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Oppida et « civilisation des oppida » cent ans après Joseph Déchelette

Oppida du nord, oppida du sud. Essai de confrontation à partir de deux sites du sud-ouest : Roquelaure-La Sioutat et Vieille-Toulouse

Oppida of the North, oppida of the South. Trying a comparison from two southwest France sites : Roquelaure-La Sioutat et Vieille-Toulouse
Philippe Gardes
p. 191-209

Résumés

La tradition historiographique a imposé depuis le début du xxe s. une distinction entre les oppida du nord et du sud de la France. Ce point de vue n’a jamais vraiment été discuté sur des bases archéologiques. Or des fouilles récentes menées dans le Sud-Ouest, sur les oppida de Vieille-Toulouse et Roquelaure-La Sioutat, conduisent à relativiser ce clivage. Au-delà, elles montrent les limites d’un modèle qui fait des oppida une composante spécifique de la culture « celtique ». Au-delà des apparences archéologiques, l’idée force à retenir est que le phénomène d’urbanisation connaît une accélération au moins à partir du iie s. av. n. ère, en Europe occidentale.

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Texte intégral

  • 1 Garcia, 2015.

1Le terme oppidum est traditionnellement utilisé pour caractériser tout site de hauteur fortifié de l’âge du Fer en Gaule continentale ou méditerranéenne. Ce choix se justifie par l’emploi de ce mot dans les sources antiques disponibles. Dans le midi, le terme s’applique sans distinction chronologique pour tout l’âge du Fer1. Son champ d’application est beaucoup plus restrictif pour la Gaule interne où il ne concerne que des sites de plusieurs dizaines d’hectares, dans une zone géographique comprise entre la Garonne et la Hongrie et, de surcroit, pour une période limitée aux iie et ier s. av. n. è. Ce type d’« oppidum » constitue même un critère distinctif de la culture laténienne.

  • 2 Fichtl, 2000 ; Kaenel, 2006.
  • 3 Fernandez-Götz 2013, p. 144-146 ; Fichtl, 2000, p. 91-134 ; Kaenel, 2006, p. 33 ; Pion, 2010, p. 40 (...)

2Paradoxalement, les établissements fortifiés du Sud-ouest de la France, région située à la charnière des deux espaces précités, sont exclus du champ d’application du terme oppidum. En effet, la Garonne constitue la limite à l’extension des oppida celtiques2 et les sites de cette région sont à première vue bien différents de ceux du littoral méditerranéen. Or deux fouilles récentes menées à Vieille-Toulouse et Roquelaure permettent de remettre en perspective la notion d’oppidum et de le replacer dans le cadre général du processus d’urbanisation à l’œuvre à l’âge du Fer (fig. 1). À cette fin, j’essaierai de mesurer le degré de parenté de ces sites avec les oppida, du moins avec ceux considérés comme des villes, à travers les critères habituellement retenus, à savoir : une emprise de 10-15 hectares minimum et la présence d’un rempart, d’une planification urbaine, de constructions publiques, d’activités diversifiées et d’une population importante, appartenant à plusieurs catégories sociales (dont les élites)3. L’objectif est de voir en quoi la bi-polarisation nord-sud des agglomérations est pertinente à la fin de l’âge du Fer en Gaule.

Fig. 1 : Localisation de Roquelaure-La Sioutat et de Vieille-Toulouse.

Fig. 1 : Localisation de Roquelaure-La Sioutat et de Vieille-Toulouse.

(Ph. Gardes, Inrap, TRACES)

1. Roquelaure-La Sioutat

  • 4 Gardes et al., 2011 ; Gardes, Lemaire, Le Dreff, 2013 ; Gardes, 2014.

3Le site de Roquelaure-La Sioutat occupe une éminence elliptique s’avançant nettement sur la ligne de coteaux dominant à l’est la vallée du Gers4. Il offre donc un large point de vue sur plus de 10 kms à la ronde. L’occupation s’étend sur l’ensemble du plateau (7 ha minimum à l’origine) mais également sur le coteau sud (fig. 2), l’ensemble se développant sur une emprise supérieure à 15-20 ha. Malheureusement les informations disponibles sur cette agglomération restent encore très partielles en raison de l’extension limitée de la fouille actuelle (1500 m2) et de son état d’avancement. L’occupation débute au vie s. avant notre è mais l’essentiel des vestiges actuellement reconnus appartiennent aux iie et ier s. av. n. è.

Fig. 2 : Roquelaure-La Sioutat.

Fig. 2 : Roquelaure-La Sioutat.

A. plan général du plateau, B. plan des vestiges de la phase 2b2 (40-20 av. n. è.) en cours de fouille.

(Ph. Gardes, Inrap, TRACES, O. Onezime, F. Callède, Inrap)

1.1. Rempart

4La question du rempart est encore difficile à aborder. En effet, le site est barré par un talus en grande partie détruit par des travaux de carrière (fig. 2). Ne subsiste qu’une portion de 80 m de long, elle-même très altérée. La structure se présente aujourd’hui comme une butte peu marquée, envahie par la végétation. L’axe de celle-ci laisse supposer que le rempart adoptait à l’origine une forme curvilinéaire. Le talus ne mesure que 3 m de haut pour 16 m de large. A l’est, il domine l’abrupt naturel dont le dénivelé a, de toute évidence, été accentué artificiellement. A sa base se développe un important fossé de près de 25 m de large pour au moins 3 m de profondeur dont le tracé est aujourd’hui repris par la route d’accès au plateau. Le dénivelé entre le sommet de la butte et le fond actuel du fossé atteint 13 m. L’accès primitif à l’éperon pourrait correspondre à un chemin aménagé à flanc de coteau, sur le versant nord du promontoire.

