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Miscellanées

Étude sur les sociétés minières du Laurion au ive s. av. J.-C.

A survey of the mining associations of Laurion in the 4th c. BC
Christophe Flament
p. 237-255

Résumés

La présente étude est consacrée aux sociétés constituées pour l’exploitation des mines lauréotiques au ive s. av. J.-C. On tente d’y préciser les droits et obligations des différents partenaires, ainsi que les principes qui présidaient à la répartition de ces droits et devoirs entre associés. Les textes des orateurs constituent le point de départ de cette enquête ; des parallèles sont ensuite établis avec l’affermage des taxes et les contrats publics, mais aussi avec des conventions conclues entre particuliers transmis par les papyri égyptiens. On y discute également de la notion de « responsabilité collective » dans le droit athénien.

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Texte intégral

1. Introduction

  • 1 Une des études de référence à propos de cette œuvre de Xénophon demeure Gauthier, 1976.
  • 2 Édités dans Langdon, 1991.
  • 3 On trouvera les principales solutions avancées sur la signification des catégories de concessions d (...)
  • 4 Les prix revenant les plus fréquemment dans les baux sont ceux de 20 et 150 drachmes ; cf. le table (...)
  • 5 Dans le C. Panténètos (xxxvii, 22), l’accusé dit avoir déboursé 1,5 talent pour acquérir son exploi (...)
  • 6 Il s’agit de Langdon, 1991, P21, ll. 7-15, une mine dénommée Ktèsiakon :
                               (...)

1On dispose pour les mines du Laurion d’un corpus documentaire dont ne peut se prévaloir aucun autre district minier grec antique. Ces informations sont toutefois inégalement réparties sur l’échelle du temps : leur centre de gravité se situe résolument au ive s. avec les Poroi de Xénophon1, plusieurs discours d’orateurs attiques, le chap. XLVII de la Constitution d’Athènes du Ps.-Aristote et, surtout, les διαγραφαί des Polètes2. Sur plusieurs points, essentiels parfois, on ne peut néanmoins qu’à grand’peine réconcilier les informations des textes littéraires avec les dispositions reprises dans ces fameux baux miniers. Ainsi, le Ps.-Aristote n’évoque qu’une seule (celle d’ἐργάσιμον) des quatre catégories de concessions utilisées par les Polètes (καινοτομία, ἐργάσιμον, ἀνασάξιμον et παλαιόν ἀνασάξιμον), mais en ajoute une autre dénommée « συγκεχορημένον » dont on ne peut déterminer si elle constituait une catégorie distincte de celles des Polètes, ou bien si elle recouvrait une, voire plusieurs d’entre elles3. Ensuite, les prix indiqués pour les concessions dans les baux sont d’un tout autre ordre de grandeur4 que ceux évoqués dans les discours des orateurs5. Enfin, dans les διαγραφαί, à une exception près6, toutes les concessions sont attribuées à un ὠνητής unique ; or, bon nombre de mines évoquées dans les plaidoyers attiques, on va le voir, sont exploitées par des concessionnaires associés.

  • 7 Ardaillon, 1867, p. 186-187.
  • 8 Ainsi K. Shipton (1998, p. 61-62, suivie par Domergue, 2008, p. 184-185), lorsqu’elle soutenait que (...)
  • 9 Francotte, 1901, p. 199-204 ; Campbell, 1934.
  • 10 Endenburg, 1937, p. 187-199. Il proposait d’assimiler ce qu’il dénommait la « zakengemeenschap in h (...)

2Ce dernier point de divergence a fait l’objet, semble-t-il, d’une moins grande attention. Depuis les travaux pionniers d’Éd. Ardaillon7 en effet, les spécialistes de l’histoire minière se sont relativement peu intéressés à ces groupements de mineurs ; tout au plus y font-ils référence pour rendre compte de dispositions jugées remarquables dans les διαγραφαί des Polètes8. Ces groupements ne furent par ailleurs qu’à de très rares occasions intégrés dans les discussions portant plus largement sur les associations (κοινωνία, μετοχή) dans le monde antique. De surcroît, la plupart des travaux qui le font sont désormais passablement anciens9 ; celui de P. J. T. Endenburg paru en 1937 est en effet l’un des derniers à avoir traité spécifiquement du cas des mines attiques10.

3Dans ces conditions, il nous a semblé d’autant moins vain de reprendre cette question que, si l’on se réfère au texte des orateurs, ces groupements de mineurs constituaient une réalité bien ancrée dans le secteur minier lauréotique au ive s. L’examen de ces plaidoyers constituera d’ailleurs le point de départ de cette enquête dont l’objectif est, in fine, de préciser les droits et obligations des différents partenaires, ainsi que les principes qui présidaient à leur répartition. Il sera nécessaire pour cela d’établir des parallèles avec les pratiques associatives observées dans d’autres secteurs d’activités, en priorité dans le monde athénien, mais pas uniquement.

  • 11 C’était également le terme qu’employait Glotz, 1920, p. 322.

4Avant d’en venir à l’analyse proprement-dite, il paraît toutefois important de signaler que les documents que l’on vient d’évoquer n’emploient aucun substantif pour désigner de tels groupements de mineurs ; c’est donc par pure commodité qu’ils seront dénommés « sociétés minières »11 dans la suite de cette étude, sans que cela n’implique pour autant, dans notre chef, quelle qu’analogie que ce soit avec des réalités contemporaines du même nom

2. Sociétés minières dans les plaidoyers attiques

  • 12 On sait peu de choses à propos des μεταλλικαὶ δίκαι ; hormis les éléments de ce discours (qui const (...)
  • 13 Le procès a sans doute été jugé peu après 348/7. Le plaideur dit en effet qu’il était absent lors d (...)
  • 14 Démosthène, C. Panténètos (xxxvii), 38 : ἐγὼ μὲν οὐκ οἴομαι, ἀλλὰ τὰς μεταλλικὰς εἶναι δίκας τοῖς κ (...)
  • 15 Contra ibidem, p. 207, ainsi que Bissa, 2008, p. 272, n. 17. Le plaideur emploie en effet le mot με (...)

5Des quatre plaidoyers attiques évoquant des mines exploitées en sociétés ou susceptibles de le faire, deux sont malheureusement d’un intérêt limité, eu égard aux questions traitées ici en tout cas. Dans le C. Panténètos – le seul plaidoyer prononcé dans le cadre des δίκαι μεταλλικαί12 conservé par la tradition13 – en effet, Nikoboulos signale simplement que les litiges entre concessionnaires associés ressortaient au νόμος μεταλλικός14, tandis qu’on ne peut pas être totalement certain que les mines évoquées dans le C. Boetos II aient effectivement fait l’objet d’une exploitation conjointe par les fils de Mantias après la mort de ce dernier15. Le Pour Euxénippe d’Hypéride et le C. Phénippos du corpus démosthénien constitueront donc les points de départ de nos réflexions.

  • 16 Davies, 1971, estimait qu’il s’agissait de Philippe du dème d’Halès (p. 397) et de Nausiklès d’Oa ( (...)
  • 17 Même constat dans Ardaillon, 1867, p. 186.

6Les concessions minières évoquées dans le premier discours sont sans lien véritable avec le fond de l’affaire : le plaideur cite en exemple les procès dont elles ont fait l’objet pour démontrer aux juges qu’ils ont tout intérêt à ne pas suivre aveuglément les sycophantes, même lorsque ces derniers leur font miroiter des profits importants et immédiats. Le premier exemple concerne Philippe et Nausiclès16, de toute évidence des associés17, car le plaideur les englobe tous deux dans la même affaire :

Καὶ πρῶτον μέν, Τ(ε)ίσιδος τοῦ Ἀγρυλῆθεν ἀπογράψαντος τὴν Εὐθυκράτους οὐσίαν ὥς δημοσίαν οὖσαν, ἣ πλεόνων ἢ ἑξήκοντα ταλάντων ἦν, καὶ μετ’ ἐκείνην πάλιν ὑπισχνουμένου τὴν Φιλίππου καὶ Ναυσικλέους ἀπογράψειν, καὶ λέγοντος ὡς ἐξ ἀναπογράφων μετάλλων πεπλουτήκασι.

  • 18 Hypéride, Pour Euxénippe (iii), 34. La Souda (s.v. « Ἀγράφου μετάλλου δίκη ») donne de plus amples (...)

En voici un premier exemple. Teisis d’Agrylé avait revendiqué au profit de l’État, en en produisant une estimation, la fortune d’Euthycrate (elle était de plus de soixante talents) ; et, après celle-là, il parlait encore de demander de la même manière la confiscation de la fortune de Philippe et de Nausiclès, en soutenant qu’ils s’étaient enrichis à exploiter des mines sans les faire enregistrer18.

7L’affaire la plus retentissante fut néanmoins celle impliquant la mine d’Épicrate de Pallène :

  • 19 Le texte du discours a souvent été émendé à cet endroit en « ἐκτός τῶν μέτρων ». Dans une autre étu (...)

Τοῦτο δ’, εἰ βούλει, τὸ πρῴην ὑπὸ τῶν δικαστῶν πραχθὲν τοῦ ἐξελθόντος μηνός, πῶς οὐ μεγάλου ἐπαίνου ἄξιόν ἐστι; Φήναντος γὰρ Λυσάνδρου τὸ Ἐπικράτους μέταλλον τοῦ Παλληνέως <ὡς> ἐντὸς τῶν μέτρων19 τετμημένον, ὃ ἠργάζετο μὲν ἤδη τρία ἔτη, μετεῖχον δ’ αὐτοῦ οἱ πλουσιώτατοι σχεδόν τι τῶν ἐν τῇ πόλει˙ ὁ δὲ Λ[ύσα]νδρος ὑπισχνεῖτ[ο τρι]ακόσια τάλαντα εἰσ[πράξει]ν τῇ πόλει˙ τ[οσαῦτα γ]ὰρ εἰληφέναι α[ὐτους ἐ]κ τοῦ μετάλλου˙ ἀλλ’ ὅμως οἱ δικασταὶ, οὐ πρὸς τὰς τοῦ κατηγόρου ὑποσχέσεις ἀποβλέποντες, ἀλλὰ πρὸς τὸ δίκαιον, ἔγνωσαν ἴδιον εἶναι τὸ μέταλλον, καὶ τῇ αὐτῇ ψήφῳ τάς τε οὐσίας αὐτῶν ἐν ἀσφαλείᾳ κατέστησαν καὶ τὴν ὑπόλοιπον ἐργασίαν τοῦ μετάλλου ἐβεβαίωσαν.

