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Comptes-rendus

Karl. R. Popper : The World of Parmenides. Essays on the Presocratic Enlightment.

Ed. by A. Petersen, London-New York, Routledge, 1998, x-328 p..
Alain Boyer
p. 221-222
Référence(s) :

Karl. R. Popper : The World of Parmenides. Essays on the Presocratic Enlightment. Ed. by A. Petersen, London-New York, Routledge, 1998, x-328 p.

Texte intégral

1Karl Popper (1902-1994) est mort avant d’avoir terminé cette collection d’articles. Quelques uns (comme « Back to the Presocratics » (1958), publié dans Conjectures et Réfutations, ou la note de The Open Society (1945) – huit pages – consacrée aux corps premiers du Timée) sont relativement connus. Certains, tel celui consacré à « la lumière que la Lune peut jeter sur les deux voies de Parménide » (1992) le sont moins. D’autres enfin sont inédits, comme la « réhabilitation » de Xénophane (ch. 2), ou la note surprenante concernant la démonstration intuitive donnée par Aristote du théorème selon lequel tous les angles inscrits dans un demi-cercle sont droits (Mét. 1051a26). Popper n’a jamais caché sa dilection particulière pour Anaximandre, Xénophane, Héraclite, Parménide, Démocrite et Protagoras. Il voit en eux les inventeurs des Lumières et de la « tradition critique », s’opposant aux interprétations « irrationalistes » dans la lignée de celle de Heidegger, mais aussi à certaines thèses de Kirk et Raven (en revanche, Popper loue les travaux de C.H. Kahn et de Guthrie). Il est impossible de résumer cet ouvrage (parfois répétitif), mais disons qu’il sera sans doute peu goûté par ceux qui se refusent à voir dans Parménide ou Anaximandre les fondateurs de la physique spéculative et du principe de raison. Popper n’hésite pas à identifier le non-être et le vide, et à conclure qu’aux yeux de Parménide la lumière n’est rien. Il voit moins dans l’Éléate un Hölderlin à l’écoute de l’Être qu’un cosmologiste anti-sensualiste, obsédé comme Héraclite par l’énigme du changement. (Il n’hésite pas ce faisant à émettre des conjectures d’ordre philologique, par exemple à propos du terme melos, et à suggérer des lectures originales de passages de Xénophane, Parménide (B 16), ou Théophraste. Gadamer lui avait d’ailleurs écrit en 1992 pour discuter l’une de ses propositions [p. 78]).

2Le chapitre 7 (« Beyond the Search of Invariants »), daté de 1965, est inédit. À la suite de Meyerson, Popper attribue à Parménide, en plus de l’invention de l’elenchos, la responsabilité (épochale ?) du principal « programme métaphysique » de la science occidentale, à savoir la recherche d’invariants ou de principes de conservation. Cette thèse aurait conduit à l’idée que la science est strictement limitée à la recherche des invariants (équations différentielles), ou encore de ce qui ne change pas durant le changement (la substance), réduisant le changement à une illusion. Le parménidisme mène au déterminisme et au principe de l’uniformité de la nature : « Même un anti-militariste et anti-conformiste comme Mill essaya de contraindre la nature à porter l’uniforme » (p. 164 ; cf. Meyerson, Essais, Paris, Vrin, 1936, p. 6 : « Le travail de la raison consiste (…) à chercher des artifices permettant de faire entrer (…) le divers dans le monde de l’uniforme, ou, selon les termes de Platon, l’Autre dans le sein du Même »). Il n’y a pas de réelle nouveauté sous le Soleil, d’émergence dans le monde. Popper ne conteste pas l’extraordinaire fécondité de cette heuristique – Einstein est un parménidien –, mais il juge que la science rationnelle aurait tort de ne pas prendre en compte également la tradition héraclitéenne, et l’idée même d’« évolution créatrice », débarrassée de tout vitalisme. Le problème de la créativité du devenir et de la réalité du temps asymétrique (attesté par la conscience) lui paraît devoir imposer l’idée d’un « programme métaphysique non parménidien ». Ce qu’il soutient concernant la thermodynamique peut être rapproché des thèses émises plus récemment par Prigogine (cité dans l’appendice de L’Univers irrésolu). On notera que Popper affirme curieusement que la première science à avoir rompu avec le « parménidisme » fut l’économie, lorsqu’Adam Smith montra que l’échange n’était pas un jeu à somme nulle (p. 200).

3Popper se définissait comme un amateur dans tous les sens du terme, et certains spécialistes se refusent de ce fait à le prendre tout à fait au sérieux. Si l’on ne se contente pas d’en retenir certaines formules provocantes et quelques hypothèses spéculatives plutôt romanesques (p. 291), il serait néanmoins dommage que ce livre clair, sincère et passionné ne suscite aucune discussion rationnelle.

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Pour citer cet article

Référence papier

Alain Boyer, « Karl. R. Popper : The World of Parmenides. Essays on the Presocratic Enlightment. »Philosophie antique, 2 | 2002, 221-222.

Référence électronique

Alain Boyer, « Karl. R. Popper : The World of Parmenides. Essays on the Presocratic Enlightment. »Philosophie antique [En ligne], 2 | 2002, mis en ligne le 07 juillet 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/6929 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.6929

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