  • 5 Gardes, 2010b.
  • 6 Gardes, 2009, p. 48, fig. 3, n° 3.

5La chronologie du système défensif n’est pas encore établie en l’absence de fouilles. Sa forme curvilinéaire rappelle tout de même des structures proches, datées de la fin de l’âge du Fer comme Esbérous à Eauze5 ou St-Jean-de-Castex à Vic-Fezensac (Gers)6.

1.2. Organisation

6Une série d’aménagements suggère l’existence d’un découpage rationnel de l’espace à l’échelle du versant sud du plateau (fig. 2). Le seul fossé pour l’instant identifié semble borner une zone densément occupée. Son rôle majeur se déduit de sa longue durée d’utilisation, perceptible à travers une série de curages et de réaménagements entre la fin du iie s. et le début du ier s. av. n. è. Il sert de limite parcellaire mais assure aussi une fonction d’assainissement, dont témoigne l’existence d’un probable bassin de décantation sur son tracé.

7Un autre aménagement de grande ampleur correspond à un système de terrasses destinées à compenser le pendage du versant. Elles ont clairement été identifiées dans la partie est de l’emprise de fouille mais leur extension réelle est encore incertaine. Cependant, des indices, comme le fait que tous les sols de bâtiments actuellement en cours de fouille rattrapent la pente naturelle, laissent penser que les travaux de nivellement ont concerné l’ensemble du versant sud du plateau. Les terrasses observées se présentent comme des replats de 5 à 8 m de large, taillés à flanc de coteau sur au moins 0,20 à 0,30 m de profondeur. Mises en place dans le courant de la seconde moitié du iie s. av. n. è, ces terrasses ont fait l’objet d’une remise en état au moins à deux reprises au ier s. av. n. è.

8Ces terrasses fonctionnent semble-t-il avec des axes de circulation, dont un seul a pour l’instant été étudié. Large d’au moins 2,5 m, le revêtement est constitué de nodules de terre cuite jointifs associés à des petits éclats de calcaire, et secondairement de tessons d’amphore et d’os de faune formant une couche relativement plane. Des ornières bien marquées sont encore visibles dans son axe.

9Les bâtiments s’alignent le long des terrasses et dès lors sont maintenus dans leur assiette d’origine, bien qu’objets de réparations ou de réaménagements. Dans un premier temps, les constructions sont unicellulaires, de plan rectangulaire et définies par des sols ou des radiers constitués de mobilier à plat, parmi lesquels les tessons d’amphores dominent très largement. Au cours du ier s. av. n. è, les constructions ont tendance à se densifier et leur aménagement intérieur évolue avec l’apparition de plusieurs pièces.

10La dernière étape d’occupation est marquée par l’apparition de l’architecture maçonnée en différents points du plateau. Dans l’emprise de la fouille, deux vastes bâtiments scellent les terrasses antérieures. Ces derniers respectent tout de même les axes de construction antérieurs et l’un deux est flanqué à l’ouest par le fossé de parcellaire, déjà évoqué pour la période antérieure. Ces deux édifices correspondent à des domus italiques à cour centrale, dont la plus vaste couvre quelque 1600 m2.

1.3. Activités et fonctions

11Le statut des habitants de La Sioutat et leur domaine d’activité peuvent être approchés à partir de l’étude du mobilier et de certains vestiges.

12Le site a abrité des activités de production et au moins des ateliers de métallurgistes comme en témoigne à ce jour un four, des scories de fer et des déchets de fabrication. Une zone semble également dédiée à la production bouchère.

13Au-delà, La Sioutat apparaît comme un centre de consommation et d’échange important tout au long des iie et ier s. En témoignent les quantités de fragments d’amphore italique pour un total de 5 tonnes alors que la fouille des niveaux de la fin de l’âge du Fer est à peine entamée. Le vin italien est nettement concurrencé par les crus de Tarraconnaise à partir des années 40 av. n. è. De même, les arrivages de céramiques fines italiques apparaissent réguliers aux iie et ier s. et leur taux s’établit entre 1,6 et 2 % du total des céramiques représentées, ce qui est la norme dans les agglomérations principales de la région.

14De même, les monnaies témoignent aussi du rôle de carrefour commercial de l’agglomération. Parmi la soixantaine de monnaies jusque-là recueillies on reconnaît en effet des émissions issues des territoires aquitains (monnaies dites Sotiates et Elusates), du Languedoc (type à la Croix) et secondairement de la péninsule ibérique. Il en va de même d’un trébuchet et de stylets, associés soit au commerce, soit à la sphère administrative.

1.4. Niveau de vie et statut des habitants

15Une série d’objets rend compte de la présence d’une partie des élites ausques sur le site. Pour les ive et iiie s., il s’agit en particulier d’un bracelet à décor pastillé, connu à quelques rares autres exemplaires en Europe, d’une fibule à disques de type aquitain mais aussi d’attaches d’anses appartenant à deux bassins étrusques de type Genova, très peu attestés en Gaule. Pour la période suivante (iie-ier s. av. n. è), on peut citer une attache de ceinture moulée richement décorée et un élément de char d’apparat. La vaisselle en bronze italique ne dépare pas dans ce contexte avec des éléments de simpulum, de passoires et de cruches. La fouille a également révélé de nombreuses pièces d’armement, témoignant de la présence de guerriers. On peut citer en particulier des pointes à douille (pilum), des pointes de flèches et de javelot.