  • 20 Hypéride, Pour Euxénippe (iii), 35-36.

Et cette autre affaire, si tu veux, récemment tranchée par le tribunal, le mois dernier, comment ne pas la trouver digne de grands éloges ? Lysandre avait dénoncé la mine d’Épicrate de Pallène comme ayant été creusée « à l’intérieur des limites » ; il l’exploitait déjà depuis trois ans et les hommes pour ainsi dire les plus riches de la Cité s’y étaient associés. Lysandre promettait que la Cité recevrait en dédommagement trois cents talents, c’est-à-dire autant qu’ils en avaient tiré de cette mine. Mais cependant, les juges, sans égard pour les promesses de l’accusateur, mais ne tenant compte que de la justice, reconnurent que la mine était à eux, et placèrent en sécurité leurs avoirs par un vote et leur confirmèrent l’exploitation de la mine pour le temps restant20.

8L’usage au singulier du terme « μέταλλον » indique clairement que nous avons affaire, dans le cas présent, à une seule et même concession exploitée par plusieurs associés.

  • 21 Une affaire vraisemblablement jugée vers 328/7, même si R. Descat propose une date plus haute : cf. (...)
  • 22 Le plaideur revient encore sur les difficultés traversées alors par le secteur minier aux §§ 21, 31
  • 23 La nature de l’infraction à l’origine de cette « confiscation » demeure obscure. Aperghis, 1997-199 (...)

9Enfin, dans le C. Phénippos21, le plaideur demande à être dispensé de figurer sur la liste des Trois-Cents, arguant que s’il s’était autrefois enrichi en exploitant des mines, il se trouvait aujourd’hui pratiquement ruiné, suite notamment à la mauvaise conjoncture traversée alors par le secteur minier22 et à la récente confiscation23 de la concession dans laquelle, précise-t-il, il était associé :

ἐπειδὴ δὲ τὰ μὲν τῆς κοινῆς ἀτυχίας μετασχὼν τοῖς ἄλλοις τοῖς ἐργαζομένοις ἐν τοῖς ἔργοις, τὰ δ’ ἰδίᾳ μεγάλαις περιπεπτωκὼς ζημίαις ἀπολώλεκα τὴν οὐσίαν, καὶ τὸ τελευταῖον νυνί με δεῖ τῇ πόλει τρία τάλαντα καταθεῖναι, τάλαντον κατὰ τὴν μερίδα μετέσχον γάρ, ὡς μή ποτ' ὤφελον, κἀγὼ τοῦ δημευθέντος μετάλλου.

  • 24 Démosthène, C. Phénippos (xlii), 3.

Puisque d’un côté j’ai partagé les malheurs communs aux autres qui travaillent dans les mines, de l’autre, personnellement, j’ai subi de grands dommages de tous côtés qui m’ont fait perdre une fortune et, pour finir, voilà maintenant que je dois trois talents à la cité, un talent par part car, comme si cela ne suffisait pas, j’étais associé dans la mine qui a été saisie24.

10Ces trois extraits mettent en évidence plusieurs aspects des sociétés minières athéniennes du ive s. En effet, si le texte du Pour Euxénippe relatif à la mine d’Épicrate de Pallène est correctement restitué, tous les partenaires auraient alors participé aux bénéfices de l’exploitation, comme on pouvait logiquement s’y attendre : c’est à ces derniers (le terme « α[ὐτους] » dans la phrase « τ[οσαῦτα γ]ὰρ εἰληφέναι α[ὐτους ἐ]κ τοῦ μετάλλου fait incontestablement référence à « οἱ πλουσιώτατοι »), précise en effet le plaideur, que la mine incriminée avait rapporté 300 talents en trois ans.

  • 25 Ardaillon, 1867, p. 187, a bien montré que cette somme de trois talents correspondait incontestable (...)

11D’un autre côté – et c’était cette fois moins attendu –, l’ensemble des associés d’Épicrate semblaient menacés par l’action de Lysandre : le plaideur précise bien que c’est sur leurs avoirs que devait être prélevée l’amende promise, comme on peut aisément le déduire du fait que le vote du tribunal les avait finalement confirmés dans leurs possessions, « τάς τε οὐσίας αὐτῶν ἐν ἀσφαλείᾳ κατέστησαν ». Les deux autres extraits illustrent également ce principe. Lorsqu’il est question de la sanction de Philippe et Nausiclès en effet, le plaideur emploie le singulier – exactement comme dans le cas d’Épicrate et de ses associés d’ailleurs – pour désigner leur fortune (τὴν [οὐσίαν] Φιλίππου καὶ Ναυσικλέους) menacée de confiscation ; les associés étaient donc tous deux passibles de sanctions. Quant au C. Phénippos, le plaideur indique que c’est bien en tant que partenaire dans la mine confisquée qu’il devait trois talents à la cité25, un talent par μερίς précise-t-il, une expression qu’il conviendra évidemment d’expliciter par la suite.

12Enfin, le fait qu’il soit question dans le Pour Euxénippe de la « mine d’Épicrate de Pallène » (τὸ Ἐπικράτους μέταλλον τοῦ Παλληνέως) laisse entendre que ce dernier jouissait manifestement d’une position prééminente au sein de sa société. Aucune précision n’est cependant donnée sur la nature exacte de son statut et des implications qui en découlaient.

13Tout l’enjeu consiste à présent à déterminer si ces différentes caractéristiques trouvent ou non des équivalents dans d’autres secteurs d’activités du monde athénien, afin de remettre ces éléments en perspective et de tenter ainsi d’éclairer, autant que faire se peut, le fonctionnement des sociétés minières attiques.

3. Parallèles avec le monde des τελῶναι

  • 26 En ce qui concerne les taxes, cf. notamment Migeotte, 2001, p. 165. Pour l’assimilation des concess (...)
  • 27 D’ailleurs, les deux opérations étaient placées sous la responsabilité des mêmes Polètes et se déro (...)

14S’il est un secteur qui, à Athènes, présentait de nombreuses similitudes avec le monde des concessionnaires miniers, c’est incontestablement celui des τελῶναι. En effet, la prise à ferme d’une taxe et l’obtention d’une concession minière s’assimilaient toutes deux à l’achat d’un droit pour une période limitée26, celui de percevoir une taxe dans le premier cas, celui d’exploiter le sous-sol dans le second27. Par ailleurs, des groupements de fermiers étaient fréquemment constitués pour la prise en adjudication des taxes, groupements que nous fait notamment connaître ce célèbre extrait d’Andocide :

Ἀγύρριος γὰρ οὑτοσί, ὁ καλὸς κἀγαθος, ἀρχώνης ἐγένετο τῆς πεντηκοστῆς τρίτον ἔτος, καὶ ἐπρίατο τριάκοντα ταλάντων, μετέσχον δ’ αὐτῷ οὗτοι πάντες οἱ παρασυλλεγέντες ὑπὸ τὴν λεύκην [τὸ πόσ]οὓς ὑμεῖς ἴστε οἷοί είσιν· […] Κερδήναντες δὲ ἓξ τάλαντα, γνόντες τὸ πρᾶγμα οἷον εἴη, ὡς πολλοῦ ἄξιον, συνέστησαν πάντες, καὶ μεταδόντες τοῖς ἄλλοις ἐωνοῦντο πάλιν τριάκοντα ταλάντων. Ἐπεὶ δ’ οὐκ ἀντεωνεῖτο οὐδείς, παρελθὼν ἐγὼ εἰς τὴν βουλὴν ὑπερέβαλλον, ἕως ἐπριάμην ἓξ καὶ τριάκοντα ταλάντων. Ἀπελάσας δὲ τούτους καὶ καταστήσας ὑμῖν ἐγγυητὰς ἐξέλεξα τὰ χρήματα καὶ κατέβαλον τῇ πόλει καὶ αὐτὸς οὐκ ἐζημιώθην, ἀλλὰ καὶ βραχέα ἀπεκερδαίνομεν οἱ μετασχόντες.

  • 28 Andocide, Sur les Mystères (i), 133-134.

Voilà : cet Agyrrhios, l’honnête homme que vous savez, était cette année-ci depuis deux ans chef des fermiers de l’impôt du cinquantième : il avait acheté sa ferme trente talents et pris pour associés tous ces hommes qui se réunissent près du peuplier blanc : vous savez ce qu’ils valent. […] Ayant gagné six talents, sachant comment se présentait l’affaire et combien elle était profitable, ils s’associèrent tous et, ayant convenu d’un arrangement avec les autres, ils proposent de nouveau de l’acheter pour trente talents. Comme personne n’enchérissait, je me suis avancé dans le Conseil et ait surenchéri, jusqu’à ce que je l’achète pour trente-six talents. Après avoir ainsi éliminé ces gens-là et constitué devant vous des cautions, je recueillis l’argent, je le versai à la Cité et n’y perdis rien moi-même mais, avec mes associés, nous réalisâmes même un petit bénéfice28.

  • 29 Un certain Phrykinos mentionné dans le C. Léocrate de Lycurgue (§ 19) avait dû également être ἀρχών (...)
  • 30 Endenburg, 1937, p. 196.

