Navigation – Plan du site

AccueilNuméros2Encyclopédisme et enkyklios paide...

Encyclopédisme et enkyklios paideia ?

À propos de Jean Stobée et de l’Anthologion
Rosa Maria Piccione
Traduction de Traduit de l’italien par Michel Christiansen
p. 169-197

Résumés

En me fondant sur le témoignage de Photius sur l’Anthologion de Jean Stobée (Bibl., cod. 167) et en considérant d’abord l’architecture de l’ouvrage et les aspects techniques de la composition, je me propose d’évaluer la possibilité d’une nouvelle lecture, selon laquelle le florilège de Stobée n’aurait pas été destiné à une instruction scolaire générale ni adressé à un destinataire unique, son propre fils Septimius, mais, tout en relevant indéniablement de la littérature didactique, aurait eu en quelque sorte un caractère propédeutique, en présentant à l’utilisateur l’inventaire général du monde ordonnée logiquement, et en utilisant une tradition gnomologico-doxographique antérieure avec un dessein culturel nouveau.

Haut de page

Entrées d’index

Auteurs anciens :

Photius, Stobée
Haut de page

Texte intégral

Le contenu de cet article a fait l’objet d’une présentation au séminaire de l’UPR 76 du CNRS (« Histoire des doctrines de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge », Villejuif), le 13 mars 2001. Le texte qu’on va lire revêt encore la forme d’un work in progress : y sont abordés les moments essentiels d’une argumentation plus vaste et plus détaillée, qui fera l’objet d’une monographie où seront pris en compte d’autres aspects de la question. Je remercie de leurs précieuses suggestions les collègues qui ont pris part à la discussion, et en particulier les deux referees anonymes dont les observations m’ont permis d’améliorer ce texte.

  • 1  Cf. Phot., cod. 167 et Hes. Mil. s.v. Ἰωάννης Στοβεύς (cf. Suda, i, 466, 24 s.v.). On trouve une p (...)
  • 2  Sur le nom et sur l’origine chrétienne vraisemblable, qui aurait été suivie d’une conversion au pa (...)

1La tradition attribue à Jean, originaire de la ville de Stobi, en Macédoine, quatre livres de citations, dits et préceptes, connus sous le nom d’Anthologion1. Une obscurité totale entoure l’auteur et, comme nous allons le voir, divers aspects de son recueil. Concernant cette source majeure de notre connaissance de l’Antiquité tardive, nous ne disposons que d’un repère chronologique relatif, le terminus post quem représenté par les auteurs cités (dont le dernier est le rhéteur Thémistius, de la fin du ive siècle) et nous n’avons pas de repère géographique ; mais surtout, nous en ignorons le contexte historique et culturel, ainsi que les orientations philosophiques et religieuses. Le fait qu’il soit lié, comme son nom l’indique, à la cité de Stobi ne donne en effet aucune indication concrète sur les lieux et donc encore moins sur les milieux culturels auxquels sont liées sa formation et son activité. En outre, la possibilité d’une origine chrétienne, rendue évidente par le nom de Jean, ne trouve ni confirmation ni démenti dans le choix des auteurs présents dans le recueil2. Aucune signification n’est à accorder à la présence de Flavius Josèphe, dont on compte deux très brèves citations (iii 38, 59 et iii 42, 17 [Bell. Iud. i, 3, 4]) : leur aspect n’autorise d’aucune façon l’hypothèse d’une connaissance directe du texte, mais fait plutôt penser à une citation faite sans connaître le texte original, vraisemblablement à partir de répertoires déjà existants.

  • 3  Cf. Piccione 1999.
  • 4 iii 1 (Sur la vertu) semble être un cas d’accroissement progressif, où est altérée la séquence poés (...)
  • 5 J’ai traité de la physionomie différente des deux familles de manuscrits du Florilegium dans Piccio (...)

2Le profil général de l’œuvre est, lui aussi, très singulier. Il n’y a aucun cadre ni contexte ; plus précisément, il est vraisemblable que pas un seul mot du recueil – à l’exception, peut-être, d’interventions sur les textes cités – n’est imputable à Stobée lui-même. L’Anthologion est en effet composé comme une mosaïque de micro-textes, organisés en chapitres sur divers sujets et liés entre eux par les seuls lemmes introductifs (sortes de courtes titulationes, avec en général le nom de l’auteur et le titre de l’œuvre3). Ainsi, la structure générale est lâche, comme celle d’un fichier, ce qui a naturellement facilité l’altération du plan du recueil4. Tout aussi singulière est la diversité typologique des textes qui composent l’anthologie et qui représentent un témoignage très riche de la culture antérieure. Il s’agit de chries, d’apophtegmes, de monostiques, de proverbes, de passages en vers ou en prose de longueur variable, qui couvrent toute la littérature grecque, d’Homère à Thémistius. À cette complexité s’ajoutent les problèmes de transmission. Le recueil, en effet, qui nous est parvenu en deux parties distinctes (Eclogae et Florilegium), se présente dans les deux premiers livres sous une forme radicalement réduite par rapport à sa structure initiale, comme nous le savons en le comparant au sommaire qu’on trouve chez Photius, dans la description détaillée du cod. 167 de la Bibliothèque. De plus, la tradition manuscrite, qui reflète la division tardive de l’œuvre en deux parties, est constituée, pour le Florilegium, de deux familles souvent indépendantes, tant pour l’ordre des citations que pour leur contenu5.

3On se heurte donc à d’évidentes difficultés pour évaluer et interpréter une œuvre sur l’auteur de laquelle on ne sait rien, qui nous est parvenue sous une forme résumée dans l’une de ses parties, et probablement augmentée dans plusieurs sections, ces ajouts étant en outre difficiles à identifier, justement à cause de la structure ouverte qui caractérise l’œuvre. Ce recueil représente néanmoins un moment important de la transmission des textes anciens, celui où, à l’époque post-classique, se rassemble la tradition antérieure, et d’où en même temps cette culture se diffuse en direction du monde byzantin.

4Le seul témoignage détaillé sur l’Anthologion nous est donc fourni par Photius (cod. 167, p. 149-159 H.), et c’est de cette donnée qu’entend partir la présente recherche. Dans sa longue recension de l’œuvre, le patriarche rapporte exhaustivement la capitulatio, donne une liste des auteurs cités, qui ne remonte vraisemblablement pas à Stobée lui-même, et précise que l’auteur aurait constitué son recueil à l’intention de son fils Septimius, à qui l’œuvre est dédiée, dans le but d’améliorer le naturel de ce dernier, peu enclin à mémoriser les auteurs classiques. Mais la dédicace initiale, sur laquelle se fonde le jugement porté sur l’œuvre, permet-elle de penser que les quatre livres auraient été composés par le père exclusivement en fonction de son fils, dont la mémoire avait besoin d’exercice ? En relisant la recension de Photius, nous serons en mesure de juger si d’autres interprétations sont possibles. Sans traduire ici le passage, je me limiterai pour le moment à présenter les points qui font problème et donnent prise au doute, pour reprendre ensuite la discussion du texte (p. 149, 14-24 H.) :

Ἀνεγνώσθη Ἰωάννου Στοβαίου ἐκλογῶν, ἀποφθεγμάτων, ὑποθηκῶν, βιβλία τέσσαρα ἐν τεύχεσι δυσί. Προσφωνεῖ δὲ ταῦτα, δι’ ὃν καὶ τὴν συνάθροισιν φιλοπονῆσαι λέγει, Σεπτιμίῳ ἰδίῳ υἱῷ. ἡ δὲ συναγωγὴ αὐτῷ ἔκ τε ποιητῶν καὶ ῥητόρων καὶ τῶν κατὰ τὰς πολιτείας λαμπρῶς βεβιωκότων ἐγένετο, ὧν (ὡς καὶ αὐτός φησι) τῶν μὲν τὰς ἐκλογὰς τῶν δὲ τὰ ἀποφθέγματα καί τινων ὑποθήκας συλλεξάμος, ἐπὶ τῷ ῥυθμίσαι καὶ βελτιῶσαι τῷ παιδὶ τὴν φύσιν ἀμαυρότερον ἔχουσαν πρὸς τὴν τῶν ἀναγνωσμάτων μνήμην, στείλειεν.

  • 6  Odorico 1990, p. 15, le définit même « obtus ». Cf. Mansfeld & Runia 1997, p. 197.

5Le témoignage de Photius semble clair et net. Le patriarche affirme que Stobée se serait engagé dans l’entreprise difficile de rassembler extraits, dits et préceptes à l’intention de son fils Septimius, auquel il dédie (προσφωνεῖ) l’ouvrage. Le thème de la destination explicite à son fils revient dans la conclusion du passage, où Photius ajoute que le but en serait de ῥυθμίσαι καὶ βελτιῶσαι τῷ παιδὶ τὴν φύσιν ἀμαυρότερον ἔχουσαν πρὸς τὴν τῶν ἀναγνωσμάτων μνήμην, ce qui, selon l’interprétation habituelle, voudrait dire corriger et discipliner un naturel paresseux et peu enclin à la mémorisation et à l’apprentissage. Jean, le père, aurait donc composé, pour un fils peu doué pour l’étude6, une anthologie monumentale en quatre livres, affectant de suivre de façon attentive et érudite (mais de cela on reparlera plus loin) un classement hiérarchique des sujets. Mais le simple fait qu’un texte de nature didactique et moralisante soit explicitement dédicacé par l’auteur à son propre fils est cependant un topos tellement évident qu’on ne peut pas ne pas s’interroger sur l’exactitude de cette interprétation qui, en outre, conditionne le jugement même que l’on porte sur l’œuvre et la manière de l’aborder.

a. Les Libri ad filium et la tradition didactique7

  • 7  Par manque de place, je suis contrainte de ne présenter ici qu’une sélection des cas répertoriés, (...)
  • 8  Je renvoie à ce sujet à la préface, riche et documentée, de Martin West à l’édition de Les Travaux (...)

6La tradition didactique, dans le monde antique, se tient strictement dans les limites des liens familiaux, et procède donc de père en fils, ainsi que de frère aîné à frère cadet, ou enfin de précepteur à élève, le lien du sang, dans ce dernier rapport, étant remplacé par un fort lien spirituel. C’est une tradition qui va d’Hésiode au Secretum secretorum pseudo-aristotélicien et aux nombreuses recensions médiévales contenues dans les Specula principum, qui descendent en ligne droite de la littérature issue de l’Isocrate des petits traités À Nicoclès et Évagoras, en passant par l’anthologie de Théognis, le De Officiis de Cicéron, les Disticha Catonis, etc. Mais dans aucun de ces cas la dédicace n’implique que l’utilisation du texte soit exclusivement privée. La sagesse dont ces œuvres sont l’instrument et le truchement vise aussi et surtout un destinataire « autre » que celui qui est explicitement mentionné8.

7Pour ce qui est du monde grec, il suffit de mentionner la dédicace d’Hésiode à son frère (cadet ?), Perse, dans Les Travaux et les jours ; ou encore le recueil d’élégies de Théognis, adressé à son jeune ami Cyrnus ; ou les Praecepta Chironis, rédigés par le sage centaure Chiron pour le jeune Achille. C’est selon le même principe que, dans la préface, vraisemblablement byzantine, aux Caractères de Théophraste, Théophraste lui-même, âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, s’adressant à son ami Polyclès, donne pour destination à son ouvrage, fruit de l’expérience d’une vie entière, d’être un héritage pour ses propres enfants. Derrière cette dédicace, il nous faut reconnaître un large public de jeunes élèves, et certainement pas la progéniture âgée d’un père centenaire.

  • 9  Mais Galien utilise aussi μειράκιον au ch. 8, p. 130, 18, CMG v 1, 1.
  • 10  Sur cette question, cf. Sluiter 1999, p. 195-197. Voir aussi Steinmetz, 1962, p. 26 sq. n. 8.

