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Comptes rendus

M. Perkams, R.M. Piccione (éd.), Proklos. Methode, Seelenlehre, Metaphysik

Leiden, Brill (Philosophia Antiqua, 98), 2006
Gerd Van Riel
p. 303-306
Référence(s) :

M. Perkams, R.M. Piccione (éd.), Proklos. Methode, Seelenlehre, Metaphysik, Leiden, Brill (Philosophia Antiqua, 98), 2006

Texte intégral

1Ce collectif présente les actes d’un colloque tenu à Iéna en 2003, qui ras­semblait un groupe de spécialistes de Proclus. Le volume a été édité avec soin, et la qualité des contributions est très élevée. Le contenu général manque un peu de cohérence. Non seulement les thèmes annoncés dans le titre (méthode, psychologie, métaphysique) sont déjà des passe-partout, mais en outre ils recouvrent des contributions sur la critique textuelle du commentaire du Parmé­nide, sur la doctrine éthico-politique de Proclus, sur les mathématiques, etc. Ce sont bien entendu des thèmes fort intéressants et importants, qu’il ne fallait aucunement négliger, mais dont l’inclusion sous les rubriques spécifiées semble un peu forcée.

2I. Première partie : « Méthode ». Le volume s’ouvre sur un aperçu général très utile et très bien conçu de la philosophie néoplatonicienne en général, et de celle de Proclus en particulier (par Chr. Horn). Remarquons pourtant que l’ex­posé sur la doctrine des hénades (p. 23-25) n’est pas tout à fait adéquat. Horn a raison de souligner qu’il y a deux modes différents d’existence des hénades, mais il semble oublier que leur premier mode d’existence est non participable (ame­thektos). Dès lors, il ne s’agit pas d’une existence potentielle (p. 24), mais d’une autoposition de l’Un à chaque niveau des êtres intelligibles, où l’Un se combine avec l’être. L’hénade qui s’est posée comme non participable à ce niveau revient au niveau suivant comme entité participée, tout en formant une nouvelle unité non participable (suivant l’ordre des caractéristiques des affirmations de la deu­xième hypothèse du Parménide). De cette façon, l’Un qui se combine avec l’être reste toujours unique et identique, tandis que la caractéristique de l’un-être peut se déduire des êtres qui participent de l’hénade (voir mon article « Les hénades de Proclus sont-elles composées de limite et d’illimité ? », Revue des sciences philo­sophiques et théologiques, 85 [2001], p. 417-432). C’est ce qui éclaire la distinction entre « hénades » et « monades », dont l’explication par Horn (p. 24) est insuffi­sante : il n’est pas exact que les monades soient imparticipables et qu’elles parti­cipent des hénades. Dans In Parm. 880.30-38, Proclus explique qu’il s’agit de la même chose, « monade » étant le nom que nous attribuons à l’hénade en la com­parant avec l’Un transcendant, c’est-à-dire en reconnaissant l’aspect particula­risant auquel l’hénade s’est associée, tandis que le mot « hénade » présuppose un regard du haut en bas, indiquant l’unité et l’identité de toutes ces entités qui sont au sommet des séries d’êtres. Ajoutons toutefois que ces remarques ne sont que de petites notes à une introduction magnifique à l’étude de Proclus. La contribu­tion de B. van den Berg se propose de dégager l’interprétation proclienne du Cratyle de Platon. L’idée centrale de l’interprétation de Proclus est que les noms des dieux ne peuvent être appropriés que s’ils se fondent sur une certaine res­semblance avec les choses. Van den Berg s’inspire de l’interprétation de D. Sed­ley, qui reconnaît dans le Cratyle une intention beaucoup plus sérieuse que ne l’ont pensé la plupart des commentateurs de ce dialogue. Proclus est dès lors envisagé comme un témoin ancien de cette interprétation sérieuse. M. Martijn envisage la place du Timée dans l’élaboration du système platonicien. Selon A. Lernould, Proclus aurait lu la philosophie naturelle du Timée comme une espèce de théologie, sous forme de démonstration (di’apodeixeos), et non de manière suggestive (di’endeixeos). Martijn démontre de façon convaincante que pour Proclus, la physiologia n’est pas une forme de théologie, et que la méthode utilisée dans le Timée est géométrique ou qu’elle « se sert d’images » (eikonikos), et non dialectique. Martijn donne une analyse détaillée de ces aspects à l’aide de l’idée aristotélicienne qu’une science ne peut pas fonder ses propres principes, et qu’une transition (metabasis) d’une science vers une autre n’est pas légitime, sauf s’il s’agit d’une science qui est hiérarchiquement supérieure à une autre. Pré­tendre que le Timée découvre la théologie de façon dialectique serait donc une metabasis illégitime. Le Timée reste un dialogue sur la nature, qui peut parler des objets de la théologie à l’aide d’images, mais non pas dans une élaboration scien­tifique ou dialectique. I. Männlein-Robert traite de l’intégration de la méthode aporétique appliquée par Platon et appréciée par les médio-platoniciens. Elle montre comment Proclus introduit Longin comme penseur aporétique, repré­sentant un niveau inférieur de la connaissance qui, pour ceux qui en sont capables, peut servir de préparation didactique à la dialectique. Enfin, B. Strobel présente nombre de suggestions philologiques pour la rétroversion de la der­nière partie du livre VII de l’In Parm. (qui n’est préservé que dans la traduction latine de Guillaume de Moerbeke). Les conjectures sont parfois excellentes (p. ex. celle proposée à la hauteur de la note 72), tandis que d’autres semblent hypercritiques (p. ex. celle à la note 93).

