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Notes de lectures

Alexandre Mazarakis-Ainian (dir.), Sanctuaires archaïques des Cyclades

Postface de Fr. Prost et Fr. De Polignac, coll. Archéologie et culture, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2017, 398 p.
Sylvie Rougier-Blanc
p. 354-360
Référence(s) :

Alexandre Mazarakis-Ainian (dir.), Sanctuaires archaïques des Cyclades, postface de Fr. Prost et Fr. De Polignac, coll. Archéologie et culture, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2017, 398 p. - ISBN 978-2-7535-4182-5.

Texte intégral

1L’ouvrage dirigé par Alexandre Mazarakis-Ainian arrive à point nommé. D’une part, la publication a été rendue possible par l’accueil du chercheur grec, au sein de deux laboratoires français (ArScAn de Paris I, l’EPHE au sein d’AnHiMA), dans le cadre d’une chaire internationale Blaise-Pascal en 2012-2013 et d’un projet sur le paysage religieux des Cyclades. D’autre part, depuis une dizaine d’années, les études sur l’archéologie religieuse cycladique aux époques géométrique et archaïque ont beaucoup progressé. Enfin, les Cyclades connaissent récemment un regain d’intérêt en tant qu’espace politique étudié pour lui-même. Au croisement entre l’analyse d’une forme architecturale en devenir (le sanctuaire et le temple) et l’approche archéologique et historique de l’évolution des pratiques religieuses, l’ouvrage rendra de nombreux services aux archéologues et historiens des religions, aux spécialistes d’architecture et à tous ceux que l’époque archaïque intéresse. Il ne constitue pas à proprement parler une synthèse exhaustive (comme le remarquent Fr. Prost et Fr. de Polignac en postface, p. 391-393) car certains sites majeurs des Cyclades ne sont pas traités en détail (comme Ténos), mais il permet d’appréhender les sanctuaires des Cyclades pour eux-mêmes et sous un angle nouveau. Le volume, d’une excellente tenue, aux dessins, photos et plans d’extrême qualité, permet d’explorer ce que les auteurs de la postface appellent à juste titre « le laboratoire cycladique », plus divers que jamais. Un des mérites de l’ouvrage, outre le renouvellement de la documentation archéologique, est de rééquilibrer le tableau du paysage religieux cycladique grâce à l’examen des trouvailles récentes de Kythnos, de Despotiko et de Siphnos notamment, alors que, pendant de nombreuses années, les îles de Délos, de Paros et de Naxos (avec le fameux sanctuaire d’Yria) dominaient la recherche archéologique, voire historique.

2On regrettera que les quinze contributions de l’ouvrage soient simplement juxtaposées : le volume aurait gagné à être conçu explicitement comme un livre à part entière, avec une introduction programmatique (rôle que remplit très bien le premier article d’A. Mazarakis-Ainian), et une répartition en chapitres, pour faciliter la lecture et l’exploitation des données. Les articles de synthèse (articles n° 2 et 3) auraient pu clore l’ouvrage, plutôt que l’ouvrir, car ils démontrent bien les nouvelles orientations que prend l’étude de l’architecture religieuse cycladique et les questions laissées en suspens. La bibliographie aurait aussi pu être commune pour éviter les doublons, mais ces remarques n’enlèvent rien à la qualité ni à l’intérêt de l’ouvrage. Les nombreuses contributions permettent en effet d’étoffer le tableau des sanctuaires cycladiques archaïques et offrent des conclusions stimulantes. Délos n’est pas nécessairement le centre des pratiques cultuelles des Cyclades ; le couple délien, Apollon et Artémis, ne s’impose pas partout. Si puissantes que soient les îles de Naxos et de Paros au cours de la période, d’autres îles occupent un rôle de premier plan dans ce qu’il conviendrait d’appeler le « réseau cultuel cycladique ». Car comme le notent très bien Fr. Prost et Fr. de Polignac, les notions de centre et de périphérie sont à repenser à la suite de la lecture d’un tel ouvrage, au profit de l’étude des relations complexes (en réseaux à multiples polarités ?) qu’ont pu établir entre elles les îles des Cyclades à l’époque archaïque.

