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AccueilNuméros22Enrico Berti In memoriam (1935-2022)

Enrico Berti In memoriam (1935-2022)

Fabienne Baghdassarian
p. 5-6

Texte intégral

1C’est avec tristesse qu’on a récemment appris la disparition d’Enrico Berti, survenue le 5 janvier 2022. L’histoire de la philosophie ancienne et des études aristotéliciennes en particulier perd ainsi l’un de ses plus éminents spécialistes, qui laisse derrière lui une somme colossale de travaux ayant apporté une contribution majeure à la compréhension des Anciens.

2Formé à l’Université de Padoue, où il rédige une thèse sur « Genesi e sviluppo della dottrina aristotelica della potenza e dell’atto » sous la direction de M. Gentile (parue en 1958 sous la forme d’un article dans Studia Patavina, 5), Enrico Berti y aura aussi exercé la majeure partie de sa carrière, comme Professore ordinario di Storia della filosofia, de 1971 jusqu’à sa retraite en 2009 ; retraite fort active au demeurant, marquée par la poursuite de nombreux travaux, dont la traduction en italien de la Métaphysique d’Aristote (Laterza, 2017) n’est pas le moindre des exemples. Un volume d’hommage paru en 2011, chez Peeters, lui avait été dédié : Aristotle. Metaphysics and Practical Philosophy : Essays in Honour of Enrico Berti, publié sous la direction de Carlo Natali.

3Rares sont, en réalité, les domaines de la philosophie aristotélicienne qui lui ont échappé, depuis la théorie de la connaissance jusqu’à la métaphysique bien sûr, sans oublier la doctrine de l’âme ou la philosophie des choses humaines, éthiques et politiques. D’abord versé dans l’étude des œuvres perdues d’Aristote (La filosofia del primo Aristotele, Cedam, 1962/Vita e pensiero, 1997, Protreptico. Esortazione alla filosofia, Radar, 1968/Utet-Libreria, 2000), Enrico Berti a cherché très tôt à retracer le développement logique et chronologique de la philosophie du Stagirite, sa sortie progressive du platonisme, dans Aristotele : dalla dialettica alla filosofia prima (Cedam, 1977/Bompiani 2004). Il a ainsi contribué à mettre en pleine lumière l’importance de la dialectique ou à revaloriser le champ de la physique dans la constitution de la philosophie aristotélicienne.

4Spécialiste incontournable de la métaphysique, Enrico Berti abordait les textes aristotéliciens avec lucidité, en rejetant les systématisations réductrices qui en ont été faites ou les étiquettes étrangères qui y ont été accolées. C’est dans cet esprit qu’il a constamment rappelé la nécessité de définir la métaphysique aristotélicienne non comme une théologie, ni même comme une ontologie, mais comme la philosophie première, c’est-à-dire comme la science des premières causes et des principes. Lecteur lucide, Enrico Berti était aussi un lecteur inlassable d’Aristote, capable de revenir sur ses propres analyses, comme il l’a fait au sujet de la causalité du Premier Moteur, d’amender ou de transformer ses propres interprétations, au service d’une intelligence philosophique et historique des textes aristotéliciens qu’il souhaitait toujours plus exacte.

5Enrico Berti était pleinement historien de la philosophie et l’intérêt toujours renouvelé qu’il portait à Aristote, il le portait aussi à l’histoire de l’aristotélisme dans son ensemble. Dans Aristotele nel Novecento (Laterza, 1992, 2008), mais aussi dans le dernier volume des Nuovi studi aristotelici (Morcelliana, 2009-2010), il s’était attaché à discerner la présence d’Aristote à différentes périodes de l’histoire, jusqu’à l’ère contemporaine, chez Heidegger bien sûr, Gadamer, ou dans le courant analytique. Il s’agissait par là de redresser certaines distorsions historiques, mais aussi de souligner l’influence et l’apport de l’aristotélisme, son actualité même, et de montrer combien la philosophie aristotélicienne, correctement lue et interprétée, était digne de l’attention philosophique contemporaine.

  • 1 Je remercie Jean-Baptiste Gourinat pour son aide précieuse dans la rédaction de cette notice.

6Parlant et écrivant le français à la perfection, il faisait depuis longtemps partie du monde philosophique français au sein duquel il était régulièrement invité, comme professeur ou comme conférencier, et aussi comme contributeur de revues et de volumes collectifs. Certains de ses articles en français sont publiés dans le recueil intitulé Dialectique, physique et métaphysique. Études sur Aristote (Louvain-la-Neuve, Peeters, 2008). Il avait récemment co-édité avec Michel Crubellier le volume Lire Aristote (Paris, PUF, 2016) et publié à la librairie Vrin une traduction française commentée du livre Epsilon de la Métaphysique d’Aristote (2015). Il était membre du Comité Scientifique de la revue Philosophie Antique depuis sa création1.

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Notes

1 Je remercie Jean-Baptiste Gourinat pour son aide précieuse dans la rédaction de cette notice.

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Pour citer cet article

Référence papier

Fabienne Baghdassarian, « Enrico Berti In memoriam (1935-2022) »Philosophie antique, 22 | 2022, 5-6.

Référence électronique

Fabienne Baghdassarian, « Enrico Berti In memoriam (1935-2022) »Philosophie antique [En ligne], 22 | 2022, mis en ligne le 30 novembre 2022, consulté le 10 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/5505 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.5505

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Auteur

Fabienne Baghdassarian

Univ. Rennes, CAPHI EA 7463

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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