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Dossier thématique

Les jardins alpino-japonais, histoire d’une possible utopie paysagère

Japanese Alpine Gardens : The Story of a Possible Utopian Landscape
Romain Billon

Résumés

Cet article souhaite établir une première synthèse sur les jardins alpino-japonais construits en France et en Belgique, en proposant une étude historique des circonstances qui présidèrent à leur apparition (au début du xxe siècle), depuis l’intérêt pour les jardins japonais, découverts lors des expositions universelles de la fin du xixe siècle, à celui pour les jardins alpins, inspirés par les jardins anglais et leurs enrochements décoratifs. Notre propos tentera, en mettant en avant ce style jardinistique oublié de l’histoire horticole, de comprendre pourquoi seuls certains amateurs – tels Albert Kahn ou Ernest Van den Broeck – et professionnels – comme Eugène Laumonnier et Charles Weiss – se sont essayés à cette symbiose des deux styles primaires que sont les jardins japonais et les jardins alpins. Pour étayer ce travail, nous nous appuierons sur un axe théorique basé sur l’étude approfondie de revues et de livres horticoles d’époque, et sur un axe pratique élaboré au cours de notre expérience professionnelle de jardinier. Enfin, nous avancerons des hypothèses pouvant expliquer leur disparition, à partir des années 1930, et interrogerons l’intérêt d’en rebâtir ou d’en restaurer.

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Texte intégral

  • 1 Dans les années 1860, après l’ouverture du Japon aux étrangers, les artistes occidentaux rencontren (...)
  • 2 Parmi ceux non cités dans le présent article et ouvert au public : le parc de Maulévrier (Maine-et- (...)
  • 3 Jules Buyssens commença sa carrière à Paris avant de devenir architecte en chef des parcs et jardin (...)
  • 4 Reginald Farrer était un chasseur de plantes et concepteur de rocailles anglais. Il est l’auteur de (...)

1Les études historiques abordant les jardins japonais en France couvrent une période s’étalant du milieu du xixe siècle jusqu’à nos jours (Wieser Benedetti, 2012 ; Cluzel, 2018 ; Jeannel, 1995 ; Matsugi, 2011). Cette approche historique permet d’embrasser l’évolution de tous les styles qui s’y sont succédé. La séquence liée au japonisme1 propose peu d’exemples de jardins à étudier. En cause, le fait que l’immense majorité d’entre eux ont été modifiés ou ont disparu, seule une petite poignée ayant survécu jusqu’à nous2. Les jardins alpins n’ont quant à eux, d’un point de vue historique et paysager, fait l’objet que de rares études récentes (Laborde, 1989 ; Jakob, 2023). Coincés à la croisée de la science et des enrochements décoratifs, ils sont souvent abordés, soit d’un point de vue botanique (comme les diverses flores scientifiques dans les guides publiés aux éditions Delachaux et Niestlé ou Ulmer par exemple), soit d’un point de vue artistique (avec des titres généralistes s’adressant au grand public, édités chez Rustica, Gründ, Artémis, etc.). Ces approches expliquent en partie pourquoi les jardins alpino-japonais n’ont fait l’objet d’aucune étude. À cela s’ajoute qu’à l’époque même du japonisme extrêmement peu de propriétaires s’en firent construire, cette rareté entraînant un manque de documentation. En effet, de tels projets émanaient d’une certaine utopie conceptrice dont la réalisation et l’entretien révélaient des contraintes telles que, bien qu’évoquées par des paysagistes – tels Jules Buyssens (1872-1958)3 ou Reginald Farrer (1880-1920)4 –, ces derniers n’osèrent s’y confronter.

2Notre article tentera donc d’établir une première synthèse sur les jardins alpino-japonais franco-belges. Nous nous intéresserons aux origines historiques et aux circonstances qui présidèrent à leur apparition de façon, d’une part, à essayer de comprendre en quoi celles-ci peuvent esquisser des pistes concernant leur disparition et, d’autre part, à développer plusieurs hypothèses pouvant les étayer. Ce travail souhaite servir de base à de futures réflexions quant à la manière d’intégrer les jardins alpino-japonais à l’histoire des jardins et sur la possibilité d’en restaurer ou d’en créer certains. Pour corroborer notre raisonnement, nous nous appuierons sur les témoignages des contemporains de ces créations (livres, revues, documents iconographiques), consultables en ligne (Gallica, Hortalia, Internet Archive, etc.) ou en notre possession, et sur notre parcours professionnel de jardinier au jardin japonais du musée départemental Albert-Kahn (MDAK) et au jardin alpin du Jardin des plantes, dépendant du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

Aux origines d’un style jardinistique oublié

Les influences artistiques : historicisme et éclectisme

  • 5 Les traductions depuis l’anglais sont de l’auteur.

3Tout au long du xixe siècle l’éclectisme toucha les jardins français. Cette forme d’intérêt cherchait l’inspiration dans divers styles afin « d’aboutir à une nouvelle grammaire formelle » (Mosser, 2011). Teinté d’historicisme, cet attrait s’intéressait aussi à des époques et à des civilisations différentes, sans chercher à reproduire fidèlement le temps passé ou le lointain géographique, mais bien à en faire émerger une « réinterprétation simplifiée » (ibid.) qui « puiss[e] convenir à l’époque présente » (Paredes Aristeiguieta, 1991, p .11). De cette effervescence créatrice, émergea une passion pour le Japon et ses arts, dont les jardins furent probablement, selon Watanabe Toshio, le phénomène le plus important du japonisme au xxe siècle (Watanabe, 2012, p. 349)5.

Japonisme et jardins japonisants

4Popularisés en France grâce aux Expositions universelles parisiennes de 1878, 1889 et 1900 (Matsugi, 2011, p. 2), les jardins japonais, au travers du japonisme, inspirèrent de riches particuliers voulant aménager dans leur propriété – en citant l’un d’eux, Albert Kahn – « un coin de terre japonaise » (Tivolle, 2012, p. 35).

Figure 1. Michelet SC., Exposition universelle – Jardin japonais

Figure 1. Michelet SC., Exposition universelle – Jardin japonais

Le jardin de l’Exposition de 1889 fut marquant pour le jardinisme japonisant : c’est ici que le jardinier Hata Wasuke (1865-1928) fut débauché pour travailler dans diverses propriétés en France (Suzuki, 2021).

Source : Huard, 1889.

Figure 2. M. Sucre arrosant « ses arbustes nains et ses fleurs contrefaites […] » dans Madame Chrysanthème de Pierre Loti

Figure 2. M. Sucre arrosant « ses arbustes nains et ses fleurs contrefaites […] » dans Madame Chrysanthème de Pierre Loti

Le roman de Pierre Loti fut une œuvre emblématique du japonisme et participa, à sa manière, à la propagation d’un imaginaire horticole japonais.

Source : dessin de Myrbach dans Loti, 1888, p. 273-274.

5Aujourd’hui, ces aménagements sont dits japonisants ou à la japonaise car, il y a cent ans, les Occidentaux n’appréhendaient pas toutes les complexités philosophique, religieuse et esthétique de ces œuvres d’art horticoles et improvisaient souvent leurs scènes japonisantes avec l’aide de jardiniers locaux et d’images facilement disponibles (cartes postales, voir la figure 3), illustrations de livres et d’articles de journaux).