16Le même constat peut être fait à partir de l’étude architecturale. S’il est difficile de caractériser l’habitat antérieur, les maisons augustéennes trahissent à n’en pas douter la présence de membres de l’élite ausque. C’est ce que l’on peut déduire de la qualité des techniques de construction mises en œuvre et de la nature des aménagements intérieurs, tout autant que de leur précocité. Le bâtiment le plus vaste couvre une surface de quelque 1600 m2 et possédait plusieurs niveaux. De plus il était décoré de peintures murales à décor figuratif (fin du IIe style pompéien), uniques en Gaule interne pour cette époque.

17Résumons. L’agglomération de Roquelaure-La Sioutat occupe une position privilégiée et s’étend sur plus de 15-20 ha ce qui en fait le plus important établissement de l’âge du Fer dans ce secteur géographique, devant Auch. Son organisation apparaît rationnelle avec un découpage de l’espace par des terrasses associées à des voies et l’occupation peut être qualifiée de dense dès le iie s. av. n. è. En dehors de sa vocation résidentielle, le site abrite des activités spécialisées dont des ateliers de métallurgistes. Sur le plan économique, il joue un rôle de premier plan comme en témoigne l’intensité des échanges avec la Méditerranée et la diversité des émissions monétaires. Enfin, sa dimension politique se lit sans doute dans la présence sur place d’une partie, au moins, des élites locales depuis les ive-iiie s. av. n. è.

2. Vieille-Toulouse

  • 7 Vidal, 2002 ; Gardes, 2010a ; 2013 ; 2014.

18A sept kilomètres au sud de Toulouse actuelle, l’agglomération de Vieille-Toulouse occupe une position privilégiée près d’un gué mais aussi dans les environs immédiats de la trouée de la vallée de l’Hers, point d’arrivée de la route de Narbonne, au nord, et de la confluence de la Garonne et de l’Ariège, voies d’accès naturelles aux Pyrénées, au sud7. Le site s’étend à l’extrémité d’un plateau vaguement triangulaire, de 90 ha environ, compris entre le ruisseau de la Pichanelle à l’est, la Garonne à l’ouest et la dépression de Ventenac au sud (fig. 3). Le choix de ce site s’explique sans nul doute par ses potentialités défensives. En effet, le plateau est naturellement protégé par un abrupt très marqué de plus de 80 m à l’ouest et de 60 à plus de 100 m au sud. La situation est un peu moins favorable à l’est, le long du ruisseau de la Pichanelle (ou de Vieille-Toulouse), avec une succession de coteaux découpés par de petits cours d’eau, dont la plupart sont aujourd’hui asséchés. La surface du plateau apparait relativement tourmentée avec des zones en pente (La Tuilerie, Borde-Basse, Baulaguet), par endroits forte (coteau de Ventenac) et une zone de replat au lieu-dit La Planho.

Fig. 3 : Vieille-Toulouse : plan général du site et de ses vestiges.

Fig. 3 : Vieille-Toulouse : plan général du site et de ses vestiges.

1. Fouille 2007 (Habitat de la fin de l’âge du Fer et domus), 2. Sanctuaire de La Planho, 3. «citerne bâtie» , 4. Grand bâtiment, 5. Fanum de Baulaguet, 6. «Motte du Castéra», 7. et 8. Fossé défensif.

(Ph. Gardes, Inrap, TRACES d’après M. Vidal)

2.1. Rempart

19Le site de Vieille-Toulouse était très probablement protégé par un rempart, dont les traces ne sont plus aujourd’hui visibles (fig. 3). L’élément fort du dispositif résidait sans doute dans un talus qui devait barrer le plateau au sud. Son tracé correspond peut-être approximativement à l’actuel Chemin de Ventenac. L’accès au site pouvait se situer au point le plus haut traversé par ce rempart, aujourd’hui occupé par un monticule réaménagé sans doute au Moyen-âge (« butte du Castéra »).

20En revanche, l’existence d’une ligne de défense secondaire à 40 m environ en retrait par rapport à la crête de Ventenac est aujourd’hui avérée (fig. 3, n° 7). Elle est matérialisée par un fossé aux dimensions imposantes (6 m de large pour 3 m de profondeur minimum) qui semble barrer le plateau. Le mobilier issu du comblement montre que la structure est probablement désaffectée dès la fin du iie s. av. J-C.

  • 8 Diagnostic réalisé début 2017.

21Le dispositif était complété par un fossé, sans doute associé à un talus, qui suivait le bord du plateau le long de la Pichanelle (fig. 3, n° 8). Ce dernier a pu être observé récemment dans le quartier de Baulaguet8.

2.2. Organisation

  • 9 Vidal, 2002.
  • 10 Gardes, 2013a.

