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À coté de la perspective, les modes d’expression aspectifs

Aspective et perspective dans la pensée égyptienne de l’histoire

Next to perspective, aspectivistic expression modes
Christophe Barbotin
p. 27-39

Résumés

L’aspective et la perspective constituent deux visions du monde à priori inconciliables, notamment dans la conception du temps : l’aspective, et la prédétermination qu’elle induit, ne devrait laisser aucune place à l’idée même d’histoire et de chronologie avec les événements aléatoires qui en jalonnent le cours. Cependant, on verra dans cet article comment la pensée égyptienne les a combinées et superposées pour aboutir malgré tout à une conscience très forte de l’histoire au sein de laquelle l’individu, avec son point de vue subjectif, jouissait d’une part de liberté beaucoup plus grande qu’on ne l’admet généralement.

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Texte intégral

1En tant qu’héritiers de la pensée grecque puis chrétienne, qui envisagent toutes deux un point de départ, nous sommes habitués à lire dans l’histoire une chaîne ininterrompue d’événements chargée d’un sens et d’une direction souvent bien définis, et à faire de l’individu l’acteur central de ce que nous appelons l’aventure humaine. La situation est beaucoup plus complexe chez les Égyptiens de l’époque pharaonique dont l’univers mental reposait, à l’inverse, sur la répétition sans fin de cycles naturels investis d’« aspects » existentiels qui imposaient leur déterminisme à tous les éléments du monde. Nous allons voir comment cette pensée parvint à s’accommoder d’une dose de perspective au sens où nous l’entendons, et quelles conséquences impliquait une cohabitation de ce type.

1. Le temps, notions fondamentales

  • 1 Pour un bon résumé des différentes théories sur neheh et djet, voir Servajean, 2007, p. 1-18.
  • 2 CT IV, 200, a-202, b.

Le temps égyptien repose sur deux notions complémentaires : neheh Image 100002010000001C0000001CCC4ACAA2.png et djet Image 100002010000001400000015F427E2E8.png. Neheh est du genre masculin, il est déterminé par le signe du soleil Image 100002010000000C0000000C38D49BA5.png. Djet est du genre féminin, elle est déterminée par le signe de la terre Image 10000201000000220000000BDDDEDB85.png. Ces deux mots sont habituellement traduits par « éternité » avec de nombreuses variantes. Les commentateurs y ont vu, notamment, une opposition entre temps cyclique et temps linéaire, ou entre temps et éternité, et accompagnent ces interprétations de longs développements fondés sur des concepts modernes souvent compliqués. Or les Égyptiens étaient tout sauf compliqués, imprégnés qu’ils étaient par la présence concrète de la nature1. Ils furent assez aimables pour nous donner de ces deux mots une définition absolue, inscrite noir sur blanc dans une glose annexée au chapitre 335 des Textes des Sarcophages (Moyen Empire vers 2000 av. J.-C.) : Le préposé au comptage de ce qui est, qui est-ce donc ? C’est Osiris, et ce qui est, c’est neheh ainsi que djet. Or neheh, c’est le jour et djet, c’est la nuit2.

  • 3 Repris tel quel par le chapitre 17 du Livre des Morts au Nouvel Empire (Naville, 1886, chap. 17, co (...)
  • 4 CT II, 28, d. Ce passage peut aussi être traduit par : Or chou était dans le neheh et Tefnout dans (...)
  • 5 Fitzenreiter, 2013, p. 63, fig. 1.
  • 6 Cette opposition nuit-jour avait très bien été perçue par Thausing, 1934, p. 39.

2Le jour-neheh et la nuit-djet, selon ce texte3, résument l’être dans sa totalité. Il s’agit d’un couple masculin/féminin, archétype de tout couple (jusqu’à la loi sur le mariage pour tous) dont procède le reste du monde. Que cette complémentarité de genre soit le résultat du hasard de la langue ou non, on ne sait. Ce qui est sûr, c’est que les Égyptiens en avaient conscience et en ont exploité les prolongements intellectuels puisqu’on trouve, dans le chapitre 80 de ces mêmes Textes des Sarcophages, ces deux notions assimilées à une divinité mâle et femelle respectivement : Or Chou était le neheh et Tefnout la djet4. Chou est une entité mâle construite sur une racine signifiant « absence », qui désigne par extension ce qui est immatériel : le vide, l’ombre et la lumière. Tefnout est au contraire une entité femelle, une lionne, marquant l’une des nombreuses formes de l’œil de Rê (iret, mot féminin). La détermination sexuelle de djet et neheh trouve une expression saisissante sur l’une des chapelles dorées de Toutânkhamon, où une déesse djet et un dieu neheh soutenant chacun le signe du ciel résument à eux tout seuls la globalité de l’univers égyptien, si l’on en croit la notice qui les surmonte : Je connais le nom des deux grandes divinités, c’est djet et c’est neheh5. La complémentarité mâle/femelle se superpose ici au couple céleste/terrestre et jour/nuit exprimé par les déterminatifs et la définition antique6.

