ai soulignée semble moins évidente.

(1) Après ce que nous venons de dire, il faut déterminer les genres des catégories (τὰ γένη τῶν κατηγοριῶν) dans lesquels se rencontrent les quatre dont nous avons parlé.

(2) Ils sont au nombre de dix : Essence (ti esti), Quantité, Qualité, Relation, Où, Quand, Position, Possession, Action, Passion.

(3) L’accident, le genre, le propre et la définition seront toujours dans l’une de ces catégories, car

(4) toutes les propositions formées par ces quatre notions signifient (σημαίνουσιν) soit l’essence (ti esti), soit la qualité, soit la quantité, soit l’une des autres catégories.

(5) Et il est de soi évident qu’en signifiant l’essence (ti esti), on signifie tantôt la substance (ousia), tantôt la qualité, tantôt l’une des autres catégories.

  • 24  L’expression τὸ ἐκκείμενον est utilisée pour désigner un individu.

(6) Quand, en effet, se trouvant en présence d’un homme, on dit que ce qu’on a devant soi (τὸ ἐκκείμενον)24 est un homme ou un animal, on indique (λέγει) l’essence (ti esti), et on signifie une substance (ousia) ; mais quand, se trouvant en présence d’une couleur blanche, on dit que ce qu’on a devant soi est blanc ou est une couleur, on indique ce qu’elle est (ti esti), et on signifie une qualité. De même encore, si, se trouvant en présence d’une grandeur d’une coudée, on dit que ce qu’on a devant soi est une grandeur d’une coudée, on indiquera ce qu’elle est (ti esti) et on signifie une quantité. Et de même dans les autres cas.

7) Car, dans chacun de ces cas, que la chose soit dite d’elle-même ou que lui soit attribué son genre, on signifie l’essence (ti esti). Mais lorsque [la chose] est attribuée à une chose autre, on ne signifie pas l’essence (ti esti), mais bien une quantité, ou une qualité, ou l’une des autres catégories.

8) Voilà donc quelles et en quel nombre sont les choses au sujet desquelles et à partir desquelles sont les raisonnements (λόγοι). (Top. I, 9, 103b20-104a1.)

20Ce texte contient deux parties. (A) Dans la première (phrases 1-5) Aristote présente une théorie où il met en relation les prédicables qu’il vient d’exposer, avec ce qu’il appelle « les genres des catégories » ou tout simplement les « catégories ». (B) Il offre ensuite une série d’exemples (phrase 6), en ajoutant à la fin deux règles (phrase 7), où il veut synthétiser toutes les possibilités qu’il a en vue (phrase 8).

21La première partie, tout en étant très suggestive, présente de telles difficultés que, prise littéralement, elle est incompréhensible. Ces difficultés naissent surtout des listes de ce qu’il appelle « les genres des catégories » et « catégories », utilisées ici pour la première fois afin de désigner une liste d’entités semblable, mais pas égale, à celle des choses dites sans combinaison de Cat. 4. Dans les phrases 1 et 2, il inclut parmi « les genres des catégories » tous les éléments de cette dernière liste, sauf la substance, qui est remplacée par l’essence (ti esti). Dans 4 il appelle ces mêmes choses « catégories », mais dans 5 la liste de ce qu’il appelle les « catégories » devient égale à la liste de Cat. 4, puisque ici c’est à nouveau la substance qui fait son apparition au lieu de l’essence.

22Deux questions se posent : 1º) Est-ce qu’Aristote parle ici d’une seule liste d’objets, qu’il appelle indifféremment « catégories » et « genres des catégories », ou de deux ensembles d’objets appelés chacun d’une manière différente ? 2º) Est-ce que cet ensemble (ou ces ensembles) s’identifie(nt) avec celui de Cat. 4, de sorte qu’on peut lui (leur) transférer le nom de catégories ?

  • 25  Cf. S. Mansion 1984, p. 179.

23On peut trouver toutes sortes de réponses. Pour les uns il n’y a qu’une liste de catégories qui est la même que celle de Cat. 4, de sorte qu’on devrait entendre que le ti esti signifie dans ce texte la substance. Mais cette solution pose un problème textuel évident, puisque incontestablement on ne peut pas toujours le traduire de cette façon à l’intérieur même de ce chapitre. Notamment, dans la phrase de 6 « on indique le ti esti, et on signifie une substance (ousia) », on ne peut pas traduire ti esti par « substance ». Il faudrait, donc, admettre que cette expression signifie dans tout ce chapitre tantôt l’essence tantôt la substance25.

  • 26  Cf. M. Frede 1987, p. 37.
  • 27 Cf. M. Frede 1987, p. 38-39.

24D’autres, tenant pour impossible qu’Aristote ait usé systématiquement d’une telle ambiguïté, ont cru que le ti esti signifiait un des genres des catégories dont parle notre texte26. Ces catégories, entendues comme types de prédication, seraient l’essence (ti esti), la qualité, la quantité etc., et non la liste de Cat. 4, à la laquelle une tradition erronée aurait appliqué le nom de catégories. Mais alors on devrait réinterpréter la phrase 5 de telle sorte qu’elle n’implique pas que la substance soit une catégorie, comme il semble à première vue27. Dans cette même ligne d’interprétation, Morrison choisit d’accepter qu’il y ait deux ensembles de catégories : les unes « métaphysiques », les autres « de prédicats ou de prédication », qui constitueraient deux ensembles d’entités complètement différentes, malgré la partielle coïncidence de leurs noms. Il semble, en tout cas, que l’on doive inévitablement forcer les phrases 1-5 du texte pour leur donner un sens cohérent.

25À mon avis, il est bien inutile de s’obstiner à analyser des phrases ambiguës comme celles-là, sans recourir à rien d’autre. Et je crois que le plus naturel, c’est de se tourner vers les textes dans lesquels ces phrases apparaissent et de voir leur contenu, avant même d’utiliser l’Index Aristotelicus pour chercher d’autres occurrences des termes. Essayons donc de les situer dans leur contexte.

  • 28  Cette division peut s’identifier à celle de Top. I,8 qui sépare les attributs qui sont contenus da (...)
  • 29 Quoique par un biais différent, De Rijk, dans son livre récent sur Aristote, publié après la rédact (...)

26En Cat. 4 Aristote avait divisé les termes sans composition en dix sections, qu’on a souvent appelées les catégories. Cette division, comme on l’a signalé auparavant, est tout à fait indépendante du rôle que les termes simples jouent dans la prédication, de telle sorte qu’un terme appartient à une de ces catégories, aussi bien quand il ne peut être que sujet d’attribution (comme les individus), que quand il peut être aussi bien sujet qu’attribut, tels les termes universels. D’un autre côté, dans les chapitres qui précèdent celui qui nous occupe, Aristote a exposé que chaque proposition signifie un des prédicables, selon ce que l’attribut exprime de son sujet. Une des divisions de ces prédicables distingue entre ceux où l’essence (ti esti) du sujet est signfiée (définition et genre) et ceux qui n’expriment pas l’essence (propriété et accident)28. Dans ces conditions, il serait tout naturel de se demander comment le fait que les termes simples devraient appartenir à une des catégories se répercute dans les prédications formées avec eux. Et c’est précisément ce que ce paragraphe cherche à faire : il veut, à mon avis, mettre en relation ces deux listes, c’est-à-dire celle des choses dites sans composition, et celle des prédicables partagés entre ceux qui expriment l’essence et ceux qui ne l’expriment pas29.

27Afin de prouver que tel est le but de ce texte, je crois que la meilleure méthode est de faire abstraction, pour le moment, des phrases 1-5, étant donné leur difficulté. Elles semblent, en effet, donner la théorie qui découle de l’examen combinatoire de toutes les possibilités, présenté dans les sections 6 et 7. Je crois donc que l’analyse de ces derniers textes permettra de mieux comprendre le sens d’une telle théorie.

28Dans la section 6, Aristote commence par fournir trois exemples qui montrent qu’en prenant un sujet singulier de la catégorie de la substance, de la qualité et de la quantité, et en lui attribuant son espèce ou son genre, on obtient une proposition qui exprime l’essence et signifie la catégorie en question. Il finit en disant que cela vaut pour le reste des catégories. La section 7 explicite le sens de ces exemples au moyen d’une règle :

Car, dans chacun des ces cas, que la chose soit dite d’elle-même ou que lui soit attribué son genre, on signifie l’essence (ti esti).

29Cela veut dire, à mon avis, que lorsque le sujet et le prédicat d’une proposition vraie sont les mêmes dans le réel (c’est à dire quand l’un se dit de l’autre, mais que tous les deux appartiennent à la même catégorie, ne différant entre eux que par leur degré d’universalité), alors la prédication est essentielle. Aristote ne fait donc que ramener la signification de ce genre d’attribution à son fondement réel, qui se trouve dans l’unité et l’identité des choses singulières. En effet, quoique l’intellect puisse abstraire l’essence du singulier, puis la restituer dans l’attribution, les choses signifiées par le sujet et l’attribut ne perdent pas pour cela leur unité et leur identité réelles.

  • 30  On pourrait même ajouter que, si l’attribut constitue un logos, il exprimera la définition.

30Par là, le sens de la phrase 5 devient évident : lorsque l’attribut vrai d’un sujet appartient à la même catégorie que celui-ci, que ce soit la substance ou une autre, l’attribution est essentielle. C’est-à-dire que le prédicat exprime l’espèce (dans le cas d’un sujet singulier) ou le genre30.

