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Comptes rendus

Yury Arzhanov, Syriac Sayings of Greek Philosophers. A Study in Syriac gnomologia with edition and translation

Louvain, Peeters, 2019 (Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium vol. 669, Subsidia, tomus 138), 362 p., ISBN 978-90-429-3725-3
Izabela Jurasz
p. 297-300
Référence(s) :

Yury Arzhanov, Syriac Sayings of Greek Philosophers. A Study in Syriac gnomologia with edition and translation, Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium vol. 669, Subsidia, tomus 138, Louvain, Peeters, 2019, 362 p., ISBN 978-90-429-3725-3.

Texte intégral

1Les écrits philosophiques en syriaque restent encore peu étudiés et leur place dans l’histoire de la philosophie est discutée. Habituellement, on parle de la philosophie « en syriaque » en mettant l’accent sur le rôle des auteurs syriaques dans la transmission de l’héritage philosophique grec – principalement aristotélicien – aux Arabes. Ainsi, les chercheurs contemporains s’intéressent avant tout à l’histoire de la réception du corpus aristotélicien. En revanche, Yury Arzhanov [= YA] a édité et étudié un corpus particulier qui, sous ses allures modestes, permet d’aborder des questions concernant la réception de la philosophie grecque en syriaque : il s’agit des Sentences des philosophes grecs [= SPG].

2Les SPG ne sont pas une collection gnomique comme les autres. Plusieurs collections des sentences grecques ont été traduites en syriaque, dont notamment les Sentences de Pythagore, Sentences de Ménandre ou les Sentences de Sextus. La particularité du corpus rassemblé par YA réside dans la manière dont il est transmis. En effet, les SPG apparaissent dans les manuscrits sous des titres différents : les Sentences des philosophes grecs, les Prophéties des philosophes païens sur le Christ, les Paroles des philosophes sur l’âme, les Paroles des sages ou encore les Conseils de Platon à son disciple. Dans ces collections de longueur variable, on constate plusieurs répétitions permettant d’envisager l’existence d’une collection beaucoup plus grande, dont les contours restent difficiles à définir. Cependant, une telle collection n’est attestée par aucun manuscrit connu. YA annonce cela dès les premières pages de son livre, en appelant les SPG un modern construct (p. 4). La recherche des sentences attribuées aux philosophes grecs a donné un vaste florilège de 143 sentences : 79 sentences courtes (maxims) et 64 conseils (counsels) plus élaborés. L’édition d’un tel recueil ne peut se faire sans que le lecteur soit renseigné sur la genèse de la collection reconstruite, les méthodes utilisées pour son établissement et son rôle dans l’histoire de la littérature syriaque. Le livre d’YA est divisé en deux parties inégales : une vaste présentation des Sentences des philosophes grecs dans leur contexte (p. 1-220) et une édition critique de la collection, accompagnée de la traduction anglaise (p. 221-325).

3Dans la première partie de son livre, YA développe une hypothèse forte et bien documentée, selon laquelle une collection gnomologique syriaque, ayant originairement une visée pédagogique, a été transformée en un outil de formation spirituelle, particulièrement populaire dans les monastères. Pour reconstruire et expliquer ce processus, l’auteur réunit de nombreuses informations, utiles bien au-delà du cercle des syriacisants.

4Dans le premier chapitre, YA décrit l’histoire des études sur le SPG (Corpus of SGP, p. 4-13). Au début du xixe siècle, les éditeurs ont remarqué l’existence des collections doxographiques syriaques, composées de sentences attribuées aux philosophes grecs. Cette attribution a soulevé la question de l’origine des sentences dont le caractère apocryphe a été aussitôt remarqué. Les recherches du modèle grec se sont donc orientées vers la littérature gnomique, à visée pédagogique et morale. Le but de ces collections ne serait pas de résumer les opinions des philosophes sur tel ou tel sujet, mais d’assurer des enseignements éthiques et spirituels, attribués aux Grecs : aux philosophes, aux poètes, aux sophistes. En outre, certains noms ont été déformés, et certaines sentences sont anonymes ou attribuées à deux personnages différents. D’où vient alors cette collection et comment s’est-elle constituée ? Pour répondre à cette question, YA explique la construction du corpus des SPG, sa genèse et son développement (chap. 2), son rapport à la littérature grecque (chap. 3), sa transformation dans le milieu syriaque (chap. 4), l’analyse du rôle des excerpta des écrits philosophiques (chap. 5) et des doxographies sur l’âme (chap. 6).

5Le chapitre 2 (Textual Witnesses of SGP, p. 14-68) est particulièrement intéressant du point de vue méthodologique. Il offre un examen des manuscrits – témoins de la collection des SPG. YA a retrouvé les composantes de cette collection dans quinze manuscrits, dont les plus anciens datent du viiie siècle. Parmi ces quinze, une famille de cinq manuscrits de production récente dépend d’un manuscrit perdu de Tur‘Abdin, dont l’origine peut être également située au viiie siècle. Or, les manuscrits de la famille de Tur‘Abdin transmettent tous uniquement les soixante-quatre sentences longues, qualifiées par YA de « conseils ». L’attention portée à la manière dont les sentences ont été regroupées par les anciens scribes joue un rôle important dans la reconstruction des SPG. Ainsi, à la base de l’édition des sentences courtes, se trouve le manuscrit qui contient la collection la plus complète (cinquante-quatre sentences) : le Florilège de Dublin (xiiie siècle). Entre la famille de Tur‘Abdin et le Florilège de Dublin, les neuf manuscrits restants contiennent les collections mixtes, de longueurs inégales (de trois jusqu’à quarante-cinq sentences). De ces collections proviennent les sentences attribuées aux Sept Sages (11) et à la philosophe pythagoricienne Théano (14), qui complètent la section des sentences courtes.

