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Comptes-rendus

Christophe Rogue : Comprendre Platon

Paris, Armand Colin, 2002. viii - 164 p.
Létitia Mouze
p. 226-227
Référence(s) :

Christophe ROGUE : Comprendre Platon. Paris, Armand Colin, 2002. VIII - 164 p.

Texte intégral

1L’ouvrage de Christophe Rogue, Comprendre Platon, présente l’ensemble de la philosophie platonicienne, à l’exception peut-être de son aspect politique, abordé rapidement au chapitre 3. Il ne s’agit pas là cependant d’une lacune de l’ouvrage, mais d’une nécessité interne à son projet : Ch. Rogue propose une interprétation de l’ensemble des Dialogues, et c’est le fil directeur de l’ouvrage qui a pour conséquence la place réduite des aspects proprement politiques de la réflexion platonicienne. Il montre que la philosophie platonicienne s’enracine dans une réflexion, ancrée dans le contexte historique, sur le logos et sur sa capacité de dire l’être. Ce fil directeur se double d’une lecture évolutionniste : Ch. Rogue distingue trois périodes dans l’œuvre, les dialogues socratiques, les grands dialogues, et enfin les dialogues tardifs. Grosso modo, les six chapitres de l’ouvrage suivent cette division tout en présentant de façon logique et cohérente l’évolution de la pensée de Platon sur et à partir de la question de la recherche de l’accord entre le logos et les choses.

2Le premier chapitre montre comment, contre la conception démocratique qui identifie celui qui sait bien parler et celui qui sait, le Socrate de Platon développe une conception technique du langage : il y a un art de parler, qui s’oppose à la rhétorique et à la sophistique. À cet emploi correct du logos préside un devoir moral, le devoir de dire l’être, la vérité, et la méthode pour cela est la dialectique, art de questionner et répondre, soumis à un certain nombre de règles : c’est l’objet du deuxième chapitre. Le troisième chapitre examine les conséquences morales et politiques de la séparation du logos et de l’être : elle donne naissance à la morale commune, qui loue en parole la justice, tout en contredisant dans ses actions ces professions de foi. Ch. Rogue cherche à montrer comment Platon, contre cette morale commune, cherche à fonder une morale exigeante, qu’il lui faut défendre contre les discours cohérents des Calliclès et des Thrasymaque en ayant finalement recours au mythe. Le quatrième chapitre est consacré aux grandes thèses considérées comme proprement platoniciennes. Ch. Rogue les présente en dégageant le questionnement dans lequel elles s’enracinent et le type de problèmes qu’elles ont pour but de résoudre. Ainsi, il montre que la théorie des Idées est destinée à résoudre le problème de l’adéquation entre le logos et la réalité sensible, en elle-même contradictoire. De même, la théorie de la participation et celle de la réminiscence ont pour but de résoudre la dualité problématique instaurée par cette position des Formes. Du reste, Ch. Rogue tente de s’opposer à la conception traditionnelle d’un Platon strictement dualiste, et relève tous les aspects de la philosophie platonicienne qui vont contre la séparation (par exemple, la théorie de l’amour). Il met en valeur l’effort de Platon pour penser une continuité, mais souligne qu’« il subsiste des discontinuités fondamentales » qui « vont obliger Platon à renouveler profondément son ontologie » (p. 85). Dans cette perspective, le cinquième chapitre analyse le Parménide et le Sophiste comme le constat de ces difficultés et comme des tentatives de résoudre les problèmes ontologiques soulevés par la discontinuité, et de penser l’être dans la continuité. Ainsi, il interprète la quatrième hypothèse du Parménide comme une réduction à l’absurde de la pensée de l’identité, qui consiste à isoler un objet comme s’il pouvait être connu par lui seul. Il s’ensuit la mise en place d’une nouvelle ontologie, continuiste cette fois, dans le Philèbe et le Timée, qui fait l’objet du sixième chapitre. Cette ontologie s’appuie sur l’opposition Limite/Illimitation, la limite déterminant l’Illimitation et rendant ainsi possible le logos sur l’être. Ch. Rogue montre qu’il ne s’agit pas d’un nouveau dualisme : il ne s’agit pas de deux principes, mais de deux genres d’une archè qui nous est inaccessible autrement que par cette « distinction primordiale de ses genres » (p. 112). Un paradigme mathématique préside à l’élaboration de cette nouvelle ontologie, celui des incommensurables, qui font l’objet d’une annexe.

3Chacun de ces chapitres est appuyé sur un texte de Platon – les passages choisis sont fondamentaux sans être toujours les plus connus, ce qui donne l’occasion de découvrir des textes qu’on lit moins – traduit par l’auteur. L’exposé accorde une place importante aux grands dialogues et aux dialogues tardifs, dont l’auteur propose une réelle interprétation– ce qui est rare. En outre, on trouvera un index des passages cités et un index des termes grecs, ainsi qu’un lexique, qui rendent l’ouvrage très utile. On appréciera enfin la façon dont son auteur s’implique dans sa rédaction : par exemple, Ch. Rogue défend les Idées contre les attaques aristotéliciennes, reconnaît les difficultés qu’elles soulèvent néanmoins, et opère un rapprochement intéressant entre Platon et Kant en écrivant que « réminiscence et constitution d’un sujet transcendantal ne sont que des façons de penser comme déjà présent ce que l’on ne veut envisager comme résultant d’une induction empirique » (p. 69).

4On recommande donc cet ouvrage rigoureux, précis, clair et complet, qui montre comment les dialogues constituent les moments successifs d’un projet unique et leur confère de ce fait une réelle intelligibilité.

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Pour citer cet article

Référence papier

Létitia Mouze, « Christophe Rogue : Comprendre Platon »Philosophie antique, 2 | 2002, 226-227.

Référence électronique

Létitia Mouze, « Christophe Rogue : Comprendre Platon »Philosophie antique [En ligne], 2 | 2002, mis en ligne le 07 juillet 2023, consulté le 10 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/6956 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.6956

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