8De façon significative, le cas des Caractères revient à l’emploi caractéristique des termes « enfant » ou « fils » (παῖς, υἱός, τέκνον) pour désigner la figure du disciple dans sa relation au maître, particulièrement dans le cadre d’une école de rhétorique ou de philosophie, et au sein de groupes professionnels spécifiques, par exemple les médecins. Nous retrouvons plusieurs fois l’adresse παῖς ou παιδίον dans le manuel scolaire d’époque impériale, connu comme l’Epidrome de Cornutus (par ex. 1, 1 et 22, 2), compendium de théologie destiné à un public de jeunes étudiants, tandis que παῖδες ὑμεῖς désigne les élèves-destinataires du Pédagogue de Clément d’Alexandrie (par ex. 1, 1 et 4, 1), et παῖδες tout court ceux auxquels s’adresse Galien dans son Protreptique (9, 1-2)9. Cela confirme l’importance de la représentation d’un rapport étroit père-fils pour désigner le lien éducatif, la transmission de technai et d’epistemai10.

  • 11  Cf. Gianotti 1989, p. 433-438.
  • 12  Cf. Dyck 1996, p. 10-16. Voir aussi Testard 1962.

9Dans la production littéraire de langue latine, le topos de la dédicace au fils de mélanges à caractère didactico-moralisant, ce qu’on pourrait appeler les Libri ad filium, est déjà présent dans la culture archaïque. Au-delà de l’influence évidente des modèles grecs, ce topos est étroitement lié à la figure du paterfamilias11. Le De Officiis de Cicéron en demeure naturellement l’un des cas les plus exemplaires. Comme déjà les Partitions oratoires, dont elle partage le but éducatif, l’œuvre est explicitement dédiée au fils de Cicéron, Marcus (cf. Att. 16, 11, 4). Mais le De Officiis n’est pas adressé par Cicéron uniquement à Marcus iunior, et son discours est conçu pour une circulation publique, comme Cicéron lui-même le laisse entendre lorsqu’il affirme « ce n’est pas de toi que j’ai entrepris de discourir ainsi, mais de toute ta génération (mihi autem haec oratio suscepta non de te est, sed de genere toto) » (ii, 45). Cicéron, pensant à la jeunesse aristocratique romaine dans son ensemble, suggère un bagage d’éducation complète, un système éthique qui reflète le modèle du vir bonus12.

10Après Cicéron, la tradition nous transmet des exemples encore plus nombreux et répétés de dédicace au fils, surtout dans le cadre de la littérature érudite et de la production de manuels, liées toutes deux à l’idée de conservation et de transmission d’un savoir résumé ou spécialisé. Les préfaces aux Nuits Attiques d’Aulu-Gelle ou aux Saturnales de Macrobe figurent parmi les exemples les plus significatifs. Malgré la dédicace explicite à leurs enfants, les deux auteurs laissent clairement entendre que l’œuvre n’a pas comme seuls destinataires leurs propres héritiers. Le recueil, véhicule de connaissance, trouve dans les deux cas sa raison d’être dans la nécessité de transmettre le savoir de toute une vie à ceux auxquels nous sommes liés par le sang, mais il est clair qu’il embrasse les intérêts et la curiositas de quiconque désire avoir part à cette connaissance. De façon encore plus systématique, cristallisée désormais sous forme de topos, la dédicace au fils revient dans tous les manuels de l’époque impériale et de l’Antiquité tardive, surtout dans les traités de médecine et de grammaire. Ad filium sont, par exemple, le De compendiosa doctrina de Nonius Marcellus, explicitement destiné à un public plus vaste que le dédicataire, et l’Ars grammatica de Carisius, qui suppose un cercle de lecteurs dont la langue maternelle est le grec. Il est bien évident que le manuel, destiné à l’enseignement, est l’œuvre du maître qui organise son savoir à l’intention de ses disciples. Les exigences sont donc toujours de nature pédagogique, ad instituendos pueros.

  • 13  Jaeger 1955, p. 53 sqq. Cf. Flashar 1965.

11C’est dans ce cadre que trouve place aussi le fameux problème de la destination du Protreptique d’Aristote, problème posé par deux témoignages qui ne divergent que sur le plan formel. Je me réfère aux fragments 1 et 2.4 Ross. Dans le premier (Stob. iv 32, 21), il est dit que le philosophe aurait conçu le Protreptique pour Thémison, roi de Chypre ; dans le deuxième (Élias, in Porph. 3. 17-23), on soutient qu’avec le Protreptique, Aristote exhorte les jeunes gens à la philosophie. Déjà Werner Jaeger avait démontré, de façon exemplaire, la différence essentielle entre Widmung et Anrede, dédicace et adresse13. Il s’ensuit encore une fois que le texte (qui n’est pas par hasard une exhortation à la philosophie) est adressé à une seule personne, mais vise un public plus large.

b. La lecture de Photius

  • 14  Dans la littérature secondaire, on se réfère au cod. 167 toujours et uniquement comme preuve d’une (...)

12La dédicace de Stobée au jeune Septimius (peu importe qu’il s’agisse d’un enfant selon la chair ou selon l’esprit) s’insère dans une tradition qui, dans le monde gréco-romain, est plus que millénaire. Le témoignage de Photius peut donc être lu autrement qu’on ne le fait traditionnellement. Naturellement, nous ignorons jusqu’à quel point le patriarche rapporte fidèlement ce qu’il trouve dans la préface de l’Anthologion, et une approche telle que celle proposée ici, ne disposant pas d’autres témoignages ni d’un texte sur lequel procéder à une vérification, demeurera nécessairement de type argumentatif. Cependant, justement dans le cas de Stobée, nous avons la certitude que le patriarche connaissait le texte directement : c’est ce que démontre le soin extrême apporté à la rédaction de tout le cod. 167, comprenant l’exposé long et détaillé du sommaire des chapitres et la liste interminable des auteurs dont les préceptes figurent dans le recueil14. Avec, certes, une prudence compréhensible, il sera peut-être possible au moins d’essayer d’identifier certains éléments originels de la préface perdue de Stobée, en interprétant les termes des jugements formulés par Photius.

  • 15  Déjà étudié par Anton Elter, dans un essai de reconstruction de la structure originelle de l’Antho (...)

13Le cod. 167 est organisé de façon assez canonique. À une première description récapitulative de l’Anthologion fait suite une importante section centrale, comprenant la capitulatio et la liste des auteurs15. En conclusion sont exprimées les considérations sur l’utilité de l’ouvrage. Photius commence précisément par affirmer qu’il a lu quatre livres d’extraits, d’apophtegmes et de préceptes, en deux volumes, et que le recueil, composé avec soin et application, aurait été dédié à Septimius. Il s’agit donc de deux formulations topiques, l’adresse au jeune destinataire à laquelle s’ajoute le thème de l’effort laborieux, qui sont caractéristiques de la dédicace qui ouvre l’œuvre didactique. L’emploi du verbe προσφωνέω n’est pas non plus décisif, car il ne justifie en aucune façon l’hypothèse d’un utilisateur unique du recueil. Indiquer le dédicataire est en effet chose habituelle pour Photius, qui utilise le même terme προσφωνεῖ chaque fois qu’il doit indiquer le destinataire de l’œuvre recensée (par ex. codd. 14. 36. 97. 131. 189. 199).

  • 16  Comme le démontre Schamp 1987, p. 128. Cf. Wentzel 1898.
  • 17  Voir Schamp 1987, p. 246 sq. Cf. par ex. les considérations au sujet d’un résumé de l’Histoire Rom (...)

14Photius ajoute ensuite une donnée essentielle sur le recueil de Stobée, en indiquant de quel matériel il serait constitué, c’est-à-dire les passages tirés de philosophes, de poètes, de rhéteurs et d’hommes illustres, classification pourtant elle aussi conventionnelle16. À deux reprises, en effet, Photius tient à préciser que les données qu’il rapporte sont tirées directement de l’Anthologion (« il dit [λέγει] » - « comme il le dit lui-même [ὡς καὶ αὐτός φησι] »). Mais si, dans un cas, le patriarche fait référence à la difficulté du travail qu’a demandé le recueil (« Il les dédie à son propre fils Septimius, à cause duquel il dit s’être appliqué justement à ce travail de collecte [προσφωνεῖ δὲ ταῦτα, διʹ ὃν καὶ τὴν συνάθροισιν φιλοπονῆσαι λέγει, Σεπτιμίῳ ἰδίῳ υἱῷ] »), à quoi Stobée a vraisemblablement fait allusion dans sa préface, selon la topique du genre, dans le second cas l’expression ὡς καὶ αὐτός φησι ne révèle ni ne garantit qu’il s’agisse d’une citation textuelle. Preuve en est la comparaison avec d’autres passages où Photius utilise les mêmes expressions, pour confirmer la véracité de sa recension, et pour lesquels nous avons la possibilité de mettre en regard le texte de référence. Le cod. 70, par exemple, documente la lecture de la Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile. Reprenant les données du texte dont il dispose, Photius utilise à nouveau la même formule, mais la comparaison avec Diodore montre qu’il s’agit d’une paraphrase du texte et non d’une citation verbatim. Cela veut dire, dans le cas présent, que tout ce que rapporte Photius ne peut être tenu avec certitude pour une citation textuelle de Stobée. En effet, bien que souvent il parte scrupuleusement du modèle, dans de nombreux cas, il réduit de façon schématique le texte dont il dispose (comparer le cod. 76 avec les Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe). Et les considérations de Photius reflètent en majeure partie les préoccupations et les intérêts personnels du patriarche, pour ainsi dire la satisfaction de ce que lui-même cherche dans le texte17.

15Il est difficile de dire ce qu’il faut attribuer à Photius ou à Stobée. Dans les cas de ce genre, le risque, naturellement, est de ne vouloir voir que ce qui paraît le plus rassurant par rapport à sa propre thèse. Je me bornerai donc à mettre l’accent sur quelques éléments intéressants, tout en laissant la question complètement ouverte. Un fait entre tous me paraît d’une signification notable : le patriarche aime les mélanges, les recueils anthologiques, comme dans le cas du cod. 170, dossier apologétique de textes chrétiens, dans celui d’Oribase aux codd. 216-218, dans celui du recueil de Sopatros (cod. 161) ; dans ceux de Jean Moscos (cod. 199 ; cf. cod. 198 pour une version abrégée), de Pamphila (cod. 175), de Sotion et de Nicolas de Damas (cod. 189), etc. (cf. codd. 186, 163, 145 sqq.). Photius les tient en grande considération, principalement à cause de leur utilité pratique. Ce qu’il dit à la fin du chapitre sur Stobée est en effet fort clair, mais devient encore plus intéressant si nous le comparons avec ce qu’il avait affirmé au sujet de Sopatros et, encore auparavant, dans la dédicace à son frère Tarasius, qui ouvre la Bibliothèque.

16Du recueil de Stobée (cod. 167, p. 159, 23-31 H.), le patriarche fait observer qu’il est utile aussi bien à ceux qui ont déjà pu lire les œuvres citées par l’auteur qu’à ceux qui n’en ont pas encore une connaissance directe, puisque, en prenant l’habitude de s’y intéresser, ils réussiront à avoir en mémoire (μνήμη), même sommairement, de nombreuses et belles pensées de diverses natures. Enfin, conclut Photius, l’ouvrage sera d’une utilité particulière – et revient ici le thème principal – pour ceux qui voudront pratiquer l’art de la rhétorique et de l’écriture (rhetoreuein kai graphein). Un jugement assez proche avait déjà été exprimé par le patriarche à propos du recueil perdu des Extraits variés de Sopatros (cod. 161, p. 128, 5-14 H.). L’ouvrage, τὸ φιλοπόνημα – « la tâche à laquelle il s’est appliqué » : encore le topos de l’effort laborieux –, est très utile aux lecteurs, surtout parce qu’il met à leur disposition un savoir vaste et facile à utiliser ; et il sera spécialement utile à ceux qui ont l’intention de pratiquer l’art de la rhétorique et de l’argumentation (rhetoreuein kai sophisteuein). Je crois qu’il faut souligner un autre élément qui n’est pas indifférent. Du prologue du recueil de Sopatros, Photius rapporte une allusion à la destination pratique de ce rassemblement de savoirs variés, que l’auteur aurait composé, dit-il, « pour ses compagnons (τοῖς ἑταίροις) ». Cette fois on ne parle pas d’enfants (παῖδες) ou de fils (υἱεῖς), mais la définition des destinataires renvoie à un milieu fermé, probablement à une école. En tout cas, les considérations exprimées par le patriarche à propos des deux recueils de Stobée et de Sopatros, sont identiques à celles qu’on lit dans la lettre-préface de son propre ouvrage, adressée à son frère Tarasius, et elle aussi problématique (praef., p. 2, 19-24 H.). La monumentale Bibliothèque que le patriarche s’apprête à transmettre à Tarasius sera utile pour une mémorisation sommaire de textes qu’on ne connaît pas ou pour ramener à la mémoire des œuvres qu’on connaît déjà, et pour retrouver rapidement ce qu’on y cherche, mais aussi pour acquérir plus facilement ce sur quoi on n’a pas encore réfléchi.