22À La Planho, une fouille réalisée en 2007 a permis de confirmer, après les observations faites par M. Vidal9, l’existence d’une trame urbaine, mise en place au plus tard autour de 125 avant notre ère. Les données recueillies suggèrent que le découpage s’articule à partir de rues orientées est-ouest qui déterminent des ilots allongés, reliés par des axes secondaires nord-sud10. Au-delà vers le sud du plateau, l’absence de fouilles ne permet pas de statuer sur l’ampleur de ce réseau. Néanmoins, on doit noter qu’une voie de 10 m de large, orientée nord-sud, a été ponctuellement reconnue vers le centre de La Planho en 1972 (fouille M. Vidal). Elle est encaissée et présente un revêtement initial de tessons d’amphore, rechargé au moins une fois à l’aide de gros galets. Des portions de fossés appartenant sans doute à ce réseau ont été observées par Michel Vidal, dans la parcelle située immédiatement au sud de celle fouillée en 2007 (1975-1976) et près du pool house du Golf (1969). A signaler enfin que la plupart des axes de bâtiments repérés dans l’emprise actuelle du golf s’inscrivent dans les mêmes axes d’implantation que la trame identifiée. Compte-tenu de ces informations, il est probable que l’ensemble du plateau de La Planho soit concerné, dès l’origine, par ce programme urbain, sur une emprise de l’ordre de 20 à 30 ha.

  • 11 Ibid., p. 39-41.

23La fouille réalisée en 2007 à cheval sur deux ilots montre que le schéma initial a conditionné l’occupation jusqu’à l’abandon du secteur un peu avant le changement d’ère11. Il n’est pas pour autant figé et a régulièrement subi des modifications de portée limitée. Ainsi, la parcelle ouest est réalignée une fois au début du ier s. avant notre è, où elle gagne sur la voie adjacente.

24Les rues sont régulièrement entretenues et les fossés bordiers, faisant office de caniveaux, font l’objet d’un assainissement périodique tout au long de l’occupation du secteur. L’évolution se lit toutefois à travers la rénovation du système viaire, au début du ier s. av. n. è, avec l’aménagement de bandes de roulement uniformes, désormais charretières.

25Un dernier élément régulateur, révélé par la fouille, réside dans l’alignement des façades des constructions le long des rues mais aussi dans le caractère mitoyen de certains bâtiments. Ce phénomène tend à s’accentuer avec le temps, en raison surtout de la densification de l’occupation. À partir de la période comprise entre 75 et 40 av. n. ère les constructions déjà mitoyennes offrent une façade continue sur les rues et s’étendent progressivement vers le cœur des ilots.

  • 12 Gardes, 2010a, 2014 ; Vidal, 1988, 2002.
  • 13 Vidal, 1988, p. 3-5.

26À partir des années 50/40 av. n. è, des changements affectent le plan de circulation12. Une partie des voies, gagnées par l’urbanisation, sont abandonnées et certains axes sont convertis en simples passages ou venelles. Un autre changement réside dans l’aménagement d’une nouvelle voie nord-sud, préfigurant semble-t-il le chemin actuel de l’oppidum, en périphérie de l’espace urbanisé. Néanmoins, l’essentiel du réseau préexistant est toujours actif et ce même si les rues sont reconstruites et complétées par des aménagements jusqu’alors inconnus, comme des drains ou des caniveaux13. Dès lors, l’urbanisme prend un caractère véritablement italique avec l’apparition d’ilots définis par des bâtiments partageant un mur de façade continu sur les rues. La cohérence du schéma d’urbanisme s’en trouve renforcée.

2.2. Activités et fonctions

2.2.1. Des monuments publics

27Malgré la faible emprise des recherches réalisées jusque-là, une partie des infrastructures politico-religieuses peut être replacée dans la trame urbaine (fig. 3). Il en va ainsi du sanctuaire de La Planho, d’un bassin monumental situé au cœur de l’agglomération et du fanum de Baulaguet, établi dans un quartier périphérique.

2.2.1.1. Le sanctuaire de La Planho (début du ier s. av. n. è)

  • 14 Vidal, 2002, p. 111.
  • 15 Labrousse, 1978. Des monnaies en argent (Labrousse, 1973, p. 99) et un statère fourré des Pictones (...)
  • 16 Vidal, 2002, p. 112.
  • 17 Py, 1993, p. 244-248.

28Les fouilles de sauvetage réalisées entre 1969 et 1981 ont permis de mettre en évidence un ensemble cultuel formé d’un bâtiment inséré dans un probable enclos, situé dans un secteur d’habitat dense vers le centre du plateau de La Planho14 (fig. 4A). L’édifice se présente comme un espace de 6,70 m de côté délimité par une tranchée périmétrale, précédée d’une cloison de torchis armée de poteaux, dont les calages de cols d’amphores ont été retrouvés à intervalle régulier. Cet édifice possédait un sol en terre battue et s’ouvrait côté est. À l’extérieur de la cella ont été découvertes des statuettes anthropomorphes et zoomorphes (canidé, cervidé…) en terre cuite15. Autre élément d’intérêt, une fosse quadrangulaire, à la base de la section nord de la tranchée périmétrale, a livré des fragments appartenant à une statue en grès rose représentant un personnage accroupi16 ainsi qu’une quarantaine de pesons en terre cuite. La statue, fruste, présente peu d’affinités stylistiques avec les « accroupis » du Languedoc. Néanmoins, elle pourrait se rattacher à la même série et ainsi évoquer peut-être la figure du guerrier héroïsé, objet de culte chez plusieurs peuples du sud de la Gaule17.

Fig. 4 : Vieille-Toulouse.

Fig. 4 : Vieille-Toulouse.

