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Comptes-rendus

Henri Dominique Saffrey, Le Néoplatonisme après Plotin

Paris, Librairie philosophique J. Vrin, (« Histoire des doctrines de l’Antiquité classique », 24), 2000. ix-318 p.
Alain Lernould
p. 240-242
Référence(s) :

Henri Dominique Saffrey, Le Néoplatonisme après Plotin, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, (« Histoire des doctrines de l’Antiquité classique », 24), 2000. ix-318 p.

Texte intégral

1Cet ouvrage, qui réunit vingt-et-un articles publiés pour la plupart entre 1990 et 2000, constitue le prolongement d’un précédent recueil publié en 1990 par l’auteur dans la même collection : Recherches sur le Néoplatonisme après Plotin. Les études du présent recueil sont réparties en quatre sections : i. Le Néoplatonisme en Occident (Porphyre) : « Pourquoi Porphyre a-t-il édité Plotin ? Réponse provisoire » ; « Porphyre dans la Patrologie de Migne. Sur la divination ». ii. Le Néoplatonisme en Syrie (Jamblique et Théodore d’Asinè) : « Réflexions sur la pseudonymie Abammôn-Jamblique » ; « Les livres iv à vii du De mysteriis de Jamblique, relus avec la Lettre de Porphyre à Anébon » ; « Relecture de Jamblique, De mysteriis, viii, chap. 1-5 » ; « Analyse de la Réponse de Jamblique à Porphyre, connue sous le titre De mysteriis » ; « Le “Philosophe de Rhodes” est-il Théodore d’Asinè ? Sur un point obscur de l’histoire de l’exégèse néoplatonicienne du Parménide » ; « Encore Théodore d’Asinè sur le Parménide ». iii. Le Néoplatonisme à Athènes (Proclus, Pseudo-Denys) : « Σημεῖον / signum dans la littérature néoplatonicienne et la théurgie » ; « Accorder entre elles les traditions théologiques : une caractéristique du néoplatonisme athénien » ; « Fonction divine de la δύναμις dans la théologie proclienne » ; « Proclus, les muses et l’amour des livres à Athènes au ve siècle » ; « La dévotion de Proclus au soleil » ; « L’hymne iv de Proclus, prière aux dieux des oracles chaldaïques » ; « Le thème du malheur des temps chez les derniers philosophes néoplatoniciens » ; « Les débuts de la théologie comme science (iiievie siècles) » ; « Le lien le plus objectif entre le pseudo-Denys et Proclus ». iv. Survie du Néoplatonisme au Moyen-Age et à la Renaissance : « Nouvelles observations sur le manuscrit Parisinus Graecus 1807 » ; « Historique et description du manuscrit alchimique de Venise Marcianus Graecus 299 » ; « Florence, 1492 : The Reappearance of Plotinus » ; « Jean Wahl et le Parménide de Platon ». Une cinquième section : « In Memoriam : L.G. Westerink », rend hommage à ce grand savant disparu en 1990 et qui, entre autres travaux, a édité, avec le Père H.D. Saffrey, la Théologie Platonicienne de Proclus.

2Ainsi que le dit l’auteur dans son Avant-Propos, on retrouve ici, comme dans le recueil publié en 1990, les distinctions entre le platonisme à Rome au iiie s., le platonisme en Orient au ive s., le platonisme à Athènes au ve s (auquel, indique l’auteur, il faudrait ajouter le platonisme à Alexandrie). Mais ce que veut souligner maintenant davantage l’auteur, c’est, par-delà les différences d’Écoles, l’unité du « néoplatonisme après Plotin ». D’où le titre donné à ce recueil, titre que l’auteur justifie pleinement en rappelant la différence radicale qui sépare Plotin (le « révolutionnaire » – νεώτερος – pour qui l’âme individuelle ne descend pas tout entière dans le monde d’ici-bas) de ses successeurs, notamment Jamblique et Proclus. Ceux-ci en effet seront « les parfaits théoriciens de la théurgie », la seule méthode, à leurs yeux, qui permette à l’âme individuelle de se libérer du monde sensible et de s’unir au divin (cf. p. viii-ix). Toutes ces études sont également unifiées en ce qu’elles montrent les « efforts successifs déployés par les philosophes néoplatoniciens pour intégrer le patrimoine philosophique et religieux de l’Antiquité grecque ».