  • 18  Dans une étude récente sur le prologue de la Bibliothèque (Bevegni 1996), Claudio Bevegni a démont (...)
  • 19  Cod. 175, p. 171, 33-38 H. Voir Schamp 1987, p. 227. Cf. Treadgold, 1980, p. 102 sq. Sur le critèr (...)

17La valeur accordée aux mélanges, comme la Bibliothèque elle-même, est donc un leitmotiv, et la répétition de thèmes-clés est évidente18. D’une certaine façon, le jugement sur l’utilité en soi de ce genre littéraire (par rapport à rhetoreuein, graphein et sophisteuein) est généralisé, comme le montre la comparaison avec le cod. 175, consacré à Pamphila19. Un souci évident du patriarche est le processus d’apprentissage par l’exercice de la mémoire, la mémorisation des lectures (ἀναγνωσμάτων μνήμη) pour laquelle notre Septimius n’aurait pas montré d’inclination particulière. Et c’est ce souci que Photius lui-même met au centre des raisons pour lesquelles il compose la Bibliothèque à l’intention de son frère Tarasius. Les correspondances conceptuelles, confirmées par l’emploi constant de termes tels que « lecture (ἀνάγνωσις) », « lire (ἀναγίγνωσκω) », « mémoire (μνήμη) » et « réminiscence (ἀνάμνησις) », aussi bien dans la préface que dans la postface de la Bibliothèque et dans l’appréciation portée sur Stobée et Sopatros (et qui reviennent aussi à propos d’autres mélanges) - ces correspondances, donc, indiquent un intérêt pour des textes qui ont une fonction précise ad subsidium memoriae : c’est précisément le même intérêt qui est manifesté, conformément à la topique du genre, chez des auteurs tels qu’Aulu-Gelle et Macrobe, comme on peut le conclure des préfaces aux Nuits Attiques et aux Saturnales.

  • 20  L’affirmation de Henry, pour qui Photius aurait été influencé par la préface de Stobée et en aurai (...)

18Nous n’avons donc aucun élément pour établir que la recension de Photius soit un résumé fidèle du prologue de l’Anthologion, où Stobée aurait expliqué la nature du recueil destiné à Septimius. Le témoignage du patriarche sur la fonction de l’ouvrage doit être analysé à la lumière d’un répertoire de thèmes conventionnels, dont certains sont des topoi propres aux mélanges. Si l’allusion à la mémoire comme motif principal est déjà de Stobée, elle se rattache à une vaste gamme d’exemples canoniques, aux topoi liés à ce type de texte. Si, au contraire, cette lecture est celle de Photius, suscitée par ses intérêts personnels et par sa fréquentation de recueils de même nature, c’est à partir de ses propres intentions que le patriarche pourrait avoir reconstruit et apprécié les présupposés de l’ouvrage de Stobée20.

  • 21  Voir LSJ s.v., 2, et en particulier Tim. Locr. 103c-d (78-79). « Discipliner et améliorer », selon (...)

19En tout cas, quelle qu’ait été la dynamique, les données que nous avons rassemblées nous poussent à reconsidérer la lecture habituelle du témoignage de Photius. Avec toute la prudence requise par une telle analyse, je voudrais attirer l’attention sur deux verbes employés par Photius. Si la juxtaposition de rhythmisai kai beltiosai doit être entendue ici au sens de « corriger et améliorer », ce serait en quelque sorte un pléonasme, une répétition inutile (il ne paraît pas non plus nécessaire d’y voir un couple de synonymes), et le verbe diorthoun serait certainement plus adapté. Le sens de rhythmizein semble plutôt aller dans le sens de « conférer un ordre », « réguler », comme le synonyme tassein à l’aide duquel Photius lui-même, dans son Lexicon, explique le sens de rhythmizein. Il ne faut pas non plus négliger le fait que ce verbe, dans un contexte éducatif, devient un terme technique, qui indique en substance que les exercices éducatifs « rendent conforme » à quelque chose, « conduisent à l’harmonie »21. Parmi les quelques occurrences qu’on en trouve chez Photius, je signale le cas du cod. 168, 116a.13-18, où, à propos du style de Basile de Séleucie, le patriarche affirme que la redondance du langage figuré et sa plate monotonie portent le lecteur à blâmer l’écrivain, incapable de « discipliner la nature par l’exercice de la technique et de donner un ordre régulier au désordre (τέχνῃ τὴν φύσιν ῥυθμίσαι καὶ κανόνι τὸ ἄτακτον διατάξαι) ».

  • 22  Theodoridis 1982, p. 121.
  • 23  Il suffit de penser, tout simplement, au mythe platonicien de la caverne (resp. VII, 514a), à Gali (...)

20Une dernière remarque sur le naturel « faiblement doué (ἀμαυρότερον ἔχουσα) » du jeune Septimius. Là non plus, il n’est pas possible d’établir si l’expression figurait déjà dans Stobée ou si elle est de Photius. Dans la Bibliothèque, l’adjectif ἀμαυρός et les mots de la même famille (ἀμαύρωσις, ἀμαυρόω) sont employés pour indiquer un affaiblissement de la vue (codd. 221, 178a.25 ; 250, 457a.28), un visage assombri par l’impiété (cod. 258, 484a.41), le noircissement d’une plante qui, avec le temps, perd ses propriétés (cod. 250, 458a.41), et enfin, dans le codex consacré aux Histoires d’Hérodote, on rencontre le verbe, en référence à la précision historique, dont la vérité n’accepte pas qu’elle soit brouillée par les mythoi (cod. 60, 19b.24 s.). Le sens est donc « obscur », « sombre », sens qu’on retrouve dans le Lexicon (α 1145-1148) en même temps que « indolent »22. Je n’exclurais pas que la forme adverbiale ἀμαυρότερον, rapportée au naturel du jeune homme (et cette référence à une physis est un unicum chez Photius), puisse justement signifier ici, de façon métaphorique, « obscur ». L’emploi de ἀμαυρός - ἀμαυρόω pour indiquer l’aveuglement qu’entraîne chez l’homme l’obscurité du péché est en effet une formule récurrente qu’on rencontre déjà dans la Bible (Sg, 4), et qui est largement répandue dans la langue des théologiens et des commentateurs (cf. Ephrem le Syrien, Hypomn. 54.2-3 ; Precat. e Sacris Script. 2.297.6 ; Grégoire de Nazianze, Ad cives Nazianzenos, 35.975.22-24). L’idée, également, du passage de l’obscurité de l’ignorance à la lumière de la connaissance est un autre topos ordinaire relatif à l’activité d’enseigner et d’apprendre23. Se pourrait-il que Photius ait voulu souligner ici le sens de « obscur » plutôt que de « paresseux », voulant parler de la phase d’obscure gestation qui précède pour l’âme l’illumination finale du savoir ?

c. Enkyklios paideia et éducation pré-philosophique

21En me fondant encore sur le témoignage de Photius, à propos cette fois de la succession des chapitres, je me propose d’évaluer la possibilité d’une nouvelle lecture, selon laquelle le recueil de Stobée n’aurait pas été destiné à une instruction scolaire générale ni adressé à un destinataire unique, mais, tout en relevant indéniablement de la littérature didactique, aurait eu en quelque sorte un caractère propédeutique. Je crois que le sens véritable de l’Anthologion doit être cherché en considérant d’abord l’ouvrage en lui-même, dans son architecture et dans les aspects techniques de sa composition. Si nous ne disposions pas de la recension du patriarche, nous ne pourrions déduire la fonction de l’ouvrage que de la critique interne du texte, en observant le matériel cité et sa division en chapitres, et en analysant les classifications successives, pour essayer de remonter aux Denkformen qui en sont le présupposé.

  • 24  Voir Wachsmuth 1884, i, p. 13 sq.

22Quel est donc le système de pensée qui sous-tend le recueil ? La description de Photius s’ouvre sur la remarque selon laquelle l’ouvrage présente une organisation tripartite : « son premier livre a trait à des questions de physique (τὸ μὲν α’ βιβλίον φυσικόν), le début du deuxième traite de logique (τοῦ δὲ β’ τὸ μέν τι κατ’ ἀρχὰς μέρος λογικόν), et le reste, pour la plus grande part, d’éthique (τὸ δὲ λοιπὸν καὶ πλεῖστον ἠθικόν) ; le troisième et le quatrième, à peu de chose près, traitent d’éthique et de politique (καὶ τὸ γ’ δὲ καὶ δ’, πλὴν ὀλιγίστων, ἠθικὰ καὶ πολιτικά) ». Il s’agit donc de physique, de logique et d’éthique, selon la division canonique, avec quelques sections à thème politique (éthique pratique), mais les deux premiers chapitres, comme Photius le dira ensuite, sont consacrés de façon spécifique à la métaphysique. La partie initiale, presque entièrement perdue, consistait en un prologue qui commençait par deux autres chapitres, le premier étant un éloge de la philosophie et le second, consacré aux différentes écoles philosophiques, où l’auteur avait recueilli aussi les opinions (δόξαι) anciennes sur la géométrie, la musique et l’arithmétique. De ce prologue nous possédons seulement la fin du chapitre Sur l’arithmétique, mais nous avons des raisons de supposer qu’il s’agissait d’une section assez étendue, si l’on se réfère à la liste des auteurs donnée par Photius24.

  • 25  Le recueil se clôt sur un chapitre inhabituel, déjà présent dans la capitulatio de Photius, compre (...)

23Ce prologue est suivi par les quatre livres proprement dits. Schématiquement, nous pourrions dire que le premier, qui commence par traiter de la partie supérieure de la hiérarchie du monde, à savoir ta meta ta physika (la divinité et ses attributs, le destin, le hasard), est proprement consacré à la physique (phénoménologie de la nature, la terre, l’univers des hommes) ; le deuxième, dans ses six premiers chapitres, à la logique, comprenant épistémologie, rhétorique et dialectique, puis à l’éthique, à laquelle sont encore consacrés les livres III et IV, ce dernier étant plutôt orienté vers l’éthique pratique, donc vers la politique et l’économie25.

  • 26  Je renvoie aux études de J. Mansfeld, point de départ indispensable sur le thème de la doxographie (...)
  • 27  Cf. A. Gudeman, RE xiii 2, coll. 2511-2529, s.v. Luvsei". Sur le mélange des deux aspects, voir ma (...)