3Les trois premières contributions, consacrées à des thèmes généraux (les dieux, l’architecture, l’eau) dressent un état des lieux renouvelé. Erica Morais-Angliker (« Worshipping the divinities at the archaic sanctuaries in the Cyclades », p. 29-53) propose un tableau synthétique des divinités honorées dans les sanctuaires archaïques des Cyclades. Difficile de les identifier avec certitude car là où les sources écrites nous renseignent (à Kea, Syros, et, dans une certaine mesure Amorgos), le site n’a pas été localisé, et là où les vestiges ont été découverts, la divinité n’est pas toujours identifiée. Dans la grande majorité des cas, le culte d’Apollon et d’Artémis apparaît dans les Cyclades sans lien avec Délos ou la communauté ionienne. Si les temples sont de formes variées, les offrandes présentent souvent de nombreux points communs : fibules, épingles, sceaux et bijoux, parfois de rares protomés. Artémis et Apollon ne sont pas les seuls dieux honorés dans les Cyclades et ils ne prédominent pas nécessairement à l’époque archaïque. Dionysos était honoré depuis longtemps sur l’île de Kéa, mais aussi à Yria et à Amorgos. Le temple de la presqu’île de Palati, avec son magnifique cadre de porte de type cycladique, peut probablement lui être attribué, plutôt qu’à Apollon. Déméter faisait l’objet d’un culte (à Sangri, sur l’île de Naxos, à Andros) et dans une certaine mesure mais moindre, Athéna et Aphrodite ; s’il n’est pas possible d’envisager un panthéon proprement « cycladique », notons qu’Héphaïstos et Hermès sont résolument absents et que Poséidon n’est honoré dans des sanctuaires qu’à partir de l’époque classique (à Ios, Ténos et Délos).

4L’article d’Aene Ohnesorg, grande spécialiste de l’architecture de marbre, (« Island-Ionic and Island-Doric architecture on the Cyclades. An overwiew », p. 55-72) propose un rapide bilan de l’architecture religieuse cycladique archaïque et contribue à mieux définir les groupes ionique et dorique cycladiques. C’est à Yria sur l’île de Naxos qu’ont été découverts les plus anciens vestiges d’architecture monumentale de marbre des Cyclades (temple III, début du viie s. av. J.-C. étudié dans les années 90 par G. Gruben), et à Sangri, le plus ancien chapiteau ionique daté. L’ionique cycladique se caractérise par de nombreux facteurs. On trouve ces caractéristiques pour le temple IV du sanctuaire d’Yria à Naxos (575-550 av. J.-C.), mais aussi celui d’Athéna sur l’acropole de Paros (prostyle) et celui sur la presqu’île de Palati dans le port de Naxos (diptère) qui datent tous deux du milieu du vie s. av. J.-C. L’ordre dorique à proprement parler n’apparait dans les Cyclades qu’à partir de 500 av. J.-C., principalement à Paros. Mais l’influence ionique est toujours forte, comme le montrent les proportions plus minces du temple dorique d’Artémis au Délion de Paros, et les colonnes minces, sans cannelures, de la colonnade rénovée du porche nord de l’édifice A du sanctuaire de Despotiko ou encore celles du temple d’Héra à Délos. Difficile dans ces cas d’offrir un tableau unifié de l’architecture des temples archaïques cycladiques. D’autant plus qu’à Délos, les trois édifices « naxiens » (l’oikos, la stoa et le propylon), considérés parmi les plus anciens lieux de culte, ne présentent pas de critères homogènes. Le fameux oikos des Naxiens ne comporterait de traits proprement insulaires qu’à partir du vie s. av. J.-C., alors que la façade du temple de Sangri à Naxos, plus récent, s’en distingue nettement. L’analyse des ordres et des principes de construction ne sont pas les seuls critères à prendre en compte pour tenter de comprendre la spécificité de l’architecture religieuse cycladique. Comme le rappelle l’auteur, les fonctions des bâtiments, leur place dans le sanctuaire, constituent aussi des critères importants qui demanderaient une étude conjointe.

5Leonidas Bournias propose d’étudier l’approvisionnement en eau et son stockage dans les sanctuaires cycladiques des époques archaïque et classique (« Water Management and Water Storage in Cycladic sanctuaries during the Archaic and the Classical periods », p. 73-90). Nul besoin d’insister sur l’intérêt vital qu’occupent les sources dans les îles, ni de rappeler combien les sanctuaires sont demandeurs d’eau (pour les rites de purification, l’accueil des fidèles, l’organisation des repas…). L’auteur présente quelques cas de fontaines, citernes, puits ou installations hydrauliques bien identifiés à Naxos et à Paros notamment, en insistant sur les difficultés qu’il y a à dater des installations qui ont parfois été utilisées jusqu’au Moyen Age. Les fontaines peuvent se présenter comme de simples bassins (Paros, sanctuaire du Pythion) ou au contraire faire l’objet d’un véritable investissement architectural, avec des escaliers (Délos, fontaine Minoé). La question de savoir si ces installations font partie du culte est difficile à trancher. Quand il s’agit, comme à Paros, au sud de la Paroikia, du Pythion dédié à Apollon et à Asclépios, il est tentant de relier le bassin (Fontaine I) aux pratiques guérisseuses du dieu. Dans les autres cas, la question reste ouverte.