15La fin de l’extrait laisse entendre que les bénéfices étaient partagés entre les différents partenaires, exactement comme le suggérait notre analyse du discours d’Hypéride pour les sociétés minières. Andocide met cependant principalement en évidence le rôle d’ἀρχώνης29 qui fut le sien dans l’affaire. En cette qualité, il apparaît comme le seul acheteur vis-à-vis des autorités : Andocide dit en effet clairement que c’est lui qui s’est rendu à la Boulè et qui a enchéri ; c’est également lui qui a fourni des garants et versé, au final, la somme convenue. L’ἀρχώνης est donc le principal responsable de l’opération devant les autorités de la Cité. Il n’est d’ailleurs pas impossible, dans ces conditions, que son nom seul ait figuré sur les tablettes mentionnées dans la procédure d’adjudication des taxes décrite au chapitre XLVII de la Constitution d’Athènes : comme le faisait remarquer P. J. T. Endenburg30, le Ps.-Aristote utilise alors le terme πριάμενος au singulier, alors même que des groupements étaient la plupart du temps constitués pour la collecte des taxes à Athènes :

καὶ τὰ τέλη τὰ εἰς ἐνιαυτὸν πεπραμένα, ἀναγράψαντες εἰς λελευκωμένα γραμματεῖα τόν τε πριάμενον καὶ [ὅσου] ἂν πρίηται, τῇ βουλῇ παραδιδόασιν.

Et pour les taxes qui ont été vendues pour une année, ils inscrivent sur des tablettes blanchies le nom de l’acheteur et le montant de l’adjudication et les remettent à la Boulè.

  • 31 C’est le cas, par exemple, de Chairéphanès dans IG XII 9, 191 (notamment l. 31), qui apparaît comme (...)

16Une telle situation fait immanquablement songer à celle des διαγραφαί des mêmes Polètes où, là aussi, on ne relevait quasi-systématiquement qu’un seul nom par concession, alors même que, dans les faits, certaines d’entre elles devaient être exploitées par plusieurs associés. Partant, ne pourrait-on concevoir que les Polètes aient également uniquement fait figurer sur leurs relevés le nom de la personne qui faisait office d’ἀρχώνης au sein de la société minière ? Dans l’un et l’autre cas, cette situation pourrait s’expliquer par le fait que l’ἀρχώνης était le contractant initial qui n’avait choisi ses associés qu’après que la concession ne lui ait été octroyée, comme cela se pratiquait d’ailleurs couramment dans les contrats d’entreprise31.

  • 32 À l’instar de Ardaillon, 1867, p. 19 ; Francotte, 1901, II, p. 203, en faisait, pour sa part, « le (...)
  • 33 Cf. Ardaillon, 1867, p. 187 : « Je crois qu’il s’agit ici d’un particulier qui a trois talents d’am (...)
  • 34 On peut penser, en effet, que l’affaire avait dû être assez retentissante pour être connue d’un jur (...)
  • 35 À la fin du § 9, le plaideur demande en effet de lire le témoignage relatif à la mine (περὶ τοῦ μετ (...)

17Telle que nous venons de la décrire, cette fonction d’ἀρχώνης fait immanquablement songer à la position prééminente qu’occupait Épicrate de Pallène au sein de son exploitation32 ; qu’il soit question de la « mine d’Épicrate de Pallène » nous semble d’ailleurs assez révélateur à cet égard. Il nous paraît en revanche impossible d’admettre qu’il en ait été de même pour le plaideur du C. Phénippos et, dès lors, que ce soit en tant qu’ἀρχώνης qu’il avait été contraint de payer pour ses deux partenaires défaillants, ce qui aurait expliqué pourquoi, selon certains33, il disait devoir l’équivalent de trois parts (μερίδες) à la Cité. En effet, alors que l’affaire de la mine « confisquée » était manifestement bien connue des juges34 – d’où le fait qu’il y fasse, sans plus, allusion –, le plaideur semblait leur révéler, au moment du procès, qu’il faisait partie des personnes impliquées et demande d’ailleurs un peu plus loin que l’on produise un témoignage qui l’atteste35 ; il n’était donc vraisemblablement que l’un des partenaires de l’exploitation incriminée, au même titre, sans doute, que les associés d’Épicrate évoqués dans le Pour Euxénippe.

  • 36 Shipton, 1998, p. 62.
  • 37 Il aurait ainsi été contraint de payer parce que le concessionnaire principal avait fait défaut, co (...)
  • 38 Même constat dans Hopper, 1953, p. 225, ainsi que dans Faraguna, 2006, p. 150.
  • 39 C’était en effet monnaie courante dans les contrats d’entreprise : il suffit de se reporter aux doc (...)

18Toutefois, même s’il ne faisait pas office d’ἀρχώνης, il n’en demeure pas moins que le plaideur du C. Phénippos fut contraint de participer à l’amende infligée à son exploitation. K. Shipton36 suggérait qu’il aurait pu agir ici comme une sorte de garant37. Cependant, pour autant que l’on puisse en juger, la constitution de garants n’était pas requise pour l’octroi d’une concession minière à Athènes : la Constitution d’Athènes n’en fait nullement état dans la procédure décrite au chap. XLVII et, surtout, aucun garant ne figure parmi les personnes impliquées dans les baux des Polètes38. C’est là, sans doute, l’une des différences majeures entre les mines et les autres secteurs d’activités athéniens – notamment l’affermage des taxes et les contrats d’entreprise – où la constitution de garants paraît systématique39, ce qui nous interdit dès lors d’assimiler en tout point les associations constituées pour l’affermage des taxes aux sociétés minières.

  • 40 Par ailleurs, dans les contrats d’entreprise et la prise à ferme des taxes, les associés sont la pl (...)
  • 41 Ces témoignages sont pourtant absents des discussions relatives à la responsabilité collective deva (...)
  • 42 Harris, 1989, p. 339 : « one of the most striking features of Athenian laws regulating commercial a (...)

19En l’absence de garants, il faut donc admettre que le plaideur du C. Phénippos avait été mis à l’amende simplement en vertu du fait qu’il était associé40 dans une mine qui fit l’objet d’une condamnation ; c’était d’ailleurs visiblement le cas, également, des différents partenaires évoqués dans les autres témoignages analysés41. Ce dernier constat entre cependant en totale contradiction avec la communis opinio qui voudrait que le principe de « responsabilité collective » ait été inconnu du droit attique, comme le rappelait notamment E. M. Harris42. Dans ces conditions, l’ensemble des partenaires impliqués dans une société minière n’auraient pas dû être inquiétés en cas d’infraction, mais uniquement le fautif.

  • 43 Pour un commentaire de cette loi, on se reportera à l’édition de Stoud, 1998, ainsi qu’à Rhodes et (...)

20Il est cependant un cas au moins où les adjudicataires d’une taxe s’étaient vus imposer une clause de solidarité collective ; elle figure aux ll. 34-35 de la loi d’Agyrrhios de 374/3 organisant l’affermage de la δωδεκάτη sur les îles de Lemnos, Imbros et Skiros43 :

Συμ[μορ]-
ία ἔσται ἡ μερὶς τρισχίλιοι μέδιμ̣[νοι],
ἓξ ἄνδρες· ἡ πόλις πράξει τἡν συμμορ[ία]-
ν τὸν σῖτον κ<α>ὶ παρ’ ἑνὸς καὶ παρ’ ἁπάν[τω]-
ν τῶν ἐν τῆι συμμορίαι ὄντων, ἕως ἂ̣ν τ[ὰ α]-
ὑτῆς ἀπολάβηι.

Une symmorie sera constituée de six hommes et la portion sera de 3000 médimnes. La Cité prélèvera le grain de ce groupement aussi bien d’une seule personne que de toutes celles qui sont membres de la symmorie, jusqu’à ce qu’elle recouvre ce qui lui est dû.

  • 44 Comme l’avaient parfaitement établi Rhodes et Osborne, 2003, p. 124. Il est à noter d’ailleurs que (...)
  • 45 Stroud, 1998, p. 67, estimait que si le législateur avait pris la peine de préciser cette modalité, (...)

21La Cité se réservait donc le droit d’exiger les 3000 médimnes en question, ou d’un seul ou de tous les membres de la συμμορία ; en vertu de cette disposition, l’ensemble des partenaires étaient donc solidairement responsables44. Fondamentalement, si les autorités athéniennes pouvaient imposer une clause de solidarité collective à un groupe d’adjudicataires au ive s.45, elles auraient a fortiori pu le faire également dans le cadre des concessions minières. Est-ce cependant en vertu de ce seul principe que le plaideur du C. Phénippos avait été contraint de payer pour plusieurs de ses partenaires défaillants ? Nous ne le pensons pas. L’équation établie par ce dernier entre un nombre déterminé de μερίδες – trois en l’espèce – et la somme qu’il doit verser à la Cité laisse entrevoir un mécanisme de solidarité différent, qu’il convient à présent d’éclairer en se penchant sur la notion de μερίς, également présente, on l’aura noté, dans la loi d’Agyrrhios.

4. Μερίς, κοινωνία et μετοχή

  • 46 Cf. notamment Boeckh, 1814-1815, p. 43, ainsi que idem, 1828, p. 467, Hopper, 1953, p. 224, n. 170, (...)
  • 47 Photius (s. v. « μεσοκρίνη ») et les Lexica Segueriana (s. v. « Μεσοκρινεῖς » ; « Ἀποσέσχεν (sic) τ (...)

22On estime généralement que le terme μερίς – ou son synonyme μέρος – dans le vocabulaire minier désignait des lots délimités au sein d’une même exploitation minière46 qui, selon les lexicographes47, auraient pu être matérialisés, en surface ou en sous-sol, par des piliers ou des bornes. Toutefois, à lire les témoignages de ces lexicographes sans a priori, une telle interprétation ne s’impose guère : les termes μερίς ou μέρος y désignent manifestement les concessions elles-mêmes, non des divisions aux sein de ces concessions. Puisque leurs témoignages ne peuvent éclairer les dires du plaideur du C. Phénippos, repartons dès lors de la loi d’Agyrrhios.