24Encore une observation, cependant, sur les chapitres. Chacun a un thème propre, souvent sous la forme d’une opposition antilogique entre éloge, blâme et confrontation des deux positions (epainos, psogos, synkrisis : voir iv 31a-33 ; cela nous ramène aussi, évidemment, à la tradition rhétorique). L’organisation générale, qui en accentue le caractère didactique, s’articule en distinctions conceptuelles binaires (vertus/vices : voir iii 1-20) et en questions et sous-questions, du général au particulier. Le titre du chapitre pose donc un thème qui est analysé de toutes les façons possibles. Il s’agit naturellement de la structuration dialectique des quaestiones théoriques générales (theseis), structuration de tradition aristotélicienne qui est le présupposé méthodologique et organisateur des recueils d’opinions26, mais y joue aussi un rôle, d’une certaine façon, la forme ancienne des quaestiones textuelles, des zetemata, avec les lyseis correspondantes27. Significative entre toutes est l’évolution thématique des chapitres IV 20a-27, que je rapporte ici à titre d’explication :

20a Sur Aphrodite Vulgaire, principe de la génération, et sur Éros, origine des plaisirs du corps

20b Blâme d’Aphrodite : qu’Éros est vil, et de combien de maux il peut être la cause

21a Défense de la beauté

21b Contre la beauté

22a Que le mariage est chose excellente

22b Que le mariage n’est pas une bonne chose

22c Que le caractère des époux rend le mariage parfois utile, parfois nuisible

22d Sur la façon de courtiser

22e Qu’il faut considérer dans le mariage l’âge des époux

22f Qu’il faut dans le mariage considérer non la noblesse de la naissance, ni la fortune, mais le caractère

22g Blâme des femmes

23 Préceptes relatifs au mariage

24a Qu’il est beau d’avoir des enfants

24b Qu’il est nuisible d’avoir des enfants, et qu’on n’est pas certain que ceux que l’on a soient les nôtres. Il ne faut pas non plus en adopter

24c Qu’il vaut mieux avoir des garçons, et qu’il faut considérer les enfants illégitimes comme ayant un rang non inférieur à celui des légitimes

24d Sur les jeunes enfants

25 Que les parents doivent être convenablement honorés par leurs enfants, et s’il faut les écouter en toute chose

26 Comment les parents doivent être envers les enfants, et qu’une certaine nécessité naturelle amène les uns et les autres vers une bonne disposition

27 Que l’amour fraternel et une bonne disposition envers ceux qui nous sont apparentés sont une chose excellente, et que ces derniers sont nécessaires

25L’ordre des thèmes du recueil parle de lui-même. Après la section initiale, comportant l’éloge de la philosophie et le chapitre sur les écoles philosophiques, la dernière partie du prologue n’est certainement pas non plus un élément original, mais le développement sur les disciplines mathématiques, conçues comme auxiliaires et propédeutiques à la philosophie, renvoie à la tradition platonicienne, au sein de laquelle, comme on le sait, elles constituent l’une des phases de l’éducation de la pensée, de la préparation à la connaissance qu’il existe un monde intelligible. Il suffit de rappeler Alcinoos, reconnu comme l’auteur du Didaskalikos, qui parle de l’étude des sciences mathématiques comme du prélude, προοίμιον, à l’étude de la philosophie (vii 162, p. 18, 2-3 W.), et Nicomaque de Gérase, avec son Introduction arithmétique, à qui l’on attribue la première démonstration de l’unité propédeutique des quatre sciences mathématiques, postulée par Platon dans la République (521c-532d7)), et qui parviendra au Moyen Âge à travers Boèce. De là l’anthologiste passe ensuite à des développements sur les intelligibles – théologie, onto-théologie, premiers principes, êtres immobiles –, puis, passant de l’intelligible au sensible suivant un schéma pyramidal de hiérarchies conceptuelles descendantes, sur la physique conçue comme philosophie seconde, venant après la théologie, sur la doctrine du mouvement et finalement sur les principes du monde sensible et en mouvement, pour conclure par la logique et l’éthique, le cadre du monde humain, de la parole et de l’action. La première section de l’œuvre est certes moins consistante que la deuxième, probablement parce que les étudiants devaient aborder ces sujets de façon exhaustive et plus compétente dans la suite de leur éducation philosophique (dont ils auraient constitué la partie la plus mûre et la plus réfléchie), et que ces sujets n’étaient pas adaptés, pour l’essentiel, à une sorte de cours préparatoire. La deuxième partie, en revanche, est, cela se comprend, plus développée, et y occupent la plus grande place les chapitres consacrés aux sujets de la vie quotidienne et de la gestion concrète des choses, consacrés donc à l’éthique pratique, fondée sur ce qu’il pouvait y avoir de plus connu dans la vie des étudiants.

  • 28  Je renvoie à l’étude de Guillou 1976.
  • 29  Cf. Flammini 1992, p. 650 sqq. ; voir aussi Grilli 1986 ; Grilli 1993 ; Weber 1995.

26La cohérence du système semblerait suggérer que le but de l’œuvre est de proposer une vision du monde dans sa totalité, ou plutôt de tout le savoir connu, assorti d’instruments de lecture précis, mais cela ne veut certainement pas dire enseigner la philosophie proprement dite. On observe donc une continuité qui est déjà une éducation, qui indique une façon de penser, de classer, et un condensé de savoir qui trace un parcours à l’intérieur d’un projet de grande ampleur, un rhythmos, une taxis nécessaire à l’instruction, dont la fin propre est l’éthique, qui sert de vestibule de la sagesse proprement dite. L’organisation est de type descriptif et non analytique, avec une construction qui sera ensuite adaptée à des canons clairement chrétiens et reprise comme ossature des trois livres des Sacra Parallela de Jean Damascène (viie-viiie s.), dont le tableau du monde et de la vie, à l’époque de l’Antiquité tardive, part du sommet de la pyramide avec une structuration en trois parties : Dieu, le monde humain, les vertus et les vices28. À bien y regarder, fût-ce à une autre échelle, l’inventaire général du monde présenté par Stobée, cette somme du savoir, avec sa structuration des thèmes de la physique à l’éthique, n’est pas du tout une formule nouvelle, mais c’est l’héritage de la tradition qui trouve un modèle illustre dans les Questions naturelles de Sénèque, dans le dessein général du philosophe moral, qui aboutit aux normes pratiques du comportement humain à partir de l’observation complète des normes de l’univers29.

  • 30  Cf. PSI 1476 (ii-iiie sec.) : Sur la richesse, Sur la vertu, Sur le hasard, Sur le discours ; POxy (...)
  • 31  Cf. PBarns (CQ, 44, 1950, p. 126-137 ; iie sec. av. J.-C.) ; PKöln iv 246 (iiie-ive sec., milieu s (...)

27L’Anthologion est donc certainement un manuel. C’est ce que confirme non seulement la dédicace au fils, naturel ou spirituel, mais surtout son caractère systématique, la grille qui en structure la progression, en présentant à l’utilisateur une anthologie du savoir ordonnée logiquement, selon une lecture conseillée, et en utilisant une tradition gnomologico-doxographique antérieure avec un dessein culturel nouveau. Cette appréciation trouve un renfort supplémentaire dans la confrontation, méthodologiquement inévitable, avec les anthologies transmises sur papyrus, dont le recueil de Stobée se présente comme un héritier direct. On n’a pas suffisamment souligné, en effet, au-delà de l’évidente ampleur de l’ouvrage, à quel point l’Anthologion représente un moment novateur par rapport à la tradition. Tradition dont, tout en en empruntant les formes (l’anthologie, donc le rassemblement du savoir des classiques), l’ouvrage de Stobée reprend les contenus selon une approche qui n’est pas simplement conservatrice, mais plutôt dynamique et orientée. Il est indéniable, malheureusement, que notre connaissance des anthologies sur papyrus est fragmentaire, mais on ne saurait tenir pour dénué de sens le fait que les bouts de recueils que nous connaissons semblent, quelle que soit leur taille, revenir toujours et de toute façon à des thèmes éthiques. C’est ce que confirment les nombreux titres Sur la vertu, Sur la richesse ou Sur le mariage qui nous sont parvenus30 ; ainsi que des thèmes comme Sur la divinité ou Sur le hasard, qui figurent chez Stobée dans la section métaphysique, mais ne présentent pas, dans les papyrus, une claire connotation non éthique31.

  • 32  Voir l’intéressante contribution de Lachenaud 1998.

28Cela ne veut pas dire, néanmoins, que la tradition gnomologico-doxographique antérieure ait été exclusivement centrée sur des thèmes éthiques. Il faut rappeler, pour ne citer qu’un cas, la doxographie systématique des cinq livres des Placita du Pseudo-Plutarque, héritiers d’un genre rhétorico-philosophique qui eut un grand succès, et qui s’en tiennent exclusivement au domaine de la physique (περὶ τῶν ἀρεσκόντων φιλοσόφοις φυσικῶν δογμάτων βιβλία εʹ). Mais, dans ce cas particulier, on ne peut établir avec certitude si les cinq livres appartenaient ou non à un plan et à un programme plus vastes32.

29À cause de sa complexité, la tradition doxographique et sa prolifération méritent d’être examinées à part, et un tel examen ne serait pas utile ici. En tout cas, une comparaison entre les Placita eux-mêmes et la succession des chapitres de l’Anthologion montre chez Stobée une lucidité et une intention dans la méthode qui donnent à son recueil une singularité, même par rapport à celui du Pseudo-Plutarque.

30Il semble donc que rien ne puisse être rapproché des deux premiers livres, et surtout des premiers chapitres de l’Anthologion dans son ensemble, ou encore de son prologue d’allure platonicienne, sans aucun parallèle dans les recueils antérieurs. De plus, et pour autant que leur caractère fragmentaire nous permet de l’observer, il ne semble y avoir dans les anthologies sur papyrus aucun rhythmos comparable à celui que suit Stobée dans la progression des chapitres. La comparaison avec ces formes anciennes de rassemblement du savoir est donc certes très utile, mais elle risque de constituer un cadre de référence trop restreint, où les contours de l’Anthologion se trouvent à l’étroit. En revanche, nous ne pourrons pas non plus nier que l’ouvrage soit aussi l’héritier d’un goût, déjà répandu à l’âge classique, pour l’extrapolation et la citation de passages significatifs. Mais, s’il sert à comprendre la nature propre du recueil de Stobée, ce jugement aussi reste fortement réducteur.

  • 33  D’un point de vue méthodologique, l’étude fondamentale reste celle de Fuhrmann 1960. Voir Stahl 19 (...)
  • 34  Une comparaison peut se révéler utile avec d’autres manuels scolaires, qui organisent leur contenu (...)
  • 35  Voir Hadot 1996. Hadot 1978, p. 160 sqq.
  • 36  L’attribution de ce commentaire des Catégories est controversée. Voir Goulet 2000, iii E 15.
  • 37  Voir Koehler 1974 ; Thom 1995.

31Nous avons donc souligné l’organisation subtilement articulée et programmatique de l’ouvrage, dont un élément essentiel est sa systématicité33, et la hiérarchie précise de références formelles, dans le processus d’enseignement et d’apprentissage, qui lui donne son caractère unique, tout en en connotant la nature de manuel34. On ne s’étonnera pas non plus qu’un manuel didactique soit constitué de sentences, dans le cas de l’Anthologion, de passages en prose ou en vers. On doit au néoplatonicien Simplicius un des témoignages les plus significatifs sur les phases préliminaires de l’éducation philosophique. Dans le prologue de son commentaire du Manuel d’Epictète35, Simplicius évoque la nécessité d’une phase propédeutique, où les étudiants devront profiter d’exhortations dépourvues de technicité et de valeur philosophique, si ce n’est proprement éthique (ὑποθῆκαι, c’est-à-dire préceptes, comme on a chez Photius des livres « d’extraits, de sentences et de préceptes [ἐκλογῶν, ἀποφθεγμάτων, ὑποθηκῶν βιβλία]). Ces exhortations visent donc à redresser le caractère, par un enseignement oral ou écrit (διὰ ἀγράφου συνεθισμοῦ καὶ τῶν ἀτέχνων παραινέσεων), et Simplicius nous apprend que les textes de référence étaient le Manuel même d’Epictète et les Vers d’or des pythagoriciens. La même chose vaut pour Porphyre, qui rassemble dans la Lettre à Marcella les sentences des pythagoriciens comme préceptes de vie, et c’est encore à quoi se réfère (διὰ παραινέσεων ἐγγράφων ἢ ἀγράφων) la partie introductive du commentaire des Catégories du (Pseudo-)David-Elias36. C’est justement dans la préface du néoplatonicien Hiéroclès aux Vers d’or qu’on trouve une des explications les plus intéressantes pour nous de l’utilisation de telles sentences dans un but propédeutique37 :