Figure 3. Le jardin Hotta-no-Niwa à Tokyo

Figure 3. Le jardin Hotta-no-Niwa à Tokyo

Cette photographie de Ogawa Kazumasa (1860-1929), ici utilisée en carte postale, avait déjà servi d’illustration dans l’ouvrage de Josiah Conder Landscape Gardening in Japan (1893).

Source : Künzli Frères & Co éditeurs à Paris, début du xxe siècle.

6Et bien que certains puissent bénéficier de conseils d’horticulteurs nippons, ces derniers devaient répondre aux caprices de leurs clients, tel Kusumoto Seyemon (v.1895-1968), qui bâtit pour Herbert Goode (1865-1937) à Compton Acres (Cottered, Hertfordshire), une réplique de mont Fuji crachant de la fumée (Cortazzi, 2010, p. 509). Pour nous en rendre compte, prenons la description d’un propriétaire de jardin japonisant, Ernest Van den Broeck qui, en 1922, définit les jardins nippons ainsi :

« Le jardin japonais n’est ni un jardin fleuriste ni un verger ; les fleurs y sont peu nombreuses, les gazons plutôt rares et les parterres tout à fait inconnus. Il contient […] toujours et en abondance […] des roches […], ainsi que de l’eau [et des décorations] toujours symboliques autant que gracieuses [car] le jardin japonais […] est un jardin de souvenirs et de symboles […] de paysages et d’aspects classiques et célèbres [et] d’une sorte de religion poétique du “beau dans la nature” » (Guinet, 1931, p. 222).

  • 6 Par exemple des termes, liés à des concepts esthétiques et religieux, prêtent à des interprétations (...)
  • 7 Jardinier et jardiniste ont longtemps été des synonymes. Il semble que ce soit le paysagiste Amédée (...)

Ces généralités ne peuvent ni suffire à faire comprendre les subtilités extrême-orientales6 qui échappaient aux jardinistes7 de l’époque, ni permettre aux jardiniers européens de maîtriser les techniques pour les entretenir.

Jardins alpins et rocailles paysagères

  • 8 Le premier de ces jardins alpins de plaine fut construit dans le jardin botanique de Montpellier ve (...)

7Historiquement liées à un projet scientifique, les collections de plantes alpines « groupées par famille ou classées par régions géographiques » (Correvon, 1947, p. 32), apparaissent au sein de jardins botaniques européens situés en plaine, où elles sont présentées dans des pots ou des plates-bandes. Bien qu’inventés en France8, les jardins alpins doivent beaucoup aux botanistes anglais, car ce sont eux qui, pour le bien-être de la flore qui y est implantée, comprennent les premiers qu’il est nécessaire d’imiter leur milieu naturel. Ainsi, en 1773, est aménagée au Chelsea Physic Garden (dans la banlieue de Londres) la première rocaille pour plantes alpines. À sa suite, des Rock Garden, enrochements « rustiques, pittoresques et imitant la nature » (Correvon, 1895, p. 30), abritant des plantes de montagnes, s’installent dans les parcs de particuliers (figure 4), eux-mêmes influencés par la mode naissante de l’alpinisme.

Figure 4. Le jardin alpin de Friar Park à Henley-on-Thames

Figure 4. Le jardin alpin de Friar Park à Henley-on-Thames

Admiré par ses contemporains, cet enrochement monumental, œuvre de sir Frank Crisp (1843-1919) et de son chef jardinier Philip Knowles (1859-1940), abrita une collection unique en Europe – pour un particulier – de 2 500 espèces alpines.

Source : Maumené, 1913.

8En France, ce n’est qu’à partir des années 1840 qu’apparaissent régulièrement, dans les expositions florales, des plantes alpines, la maison Vilmorin-Andrieux proposant déjà à la vente, dès 1849, plus de 150 espèces de plantes alpestres, classées dans la rubrique « pour rochers et rocailles » et alpines, rangées dans la rubrique « des Alpes » (Vilmorin-Andrieux, 1849, p. 75 et 78). Botaniquement, la flore des montagnes peut en effet être séparée en deux grands groupes : celui des plantes alpestres, poussant dans la zone montagnarde (centranthe rouge, carline à feuilles d’acanthe, lis martagon, sauge commune, gentiane printanière, ancolie des Alpes) et celui des plantes alpines, poussant dans les zones alpine et nivale (silène acaule, renoncule des glaciers, linaire des Alpes, édelweiss, gentiane de Koch, etc.). Cette limite, entre les zones montagnarde et alpine, est symbolisée par l’altitude à laquelle les forêts disparaissent. Pour les géographes (Dentant et al., 2021), en France, cette séparation se situe à une altitude moyenne de 2 000 mètres. Pour les botanistes, elle varie entre 1 900 et 2 300 mètres (Le Driant et al., 2022). Ce sont avec les livres Alpine Flowers for English Gardens (1870) du paysagiste William Robinson (1838-1935) et Les Plantes alpines (1873) du botaniste Bernard Verlot (1836-1897) que le grand public européen a pu enfin bénéficier de conseils permettant d’entreprendre la construction de rocailles adaptées à l’acclimatation des plantes alpines.

  • 9 Correvon participa à la création de nombreux jardins alpins comme La Linnaea (1889) à Bourg-Saint-P (...)
  • 10 Dans l’état actuel de nos recherches, nous n’avons pu trouver tous les renseignements concernant le (...)

9Toutefois, l’engouement reste minime jusqu’à la fin du xixe siècle, époque à laquelle le botaniste suisse Henry Correvon (1854-1939) ouvre une pépinière à Genève dédiée à la flore alpine9. Avec son compatriote, le paysagiste Jules Allemand (1856-1916), ils créent les jardins de l’Exposition de Genève (1896) dont le village suisse fut remonté à l’Exposition universelle de Paris en 1900, où il côtoie le jardin alpin aménagé par Georges Magne10, au pied du Grand Palais. Magne, propriétaire à Boulogne-Billancourt d’un chalet (ancien pavillon suisse de l’Exposition de 1878), figure parmi les plus célèbres propriétaires de jardins alpins français, avec Jean Ginet à Grenoble, Édouard Coëz (1885-1916) à Bièvre ou la famille Cognacq-Jay à Samoëns.

Figure 5. Chalet « Floraire », dans le jardin de M. Correvon, près de Genève

Figure 5. Chalet « Floraire », dans le jardin de M. Correvon, près de Genève

La pépinière Floraire fut fondée en 1902 et entièrement dédiée à la vente de plantes alpines.

Source : Roger, 1932.

Les jardins alpino-japonais

10Si, dès 1904, Georges Magne signale déjà que de « riches propriétaires […] joignent le jardin alpin au jardin japonais » (Magne, 1904, p. 154), aucun propriétaire de jardin japonisant franco-belge ne semble avoir eu de vraie collection de plantes alpines, mais plutôt des flores alpestres. De même qu’aucun possesseur de jardin alpin n’eut, a priori, de jardin japonisant. Henry Correvon voyait d’un mauvais œil toutes intrusions de plantes extrême-orientales qui « n’étaient pas du tout dans l’esprit de la chose » (Le Lièvre, 1980, n. p.) d’une collection botanique.

  • 11 Bien que non abordés dans cet article, des jardins alpino-japonais ont aussi existé dans d’autres p (...)