  • 48 Stroud, 1998, p. 40, dans son commentaire, estime que le nombre de μερίδες devait être défini chaqu (...)
  • 49 En dehors, bien évidemment, du cas du C. Phénippos. On retrouve néanmoins le terme μερίς en IG II² (...)

23Cette loi prévoit que la δωδεκάτη, désormais perçue en nature, sera divisée en un nombre indéterminé de μερίδες48 qui devaient être affermées séparément, chacune étant constituée de 500 médimnes (soit 400 d’orge et 100 de blé [ll. 8-10]) lorsqu’elle était adjugée à un seul acheteur, mais de 3000 dans le cas où, on l’a vu, elle l’était à une συμμορία de six personnes. Si l’on transpose cette logique au cas évoqué dans le C. Phénippos, il faudrait alors admettre que la concession à laquelle le plaideur participait avait été divisée – par l’ἀρχώνης ? – en μερίδες attribuées ensuite aux différents associés. Si, à notre connaissance, une telle organisation d’entreprise n’est pas ailleurs attestée pour le monde athénien49, cette situation fait en revanche immanquablement songer à un extrait de la Vie de Caton l’Ancien, où Plutarque explique que lorsque le Censeur pratiquait le prêt maritime, il obligeait ses emprunteurs à former une association (κοινωνία) et y prenait part ensuite par l’intermédiaire de son affranchi Quintion :

Ἐχρήσατο δὲ καὶ τῷ διαβεβλημένῳ μάλιστα τῶν δανεισμῶν τῷ ἐπὶ ναυτικοῖς τὸν τρόπον τοῦτον. Ἐκέλευε τοὺς δανειζομένους ἐπὶ κοινωνίᾳ πολλοὺς παρακαλεῖν· γενομένων δὲ πεντήκοντα καὶ πλοίων τοσούτων αὐτὸς εἶχε μίαν μερίδα δὶα Κουϊντίωνος ἀπελευθέρου τοῖς δανειζομένοις συμπραγματευομένου καὶ συμπλέοντος.

  • 50 Plutarque, Caton l’Ancien, 21, 6. Cf. Ogereau, 2014, p. 212-215, pour un commentaire de ce passage (...)

Il pratiquait aussi l’usure la plus décriée, le prêt maritime, de la manière que voici. Il obligeait ses emprunteurs, en grand nombre, à se constituer en association. Lorsqu’ils étaient cinquante avec autant de bateaux, lui-même en prenait une part par l’intermédiaire de son affranchi Quintion, qui s’associait aux affaires des emprunteurs et naviguait avec eux50.

24Si l’on suit littéralement le texte de Plutarque, Quintion aurait pris part à l’entreprise en acquérant tout simplement une des μερίδες dans lesquelles avait été divisée la κοινωνία dont Caton avait exigé la création.

25Tout l’enjeu consiste bien évidemment à déterminer en quoi consistait exactement une μερίς dans le cadre d’une société minière attique. À cet égard, la loi d’Agyrrhios n’offre guère un parallèle satisfaisant. D’une part, le terme μερίς y désigne une quantité de grain à verser à la Cité, ce qui paraît difficilement transposable au cas qui nous occupe. D’autre part, les détenteurs de μερίς n’y ont aucun lien les uns envers les autres (chacun, notamment, est tenu de fournir ses propres garants) ; c’est uniquement au sein d’une μερίς de 3000 médimnes que des mécanismes de solidarité sont prévus. Or, dans le C. Phénippos, tous les partenaires – c’est-à-dire, à l’image du plaideur, tous les détenteurs de μερίδες – semblent solidairement tenus.

  • 51 Cf. P. Bour. 13 (98 pCn), l. 1 : [Πετρο]σ[ῖ]ρ[ις Ἰ]ρανούπ[ιος] καὶ Πετερμούθης Ἀπύγχιος, ἀμφότεροι (...)
  • 52 Cf. à ce propos Taubenschlag, 1932, p. 64-77 ; 1935, p. 234-255 ; 1955, p. 385-393.
  • 53 Ces associations pouvaient être constituées à des fins très diverses : prise à ferme d’une taxe ou (...)
  • 54 Cet extrait de BGU IV 1123 (30 aCn. - 14 pCn), ll. 4-5, est sans aucun doute l’un des plus explicit (...)
  • 55 On se reportera encore à ce propos au litige décrit dans BGU II 530 (ier s. pCn) : l’auteur de cett (...)
  • 56 Ainsi, dans P. Flor. III 370 (132 pCn), ll. 13-17 : σου ἐξ̣έ̣λαβες ἐκ τοῦ δημο̣σ̣ί̣[ο]υ, ἐπὶ τό με (...)
  • 57 Ainsi, P. Cair. Masp. 67158 (568 pCn) prévoit qu’en cas d’infraction, les associés doivent contribu (...)
  • 58 Les papyri révèlent également d’autres conventions où la responsabilité collective des partenaires (...)

26À défaut de parallèles adéquats dans la documentation athénienne, c’est cette fois vers les conventions entre particuliers, dénommées le plus souvent « κοινωνία » ou « μετοχή »51, que nous font connaître plusieurs papyri égyptiens52 qu’il faut se tourner. Bon nombre de ces conventions sont relatives à une entreprise menée par plusieurs partenaires53 et emploient par ailleurs couramment un terme proche de μερίς, celui de μέρος, pour y préciser le degré de participation de chacun à l’entreprise, au moyen des expressions « κατὰ » ou « ἐπὶ τὸ… μέρος », c’est-à-dire « à hauteur de la xe part »54 ; en règle générale, l’entreprise est divisée en autant de « parts » que d’associés. Or, cette quote-part à l’entreprise déterminait, entre autres, la part des bénéfices à laquelle chacun avait droit55, mais également leur participation aux frais encourus56, en ce également compris d’éventuelles amendes57 ; il est donc clair, compte tenu de ce dernier élément, que les différents partenaires étaient solidairement responsables58.

  • 59 Il est également fréquent de ne voir figurer dans les conventions égyptiennes qu’une seule personne (...)
  • 60 Sans doute équivalentes les unes aux autres. On relève en effet qu’aussi bien dans la loi d’Agyrrhi (...)
  • 61 On retrouve également ce principe dans la loi d’Agyrrhios. Même si le texte n’est guère explicite s (...)

27Même si ces papyri datent pour la plupart de l’ère chrétienne, l’organisation des conventions qu’ils détaillent nous paraît toutefois parfaitement transposable – dans ses principes en tout cas – aux sociétés minières du Laurion et éclaire même singulièrement les différents éléments qui ressortaient de notre analyse des plaidoyers attiques. On peut ainsi comprendre que, dans le C. Phénippos, celui qui faisait office d’ἀρχώνης59 dans la mine confisquée, pour s’adjoindre des associés, avait divisé sa concession en μερίδες60. Toutefois, contrairement aux documents égyptiens, le nombre de μερίδες ne coïncidait manifestement pas ici avec celui des associés, puisque le plaideur avait pu en acquérir trois61. Dans ces conditions, en faisant état du nombre de μερίδες détenues dans la mine, ce dernier n’indiquait ni plus ni moins à ses juges que sa quote-part dans la mine confisquée.

  • 62 Rappelons d’ailleurs, à cet égard, que le terme μερίς peut aussi revêtir le sens de « contribution  (...)
  • 63 Il est en effet question d’une taxe de 5 drachmes prélevée sur les mines en Agora P26, ll. 474-5, e (...)
  • 64 Cette équation établie entre une μερίς et un talent suggère que les partenaires de cette société au (...)

28À l’instar de ce que l’on trouve dans les conventions égyptiennes, cette division en μερίδες était, de toute évidence, une façon de définir les droits et les obligations de chacun des associés. À une μερίς devait dès lors vraisemblablement correspondre une somme d’argent déterminée – ou l’équivalent en main-d’œuvre ou en matériel – que son détenteur s’engageait à investir dans la mine62, mais également la hauteur de sa participation à d’éventuels frais63 ou amendes. Voilà évidemment pourquoi le plaideur du C. Phénippos, en déclarant aux juges qu’il devait trois talents d’amende à la Cité, précisait qu’il s’agissait d’un talent pour chacune des parts détenues64. Que ce soit ou non sous une forme identique à celle que l’on vient de décrire, il semble en tout cas que ce principe de solidarité collective entre partenaires ait été bien répandu au sein des sociétés minières : il transparaît en effet, comme nous l’avons souligné plus haut, dans les différents plaidoyers analysés.

  • 65 Telles que nous venons de les décrire, les sociétés minières attiques présenteraient bon nombre de (...)

29D’un autre côté, le degré de participation à l’entreprise, c’est-à-dire le nombre de μερίδες détenues, devait également déterminer la part des bénéfices à laquelle chaque associé avait droit ; plus la participation était grande, plus les bénéfices étaient évidemment élevés65. Ce principe de réciprocité entre participation et prise de bénéfices est en réalité déjà très clairement exprimé dans un texte tout à fait contemporain du discours d’Hypéride, l’Éthique à Nicomaque d’Aristote :

Οἴονται γάρ, καθάπερ ἐν χρημάτων κοινωνίᾳ πλεῖον λαμβάνουσιν οἱ συμβαλλόμενοι πλεῖον, οὕτω δεῖν καὶ έν τῇ φιλίᾳ.

  • 66 Aristote, Éthique à Nicomaque, 1163, 14, 31.

Car on croit qu’il en est en amitié comme dans une association constituée pour les affaires, où ceux qui ont fourni le plus de fonds prennent également le plus de bénéfices66.

  • 67 De toute façon, seuls les organes de la cité ou les associations religieuses – mais qui avaient, el (...)
  • 68 Où l’on trouve également attestées des clauses de solidarité collective, comme ce fut le cas dans l (...)