A. Sanctuaire de La Planho, B. Coupe de la citerne, C. fanum de Baulaguet.

(d’après M. Vidal)

29Des structures périphériques appartiennent probablement au sanctuaire. Notons d’abord que trois excavations (« citernes »), de tendance carrée et soigneusement taillées dans la marne, voisinent avec la cella. L’une d’elles a livré une amphore entière et deux statuettes en terre cuite. Enfin, à l’ouverture d’un puits non fouillé (puits XXII) a été observé un probable dépôt constitué de deux lampes placées dans une panse d’amphore. Quelques éléments mobiliers tels des balsamaires ou les stylets trouvés dans la citerne 3 pourraient également être mis en relation avec une fonction religieuse de ce secteur.

  • 18 Poux et Demierre, 2015.

30Une série de fossés parallèles séparent cet espace de la parcelle voisine au sud. L’extension limitée de la fouille n’a pas permis de déterminer leur véritable fonction mais ils pourraient matérialiser la présence d’un enclos, à l’image d’autres sanctuaires de Gaule interne comme Corent18 ou Manching.

31De nouveaux aménagements à vocation publique mais cette fois-ci construits en dur apparaissent à partir du milieu du Ier s. av. n. è. dans les environs du sanctuaire de La Planho, ce qui confirme la présence dans ce secteur du centre civique et religieux de l’agglomération. Ainsi, un second temple, cette fois-ci à galerie périphérique, a été observé partiellement à 70 m environ à l’est du premier.

2.2.1.2. Une citerne publique ? (50/40 - 10 av. n. è)

  • 19 Vidal, 2002.

32Plus au sud a été mis au jour un important bassin, correspondant sans nul doute à une infrastructure publique de captage ou de stockage de l’eau (fouilles M. Vidal) (fig. 4B)19. Il se présente comme une vaste fosse sans doute quadrangulaire de 4,60 m sur au moins 3 m, dont la profondeur atteint 3,30 m. Sa capacité peut être estimée à 25 m3 mais, malheureusement, on ne sait par quel moyen il était alimenté. Les parois sont « habillées » d’un mur maçonné en briques, revêtues d’un mortier blanc hydraulique et la découverte de vestiges d’un toit effondré témoigne de l’existence d’une puissante charpente. L’espace intérieur a révélé l’emplacement de « cloisons » et des traces laissées sur les murs suggèrent l’existence d’une plateforme sommitale et d’une machinerie, sans doute destinée à puiser l’eau. Un puisard, dont le fond était bétonné et formé par des tegulae, avait été creusé dans le fond de la fosse, côté nord.

2.2.1.3. Le fanum de Baulaguet (50/40 - 10 av. n. è)

  • 20 Vidal, 2013, p. 59-60.

33Situé plus à l’est et en dehors de la zone densément occupée, le fanum de Baulaguet a été découvert en 1974 le long du chemin actuel de l’oppidum (fig. 4C)20. Le monument, dont les vestiges sont très arasés, est installé sur une terrasse taillée dans la molasse, qui a permis de compenser la pente naturelle du terrain (230 m2). Le bâtiment lui-même est de plan carré. Il comporte une cella centrale de 7,10 m de côté autour de laquelle court une galerie extérieure de 14 m de côté. Les murs reposent sur des fondations de galets de Garonne liés à la molasse. Des assises de briques ont permis de régulariser leur partie supérieure et de définir une assise horizontale pour la construction de la partie haute des murs.

34La base des murs était construite en briques, disposées en quinconce et ajustées au mortier. Les façades du bâtiment comportaient une colonne d’angle ainsi que trois colonnes intermédiaires. Les murs étaient recouverts d’un enduit de mortier blanc tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

35Le sol de la galerie était sans doute revêtu de mortier, dont des lambeaux ont été conservés. En revanche, la cella a probablement reçu un dallage de briques. Même si le bâtiment a été détruit dans ce secteur, on peut penser que l’accès se faisait depuis l’est.

36Le type de toiture ne peut être évoqué qu’à travers des indices indirects. Ainsi, de nombreux fragments de tegulae et imbrices ont été retrouvés à l’extérieur de la façade ouest et dans la galerie Sud. Quelques clous éparpillés dans les galeries nord et sud proviennent sans doute de la charpente. Ces éléments témoignent de l’existence d’une solide toiture de tuiles.

37L’arasement presque total du bâtiment, ainsi que la récupération quasiment systématique des matériaux ont fait disparaître l’essentiel de la décoration intérieure.

38La terrasse sur laquelle le sanctuaire a été implanté se prolongeait au-delà de sa façade nord sur un peu plus de 2 m.

39Aucune donnée archéologique ne permet de préciser le culte rendu dans cet édifice. En revanche, une inscription sur pierre, découverte en 1879 sans doute en remploi dans une fontaine située à une centaine de mètres au nord, pourrait lui être rapportée. Elle commémore la construction d’un temple et de différentes structures cultuelles par un collège, formé d’esclaves et d’hommes libres, en 47 av. n. è.

2.2.2. Artisanat, commerce, administration

40L’activité artisanale revêt une grande importance sur le site de Vieille-Toulouse. Si la tabletterie ne se signale qu’à travers des déchets de production, des ateliers de métallurgistes et de potiers sont ainsi bien attestés. Ces derniers se situent en périphérie de l’agglomération mais aussi dans sa partie la plus urbanisée. L’activité potière semble se concentrer à l’ouest du site, dans le secteur de Borde-Basse, où de nombreux fours ont servi à produire des céramiques mais aussi des matériaux de construction (tegulae, briques et imbrices). Au cœur de l’agglomération, une batterie de fours de potiers voisine à l’est avec une parcelle où deux ateliers de métallurgistes, situés le long de rues, ont été mis en évidence en 2007. Le premier a produit des objets en fer et en bronze dont des clous et des fibules entre les années 150 et 40/30 av. n. è. Plus à l'est, une forge se situe dans un vaste appentis et n’a été en activité qu’au milieu du ier s. av. n. è.