31Pour les autres possibilités, il ne donne pas d’exemples, mais se contente de présenter, à la suite de la première, la règle correspondante :

Mais lorsque [la chose] est attribuée à une chose autre, on ne signifie pas l’essence (ti esti), mais bien une quantité, ou une qualité, ou l’une des autres catégories.

32Il s’agit ici du cas où le sujet et l’attribut d’une affirmation vraie ne signifient pas la même chose, mais des choses « autres ». Puisque la règle antérieure, qui traitait des attributions de « la même chose », faisait référence aux prédications entre termes de la même catégorie, il est évident que par les attributions des choses « autres » on doit comprendre les attributions entre termes qui signifient des choses appartenant à des catégories différentes et, par là même, comprendre qu’elles sont réellement différentes. Dans ce cas, dit Aristote, il n’y a pas de prédication essentielle et, donc, on sera en présence d’une attribution du propre ou de l’accident.

  • 31  Dans le texte qui nous occupe, Aristote emploie l’expression ti esti au sens de substance et d’ess (...)

33Il faut noter tout de même que la formulation de cette dernière règle contient une précision qui joue, par rapport à la règle elle-même, le rôle que la phrase 5 joue par rapport à la première règle. Cette précision indique que lorsque l’attribution n’est pas essentielle, elle exprime bien « la quantité, ou la qualité, ou l’une des autres catégories ». Aristote applique donc la contraposition du ti esti aux catégories non substantielles, pour signaler qu’alors l’attribut ne peut qu’appartenir à l’une de ces dernières31. Autrement dit, il indique que, dans ces conditions, l’attribut peut seulement signifier une des choses qui sont dans un sujet, et que la proposition signifie que cette chose se donne dans le sujet de l’attribution. Cette dernière affirmation renvoie donc à la distinction du troisième antéprédicament : ce qui s’attribue et est autre que le sujet ne peut être que ce qui se dit d’un sujet (puisqu’il s’attribue) et ce qui est dans un sujet (puisqu’il est autre, c’est-à-dire : qu’il n’est pas le sujet mais en diffère réellement). Bref, Aristote montre ici comment, à la différence de l’attribution essentielle, la composition prédicative accidentelle est parallèle à la composition réelle de la substance et des choses qui y sont inhérentes. L’omission de la substance comme possible attribut accidentel se comprend seulement de ce point de vue, puisqu’en disant un attribut substantiel d’un terme d’un autre genre, l’attribution ne suit pas le même ordre que le réel.

34Cette omission constitue, du point de vue théorique, un problème sur lequel Aristote reviendra plus tard, mais dont la solution définitive ne peut pas être exposée ici. En même temps, elle constitue la clef pour comprendre les premières phrases de ce chapitre énigmatique.

35Afin d’entreprendre cette tâche, il est utile de récapituler en un tableau schématique ce qui résulte de l’examen combinatoire présenté par Aristote dans les phrases 6 et 7.

36PRÉDICATS (Universels)

SUJETS (singuliers)

Substance

Quantité

Qualité

Substance

Exprime l’esence et signifie la substance

ne signifie pas l’essence, mais la quantité

ne signifie pas l’essence, mais la qualité

Quantité

exprime l’essence et signifie la quantité

ne signifie pas l’essence, mais la qualité

Qualité

ne signifie pas l’essence, mais la quantité

exprime l’essence et signifie la qualité

37Ce tableau représente, d’une part, le but du chapitre, qui était d’examiner les types de prédication qui se produisent, selon les modes d’être des prédicats et des sujets dont ils s’affirment avec vérité. C’est à cela que répondent les deux entrées, en tenant compte que les exemples ne considèrent que des sujets singuliers et que les prédicats sont toujours universels.

38Dans les cases qui en résultent figurent les catégories possibles de prédicats ou de prédication, avec la double dimension significative qu’Aristote semble admettre pour chacune : l’une est rattachée aux prédicables (qu’elle exprime ou non l’essence) et l’autre aux modes d’être de l’attribut. Les cases vides représentent les possibilités qui, tout en découlant du procédé combinatoire, ne correspondent à aucun type de prédication. Il s’agit en particulier des prédications où l’attribut serait substantiel et où le sujet ne l’est pas.

  • 32  Notons qu’en ne tenant compte que d’une seule de ces dimensions, il est impossible d’établir une l (...)

39L’examen de ce tableau montre que la liste du passage 2 (et 4) est un hybride de ces deux dimensions dans la signification, constitué dans le but d’énumérer toutes les possibilités qui représentent des prédications, sans laisser de place aux possibilités à éliminer32.

40D’un autre coté, si on prolongeait ce tableau jusqu’à la fin, on trouverait qu’il y a dix prédications où s’exprime l’essence, une pour chacun des modes d’être dits sans composition, ce qui coïncide parfaitement avec la phrase 5.

  • 33  Je crois que le chapitre 22 des Réfutations Sophistiques, où Aristote recommande, pour éviter le s (...)
  • 34  Je considère, donc, qu’il est futile d’essayer d’élucider si Aristote parle ici de catégories de p (...)

41À mon avis, cela explique complètement le contenu de ce passage, et même pourquoi les énumérations et les explications du principe sont si cryptiques, et même maladroites. Il resterait encore à élucider la signification des expressions « catégorie » et « genres des catégories ». Je crois qu’Aristote ne vise pas directement par là les modes d’être dits sans composition de Cat. 4, mais les divers modes de prédication33. C’est-à-dire qu’elles désignent la même chose que ce que signifient les propositions, c’est-à-dire les prédicables, mais en les subdivisant selon le mode d’être du prédicat. Ce qui n’est pas du tout étonnant, puisque, comme on a vu dans l’analyse des premiers chapitres des Topiques, ce que la prédication signifie est ce que le prédicat dit du sujet34. Chaque catégorie de prédication est donc une notion définie à partir des modes d’être et des prédicables.

42Ce point de vue entraîne quelques conséquences intéressantes pour comprendre la portée de Top. I, 9.

43En premier lieu, il faut bien noter que ce passage, malgré son obscurité, permet de préciser la théorie exposée auparavant. Celle-ci défendait, tout d’abord, l’idée que l’appartenance d’un terme à une catégorie est indépendante de la prédication. Cela veut seulement dire que la division ontologique des catégories, comme présentation des modes d’être, telle qu’elle apparaît dans Cat. 4, est probablement plus fondamentale et générale, mais en tout cas compatible avec le point de vue qui apparaît dans Top. I, 9. Ensuite, la théorie de la prédication n’est pas indépendante de celle des catégories. Au contraire, les conclusions tirées du dernier passage impliquent que l’appartenance du sujet et du prédicat à la catégorie ou mode d’être qui leur correspond, détermine, en partie, la manière dont l’attribut se dit du sujet. En effet, s’ils appartiennent à la même catégorie, l’attribution peut être essentielle, sinon, elle ne l’est pas.

  • 35  Cf. S. Mansion 1984, p. 199 sq. ; Thomas d’Aquin, In Duodecim Libros Metaphysicorum Aristotelis Ex (...)

44En deuxième lieu, puisque les catégories de prédication se définissent par le moyen des modes d’être, il n’y a pas d’inconvénient à admettre qu’à leur tour elles soient à l’origine du terme de « catégorie », en tant que désignation des modes d’être, ni même qu’elles aient servi de fil conducteur à l’invention de la liste des catégories, comme on l’a soutenu fréquemment35.

45Finalement, les genres de prédication, en tant que notions réductibles aux concepts de mode d’être et de prédicable, ne constituent donc pas une classification nouvelle et indépendante de celle de Cat. 4, comme le prétend Morrison. Il semble que selon lui on pourrait construire une nouvelle combinatoire avec, d’un côté, les modes d’être (les « catégories métaphysiques » de Cat. 4) et, d’un autre côté, les « catégories de prédication » de Top. I, 9. C’est, en effet, par ce moyen qu’il explique le statut de la différence comme appartenant à une catégorie métaphysique quelconque et à la catégorie prédicative de la qualité. Mais, si notre interprétation est correcte, cette affirmation n’a pas de sens, puisque appartenir à la catégorie de la prédication de la qualité signifie seulement que le prédicat est un terme qui exprime le mode d’être de la qualité et que, par rapport à un sujet donné, il n’exprime pas son essence. Si un terme appartient à la catégorie de prédication de la qualité, il ne peut appartenir à aucune autre catégorie, dans le sens de « mode d’être ».

46Dans notre interprétation de Top. I, 9, l’usage fait par Morrison des catégories de prédication comme instruments d’analyse indépendante des catégories métaphysiques devient abusif. En outre, ce texte, sur lequel il essaie de construire sa nouvelle théorie de la différence, constitue, une fois interprété comme nous l’avons montré, une réfutation des autres affirmations de Morrison, que nous avons présentées au commencement.

47Il défendait, en effet, l’idée qu’une chose puisse appartenir à plusieurs catégories métaphysiques et, par là même, celle que les prédications des termes d’une catégorie à une autre puissent être essentielles et pas toujours accidentelles, comme on l’admet généralement. Mais notre analyse a montré que si les termes qui forment la proposition appartiennent à des modes d’être différents, l’attribution n’est pas essentielle.