30On pourra cependant nous objecter qu’avec le texte de Plutarque et celui des papyri égyptiens nous avons quitté le domaine des contrats publics pour celui des conventions privées. Il nous est assez facile de répondre que ce devait également être des conventions privées qui régissaient les relations entre associés dans les sociétés minières athéniennes. Rappelons, en effet, que le nom d’un seul acheteur figure sur les baux miniers, celui qui, comme l’ἀρχώνης dans la prise à ferme des taxes, devait être le responsable vis-à-vis des autorités ; cela signifie donc que ce n’était pas envers la Cité, mais forcément envers cet adjudicataire que devaient s’engager les éventuels associés. Dans ces conditions, les droits et obligations des différents partenaires ne pouvaient être régis que par des conventions privées, probablement formalisées sous la forme de συγγραφαί dont la teneur et la forme s’apparentaient sans doute à celles d’une κοινωνία ou d’une μετοχή égyptienne. Tenues de toute évidence sur support périssable, aucune ne nous est parvenue67 ; nous n’en n’avons pas non plus d’écho dans les textes des orateurs puisque, contrairement aux affaires commerciales et aux conventions qu’elles impliquaient68, aucun plaidoyer relatif aux δίκαι μεταλλικαί – le C. Panténètos excepté – ne nous est malheureusement parvenu.

31Par ailleurs, on ne perdra pas de vue que, à Athènes, de tels engagements n’en avaient pas moins valeur légale : le plaideur du C. Dionysodoros précise en effet que toute obligation librement contractée entre particuliers avait force exécutoire :

Tῷ οὖν ποτὲ πιστεύοντες καὶ τί λαβόντες τὸ βέβαιον, προϊέμεθα; Ὑμῖν, ὦ ἄνδρες δικασταί, καὶ τοῖς νόμοις τοῖς ὑμετέροις, οἳ κελεύουσιν, ὅσα ἄν τις ἑκὼν ἕτερος ἑτέρῳ ὁμολογήσῃ, κύρια εἶναι.

  • 69 Démosthène, C. Dionysodoros, 2, trad. L. Gernet (C.U.F.). Cf. à ce propos les développements de Har (...)

Où est notre garantie quand nous avançons de l’argent ? En vous, juges, et en vos lois qui donnent force obligatoire à toute convention volontairement passée69.

  • 70 Démosthène, C. Panténètos (xxxvii), 38 ; texte reproduit supra, n. 14.

32Dans ces conditions, si les conventions stipulaient que tous les partenaires d’une société minière devaient participer en cas d’amende – comme c’est le cas dans certaines conventions égyptiennes –, chacun était effectivement tenu de le faire. Dans le cas contraire, il eût été possible d’intenter une action en justice contre les partenaires récalcitrants. Rappelons d’ailleurs à cet égard, que l’on précise dans le C. Panténètos70 que le νόμος μεταλλικός englobait précisément les litiges entre concessionnaires associés ; gageons que bon nombre des affaires plaidées dans ce cadre devaient porter sur le non-respect de telles conventions.

33En définitive, ce sont donc ces conventions qui engageaient solidairement les partenaires des exploitations, et non le droit attique proprement-dit qui, comme le rappelait E. M. Harris, ignorait effectivement le principe de responsabilité collective. Plus fondamentalement, si c’est bien par des conventions privées qu’étaient régis les droits et obligations de chacun, les modalités de fonctionnement sont évidemment susceptibles d’être différentes d’une société à l’autre, à moins, bien évidemment, que la Cité n’ait cherché, d’une façon ou d’une autre, à leur imposer un « contrat-type ».

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Notes

1 Une des études de référence à propos de cette œuvre de Xénophon demeure Gauthier, 1976.

2 Édités dans Langdon, 1991.

3 On trouvera les principales solutions avancées sur la signification des catégories de concessions dans Crosby, 1950 ; Hopper, 1953 ; Aperghis, 1997-1998 ; Vanhove, 1996 ; Flament, 2007, p. 69-72 ; Bissa, 2009, p. 51. Domergue, 2008, p. 183, dresse à cet égard un tableau récapitulatif très commode.

4 Les prix revenant les plus fréquemment dans les baux sont ceux de 20 et 150 drachmes ; cf. le tableau dans Shipton, 1998, p. 58.

5 Dans le C. Panténètos (xxxvii, 22), l’accusé dit avoir déboursé 1,5 talent pour acquérir son exploitation ; dans le C. Boetos II (xl, 52), le plaideur a emprunté 20 mines pour obtenir sa concession.
La difficulté n’est peut-être ici qu’apparente, car des sommes de même ordre apparaissent dans les baux miniers, mais en nombre extrêmement réduit. Comme nous l’avons suggéré ailleurs (Flament, 2007, p. 73), l’échantillon de prix fourni par les orateurs n’est probablement pas représentatif, puisque les exploitations dont ils font écho étaient aux mains des plus riches Athéniens et qu’il s’agissait probablement de grosses entreprises.
Quant à savoir ce que recouvraient ces paiements, les spécialistes ont songé, soit à des paiements à acquitter en une fois ou chaque année (Crosby, 1950), soit lors de chaque prytanie (principalement Hopper, 1953) ; Shipton, 1998, p. 57-63, avait proposé une solution pour le moins originale à partir d’une taxe de 5 drachmes mentionnée dans un document des Polètes (Agora XIX, P26, ll. 474-475). Cette interprétation a néanmoins été, à juste titre, contestée dans Faraguna, 2006, p. 146-147.

6 Il s’agit de Langdon, 1991, P21, ll. 7-15, une mine dénommée Ktèsiakon :
                            Χαιρ[………16…….]
[.ε]ὺς μέταλλον ἀπεγράψατ[ο ……15………]
[στή]λην ἔχον Κτησιακὸν Βή[σησιν ἐν τοῖς ἐδάφε]-
[σιν τ]οῖς Ἐπιχάρους ὧι γείτων [βορρᾶθεν .....]
[... νο]τόθεν ἡ ὁδὸς ἡ Βήσαζε φέ[ρουσα ...8....]
[...8.... ὁ] λόφος ὃ ἠργάζετο Χ[.....13......]
[....10....] ὠνητὴς Ὑπερείδη[ς Γλαυκίππου Κο]-
[λλυτεὺς ὠνητὴ]ς Αἰσχυλίδης Δ[.....13......]
[.....12.....]ης Δικαιοκρά[τους ....10....]
Même si ce texte est lacunaire, les éléments qui subsistent et ceux qui peuvent être restitués avec vraisemblance révèlent que cette mine constitue manifestement un cas tout à fait particulier. En effet, l’espace de 15 lettres à la l. 8 où devait être précisée la catégorie de cette concession ne permet la restitution d’aucune de celles habituellement utilisées par les Polètes : J. Kirchner restaurait « παλαι ἀνασάξιμον », M. Crosby « παλαιὸν ἀνασάξι » (cf. Langdon, 1991, p. 100), solutions qui sont rejetées par M. K. Langdon qui propose, pour sa part, de restituer « καὶ ἐπικατατομήν » (ibidem). Cette dernière suggestion n’est pas non plus satisfaisante, car si on la suit, il faudrait alors admettre que les Polètes n’auraient pas précisé à quelle catégorie appartenait la mine en question. Cette concession sortait donc manifestement de l’ordinaire ; c’est probablement ce qui explique que, de manière exceptionnelle, plusieurs acheteurs aient été nommés les uns à la suite des autres, sans que l’on puisse affirmer, pour autant, qu’il s’agissait effectivement de mineurs associés.

7 Ardaillon, 1867, p. 186-187.

8 Ainsi K. Shipton (1998, p. 61-62, suivie par Domergue, 2008, p. 184-185), lorsqu’elle soutenait que les sommes indiquées sur ces stèles se rapportaient au versement d’une taxe de 5 drachmes payable à chaque prytanie, expliquait la présence de montants élevés (le plus important étant de 6100 dr.) par le fait qu’il s’agissait de mines détenues par plusieurs exploitants, chacun étant tenu, selon elle, d’acquitter la taxe susmentionnée. D’un autre côté, E. M. A. Bissa (2008, p. 263-273) estimait que l’existence d’hetaireiai minières (le terme est de E. M. A. Bissa ; à notre connaissance, il n’est employé dans aucun texte antique pour désigner une association minière), où chacun des membres aurait fait office, à tour de rôle, de « représentant » vis-à-vis des autorités, rendant ainsi les investissements à long terme dans le secteur minier indétectables à partir des seules informations livrées par les διαγραφαί.

9 Francotte, 1901, p. 199-204 ; Campbell, 1934.

10 Endenburg, 1937, p. 187-199. Il proposait d’assimiler ce qu’il dénommait la « zakengemeenschap in het mijnbedrijf » à une « commanditaire vennootschap » (c’est-à-dire une société en commandite) telle que la définissait le droit néerlandais de son époque.

11 C’était également le terme qu’employait Glotz, 1920, p. 322.

12 On sait peu de choses à propos des μεταλλικαὶ δίκαι ; hormis les éléments de ce discours (qui constituent, en réalité, l’essentiel de l’information), la Constitution d’Athènes du Ps.-Aristote (XLIX, 5) indique que les cas relevant de ce tribunal étaient jugés dans le mois. Cf. à ce propos Harrison, 1971, p. 16, 122. L’une des analyses les plus développées sur cette question demeure toujours celle de Ardaillon, 1897, p. 202-209. On se reportera également à Gernet, 1955, p. 173 sqq, pour la date d’introduction de cette juridiction particulière.

13 Le procès a sans doute été jugé peu après 348/7. Le plaideur dit en effet qu’il était absent lors des faits qui lui sont reprochés, puisqu’au printemps de l’archontat de Théοphilos (348/47), il effectuait un voyage vers le Pont (§ 6) ; le procès eut donc lieu après cette date. On trouvera un bon résumé de l’affaire dans l’introduction de L. Gernet à la Collection des Université de France.