41Plus globalement, le commerce jour un rôle majeur sur le site. En témoignent en particulier plus de 12 000 monnaies dont les origines apparaissent, de plus, très diverses. Les émissions du Languedoc sont les plus fréquentes et s’associent aux séries ibériques, de Gaule interne, de Marseille et d’Italie. Certaines témoignent de relations, directes ou indirectes, beaucoup plus lointaines comme une monnaie de Bithynie.

42L’intensité des échanges est surtout illustrée par les dizaines de milliers d’amphore, représentées par des exemplaires complets ou fragmentés, découvertes depuis le xviiie siècle.

43Une deuxième série d’objets peut être mise en relation avec les fonctions commerciales, ou plus généralement de service, et administratives. Dans ce groupe figurent des trébuchets, sans doute utilisés pour estimer la valeur des métaux précieux entrant dans la composition des productions artisanales ou directement dans les circuits commerciaux. Mais il convient surtout de noter la présence de plus d’une centaine de stylets, mis au jour essentiellement dans le cœur de l’agglomération. Ces derniers supposent l’existence d’activités administratives ou de nature comptable dans les environs immédiats.

2.3. Niveau de vie et statut des habitants

44Des indices convergents montrent qu’une partie de la population possédait des ressources importantes et au-delà que des membres de l’aristocratie tolosate y résidaient. Le mobilier illustre clairement ce phénomène avec la fréquence des biens de prestige ou associés à un milieu social privilégié. Par exemple, le site se distingue clairement à l’échelle de la Gaule interne par l’abondance et la diversité de la vaisselle céramique fine (productions à vernis noir, unguentoria, parois fines, lampes républicaines), mais aussi métallique (chaudrons, situles, simpula, passoires, cruches…). Des pièces exceptionnelles sont également signalées comme par exemple un probable bassin à bec verseur en forme de tête de chien, pratiquement unique en Europe.

  • 21 Gorgues, 2005.
  • 22 Ibid.

45De très nombreux éléments d’armement ont été découverts sur le site depuis le xviiie siècle. La plupart correspondent à des armes de conception indigène dont le type est relativement fréquent dans les agglomérations gauloises contemporaines. On dénombre ainsi des pointes de flèche, de javelot, des épieux mais aussi, élément plus rare, un umbo de bouclier. Une dizaine. de casques surtout de type Coolus-Mannheim ont également été recensés21. D’autres pièces peuvent être considérées comme des militaria à l’image de certaines boucles de ceinture. S’ajoutent à ce lot, des pièces d’armement romaines ou réputées telles : pointes de flèche à douille sans barbelure, traits de catapulte et balles de fronde, dont une partie en terre cuite. La possession d’armes était probablement un privilège réservé à une partie de la population, et plus particulièrement aux aristocrates et à leurs clients. Les casques devaient ainsi appartenir à des equites tolosates, dont une partie a certainement été recrutée comme auxiliaires par l’armée romaine lors de la campagne contre les Aquitains (56 av. n. è.)22. Le doute est de mise en ce qui concerne les éléments de harnachement découverts, qui auraient pu servir à équiper les montures de guerriers.

46Longtemps sous-estimé, le site de Vieille-Toulouse apparaît désormais comme une agglomération majeure à l’échelle de l’ensemble de la Gaule dès le iie s. av. n. è. Il domine, en effet, la plaine toulousaine et couvre une surface d’au moins 90 ha, sans équivalent au sud de la Gaule. Le site bénéficie en outre d’un plan d’urbanisme, défini par un réseau de rues orthogonales, dès l’origine. Autre caractéristique : les activités répondent à une répartition rationnelle avec des espaces publics et religieux, des quartiers d’habitation et à vocation commerciale et des zones dédiées à l’artisanat. Il joue de plus un rôle économique majeur en tant que foyer de consommation mais aussi de production en relation avec une population sans doute nombreuse, parmi laquelle assurément des membres de l’élite tolosate. Au bilan, le site de Vieille-Toulouse assume un rôle majeur sur le plan économique et politique mais aussi religieux si l’on se fie à l’importance du sanctuaire de La Planho.

47Les sites de Roquelaure-La Sioutat et Vieille-Toulouse présentent donc toutes les caractéristiques des oppida gaulois. Il en va sans doute de même d’autres sites du sud-ouest dont l’étude est encore embryonnaire, tels Sos (Lot-et-Garonne), Esbérous à Eauze ou Lectoure (Gers).

3. Oppida du nord, oppida du sud

48Par delà les exemples de Roquelaure-La Sioutat et Vieille-Toulouse, la question de la bipolarisation du phénomène des oppida entre Gaule interne et méditerranéenne mérite d’être abordée. Cependant la mise en œuvre d’une approche comparative se heurte à la faiblesse des données encore disponibles sur le sujet, en raison du manque de fouilles extensives sur les oppida, particulièrement en Gaule interne.

  • 23 Par exemple Buchsenschutz, 2007, p. 99.