La philosophie est purification et accomplissement de la vie humaine : purification de l’irrationalité de la matière et du corps mortel, et accomplissement, recouvrement de la vie vertueuse, qui conduit à l’assimilation (homoiosis) au dieu. C’est particulièrement par la vertu et la vérité que tout cela est conduit, par nature, à la perfection : la première en effet chasse l’excès des passions, et la seconde permet à ceux qui y sont naturellement enclins d’acquérir l’essence divine. Il nous faut donc, relativement à cette science qui nous rendra purs et parfaits, faire en sorte d’avoir des règles brièvement formulées, telles des formules techniques, pour pouvoir parvenir, avec ordre et méthode (en taxei kai eumethodos), à l’accomplissement de la vie vertueuse. Parmi les règles de ce genre, qui visent la totalité de la philosophie, les vers pythagoriciens, qu’on appelle les Vers d’or, peuvent à juste titre être placés en tête. Ils comprennent en effet les principes universels de la philosophie entière, pratique et théorique, grâce auxquels on peut obtenir la vérité et la vertu, se purifier, atteindre heureusement l’assimilation au dieu et encore, comme le dit le Timée de Platon, qui était le vrai maître des règles des pythagoriciens, rejoindre la nature de notre état premier, sages et parfaits en tout point. Et l’on propose en premier les préceptes de la vertu pratique. En effet, il faut pour commencer discipliner (taxai) en nous l’irrationalité et l’indolence, pour atteindre ainsi la connaissance des choses divines. En effet, de même que pour un œil chassieux et impur il est impossible de voir les objets trop lumineux, ainsi pour une âme qui n’a pas acquis la vertu il est impossible de contempler comme dans un miroir la beauté de la vérité. … C’est justement là le but des vers et le dessein auquel ils répondent : imprimer dans les disciples, plus que toute autre lecture, l’empreinte même de la philosophie … 

32Il est vrai, certes, que l’anthologie de Stobée est un texte beaucoup plus vaste et plus articulé, en comparaison de recueils exclusivement composés de préceptes, comme les Vers d’or ou le Manuel d’Epictète. Il est vrai aussi qu’il ne s’agit pas, à proprement parler, d’un recueil de règles exprimées de façon succincte. Dans ce que dit Hiéroclès, cependant, on relève une indéniable ressemblance avec ce que nous avons vu chez Photius, et cette correspondance trouve une confirmation supplémentaire dans la structure même de l’Anthologion, où la systématicité et l’organisation programmatique sont le principe sur la base duquel se développe l’exposition du savoir. Le chemin vers la purification de l’âme et vers l’assimilation (homoiosis) au dieu doit nécessairement suivre un ordre et la bonne méthode (en taxei kai eumethodos). Et il faudra discipliner (taxai, équivalent de rhythmisai chez Photius) l’irrationalité et l’indolence, pour pouvoir connaître les choses divines et jouir ainsi, avec des yeux purifiés, de la lumière de la connaissance.

33Mais a également son importance ce que dit Synésius, dans le discours intitulé Dion (ch. 4-6), pour défendre la culture littéraire, la recherche méthodique de la vertu et l’expérience formatrice, dans un texte dédié encore une fois au fils de l’auteur : le futur philosophe doit être préparé, il doit s’être familiarisé avec toute la culture grecque, avec la tragédie et la comédie, de façon à construire une base à partir de laquelle avancer. La préparation à la philosophie consiste donc en la formation d’une culture générale :

4 Je veux en effet que le philosophe ne soit dans aucun domaine incapable ou inculte, mais qu’il soit initié aux secrets des Grâces et soit un « Grec » au sens plein, c’est-à-dire qu’il sache avoir commerce avec les hommes en s’appuyant sur sa connaissance de toute la littérature qui le mérite … 5 Notre présent discours définit « spécialiste » ou « expert » celui qui isole l’une quelconque des sciences, comme s’il était adepte de telle ou telle divinité ; « philosophe », au contraire, celui qui réalise en lui-même l’accord de toutes, et qui réduit la multiplicité à l’unité. Et non seulement cela : il faut aussi qu’il ait une tâche propre qui surpasse celle du chœur, comme cela arrive avec Apollon, dont on dit que tantôt il chante à l’unisson avec les Muses, après avoir entonné le chant et avoir donné le ton à tous, tantôt au contraire il chante seul (ce serait là le chant sacré et ineffable). Le philosophe tel que nous l’entendons sera en communion avec lui-même et avec Dieu au moyen de la philosophie, avec les hommes au moyen des pouvoirs secrets de la parole : il aura les connaissances d’un philologue, mais il jugera de chacun et de tout en philosophe. … 6 Si ensuite notre nature est comme quelque chose de bariolé, elle se fatiguera d’une vie vouée à la contemplation, au point d’abandonner les hauteurs pour descendre vers le bas. Nous ne sommes pas en effet l’esprit pur, mais un esprit descendu dans l’âme d’un être vivant. Dans notre intérêt même, il nous faut donc étudier les plus hautes humanités, pour nous procurer un refuge contre les hésitations de la nature. Nous devons nous contenter d’avoir près de nous un lieu où nous diriger pour venir en aide à la condition de notre âme qui a besoin de douceur, pour ne pas tomber au loin, pour ne pas vivre en contentant toute la multiformité de notre nature. C’est pour cela que Dieu a fait de la joie un appui pour l’âme, au moyen duquel elle puisse soutenir la présence du corps. Telle est précisément la beauté des lettres : elles ne s’abaissent pas jusqu’à la matière, elles n’immergent pas l’esprit dans les facultés les plus basses, mais elles permettent de se soulever dans le temps le plus bref et de remonter vers l’essence : c’est en effet en haut qu’est la partie la plus basse d’un telle vie. (D’après la traduction italienne de Garzya 1989.)

  • 38  Je renvoie à Hadot 1997 ; Hadot 1984 ; Hadot 1969 (notamment p. 10-78) ; Lachenaud 1997 ; Lachenau (...)

34Encyclopédisme et enkyklios paideia n’ont donc pas été mentionnés par hasard. Dans ce travail, mon propos était de faire la clarté, au moins à un premier stade, sur ce que pourrait être réellement la nature du recueil de Stobée : son anthologie est-elle une collection encyclopédique de nature statique, dont la finalité serait la conservation d’une culture et d’une érudition qui seraient à elles-mêmes leur propre fin, ou plutôt une collection ayant un caractère dynamique, dotée d’un projet éducatif précis ? Et de ce début d’examen, il semble résulter que le recueil n’est pas le produit d’une érudition stérile ni une compilation mécanique, mais qu’il semblerait plutôt être un manuel progressif, qui esquisse une vision du monde dans sa totalité38.

35C’est donc là le point de départ d’une recherche sur l’Anthologion de Jean Stobée, certainement pas son point d’arrivée. La recherche menée jusqu’ici a cherché à dresser le plus clairement et avec le plus de détails possible l’état de la question, en préalable à des approfondissements ultérieurs. Que Stobée s’intéresse expressément à la philosophie, c’est clair. Autrement on ne comprendrait pas pour quelle raison il n’a pas offert, par exemple, un chapitre sur Quelles qualités doit avoir le vrai orateur ou Quelles qualités doit avoir le bon roi, à la place de (ch. ii 10) Quelles qualités doit avoir le philosophe. Le chapitre d’ouverture lui-même, l’Éloge de la philosophie déjà cité, représente la clé de lecture de l’œuvre, le point de départ du chemin de la progression mais en même temps le but de toute la construction. Ce n’est pas un hasard si on trouve un éloge de la philosophie au début du Protreptique de Jamblique, puisque c’est l’objectif vers lequel on veut amener le lecteur, et si, en vertu du même principe, un éloge de la médecine se trouve au début de l’Exhortation à la médecine de Galien (2, 1-2). Sur tout cela il ne me semble pas utile de discuter plus avant.

36Il sera opportun, en revanche, d’examiner les contenus de l’ouvrage, pour comprendre quel peut être le milieu effectif qui en aurait stimulé et rendu nécessaire la genèse. Il faut certainement reconnaître au recueil une allure fortement néoplatonicienne, étant donné non seulement la préférence absolue pour Platon, dont on trouve plus de quatre cent cinquante citations, mais aussi la présence importante de pythagoriciens et de néopythagoriciens. Il y aussi des indices (rendant urgent, maintenant plus que jamais, un examen attentif du matériel) qui d’une part nous poussent à faire l’hypothèse d’un platonisme non éloigné du milieu jamblichéen, et d’autre part conduisent à constater que Stobée est intervenu consciemment sur la tradition à laquelle il puise, pour atteindre un objectif précis. Et cela est en opposition absolue avec l’opinion généralement reçue, qu’il s’agit d’un simple compilateur.

  • 39  Pour une comparaison de l’ordre des chapitres dans les deux recueils, voir la table synoptique dan (...)
  • 40  Cf. la structure de l’Onomasticon de Pollux : après le proemium et la dédicace à Commode, l’exposé (...)

37Je me réfère, par exemple, au fait que Stobée, tout en accueillant de façon presque passive, dans le premier livre de l’Anthologion, la partie de la tradition doxographique qui est rassemblée parallèlement dans les Placita39, intervient néanmoins méthodiquement dans la succession des thèmes. Par exemple, le chapitre Sur la divinité, qui dans les Placita ne joue pas un rôle particulièrement significatif mais se laisse entendre comme un chapitre à thème physique parmi tant d’autres, est placé par Stobée au sommet de toute la structure théocentrique et pyramidale, pour signifier que toute chose a son origine en Dieu40. L’auteur insère aussi deux nouveaux chapitres dans sa construction hiérarchique, étrangers tant aux Placita qu’à la tradition anthologique, chapitres qui révèlent avec la plus grande clarté l’attention portée à la tradition platonicienne. Il s’agit des chapitre i 9, Sur Aphrodite Céleste et sur le divin Éros, et iv 20a, Sur Aphrodite Vulgaire, principe de la génération, et sur Éros, source des plaisirs du corps. Le premier se situe dans la section qui traite des principes, dans le cadre de la métaphysique, et le second dans l’ample partie consacrée à l’éthique. On ne peut pas ne pas penser au discours de Pausanias sur la nature d’Éros, dans le Banquet de Platon (180d-181), et à Plotin (Enn. III 5.3.30), à propos de l’âme du monde. Un autre indice du caractère intentionnel de la démarche et de son autonomie par rapport à la tradition est la position du chapitre Sur l’art de la divination dans un contexte différent de celui – toujours physique, naturellement – où il est placé dans les Placita. Dans ce dernier ouvrage, en effet, il est placé là où on discute des rêves et de leur pouvoir divinatoire, alors que, dans l’Anthologion, il se trouve au début de la section éthique du recueil (ch. ii 7-13), consacrée au caractère éthique de la philosophie, aux qualités que doit posséder le philosophe, au fait qu’il doit être pieux (eusebes), et à son rapport avec la divinité :

7 Sur le caractère éthique de la philosophie

8 Sur le libre arbitre

9 Que nul n’est méchant volontairement

10 Quelles qualités doit avoir le philosophe

11 Qu’il faut honorer la divinité

12 Que la divinité vient en aide aux hommes pieux et justes

13 Sur l’art de la divination et sur la nécessité pour vivre de connaître [aussi] les choses futures

14 Qu’il faut surtout chercher la compagnie des sages et éviter les hommes médiocres et incultes

15 Sur l’être et le paraître, et qu’il ne faut pas juger l’homme à partir des mots, mais des actions : que tout discours est inutile, s’il n’est accompagné de faits

  • 41  Il ne manque pas d’indices qui semblent ramener Stobée vers un milieu susceptible d’avoir accueill (...)

38Dire que l’intervention sur la succession des chapitres et sur les connexions argumentatives signale une certaine influence jamblichéenne, c’est suggestif, mais certainement audacieux, surtout si l’on considère qu’une analyse des contenus est rendue impossible par l’absence totale de matériel dans une bonne partie de ces chapitres (parmi lesquels, justement, Sur l’art de la divination), dont il ne subsiste que l’intitulé. Il est en revanche indiscutable qu’une quantité considérable du matériel rassemblé dans le recueil est bel et bien de Jamblique, matériel dont il n’y a pas eu de tradition médiévale directe. Je veux parler des fragments, nombreux et importants, du Traité de l’âme, presque tous conservés dans les deux premiers livres, ou du témoignage, assez abondant, sur le corpus des Lettres du philosophe, pour lequel notre source est Stobée. Dans ce cas plus encore que dans d’autres, il est permis de se demander quelle bibliothèque l’auteur avait à sa disposition : les Lettres de Jamblique ne pouvaient certainement pas bénéficier de la diffusion d’un corpus comme celui des lettres platoniciennes, et elles ne devaient vraisemblablement constituer qu’un recueil destiné à l’enseignement41.