14 Démosthène, C. Panténètos (xxxvii), 38 : ἐγὼ μὲν οὐκ οἴομαι, ἀλλὰ τὰς μεταλλικὰς εἶναι δίκας τοῖς κοινωνοῦσι μετάλλου καὶ τοῖς [ἕτερον] συντρήσασιν εἰς τὰ τῶν πλησίον καὶ ὅλως τοῖς ἐργαζομένοις τὰ μέταλλα καὶ τῶν ἐν τῷ νόμῳ τι ποιοῦσιν.

« Mais je ne le pense pas : j’imagine que les actions minières ont lieu d’être pour les concessionnaires associés, pour ceux dont les galeries empiètent sur le lot voisin et, de manière générale, pour les exploitants des mines, ainsi que dans les cas prévus par la loi ».

R. J. Hopper (1953, p. 223) soulignait que le plaideur distinguait nettement dans ce dernier extrait – qui paraphrase sans doute le texte de loi – les litiges entre concessionnaires « associés » (κοινωνοῦντες) dans une même exploitation et ceux qui, a fortiori, auraient impliqué des concessionnaires d’exploitations distinctes.

15 Contra ibidem, p. 207, ainsi que Bissa, 2008, p. 272, n. 17. Le plaideur emploie en effet le mot μετάλλον au pluriel, ce qui pourrait signifier que Mantias avait acquis plusieurs concessions qui, à sa mort, furent réparties entre ses différents héritiers, chacun ayant sa ou ses concession(s) propre(s) : Ὃς πρὸς τοῖς ἄλλοις εἴκοσι μὲν μνᾶς δανεισάμενος μετὰ τοῦ πατρὸς παρὰ Βλεπαίου τοῦ τραπεζίτου εἰς ὠνήν τινα μετάλλων, ἐπειδὴ ὁ πατὴρ ἐτελεύτησεν, τὰ μὲν μέταλλα πρὸς τούτους ἐνειμάμην, τὸ δάνειον δ’ αὐτὸς εἰσεπράχθην.

« Mais ce n’est pas tout : j’ai emprunté avec mon père une somme de deux mille drachmes au banquier Blépaios, pour l’achat de mines. Après la mort de mon père j’ai administré les mines en leur nom, mais c’est à moi que le remboursement du prêt a incombé ». [Démosthène], C. Boetos II (xl), 52.

16 Davies, 1971, estimait qu’il s’agissait de Philippe du dème d’Halès (p. 397) et de Nausiklès d’Oa (p. 537-538).

17 Même constat dans Ardaillon, 1867, p. 186.

18 Hypéride, Pour Euxénippe (iii), 34. La Souda (s.v. « Ἀγράφου μετάλλου δίκη ») donne de plus amples informations sur cette dénonciation à l’encontre des mines non déclarées. Cf. encore les Lexica Segueriana s.v. « φάσις ».

19 Le texte du discours a souvent été émendé à cet endroit en « ἐκτός τῶν μέτρων ». Dans une autre étude (Flament, 2016), nous avons proposé d’en revenir au texte originel, et de comprendre l’expression « (ἐπικατα)τέμνω τῶν μέτρων ἐντός » comme désignant une infraction consistant à ne pas respecter les dimensions minimales que la Cité imposait pour le creusement des galeries.

20 Hypéride, Pour Euxénippe (iii), 35-36.

21 Une affaire vraisemblablement jugée vers 328/7, même si R. Descat propose une date plus haute : cf. Descat, 2004, p. 272.

22 Le plaideur revient encore sur les difficultés traversées alors par le secteur minier aux §§ 21, 31.

23 La nature de l’infraction à l’origine de cette « confiscation » demeure obscure. Aperghis, 1997-1998, p. 15, estime que l’amende infligée au plaideur correspondait au doublement de redevances non payées, comme dans le C. Panténètos. Cette opinion a été partagée par R. J. Hopper (1953, p. 207) : « Resumed or in danger of resumption because the holder(s) of the merides could not meet his (or their) obligations ». Quoi qu’il en soit, la fortune du plaideur ne semble pas ici menacée : il demeure manifestement en possession de ses biens ; dans le cas contraire, il lui aurait en effet été impossible de figurer sur la liste des Trois-Cents ! On peut se demander, de surcroît, ce que signifiait « confisquer (δημεύω) » une mine qui, de toute façon, appartenait à la Cité. Il s’agit, somme toute, d’une question secondaire pour notre sujet, mais il nous semble intéressant d’établir ici un lien avec l’utilisation du terme « ἴδιον » dans le Pour Euxénippe. Dans son verdict, le tribunal avait reconnu, dit le plaideur, que la concession, littéralement, « était à eux (ἴδιον εἶναι τὸ μέταλλον) », c’est-à-dire à Épicrate et ses associés. Cela signifie sans doute que s’ils avaient été condamnés, cette concession leur aurait été reprise et serait alors retombée dans le domaine public. Cela n’est pas sans rappeler certaines pratiques en vigueur dans les contrats d’entreprise, où l’on précise que si les termes du contrat ne sont pas respectés, le travail fera l’objet d’une nouvelle adjudication (par ex. IG VII 3073, ll. 37-40 = Hellman, 1999, n° 13).

24 Démosthène, C. Phénippos (xlii), 3.

25 Ardaillon, 1867, p. 187, a bien montré que cette somme de trois talents correspondait incontestablement au montant d’une amende, et non à celui d’une redevance.

26 En ce qui concerne les taxes, cf. notamment Migeotte, 2001, p. 165. Pour l’assimilation des concessions minières à un « droit » d’exploiter les concessions pour un certain nombre d’années, cf. Domergue, 2008, p. 181-182. On relèvera d’ailleurs que, dans les deux types d’opérations, c’est le vocabulaire de la vente qui est employé : ainsi, l’adjudicataire d’une taxe et le concessionnaire minier sont-ils tous deux qualifiés d’ὠνητής. De ce point de vue, la différence est très nette avec les contrats d’entreprise qu’adjugent également les Polètes, où ce sont là des dérivés de μισθόω qui sont employés. À propos de ces questions de terminologie, cf. Martini, 1997, p. 40-43 ; 45, n. 33.

27 D’ailleurs, les deux opérations étaient placées sous la responsabilité des mêmes Polètes et se déroulaient apparemment selon des procédures assez similaires, si l’on en croit la description du Ps.-Aristote dans son chapitre XLVII en tout cas. Cf. les commentaires de Rhodes, 1981, p. 549-557, sur ce chapitre de la Constitution d’Athènes.

28 Andocide, Sur les Mystères (i), 133-134.

29 Un certain Phrykinos mentionné dans le C. Léocrate de Lycurgue (§ 19) avait dû également être ἀρχώνης de la taxe du cinquantième.

30 Endenburg, 1937, p. 196.

31 C’est le cas, par exemple, de Chairéphanès dans IG XII 9, 191 (notamment l. 31), qui apparaît comme le contractant initial et le seul nommément désigné. On se reportera à propos de ce document à Knoepfler, 2001. Il est également des cas où l’on interdit formellement au contractant de s’adjoindre plus de deux partenaires : cf. IG V 2, 6, inscription contemporaine (ive s. aCn) des discours relatifs aux mines examinés ci-dessus : μὴ ἐξέστω δὲ μηδὲ κοινᾶνας γενέσθαι πλέον ἢ δύο ἐπὶ μηδεν̣ι τῶν ἔργων (ll. 21-22).

32 À l’instar de Ardaillon, 1867, p. 19 ; Francotte, 1901, II, p. 203, en faisait, pour sa part, « le responsable des affaires sociales » ; Hopper, 1979, p. 184.

33 Cf. Ardaillon, 1867, p. 187 : « Je crois qu’il s’agit ici d’un particulier qui a trois talents d’amende à payer : c’est le principal associé d’une société de trois membres. Pour une raison ou pour une autre, ils ont été frappés d’une amende, et c’est lui, le principal associé, qui répond devant la loi des amendes infligées à ses deux associés comme de la sienne propre. C’est lui qui est l’ἀρχώνης de la compagnie ; c’est lui qui la représente devant les tribunaux et dans ses rapports avec le Trésor », ainsi que Hopper, 1979, p. 184 : « In the case of going concerns (ergasima) partnerships could be formed (koinoniai) of several persons, one of whom was responsible to the State (cf. Epikrates in Hyperides’ speech). This, being common elsewhere in tax-collecting contracts, is probably the explanation of a reference in Demosthenes : ‘the three talents for which I became liable’ – the liability of a chief contractor (archones) who like all debtors to the State owed double of the original sum was not paid on time » ; ibidem, p. 186 : « The plaintiff in Demosthenes xlii owes three talents to the State = double 30 minae for himself and two partners in connection with a confiscated mine ».

34 On peut penser, en effet, que l’affaire avait dû être assez retentissante pour être connue d’un jury qui, contrairement à celui du C. Panténètos, n’était pas spécialisé dans les affaires minières.

35 À la fin du § 9, le plaideur demande en effet de lire le témoignage relatif à la mine (περὶ τοῦ μετάλλου). L. Gernet, dans son commentaire à l’éditition de la C.U.F. (p. 80), disait ne pas bien comprendre la raison d’être de ce témoignage car, selon lui, il avait déjà été question plus haut des concessions minières. En réalité, le témoignage qui nous occupe devait porter, non pas sur les concessions minières en tant que telles et les difficultés qu’elles traversaient alors, mais sur la participation du plaideur à la mine confisquée.

36 Shipton, 1998, p. 62.

37 Il aurait ainsi été contraint de payer parce que le concessionnaire principal avait fait défaut, comme en témoigne le cas célèbre de Meixidèmos de Myrrhinonte dont les biens furent confisqués et vendus parce qu’il n’avait pu s’acquitter de ses obligations de garant (cf. Langdon, 1991, P26, ll. 467 sqq ; on peut également se reporter aux commentaires dans Meritt, 1936).

