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Comptes rendus

Maria Michela Sassi (dir.), Elisa Coda, Giuseppe Feola (ed.), La zoologia di Aristotele e la sua ricezione dall’età ellenistica e romana alle culture medievali

Atti della X “Settimana di formazione” del Centro GrAL, Pisa, 18-20 novembre 2015, Pisa,  Pisa University Press, 2017 (Greco, arabo, latino. Studi, 6),   315 p.,  ISBN : 9788867418350
Arnaud Zucker
p. 287-290
Référence(s) :

Maria Michela Sassi (dir.), Elisa Coda, Giuseppe Feola (ed.), La zoologia di Aristotele e la sua ricezione dall'età ellenistica e romana alle culture medievali. Atti della X “Settimana di formazione” del Centro GrAL, Pisa, 18-20 novembre 2015, Pisa, Pisa University Press, 2017 (Greco, arabo, latino. Studi, 6), 315 p., ISBN 9788867418350.

Texte intégral

1Ce volume réunit 10 articles en italien, à une exception française près, issus pour la plupart d’un colloque de 2015 et paraissant dans une série philosophique. Il y a fort peu de coquilles dans cet ouvrage soigné (68 : *ἱδιότητος, 226 : *Alres, 228 : *εἴληκεν, 244 : *Oppenraay, 267 : *aniumalium). Il se signale par son orientation pédagogique, conforme au cadre de la rencontre, qui était une journée de formation : la plupart des articles sont des synthèses, proposées par des spécialistes qui, tous, poursuivent leur sillon, souvent sans grande nouveauté par rapport à leurs travaux antérieurs. Ils proposent un état des lieux et un parcours historiographique avec des essais pertinents sur Pline, Galien, la tradition arabe et le Moyen Âge latin, et portent généralement sur le sujet, malgré quelques essais égarés [3, 6, 7] sur Antigone de Caryste, l’absence de la zoologie dans le programme néo-platonicien et l’absence d’Aristote dans la littérature syriaque conservée. Malheureusement il n’y a pour ainsi dire aucune étude sur la période hellénistique, alors que l’enjeu annoncé est pourtant de résoudre « le mystère James Lennox » (“The Disappearance of Aristotle’s Biology: A Hellenistic Mystery”, Apeiron 27, 1994, p. 7-24), autrement dit l’évaporation rapide de l’épistémologie aristotélicienne et la mort, sitôt née, de la biologie comme science.

2M.M. Sassi, la principale éditrice, propose, après une introduction rapide, une archéologie de la ‘discipline’ zoologique, avec un bref parcours des cadres présocratiques et de quelques textes classiques, soulignant, pour que le lecteur perçoive l’enjeu du recueil, l’originalité d’Aristote et le pas qu’il franchit en biologie, par la spécialisation d’un savoir sur l’animal, distinct de la science de l’homme. Elle montre que la conception aristotélicienne des êtres vivants et d’une solidarité psychosomatique exclut la séparabilité de l’esprit et du corps (p. 28), portée par les théoriciens de l’immortalité de l’âme —voire de la métempsychose. La présentation est conclue par un appendice sur le corpus des 19 livres zoologiques canoniques : HA (10), PA (4), GA (5) + IA (1) et MA (1).

3L’étude subtile et savante de G. Feola s’attaque à une question sans réponse et peut-être sans véritable objet : l’ordre des traités zoologiques, où se croisent chronologie relative supposée et logique systématique. L’auteur effleure d’abord la question du rôle éditorial d’Andronicos, qu’il surestime sûrement (contre l’avis de Barnes qu’il critique indûment, p. 40), en se rangeant à l’avis de Natali qui imagine qu’Andronicos aurait assemblé des traités à partir de sections séparées. Après avoir rappelé les tentatives pionnières de Jaeger et Nuyens sur l’ordre de composition des traités, il présente ensuite les options, et soutient plutôt la position italienne de Lanza/Vegetti (d’une antériorité de HA) que celle de Balme (antériorité de PA). Mais foncièrement l’opposition de deux blocs (HA vs PA-GA) n’est ni convaincante, ni féconde : il est schématique de présenter HA comme une base de données factuelles, et PA-GA comme une enquête étiologique. Le programme en deux temps (décrire/expliquer, cf. HA 491b11 : Μετὰ δὲ τοῦτο τὰς αἰτίας τούτων πειρατέον εὑρεῖν) se déploie dans chaque enquête et chaque œuvre, et le rapport entre HA et PA-GA (avec ses nombreux passages jumeaux) devrait être systématiquement analysé pour discriminer plus sainement le rôle et la fonction de HA dans l’édifice. Feola, qui tout en reconnaissant parfaitement la complexité du sujet et le caractère indécidable de la question revient au classique HA/PA-GA, propose in fine (et de manière trop astucieuse) de concevoir l’œuvre zoologique comme « un macrotexte constitué en réseau » et « l’objet d’une révision continuelle » (p. 56).