  • 42  Je renvoie à Mansfeld & Runia 1997.
  • 43  Voir Bernhardt 1861.
  • 44  Voir Görler 1963, p. 111-118.
  • 45  Voir Bickel 1902.
  • 46  Cf. Giani 1993.
  • 47  Ce groupe important de fragments, introduits par le lemme Eusèbe (Εὐσεβίου) n’a pas été étudié, ni (...)
  • 48  Selon Schenkl 1919, p. 68-70, la physionomie des passages cités par Thémistius indiquerait que Sto (...)

39Dans des cas comme celui-ci, on ne peut se dispenser d’une considération attentive de ce qu’était la circulation du livre dans l’Antiquité tardive, et il faudra aborder avec lucidité les questions relatives à la localisation par l’anthologiste du matériel qu’il cite. Car une chose est de de recueillir et reproduire du matériel sentential d’origine tragique et comique, qui était déjà une « tradition » et avait sa propre circulation dans différents milieux (il suffit de penser aux nombreuses coïncidences de Stobée avec les anthologies sur papyrus, ou avec Athénée et Orion), et tout autre chose d’avoir à sa disposition des textes dont il serait invraisemblable de supposer une utilisation répandue, et donc une circulation autonome en dehors du milieu scolaire. Le problème de la localisation du matériel n’a jamais été posé par les spécialistes de l’Anthologion. On a toujours affirmé que l’anthologiste avait utilisé du matériel déjà rassemblé dans des recueils antérieurs : on a parlé d’Aétius et d’Arius Didyme comme sources intermédiaires42, d’Urflorilegien, avec Otto Bernhardt à propos d’Euripide43, et avec Woldemar Görler pour Ménandre44, et on a parlé aussi de recueils préconstitués sur la base de la connaissance du texte de Platon45. Mais il s’agit là d’approches de l’ouvrage qu’on ne peut partager que jusqu’à un certain point – comme celles qui supposent des Urformen et des théories monogénétiques – : elles ne prennent en considération que des auteurs dont la tradition, déjà claire d’une certaine façon, avait sa propre histoire bien définie, des parcours bien balisés, et dont les textes avaient déjà amplement bénéficié d’une large diffusion. Car, je le répète, une chose est de faire des recherches sur Euripide et Ménandre dans Stobée, une autre de s’interroger sur Jamblique, sur le Pseudo-Archytas46, sur les nombreux fragments d’un certain Eusèbe sans autre identification47, voire sur Porphyre lui-même, sur lequel Stobée est prodigue de témoignages. Le vrai problème reste donc celui de la localisation du matériel. Et une fois établi qu’il ne serait pas méthodologiquement correct d’ancrer notre auteur dans sa ville d’origine, il faut se poser clairement le problème de savoir où il a pu trouver des textes comme les Lettres de Jamblique ou les extraits de Thémistius. Car il est vrai que Thémistius représente le terminus post, mais c’est justement pour cela que se pose le problème de savoir où s’est déployée l’activité de Stobée et comment il est entré en possession de ce matériel48.

  • 49  Voir Wachsmuth 1884, i, p. xvi sq.

40Un autre élément qui parle de soi, pour conclure cet exposé partiel des données acquises à ce jour, est la richesse du matériel platonicien cité par Stobée, qui, en différents cas, porte les traces d’une activité exégétique, de la juxtaposition de péricopes semblables et d’interventions (par exemple, iii 9, 58-60 ; iii 11, 26-27 ; iv 31c, 79-80). Tout à fait surprenant est, en revanche, le témoignage relatif à l’immense production aristotélicienne. Du philosophe, on ne trouve presque exclusivement que du matériel apocryphe, et ce qu’on peut rapporter à des ouvrages d’attribution certaine est en réalité inclus dans des passages d’autres auteurs : cinq citations du De anima dans le traité homonyme de Jamblique (cf. i 49, 32.34), beaucoup de matériel doxographique chez Aétius, dans Porphyre deux citations du De memoria (451a15, 453a7 sqq., dans iii 25, 1), et une du De philosophia (fr. 3 R3, dans iii 21, 26). Par ailleurs (je ne cite que ce qui est le plus significatif), sont rassemblés des passages du De mundo (dans i 1, 36 ; 5, 22 ; tout le ch. 40, enfin, est constitué du De mundo, 2-5), des Physiognomonica (805a1-18, dans i 47, 6), cinq citations de la Συναγωγὴ ἀκουσμάτων θαυμασίων, dans iv 36 (nn. 15. 25-28), de nombreuses chries, un court résumé d’un passage du De memoria (450b, dans iii, 25, 3), cependant que la totalité du De virtutibus et vitiis constitue l’extrait n° 194 de iii 1. On ne trouve rien non plus des Catégories, qui auraient constitué le premier degré dans l’approche de la philosophie. Les seules citations d’œuvres authentiques et qui ne figurent pas à l’intérieur de passages d’autres auteurs sont, pour l’essentiel un très bref aphorisme des Topiques (108a11 : « Comme la vision dans l’œil, ainsi l’intelligence dans l’âme »), agglutiné sans lemme introductif, en iii 3, 3, à la fin d’un passage de l’Antiope d’Euripide (fr. 199 N.2), à quoi s’ajoutent trois fragments du Περὶ εὐγενείας (frr. 91-92.94 R3, dans iv 29a, 24-25 ; 29c, 52). Il faut signaler que Wachsmuth, dans une tentative pour justifier la réduction des deux premiers livres du recueil, avait émis l’hypothèse que le texte ait été abrégé dans l’entourage de Michel Psellus, peut-être par un élève qui s’intéressait exclusivement au texte de Platon et d’Aristote, dont les passages auraient donc été préservés avec soin49. Si cela peut valoir avec quelque probabilité pour Platon, ce n’est pas le cas pour Aristote, dont la présence dans les deux premiers livres se limite, à y regarder de près, presque exclusivement à ce qu’on retrouve dans la doxographie d’Aétius (s’agissant par ailleurs d’un nombre restreint de δόξαι), à quoi il faut ajouter les cinq citations du De anima chez Jamblique. Le reste se réduit aux trois citations, assez étendues, du De mundo, au passage des Physiognomonica et à une autre courte δόξα, où il est fait référence à un passage de l’Ethique à Nicomaque (en ii 7, 3h : « Aristote, au livre x de l’Éthique à Nicomaque, pense qu’Eudoxe l’astronome professe que la fin est le plaisir »).

41J’en arrive à la conclusion. On a donc pensé que la composition même de l’anthologie et sa manière de procéder en fragmentant les textes classiques pour en reproduire les parties fondamentales, en les classant à l’intérieur de chapitres aux thèmes bien précis, répondait à une attention au détail plutôt qu’à l’ensemble. Et à cette supposée attention au détail a correspondu, dans l’histoire de l’érudition, un intérêt orienté exclusivement vers le texte fragmenté. L’Anthologion de Stobée, dans ce contexte, n’a jamais été pris en considération qu’en qualité de source, particulièrement là où il a permis de sauver le patrimoine culturel antique d’un triste oubli. Mais un examen plus attentif du matériel en rapport avec les classifications utilisées, et du détail dans son rapport avec l’ensemble, semblerait maintenant montrer que les présupposés sont un choix attentif des textes et une systématisation progressive des thèmes, qui révèlent l’unité et le caractère organique de l’ouvrage. L’anthologie n’est pas le résultat d’un repliement immobile sur le passé, mais plutôt le fruit d’une volonté programmatique de donner à la culture une autre fonction. Cette culture se tourne désormais vers le présent, l’actualité, avec une fonction nouvelle, désormais typique de l’Antiquité tardive.

  • 50  En bref, le recueil est une synthèse de pythagorisme (courant préféré), de platonisme, qui constit (...)
  • 51  Une attention encore plus importante devrait être accordée à une recherche sur les bibliothèques d (...)

42L’impression qui se dégage d’une analyse dépourvue de préjugés est que Stobée a été un auteur conscient mais surtout compétent, caractérisé par des prétentions doctrinales d’un côté et de l’autre par une forte empreinte de la tradition ; un auteur qui montre une extrême familiarité avec les thèmes et avec la grille qui les met en ordre, pratiquant même un choix sur les auteurs50, et qui a eu à sa disposition un matériel difficile à trouver. On croira difficilement qu’il aurait composé une œuvre de ce genre s’il n’avait eu accès à une bibliothèque riche et variée, mais surtout proche des milieux philosophiques. Les questions relatives à la localisation du matériel cité – pour lequel il est souvent la source unique – ne peuvent pas ne pas être au centre de la recherche. On se demandera naturellement quelle bibliothèque il a utilisée, où, et quel rôle il y jouait51. Mais il est tout à fait arbitraire de supposer qu’il résidait à Athènes plutôt qu’à Alexandrie ou ailleurs. La seule chose que je m’autorise à souligner, avec une extrême prudence, c’est que l’Anthologion ne contient aucune trace de la production de Proclus, ni de ses prédécesseurs, Plutarque, Syrianus, pour ne rien dire des philosophes postérieurs de l’École. Cela pourrait vouloir dire que Stobée n’a eu aucune relation avec l’École d’Athènes, mais on note la même absence pour Hiéroclès, Hermias et leurs épigones, donc pour l’École d’Alexandrie. Il est difficile d’avancer une hypothèse, surtout sans avoir non plus la possibilité de fixer une date plus précise pour la composition de l’ouvrage. À ce stade de la recherche, toute théorisation reste pure fantaisie.

43Ce qui s’impose maintenant, c’est surtout une analyse ciblée du matériel philosophique, et donc un approfondissement du cœur de l’ouvrage, en distinguant entre le matériel qui paraît clairement provenir de mélanges, et celui que Stobée pourrait s’être procuré de façon autonome. Mais il faudrait aussi rechercher les témoignages sur les différents niveaux d’éducation dans les écoles philosophiques de l’Antiquité tardive. La tradition nous a transmis, en effet, d’autres témoignages sur l’activité de lettrés, liés à divers titres au milieu néoplatonicien, et auteurs de recueils plus ou moins conservés. Je me réfère, par exemple, à l’Orion auteur de l’ouvrage appelé Antholognomicon, et à ce Sopatros qu’on suppose être celui d’Apamée, élève de Jamblique, du recueil de qui il ne nous reste qu’un unique témoignage dans Photius. Et justement dans cette dédicace τοῖς ἑταίροις, dont fait état le patriarche à propos de la compilation de Sopatros (bibl. cod. 161), il semblerait qu’on puisse entrevoir, encore une fois, une localisation en milieu scolaire. Là-dessus aussi il sera nécessaire d’entreprendre maintenant des recherches, avec encore plus d’attention, pour mieux vérifier s’il y a vraiment une tradition philosophique « scolaire » à la base de la prolifération des recueils dans l’Antiquité tardive.

Haut de page

Bibliographie

Becq, A. (dir.) 1991 : L’Encyclopédisme. Actes du Colloque de Caen (12-16 janvier 1987), Paris, 1991.

Bernhardt, O. 1861 : Quaestiones Stobenses, Bonnae, 1861.

Bevegni, C. 1996 : « La Biblioteca di Fozio e la sua origine », Humanitas, n.s. iv, 3 (1996), p. 326-347.

Bickel, E. 1902 : De Ioannis Stobaei excerptis platonicis de Phaedone, Lipsiae, 1902.

Cavallo, G. 2001 : « “Foglie che fremono sui rami”. Bisanzio e i testi classici », in S. Settis (ed.), I Greci. 3, I Greci oltre la Grecia, Torino, 2001, p. 593-628.

Diethart, J. & Gastgeber, C. 1993-1994 : « Sechs endringliche Hinweise für den byzantinischen Leser aus der Kommentarliteratur zu Dionysios Thrax », Byzantinische Zeitschrift, 86-87 (1993-1994), p. 386-401.

Dionisotti, A.C. 1982 : « From Ausonius’ Schooldays ? A Schoolbook and its relatives », The Journal of Roman studies, 72 (1982), p. 83-125.

Donini, P.L. 1994 : « Testi e commenti, manuali e insegnamento : la forma sistematica e i metodi della filosofia in età postellenistica », Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, ii 36.7, 1994, p. 5027-5100.