6De Délos il est question certes, dans l’une des contributions de l’ouvrage, mais de façon originale puisque Vinciane Pirenne-Delforge s’intéresse au culte d’Héra dans l’île (« Héra, Apollon et l’Heraion de Délos à la période archaïque », p. 91-104). Après un rappel des données archéologiques sur le temple archaïque d’Héra construit dès le viie s., l’auteur se propose d’étudier les offrandes et le mobilier pour déterminer si le culte de la déesse était local ou régional. Souvent liées à la sphère féminine, les dédicaces, les vases d’abord corinthiens, puis attiques, comme les protomés de style ionien, ne reflètent pas nécessairement l’origine des dédicants car l’argile est de mauvaise qualité sur l’île et ce sont plus probablement les Déliens eux-mêmes qui ont eu recours à ces importations. Quant à Athéna, son culte est établi dans la région du Cynthe un peu après ou en même temps que celui de Zeus. V. Pirenne Delforge propose de relire mythe et archéologie indépendamment pour redonner à Héra sa place à Délos comme épouse de Zeus, déesse du mariage et gardienne de l’oikos et non comme personnage secondaire du mythe de Létô.

7Deuxième dossier important, celui de Kythnos pour lequel A. Mazarakis-Ainian et ses collaborateurs livrent une synthèse archéologique à jour (« A sanctuary in the ancient city of Kythnos. Topography and architecture », p. 105-134). Il s’agit du sanctuaire intra muros de Vryokastro, nom actuel de la cité de Kythnos. Le dossier permet de réévaluer l’importance et la richesse de la cité et de l’île à l’époque archaïque, cité pour laquelle on ne possède pas de témoignages écrits. Fondé entre le premier et le deuxième quart du viie s., abandonné autour de la moitié du ier s. av. J.-C., probablement à la suite d’un séisme, le temple en schiste était d’ordre dorique. Il est constitué de deux oikoi rectangulaires, dont un seul est bien préservé. L’adyton a livré plus de 1500 offrandes in situ et devait probablement abriter une statue votive. Les offrandes sont nombreuses et précieuses (des dizaines de vases entiers, des bijoux en or, en argent et en bronze, de provenances diverses). Elles montrent que le sanctuaire avait un rayonnement très vaste, qui ne se limitait pas à la mer Égée mais allait du nord de l’Égée à l’Égypte et au Levant, de l’Anatolie à la Grande Grèce et la Sicile (« Pottery and clay figures from the sanctuary of Kythnos », p. 135-192 et « Small finds from the sanctuary of Kythnos », p. 193-256). Deux autels complètent l’ensemble, autant d’indices en faveur d’un culte double (Apollon/Artémis comme semblent timidement le suggérer une dédicace fragmentaire et un graffito). Point particulièrement intéressant, A. Mazarakis discute la fonction chtonienne de l’adyton, surtout en lien avec la mantique (p. 123-126, p. 161). L’existence de petites offrandes, dont des coquillages, des coraux, des carapaces de tortues, l’absence de recours au marbre en architecture, plaident en faveur d’un sanctuaire tourné vers la mer, fréquenté par des marins d’horizons divers (venus de l’Est comme de l’Ouest), au point de jouir, du moins à l’époque archaïque, d’une certaine renommée. L’analyse des restes fauniques (« Animal offerings of the sanctuary of Vryokastro on Kythnos », p. 257-273 et « Calculation of the regional marine reservoir effest [CA. 8th-1st Century B.C.] based on samples from the Vryokastro site on Kythnos », p. 275-285) a permis d’identifier les pratiques sacrificielles (de nombreux ossements, en grande majorité de chèvres, à proximité des autels) et peut-être des restes de dîners à l’intérieur de l’adyton (chevreaux, lièvres, oiseaux, poissons et fruits de mer) ? L’hypothèse intéressante de l’existence de Théoxénie est formulée par Katarina Trantalidou et Tatiana Theodoropoulou (p. 264). En appendice aux analyses fauniques et anthracologiques (p. 280-282), Maria Ntinou propose une interprétation des essences identifiées d’après les charbons de bois relevés pour datation au 14C sur le site de Kythnos. La démarche est particulièrement intéressante car trop souvent négligée par les archéologues. L’olivier (olea europaea), le poirier sauvage, (Maloidae), l’amandier sauvage (prunus amygdalus) et le câprier (Capparis spinosa) attestés dans les prélèvements, sont probablement des essences locales. La présence de chênes caducs (Quercus sp.) n’est pas exclue à Kythnos. En revanche, le sapin (abies sp.) et le cyprès (cupressus sempervirens) devaient, en toute logique être importés du continent pour les charpentes. Les conclusions demanderaient à être vérifiées car le nombre d’échantillon est trop réduit pour être pertinent, et le lieu de découverte n’est pas toujours pris en compte. Distinguer bois de chauffe, bois des offrandes et bois de construction n’est pas toujours aisé. Les Cyclades sont, par définition, pauvres en bois et l’on sait qu’à l’époque hellénistique, on importait aussi à Délos du charbon de bois. Cet aspect des usages du bois en contexte sacré demanderait une analyse sur l’ensemble des Cyclades et sur la longue durée, notamment pour réévaluer la place du bois dans les sanctuaires.