48La justesse de cette interprétation semble confirmée par le texte parallèle de An. Post. I, 22, 83a19-35, qui est à nouveau déformé par Morrison, en vertu de sa théorie du dédoublement des catégories. Ce paragraphe contient deux règles qui ont, sans doute, le même sens que celles de Top. I,9. En outre, ce texte ajoute une précision sur le mode de prédication entre des termes de différentes catégories, puisqu’il ne se contente pas de dire qu’il s’agit alors d’une prédication non essentielle, mais qu’il dit qu’il s’agit d’une prédication par accident.

  • 36  Je suis d’accord avec l’interprétation de Morrison 1993, selon laquelle ousia, dans cette occurren (...)

Les prédicats qui signifient la substance36 signifient que le sujet auquel ils sont attribués n’est rien d’autre que le prédicat même ou l’une de ses espèces. Ceux, au contraire, qui ne signifient pas la substance, mais qui sont affirmés d’un sujet différent d’eux-mêmes, lequel n’est ni cet attribut lui-même, ni une espèce même de cet attribut, sont des accidents.

  • 37  Cf. W.D. Ross 1949, p. 55 et 62-63.
  • 38  An. Post. I, 7, 75a42.

49Les Seconds Analytiques offrent encore une autre raison de poids pour rejeter les thèses de Morrison. Je parle de l’impossibilité, dans la démonstration, du passage d’un genre à un autre (μετάβασις ἐξ ἄλλου γένους)37. Un des éléments de la démonstration est le genre des choses dont on conclut les propriétés et les attributs essentiels38. Mais pour ce faire on ne peut qu’utiliser les attributs essentiels du genre en question

puisque c’est du même genre que doivent nécessairement provenir les extrêmes et les moyens : car s’ils ne sont pas par soi, ce seront des accidents (An. Post. I, 7, 75b10).

  • 39  Ce qui est seulement possible dans les sciences subordonnées. Cf. An. Post. I, 13 et 27.

50Or s’il y avait des prédications essentielles avec des termes de catégories métaphysiques différentes, comme le croit Morrison, Aristote aurait dû admettre des démonstrations à partir d’un autre genre39.

51La théorie classique de l’incommunicabilité des genres, dont ce que nous venons de voir est un résultat ou corollaire, est niée par Morrison lorsque, tout en admettant que chaque chose doit appartenir à une catégorie, il nie qu’elle ne puisse pas appartenir à plusieurs. Quoique cette doctrine ne forme pas l’objet d’un exposé plus direct dans les Topiques que celui du chapitre I, 9, elle est encore impliquée, dans le même ouvrage, par d’autres corollaires.

52Selon Morrison, une espèce peut appartenir à deux modes d’être ou « catégories métaphysiques » : à celle de son genre et à celle de sa différence, qui constituent sa définition. Cela entraîne que le terme qui désigne cette espèce peut être synonyme, tout en appartenant à deux catégories. C’est-à-dire que les choses contenues sous cette espèce recevront le même nom avec ce même logos qui est la définition de l’espèce. Mais cela est nié par Aristote en Top. I, 15, 107a3, où il recommande de regarder si « les genres des catégories » des divers usages d’un même nom sont les mêmes, puisque « s’ils ne sont pas identiques, il est clair que le terme en question sera homonyme », ce qui exclut qu’un terme puisse être synonyme et exister dans deux catégories.

53L’impossibilité pour une espèce d’appartenir à deux catégories découle encore de l’un des « lieux » de l’identité. L’identité numérique, dont il est question à cet endroit, se définit de la manière suivante : « sont numériquement identiques les choses qui, tout en ayant plusieurs noms, ne sont pourtant qu’une seule et même chose, par exemple pelisse et manteau. » (Top. I, 7, 102b9.) En utilisant ce dernier exemple, il n’y aurait pas d’inconvénient, selon la théorie de Morrison, à ce que chacun de ces noms soit dans deux catégories différentes. Mais c’est précisément cela qu’Aristote refuse dans le lieu mentionné : si deux termes qu’on présume identiques « ne sont pas dans un seul genre de catégorie, mais [que] l’un signifie une qualité et l’autre une quantité ou une relation », alors ils ne sont pas numériquement identiques (Top. VII, 1, 152a37).

Genre et différence.

  • 40  Soph. El. 5, 166b30 ; Phys. II, 5, 196b27.

54Ce qui détermine les particularités du genre par rapport aux autres prédicables, c’est qu’il exprime l’essence de son sujet, tout en ayant plus d’extension que lui. Mais il faut encore donner quelques précisions à son sujet : en premier lieu et à la différence de la définition, il n’est pas unique pour chaque sujet, sans être pour autant indéfini ou indéterminé en nombre comme l’accident ou la propriété40. On doit plutôt dire que les genres et les espèces sont d’une certaine manière multiples, mais avec un ordre et des limites strictement déterminés.

  • 41  » Il faut considérer aussi le genre du genre donné, et ainsi toujours, en remontant au genre plus (...)
  • 42  Top. IV, 1, 120b36, 121a29 ; 2, 122a3 sq.
  • 43  Top. IV, 2, 122a22.
  • 44  Top. IV, 2, 122a31.

55Il est vrai que chaque espèce indivisible n’a qu’un genre immédiatement supérieur. Mais chaque genre appartient, à son tour, à un autre genre prochain, qui est lui aussi contenu dans un autre genre et ainsi de suite, jusqu’au moment où l’on arrive au genre suprême41, c’est à dire à la catégorie ou division42. Il en résulte qu’un même attribut peut être parfois genre et espèce par rapport à des termes différents : par exemple, la translation est genre par rapport à la marche, qui est son espèce, mais aussi la translation est une espèce du genre mouvement43. On comprend donc qu’une espèce puisse être affirmée comme genre44 ou, à l’inverse, qu’un genre soit l’espèce d’un autre supérieur.

  • 45  Cat. 5, 2b23.
  • 46  Top. IV, 6, 127a26 sq. et V, 2, 130b11 sq.

56Mais cette ambivalence des attributs essentiels a des limites strictes. En effet il y a des « espèces qui ne sont pas des genres »45, à savoir les espèces indivisibles, qui ne peuvent s’attribuer qu’à des individus. En outre, il y a des genres supérieurs à tous les autres, qui ne sont des espèces de rien d’autre, puisque les attributs plus étendus qu’eux se disent de toutes les choses et ne peuvent pas avoir de différences spécifiques46.

  • 47  Top. IV, 2, 122b29.
  • 48  Top. IV, 2, 122b2 sq.
  • 49  Sur les difficultés qu’entraîne l’interprétation du genre et de la différence du point de vue de l (...)

57On trouve donc dans les attributs essentiels (en laissant de côté la définition qui est un logos) une hiérarchie, prévisible déjà dans la doctrine des catégories. Car chaque terme singulier ou universel (exception faite des attributs catégoriaux eux-mêmes et des attributs qui appartiennent à toutes les choses) appartient à une seule catégorie ou genre suprême. Cette doctrine est généralisée pour toute la gamme des genres dans les Topiques, lorsqu’Aristote signale que « toutes les fois qu’une seule espèce tombe sous deux genres, l’un est contenu dans l’autre »47. Il y a donc une gradation stricte en remontant de l’espèce infime jusqu’au genre suprême, de sorte que chaque terme ne peut avoir qu’un genre du même degré48. Cette hiérarchie d’attributs essentiels, chacun avec plus d’extension que le précédent, constitue l’épine dorsale de la théorie aristotélicienne des prédicables et permet de comprendre beaucoup de ses lois logiques. Sans doute on peut concevoir cette échelle de prédicats essentiels en s’appuyant seulement sur l’extension et la compréhension des termes, de sorte que le genre aurait une extension plus grande et une plus petite compréhension que son espèce. Mais ce point de vue, assez commun, est incontestablement trop simpliste, puisqu’il n’explique ni l’unicité du genre pour chaque espèce ou chaque genre inférieur ni le pourquoi des limites qu’Aristote lui impose49. En effet, l’extension moindre de l’espèce par rapport au genre peut s’expliquer par le fait qu’on ajoute au genre un autre attribut essentiel et plus étendu que l’espèce : la différence ; mais alors ce dernier attribut ne se distingue pas du genre, de sorte que la différence ne serait qu’une classe de genre et que les espèces appartiendraient à deux genres. Aussi, de ce point de vue, on ne comprend pas les limites de l’échelle générique : si le genre n’est qu’un prédicat essentiel plus étendu et avec moins de contenu que l’espèce, pourquoi l’être n’est-il pas un genre ? Et pourquoi y a-t-il une espèce qui n’est genre de rien ? La doctrine qui explique les questions qu’on vient de poser est celle de la différence, laquelle, étant irréductible aux relations d’extension et de compréhension, introduit une complication notable dans la théorie des prédicables, mais semble fortement tenir à l’observation des relations qui se donnent entre les divers attributs d’une chose.

  • 50  É. De Strycker 1968, p. 145.
  • 51  Top. VI, 6, 144b6.
  • 52  W.D. Ross 1949, p. 57 ; J. Brunschwig 1967, Introduction, p. xlvi, n. 1.

58En Top. I, 4, Aristote dit que la différence, « étant générique, doit être rangée sous la même rubrique que le genre » (101b18-19). Cela a, d’une part, fourni un argument à De Strycker pour considérer que la différence « ne joue dans les Topiques qu’un rôle assez effacé »50. D’autre part, étant donné qu’Aristote affirme aussi que « la différence se dit d’un plus grand nombre de choses que l’espèce »51, Ross et Brunschwig ont conçu la différence dans les Topiques surtout comme un attribut semblable au genre, avec plus d’extension que l’espèce, et dont l’intersection avec le genre constitue la définition52.