4T. Dorandi reprend ses travaux sur Antigone, réaffirmant la distinction entre le philosophe, auteur d’un traité Sur les Animaux, et le Paradoxographe, un compilateur qu’il situe au IIe siècle, plus tôt que Musso (Xe) ou Ronconi (IXe). Après ce rappel d’une enquête identitaire, Dorandi aborde rapidement les rapports des Mirabilia avec le recueil homonyme péripatéticien et l’Épitomé d’Aristophane de Byzance, mais la piste proposée à la fin de l’étude, sur une similitude d’inspiration et de contenu de l’Épitomé et de la paradoxographie est divagante.

5P. Li Causi, s’appuyant sur deux articles antérieurs, se demande « de quoi Aristote est le nom » pour Pline ; il poursuit son portrait d’un naturaliste latin se voyant comme un émule d’Aristote, plein d’admiration pour cet “oracle contre le vulgus” (tantus vir in doctrinis, 11.273), qu’il s’avise cependant de réfuter à l’occasion, pour fonder sa propre autorité, en privilégiant l’utilitas des connaissances (pratiques) sur les spéculations.

6L. Perilli propose un circuit autour de l’œuvre de Galien dans certains rapports qu’elle entretient avec le corpus aristotélicien, en insistant sur la valeur heuristique du corps animal pour la connaissance anatomique de l’homme. Plutôt que de traiter l’usage que fait Galien d’Aristote, l’auteur propose un feuilleté de thèmes et de sections : ses commentaires à l’œuvre du Stagirite, le bestiaire galénique, les six classes d’animaux proches de l’homme (un retour sur l’article de I. Garofalo, The six classes of animals in Galen, 1991), les erreurs d’Aristote corrigées par Galien et, à travers force passages cités, la reprise du lexique anatomique aristotélicien. L’auteur fait l’hypothèse que Galien aurait écrit un livre Sur les animaux, en s’appuyant sur un passage de Psellos (p. 114-6, p. 138), mais ce livre jamais référencé par Galien, qui tient seulement à une majuscule d’éditeur (τὰ δέ γε Περὶ (sic) ζῴων αὐτῷ συναίρεμ ἐστι…), est purement fantomatique.

7La contribution de Ph. Hoffmann porte sur les Parva Naturalia : l’auteur revient sur la classification des œuvres aristotéliciennes selon l’école néo-platonicienne (avec un remarquable consensus d’Ammonius, Olympiodore, Philopon, David Elias et Simplicius) et sur leur programme d’études pour expliquer pourquoi les traités zoologiques (qui font partie de la physique aux yeux des Péripatéticiens) ne sont pas abordés, alors que les cinq traités de philosophie naturelle (Phys., Cael., GC, Meteor., An.) sont pleinement intégrés. Ces traités, qui sont fondés sur l’observation, sont rangés parmi les écrits “intermédiaires”, entre les traités particuliers et les traités qui portent sur des objets dont on peut avoir une connaissance universelle. La zoologie n’est donc pas assez philosophique, le philosophe étant un “amant de l’universel” (φιλοκαθόλου).

8Les deux études qui suivent portent sur la tradition orientale du Livre des Animaux (Kitāb al Hayawān) d’Aristote, collection canonique en 19 livres (comme dans la tradition latine du reste) de HA, PA et GA —excluant donc IA et MA. H. Hugonnard-Roche note l’absence totale de trace directe d’Aristote dans la littérature zoologique en syriaque (malgré la mention d’une version syriaque ancienne du Kitāb al Hayawān) et passe longuement en revue — toujours à travers des traductions, sans l’original syriaque — les témoins indirects d’Aristote, tel l’Hexaéméron de Basile (traduit dès le Ve s.), le Physiologus (la version dite Leidensis), la traduction syriaque au Ve s. du traité de Physiognomonie de Polémon… On est loin d’Aristote, et l’auteur insiste, après d’autres, sur l’orientation essentiellement éthologique et morale de la littérature médiévale. Pourtant le dernier paragraphe du chapitre 20 du Livre des récits plaisants de Bar-Hebraeus (XIIIe s.), opportunément signalé (p. 200-202), offre un intéressant parallèle à l’opuscule Physiognomonie du Ps.-Aristote, non pas du second traité comme le note l’auteur (808b11, note 76), mais du premier (805a1 sq.).