38 Même constat dans Hopper, 1953, p. 225, ainsi que dans Faraguna, 2006, p. 150.

39 C’était en effet monnaie courante dans les contrats d’entreprise : il suffit de se reporter aux documents repris dans l’ouvrage de Hellman 1999. Les autorités pouvaient également se retourner vers les garants pour percevoir une amende infligée au contractant initial : cf. notamment IG VII 3073, ll. 2-6 ; 29-41, avec, en dernier lieu, Pitt, 2014.

40 Par ailleurs, dans les contrats d’entreprise et la prise à ferme des taxes, les associés sont la plupart du temps distincts des garants, comme cela apparaît d’ailleurs très clairement dans l’extrait du discours d’Andocide analysé. Dans IG XII 9, 191, dont il a également été question plus haut (n. 31), il est clair également que les associés de Chairéphanès sont distincts de ses garants : en effet, ces derniers sont tous Érétriens, tandis que ses associés sont – comme Chairéphanès sans doute également – des étrangers. Ajoutons encore que les différents partenaires dans la prise à ferme d’une taxe devaient manifestement eux-mêmes fournir des garants, comme l’illustre parfaitement le cas de Meixidèmos de Myrrhinonte mentionné à la note 37. Ce dernier fit en effet office de garant pour Philistidès et Télémachos qui n’étaient tous deux que l’un des partenaires (μετασχόντα précise le texte) dans la prise à ferme d’une taxe, celle du métoikion pour le premier (Langdon, 1991, P26, ll. 125-127), celle d’une contribution de 5 drachmes en l’honneur de Thésée (ibid., ll. 133-135) pour l’autre. On relèvera, de surcroît, que ce n’est pas vers les partenaires de ces derniers dans leur ferme respective que s’étaient tournées les autorités de la Cité pour recouvrer les montants impayés, mais vers leurs garants.

41 Ces témoignages sont pourtant absents des discussions relatives à la responsabilité collective devant les tribunaux dans l’ouvrage de Rubinstein, 2000, plus particulièrement du chap. 3 intitulé « Sharing risks » (p. 76-122).

42 Harris, 1989, p. 339 : « one of the most striking features of Athenian laws regulating commercial activities is the absence of any concept akin to the modern legal notion of the partnership or corporation. Despite the presence in Athenian society of numerous koinoniai, groups of individuals cooperating for some purpose, be it commercial or otherwise, Athenian law concerned itself solely with individual persons and did not recognize the separate legal existence of partnerships or corporations, it also did not possess the notion of corporate liability […] This meant that if someone entered into an agreement with a group of individuals and one of those individual violated the terms of the agreement, the plaintiff proceeded only against the individual who acted contrary to the agreement, not against the group as a whole. If the plaintiff won his suit, he only had a right to receive composition from the defendant’s private property ; he did not have a claim on all the funds held in common by the group ». Ces propos sont repris pratiquement à l’identique dans Harris, 2006, p. 150. Cette opinion est très largement partagée : cf. Finley, 1951, p. 89, avec n. 5 ; p. 275-276 ; Harrison, 1971, p. 22, avec la n. 8. Rhodes, 1981, p. 586 (à propos des δίκαι κοινωνικαί dans la Constitution d’Athènes, lii, 2 ; sur cette dernière question, on se reportera également à Ismard, 2007, p. 62-64).

43 Pour un commentaire de cette loi, on se reportera à l’édition de Stoud, 1998, ainsi qu’à Rhodes et Osborne, 2003, p. 118-127.

44 Comme l’avaient parfaitement établi Rhodes et Osborne, 2003, p. 124. Il est à noter d’ailleurs que cette clause vient juste après celle qui concerne précisément les garants (ll. 29-31).

45 Stroud, 1998, p. 67, estimait que si le législateur avait pris la peine de préciser cette modalité, c’est qu’elle n’allait pas de soi dans la législation athénienne. Migeotte 2001, p. 169, souligne également le caractère exceptionnel de cette clause, mais signale un parallèle dans la loi de Colophon (ibid., p. 173). On retrouve d’autres clauses de solidarités assez similaires en dehors d’Athènes : cf. par ex. IG XII, 7, 67, ll. 59-62 (« καὶ ἐξ ἑνὸς [ἑ]κάστου ἅπαν τὸ ἀργύριογ [κ]αὶ ἐξ ἁπάντων » [ll. 61-62]) ; IG XII, 7, 69, ll. 26-31 (« [καὶ ἐξ ἑ]νὸς ἑκάστου ἅ[παν τὸ ἀργύριον] κα<ὶ> ἐξ ἁπά[ντων] » [ll. 29-30]) ; IG VII, 3172, ll. 27-35 (« καὶ ἐξ ἑνὸ[ς] καὶ ἐκ πλειόνων καὶ ἐκ πάντων » [ll. 3-33]). Cf. à propos de ces documents Migeotte, 1984, respectivement nos 49, 50 et 13.

46 Cf. notamment Boeckh, 1814-1815, p. 43, ainsi que idem, 1828, p. 467, Hopper, 1953, p. 224, n. 170, et Faraguna, 2006, p. 90-96.

47 Photius (s. v. « μεσοκρίνη ») et les Lexica Segueriana (s. v. « Μεσοκρινεῖς » ; « Ἀποσέσχεν (sic) τοὺς ὅρμους τοῦ μετάλλου » ; « Ὁμοερκεῖς κίονες » ; « ὅροι »).

48 Stroud, 1998, p. 40, dans son commentaire, estime que le nombre de μερίδες devait être défini chaque année.

49 En dehors, bien évidemment, du cas du C. Phénippos. On retrouve néanmoins le terme μερίς en IG II² 463, ll. 117-122 [307/6], mais le terme y désigne alors clairement des portions de muraille à réparer (qui sont d’ailleurs numérotées), ce qui semble assez différent de l’emploi qui est fait de ce terme dans la loi d’Agyrrhios ou dans le C. Phénippos. Cf. à propos de ce texte Carusi, 2006, p. 19-20. On signalera également l’inscription publiée dans Lalonde, 1992, où le terme μερίς pourrait se rapporter, cette fois, à une portion de route.

50 Plutarque, Caton l’Ancien, 21, 6. Cf. Ogereau, 2014, p. 212-215, pour un commentaire de ce passage et pour la bibliographie qui s’y rapporte.

51 Cf. P. Bour. 13 (98 pCn), l. 1 : [Πετρο]σ[ῖ]ρ[ις Ἰ]ρανούπ[ιος] καὶ Πετερμούθης Ἀπύγχιος, ἀμφότεροι τῶν ἀπὸ Μέμφεως φα[κ]εψῶν, ὁμολογοῦ[σ]ι τεθεῖσθαι [πρ]ὸς ἑαυτοὺς μετοχὴν καὶ κοινωνίαν.

52 Cf. à ce propos Taubenschlag, 1932, p. 64-77 ; 1935, p. 234-255 ; 1955, p. 385-393.

53 Ces associations pouvaient être constituées à des fins très diverses : prise à ferme d’une taxe ou d’un monopole, exploitation d’un atelier de potiers, etc.

54 Cet extrait de BGU IV 1123 (30 aCn. - 14 pCn), ll. 4-5, est sans aucun doute l’un des plus explicites à cet égard ; chacun des partenaires accepte de participer à l’exploitation d’une parcelle de terrain à hauteur d’un tiers : ὁμολογοῦμεν εἶναι τοὺς τρεῖς με[τό]χ̣ους καὶ κοινωνοὺς καὶ κυρίους ἕκαστον κατὰ τὸ τρίτον μέρος ἀπὸ τοῦ νῦν εἰς τὸν ἀε̣ὶ̣ χ̣ρ̣ό̣νον τῆς προκειμένης μισθώσε[ως -ca. ?- ].

55 On se reportera encore à ce propos au litige décrit dans BGU II 530 (ier s. pCn) : l’auteur de cette lettre se plaint que son partenaire ne remplissait pas ses obligations.

56 Ainsi, dans P. Flor. III 370 (132 pCn), ll. 13-17 : σου ἐξ̣έ̣λαβες ἐκ τοῦ δημο̣σ̣ί̣[ο]υ, ἐπὶ τό με τελέσαι τοῦ ἐνελκουμένου σοι φόρου ἢ ἐνελκουσθησομέν̣ου τὸ ἥμισυ, ἐμοῦ κ̣ατʼ ἴσον σοι [π]άσας τὰς δαπάνας κ(αὶ) σπέρματα κ(αὶ) ἔργα κ(αὶ) {α} τὰ ἄλλα πάντα ἀνεμποδίστως ποιησομένου κατὰ τὸ ἥμισυ ; BGU IV 1123 (30 aCn. - 14 pCn), l. 10 : [-ca. ?- τῶν] χ̣ά̣ρ̣ιν τῆς μισθώσεως ἐσομένων δ[α]πανῶν καὶ λαμβάνειν ἕκ[αστον] τὸ [τ]ρ[ίτο]ν̣ μέρος ; ll. 8-9 : μετὰ τὴν διόρθω[σ]ιν τῶν κεφαλαίων διαιρεθήσεται εἰς μ̣έ̣[ρη] ἴσα καὶ ὅμοια τρία , καὶ λήμψεται ἕκαστ[ο]ς ἡμῶν μέρος ἕν ,γ̣ε[ν]έσθαι δ[ὲ] καὶ πάντοτε τον̣α  ̣ν̣[ -ca. ?- ] μ̣έρη̣ τρία τῶν ἐκ τῆς μισθώσεως ἐ[σ]ομένων ἤτοι οἰνικῶν ἢ σιτικῶν γ̣ε̣ν̣η̣μ̣ά̣των ἢ ἰχθύας ἢ ἀγριας ἢ ξυλείας ἢ ἑτέρου τινὸς καθʼ ὁνδήποτε οὖν τρόπον χ̣ρωμένου τοῦ λα  ̣[ -ca. ?- ]. Même principe dans P. Amh. Gr. 2 94 ; P. Corn 8 ; BGU 6 1282 ; P. Bour. 13, ll. 3-4 ; BGU IV 1123 (ll. 8-10 : après déduction des frais, les bénéfices seront partagés à raison d’un tiers par partenaire). Dans P. Bad. II 19B (109 pCn), l’auteur de la lettre promet à son partenaire de lui rembourser les sommes que ce dernier a dépensées en plus de la « part » qui lui incombait : Δίδυμος Ἀπολλ̣ωνίου Ἀλλίωνι Ἀπολλωνίου συνκοινωνῷ χα[ίρειν]. ἐξεδαπάνησας εἰς τὴν κοινὴν ἡμῶν γεωργία̣ν ὑπ[ὲρ] μέρους τοῦ ἐπιβάλλοντος ἐμου ἐκ τοῦ οὐσι̣α̣κοῦ γεωργ̣[ί]ου ἐν Τωπάῃ Κάτω λεγομένῃ λιβικῆς.