  • 53  Top. I, 8, 103a1.

59Cependant, je crois que cette coïncidence de la différence avec le genre ne fournit pas une notion adéquate des particularités de la différence telle qu’elle apparaît dans les livres IV et VI des Topiques. Si, dans le livre I, la différence n’est présentée que comme « générique » et comme « un des termes contenus dans la définition »53, c’est-à-dire si elle n’est pas présentée comme un prédicat avec des caractères différents du genre, cela s’explique par la préoccupation systématique qu’Aristote avait à ce moment. En effet, il essaie de faire rentrer les prédicables dans une grille à deux entrées, dont les critères sont les suivants : être réciprocable ou non dans la prédication et appartenir ou non à la définition. Une fois les quatre cases occupées respectivement par la définition, le genre, le propre et l’accident, il ne pouvait qu’assimiler la différence à l’un des attributs déjà classifiés ou se résigner à sa complète élimination. Mais cette dernière possibilité était hors de question, vu la constante apparition de la différence dans le catalogue préalable des lieux, dont le livre I est une espèce d’introduction. Aristote n’a donc pu qu’oublier les traits propres de la différence et la considérer comme un attribut semblable au genre qui est non réciprocable et définitoire.

60Les lieux qui impliquent la différence en Top. IV, 2 et VI, 6 donnent de prime abord l’impression de contenir un bon nombre de paradoxes.

  • 54  Top. IV, 2, 122b15.
  • 55  Top. VI, 6, 144a30 ; IV, 2, 122b20.
  • 56  Top. IV, 2, 122b20. Aristote semble même admettre qu’il suffit qu’une chose soit un cas déterminé (...)

61(1) D’un côté, la différence est « générique », mais d’un autre elle « n’est jamais genre de quoi que ce soit »54. Qu’elle ne soit pas un genre est cohérent avec les affirmations suivantes qu’on examinera plus loin : (a) la différence n’exprime pas l’essence (cf. paragraphe suivant) ; (b) le genre peut appartenir à un autre genre, mais pas la différence : le genre qu’elle divise ne lui est pas attribué55, et aucun autre genre ne peut lui être attribué, puisqu’elle n’est ni espèce ni individu56.

62Cela semble lié à l’une des affirmations les plus étonnantes qui semble découler de la théorie aristotélicienne de la différence : elle n’appartient, strictement parlant, à aucune des catégories. Cette affirmation n’est pas explicite, mais elle découle immédiatement d’une autre, contenue dans les Catégories :

Mais ce caractère n’est pas particulier à la substance, car la différence, elle aussi, fait partie des choses qui ne sont pas dans un sujet. (Cat. 5, 3a21.)

  • 57  C’est Pacius qui établit cette conclusion : In Porphyrii Isagogen et Aristotelis Organon Commentar (...)

63La différence a donc le caractère de ne pas être dans un sujet, c’est-à-dire de ne pas appartenir à une des catégories non substantielles. Mais, puisque Aristote est en train de montrer comment ce trait appartient à des choses qui ne sont pas la substance, il est évident que la différence n’appartient pas non plus à cette catégorie. La différence est, de ce point de vue, en dehors de toute catégorie57.

  • 58  Top. V, 4, 133a1 ; VII, 3, 153a15 sq.
  • 59  Top. VI, 4, 141b25 ; cf.VI, 6, 143b8 et I, 8, 103b15.
  • 60  Top. VI, 6, 144a23-27. Cf. Cat. 5, 3a 23.
  • 61  Cat. 5, 3a22.
  • 62  Cat. 5, 3a25.
  • 63  Top. IV, 2, 122b16. On ne peut pas donc dire simplement que la différence « est au nombre des attr (...)

64(2) Aristote dit que la différence est un prédicat essentiel58, en tant qu’elle est une partie de la définition et que la définition exprime la quiddité59. Ce qui s’accorde bien avec d’autres de ses affirmations : elle « ne doit pas faire partie des attributs accidentels » parce qu’il n’est pas possible « qu’elle appartienne et n’appartienne pas à la même chose »60 ; la différence s’affirme d’un sujet mais n’est pas dans un sujet61, et donc son logos « est affirmé de ce dont la différence elle-même est affirmée »62 (cf. ci-dessous § 5). Ce sont là des traits qui accompagnent les attributs qui expriment l’essence, et cependant Aristote dit carrément que la différence « n’exprime jamais l’essence d’une chose »63.

  • 64  Top. VI, 144a27 sq.
  • 65  Top. VI, 6, 143a4.

65(3) La différence, comme l’espèce, ne peut être affirmée du genre64 : mais cela semble être rejeté lorsqu’il dit que « les différences coordonnées d’une même division sont toutes vraies du genre propre de la chose »65.

  • 66  Top. I, 8, 103a12-16.
  • 67  Top. VI, 6, 144b6.
  • 68  Top. IV, 2, 122b38.
  • 69  Un autre passage qui implique que la différence peut être coextensive de l’espèce est Top. V, 4 13 (...)
  • 70  Top. VI, 6, 144b13 ; cf. Cat. 3, 1b16 ; Top. I, 15, 107b19 sqq.
  • 71  Top. VI, 6, 144b16.

66(4) Il semble vrai que la différence n’est pas réciprocable avec l’espèce66, car « la différence se dit de plus de choses que les espèces »67. Cette affirmation n’a quand même pas le caractère absolu que Ross et Brunschwig lui ont attribué, puisque Aristote lui-même l’énonce au moins une fois sous une forme atténuée, lorsqu’il signale que « la différence a toujours une extension égale ou supérieure à l’espèce »68, de sorte que le premier énoncé serait partiel69. En deuxième lieu elle semble s’opposer à l’affirmation répétée selon laquelle « la même différence ne peut pas appartenir à deux genres dont l’un ne contient pas l’autre »70. En effet, chaque différence « emporte avec elle son propre genre »71, et celui-ci ne peut être qu’unique, d’où il suit qu’il semble impossible que la différence puisse avoir plus d’extension que l’espèce définie par le genre et la différence.

  • 72  Cat. 5, 3a25, 3b6.
  • 73  Top. VI, 12, 149a29, a35. Ceci constitue pour Morrison 1993, p. 169, un des fondements de sa théor (...)

67(5) Nous avons vu que la différence n’est pas une espèce qui appartienne à un genre (cf. supra § 1). Mais Aristote semble accepter à plusieurs reprises que la différence ait un logos72, et même une définition (horos, horismos)73.

68Si elle a une définition, la différence devra avoir un genre, ce qui entre en contradiction avec l’affirmation précédente. Et de plus, si la définition de la différence s’attribue aux espèces, celles-ci devront (ou pourront) appartenir à deux genres, le leur et celui de la différence.

69En ce qui concerne la différence, Aristote semble donc ballotté entre ses traits opposés. Y a-t-il une doctrine de la différence qui concilie ces caractéristiques presque contradictoires ? Ou bien faut-il penser que cette théorie est incohérente, ou même, comme prétend Granger, qu’il y a plusieurs théories de la différence dans les Topiques ?

  • 74  Top. IV, 4, 122b 15-17 ; IV, 6, 128a27-29 ; VI, 6, 144a18-21.
  • 75  Ni même comme la catégorie de prédication de la qualité, dont parle Top. I, 9, qui se réduit à la (...)

70À mon avis il faut répondre affirmativement à la première de ces questions et négativement à la deuxième. Pour présenter la théorie adéquate de la différence, il faut avant tout examiner l’affirmation qui est, d’après moi, la plus importante : « une différence n’exprime jamais l’essence d’une chose, mais plutôt une qualité de cette chose »74. En effet, Aristote montre par là ce qui sépare la différence du genre, car celui-ci se caractérise par le fait qu’il exprime l’essence. Mais pour bien comprendre cette phrase, il faut admettre qu’il ne s’agit pas ici de la catégorie de la qualité75. Si on admettait que le poion appliqué à la différence signifie la même chose que dans la liste des catégories, on devrait contredire plusieurs affirmations d’Aristote, ou forcer leur sens à la manière de Morrison. Car alors la différence appartiendrait à un genre dont elle serait l’espèce, ce qui est impossible. De plus, si elle était dite d’un sujet de cette même catégorie, elle devrait s’attribuer comme son genre, et si, au contraire, elle était dite d’un sujet d’une autre catégorie, elle devrait être attribuée comme son accident. Mais ces deux choses son également impossibles, puisque, comme on l’a vu, la différence n’est genre ni espèce de rien et elle n’est pas non plus un prédicat accidentel.

  • 76  Cat. 5, 3b12 sq.
  • 77  Dans ce texte des Catégories, on trouve une référence au sophisme de la figure du discours (3b14 ; (...)
  • 78  Cat. 5, 3b19. On pourrait même se demander si Aristote ne parle pas ici implicitement de la différ (...)
  • 79  Cf. le texte ci dessus (n. 74) et Top. VI, 6, 144a17-22.