3II. Dans la partie sur la doctrine de l’âme, P. Lautner fournit une analyse de la théorie de la perception quadripartite dans l’In Timaeum, suivie d’un article excellent de J. Opsomer, qui dégage les différentes fonctions de l’âme selon Proclus, pour en venir à la question de l’origine et du statut ontologique de l’âme irrationnelle. La contribution de M. Perkams élabore un sujet fort intéressant, à savoir que Proclus a introduit l’idée que les différentes fonctions de l’âme indiquent autant d’ousiai de l’âme, fournissant ainsi à Damascius les moyens d’établir sa propre doctrine sur la variabilité de l’ousia de l’âme. M. Abbate nous offre une analyse précieuse de la philosophie politique de Proclus (dans le com­mentaire sur la République). Il met à juste titre l’accent sur la dimension méta­physique de ce type de philosophie politique. L’article de Chr. Tornau se con­centre sur éros et le bien chez Plotin et Proclus, en élaborant sur la triade pistis-aletheia-eros, et en ajoutant un appendice philologique sur la constitution du texte de In Parm. VI, 1047.10-11. La version proposée (insertion de l’article défini avant le mot nous) est tout à fait convaincante. Enfin, dans un article magistral et éloquent, C. Steel pointe sur l’interprétation métaphysique, chez Proclus, de la connaissance de soi, comme autoposition d’un être spirituel.