57 Ainsi, P. Cair. Masp. 67158 (568 pCn) prévoit qu’en cas d’infraction, les associés doivent contribuer au paiement de l’amende au prorata de leur participation à l’entreprise (ll. 20-21) : ὅσπερ ὡδαύτως ἄπείη, ἐσομένην̣ [ζημίαν ἐξ ὁμοιο(υ) τ]ρόπο(υ) ἐξ ἴσης ἡμίσειας μοίρας ἀπολογήσασθαι

58 Les papyri révèlent également d’autres conventions où la responsabilité collective des partenaires se trouvait engagée, mais selon des modalités différentes. Ainsi, dans BGU VI 1282 (ier s. aCn), ll. 12-13 : les partenaires doivent supporter ensemble les dépenses occasionnées par des dommages, ainsi que les dettes : « ἐὰν δέ τι γένηται βλάβος ἢ ὠφελίαι <ἔστω> κοινὴ καὶ (ἀ?)διαιρετους ». Cf. Taubenschlag, 1932, p. 69 et 73. Même principe de solidarité dans BGU II 586 (324 pCn) : le loyer sera payé en commun, même si chacun des partenaires ne participe que pour moitié à l’exploitation : « ἐπὶ κοινωνιαν ἡμίσει μέρει, ἐκφοριδε ἑκαστης ἀρούρη(ς) ἐκ κοινῆς ». On peut également suspecter l’existence d’une telle clause de responsabilité collective dans SB VI 6268 (vie s. pCn), ll. 14-15 : « ε̣ἰ̣ δὲ μ̣ή̣, μ̣ά̣θε, εἰ δύνασαι πεῖσαι τοὺς κυνώνους, ὅπως δώσω̣σι π̣άλι τὰ ἀναλώματα ». Par ailleurs, la formulation de la clause figurant dans P. Paris 62 col. VI, l. 14, l’un des plus anciens contrats associatifs conservés (iie s., voire fin du iiie s. aCn) est presqu’identique à celle qui figure dans la loi d’Agyrrhios : « ἐὰν δέ τινες πρὸς τὰς ἐγλήφεις ὀφ(είλωσιν), ἡ πρᾶξις ἔσται ἐξ ἐνὸς καὶ ἐκ πάντων ».

59 Il est également fréquent de ne voir figurer dans les conventions égyptiennes qu’une seule personne nommément désignée : par ex. P. Amh. Gr. 2 59 (140-150 aCn), l. 5 : παρὰ Μαρρέους Σισούχου καὶ οἱ με(τόχων). Les autres partenaires étant simplement qualifiés de « μέτοιχοι » ou de « κοινωνοί ». Il s’agit, dans de nombreux cas, du contractant initial qui avait ensuite ouvert son entreprise à d’autres partenaires : P. Amh. Gr. 2 94 (208 pCn), ll. 2-3 : [ὁ]μολογῶ παρειληφέναι σε κοινωνὸν κατὰ [-ca. ?-] ὧν κἀγὼ ἐμισθωσάμην ἐκ τοῦ δημοσίου. Probablement également dans P. Petrie II 44. Cf. encore sur cette question Sokolowski, 1957, p. 140-141, à propos de SB 5252 ; BGU 916 ; Arch. Papf. II, 139.

60 Sans doute équivalentes les unes aux autres. On relève en effet qu’aussi bien dans la loi d’Agyrrhios que dans le C. Phénippos, les différentes μερίδες semblent être toutes équivalentes : ainsi, dans la loi de 374/3, chaque μερίς correspond à 500 médimnes ; dans le discours démosthénien, le plaideur dit devoir un talent pour chaque μερίς détenue.

61 On retrouve également ce principe dans la loi d’Agyrrhios. Même si le texte n’est guère explicite sur cette question, on peut en effet facilement déduire de la clause « ἐγγυητ<ὰ>ς καταστήσ[ε]ι ὁ πριάμενος δύο κατὰ τὴμ μερίδα » des ll. 29-30 qu’un même μισθωτής pouvait prendre à ferme plusieurs μερίδες, à condition, toutefois, de constituer deux garants pour chaque μερίς.

62 Rappelons d’ailleurs, à cet égard, que le terme μερίς peut aussi revêtir le sens de « contribution » : cf. LSJ, s.v. « μερίς », 2.

63 Il est en effet question d’une taxe de 5 drachmes prélevée sur les mines en Agora P26, ll. 474-5, et d’une taxe de 20 drachmes chez Démosthène, Sur les forfaitures de l’ambassade (xix), 293.

64 Cette équation établie entre une μερίς et un talent suggère que les partenaires de cette société auraient pu uniquement s’engager pour un montant limité, un peu à l’image des garants qui, en IG II2 1678 (l. 18) (cf. à propos de cette inscription Hellman, 1999, n° 10), l’avaient fait par tranches de 1000 drachmes.

65 Telles que nous venons de les décrire, les sociétés minières attiques présenteraient bon nombre de caractéristiques communes – constitution de la société laissée à la discrétion du contractant, principe de proportionnalité entre quote-part à l’entreprise et participation aux frais – avec celles mentionnées dans les célèbres Tables de Vipasca (§ 8) : [Occ]upatori puteorum socios quos uolet habere liceto, ita ut, pro ea parte, qua quis socius erit, impensas conferat […] Qui non ita contulerit, quiue quid dolo malo fecerit quominus conferat, quoue quem quosue ex sociis fallat, is eius putei partem ne habeto, eaque pars socii sociorumue qui impensas fecerint esto. « Qu’il soit permis à l’occupant des puits d’avoir les associés qu’il voudra, à la condition que chaque associé contribue aux dépenses proportionnellement à sa part de mine (…) Celui qui n’aura pas effectué cette contribution ou qui, par dol, aura cherché à ne pas l’effectuer ou aura trompé un ou plusieurs des associés, qu’il soit privé de sa part et que cette part revienne à ses coassociés dans la proportion où ils auront pourvu aux dépenses ».

66 Aristote, Éthique à Nicomaque, 1163, 14, 31.

67 De toute façon, seuls les organes de la cité ou les associations religieuses – mais qui avaient, elles aussi, une sorte de statut « public » – prenaient la peine de faire graver leurs contrats de location dans le marbre ; les particuliers devaient probablement se contenter, eux, la plupart du temps, d’un accord oral ou, au mieux, d’un document établi sur support périssable. Cf. à ce propos Behrend, 1970, p. 50-55, ainsi que Osborne, 1988, p. 304.

68 Où l’on trouve également attestées des clauses de solidarité collective, comme ce fut le cas dans le C. Dionysodoros, où l’accord reproduit au § 45 stipulait : « τὴν δὲ πρᾶξιν εἶναι καὶ ἐξ ἑνὸς καὶ ἐξ ἀμφοῖν » « que le droit de saisie puisse être exercé aussi bien sur un seul que sur les deux [emprunteurs] ». On retrouve une clause assez similaire dans un contrat maritime reproduit dans le C. Lacritos (xxxv, 12) : « καὶ ἐάν τι ἐλλείπῃ τοῦ ἀργυρίου, οὗ δεῖ γενέσθαι τοῖς δανείσασι κατὰ τὴν συγγραφήν, παρὰ Ἀρτέμωνος καὶ Ἀπολλοδώρου ἔστω ἡ πρᾶξις τοῖς δανείσασι καὶ ἐκ τῶν τούτων ἁπάντων, καὶ ἐγγείων καὶ ναυτικῶν, πανταχοῦ ὅπου ἂν ὦσι, καθάπερ δίκην ὠφληκότων καὶ ὑπερημέρων ὄντων, καὶ ἑνὶ ἑκατέρῳ τῶν δανεισάντων καὶ ἀμφοτέροις » « Si le prix est insuffisant pour remplir les créanciers de la somme qu’ils doivent recevoir aux termes du contrat, leur droit de saisie s’étendra à tous autres biens d’Artémon et d’Apollodore, terrestres et maritimes, en quelque lieu qu’ils se trouvent, comme s’il y avait eu condamnation en justice et terme échu, le dit droit appartenant solidairement aux créanciers » (trad. L. Gernet, C.U.F.).

69 Démosthène, C. Dionysodoros, 2, trad. L. Gernet (C.U.F.). Cf. à ce propos les développements de Harris, 2006, p. 143-162. Ce principe est également rappelé dans le C. Phénippos (xlii, 12), ainsi que dans le C. Évergos et Mnésiboulos (xlvii, 77).

70 Démosthène, C. Panténètos (xxxvii), 38 ; texte reproduit supra, n. 14.

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Pour citer cet article

Référence papier

Christophe Flament, « Étude sur les sociétés minières du Laurion au ive s. av. J.-C. »Pallas, 105 | 2017, 237-255.

Référence électronique

Christophe Flament, « Étude sur les sociétés minières du Laurion au ive s. av. J.-C. »Pallas [En ligne], 105 | 2017, mis en ligne le 30 novembre 2017, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/8387 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.8387

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Auteur

Christophe Flament

Département de Langues et Littératures classiques
Université de Namur (Belgique)
christophe.flament[at]unamur.be

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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