71Non seulement on peut prouver par l’absurde que le poion est employé ici avec un sens différent de celui du genre suprême du même nom, mais aussi on peut en trouver des preuves directes. Dans les Catégories, Aristote, pour indiquer ce qui sépare la substance première des substances secondes, avait déjà dit que l’espèce et le genre expriment plutôt une qualité (poion ti), tandis que la substance première exprime un tode ti, c’est-à-dire ce qui est « indivisible et numériquement un »76. Il voulait signaler par là, en premier lieu, que ces termes désignent ce qu’il y a de commun dans une multiplicité, à la différence de la substance première qui signifie le singulier en tant que tel77. Mais aussi, cette utilisation du mot « qualité », il la distinguait explicitement des qualités au sens absolu qui, comme le blanc, sont les termes qui appartiennent à ce mode d’être. Pour les espèces et les genres, « être une qualité » devait se comprendre par rapport au genre dont ils constituent une détermination ou délimitation : ils « déterminent la qualité par rapport à la substance : ce qu’ils signifient, c’est une substance de telle qualité »78. Dans les Topiques, Aristote n’emploiera pas – que je sache – cette caractérisation pour l’espèce et le genre, mais bien, à plusieurs reprises, pour la différence79. Il faut tout de même retenir que cet usage du terme « qualité » implique à la fois le mode de signification propre des universels et l’idée de détermination ou modification du genre.

  • 80  Met. D, 14, 1020a33-35.
  • 81  Met. D, 14, 1020b8-10.
  • 82  Dans les Catégories, les affections (pathe) constituent l’une des premières espèces de la qualité (...)

72Encore faut-il signaler que, dans la Métaphysique, Aristote distingue deux sens principaux de la différence : en premier lieu elle signifie « la différence de l’essence (ousia) ; par exemple l’homme est un animal d’une certaine qualité (poion ti) parce qu’il est bipède […] et le cercle est une figure d’une certaine qualité parce qu’il est sans angles »80. En deuxième lieu, la différence signifie « les affections (pathe) des substances en mouvement, comme la chaleur et la froideur, la blancheur et la noirceur »81. Evidemment, il distingue ainsi la qualité, entendue comme l’une des catégories82, de la qualité comme différence en tant que modification de l’essence exprimée par le genre. Qu’Aristote ait distingué explicitement ces deux sens de la notion de qualité, avant les Topiques (dans les Catégories) et après (dans la Métaphysique), et qu’il ait appliqué explicitement à la différence la notion de qualité dans la dernière de ces significations, autorise à penser que c’est dans ce sens-là qu’il l’emploie aussi dans les Topiques. Essayons, donc, de saisir le sens et les implications qui découlent du fait que la différence est une qualité, en commençant par ce que suggèrent déjà les Catégories dans le texte dont il a été fait mention.

73En premier lieu, Aristote, en Top. VI, 6, semble se limiter à étendre à la différence le caractère qualitatif du genre et de l’espèce, en tant qu’il implique une signification universelle et non singulière.

  • 83  Top. VI, 6, 144a17-22.

Il faut voir encore si la différence donnée signifie non pas une certaine qualité (poion ti), mais telle chose individuelle (tode), car, de l’avis général, la différence exprime toujours une certaine qualité83.

74Plus important est cependant le sens de « qualité » comme détermination du genre, puisqu’il nous permet aussi de comprendre la liaison qui existe entre ces deux classes d’attributs et, en plus, celle qui existe entre chacun d’eux et l’espèce. Les textes les plus significatifs à cet égard sont les deux suivants :

  • 84  Top. IV, 6, 128a27.

La différence signifie toujours une qualification du genre (ποιότητα τοῦ γένους), mais le genre ne signifie pas une qualification de la différence : car celui qui dit « pédestre » dit un animal d’une certaine qualité (poion ti), mais celui qui dit « animal » ne dit pas un pédestre d’une certaine qualité84.

  • 85  Top. VI, 6, 144a15.

Donc, si l’état est le genre de la vertu, il est évident que le bien n’est pas le genre, mais la différence. En outre, l’état signifie l’essence de la vertu, en revanche le bien ne signifie pas l’essence, mais la qualité (poion), car la différence semble signifier une qualité85.

  • 86  La théorie selon laquelle l’espèce est le produit logique du genre et de la différence est donc in (...)
  • 87  Top. VI, 6, 144b16. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit contenue dans le genre, car le genre ne s’ (...)
  • 88  Top. VI, 6, 143b6.

75Dans le premier de ces textes, la différence est une qualification du genre, ce qui veut dire, à mon avis, la même chose que ce qu’affirmait Aristote dans les Catégories en disant que la différence est une détermination du genre. Mais cette relation n’est pas symétrique, puisque le genre ne qualifie pas ou ne détermine pas les différences86. La raison de cette dissymétrie se comprend en considérant que « chacune des différences emporte (ἐπιφέρει) avec elle son propre genre »87, ce qu’Aristote appelle son genre approprié (οἰκεῖον)88. La différence est liée à un genre, et en général à un seul, mais le genre n’est jamais uni exclusivement à une seule différence, puisque, comme on le verra, il doit y avoir plusieurs différences dans chaque genre.

  • 89  Dans la Métaphysique la théorie de la différence n’est pas essentiellement modifiée, comme le prét (...)

76D’un autre côté, dans le second texte, Aristote semble admettre aussi que la différence exprime la qualité de l’espèce, et pas seulement du genre. Le mode d’expression souple et accommodant d’Aristote peut mener ici encore à une certaine confusion. La différence est-elle une qualité du genre ou de l’espèce ? En consultant la dernière partie du premier texte, on peut voir que ce problème est artificiel : ce qu’Aristote veut dire, c’est que la différence divise, détermine ou qualifie le genre, tout en montrant la qualité de l’espèce par rapport à ce genre, c’est-à-dire la manière dont chaque espèce possède l’essence que le genre signifie. On pourrait aussi avoir dit que la différence est différence de son genre approprié et exprime la qualité des choses qui appartiennent à ce genre en tant que telles ; comme par exemple mortel est une différence de vivant et qualité d’une de ses espèces89.

77Je voudrais encore signaler – peut être avec un peu moins de conviction – ce qu’on pourrait appeler le caractère absolument qualitatif de la différence qui semble surgir çà et là dans le texte des Topiques. On a dit plus haut que les attributs appartiennent à une des catégories, sans tenir compte du sujet dont ils se disent avec vérité, mais que, en revanche, ils peuvent jouer le rôle de l’un ou l’autre prédicable, selon le sujet auquel ils s’attribuent. Cette affirmation d’ordre général doit être nuancée dans le cas de la différence. En effet Aristote, en distinguant deux des erreurs qu’on peut commettre concernant la différence, dit :

  • 90  Top. VI, 6, 143a30.

Si, en effet, on n’a pas défini par les différences propres de la chose, ou si on a donné un terme tel qu’il ne pourra absolument pas être une différence de quoi que ce soit, l’animal ou la substance par exemple, il est clair qu’il n’y a pas de définition, car ces termes ne sont les différences de rien90.

  • 91  Top. VI, 6, 143a32.

78Il y a donc des attributs qui ne peuvent être la différence de rien, tels les genres, de sorte qu’il semble au contraire que la différence, à elle seule, sans tenir compte d’un autre terme, manifeste son caractère de différence, et en même temps de non-genre, puisque « la différence n’est jamais genre d’autre chose »91. Genre et différence sont donc exclusifs l’un de l’autre, non seulement par rapport au sujet dont ils s’affirment avec vérité, mais aussi par un certain caractère qu’on peut dire interne ou intrinsèque à leur contenu sémantique. Quel est ce caractère ? À mon avis on trouve à nouveau la réponse dans le caractère qualitatif de la différence, qui permet, dans les phrases qui suivent le dernier texte cité, d’expliquer le fait que la différence ne puisse jamais être un genre :

Il est donc clair que l’adversaire a commis une erreur, car la différence n’est jamais le genre d’autre chose. Et que cela soit la vérité, c’est là une chose évidente : car aucune différence n’exprime l’essence, mais bien plutôt quelque qualité, comme le pédestre ou le bipède.

79Aristote n’emploie ici ni la différence ni la qualité comme si elles l’étaient par rapport à autre chose. Au contraire, il les emploie comme si le terme qui est une qualité – et par cela même une différence – l’était d’une manière indépendante et absolue. Il semble donc que le caractère qualitatif de la différence ne se trouve pas seulement dans ce qu’elle signifie du sujet, mais qu’il s’agit en outre d’un mode de signification qui, s’ajoutant au contenu sémantique des différences, exclut par sa seule présence la possibilité qu’elles soient employées comme des genres. Ceux-ci, de leur côté, auraient un mode de signifier qui les rendrait aptes à exprimer, non pas comment est le sujet, mais ce que le sujet est. C’est donc parce que les différences ont une signification qualitative qu’elles ne peuvent être des genres de rien, et c’est parce que le genre n’a pas cette signification qu’il ne peut être différence de rien.

  • 92  C’est-à-dire les opposés que la tradition appelle opposés par contradiction, dont l’un ou l’autre (...)
  • 93  Exception faite des contraires qui admettent un moyen (Cat. 10, 12b33).
  • 94  Cat. 11, 14a15.
  • 95  Cat. 10, 11b39 ; 12b29.
  • 96  Cat. 13, 14b33.
  • 97  Top. VI, 6, 143a33.
  • 98  Top. VI, 4, 142b9.
  • 99  Top. VI, 6, 143a 28.
  • 100  Top. VI, 6, 1433b22.
  • 101  Top. VI, 6, 143b7 sq.

