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Comptes rendus

José Kany-Turpin (trad.), Cicéron, Fins des biens et des maux

Julie Giovacchini
p. 220-221
Référence(s) :

José Kany-Turpin (trad.), Cicéron, Fins des biens et des maux, Paris, Flammarion, 2016 (G. F., 1568), 340 p., ISBN 978-2-0813-8263-3.

Texte intégral

1José Kany-Turpin est depuis longtemps une des meilleures spécialistes françaises du latin philosophique classique ; sa traduction du De Rerum Natura de Lucrèce, en 1993, fit date ; ses récentes traductions de textes philosophiques de Sénèque (2005) et Cicéron (le De Divinatione en 2004, les Académiques en 2010) ont souligné sa parfaite maîtrise de ce corpus et de ses problématiques propres. S’attaquant au De Finibus du même Cicéron, elle relève un défi majeur. On possédait déjà en français la belle traduction intégrale de Jules Martha pour Les Belles-Lettres, en 1928, complète mais quelque peu datée. On comptait également la tentative de Chantal Labre, dans les années 1990, insatisfaisante en de nombreux aspects. J. Kany-Turpin, forte de son expérience de la langue philosophique de Cicéron, a repris le dossier avec énergie et talent, et le résultat est exemplaire, à la hauteur du regain d’intérêt actuel pour ce texte (intérêt dont témoigne la parution toute récente du volume édité par Julia Annas et Gábor Betegh, Cicero’s De finibus : Philosophical Approaches, Cambridge, Cambridge University Press, 2016).

2La contextualisation du texte, établie par une introduction dense et remarquable de clarté, offre les différents éléments biographiques et doctrinaux indispensables pour comprendre l’entreprise de Cicéron ; celui-ci se propose dans le De Finibus de faire un véritable état de la question du telos et de la vie heureuse dans les différentes éthiques philosophiques des principales sectes hellénistiques, et plus particulièrement chez les épicuriens, les stoïciens et les disciples d’Antiochus – transfuge de la Nouvelle Académie dont on sait que Cicéron lui-même a suivi l’enseignement. J. Kany-Turpin fournit, dans des notes abondantes et précises, une quantité appréciable de références bibliographiques récentes qui complètent l’information qu’elle ne pouvait développer dans le cadre d’une introduction . L’accent est mis sur l’enjeu philosophique de l’ouvrage, au-delà de la simple compilation doxographique à laquelle il est encore trop souvent réduit. Le plan analytique est agréablement complété par une série de brèves notices portant sur des concepts centraux de la pensée cicéronienne : la nature, l’honestas, les catégories éthiques du bien et du devoir. Un léger regret : qu’il ne soit pas fait un sort, dans cette introduction, à la notion même de dialogue littéraire tel que Cicéron le pratique, et à sa filiation stylistique et méthodologique platonicienne – et ce, d’autant plus que la traductrice a été soucieuse, comme elle le souligne en p. 42, de rendre justice à la langue élégante et complexe de l’auteur, sans sacrifier la précision à la nécessaire « énergie » du dialogue.

3Les différents choix de traduction sont expliqués de façon claire dans les notes finales de l’ouvrage, et parfois justifiés par des propositions de leçons originales – le cas est assez rare néanmoins, J. Kany-Turpin s’éloigne peu du texte établi par J. Martha, et lorsque c’est le cas les solutions qu’elle propose clarifient le texte de façon prudente et raisonnable – ainsi pour le très obscur passage de V, VI, 15 (p. 225), résolu élégamment en suivant Madvig. La traduction dans son ensemble est très fluide, précise et agréable à lire, mais ne propose pas véritablement d’innovations majeures dans la compréhension détaillée du texte. La plus grande audace réside peut-être dans le choix de traduction du titre : « Fins des biens et des maux », justifié dans l’introduction par la volonté de rappeler la double acception du terme latin finis, à la fois « limite » et « finalité ». S’appuyant sur la correspondance de Cicéron, qui désigne son propre ouvrage par l’expression Peri telôn, J. Kany-Turpin suppose que le titre latin De finibus bonorum et malorum « répond d’abord à une habitude latine de préciser les termes abstraits par un complément » (p. 12). Ce point est peut-être contestable ; en effet, il nous semble que le livre de Cicéron a de fait quelque peu débordé l’objectif d’un simple traité Sur la fin, dans la mesure où il a justement travaillé la question des choix éthiques réels découlant de la fixation principielle du telos. La surdétermination du titre nous semble donc quelque chose de plus qu’une simple précision : elle engage un programme philosophique spécifique qui n’est que partiellement traduit par le terme français de « fin ».

4Une bibliographie clôt le livre, assez complète – et qui a l’immense mérite de proposer un choix assez important d’éditions et de traductions du texte, alors que l’absence de référence aux sources est trop souvent la faiblesse des publications philosophiques récentes. Le lecteur bénéficie également d’un index de noms propres très utile pour se repérer dans la multitude des allusions historiques et littéraires dont le texte cicéronien est truffé.

5Un grand regret : alors que l’introduction p. 45 et la page de titre signalent que le texte latin traduit dans ce volume est « téléchargeable gratuitement sur le site des éditions Flammarion », nous ne pouvons que constater avec amertume l’impossibilité de trouver l’information sur le site en question.

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Pour citer cet article

Référence papier

Julie Giovacchini, « José Kany-Turpin (trad.), Cicéron, Fins des biens et des maux »Philosophie antique, 17 | 2017, 220-221.

Référence électronique

Julie Giovacchini, « José Kany-Turpin (trad.), Cicéron, Fins des biens et des maux »Philosophie antique [En ligne], 17 | 2017, mis en ligne le 01 novembre 2018, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/philosant/313 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/philosant.313

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Auteur

Julie Giovacchini

CNRS - UMR 8230, Centre Jean Pépin

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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