8Le site du sanctuaire de Despotiko situé sur l’île inhabitée éponyme à l’ouest de Naxos, fait l’objet du dossier suivant, avec trois contributions. Connu exclusivement par les fouilles archéologiques menées par Yannos Kourayos et son équipe depuis plus d’une quinzaine d’année, le sanctuaire est unique par son extension (18 bâtiments sont identifiés) et son organisation spatiale, à tel point qu’on évoque désormais « une nouvelle Délos » (« Politics, Territory and religion in the Cyclades during the archaic period. The case of Paros and the sanctuary on Despotiko », p. 307-326). Des traces de culte et de repas de fête, ainsi qu’une aire semi circulaire datant du viiie-viie s. av. J.-C. ont été identifiées, mais les lieux sont vraiment investis dans le milieu du vie s. avec la création d’un temenos, qui abritait un temple, un hestiatorion, un autel… et le recours à une architecture monumentale de marbre. Des inscriptions fragmentaires attestent d’un culte d’Apollon, associé à une divinité féminine (probablement Artémis). On trouve pour cette époque de nombreuses offrandes remarquables dont des korai et des kouroi de marbre (plus de 50 pièces fragmentaires). Le sanctuaire fait l’objet d’une destruction générale dans le courant du ve s. Mais il est reconstruit juste après et perdure à l’époque classique jusqu’à ce qu’il soit délaissé au iie s. av. J.-C. Le bâtiment A, l’un des plus importants du site, est composé de 5 pièces dont les deux premières, les plus anciennes, forment le temple, imposant, alors que les trois dernières constituent l’hestiatorion du sanctuaire, l’ensemble étant doté de colonnes de marbre vers 500 av. J.-C. Les auteurs (Yannos Kourayos et Kornilia Daifa) supposent en toute logique que le sanctuaire était administré par la cité de Paros, à la tête de laquelle devait se trouver une aristocratie modérée. Despotiko peut être interprété comme le lieu choisi par les Pariens pour exprimer leur art et l’éclat de leur puissance, à égale réputation et importance de Délos. L’origine des offrandes conforte le rôle de premier plan du sanctuaire durant le vie s. car certaines sont importées de toute la mer Égée. Le sanctuaire se trouvait au cœur d’un réseau d’échanges très actifs à l’époque archaïque. L’existence sous la pièce A1 du temple du vie s. de dépôts d’offrandes plus anciennes (« A deposit of small finds from the sanctuary of Apollon on the island Despotiko », p. 327-344), notamment une figurine de terre cuite de style dédalique, (étudiée p. 335) montre le souci de continuité dans le culte. On retrouve ces mêmes caractéristiques dans le bâtiment Δ, situé en partie à l’extérieur du péribole nord à l’est de la porte nord du sanctuaire, daté du troisième quart du vie s. (« Ritual dining at the sanctuary of Apollon on Despotiko : the evidence from building Δ », p. 345-366). Les ruines de ce qui semble être un édifice à abside ont été découvertes au cours des fouilles de 2003 juste sous l’édifice. Il s’agirait de vestiges de sacrifices et de repas rituels destinés probablement à renforcer les liens entre les participants, des Pariens d’après les profils céramiques. L’analyse du matériel découvert dans le bâtiment Δ, avec une nette prédominance pour les formes ouvertes, des cratères à bandes et certaines pièces de cratères dits « méliens, pousse les archéologues du site à remettre en question la fonction de trésor envisagée lors des débuts de la fouille. Il pourrait s’agir, dans la continuité de l’édifice précédent, d’une pièce en lien avec des repas rituels, peut-être en faveur d’une divinité féminine (Artémis ?).