80Il faut aussi tenir compte du rapport existant entre les différences du même genre, ce qui nous fera mieux comprendre la liaison entre le genre et la différence, ainsi que nombre d’autres aspects de la différence elle-même. Aristote avait déjà fait mention de ce rapport dans les Catégories lorsqu’il parlait des contraires. Les contraires, à la différence des opposés comme l’affirmation et la négation92, doivent être l’un vrai et l’autre faux93, mais seulement des choses contenues sous le genre auquel ils sont naturellement liés94. Dans ce contexte, Aristote semblait distinguer entre les contraires qui ont un sujet dans lequel ils sont naturellement présents, ce qui est le cas des accidents, et ceux qui ont un sujet dont ils sont affirmés, ce qui est le cas des différences comme le pair et l’impair par rapport au nombre95. Toujours dans les Catégories, il citait comme un cas de simultanéité par nature celui « des choses qui s’opposent mutuellement (τὰ ἀντιδιῃρημένα ἀλλήλοις) dans la division », comme pédestre, aquatique et ailé, qui sont des différences provenant du même genre animal96. Cette même notion est employée dans les Topiques, où Aristote souligne que les différences doivent avoir un terme opposé dans la même division97, qu’elles sont simultanées par nature98, et que toutes ces différences doivent bien être celles du genre approprié99, de sorte que chacune d’elles doit être vraie d’une des choses contenues dans le genre, et aussi qu’à chacune des espèces doit s’attribuer une des différences opposées dans la même division100, de telle manière que chacune d’entre elles, unie au genre, doit constituer la définition d’une espèce101.

81Bref, les différences doivent être plusieurs, l’opposition qui existe entre elles est celle de contrariété et, par là même, elles impliquent un genre déterminé de choses (le genre approprié), dont elles établissent une division parfaite, de sorte que l’une ou l’autre des différences doit nécessairement s’attribuer des choses contenues sous le genre.

82Une fois exposé le noyau du concept de différence, qui se trouve dans son caractère qualitatif, on est en mesure de résoudre les paradoxes de la différence qu’on a énumérés ci-dessus.

83(1) La différence est générique seulement en ce sens qu’elle est liée à un genre déterminé qui est son genre approprié, puisqu’elle exprime la qualité des choses qu’il contient en tant qu’il les contient. Ce qui ne contredit pas le fait que la différence ne soit jamais un genre, précisément parce qu’elle exprime une qualité, comme on l’a vu.

84Que les différences ne soient génériques qu’en tant qu’elles établissent les divisions d’un genre explique aussi pourquoi elles ne peuvent appartenir à aucune catégorie. Elles ne leur appartiennent pas puisqu’elles ne participent d’aucun genre et qu’elles-mêmes ne sont genre de rien. Ce qui ne veut pas dire qu’elles soient complètement étrangères aux catégories, puisqu’elles sont liées à un genre déterminé d’une catégorie et rentrent dans la définition de chacune de ses espèces. Je crois donc que, par rapport à la division faite par Morrison, la théorie aristotélicienne de la différence peut être, à la fois, qualifiée d’« homocatégorielle » et de « zéro-catégorielle ».

  • 102  Ce qui est manifeste du moment que le genre « est le premier terme qui est supposé parmi les éléme (...)
  • 103  Top. IV, 6, 128a24.

85(2) La différence est une partie de la définition, cependant elle n’y entre pas sur le même pied que le genre102 ; car le fait de rentrer dans la définition signifie pour le genre qu’il exprime l’essence de l’espèce définie, et pour la différence cela signifie qu’elle exprime la qualité de l’espèce par rapport au genre. Elle est, donc, un prédicat permanent et non accidentel, qui s’attribue de l’espèce au sens fort. C’est-à-dire que non seulement le nom de la différence est dit d’elle, comme il arrive lors de la prédication accidentelle, fondée sur l’inhérence, mais aussi l’espèce est ce que la différence exprime (son logos). Malgré tout, la disparité entre genre et différence explique pourquoi Aristote dit quelquefois que la différence exprime l’essence, mais que d’autres fois il le nie. On pourrait dire qu’elle l’exprime seulement d’une certaine manière, ou comme dit Aristote lui-même, que « le genre exprime mieux l’essence » que la différence103.

86(3) Lorsque Aristote dit que les différences sont vraies du genre, il faut entendre que chacune d’elles s’attribue à quelque espèce contenue dans son genre approprié, et non que la différence s’attribue au genre lui-même.

  • 104  Top. VI, 6, 144b20 sq.
  • 105  Cette possibilité est sûrement réductible à la précédente, puisque l’opposition de contrariété ent (...)
  • 106  Ces cas-là semblent liés à l’observation concrète d’exemples et sont parfois introduits d’une mani (...)
  • 107  Conformément à cette solution, le changement qui se produirait entre les Topiques et la Métaphysiq (...)

87(4) En ce qui concerne les difficultés issues de la comparaison des extensions respectives de l’espèce et de la différence, je crois que la réponse se trouve dans les cas signalés par Aristote, où l’extension de la différence peut être plus grande que celle de l’espèce. Suite à cela, la différence aurait la même extension que l’espèce, sauf dans le cas où deux genres auraient une même différence. Cela peut se produire ou bien parce que l’un d’entre eux est subordonné à l’autre, ou bien parce que tous les deux sont subordonnés à un troisième, comme il arrive avec bipède, qui est différence tant de l’animal ailé que de l’animal pédestre, genres à leur tour contenus dans le genre supérieur de l’animal104. Aussi, semble-t-il, lorsque les genres sont contrares, les différences peuvent être les mêmes, de telle sorte que, par exemple, la justice et l’injustice, qui appartiennent aux genres contraires de la vertu et du vice, ont la même différence : la justice est une vertu de l’âme et l’injustice un vice de l’âme105. C’est dans ces cas-là que la différence pourrait se dire d’un nombre plus grand de choses que son espèce106. La différence, tout comme le genre, ne serait donc pas réciprocable avec l’espèce, mais avec une nuance : le genre n’est jamais réciprocable, et l’espèce ne l’est pas toujours107.

  • 108 Top. IV, 1, 121a10-19.
  • 109  Top. VI, 11, 149a5, 14.

88(5) À mon avis, la difficulté que représente l’acceptation d’une définition de la différence ne peut se résoudre qu’en montrant que la notion de définition (logos, horos, horismos) a plusieurs significations. C’est d’ailleurs ce qui se passe avec maintes notions qu’Aristote lui-même considère comme équivoques. Il y aurait, donc, une définition au sens fort du mot, composée de genre et de différence, et une autre au sens faible. Celle-ci exprimerait avec d’autres mots le contenu significatif d’un terme, et pourrait par là même être appliquée aux termes qui ne peuvent pas avoir de définition proprement dite. En faveur de cette solution, on peut observer, en premier lieu, qu’Aristote parle du logos des notions transcendantales, telles que l’un et l’être, qui n’ont pas de définition à proprement parler108. Ensuite, il convient de noter que les « lieux » où Aristote emploie l’expression « définition de la différence » se trouvent parmi ceux qui traitent de la substitution des noms (τῶν ὀνομάτων μετάληψις)109 ou des expressions dans la définition. Dans ce contexte, où Aristote ne parle guère ni du genre ni de la différence de la différence même, je crois que le mot horismos est employé, non dans son sens rigoureux, mais au sens d’une expression complexe qui a la même signification que la différence. L’exemple semble appuyer cette interprétation, puisque le horismos d’impair est « ayant un milieu », qui n’est pas constitué de genre et différence.

  • 110  An. Post. II, 10, 93b30. Il faut dire, tout de même, que l’intention de ces mots d’Aristote est, c (...)

89Enfin, en An. Post. II, 10, Aristote affirme qu’il y a plusieurs sortes de définition, parmi lesquelles il s’en trouve une qui « n’est qu’un discours expliquant ce que signifie le nom »110.

90La théorie de la différence que j’ai esquissée rend compte, d’une part, du fait que, pour le Stagirite, le genre de chaque espèce est unique. Car ce qui fait que le genre se contracte pour produire l’espèce, c’est la différence, laquelle n’est pas un genre. D’autre part, elle permet d’expliquer les limites de la prédication du genre. En effet, étant donné que le genre ne s’attribue pas à la différence, les attributs de toute chose, c’est-à-dire les transcendantaux comme l’être, ne sont pas des genres, parce qu’ils ne peuvent pas se diviser par des différences dont eux-mêmes ne soient pas des prédicats. De même on comprend qu’il y ait une limite inférieure dans l’espèce indivisible, qui n’est plus un genre parce qu’il ne suffit pas qu’on divise un genre par le moyen d’un attribut quelconque pour en constituer de nouvelles espèces : il faut que ce soit par des différences opposées et issues de la même division. Ainsi blanc et noir ne sont pas des différences d’homme, puisqu’il y a d’autres choses qui peuvent se diviser de la même manière.

91Cette interprétation, par ailleurs très respectueuse des doctrines classiques, a l’avantage de ne pas exiger trop de sacrifices. Elle n’oblige qu’à distinguer les sens de plusieurs termes, comme ceux de définition et de qualité ; et à adoucir ou à relativiser l’utilisation d’autres expressions, comme celles qui disent que la différence exprime et n’exprime pas l’essence. Mais déceler les homonymies et distinguer ce qui est dit absolument de ce qui est dit secundum quid ne sont pas des procédés qu’on puisse accuser d’être anti-aristotéliciens.

  • 111  Met. Z, 12, 1038a18.
  • 112  Ibid., 1037b24.
  • 113  Certes, Aristote nie explicitement dans les Topiques (VI, 5, 142b22, 143a22) qu’on puisse définir (...)