Dyck, A.R. 1996 : A Commentary on Cicero, De Officiis, Ann Arbor, 1996.

Elter, A. 1880 : De Ioannis Stobaei codice photiano, Bonnae, 1880.

Ferrari, F. 1989 : « Struttura e funzione dell’esegesi testuale nel medioplatonismo : il caso del Timeo », Athenaeum, 89 (2001), p. 525-574.

Flammini, G. 1992 : « La praefatio alle Naturales Quaestiones di L. Anneo Seneca », in C. Santini & N. Scivoletto (edd.), Prefazioni, prologhi, proemi di opere tecnico-scientifiche latine. ii, Roma, 1992, p. 650 sqq.

Flashar, H. 1965 : « Platon und Aristoteles im Protreptikos des Jamblichos », Archiv für Geschichte der Philosophie, 47 (1965), p. 53-79, réimpr. in P. Moraux (hrsg.), Frühschriften des Aristoteles, Darmstadt, 1975, p. 247-269, et maintenant in Eidola. Ausgewählte Kleine Schriften, Amsterdam, 1989, p. 297-323.

Fowden, G. 1977 : « The Platonist Philosopher and his Circle in Late Antiquity », Philosophia, 7 (1977), p. 359-383.

Fuchs, H. 1966 : Reallexikon für Antike und Christentum, v, 1966, coll. 365-398, s. v. enkyklios paideia.

Fuhrmann, M. 1960 : Das systematische Lehrbuch. Ein Beitrag zur Geschichte der Wissenschaften in der Antike, Göttingen, 1960.

Garzya, A. 1989 : Sinesio, Opere, Torino, 1989.

Giani, S. 1993 : Pseudo-Archita. L’educazione morale. Introduzione, testo critico, traduzione e commento a cura di Giani, S., Roma, 1993.

Gianotti, G.F. 1989 : « I testi nella scuola », in P. Fedeli & A. Giardina Lo spazio letterario di Roma antique, ii. La circolazione del testo, Roma, 1989, p. 421-466.

Görler, W. 1963 : Μενάνδρου γνῶμαι, Berlin, 1963.

Goulet, R. 2000 : Dictionnaire des philosophes antiques, iii, Paris, 2000.

Grilli, A. 1986 : « Le Naturales Quaestiones di Seneca tra scienza e filosofia », in V.F. Cicerone (ed.), Discipline classiche e nuova secondaria. ii, Foggia, 1986, p. 315-332 ( = A. Grilli, Stoicismo, Epicureismo, Letteratura, Brescia, 1992, p. 459-478).

Grilli, A. 1993 : « Scienza e non scienza nelle Naturales quaestiones di Seneca », in S. Sconocchia & L. Toneatto (edd.), Lingue tecniche del greco e del latino, Atti I Sem. Internaz. sulla lett. scientifica e tecnica gr. e lat., Trieste, 1993, p. 17-22.

Guillou, A. 1976 : « Il modello di vita insegnato nel mondo protobizantino », in A.Guillou (ed.), Aspetti della civiltà bizantina in Italia, Bari, 1976, p. 7-42.

Hadot, I. 1969 : Seneca und die griechisch-römische Tradition der Seelenleitung, Berlin, 1969.

Hadot, I. 1978 : Le problème du néoplatonisme alexandrin. Hiéroclès et Simplicius, Paris, 1978.

Hadot, I. 1984 : Arts libéraux et philosophie dans la pensée antique, Paris, 1984.

Hadot, I. 1996 : Simplicius. Commentaire sur le Manuel d’Épictète, introduction et édition critique du texte grec par Hadot, I., Leiden, 1996.

Hadot, I. 1997 : « Philosophie grecque et savoir encyclopédique », Diogène, 178 (1997), p. 33-49.

Hägg, Th. 1975 : Photios als Vermittler antiker Literatur. Untersuchungen zur Technik des Referierens und Excerpierens in der Bibliotheke, Uppsala, 1975.

Hein, Ch. 1985 : Definition und Einteilung der Philosophie. Von der spätantiken Einleitungsliteratur zur arabischen Enzyklopädie, Frankfurt-am-Main/Bern/New York, 1985.

Henningsen, J. 1966 : « Enzyklopädie. zur Sprach- und Bedeutungsgeschichte eines pädagogischen Begriffs », Archiv für Begriffsgeschichte, 10 (1966,) p. 304-309 (notes p. 344 sq.).

Henry, R. 1959 : Photius, Bibliothèque. i, texte établi et traduit par Henry, R., Paris, 1959.

Hense, O. 1958 (ed.). : Ioannis Stobaei Anthologii libri duo posteriores. iii-v, Berolini, 1894 (iii), 1909 (iv), 1912 (v). Réimpr. : Berolini, 1958, avec un index des auteurs par Hense, O., Berolini, 1923. Voir aussi Wachsmuth, C. 1884.

Hoffmann, Ph. 2000 : « Bibliothèques et formes du livre à la fin de l’antiquité. Le témoignage de la littérature néoplatonicienne des ve et vie siècles », in G. Prato (ed.), I manoscritti greci tra riflessione e dibattito, Atti del V Colloquio Intern. di Paleografia greca (Cremona, 4-10 ottobre 1998), Firenze, 2000, p. 601-632.

Janson, T. 1964 : Latin Prose Prefaces. Studies in Literary Conventions, Stockholm, 1964.

Jaeger, W. 1955 : Aristoteles. Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung, Berlin, 21955.

Koehler, Fr.W. 1974 : Hieroclis in Aureum Pythagoraeorum Carmen Commentarius, Stuttgardiae, 1974.

Lachenaud, G. 1993 : Plutarque, Œuvres Morales. XII2, Opinions des philosophes, texte établi et traduit par Lachenaud, G., Paris, 1993.

Lachenaud, G. 1997 : « L’enkyklios paideia et l’esprit encyclopédique dans l’antiquité », Revue de philologie, de littérature et d’histoire anciennes, 71 (1997), p. 65-101.

Lachenaud, G. 1998 : « Le De Placitis philosophorum manifeste-t-il une visée encyclopédique ? », in W. Burkert, L. Gemelli Marciano, E. Matelli & L. Orelli (hrsg.), Fragmentsammlungen philosophischer Texte der Antike = Le raccolte dei frammenti di filosofi antichi, Atti Sem. Internaz. (Ascona, 22-27 Settembre 1996), Göttingen, 1998, p. 41-61.

Mansfeld, J. 1986 : « Aristotle, Plato and the Preplatonic Doxography and Chronography », in G. Cambiano (ed.), Storiografia e Dossografia nella filosofia antica, Torino, 1986, p. 1-59.

Mansfeld, J. 1989 : « Chrysippus and the Placita », Phronesis, 34 (1989), p. 311-342

Mansfeld, J. 1990 : « Doxography and Dialectic. The Sitz im Leben of the Placita », Aufstieg und Niedergang der römischen Welt ii 36.4, 1990, p. 3056-3229.

Mansfeld, J. 1992 : « Physikai doxai and Problemata physika from Aristotle to Aëtius (and beyond) », in W.W. Fortenbaugh & D. Gutas, Theophrastus : His Psychological, Doxographical and Scientific Writings, New Brunswick, N. J.-London, 1992, p. 63-111.

Mansfeld, J. 1998 : « Doxographical Studies, Quellenforschung, Tabular Presentation and Other Varieties of Comparativism », in W. Burkert, L. Gemelli Marciano, E. Matelli & L. Orelli (hrsg.), Fragmentsammlungen philosophischer Texte der Antike = Le raccolte dei frammenti di filosofi antichi, Atti Sem. Internaz. (Ascona, 22-27 Settembre 1996), Göttingen, 1998, p. 16-40.

Mansfeld, J. & Runia, D.T. 1997 : Aëtiana. The Method and Intellectual Context of a Doxographer. i, The Sources, Leiden 1997.

Martin, R.P. 1984 : « Hesiod, Odysseus, and the Instruction of Princes », Transactions and Proceedings of the American Philological Association, 114 (1984), p. 29-48.

Mullach, F.A. 1881 : Fragmenta Philosophorum Graecorum, iii, Parisiis, 1881.

Odorico, P. 1990 : « La cultura della συλλογή », Byzantinische Zeitschrift, 83 (1990), p. 1-21.

Piccione, R.M. 1994 (a) : « Sulle citazioni euripidee in Stobeo e sulla struttura dell’Anthologion », Rivista di filologia e di istruzione classica, 122 (1994), p. 175-218.

Piccione, R.M. 1994 (b) : « Sulle fonti e le metodologie compilative di Stobeo », Eikasmós, 5 (1994), p. 282-317.

Piccione, R.M. 1999 : « Caratterizzazioni di lemmi nell’Anthologion di Giovanni Stobeo. Questioni di metodo », Rivista di filologia e di istruzione classica, 127 (1999), p. 139-175.

Schamp, J. 1987 : Photios historien des lettres. La Bibliothèque et ses notices biographiques, Paris, 1987.

Schenkl, H. 1919 : Beiträge zur Textgeschichte der Reden des Themistios, Wien, 1919 (Sitzungsberichte der österreichischen Akademie der Wissenschaft in Wien, Philos.-Hist. Klasse, 192.1).

Schmidt, J.‑U. 1986 : Adressat und Paraineseform. Zur Intention von Hesiods Werken und Tagen, Göttingen, 1986.

Sluiter, I. 1999 : « Commentaries and the Didactic Tradition », in G.W. Most, (ed.), Commentaries = Kommentare, Göttingen, 1999, p. 195-197.

Stahl, W.H. 1964 : « The Systematic Handbook in Antiquity and the Early Middle Ages », Latomus, 23 (1964), p. 311-321.

Steinmetz, P. 1962 : Theophrast. Charaktere, II, hrsg. u. erkl. von Steinmetz, P., München, 1962.

Testard, M. 1962 : « Le fils de Cicéron destinataire du De Officiis », Bulletin de l’Association G. Budé, ser. 4, i (1962), p. 198-213.

Theodoridis, Ch. 1982 : Photii Patriarchae Lexicon, i, Berlin/New York, 1982.

Thom, J.C. 1995 : The Pythagorean Golden Verses, with Introduction and Commentary, Leiden/New York, 1995.

Treadgold, W.T. 1977 : « The Preface of the Bibliotheca of Photius : Text, Translation and Commentary », Dumbarton Oaks Papers, 31 (1977), p. 343-349.

Treadgold, W.T. 1980 : The Nature of the Bibliotheca of Photius, Washington, 1980.

Wachsmuth, C. 1884 (ed.) : Ioannis Stobaei Anthologii libri duo priores. i-iI. Recensuit Wachsmuth, C., Berolini, 1884. Voir aussi Hense, O. 1958.

Weber, D. 1995 : « Ethik und Naturwissenschaft. Die Praefatio zu Senecas Naturales Quaestiones », Wiener humanistische Blätter, Sonderheft zur Philosophie der Antike, 1995, p. 73-92.

Wentzel, G. 1898 : « Hesychiana », Hermes, 33 (1898), p. 275-312.

West, M.L. 1978 : Hesiod, Works and Days, ed. with Prolegomena and Commentary Oxford, 1978.

Wilson, N.G. 1994 : Photius, The Bibliotheca. A Selection Translated with Notes, London, 1994.

Haut de page

Notes

1  Cf. Phot., cod. 167 et Hes. Mil. s.v. Ἰωάννης Στοβεύς (cf. Suda, i, 466, 24 s.v.). On trouve une présentation générale de l’état de la question dans Mansfeld & Runia 1997, p. 196-271. Voir aussi Goulet 2000, J 2. Pour le texte du recueil, voir l’édition de Wachsmuth 1884 et Hense 1958.