3Il ne peut être malheureusement question ici de faire un compte rendu exhaustif de ce recueil si riche. Mais deux exemples peuvent en illustrer tout l’intérêt.

4Dans la première section, l’étude intitulée « Pourquoi Porphyre a-t-il édité Plotin ? Réponse provisoire » (publiée d’abord dans La Vie de Plotin, ii, Paris, 1992, p. 31-57) est consacrée à deux questions, celle de savoir si Porphyre a succédé à Plotin (à Rome ou ailleurs) et celle qui donne à l’article son titre. Sur le premier point, l’auteur est catégorique. Porphyre ne pouvait, pour des raisons essentiellement doctrinales, prendre la direction de l’École fondée par son maître. Plotin avait fortement critiqué, dans son traité Sur les genres de l’être (Ennéade vi, 1-3, traités 42-44 dans l’ordre chronologique), la doctrine des Catégories d’Aristote. Porphyre, au contraire, cherchera à défendre Aristote, ouvrant ainsi une grave crise avec Plotin, d’où le départ de Porphyre pour la Sicile en 268 (sur l’idée que l’opposition doctrinale entre Plotin et Porphyre est peut-être plus apparente que réelle, voir maintenant R. Bodéüs, « Plotin a-t-il empêché Porphyre de mourir de mélancolie ? », Hermes, 129, 2001, p. 567-571). Quant au second problème, l’auteur lui donne une réponse « provisoire » : Porphyre a édité les Ennéades dans l’idée que l’œuvre de Plotin constituait une « véritable machine de guerre » contre la thèse jamblichéenne « qui subordonne la philosophie à la théurgie ».

5Dans « Fonction divine de la δύναμις dans la théologie proclienne » (publié d’abord dans Dunamis nel Neoplatonismo, Symbolon 16, Florence, 1996, p. 107-120), l’auteur montre que, chez Proclus, la δύναμις est « un principe divin dont le rôle est de faire procéder de l’Un le multiple ». La puissance génératrice ne peut être attribuée à l’Un (cf. e.g. Théologie Platonicienne ii, 7, p. 50, 7 Saffrey-Westerink). Sur ce point, Proclus s’oppose à Plotin, qui appelait l’Un « la puissance de toutes choses » (cf. e.g. Enn. v, 3 [49], 15, 33). Mais cette puissance est donnée à l’Illimité, qui, avec le Limitant, constitue le couple de principes qui vient tout de suite après l’Un. Limitant et Illimité produisent, en vertu de la puissance génératrice propre au second, un Mixte. On a ainsi, sous une première dénomination, la triade des dieux intelligibles : Limite, Illimité, Mixte. Cette même triade, formulée dans les catégories du Timée, s’appelle : l’Un, l’Éternité, le Vivant-en-soi, et dans celles du Parménide : l’Un-qui-est, la Totalité, la Multiplicité infinie. D’une manière générale, dans tous les degrés de la hiérarchie des dieux, qui se déploie en triades, on constate que la fonction de la puissance est toujours attribuée au deuxième terme de la triade.

6Comme on peut donc le voir, les études réunies dans ce recueil abordent et traitent, de manière toujours très adéquate philosophiquement, des questions fondamentales pour notre connaissance de l’histoire des doctrines et des Écoles dans le néoplatonisme tardif, et au-delà. Le lecteur dispose ainsi d’un très précieux ensemble de travaux, qui répondent à l’exigence de saisir l’unité, et, par là, la signification d’un mouvement de pensée. Ce recueil est le fruit d’une recherche toujours en mouvement, menée par un des plus grands spécialistes de la philosophie néoplatonicienne, comme en témoigne aussi la publication, aux Belles Lettres, en 2001, de Marinus. Proclus ou sur le Bonheur, quatre ans après celle du sixième et dernier beau volume de la Théologie Platonicienne de Proclus.

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Pour citer cet article

Référence papier

Alain Lernould, « Henri Dominique Saffrey, Le Néoplatonisme après Plotin »Philosophie antique, 2 | 2002, 240-242.

Référence électronique

Alain Lernould, « Henri Dominique Saffrey, Le Néoplatonisme après Plotin »Philosophie antique [En ligne], 2 | 2002, mis en ligne le 07 juillet 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/7020 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.7020

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Auteur

Alain Lernould

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