11Alors pourquoi et comment apparurent des jardins alpino-japonais ? Avant d’exposer nos hypothèses intéressons-nous aux propriétaires et les documents d’époque qui nous permettent de connaître l’existence de ces scènes paysagères. Si les origines des jardins japonais et alpins sont distinctes, un point commun les rapproche : l’utilisation du minéral comme élément structurant. Mais peu de personnes n’osant franchir le pas pour les fusionner, le terme alpino-japonais n’apparut dans la littérature horticole qu’en de rarissimes occasions, n’aboutissant qu’à quatre essais avérés, que nous allons détailler11.

Le jardin alpino-japonais d’Albert Kahn à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)

  • 12 Banquier philanthrope, Albert Kahn bâtit dans sa propriété boulonnaise un jardin où se côtoyaient d (...)

12Ce jardin alpino-japonais d’Albert Kahn (1860-1940)12, construit au cours de l’hiver 1908-1909, est le plus ancien modèle du genre que nous ayons identifié. Le rachat par le département de la Seine de la propriété Kahn et sa transformation en musée ont permis la sauvegarde de précieuses archives visuelles. Aux articles de presse qui permettent déjà d’en imaginer l’ampleur, s’ajoute le fonds d’autochromes prises entre 1910 et 1930 qui montrent ce jardin, aujourd’hui disparu, sous tous ses angles.

Figure 6. Plan de la propriété Kahn à Boulogne-Billancourt en 1932

Figure 6. Plan de la propriété Kahn à Boulogne-Billancourt en 1932

Dans le rectangle bleu, le jardin japonisant et, dans le rouge, la zone du jardin alpin.

Source : Le Bulletin des collections Albert Kahn, no 10, archives du MDAK, 1999.

Figure 7. Détail du plan du jardin d’Albert Kahn, montrant l’ensemble de la zone qui comprend les jardins japonais et alpins d’Albert Kahn

Figure 7. Détail du plan du jardin d’Albert Kahn, montrant l’ensemble de la zone qui comprend les jardins japonais et alpins d’Albert Kahn
  • 13 Le sōrin est un élément symbolique en forme de flèche verticale, positionné sur le toit des pagodes (...)

Dans le cercle vert, la zone alpine située au cœur du jardin japonisant (figures 9 et 10), isolée du secteur considéré comme le « jardin alpin » proprement dit. Le point rouge signale l’emplacement du sōrintō13 (figure 10). Le cercle bleu renvoi à l’enrochement de la figure 16.

Source : archives du MDAK, 1956.

Figure 8. Une partie du jardin alpestre d’Albert Kahn planté de divers bulbes et plantes vivaces

Figure 8. Une partie du jardin alpestre d’Albert Kahn planté de divers bulbes et plantes vivaces

Une vue d’ensemble du « jardin alpin » (signalé sur le plan de la figure 6).

Source : archives du MDAK, numéro d’inventaire B 417 S, cliché Auguste Léon, 1914.

13Au niveau de sa composition, le « Jardin alpestre » (Lesourd, 1925, p. 310) fut bâti en creux (figure 8) et minéralisé avec des « matériaux de démolition, des roches des carrières de Boulogne, etc. » (ibid.). Une liste de plantes y signalait des « Heuchera, Edelweiss, Cerastium, Saxifraga aizoon et umbrosa, Lupinus polyphyllus, Primula japonica, Sedum, Sempervivum, Campanula (divers), Dianthus (divers) […], des Bruyères, […] Asphodèle jaune » (ibid.). Dans un article paru cinq ans plus tard, la description parlait cette fois de « vallée alpestre » où l’on trouvait « Edelweiss […] Gazon d’Olympe et la toute petite Véronique bleue » (Thionnaire, 1928, p. 362). Cette liste végétale et le terme « alpestre » montrent bien que Kahn ne possédait que peu de plantes poussant en haute altitude (à l’image de l’édelweiss, voir figure 8), exigeantes à entretenir.

Figure 9. Quelques plantes de montagne (alpines et alpestres) présentes dans le jardin japonisant d’Albert Kahn, 1913

Figure 9. Quelques plantes de montagne (alpines et alpestres) présentes dans le jardin japonisant d’Albert Kahn, 1913
  • 14 Nous remercions Frédéric Achille (botaniste, chargé de conservation des collections végétales au MN (...)

Leontopodium (édelweiss) (1), Minuartia (2), Dianthus (3), Pseudo-fumaria (4), Delosperma (5), Thymus (6), Papaver (7), Polemonium (8), Hosta (9)14.

Source : archives du MDAK, numéro d’inventaire B 303, cliché Auguste Léon, 1913.

Figure 10. Jardin Albert Kahn, le sōrintō (le seul hors du Japon) côtoyant les rocailles alpines de la figure 9

Figure 10. Jardin Albert Kahn, le sōrintō (le seul hors du Japon) côtoyant les rocailles alpines de la figure 9

Cette photo permet d’observer un exemple d’effet visuel qu’un jardin alpino-japonais offrait : faire cohabiter rocailles aux petites plantes tapissantes et fabrique monumentale japonisante.

Source : archives du MDAK, numéro d’inventaire B 443, cliché Auguste Léon, 1914.

Le jardin alpino-japonais de Gaston Menier et d’Eugène Laumonnier au Bois-Larris (Lamorlaye, Oise)

  • 15 Dans l’état actuel de nos recherches, nous n’avons pas pu trouver la date précise de l’intervention (...)
  • 16 Diplômé de l’École nationale d’horticulture (ENV) de Versailles, Eugène Laumonnier y enseignait la (...)
  • 17 Les plantes saxatiles (ou saxicoles) poussent dans les fissures des parois (falaises) ou entre les (...)

14De ce jardin, qui accompagnait un pavillon de chasse, construit à partir de 191115 pour l’industriel du chocolat Gaston Menier (1855-1934), nous n’avons pu trouver aucune description d’époque. Seules des photographies en noir et blanc (figures 10 et 11) et la visite du site nous ont permis d’en voir et d’en comprendre l’agencement et les plantations. Deux photographies du jardin alpino-japonais créé par l’Ingénieur horticole Eugène Laumonnier (1879-1957)16 apparaissent dans son livre Les Plantes vivaces (Laumonnier, 1929, n. p.). Elles montrent une « gorge alpestre » et un « [j]ardin de styles japonais et alpestre combinés » (figure 12). De ce jardin nous sont parvenus d’autres clichés. L’un d’entre eux (figure 11) permet d’observer des plantations saxatiles17 rampantes typiques de la flore alpine ou alpestre. Cette documentation et nos observations in situ nous ont permis de noter que de nombreuses similitudes techniques peuvent être observées entre le jardin d’Albert Kahn et celui de Gaston Menier. Ainsi la flore du jardin Menier devait probablement être semblable à celle du jardin Albert Kahn : beaucoup de plantes alpestres et peu d’alpines, le plus souvent installées dans des zones planes et ensoleillées, agrémentées de roches naturelles et de nombreux conifères, nains ou de grande taille. Une même similarité s’observe au niveau des enrochements maçonnés qui, souvent confectionnés par des rocailleurs, ne contenaient que peu de poches végétalisables et présentaient donc de grandes surfaces dénuées de plantes.