49La plupart des publications distinguent les sites méditerranéens et continentaux, en insistant sur leurs particularismes respectifs en terme climatique, géologique mais aussi du point de vue des traditions architecturales23, en opposant implicitement les constructions de pierre, du Midi, et celles à ossature bois de Gaule interne. Par-delà cette distinction formelle, en grande partie imputable à la topographie locale et aux ressources disponibles (pierre, bois, terre…), se profile un certain nombre de traits communs, dont bien entendu la présence d’un rempart.

50En Méditerranée, les habitats de l’âge du Fer sont en général peu étendus (au moins jusqu’au iie s. av. n. è.) et certains présentent un urbanisme très régulier, articulé à partir de rues parallèles définissant d’étroits ilots « laniérés » (Entremont, Lattes, Martigues, Nages…) (fig. 5E). Ces derniers sont formés de la juxtaposition de bâtiments, le plus souvent à murs mitoyens, alignés sur les voies. Les espaces ouverts sont quasiment absents de ces agglomérations. Dans quelques cas, la circulation est facilitée par une ou plusieurs rues transversales.

Fig. 5 : Quelques exemples de plans d’urbanisme d’oppida gaulois.

Fig. 5 : Quelques exemples de plans d’urbanisme d’oppida gaulois.

A. Moulay (d’après E. Le Goff et C. Moreau), B. Pommiers (d’après S. Fichtl), C. Variscourt (d’après S. Fichtl), D. Manching (d’après A. Mößbauer), E. Lattes (Hérault) (d’après M. Py)

  • 24 Krausse, Fernandez-Götz, Hansen, Kretschmer, 2016.
  • 25 Mordant, Chaume, 2011.

51En milieu continental, des exemples comme La Heuneburg24 ou Vix25 montrent que des schémas d’implantation très réguliers existent dès le premier âge du Fer. La situation évolue à partir du iie s. av. n. è. avec l’apparition de vastes oppida dont la majorité dépasse les 100 ha. Mais la partie réellement urbanisée de ces sites apparaît toujours très inférieure à l’espace disponible. Quelques rares fouilles extensives ont révélé leurs modalités d’occupation. Dans le cas de Variscourt (fig. 5C) ou Manching (fig. 5D), on retrouve une structure générale proche de celle des sites méditerranéens avec une succession de voies parallèles déterminant des ilots allongés. De même, des axes transversaux, en général secondaires, sont quelquefois attestés (Manching).

52Mais dès le premier âge du Fer, les ilots sont formés par des enclos mitoyens, et non par des corps de bâtiments juxtaposés (fig. 5A-D). De plus, leur emprise est occupée par des bâtiments répartis de manière assez lâche ou, dans certains cas, pratiquement pas lotie. Dernier point : les constructions ne présentent pas de murs mitoyens et ne s’alignent pas forcément sur les voies adjacentes.

53Au bilan, le contraste entre les deux aires géographiques doit être nuancé. Il s’exprime surtout dans la conception de l’espace occupé avec d’un côté des sites fortifiés en général de taille modeste mais occupés de manière intensive et de l’autre, de vastes enceintes mais dont l’urbanisation apparaît partielle.

54Au-delà du rempart et de la présence d’un plan d’urbanisme, il convient de s’interroger sur les termes réels de la comparaison. Celle-ci n’est réellement pertinente que si elle met en parallèle des agglomérations de statut équivalent. Ainsi, on ne peut mettre sur un même plan des sites jouant un rôle politique majeur comme Corent, Bibracte ou Boviolles (fig. 6A), d’un côté, et des habitats comme Ensérune ou Nages, de l’autre, au prétexte qu’ils disposent tous d’un urbanisme régulier. Le contraste est bien entendu beaucoup moins grand lorsqu’on les rapproche de Nîmes (35 ha) (fig. 6B) ou de Vieille-Toulouse (90 ha) par exemple. On retrouve en effet là à la fois des fonctions diversifiées, une population importante parmi laquelle des membres de l’élite et des monuments publics.

Fig. 6 : Les agglomérations de Boviolles (A) et Nîmes (B) à la fin de l’âge du Fer.

Fig. 6 : Les agglomérations de Boviolles (A) et Nîmes (B) à la fin de l’âge du Fer.

(d’après F. Dechezleprêtre et M. Monteil)

Conclusion

55Ce rapide survol des données disponibles soulève une série de questions sur la place des sites du sud-ouest de la France dans la problématique du processus d’urbanisation des sociétés protohistoriques en Europe. La région se situe, en effet, à la charnière des espaces méditerranéens et continentaux, dont on a souvent voulu opposer les traditions culturelles alors qu’une partie des divergences relève peut-être de l’incompatibilité des traditions… de recherche.

56En Europe moyenne, la question des agglomérations se confond très largement avec celle des oppida. Mais on se doit d’observer que la plupart des synthèses sur le sujet ignorent totalement les sud-ouest et que la limite du « phénomène » est souvent justement placée au niveau de la Garonne. Dans quelques rares publications le site de Sos fait tout de même exception, au prétexte qu’il serait cité comme « oppidum » par César. Pourquoi donc les sites aquitains, mais aussi méditerranéens, seraient exclus de la liste ? Pour répondre à cette question, il est utile de revenir sur la définition du terme oppidum par les archéologues.

  • 26 Collis, 1994.