  • 7 La synthèse de Rê et d’Osiris, donc du céleste et du souterrain, du jour et de la nuit, est exprimé (...)
  • 8 Urk. IV, 1221, 17.
  • 9 Urk. IV, 484, 1-2.
  • 10 Urk. IV, 499, 15-500, 1.

3Osiris, en tant que dieu des morts et par conséquent maître du royaume souterrain, est en principe assimilé à la djet : on dit de lui qu’il est souverain de la djet, mais il assume aussi la synthèse des registres solaire et souterrain avec son épithète courante de seigneur du neheh, souverain de la djet7. Une telle synthèse apparaît fréquemment dans différents contextes : un défunt du Nouvel Empire nous dit ainsi qu’Il va vers l’occident, vers sa place du neheh et vers sa tombe du cimetière, sa maison de la djet8. Ici le neheh se réfère aux confins du ciel et de la terre (l’occident), tandis que la djet désigne expressément le monde souterrain (la tombe du cimetière). Dans le même sens, un autre déclare : Je suis venu vers ma ville du neheh, vers mon territoire de la djet9, ce qui revient à résumer tout le destin du personnage en question. Car le neheh trouve son prolongement dans la djet : Puisses-tu traverser le neheh dans le bien-être par la grâce du dieu de ta ville, ta force dans ta main. Elle (ta force) ne t’abandonnera pas, tu n’en manqueras pas (dans la) djet10.

  • 11 Wb V, 316, 1-2.
  • 12 Sur les relations entre temps et espace dans l’esprit égyptien, voir Fitzenreiter, 2013.
  • 13 Henty neheh, henty djet (Wb III, 106, 7-9).
  • 14 M aout djet (Wb V, 509, 15).
  • 15 Supra n. 10. Autre exemple : Puisses-tu traverser le neheh dans la joie (Urk. IV, 1221, 17).
  • 16 Papyrus Brooklyn 47-218-84, XII, 2 (Meeks, 2006, § 27, p. 25).

4La totalité du monde ainsi englobée par djet et neheh, « la nuit et le jour », peut être commodément traduite par « l’éternité des nuits et des jours ». C’est à elle que se réfère le vocable r-terouy « jusqu’aux deux périodes »11 pour exprimer la permanence. Nos deux notions sont tout autant spatiales que temporelles12. Les textes égyptiens évoquent souvent « les limites du neheh et de la djet »13, « la longueur de la djet »14, le neheh que l’on « traverse » comme dans le dernier texte cité15 ou la djet dans laquelle le défunt se pose comme un oiseau : C’est sa durée de vie pour le neheh quand il se pose dans la djet16.

  • 17 La plupart des prépositions égyptiennes expriment le temps ou l’espace en fonction du contexte.
  • 18 Paysan B1, 338-339 (Parkinson, 1991, p. 43, l.10).

5Cette dimension spatiale résulte directement du voyage du soleil en barque le jour et la nuit : l’espace et le temps sont indissolublement liés dans l’esprit égyptien et dans la langue qui le transcrit17. Par conséquent, la djet et le neheh constituent la matrice dont procèdent les autres cycles : semaines de dix jours, mois de trente jours, saisons de quatre mois chacune, inondation annuelle (calendrier agricole), années de douze mois plus cinq jours « supplémentaires » (calendrier officiel), et règnes. L’équilibre des cycles, dans leur enchaînement comme dans la place des éléments qui les constituent, est incarné par la déesse Maât. En tant que « fille de Rê », elle ressortit au neheh. On la traduit alors par « vérité », au sens de conformité aux règles de l’univers. Mais en tant que norme des actions personnelles dans le jugement outre-tombe, dans la djet cette fois avec la couleur morale que cela implique, elle prend la valeur de « justice ». Un passage du conte du Paysan plaideur, texte célèbre de la littérature en égyptien classique, donne une excellente illustration de Maât associée au neheh et à la djet : Mais Maât est destinée au neheh, c’est avec celui qui l’accomplit qu’elle descend au cimetière18 (les actions accomplies dans la vie terrestre de manière conforme [maât] à l’ordre du neheh sont comptabilisées au cimetière, donc dans la djet).