Figure 11. La « vallée alpestre » située au centre du jardin alpino-japonais dans le domaine de Bois-Larris

Figure 11. La « vallée alpestre » située au centre du jardin alpino-japonais dans le domaine de Bois-Larris

Ce cliché et celui de la figure 12 ont pu être pris depuis le même endroit : en se tournant d’un côté, le photographe voyait la « vallée alpestre » et, en se retournant, il faisait face au pavillon japonisant accolé à une fausse falaise.

Source : musée d’Orsay, anonyme, après 1912.

Figure 12. Le jardin japonisant, son pavillon et la falaise factice en rocaillage dans le domaine du Bois-Larris

Figure 12. Le jardin japonisant, son pavillon et la falaise factice en rocaillage dans le domaine du Bois-Larris

Ce pavillon japonisant fut construit, tout comme le jardin l’entourant, par des artisans français.

Source : Laumonnier, 1929.

Le jardin alpino-japonais d’Ernest Van den Broeck aux Roches Fleuries à Genval (Belgique)

15Dans un article de la Tribune horticole belge de 1911, le géologue et conservateur au Musée royal d’histoire naturelle de Belgique (1879-1919) Ernest Van den Broeck (1851-1932) annonce qu’il va aménager chez lui, à Genval en Belgique, « un jardin qui sera tout à la fois jardin alpin et jardin japonais. » (Anonyme, 1911, p. 113 sq.) À la différence des deux exemples précédents, il s’agit cette fois d’une création pensée par un scientifique passionné de botanique souhaitant créer un « jardin alpino-japonais où la flore saxatile et arbustive d’Extrême-Orient » (Guinet, 1931, p. 220 sq.) doit prédominer. L’achat de plus de 900 « espèces végétales » (ibid.) asiatiques, d’éléments de décors japonisants (figure 14) et, bien sûr, les années de guerre retardèrent le projet qui ne sera achevé qu’en 1921. L’enrochement alpin fut agrémenté « de rocailles chargées de flore saxatile » (ibid.) provenant des monts des Ardennes (figure 13). Malheureusement, aucune de ces espèces n’est décrite dans les articles dont nous disposons.

Figure 13. Dans le jardin des Roches Fleuries, une plante de la collection alpine d’Ernest Van den Broeck

Figure 13. Dans le jardin des Roches Fleuries, une plante de la collection alpine d’Ernest Van den Broeck

Les plantations alpines étaient regroupées dans l’enrochement situé sous le kiosque et le pont de la figure 13.

Source : Guinet, 1931.

16Van den Broeck, qui comptait léguer son « jardin japonais-alpin » (Anonyme, 1911, p. 114) à l’État belge, prévoyait aussi l’aménagement d’un second jardin pour plantes de « hautes altitudes », à la Baraque Michel (à l’époque, le point le plus haut de Belgique). Mais, bien qu’ayant fait l’unanimité auprès des « maîtres de l’architecture des jardins, [des] techniciens les plus avertis autant que [des] savants » (Guinet, 1931, p. 220), son jardin ne lui survivra pas.

Figure 14. Le pavillon et le pont-torii du jardin des Roches Fleuries

Figure 14. Le pavillon et le pont-torii du jardin des Roches Fleuries

Ce pont courbe doublé d’une pergola en forme de torii est une création japonisante probablement unique en Occident.

Source : Guinet, 1931.

Le jardin alpino-japonais de Louis Mercier à Mazingarbe (Pas-de-Calais)

17Louis Mercier (1856-1927) fut, entre autres, le directeur général de la Compagnie des mines de Béthune. C’est lui qui confia à son jardinier chef, un certain M. Callu, l’aménagement d’un parc de 20 hectares qui entourait les bureaux de la Compagnie. Dans un article très succinct, il est signalé que le parc comprenait « une partie alpino-japonaise avec un passe-pied de roches dont les interstices [étaient] garnis d’une foule de plantes rampantes [et plantée de] conifères aux formes bizarres » (Hitté, 1923, p. 443) ; le tout entourant un ruisseau et sa cascade débouchant sur une pièce d’eau abritant une « île avec un gros rocher […] garnie de Conifères » (ibid.). C’est malheureusement, en l’état actuel de nos recherches et faute d’illustrations, tout ce que nous pouvons en dire.

Les jardins alpino-japonais dans les floralies et autres expositions horticoles : Laumonnier et Weiss dans les années 1920, une décennie alpino-japonaise

  • 18 Journal de la Société nationale d’horticulture de France et Revue horticole notamment.

18Les quatre propriétés décrites ne furent probablement pas les seules à posséder un aménagement alpino-japonais. Nous pouvons supposer que le phénomène fut plus important qu’il n’y paraît car, à partir des années 1920, dans diverses expositions horticoles, de nombreuses créations provisoires, mélangeant décors japonais et plantes alpines, furent exposées et peuvent donc être considérées comme symptomatiques de potentielles créations alpino-japonaises. Ce rapprochement entre les Alpes et le Japon donne naissance, au cours de cette même décennie, au terme « alpino-japonais », qui apparaît à plusieurs reprises dans des articles de la presse horticole18. Si le succès public face à ces créations fut répété, le scepticisme de certains professionnels face à cette mode ne cessa pas, ces derniers parlant de fanatisme pour les « japonaiseries » (Arranger, 1923, p. 212) ou de « haute fantaisie horticole » (Arranger, 1927, p. 186). C’est, durant cette décennie, au cours de laquelle apparaît le terme alpino-japonais, que deux acteurs se présentèrent et se spécialisèrent dans la création de jardins japonisants : Eugène Laumonnier et Georges Weiss. Penchons-nous sur leur cas respectif :

    • 19 Eugène Laumonnier reprit la maison Férard dès 1911, en s’associant à un certain Fortin. À partir de (...)

    Eugène Laumonnier (que nous avons déjà évoqué) participait aux floralies par l’entremise du grainier parisien Férard. Nous savons, par les illustrations de son livre Les Jardins de plantes vivaces, qu’il créait des jardins « chez les particuliers » (Chevalier, 1929, p. 376), dont l’alpino-japonais de Menier. Pour combien d’autres aurait-il pu créer une telle scène ? Cela reste encore à découvrir. Toutefois, Laumonnier se fit une spécialité de mélanger « rocaille de plantes alpines [et] charmant paysage japonais » (Laumonnier, 1929, n. p.), dans les expositions successives auxquelles il participe jusqu’en 1935, date à laquelle son entreprise fit faillite19.

  • Fondées en 1898 à Troyes (Weiss, 1930, p. 6), les pépinières Georges Weiss ouvrirent, en 1902, un jardin alpin botanique à Sainte-Savine, près de Troyes. En 1919, Weiss déménagea à Saint-Cloud et commença à réorienter sa production en misant sur l’importation directe, depuis le Japon, « d’arbres nains authentiques » (Coste, 1933, p. 328). Reprise par son neveu, Charles Weiss, la pépinière se spécialisa progressivement dans la création de jardins japonisants, alpins et finalement alpino-japonais.

  • 20 En dehors d’Eugène Laumonnier et de Georges Weiss, les autres exposants de décors de stands japonis (...)