4III. La partie intitulée « Métaphysique » s’ouvre sur deux articles com­plémentaires sur la théorie des idées. Chr. Helmig se concentre sur les formes dans la matière, dans l’analyse desquelles les néoplatoniciens ont toujours com­plété la théorie aristotélicienne par la doctrine platonicienne selon laquelle les formes, bien que présentes dans la matière, en restent néanmoins séparées. Helmig étudie la façon dont Proclus établit une distinction entre qualité et matière, pour en venir à une analyse de la présence de la forme immatérielle dans la matière à partir de la métaphore de la respiration. P. d’Hoine envisage la question de savoir s’il y a des idées d’artéfacts, question issue de la critique aristotélicienne ; après avoir effleuré les réponses contemporaines à ce problème (surtout suscitées par l’exemple des lits en République X), d’Hoine présente la position proclienne, selon laquelle il n’existe pas d’idées d’artéfacts : selon Pro­clus (et Syrianus), il n’est pas vrai que chaque forme matérielle corresponde à une forme transcendante ; la seule chose qu’il faut admettre est que la forme des artéfacts préexiste dans l’âme de celui qui les crée. V. Roth traite des arguments de Proclus en faveur de l’éternité du monde (à partir de Philopon, De aeternitate mundi contra Proclum, et en les retrouvant dans l’In Timaeum de Proclus). G. Bechtle se préoccupe de la philosophie des mathématiques (comme inter­médiaires entre la physique et la métaphysique) chez Proclus. Il indique à juste titre que Proclus est tout à fait influencé par Syrianus et Jamblique, la seule différence étant que chez Proclus la géométrie (et donc les Eléments d’Euclide) prend la place qu’occupa l’arithmétique chez Jamblique. Les néoplatoniciens présentent ainsi une conception pythagoricienne cohérente de la mathématique, qui peut s’appliquer par analogie à la description d’autres domaines de la réalité. Dans le seul article qui traite du « Nachleben » de Proclus, Chr. Schäfer étudie la façon dont le Pseudo-Denys reprend la triade proclienne de manence, proces­sion et retour. Il a raison de mettre l’accent sur le fait que cette adaptation dans un contexte chrétien/créationniste n’est pas une simple copie ou un « vol », mais qu’il s’agit d’un usage créatif dans un contexte où il ne s’agit plus d’auto­constitution de principes. Enfin, J. Halfwassen fournit une analyse du système hénologique des néoplatoniciens. Il a tout à fait raison d’affirmer que c’est dans la transcendance de l’Un que consiste le noyau de l’interprétation néopla­tonicienne des dialogues de Platon. Moins convaincante est la façon dont Half­wassen essaie de démontrer que c’est l’interprétation correcte de Platon, et qu’elle est en accord avec les doctrines non écrites. En premier lieu, s’appuyer sur l’autorité des néoplatoniciens pour retrouver les intentions originelles de Platon est un procédé qu’il faudrait fonder sur une méthodologie élaborée. Soutiendrait-on avec autant de conviction que l’interprétation correcte du nous est celle des néoplatoniciens ? Et qu’en est-il des hénades ? En outre, il faut reconnaître, comme le fait Halfwassen, que Proclus a élaboré toute sa philo­sophie sur la base des dialogues de Platon (et donc des doctrines écrites) : où a-t-on besoin des doctrines non écrites ? En troisième lieu, la (seule) confirmation qui rapproche la transcendance de l’Un de Platon lui-même est tirée d’une citation de Speusippe chez Proclus lui-même (In Parm. VII, 501.62-67 Steel), dont le contexte nous est inconnu. Pour toute information sur cette citation, nous dépendons de Proclus, qui la donne pour confirmer sa propre inter­prétation. Est-ce une source fiable ? En outre, l’authenticité de cette citation a également été mise en question. Somme toute, bien qu’il y ait matière à soutenir que la transcendance de l’Absolu est une doctrine que l’on peut lire dans les dialogues, il ne va pas de soi que Platon ait pensé que l’Absolu transcendant, c’est l’Un.

5Le volume s’achève sur une riche bibliographie et un index très utile. Ce collectif constitue sans aucun doute un enrichissement important des études procliennes en général.

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Pour citer cet article

Référence papier

Gerd Van Riel, « M. Perkams, R.M. Piccione (éd.), Proklos. Methode, Seelenlehre, Metaphysik »Philosophie antique, 8 | 2008, 303-306.

Référence électronique

Gerd Van Riel, « M. Perkams, R.M. Piccione (éd.), Proklos. Methode, Seelenlehre, Metaphysik »Philosophie antique [En ligne], 8 | 2008, mis en ligne le 01 juillet 2021, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/4920 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.4920

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Gerd Van Riel

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