9E. Coda propose un tour d’horizon complet et savant de la réception arabe : les traductions, épitomés et commentaires arabes de la somme zoologique d’Aristote (à laquelle se combine parfois un mystérieux Kitab al Hayawan attribué à Démocrite…), traduite dès le VIIIe siècle (dans le cercle d’Ibn al-Bitriq), utilisée par Al-kindi (IXe s.) et circulant abondamment par la suite. L’état des lieux qu’elle propose, et qui s’appuie sur une connaissance précise des nombreuses recherches antérieures (Ullmann, Drossaart Lulofs, Mattock, Kruk, Zonta…), porte sur une demi-douzaine de compendia attestés, des traductions (une seule en arabo-hébreu) et des commentaires, souvent inédits, dont l’influence s’étend jusqu’à Jahiz et Razi.

10Les deux dernières études s’attachent à la diffusion des Libri de animalibus aristotéliciens par les traductions latines du XIIIe siècle. P. Bassiano Rossi souligne la prééminence effective dans la tradition de la traduction arabo-latine de Michael Scott sur la traduction gréco-latine un peu postérieure (et pourtant bien meilleure et plus fidèle…) de Guillaume de Moerbecke, qui a l’avantage pourtant d’inclure MA et IA, omis par la tradition arabe. Il propose trois traductions de l’incipit complexe de PA (Scott, Moerbecke, Anonyme du ms. de Padoue), qui permet de mesurer l’élégance infidèle de Scott (utilisé par l’Anonyme et tant d’auteurs y compris Albert le Grand) et offre en appendice à son bref essai une transcription d’extraits de 5 prologues à des commentaires des Libri de animalibus (Petrus Hispanus, Gérard de Breuil et trois anonymes).

11Enfin Albert vint ! L. Perfetti se propose d’étudier la candidature d’Albert le Grand comme rénovateur d’Aristote, et celui qui aurait mis un terme à la longue éclipse du Stagirite, renouant avec la science zoologique dans toute sa noblesse. Il partage en partie l’enthousiasme de M. Tkacz (“Albert the Great and the Revival of Aristotle’s Zoological Research Program”, Vivarium, 45/1, 2007, p. 30-68) qui voit dans Albert le seul aristotélicien digne de ce nom. Proposant une analyse bienveillante de la somme populaire (comptant malgré son volume et ses 26 livres plus de 50 mss. du XIIIe au XVe siècle…) qu’est le De Animalibus d’Albert —et qui reste essentiellement une paraphrase amplificatrice de la traduction de M. Scott— Perfetti insiste sur le programme intégratif d’Albert concernant le monde naturel et les animaux, mais lui refuse le titre que Tkacz lui avait accordé : Albert ne renoue pas avec la méthode et l’investigation aristotéliciennes, même s’il est le premier à lire le biologiste comme il faut. Pour Perfetti, qui réitère les jugements classiques et navrés sur la décadence zoologique post-aristotélicienne, la liberté de la polis a permis Aristote (p. 280), et les monarchies hellénistiques, d’abord, le christianisme ensuite, ont étouffé ce mouvement.

12À l’issue de ce parcours historique et historiographique, le « mystère Lennox » qui en était la cible reste entier. Mais cette énigme est peut-être un malentendu obstiné. La science du vivant, savoir intermédiaire ou mixte, trop philosophique pour les naturalistes, trop peu philosophique pour les philosophes, ne disparaît pas avec Aristote, mais l’approche systématique qu’il développe, et qui nous ressemble tant mais n’est qu’une option du discours zoologique, s’évapore. Les philosophes modernes nous font croire qu’Aristote était mal lu et mal compris par les Anciens (« non sembra capirlo fino in fondo » p. 89), alors que sa méthode était peut-être perçue comme trop théorique, abstraite, encombrante. Rapidement on ne s’intéresse plus à la façon dont le Lycée théorise les animaux, mais seulement à ce qu’Aristote a décrit.

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Pour citer cet article

Référence papier

Arnaud Zucker, « Maria Michela Sassi (dir.), Elisa Coda, Giuseppe Feola (ed.), La zoologia di Aristotele e la sua ricezione dall’età ellenistica e romana alle culture medievali »Philosophie antique, 21 | 2021, 287-290.

Référence électronique

Arnaud Zucker, « Maria Michela Sassi (dir.), Elisa Coda, Giuseppe Feola (ed.), La zoologia di Aristotele e la sua ricezione dall’età ellenistica e romana alle culture medievali »Philosophie antique [En ligne], 21 | 2021, mis en ligne le 20 janvier 2021, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/4096 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.4096

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Auteur

Arnaud Zucker

Université Côte d’Azur. CNRS, CEPAM - Arnaud.ZUCKER-at-univ-cotedazur.fr

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CC-BY-NC-ND-4.0

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