19Souvent installés dans une même section, décors japonisants et alpins se côtoyaient régulièrement dans les floralies. Les compositions de Laumonnier et de Weiss (figure 15), sans être nommées alpino-japonaises20, n’en restaient pas moins de « petites scènes alpines, avec renfort d’arbres nains japonais » (Meunissier, 1922, p. 177), soit une « scène de genre, mi-alpin, mi-japonais » (Arranger, 1923, p. 212). Pendant plus de dix ans, les deux horticulteurs se croisèrent ainsi, Charles Weiss et ses « jardin[s] japonais […] avec diverses plantes alpines » (Sabourin, 1930, p. 188) finissant par être considéré comme « le grand spécialiste des jardins japonais » (Pasquier, 1931, p. 524).

Figure 15. Un exemple (non daté) de décor japonisant créé par Weiss pour les floralies

Figure 15. Un exemple (non daté) de décor japonisant créé par Weiss pour les floralies

Les floralies parisiennes, qui se déroulaient au printemps et à l’automne, étaient la vitrine du savoir-faire horticole français.

Source : Weiss, 1930.

Les liens entre les protagonistes

20Des liens, plus ou moins directs, peuvent être établis entre les personnes que nous venons d’évoquer. Le plus aisé à établir est celui entre les Weiss et Kahn. M. Ruffin, jardinier pour Kahn entre 1895 et 1929, nous apprend que des horticulteurs ne travaillant pas pour Kahn venaient régulièrement à la rencontre du chef jardinier Louis Picart (1863-1930), notamment « Monsieur Wayss [sic] » dont le gendre Charles avait repris l’affaire des « jardins japonais en terrines pour le commerce » (Ruffin, 1974, n. p.).

21Pour les autres liens, il faut nous tourner vers divers cercles intellectuels. Parmi ceux-ci, la Société franco-japonaise de Paris, fondée en 1900, dans laquelle Kahn, membre donateur (Anonyme, 1906, p. 11), aurait pu croiser un membre belge, propriétaire d’un jardin alpino-japonais : Van den Broeck (Anonyme, 1911, p. 113 sq.). Par l’entremise de la Conciliation internationale, créée en 1905 et dont Kahn était donateur et trésorier, ce dernier aurait pu parler à Gaston Menier, propriétaire du Bois-Larris. Par exemple, lors de la venue à Paris du philanthrope américain Andrew Carnegie qui, à l’invitation de la Conciliation, profita le jour même d’un « thé dans les jardins féeriques » de Kahn et d’une « réunion » chez Menier (Anonyme, 1913, p. 71). Enfin, la possibilité que Kahn se soit approvisionné en plantes vivaces chez Laumonnier (comme Menier) est tout à fait envisageable, puisqu’il se fournissait chez les meilleurs horticulteurs et que, de plus, un aménagement japonisant de Laumonnier était probablement connu de Kahn par l’entremise d’une voisine de Boulogne-Billancourt, Mme Hersent.

  • 21 L’une des premières visites documentées chez Albert Kahn est celle organisée pour la Société nation (...)

22On l’aura remarqué, Kahn semblait centraliser beaucoup de ces liens. Nous nous sommes alors posé la question suivante : une émulation aurait-elle pu mener à une création alpino-japonaise, chez l’un ou l’autre de ces propriétaires, en prenant pour point de départ la propriété de Kahn que tous auraient pu connaître, voire découvrir lors des visites organisées chaque année pour diverses amicales et associations d’amateurs de jardins21. Cela reste à découvrir.

Hypothèses d’une apparition

23Nous posions, avant de présenter ces jardins, la question du pourquoi et du comment étaient-ils apparus ? Si nous n’avons malheureusement pas encore pu trouver de preuves formelles expliquant clairement ce qui a pu conduire cette poignée de propriétaires à créer leurs jardins alpino-japonais, une hypothèse s’est présentée à nous. Cette dernière a mûri pendant nos nombreuses années de travail dans le jardin japonisant d’Albert Kahn, et s’est confortée (de notre point de vue) au fur et à mesure de nos découvertes documentaires. La conclusion que nous en avons tirée est que les jardins japonisants ne sont pas des œuvres de paysagistes de métier, diplômés et maîtrisant leurs classiques historiques de la création, mais des créations d’hommes de terrain : le jardinier chef Callu travaillant pour Louis Mercier, à Mazingarbe, le jardinier chef Louis Picart chez Albert Kahn, l’horticulteur Eugène Laumonnier chez Gaston Menier au Bois-Larris, et enfin Ernest Van den Broeck avec l’architecte Norbert Lacroix aux Roches Fleuries. La passion des fleurs, l’envie de les collectionner, comme on collectionne les scènes de jardin, au risque de déroger à certaines règles du paysagisme, ainsi que le soulignait Félicien Lesourd quand il écrivait :

« Si M. Kahn s’est affranchi des règles de l’art des jardins, pour réaliser pleinement ses goûts personnels, il n’en a pas moins, avec le concours actif de son jardinier, Louis Picart, créé une propriété magnifique, unique peut-être, absolument originale et remarquable […] » (Lesourd, 1925, p. 310).

Un chantier en particulier nous a servi d’exemple contemporain dans notre réflexion : le dégagement du dernier enrochement historique du jardin japonisant de Kahn.

Figure 16. Enrochement du village japonais au musée Albert Kahn

Figure 16. Enrochement du village japonais au musée Albert Kahn

Source : Romain Billon.

24Placé entre les pavillons de réception achetés au Japon par Albert Kahn en 1897 (voir figure 6), cet enrochement avait été, depuis des décennies, caché. Des paysagistes japonais (Iwatani Kōzō en 1965, Takano Fumiaki entre 1988 et 1990) et français (travaillant, depuis 1936, successivement pour le département de la Seine, la ville de Paris, et finalement les Hauts-de-Seine) l’avaient constamment dissimulé derrière des haies d’ifs. Tous semblaient n’avoir pas su quoi faire de ce rocaillage typique des jardins paysagers de la fin du xixe siècle. Au début des années 2000, l’idée de réintégrer visuellement l’enrochement dans le jardin vint de notre équipe de jardiniers et la haie d’ifs fut abattue. Mais, à l’époque, le manque de connaissances historiques sur les jardins japonisants entraîna une incompréhension de notre part et l’enrochement fut en partie enfoui pour en faire un talus japonisé, planté de buis taillés en boule (tamamono) et d’une masse (okarikomi) de rhododendrons japonais taillés (figure 16, image du haut), devant former une cascade de fleurs au printemps. Plus de quinze années passèrent, pendant lesquels nous nous renseignâmes sur l’histoire des jardins japonais au Japon puis hors du Japon, découvrant ainsi les jardins japonisants et leurs adaptations aux goûts occidentaux. De ce savoir naquit notre projet de dégager personnellement l’enrochement (figure 16, image du bas) afin de le remettre en valeur (en attendant une possible restauration). Au final, bien que n’ayant jamais été planté de collection alpine, cet enrochement nous servit d’objet d’étude théorique à notre réflexion pendant les six mois que dura le chantier, sachant, de plus, que le même genre de construction était notamment présent dans le jardin alpino-japonais du Bois Larris.

Hypothèses d’une disparition

25La fin des jardins alpino-japonais est le fruit de nombreux coups de boutoir et de circonstances qui semblent avoir présidé à leur disparition. Pour un début d’hypothèse, nous allons nous tourner vers les sources d’époque puis aborder de nouveau notre expérience de jardinier.