2. L’aspective

6Il ressort de tout cela que la conception fondamentale du temps chez les Égyptiens obéit à un déterminisme très puissant, un déterminisme qui traduit les « aspects » fondamentaux de leur vision du monde. Cette conception apparaît donc de nature aspective, exactement comme le sont les expressions plastiques de leur pensée funéraire ou religieuse qui constituent ce que nous appelons aujourd’hui l’art pharaonique. Les mêmes processus intellectuels sont à l’œuvre dans la production matérielle comme dans les écrits, on ne saurait appréhender correctement les uns et les autres sans rétablir le socle commun qui les unit, sans repérer les correspondances qui s’imposent dans la restitution globale de cette culture infiniment riche et complexe

7Avec une structure de ce type, le temps historique tel que nous le concevons devrait évidemment avoir du mal à s’imposer. Les scènes de temples et de tombes en sont normalement exemptes. Elles reposent sur l’échange permanent, intemporel, entre le roi ou le particulier et la divinité dans le cadre du cycle immuable. Ainsi, les très nombreuses scènes de vie quotidienne qui ont rendu l’art égyptien tellement attractif pour notre sensibilité moderne ne sont, en dépit de leur fraîcheur et de leur vivacité, que des prolongements aspectuels et hiéroglyphiques de cet équilibre.

  • 19 Littéralement « l’être parfait », désignation commune d’Osiris.
  • 20 Stèle British Museum 580 : Budge, 1912, n° 203, pl. 37, col. 1-3.

8Les hymnes aux divinités sont un mode courant d’exprimer la relation des hommes avec celles-ci. Voici par exemple un extrait d’hymne à Osiris : Adresser des louanges à Osiris, se prosterner devant l’ouvreur de chemins. Tu es apparu en gloire Ounennefer19, lors de tes fêtes de la djet, ô seigneur du neheh, souverain des dieux, vers qui viennent ce qui est et ce qui n’est pas20. La locution « ce qui est et ce qui n’est pas » exprime le tout indissoluble, prédéterminé, par conséquent inaccessible à toute évolution et à toute perspective temporelle.

  • 21 Stèle de la tombe de Horemheb, British Museum 552 (Martin, 1989, [73], pl. 110, col. 1 et 2 et p. 9 (...)

9L’intemporalité fondamentale apparaît encore dans cet hymne au dieu soleil Rê : Louange à toi qui viens à l’existence chaque jour, qui ne cesses de t’enfanter chaque matin, sortant du sein de sa mère sans cesse […] jeune garçon divin, héritier du neheh, qui s’engendre et s’enfante lui-même21. On ne saurait mieux dépeindre la perpétuité du cycle solaire aux antipodes du temps historique.

3. Du cycle aspectif au temps perspectif

  • 22 Chapitre (« spell ») 80 : CT II, 33, e-34, f.

10Cependant, en hommes pragmatiques, les Égyptiens ont introduit une faille à la base de ce système qui eut été trop fermé sans cela. Cette faille universelle, c’est le mythe de la création du monde. Voici l’une parmi les plus célèbres des variantes que l’on en connaît, extraite des Textes des Sarcophages. Atoum, le dieu démiurge, dit : Or donc j’étais seul avec le Noun (l’océan primordial) dans l’inertie, je ne pouvais trouver de lieu où me tenir, je ne pouvais trouver de lieu où m’asseoir, n’était pas encore fondée Héliopolis où je serai ensuite, n’était pas encore formé Ha ( ?) pour que je m’y assoie. Je n’avais pas encore créé Nout (le ciel) pour qu’elle soit au-dessus de moi, la première génération de dieux n’avait pas encore été mise au monde, l’Ennéade n’était pas encore venue à l’existence en sorte qu’elle soit avec moi22. Comme on le voit, la création du monde décrit un état antérieur au neheh et à la djet, un état indifférencié puisqu’il n’y avait pas de ciel et que les dieux n’étaient pas séparés du créateur, avant que ne surviennent les différentes étapes de la constitution de l’univers par différenciations successives : les dieux, les hommes, les temples etc. Il s’agit d’un point de départ, d’une sorte de point zéro.

  • 23 Les règnes ne font jamais l’objet de comptages avant Manéthon au troisième siècle avant notre ère, (...)
  • 24 D’où la crainte attachée aux cinq jours « supplémentaires » de la fin de l’année officielle, réputé (...)