2  Sur le nom et sur l’origine chrétienne vraisemblable, qui aurait été suivie d’une conversion au paganisme, cf. Mansfeld & Runia, 1997, p. 197 n. 4. Il pourrait toutefois ne pas être nécessaire de supposer un abandon par Stobée de sa foi originelle, si l’on considère que, jusqu’à la fin du ive siècle (cf. Basile de Césarée), il n’existe pas d’enkyklios paideia chrétienne comparable et que, de fait, la haute culture chrétienne se nourrit de la littérature gnomologique que lui fournissent les auteurs païens. En tout cas, si nous acceptons de situer l’auteur en plein ve siècle, n’ayant pas pour le moment sur quoi appuyer une datation différente, nous ne pouvons ignorer le fort syncrétisme qui subsiste encore entre philosophie néoplatonicienne et foi chrétienne. L’absence presque totale d’Épicure pourrait aussi sembler un élément important : dans les deux premiers livres de l’Anthologion, comme dans les deux autres, des quelques sententiae qui proviennent de lui, pas une n’a une portée doctrinale, et toutes semblent parfaitement acceptables même pour un chrétien. S’il est vraisemblable, donc, que l’Anthologion soit un manuel de préparation à la philosophie, thèse que l’on entend discuter ici, cela n’exclut pas a priori que son auteur puisse être un chrétien.

3  Cf. Piccione 1999.

4 iii 1 (Sur la vertu) semble être un cas d’accroissement progressif, où est altérée la séquence poésie-prose, canonique à l’intérieur de chaque chapitre et déjà au sein de la tradition. Dans ce chapitre, on identifie aussi de petites collections préconstituées, dont certaines se sont ajoutées probablement au cours de la transmission : nos 30-44, Sentences de Pythagore ; 84-90, Socrate ; 125-171, Épictète ; 172, Démétrius de Phalère, Apophtegmes des Sept Sages ; 173, Sosiadès, Préceptes des Sept Sages ; 174-179, Héraclite ; 185-190, Socrate ; v. aussi n° 194, Aristote, Sur la vertu.

5 J’ai traité de la physionomie différente des deux familles de manuscrits du Florilegium dans Piccione 1994 (a), p. 175-218.

6  Odorico 1990, p. 15, le définit même « obtus ». Cf. Mansfeld & Runia 1997, p. 197.

7  Par manque de place, je suis contrainte de ne présenter ici qu’une sélection des cas répertoriés, qui témoigne d’un phénomène qui s’étend sans interruption de l’Antiquité jusqu’au-delà de l’époque byzantine.

8  Je renvoie à ce sujet à la préface, riche et documentée, de Martin West à l’édition de Les Travaux et les jours. Cf. West, 1978, p. 3-25. Voir aussi Martin, 1984 ; Schmidt 1986. Sur la topique des prologues, je rappelle le travail de Janson 1964 (en particulier p. 14-24 e 148 sq.).

9  Mais Galien utilise aussi μειράκιον au ch. 8, p. 130, 18, CMG v 1, 1.

10  Sur cette question, cf. Sluiter 1999, p. 195-197. Voir aussi Steinmetz, 1962, p. 26 sq. n. 8.

11  Cf. Gianotti 1989, p. 433-438.

12  Cf. Dyck 1996, p. 10-16. Voir aussi Testard 1962.

13  Jaeger 1955, p. 53 sqq. Cf. Flashar 1965.

14  Dans la littérature secondaire, on se réfère au cod. 167 toujours et uniquement comme preuve d’une lecture directe d’une partie des textes discutés dans la Bibliothèque. Voir. par ex. Bevegni 1996, p. 334 ; Schamp 1987, p. 33 n. 11. Dans Treadgold 1980, Index to the Codices by Types (p. 181 sqq.), le cod. 167 figure dans la « Class ii. Description Probably Composed by Referring Back to the Original Text (or Posssibly to Notes on It) : B. References by Parts (Multipart Works) » (cf. p. 182 sq.).

15  Déjà étudié par Anton Elter, dans un essai de reconstruction de la structure originelle de l’Anthologion. Cf. Elter 1880.

16  Comme le démontre Schamp 1987, p. 128. Cf. Wentzel 1898.

17  Voir Schamp 1987, p. 246 sq. Cf. par ex. les considérations au sujet d’un résumé de l’Histoire Romaine de Denys d’Halicarnasse en cinq livres, recensé dans le cod. 84 (ii p. 8, 24-26 H.). Sur les méthodes de travail du patriarche, outre les travaux de Treadgold et de Schamp, je renvoie aussi à Wilson 1994 ; Hägg 1975.

18  Dans une étude récente sur le prologue de la Bibliothèque (Bevegni 1996), Claudio Bevegni a démontré que certains des thèmes utilisés sont tout à fait topiques dans les sections introductives des recueils de mélanges, dont Photius lui-même décrit certaines de façon plus ou moins détaillée. Cf. aussi Treadgold 1977.

19  Cod. 175, p. 171, 33-38 H. Voir Schamp 1987, p. 227. Cf. Treadgold, 1980, p. 102 sq. Sur le critère de l’utilité, en tant que catégorie régissant la lecture d’une œuvre, voir les considérations de Cavallo 2001 ; Diethart & Gastgeber 1993-1994.

20  L’affirmation de Henry, pour qui Photius aurait été influencé par la préface de Stobée et en aurait tiré des sujets de réflexion pour la dédicace à Tarasius, me paraît peu convaincante. Cf. Henry 1959, p. 159 n. 1.

21  Voir LSJ s.v., 2, et en particulier Tim. Locr. 103c-d (78-79). « Discipliner et améliorer », selon la traduction de Henry.

22  Theodoridis 1982, p. 121.

23  Il suffit de penser, tout simplement, au mythe platonicien de la caverne (resp. VII, 514a), à Galien, dans la préface à l’Exhortation à la médecine (170-171), à la Lettre à Marcella de Porphyre (183-185) et au Protreptique de Jamblique (8, 17), pour ne citer que quelques exemples. Sur les métaphores de l’enseignement et sur le passage de l’obscurité à la lumière, voir Sluiter1999, p. 200 sq.

24  Voir Wachsmuth 1884, i, p. 13 sq.

25  Le recueil se clôt sur un chapitre inhabituel, déjà présent dans la capitulatio de Photius, comprenant seulement huit citations en vers (15 vers au total, non suivis des habituelles citations en prose), sur le thème Qu’après la mort le souvenir de la plupart des hommes s’évanouit rapidement. À ce chapitre, dans les manuscrits, sont ajoutées « quasi novum caput » les 24 Sentences de Théoctiste, naturellement en ordre alphabétique, absentes du manuscrit dont disposait Photius : il est donc clair qu’il s’agit d’une interpolation postérieure. Voir Hense 1909, iv, p. 1146, dans l’apparat.

26  Je renvoie aux études de J. Mansfeld, point de départ indispensable sur le thème de la doxographie. Voir par ex. Mansfeld 1998 ; Mansfeld 1992 ; Mansfeld 1990 ; Mansfeld 1989 ; Mansfeld 1986.

27  Cf. A. Gudeman, RE xiii 2, coll. 2511-2529, s.v. Luvsei". Sur le mélange des deux aspects, voir maintenant la riche étude de Ferrari 2001.

28  Je renvoie à l’étude de Guillou 1976.

29  Cf. Flammini 1992, p. 650 sqq. ; voir aussi Grilli 1986 ; Grilli 1993 ; Weber 1995.

30  Cf. PSI 1476 (ii-iiie sec.) : Sur la richesse, Sur la vertu, Sur le hasard, Sur le discours ; POxy 3005 (ii-iiie sec.) : [Sur la bonne et] la mauvaise réputation, [Sur l’espérance] et sur l’imprévisible, et peut-être aussi Sur la gratitude et sur l’ingratitude.

31  Cf. PBarns (CQ, 44, 1950, p. 126-137 ; iie sec. av. J.-C.) ; PKöln iv 246 (iiie-ive sec., milieu scolaire ?) ; PHarris ii 174 (début ive sec.). Voir Piccione 1994 (b).

32  Voir l’intéressante contribution de Lachenaud 1998.

33  D’un point de vue méthodologique, l’étude fondamentale reste celle de Fuhrmann 1960. Voir Stahl 1964. Cf. aussi Donini 1994.

34  Une comparaison peut se révéler utile avec d’autres manuels scolaires, qui organisent leur contenu par rapport à la fonction du texte et à leur destination, et où le savoir est ordonné selon une progression logique et des principes adaptés aux besoins des lecteurs. La structure apparente suggère la hiérarchie de la pensée, une progression qui est déjà, en elle-même, un enseignement. Cf. par ex. Dionisotti 1982, p. 83-125.

35  Voir Hadot 1996. Hadot 1978, p. 160 sqq.

36  L’attribution de ce commentaire des Catégories est controversée. Voir Goulet 2000, iii E 15.

37  Voir Koehler 1974 ; Thom 1995.

38  Je renvoie à Hadot 1997 ; Hadot 1984 ; Hadot 1969 (notamment p. 10-78) ; Lachenaud 1997 ; Lachenaud 1998 ; Fuchs 1966 ; Henningsen 1966. Voir aussi Becq 1991.

39  Pour une comparaison de l’ordre des chapitres dans les deux recueils, voir la table synoptique dans Lachenaud 1993, p. 47‑51.

40  Cf. la structure de l’Onomasticon de Pollux : après le proemium et la dédicace à Commode, l’exposé lexicographique se déroule justement à partir de θεὸς καὶ θεοὶ καὶ δαίμονες.

41  Il ne manque pas d’indices qui semblent ramener Stobée vers un milieu susceptible d’avoir accueilli l’enseignement de Jamblique, et personnellement je suis encline à considérer cette hypothèse comme probable. Je me suis naturellement posé aussi la question d’une influence possible de l’ordre de lecture des dialogues platoniciens suggéré par Jamblique sur la présence de Platon dans l’Anthologion. La question est décidément complexe et ne peut être abordée ici de façon cursive. D’après un premier examen, il semblerait qu’on puisse reconnaître une certaine correspondance, mais certaines données sont tout à fait dissonantes, par exemple le fait qu’il n’y a qu’un nombre très réduit de passages du Timée (six citations dans tout le recueil) et aucun du Parménide.

42  Je renvoie à Mansfeld & Runia 1997.

43  Voir Bernhardt 1861.

44  Voir Görler 1963, p. 111-118.

45  Voir Bickel 1902.

46  Cf. Giani 1993.

47  Ce groupe important de fragments, introduits par le lemme Eusèbe (Εὐσεβίου) n’a pas été étudié, ni du point de vue de son contenu ni du point de vue linguistique. Une meilleure identification de l’auteur pourrait néanmoins fournir des éléments utiles aussi pour une localisation géographique et idéologique de Stobée plus précise. S’il est possible, en effet, qu’il s’agisse d’Eusèbe de Myndos, en Carie, élève d’Aidésius (c’est la position de Mullach 1881, p. 5-19), cela nous ramènerait de nouveau à un milieu jamblichéen. J.F. Kindstrand s’exprime en faveur d’une identification différente (Goulet 2000, iii E 151).

48  Selon Schenkl 1919, p. 68-70, la physionomie des passages cités par Thémistius indiquerait que Stobée a utilisé, dans ce cas aussi, du matériel anthologisé. Cette donnée est importante également pour établir la chronologie du recueil : pour qu’un auteur soit réduit à des extraits et circule sous cette forme, en effet, il est probablement nécessaire que s’écoule un certain laps de temps.

49  Voir Wachsmuth 1884, i, p. xvi sq.

50  En bref, le recueil est une synthèse de pythagorisme (courant préféré), de platonisme, qui constitue l’ossature philosophique de tout l’ouvrage, de stoïcisme, avec l’aide de l’« Aristote » didactique et descriptif, mais Épicure et son école sont presque entièrement absents, de même que Diagoras et Evhémère.

51  Une attention encore plus importante devrait être accordée à une recherche sur les bibliothèques dans l’Antiquité tardive et sur l’activité à l’intérieur des cercles philosophiques. Je renvoie à l’intéressante étude de Hoffmann 2000. Cf. Hein 1985 ; Fowden 1977.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Rosa Maria Piccione, « Encyclopédisme et enkyklios paideia ? »Philosophie antique, 2 | 2002, 169-197.

Référence électronique

Rosa Maria Piccione, « Encyclopédisme et enkyklios paideia ? »Philosophie antique [En ligne], 2 | 2002, mis en ligne le 07 juillet 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/6855 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.6855

Haut de page

Auteur

Rosa Maria Piccione

Université d’Iéna

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search