Des goûts et des modes

  • 22 Parmi les jardins modernes, citons celui du vicomte Charles de Noailles à Paris (par les frères Ver (...)

26Des changements de mode étaient déjà en cours dans les jardins dès le début du xxe siècle, quand apparut le jardin moderne (figure 17), un descendant du jardin français, « modernisé et épuré » (Schweizer, 2021, p. 82) car profitant des « possibilités techniques offertes par les nouveaux matériaux » (Lesouef, 2021, p. 207) (ciment, béton, verre, céramique). Un de ses promoteurs, André Vera (1881-1971), décrivit ce style comme une œuvre « synthétique » (Vera, 1912, p. 19), rapide à comprendre grâce à sa régularité et à son « ornementation abstraite » (ibid., p. 19)22.

27Son opposé, à ne plus reproduire selon lui, est le jardin pittoresque, que l’on peut rapprocher du jardin alpino-japonais dont « les sinuosités de ses ruisseaux, les éboulis de ses rochers, l’exubérance de sa végétation » (ibid., p. 68-69) « fatiguent les yeux et accablent la raison […]. » (Vera, 1912, p. 221) Pour enfoncer le clou Vera interdit les « plantes alpestres [et] exotiques » (ibid.) car « un Jardin d’agrément n’est pas un Jardin botanique » (Vera, 1912, p. 40). Aux yeux d’André Vera, et de ses partisans, les jardins japonisants et alpins n’avaient donc plus lieu d’être. Mais cet avis ne fit jamais l’unanimité, comme le montre un numéro spécial de la revue La Vie à la campagne, dans lequel Albert Maumené réunit les avis de plusieurs paysagistes dont les goûts se partagèrent finalement en trois courants principaux (Maumené, 1914, p. 157-158) : les partisans des jardins mixtes (René-Édouard André, Émile Pinard, Achille Duchêne), modernes (Inigo Triggs, Jules Janlet, Évariste Mertens, Robert Mallet-Stevens) et pittoresques (Jules Buyssens, Louis Decorges).

Figure 17. Tony Georges-Roux, Le jardin Moser : vue d’ensemble

Figure 17. Tony Georges-Roux, Le jardin Moser : vue d’ensemble

Cet exemple de jardin moderne, union entre l’horticulture et les arts décoratifs, est le fruit de la collaboration entre l’architecte Joseph Marrast (1881-1971), les pépinières Moser & Fils, le sculpteur Paul Silvestre (1884-1976) et les céramistes Mazzioli.

Source : L’illustration, 1925.

De la Guerre

28Au cours du premier conflit mondial, sur les plus de 1 400 000 morts et disparus français, un tiers d’entre eux proviennent des milieux agricole et horticole (550 000 morts)23. Dès février 1915, on peut ainsi lire que la « mort a déjà largement fauché dans les rangs de l’Horticulture française » (Arranger, 1915, p. 379) et dénombrer de nombreux morts, tels Édouard Coëz (1885-1916), créateur du jardin alpin de Bièvre, ou les deux fils du rosiériste lyonnais Joseph Pernet-Ducher (1859-1928) et autant de blessés (Jean de Vilmorin, René Moser, etc.). À cette hécatombe s’ajoute, sur toute la ligne de front, l’anéantissement d’établissements horticoles et de jardins, à l’exemple du jardin alpin du Monthabey, dans les Vosges (Labrude, 2002). De ces faits découlera un manque criant de main-d’œuvre pour l’entretien des jardins, notamment celle d’ouvriers très qualifiés, à l’instar de ceux de la Société nationale d’horticulture de France (SNHF) qui, « du fait de la guerre » (Guillaumin, 1923), a perdu un tiers de ses sociétaires.

De la crise économique de 1929, le vrai début de la fin

29Le problème de fond qui décida de la survie des jardins alpino-japonais fut leur prix. Bien que petites de taille, leurs plantes nécessitent une somme de travail et d’argent conséquente afin de pouvoir survivre correctement en plaine. Déjà en 1908, Jean Ivolas, en recensant les 44 jardins alpins créés depuis 1835, signalait qu’un tiers d’entre eux avaient été abandonnés faute d’argent (Ivolas, 1908, p. 97). De même, la mort ou la ruine de propriétaires de jardins alpino-japonais semblaient former une cause systématique de leur abandon. La crise économique de 1929 entraîna la ruine du banquier Kahn et celle de son jardin alpino-japonais qui, faute de soins, devint un sous-bois. Le jardin alpino-japonais de Mazingarbe fut abandonné à la suite de la nationalisation de la Compagnie des mines de Béthune (1946). Quant au jardin des Roches Fleuries, il fut morcelé en parcelles après la mort de Van den Broeck (1932). Seul le Bois-Larris survécut à la mort de Menier, mais faute de suivi la flore alpine en disparut rapidement.

Un avenir possible ?

« Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. »
Nicolas Berdiaeff (dans Huxley, 1963, p. 7)

30Nos recherches historiques sur les jardins alpino-japonais étant nées d’un questionnement lié à notre expérience de jardinier, il nous faut aussi aborder l’utopie alpino-japonaise d’un point de vue technique. En effet, la technicité nécessaire pour créer et entretenir un jardin alpin et japonais nous semble être une raison tout aussi essentielle que le manque d’argent, car elle pourrait encore de nos jours empêcher la réapparition d’une telle scène de jardin.

31Durant nos années d’études en lycée horticole, les jardins japonais n’ont représenté qu’une à deux heures de cours en histoire des jardins et n’ont jamais fait l’objet de pratique sur le terrain. Bien qu’ils aient de nos jours un certain succès, un professionnel ne peut réellement prétendre savoir les concevoir sans avoir suivi une longue formation au Japon, tant esthétique que technique. Quant aux jardins alpins, ils sont tout simplement absents du cursus horticole français : la flore enseignée étant généralement alpestre, elle ne nécessite aucun soin particulier pour croître en plaine. On ne peut pour autant pas parler d’erreur de la part du corps enseignant, puisque ce dernier apprend à ses étudiants les techniques permettant l’aménagement et l’entretien de jardins en zones de basse altitude, où vit l’immense majorité de la population française. Économiquement, les jardins alpins ne représentent qu’une niche non viable, faute d’une clientèle suffisante, et un jardin japonais nécessite un aménagement coûteux à créer et à entretenir. La somme de ces remarques permet d’imaginer pourquoi l’intégration de plantes alpines dans un décor japonisant relève de la gageure, car, avec un socle théorique et pratique quasiment inexistant, comment aborder le jardin japonais et son esthétique épurée mais complexe ? Comment le rapprocher de la contradiction que représente la multiplicité des taxons nécessaire à une collection alpine ? Comment installer cette flore, vivant à une altitude supérieure à celle des forêts, à l’ombre d’arbres et d’arbustes constituant l’essentiel de la végétation décorative nippone ?

32Ce constat, loin d’être exhaustif, suffit à mieux comprendre pourquoi la main-d’œuvre capable de tailler un arbre en transparence, tout en préparant une rocaille et son substrat adapté, par exemple, à une ramonde des Pyrénées (Ramonda myconi), en maîtrisant la fabrication d’une barrière japonaise et l’assemblage d’une paroi suintante, peut être considérée comme introuvable. Sachant que vous ne trouverez pas de paysagiste compétent pour concevoir ce drôle de jardin.