57La taille apparaît de loin comme le critère le plus important avec des valeurs minimales fixées, selon les auteurs, entre 10-15 et 50 ha ; la présence d’un rempart massif est également considérée comme un caractère discriminant. Mais ces conditions sont réunies sur bon nombre de sites de la région. De même, en contexte plus méditerranéen – i.e. future Narbonnaise –, des agglomérations antérieures à la conquête romaine comme Toulouse et Nîmes répondent parfaitement à ces critères. En réalité, le problème trouve son origine dans le fait que ces éléments de définition ne s’appliquent qu’aux sites appartenant à une aire celtique artificiellement prédéfinie et malheureusement trop souvent confondue avec la culture laténienne. Pire, par un curieux effet en retour, ces oppida en sont venus à caractériser cette entité culturelle (« culture des oppida »). Pourtant, J. Collis avait montré en son temps les limites de l’assimilation entre Celtes, culture celtique et culture laténienne26.

58Les autres caractères évoqués sont communs à l’ensemble des agglomérations de hauteur, du moins celles de rang supérieur. Celles-ci ont la plupart du temps fait l’objet d’un tracé d’urbanisme, le plus souvent de type géométrique. De même, ces sites sont marqués par une forte densité d’occupation signalant une population importante et les activités apparaissent diversifiées. Les caractéristiques de certains habitats et la qualité des mobiliers montrent que les élites ou du moins une partie d’entre elles résidaient dans ces agglomérations. Enfin, des infrastructures publiques sont systématiquement identifiées lorsque le cœur des sites est étudié.

59Au bilan, on ne peut faire des oppida un marqueur spécifiquement celte ou laténien ; l’émergence de vastes agglomérations fortifiées ou non au iie s. av. n. è. apparaît au contraire comme un phénomène propre à une grande partie de l’Europe occidentale.

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Notes

1 Garcia, 2015.

2 Fichtl, 2000 ; Kaenel, 2006.

3 Fernandez-Götz 2013, p. 144-146 ; Fichtl, 2000, p. 91-134 ; Kaenel, 2006, p. 33 ; Pion, 2010, p. 40-41

4 Gardes et al., 2011 ; Gardes, Lemaire, Le Dreff, 2013 ; Gardes, 2014.

5 Gardes, 2010b.

6 Gardes, 2009, p. 48, fig. 3, n° 3.

7 Vidal, 2002 ; Gardes, 2010a ; 2013 ; 2014.

8 Diagnostic réalisé début 2017.

9 Vidal, 2002.

10 Gardes, 2013a.

11 Ibid., p. 39-41.

12 Gardes, 2010a, 2014 ; Vidal, 1988, 2002.

13 Vidal, 1988, p. 3-5.

14 Vidal, 2002, p. 111.

15 Labrousse, 1978. Des monnaies en argent (Labrousse, 1973, p. 99) et un statère fourré des Pictones (Labrousse, 1972) proviennent également de ce secteur.

16 Vidal, 2002, p. 112.

17 Py, 1993, p. 244-248.

18 Poux et Demierre, 2015.

19 Vidal, 2002.

20 Vidal, 2013, p. 59-60.

21 Gorgues, 2005.

22 Ibid.

23 Par exemple Buchsenschutz, 2007, p. 99.

24 Krausse, Fernandez-Götz, Hansen, Kretschmer, 2016.

25 Mordant, Chaume, 2011.

26 Collis, 1994.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 : Localisation de Roquelaure-La Sioutat et de Vieille-Toulouse.
Crédits (Ph. Gardes, Inrap, TRACES)
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Titre Fig. 2 : Roquelaure-La Sioutat.
Légende A. plan général du plateau, B. plan des vestiges de la phase 2b2 (40-20 av. n. è.) en cours de fouille.
Crédits (Ph. Gardes, Inrap, TRACES, O. Onezime, F. Callède, Inrap)
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Titre Fig. 3 : Vieille-Toulouse : plan général du site et de ses vestiges.
Légende 1. Fouille 2007 (Habitat de la fin de l’âge du Fer et domus), 2. Sanctuaire de La Planho, 3. «citerne bâtie» , 4. Grand bâtiment, 5. Fanum de Baulaguet, 6. «Motte du Castéra», 7. et 8. Fossé défensif.
Crédits (Ph. Gardes, Inrap, TRACES d’après M. Vidal)
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Titre Fig. 4 : Vieille-Toulouse.
Légende A. Sanctuaire de La Planho, B. Coupe de la citerne, C. fanum de Baulaguet.
Crédits (d’après M. Vidal)
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Titre Fig. 5 : Quelques exemples de plans d’urbanisme d’oppida gaulois.
Légende A. Moulay (d’après E. Le Goff et C. Moreau), B. Pommiers (d’après S. Fichtl), C. Variscourt (d’après S. Fichtl), D. Manching (d’après A. Mößbauer), E. Lattes (Hérault) (d’après M. Py)
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Titre Fig. 6 : Les agglomérations de Boviolles (A) et Nîmes (B) à la fin de l’âge du Fer.
Crédits (d’après F. Dechezleprêtre et M. Monteil)
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Pour citer cet article

Référence papier

Philippe Gardes, « Oppida du nord, oppida du sud. Essai de confrontation à partir de deux sites du sud-ouest : Roquelaure-La Sioutat et Vieille-Toulouse »Pallas, 105 | 2017, 191-209.

Référence électronique

Philippe Gardes, « Oppida du nord, oppida du sud. Essai de confrontation à partir de deux sites du sud-ouest : Roquelaure-La Sioutat et Vieille-Toulouse »Pallas [En ligne], 105 | 2017, mis en ligne le 30 novembre 2017, consulté le 25 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/8274 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.8274

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Philippe Gardes

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