9La question de la continuité de culte est aussi au cœur de l’article de Dimitri Schilardi sur le temple d’Athéna à Koukounaries sur l’île de Paros, (« Koukounaries and the cult of Athena », p. 287-305), qui reprend nombre des conclusions de ses précédentes contributions. L’acropole fortifiée était occupée à la fin de la période mycénienne (HR IIIC), avec un édifice imposant (Mansion) incendié vers 1150 av. J.-C. Par la suite, au Premier âge du Fer, trois établissements se succèdent au sommet de l’acropole et sur les deux plateaux inférieurs. Le sommet est abandonné au cours des années 700 et l’habitat de l’époque archaïque se développe sur les pentes sud et sur le plateau médian de la colline. Le sanctuaire est actif dès la période géométrique, installé sur la terrasse du plateau médian. Le temple lui-même, de forme rectangulaire (oikos), doté de deux colonnes intérieures en bois sur base de marbre soutenant un toit plat et d’une banquette, probablement pour recevoir les offrandes, date des années 700 mais des traces d’occupation antérieure ont été découvertes sous le temple, en relation avec des pratiques cultuelles. La céramique du dépôt votif d’Athéna offre une séquence complète de l’HR IIIC à l’époque archaïque. Si la continuité d’occupation du site est établie, celle du culte d’Athéna (Poliouchos ?), identifiée par les inscriptions sur vase, l’est moins. La transition entre l’époque géométrique et l’époque archaïque est marquée par des changements culturels et politiques. La cité de Paros devient florissante et Athéna remplit alors la fonction de divinité poliade, si bien qu’on serait tenté d’interpréter l’espace proche du temple d’Athéna comme une agora primitive. Un bâtiment important au nord du temple a été qualifié de prytanée archaïque. On y a retrouvé des traces de repas et plus tard des sceaux officiels au ive s. Après les années 650, le site d’habitat est déserté au profit de la ville de Paros et le sanctuaire d’Athéna devient un sanctuaire régional ou local.

10Le dernier article (« The acropolis of aghios Andreas Siphnos. The sanctuary (8th -2nd century BC.), p. 367-377) livre les premiers résultats sur le sanctuaire de l’acropole d’Aghios Andreas de l’île de Siphnos. En activité depuis le viiie s., il se trouve sur l’acropole qui était occupée à l’époque mycénienne mais a été désertée à la suite du développement de Kastro comme capitale des Siphniens, à la fin de l’époque archaïque. L’auteur distingue trois phases d’occupations avec en dernier lieu le développement du mur de péribole à la fin du vie s., période au cours de laquelle le sanctuaire acquiert une nouvelle parure monumentale. Cet essor est probablement dû au contexte : l’acropole devient un endroit stratégique pour la circulation de l’information entre la ville de Kastro et les tours de surveillance disséminées dans l’île pour préserver la sécurité des mines exploitées. Le matériel votif du temple se compose d’offrandes de toute sorte (vases, figurines, bijoux, sceaux…) qui datent du viiie s. jusqu’au iie s. av. J.C. et prouvent la longue fréquentation du sanctuaire. L’iconographie de certains objets permet de formuler l’hypothèse d’un culte en l’honneur d’une déesse de la fertilité, devenue Artémis plus tard (?).

11Que ce soit pour réévaluer l’architecture religieuse insulaire, la nature des cultes ou les liens entre sanctuaires et politique, ce volume se révèle incontournable pour l’histoire des Cyclades.

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Pour citer cet article

Référence papier

Sylvie Rougier-Blanc, « Alexandre Mazarakis-Ainian (dir.), Sanctuaires archaïques des Cyclades »Pallas, 105 | 2017, 354-360.

Référence électronique

Sylvie Rougier-Blanc, « Alexandre Mazarakis-Ainian (dir.), Sanctuaires archaïques des Cyclades »Pallas [En ligne], 105 | 2017, mis en ligne le 30 novembre 2017, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/8687 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.8687

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Auteur

Sylvie Rougier-Blanc

Université Toulouse Jean Jaurès – PLH-CRATA

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