11Ce départ n’est cependant qu’un faux point zéro. D’abord parce que les Égyptiens ignoraient zéro, ensuite parce que la création n’est pas datée, elle va engendrer des cycles qui vont se reproduire éternellement certes, mais des cycles qui jamais ne sont dénombrés dans leur manifestation la plus large23, à l’opposé de la conception grecque de l’histoire dont le cycle des Olympiades est comptabilisé à partir d’un point fixe. Et pour cause, il n’y a pas de ligne d’arrivée. Aucune fin du monde n’est prévue de manière programmée sous aucune forme que ce soit. Ce qui compte aux yeux des Égyptiens, c’est l’enchaînement des cycles sans accident de transition puisque seuls ces accidents pourraient mettre le monde en cause24. Tout repose sur le fait que chaque chose doit être à sa place dans l’ordre incarné par Maât, la vérité-justice dont il a été question plus haut, antinomique de l’isefet, le chaos qui risque de tout arrêter. C’est la fonction des rites et du culte aux dieux que de garantir la perpétuation de Maât. Dans un cadre de cette nature, aucun sens de l’histoire ne demeure à priori possible.

Annales et tables royales

  • 25 Première attestation du mot « année » sur une tablette du roi Djet dit « le roi-serpent » (Helck, 1 (...)
  • 26 Empreinte de Den, avec son nom et celui de ses quatre prédécesseurs : Dreyer, 1987, p. 36, fig. 3.
  • 27 Empreinte de Qaa mentionnant ses sept prédécesseurs et lui-même : Dreyer et al., 1996, p. 72, fig.  (...)
  • 28 Sur les annales de l’Ancien Empire, voir Baud, 2003, p. 271-302. Le Moyen Empire ne nous a légué qu (...)
  • 29 Sur ces deux ensembles commandités par Thoutmosis III, voir en dernier lieu Delange, 2015, p. 15-18 (...)
  • 30 KRI, I, 178-179.
  • 31 British Museum 117 (James, 1970, p. 13-14 et pl. VIII).
  • 32 Sur les annales de prêtres, voir Payraudeau, 2008, p. 293-308.

12Mais voilà, aussi vrai que le mythe de la création induit une chronologie, les cycles eux-mêmes débouchent sur la notion de temps, tout particulièrement le cycle royal qui par définition varie en nombre d’années. Il est frappant de constater qu’à l’aube de l’histoire égyptienne, dès la première dynastie, certains événements marquants furent consignés et datés en années de règne, ce qui les définit déjà comme des annales25. On commença dès cette époque à dresser des listes de rois par ordre chronologique : les deux premières tables royales ont été découvertes sur des empreintes de sceaux, l’une donnant les cinq premiers rois de la Ire dynastie26, l’autre les huit premiers rois27, ce qui impliquait un retour vers un passé déjà lointain. Ces tables royales rétrospectives, de plus en plus complexes avec le temps, subodorent l’existence d’archives officielles très bien tenues que nous n’avons jamais retrouvées mais que l’on discerne en creux tout au long de l’histoire égyptienne. Ce sont de telles archives qui permirent à Manéthon, au iiie siècle av. J.-C. de composer ses Aegyptiaca sur trois mille ans de distance. Annales (relevés d’événements datés par règnes, au sein d’un ou de plusieurs règnes successifs) et tables royales ont fleuri sans discontinuer de l’Ancien au Nouvel Empire28, et tout particulièrement à cette dernière époque : « chapelle des ancêtres » et annales de Thoutmosis III au temple de Karnak29, tables de Séthi Ier30 et de Ramsès II dans leurs temples d’Abydos31. Il va de soi que ces documents ne sont pas « scientifiques » au sens où nous l’entendons, ils ne représentent que la transcription monumentale d’archives sélectionnées et expurgées dans le souci d’asseoir la légitimité du roi régnant sur la vénération de ses ancêtres prédécesseurs. Nulle trace de souverains secondaires et oubliés et, à plus forte raison, des rois victimes de damnatio memoriae (la reine Hatchepsout est invisible dans la chapelle des ancêtres, nulle trace d’Akhénaton ou de Toutânkhamon dans les tables de Séthi Ier et Ramsès II). Quoiqu’il en soit, les annales et tables royales disparaissent presque complètement au premier millénaire du fait de l’affaiblissement du pouvoir politique, à une époque où le retour vers le passé devient pour l’essentiel une affaire de prêtres32.