33En 1907 déjà, Séraphin Mottet (1861-1930), chef de cultures de Vilmorin, abordait le sujet en posant une question détournée (Mottet, 1907) : les Français sont-ils passionnés d’horticulture ? Il faisait alors porter la faute de ce désamour aux « horticulteurs [et] professeurs » (ibid., p. 16) qui, en ne proposant à la vente qu’un « trop petit nombre » (ibid.) de taxons, entraînaient une uniformisation des plantations dans tous les types de parcs et de jardins. Pour se défendre, les professionnels arguaient du fait qu’il n’y avait « pas d’amateurs en France » (ibid.) à qui vendre des nouveautés, contrairement aux Anglais dont on enviait « la passion des amateurs [pour] les plantes rares ou nouvelles » (ibid.). Cent ans plus tard, ce constat nous semble ne pas avoir changé et notre expérience nous a montré, à de nombreuses reprises, que les particuliers souhaitent souvent des jardins ne demandant que peu de frais et peu d’entretien. Soit l’inverse de ce qu’exige un jardin alpino-japonais.

34Y a-t-il donc un intérêt à faire renaître de tels jardins ? Ou, en reprenant notre titre, n’est-ce qu’une utopie paysagère vouée à un échec ? Il y a un siècle, des paysagistes semblaient y avoir cru : Reginald Farrer (1880-1920) souhaitait ainsi un rapprochement entre les travaux paysagers d’Edwin Lutyens (1869-1944) et la vision artistique du peintre japonais Yoshio Markino (1869-1956) afin d’élaborer « un jardin de rocaille […] joliment réalisé. » (Elliott, 2011, p. 22). Jules Buyssens ajouta que les décors « empruntés au jardin japonais, peuvent fort bien s’allier à ceux du jardin alpin, surtout lorsque des éléments horticoles et floraux viennent s’y réunir » (Wieser Benedetti, 2023, p. 129). Ces deux témoignages nous laissent espérer qu’en ayant mis en avant les jardins alpino-japonais, notre article pourra susciter des travaux plus complets afin de les réintégrer dans la grande histoire des jardins et, dans un second temps, de voir un de ces jardins, tel celui du Bois-Larris, être restauré.

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Notes

1 Dans les années 1860, après l’ouverture du Japon aux étrangers, les artistes occidentaux rencontrent les arts nippons ce qui donne naissance au japonisme. Bien que l’engouement cesse au début du xxe siècle, le japonisme se prolongea dans les jardins jusqu’à la fin des années 1930 (Lambourne, 2006 ; Wichmann, 1982).

2 Parmi ceux non cités dans le présent article et ouvert au public : le parc de Maulévrier (Maine-et-Loire) et le parc Edmond-de-Rothschild (Boulogne-Billancourt).

3 Jules Buyssens commença sa carrière à Paris avant de devenir architecte en chef des parcs et jardins de Bruxelles. En 1913, il participa à la création de la revue Nouveau jardin pittoresque (1913-1940).

4 Reginald Farrer était un chasseur de plantes et concepteur de rocailles anglais. Il est l’auteur de My Rock Garden (1907).

5 Les traductions depuis l’anglais sont de l’auteur.

6 Par exemple des termes, liés à des concepts esthétiques et religieux, prêtent à des interprétations variées : le « Yūgen (“beauté profonde”) » (Minvielle, 2019, p. 7), le « Iki (“raffinement”) » (ibid.) ou le « Wabi-Sabi (“la patine de l’âge”) » (ibid., p. 25).

7 Jardinier et jardiniste ont longtemps été des synonymes. Il semble que ce soit le paysagiste Amédée de Viart (1809-1868), avec son livre Le Jardiniste moderne (1827), qui popularise le nouveau sens du mot « jardiniste », afin de désigner une personne qui dessine des jardins (le paysagiste concevant des parcs à une plus grande échelle).

8 Le premier de ces jardins alpins de plaine fut construit dans le jardin botanique de Montpellier vers 1597, par le botaniste Richer de Belleval (1564-1632). À la même époque, l’agronome Olivier de Serres (1539-1619) installait sa propre collection de plantes alpines dans son domaine du Pradel, à Villeneuve-de-Berg (Ardèche).

9 Correvon participa à la création de nombreux jardins alpins comme La Linnaea (1889) à Bourg-Saint-Pierre (Suisse) et La Rambertia (1896) au Rochers-de-Naye (Suisse) (Anon., 1954, p. 182).

10 Dans l’état actuel de nos recherches, nous n’avons pu trouver tous les renseignements concernant les prénoms et dates de vie de certaines personnes citées dans l’article.

11 Bien que non abordés dans cet article, des jardins alpino-japonais ont aussi existé dans d’autres pays : par exemple, dans le jardin anglais de Lamport Hall (Northamptonshire), où des bonsaïs avaient été insérés dans les enrochements (Jakob, 2023) aménagés à partir de 1847.

12 Banquier philanthrope, Albert Kahn bâtit dans sa propriété boulonnaise un jardin où se côtoyaient des scènes paysagères française, anglaise, japonaise et alpine, ainsi qu’une série de scènes forestières.

13 Le sōrin est un élément symbolique en forme de flèche verticale, positionné sur le toit des pagodes (https://www.aisf.or.jp/~jaanus/deta/s/sourin.htm). Placé au sol, il devient un sōrintō. Le plus célèbre, celui de Nikkō (1643), est un symbole de paix au Japon et servit probablement de modèle à Kahn qui visita le site japonais.

14 Nous remercions Frédéric Achille (botaniste, chargé de conservation des collections végétales au MNHN) pour leur identification.

15 Dans l’état actuel de nos recherches, nous n’avons pas pu trouver la date précise de l’intervention de Laumonnier à Bois-Larris, ni s’il fut le seul à travailler à l’élaboration de la partie alpino-japonaise. En effet, s’il s’intéresse à la flore alpine avant 1914, son orientation japonisante n’apparaît clairement qu’à partir des années 1920. Il ne nous a donc pas été possible de déterminer si Laumonnier a ajouté une touche alpine à un jardin japonisant préexistant, ou s’il est le seul créateur de l’entièreté de cette scène alpino-japonaise.

16 Diplômé de l’École nationale d’horticulture (ENV) de Versailles, Eugène Laumonnier y enseignait la floriculture. Parallèlement à cette activité, il travailla pour le marchand-grainier Louis-Victor Férard (sis à Paris), spécialiste en plantes annuelles, bisannuelles et vivaces.

17 Les plantes saxatiles (ou saxicoles) poussent dans les fissures des parois (falaises) ou entre les roches et les pierres (pierriers), dans des zones plutôt arides.

18 Journal de la Société nationale d’horticulture de France et Revue horticole notamment.

19 Eugène Laumonnier reprit la maison Férard dès 1911, en s’associant à un certain Fortin. À partir de 1926 Laumonnier dirige seul l’entreprise (Archives commerciales de la France : journal hebdomadaire..., mardi 4 mai 1926, p. 1083) jusqu’à sa faillite (Le Matin : derniers télégrammes de la nuit, 12 janvier 1935, p. 7).

20 En dehors d’Eugène Laumonnier et de Georges Weiss, les autres exposants de décors de stands japonisants ou alpins ne semblaient pas s’essayer à l’alpino-japonais.