92Finalement, cette interprétation permet, d’une certaine manière, de rattacher la doctrine de la différence des Topiques à celle de la Métaphysique. En effet, lorsque, dans cette dernière œuvre, Aristote dit : « il est évident que la dernière différence sera l’essence de la chose et la définition »111, son but semble être de montrer l’unité de la substance à travers l’examen de la définition112. C’est cette préoccupation d’ordre ontologique qui l’aurait amené à considérer, dans la pluralité des attributs essentiels, l’unicité du fondement réel de la définition. À cet effet, il aurait fait abstraction de certaines particularités logiques, pour considérer seulement les traits qui, tout en étant d’importance pour la prédication et l’argumentation, manifestent l’unité qu’il cherche à rendre évidente. En particulier, il aurait laissé de côté la possibilité d’une même différence divisant deux genres, mais, au contraire, il aurait mis en relief le fait que la différence entraîne avec elle son genre approprié, de sorte que la différence dernière contiendrait toutes les autres différences et le genre. De la sorte, on ne devrait même pas sacrifier l’unité de l’œuvre aristotélicienne113, du moins en ce qui concerne cette question. Mais cette hypothèse dépasse les limites de cet article.

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Notes

1  Qui ne semblent plus à la mode de nos jours. Cf. L.M. De Rijk 2002, vol. I, p. 5 ; J. Barnes 1995, p. 17.

2  W.D. Ross 1949, p. 57-58.

3  H. Granger 1984, p. 1-23.

4  D.R. Morrison 1993.

5  D.R. Morrison 1993, p. 162-164.

6  Cette affirmation semble être admise d’une manière générale par Morrison, puisqu’il affirme, par exemple, qu’Aristote « ne professe pas que tous les termes prédiqués essentiellement [des substances] sont des substances » (D.R. Morrison 1993, p. 163). Mais, en ce qui concerne la différence, il la défend avec beaucoup de nuances, étant donné qu’il pense qu’au sens le plus strict la différence n’est pas dans la catégorie prédicative de l’essence (ibid., p. 164).

7  D.R. Morrison 1993, p. 155.

8  Notons qu’Aristote n’emploie pas le nom de « catégorie » pour désigner sa liste dans le traité du même nom. Je l’utilise quand même avant de parler de l’origine de l’expression.

9  Je crois donc qu’il s’agit dans les deux cas de divisions de l’être, bien que les êtres sur lesquels portent ces divisions n’existent pas tous séparés en acte. En effet, les choses qui sont dans un sujet, ainsi que les choses appartenant aux catégories dites « accidentelles », sont des êtres , mais elles n’existent pas en dehors de la substance (la seule chose qui soit séparée en acte), et c’est l’entendement qui les considère comme séparées (Met. K, 3, 1061a29 ; E, 1, 1026a7 ; K, 7, 1064a31 ; M, 3, 1077b23 ; De an. III, 7, 431b13 ; Phys. II, 3, 193b33). Mon point de vue sur la liste des « catégories » s’oppose donc : (1) à l’interprétation logico-syntactique, qui croit que le terme κατηγορία signifie « prédication » et donc que la liste énumère les classes des prédicats (on trouve un résumé historique de cette interprétation dans De Rijk 2002, vol. I, p. 361 sq.) ; et (2) à l’interprétation sémantique de De Rijk, qui pense que le verbe κατηγορεῖν signifie « désigner » et que les catégories sont la réponse au problème « un individu – plusieurs noms », de sorte que la liste en question serait une énumération des manières diverses d’appeler une même chose (De Rijk 2002, vol. I, p. 133-134. et 368-373).

10  Cat. 5, 3a7.

11  D’ailleurs, le but principal des Catégories semble consister précisément dans la description, par le moyen de leurs propriétés, des modes d’être et non des modes de prédication, qui, tout au plus, découlent des modes d’être.

12 Cf. Top. IV, 1, 120b36 sq.

13  Cat. 5, 2a11 sq.

14  Cat. 4, 2a5.

15  Met. I, 1, 1052b16.

16  Met. I, 1, 1052a29 sq.

17  Cat. 5, 3a37.

18  Cat. 3, 1b10.

19  Cat. 5, 2a19-3b10.

20  Sans prendre parti dans la discussion sur la manière adéquate de traduire ces expressions, j’emploie, à la suite de Tricot, « essence » pour exprimer le τί ἐστι et « quiddité » pour exprimer le τὸ τί ἦν εἶναι.

21  Cat. 2, 1a26 et 29 ; 4, 1b29.

22  Top. II, 4, 111a37 sq.

23  De an. III, 6, 430a26 sq.

24  L’expression τὸ ἐκκείμενον est utilisée pour désigner un individu.

25  Cf. S. Mansion 1984, p. 179.

26  Cf. M. Frede 1987, p. 37.

27 Cf. M. Frede 1987, p. 38-39.

28  Cette division peut s’identifier à celle de Top. I,8 qui sépare les attributs qui sont contenus dans la définition de ceux qui n’y sont pas contenus, puisque les prédicats contenus dans la définition « sont les seuls à être attribués à la chose dans son essence » (Top. VII, 3, 153a16). Évidemment, la définition elle-même exprime aussi l’essence, puisqu’elle contient genre et différence et qu’elle exprime la quiddité (τὸ τί ἦν εἶναι), qui est une notion plus forte que celle d’essence (ti esti) (Top. I, 4, 101b20 ; IV, 4, 141a25 ; VII, 3, 153a15 ; VII, 5, 142b33).

29 Quoique par un biais différent, De Rijk, dans son livre récent sur Aristote, publié après la rédaction du présent article, arrive à une interprétation proche de celle qui est présentée ici (L.M. De Rijk 2002, t. I, p. 484 sq.). Il faut cependant observer que la théorie de la catégorisation (op. cit., t. I, p. 133 sq., 368 sq. et 388 sq.) et celle des prédicables (op. cit., t. I, p. 476 sq.), que présuppose l’interprétation de De Rijk, sont, de mon point de vue, fort discutables.

30  On pourrait même ajouter que, si l’attribut constitue un logos, il exprimera la définition.

31  Dans le texte qui nous occupe, Aristote emploie l’expression ti esti au sens de substance et d’essence ; on peut déceler le sens de chaque occurrence en considérant à quoi il oppose l’expression. Cependant, la dernière occurrence semble, selon l’interprétation que je présente, s’opposer à la fois aux catégories accidentelles et à la prédication accidentelle, ce qui peut paraître plutôt étrange. Le texte parallèle de An. Post. I, 22, 83a22 confirme tout de même cette interprétation.

32  Notons qu’en ne tenant compte que d’une seule de ces dimensions, il est impossible d’établir une liste dont chaque élément soit désigné par un seul mot, tout en faisant l’élimination mentionnée.

33  Je crois que le chapitre 22 des Réfutations Sophistiques, où Aristote recommande, pour éviter le sophisme de la figure du discours, de faire appel aux « genres des prédication » (178a4 sqq.), confirme que ce qu’il entend par ces genres n’est pas directement les modes d’être, mais les manières dont les termes qu’ils contiennent sont prédiqués ou sont des prédicats. En effet, ce paralogisme consiste non seulement à confondre le mode d’être de ce qui est dit d’un sujet avec un autre, mais aussi à confondre « ce qui est attribué en commun à tout », c’est-à-dire ce qui appartient à un des genres de prédicats, avec une substance individuelle (tode ti) (179a7). Il semble, donc, que les genres des catégories n’incluent pas le singulier, ce qui les différencie des modes d’être qui contiennent tant le singulier que l’universel.

34  Je considère, donc, qu’il est futile d’essayer d’élucider si Aristote parle ici de catégories de prédicats ou de catégories de prédication (cf. M. Frede 1987, p. 33), puisque prédicat et prédication sont des notions définies par le moyen des modes d’être et des prédicables. Un prédicat n’est qu’un terme universel, signifiant à lui seul un des modes d’être, mais en tant qu’il est attribué à un sujet. Donc un prédicat, en tant que prédicat, appartient à une catégorie de prédicat, seulement parce qu’il s’attribue avec vérité à un sujet en exprimant ou non son essence. Les prédications, de leur côté, appartiennent à une catégorie de prédication selon le mode d’être signifié par le prédicat, que celui-ci dise ou non l’essence du sujet. Prédicat et prédication sont des notions qui renvoient l’une à l’autre.

35  Cf. S. Mansion 1984, p. 199 sq. ; Thomas d’Aquin, In Duodecim Libros Metaphysicorum Aristotelis Expositio, V ; IX, 890-892.

36  Je suis d’accord avec l’interprétation de Morrison 1993, selon laquelle ousia, dans cette occurrence, signifie l’essence. Un autre exemple se trouve en Top. VI, 1, 139a29-31.

37  Cf. W.D. Ross 1949, p. 55 et 62-63.

38  An. Post. I, 7, 75a42.

39  Ce qui est seulement possible dans les sciences subordonnées. Cf. An. Post. I, 13 et 27.

40  Soph. El. 5, 166b30 ; Phys. II, 5, 196b27.

41  » Il faut considérer aussi le genre du genre donné, et ainsi toujours, en remontant au genre plus élevé, et voir si tous sont affirmés de l’espèce et s’ils sont affirmés essentiellement. » (Top. IV, 2, 122a3-5.)