  • 33 Gardiner, 1959.
  • 34 Marseille inv. 204 (Timbart, 2016, n° 97, p. 200-201).
  • 35 Tombes de Khâbekhent et d’Inherkhâouy à Deir el-Médineh : El-Shazly, 2015, p. 45, fig. 23 et p. 51, (...)
  • 36 Stèle de Dédia, Louvre C 50 (Barbotin, 2016, n° 96, p. 197-199).
  • 37 Sur les généalogies du premier millénaire voir Jansen-Winkeln, 2005, p. 137-145.

13Un fort goût pour le passé se manifeste en effet dans la bonne société égyptienne à partir de l’époque ramesside, dans la seconde partie du Nouvel Empire. Le fameux « canon royal de Turin »33, cette liste extraordinaire de rois avec leurs années de règne qui remonte mille cinq cents ans en arrière, la source la plus complète qui nous soit parvenue, inscrite sur un papyrus remployé, est issu d’une archive privée ! Ces listes apparaissent sur des supports parfois étonnants : table d’offrande gravée aux cartouches des souverains34 ou murs de tombes avec l’image des anciens rois35, comme un décalque de la Chambre des ancêtres à Karnak réalisée deux siècles plus tôt. C’est également au Nouvel Empire qu’est attestée l’une des premières généalogies familiales remontant sur plusieurs générations36, un phénomène appelé à se répandre très largement au premier millénaire37 dans le but de garantir la légitimité sociale du titulaire d’une prêtrise ou d’une fonction. Comme pour les rois, le passé se trouve mis au service d’intérêts particuliers.

  • 38 Cette valeur temporelle de isetj, malgré son caractère fondamental, n’est pas assez soulignée dans (...)
  • 39 Urk. IV, 219, 3-4.
  • 40 Urk. IV, 882, 10-13.
  • 41 Urk. IV, 895, 14-17.

14Tout cela montre combien la notion de temps se surimpose aux aspects prédéterminés tout en se conformant au moule que ceux-ci lui imposent. Le phénomène est si profondément imprimé dans la mentalité pharaonique qu’on le trouve à l’œuvre dans la grammaire du moyen égyptien, la langue classique des anciens Égyptiens. L’ancrage d’une proposition dans le temps réel, chronologique et donc perspectif, y est marqué par une particule spécifique que les égyptologues connaissent très bien : la particule isetj38. Quelques exemples parmi des centaines éclaireront le lecteur. À propos de la reine Hatchepsout, on lit ceci : Elle est l’épouse du souverain, du roi de Haute et Basse Égypte Âakheperkarê doué de vie éternellement (Thoutmosis II). Or justement (isetj), Sa Majesté n’était qu’un enfant39. La première phrase énonce le principe de base, l’aspect qui définit la situation. La seconde, introduite par isetj, « or justement », marque la perspective temporelle particulière qui justifie la théogamie, quand Amon va se substituer au roi-enfant dans le lit de la reine. Dans une inscription royale de la XVIIIe dynastie à Karnak : Il a fait comme mémorial personnel pour son père Amon […] l’acte d’ériger pour lui son sanctuaire inaccessible de la première fois […], car justement (isetj) Sa Majesté l’avait trouvé tombé en ruine40. La construction, acte rituel déterminé par les rapports permanents dieu-roi, découle de la ruine qui est présentée comme une circonstance particulière issue du temps. Enfin, dans la biographie d’Aménemheb sous Thoutmosis III : Or donc (isetj), le roi avait terminé sa durée de vie en années nombreuses et magnifiques […] depuis l’an 1 jusqu’à l’an 54, 3e mois de la germination, dernier jour, au temps de la Majesté du roi de Haute et Basse Egypte Menkheperrê, acquitté41. La particule permet d’introduire le moment précis, la perspective temporelle qui clôt le cycle du règne exceptionnel de Thoutmosis III.

Le surpassement

  • 42 Vernus, 1995, §10-25, p. 54-121.
  • 43 Urk. IV, 28, 13-15.
  • 44 Urk. IV, 86, 3-4.
  • 45 Sur le sens égyptien de l’histoire voir Vernus, 1995, et Piccato, 1997, p. 137-159 (notamment pour (...)