6Le contenu de chaque témoin des SPG est décrit avec soin. Cela permet de constater que les SPG peuvent côtoyer des textes divers et variés : tantôt des textes profanes, liés à l’éducation classique (les fables d’Ésope, les extraits des ouvrages philosophiques, les questions et réponses, les collections des sentences attribuées à Pythagore, Ménandre ou Sextus), et tantôt des textes religieux (les extraits des ouvrages des Pères de l’Église, des fragments apologétiques ou des conseils spirituels). Les chapitres suivants sont consacrés à l’analyse de ces contextes.

7Le chapitre 3 (Greek Philosophy in Gnomic Form : Overview of Syriac Sentences attributed to Greek Philosophers, p. 69-133) analyse les textes syriaques transmettant la « philosophie grecque en forme de sentences », le plus souvent provenant des mêmes manuscrits que les composantes du recueil des SPG. L’auteur cherche à établir un classement de ces textes à usage pédagogique. Il distingue d’abord les collections de sentences courtes, des énoncés proverbiaux d’origine savante, attribués à un personnage réputé pour sa sagesse : les Sept Sages, Aḥiqar, Ésope, Platon, Ménandre, Homère, Pythagore, Théano, Sextus, etc. À cette liste, YA ajoute des personnages comme Apollonios de Tyane, Stomathalassa, Secundus Taciturnus et Dandamis, dont les noms apparaissent aussi dans la tradition de la philosophie populaire. Le second groupe est formé des « florilèges », à savoir les recueils des sentences de plusieurs personnages – comme les Prophéties des philosophes au sujet du Christ ou les Lamentations des philosophes sur la tombe d’Alexandre. Ensuite, le troisième groupe contient des exempla : les anecdotes édifiantes tirées des traités éthiques. YA inclut dans ce groupe les textes plus longs, s’apparentant au genre littéraire du « miroir du prince », étant pour la plupart des traductions syriaques des écrits d’Isocrate, Plutarque, Lucien de Samosate et Thémistius. Au même groupe appartiennent des écrits chrétiens (présentés séparément) qui transmettent les sentences à portée éthique. Pour terminer, YA examine la réception syriaque des Placita philosophorum d’Aëtius, connus par l’intermédiaire du Pseudo-Plutarque et de Stobée. Leur réception est modeste, mais significative pour tenter d’expliquer la connaissance des noms des philosophes grecs par les auteurs syriaques. La présentation de ces textes est très riche en détails et très utile pour connaître la réception syriaque des différentes « sentences » grecques à destination scolaire.

8La reconversion des sentences éthiques en enseignement spirituel est traitée dans le chapitre 4 (Rhetoric of the Fear of God: Gnomic Sayings and their Use in Syriac Schools, p. 134-183). Ce chapitre est sans doute le plus original, car l’auteur cherche à analyser la transformation de la paideia hellénistique en paideia monastique. En se basant sur les écrits des maîtres spirituels du monachisme syriaque : Jean d’Apamée (ve siècle), Philoxène de Mabboug (+523), Sévère d’Antioche (+538) et Antoine de Tagrit (ixe siècle), YA montre comment les sentences et exempla attribués aux philosophes grecs et tirés des manuels hellénistiques ont été réutilisés en tant que conseils spirituels concernant la vie chrétienne, voire monastique. Cette transformation révèle l’attitude des Syriaques envers l’héritage philosophique grec – les philosophes semblent être des chrétiens avant l’heure et auteurs des « prophéties au sujet du Christ ».

9Le chapitre 5 (Selection of Testimonies: Evidence for the Function of Excerpts, p. 184-201) étudie les usages particuliers des sentences attribuées aux philosophes grecs, dans des traités dogmatiques ou des recueils de différents écrits philosophiques.

10Le chapitre 6 est consacré au rôle du milieu alexandrin dans l’apparition des SPG (Philosophy of Soul: Some Characteristics of SPG, p. 202-220). Les SPG seraient nées d’une transformation de la paideia hellénistique en éducation destinée aux moines, où les exigences de la formation rhétorique classique cèdent la place à la « rhétorique de la crainte de Dieu ». L’origine de ce processus se situerait dans le milieu des philoponoi alexandrins, notamment dans l’activité de Sévère d’Antioche. YA identifie comme l’exemple par excellence de cette paideia nouvelle les Prophéties des philosophes païens connues aussi comme Théosophie de Tübingen. Dans les deux collections, YA décèle la même « intention apologétique ».

11La seconde partie du livre contient le texte et la traduction anglaise des SPG (p. 231-325). La collection est divisée en soixante-dix-neuf sentences (maxims) et 64 conseils (counsels). À cette division – étayée déjà par la manière dont les SPG sont transmises dans les manuscrits – YA apporte une justification supplémentaire, en citant comme exemple la doxographie de Stobée, divisée en short maxims and longer fragments exerpted from classical works (p. 62). Cette comparaison mériterait un examen supplémentaire, car la réception de la philosophie grecque en syriaque cache encore bien des énigmes.

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Pour citer cet article

Référence papier

Izabela Jurasz, « Yury Arzhanov, Syriac Sayings of Greek Philosophers. A Study in Syriac gnomologia with edition and translation »Philosophie antique, 20 | 2020, 297-300.

Référence électronique

Izabela Jurasz, « Yury Arzhanov, Syriac Sayings of Greek Philosophers. A Study in Syriac gnomologia with edition and translation »Philosophie antique [En ligne], 20 | 2020, mis en ligne le 12 mars 2020, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/3491 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.3491

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Auteur

Izabela Jurasz

Centre Léon Robin, UMR8061

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