42  Top. IV, 1, 120b36, 121a29 ; 2, 122a3 sq.

43  Top. IV, 2, 122a22.

44  Top. IV, 2, 122a31.

45  Cat. 5, 2b23.

46  Top. IV, 6, 127a26 sq. et V, 2, 130b11 sq.

47  Top. IV, 2, 122b29.

48  Top. IV, 2, 122b2 sq.

49  Sur les difficultés qu’entraîne l’interprétation du genre et de la différence du point de vue de la compréhension et de l’extension, on peut consulter : J.J. García-Norro & R. Rovira 2003, Introd. p. xxviii-xlii.

50  É. De Strycker 1968, p. 145.

51  Top. VI, 6, 144b6.

52  W.D. Ross 1949, p. 57 ; J. Brunschwig 1967, Introduction, p. xlvi, n. 1.

53  Top. I, 8, 103a1.

54  Top. IV, 2, 122b15.

55  Top. VI, 6, 144a30 ; IV, 2, 122b20.

56  Top. IV, 2, 122b20. Aristote semble même admettre qu’il suffit qu’une chose soit un cas déterminé d’un attribut, pour conclure que cette chose-là ne peut pas être une différence (Top. VI, 6, 144a5).

57  C’est Pacius qui établit cette conclusion : In Porphyrii Isagogen et Aristotelis Organon Commentarius Analyticus, Francofurti, 1597 (réimpr. Hildesheim, 1966), In Categorias, cap. V, § 13, p. 33.

58  Top. V, 4, 133a1 ; VII, 3, 153a15 sq.

59  Top. VI, 4, 141b25 ; cf.VI, 6, 143b8 et I, 8, 103b15.

60  Top. VI, 6, 144a23-27. Cf. Cat. 5, 3a 23.

61  Cat. 5, 3a22.

62  Cat. 5, 3a25.

63  Top. IV, 2, 122b16. On ne peut pas donc dire simplement que la différence « est au nombre des attributs essentiels », comme le prétend J. Tricot 1965, p. 250. n. 1.

64  Top. VI, 144a27 sq.

65  Top. VI, 6, 143a4.

66  Top. I, 8, 103a12-16.

67  Top. VI, 6, 144b6.

68  Top. IV, 2, 122b38.

69  Un autre passage qui implique que la différence peut être coextensive de l’espèce est Top. V, 4 132b35-133a5, où Aristote parle de différences qui se disent d’une seule espèce et qui sont des « propres par participation ».

70  Top. VI, 6, 144b13 ; cf. Cat. 3, 1b16 ; Top. I, 15, 107b19 sqq.

71  Top. VI, 6, 144b16.

72  Cat. 5, 3a25, 3b6.

73  Top. VI, 12, 149a29, a35. Ceci constitue pour Morrison 1993, p. 169, un des fondements de sa théorie pluricatégorielle et, pour Granger 1984, p. 9-10,, une confirmation de l’existence de deux théories de la différence au sein même des Topiques.

74  Top. IV, 4, 122b 15-17 ; IV, 6, 128a27-29 ; VI, 6, 144a18-21.

75  Ni même comme la catégorie de prédication de la qualité, dont parle Top. I, 9, qui se réduit à la prédication accidentelle des termes qui appartiennent au mode d’être de la qualité.

76  Cat. 5, 3b12 sq.

77  Dans ce texte des Catégories, on trouve une référence au sophisme de la figure du discours (3b14 ; cf. supra n. 25), qui peut être de quelque utilité pour mieux comprendre ce qui est visé par Aristote. En effet, lorsqu’il considère le paralogisme du troisième homme comme un cas de figure du discours, il explique que « l’homme, et tout ce qui est commun (to koinon) ne signifie pas un ceci (tode ti), mais une qualité (toionde ti) ou un relatif ou une quantité ou quelque autre chose de cette sorte » (Soph. El. 22, 178b37). C’est-à-dire que les termes communs ou qui sont attribués en commun à tout (179a8), expriment un des genres de prédicats (178a5), ce qui revient à dire qu’ils signifient un des modes d’être en tant qu’attribué, donc en tant qu’universel. Cela, rapproché du texte cité des Catégories, montre bien que signifier un poion ti, en tant qu’opposé à signifier un tode ti, veut dire à peu près signifier comme un terme universel.

78  Cat. 5, 3b19. On pourrait même se demander si Aristote ne parle pas ici implicitement de la différence. En effet, si nous interprétons « substance » comme substance seconde, il ne ferait dans cette phrase que signaler que les genres et les espèces constituent une contraction de ce genre produite par une détermination surajoutée, qui serait la différence. Sauf qu’ici il aurait transféré le caractère qualitatif de la différence, tel qu’il l’emploie dans les Topiques, au genre ou à l’espèce qui la contiennent.

79  Cf. le texte ci dessus (n. 74) et Top. VI, 6, 144a17-22.

80  Met. D, 14, 1020a33-35.

81  Met. D, 14, 1020b8-10.

82  Dans les Catégories, les affections (pathe) constituent l’une des premières espèces de la qualité (Cat. 8, 9a29).

83  Top. VI, 6, 144a17-22.

84  Top. IV, 6, 128a27.

85  Top. VI, 6, 144a15.

86  La théorie selon laquelle l’espèce est le produit logique du genre et de la différence est donc inadéquate, puisqu’elle ne saisit pas cette dissymétrie.

87  Top. VI, 6, 144b16. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit contenue dans le genre, car le genre ne s’attribue pas de la différence, comme d’ailleurs la différence ne s’attribue pas non plus du genre (Top. IV, 2, 122b20 ; VI, 6, 144a28).

88  Top. VI, 6, 143b6.

89  Dans la Métaphysique la théorie de la différence n’est pas essentiellement modifiée, comme le prétend Ross. En D, 14, Aristote distingue les divers sens de la différence que nous trouvons indiqués de façon moins claire dans les Topiques. Ensuite, en Met. Z, 12, 1038a11, il emploie une expression répétitive pour indiquer la manière dont l’espèce reçoit la différence par rapport au genre : « il faut que la différence d’animal pourvu de pieds soit en tant qu’il est pourvu de pieds ». Ce qui semble en parfaite concordance avec ce que nous venons d’exposer sur la base des Topiques.

90  Top. VI, 6, 143a30.

91  Top. VI, 6, 143a32.

92  C’est-à-dire les opposés que la tradition appelle opposés par contradiction, dont l’un ou l’autre est toujours vrai de quoi que ce soit, et qui ne sont donc pas opposés par rapport à un genre seulement.

93  Exception faite des contraires qui admettent un moyen (Cat. 10, 12b33).

94  Cat. 11, 14a15.

95  Cat. 10, 11b39 ; 12b29.

96  Cat. 13, 14b33.

97  Top. VI, 6, 143a33.

98  Top. VI, 4, 142b9.

99  Top. VI, 6, 143a 28.

100  Top. VI, 6, 1433b22.

101  Top. VI, 6, 143b7 sq.

102  Ce qui est manifeste du moment que le genre « est le premier terme qui est supposé parmi les éléments de la définition » (Top. VI, 5, 142b30). On ne peut donc pas intervertir l’ordre de l’énoncé définitionnel.

103  Top. IV, 6, 128a24.

104  Top. VI, 6, 144b20 sq.

105  Cette possibilité est sûrement réductible à la précédente, puisque l’opposition de contrariété entre les genres est due à celle qui existe entre les différences d’un même genre. Vertu et vice s’opposent comme des contraires, parce qu’ils sont des espèces d’un même genre subordonné à celui de l’état (Top. VI, 5, 143a16) et leurs différences sont le bon et le mauvais, opposés à leur tour comme des contraires (Cat. 11, 14a1).

106  Ces cas-là semblent liés à l’observation concrète d’exemples et sont parfois introduits d’une manière hésitante (cf. Top. VI, 6, 144b20). Cela n’empêche pas qu’en dépit de ces exceptions, Aristote défende un ordre rigoureux dans les différences, qui correspond à l’ordre des genres dont j’ai parlé plus haut. En effet, pour qu’une définition indique la quiddité, il est nécessaire, ou bien de donner le genre immédiat sans sauter jusqu’à un genre supérieur, ou bien de donner le genre supérieur avec toutes les différences qui rentrent dans la définition du genre immédiat (Top. VI, 5, 143a15 sq.).

107  Conformément à cette solution, le changement qui se produirait entre les Topiques et la Métaphysique consisterait en ce qu’Aristote aurait négligé les exceptions mentionnées, de sorte que la différence aurait toujours la même extension que l’espèce.

108 Top. IV, 1, 121a10-19.

109  Top. VI, 11, 149a5, 14.

110  An. Post. II, 10, 93b30. Il faut dire, tout de même, que l’intention de ces mots d’Aristote est, comme tout le chapitre cité, franchement obscure.

111  Met. Z, 12, 1038a18.

112  Ibid., 1037b24.

113  Certes, Aristote nie explicitement dans les Topiques (VI, 5, 142b22, 143a22) qu’on puisse définir sans le genre ou sans l’énonciation de toutes les différences. Mais ce sont là des conditions logiques exigées pour que la définition énonce l’essence, ce qui est très différent du contexte ontologique mentionné.

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Pour citer cet article

Référence papier

José Miguel Gambra, « La théorie aristotélicienne de la différence dans les Topiques »Philosophie antique, 3 | 2003, 21-55.

Référence électronique

José Miguel Gambra, « La théorie aristotélicienne de la différence dans les Topiques »Philosophie antique [En ligne], 3 | 2003, mis en ligne le 18 juillet 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/7118 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.7118

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Auteur

José Miguel Gambra

Universidad Complutense de Madrid

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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