21 L’une des premières visites documentées chez Albert Kahn est celle organisée pour la Société nationale d’acclimatation de France en 1903. Le jardin japonisant n’a alors que cinq années d’ancienneté (Bois D., 1903, p. 327 sq.).

22 Parmi les jardins modernes, citons celui du vicomte Charles de Noailles à Paris (par les frères Vera, 1924) et dans sa villa de Hyères (par Guevrekian, 1925) ; ou ceux d’Henry Boussard à Lardy (par Marrast, 1927) et de la villa de Paul Cavrois à Croix (par Mallet-Stevens, 1929-1932).

23 https://agriculture.gouv.fr/11novembre-les-blessures-du-monde-agricole

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Michelet SC., Exposition universelle – Jardin japonais
Légende Le jardin de l’Exposition de 1889 fut marquant pour le jardinisme japonisant : c’est ici que le jardinier Hata Wasuke (1865-1928) fut débauché pour travailler dans diverses propriétés en France (Suzuki, 2021).
Crédits Source : Huard, 1889.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 366k
Titre Figure 2. M. Sucre arrosant « ses arbustes nains et ses fleurs contrefaites […] » dans Madame Chrysanthème de Pierre Loti
Légende Le roman de Pierre Loti fut une œuvre emblématique du japonisme et participa, à sa manière, à la propagation d’un imaginaire horticole japonais.
Crédits Source : dessin de Myrbach dans Loti, 1888, p. 273-274.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 173k
Titre Figure 3. Le jardin Hotta-no-Niwa à Tokyo
Légende Cette photographie de Ogawa Kazumasa (1860-1929), ici utilisée en carte postale, avait déjà servi d’illustration dans l’ouvrage de Josiah Conder Landscape Gardening in Japan (1893).
Crédits Source : Künzli Frères & Co éditeurs à Paris, début du xxe siècle.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 258k
Titre Figure 4. Le jardin alpin de Friar Park à Henley-on-Thames
Légende Admiré par ses contemporains, cet enrochement monumental, œuvre de sir Frank Crisp (1843-1919) et de son chef jardinier Philip Knowles (1859-1940), abrita une collection unique en Europe – pour un particulier – de 2 500 espèces alpines.
Crédits Source : Maumené, 1913.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 509k
Titre Figure 5. Chalet « Floraire », dans le jardin de M. Correvon, près de Genève
Légende La pépinière Floraire fut fondée en 1902 et entièrement dédiée à la vente de plantes alpines.
Crédits Source : Roger, 1932.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 258k
Titre Figure 6. Plan de la propriété Kahn à Boulogne-Billancourt en 1932
Légende Dans le rectangle bleu, le jardin japonisant et, dans le rouge, la zone du jardin alpin.
Crédits Source : Le Bulletin des collections Albert Kahn, no 10, archives du MDAK, 1999.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 246k
Titre Figure 7. Détail du plan du jardin d’Albert Kahn, montrant l’ensemble de la zone qui comprend les jardins japonais et alpins d’Albert Kahn
Légende Dans le cercle vert, la zone alpine située au cœur du jardin japonisant (figures 9 et 10), isolée du secteur considéré comme le « jardin alpin » proprement dit. Le point rouge signale l’emplacement du sōrintō13 (figure 10). Le cercle bleu renvoi à l’enrochement de la figure 16.
Crédits Source : archives du MDAK, 1956.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 105k
Titre Figure 8. Une partie du jardin alpestre d’Albert Kahn planté de divers bulbes et plantes vivaces
Légende Une vue d’ensemble du « jardin alpin » (signalé sur le plan de la figure 6).
Crédits Source : archives du MDAK, numéro d’inventaire B 417 S, cliché Auguste Léon, 1914.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 222k
Titre Figure 9. Quelques plantes de montagne (alpines et alpestres) présentes dans le jardin japonisant d’Albert Kahn, 1913
Légende Leontopodium (édelweiss) (1), Minuartia (2), Dianthus (3), Pseudo-fumaria (4), Delosperma (5), Thymus (6), Papaver (7), Polemonium (8), Hosta (9)14.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
Titre Figure 10. Jardin Albert Kahn, le sōrintō (le seul hors du Japon) côtoyant les rocailles alpines de la figure 9
Légende Cette photo permet d’observer un exemple d’effet visuel qu’un jardin alpino-japonais offrait : faire cohabiter rocailles aux petites plantes tapissantes et fabrique monumentale japonisante.
Crédits Source : archives du MDAK, numéro d’inventaire B 443, cliché Auguste Léon, 1914.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 366k
Titre Figure 11. La « vallée alpestre » située au centre du jardin alpino-japonais dans le domaine de Bois-Larris
Légende Ce cliché et celui de la figure 12 ont pu être pris depuis le même endroit : en se tournant d’un côté, le photographe voyait la « vallée alpestre » et, en se retournant, il faisait face au pavillon japonisant accolé à une fausse falaise.
Crédits Source : musée d’Orsay, anonyme, après 1912.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 155k
Titre Figure 12. Le jardin japonisant, son pavillon et la falaise factice en rocaillage dans le domaine du Bois-Larris
Légende Ce pavillon japonisant fut construit, tout comme le jardin l’entourant, par des artisans français.
Crédits Source : Laumonnier, 1929.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 240k
Titre Figure 13. Dans le jardin des Roches Fleuries, une plante de la collection alpine d’Ernest Van den Broeck
Légende Les plantations alpines étaient regroupées dans l’enrochement situé sous le kiosque et le pont de la figure 13.
Crédits Source : Guinet, 1931.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 236k
Titre Figure 14. Le pavillon et le pont-torii du jardin des Roches Fleuries
Légende Ce pont courbe doublé d’une pergola en forme de torii est une création japonisante probablement unique en Occident.
Crédits Source : Guinet, 1931.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 192k
Titre Figure 15. Un exemple (non daté) de décor japonisant créé par Weiss pour les floralies
Légende Les floralies parisiennes, qui se déroulaient au printemps et à l’automne, étaient la vitrine du savoir-faire horticole français.
Crédits Source : Weiss, 1930.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 242k
Titre Figure 16. Enrochement du village japonais au musée Albert Kahn
Crédits Source : Romain Billon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 362k
Titre Figure 17. Tony Georges-Roux, Le jardin Moser : vue d’ensemble
Légende Cet exemple de jardin moderne, union entre l’horticulture et les arts décoratifs, est le fruit de la collaboration entre l’architecte Joseph Marrast (1881-1971), les pépinières Moser & Fils, le sculpteur Paul Silvestre (1884-1976) et les céramistes Mazzioli.
Crédits Source : L’illustration, 1925.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/docannexe/image/32851/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 371k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Romain Billon, « Les jardins alpino-japonais, histoire d’une possible utopie paysagère  »Projets de paysage [En ligne], 29 | 2023, mis en ligne le 29 décembre 2023, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/paysage/32851 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/paysage.32851

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Auteur

Romain Billon

Romain Billon a travaillé pendant vingt ans au jardin Albert Kahn (département des Hauts-de-Seine), s’y spécialisant dans l’entretien et l’histoire des jardins japonais. Depuis deux ans, il est le responsable du jardin alpin de Paris, au Jardin des plantes (Muséum national d’histoire naturelle).
romain.billon[at]yahoo[dot]fr

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