15Puisqu’il y a place pour la chronologie, pour des actes et événements qui peuvent être nouveaux, il y a place pour le surpassement et par conséquent pour une certaine notion de progrès. La proclamation du surpassement par rapport aux devanciers est très largement répandue dans les sources égyptiennes, même s’il ne s’agit que de types d’actions inscrits dans une tradition bien établie42. Âhmosis, le fondateur du Nouvel Empire, conclut la stèle de dotation qu’il avait faite en l’honneur de sa grand-mère Tétichéri par ces mots : Si Sa Majesté a réalisé cela, c’est bien parce qu’elle aimait (sa grand-mère) plus que tout. Jamais les anciens rois ne firent chose semblable pour leur mère !43 Sur sa stèle de victoire à Tombos en Nubie, Thoutmosis Ier déclare : On n’avait pas vu (cela) dans les annales des ancêtres depuis les successeurs d’Horus44. Où l’on voit l’importance des annales dans la conscience de l’histoire des anciens Égyptiens45, ici avancées comme preuve de la véracité de la stèle.

Les autobiographies

  • 46 Urk. IV, 1-2.
  • 47 Stèle Louvre C 1 (Barbotin, 2005a, doc. 78, col. a-c, p. 144).

16Tout comme les rois, les particuliers aimaient à mesurer leur action à l’aune de ce qui avait été fait auparavant. Ce sont les « autobiographies », plus ou moins développées suivant les cas, qui prennent pour cadre la vie du personnage et l’exposent parfois dans un ordre chronologique, surtout à partir du Nouvel Empire. Voici le début de l’une des plus célèbres d’entre elles, l’histoire de Iâhmès fils d’Abana qui fut à la fois acteur et témoin de l’expulsion des Hyksos au xvie siècle av. J.-C. sous le roi Âhmosis : Le chef des rameurs, Iâhmès fils d’Abana, déclare : « c’est à vous, tous les hommes, que je veux parler ! Je veux vous faire prendre connaissance des distinctions qui me sont échues […] C’est dans la ville de Nekheb (Elkab) que j’ai grandi, quand mon père était soldat du défunt roi de Haute et Basse Égypte Seqenenrê. Baba fils de Ro-inet était son nom. Ensuite je fus soldat à sa place à bord du vaisseau « le taureau sauvage », au temps du défunt seigneur des Deux Terres Nebpehtyrê. Je n’étais pourtant qu’un jeune homme, je n’avais pas encore d’épouse, je dormais dans un hamac. Puis je fondai un foyer »46. Iâhmès s’adresse à la postérité, donc à nous aussi, les événements y sont précis et datés, les éléments personnels sont rattachés aux opérations militaires. Le récit procède par conséquent d’une notion perspective de l’histoire au sens où nous l’entendons d’autant plus qu’il a été composé très tard dans la vie de ce militaire, une quarantaine d’années après les faits. Cela ne doit bien entendu pas nous faire oublier les impératifs d’autoglorification qui le motivent, toute ressemblance avec l’objectivité serait assurément fortuite, mais enfin c’est bien le temps et l’histoire qui sont avancés comme trame et comme preuve. D’ailleurs, pour prévenir la moue de circonspection qu’un lecteur de stèle pourrait esquisser face à tant de gloire, il arrive souvent que l’on se donne la peine d’affirmer la réalité du rapport. On lit en annexe à la biographie du général Nysoumontou, au temps de Sésostris Ier (xxe siècle av. J.-C.), la mise au point suivante : Tout [ce qui est dit] sur cette stèle, c’est le rapport de ce qui s’est produit grâce à mon action, c’est ce que j’ai accompli dans l’exacte réalité : point d’exagération, point de mensonge là-dedans !47 Cette petite note présente la stèle comme un témoignage, il s’agit d’une véritable proclamation du point de vue perspectif.

  • 48 Grandet, 1998, p. 17-34.

17Ainsi, les biographies accordaient tellement de place aux événements particuliers, à l’innovation et au surpassement qu’elles ont parfois débouché sur de véritables fictions littéraires, de petits romans, dont le plus célèbre, pour les Egyptiens comme pour nous, fut le roman de Sinouhé48. L’action en est située sous le règne de ce même Sésostris Ier, au xxe siècle av. J.-C. Et il se termine, lui aussi, par une proclamation de surpassement : Il n’y a pas de dévoué serviteur pour qui chose semblable ait jamais été faite !

4. Les fondements de la liberté personnelle

18Cet individualisme qui se développe dans le temps historique, cette perspective personnelle qui se dégage des sources n’auraient pas été possibles s’il n’y avait eu un espace de liberté personnelle qui fût reconnue.

19Cette liberté, cette échappatoire à la détermination de l’aspective du monde et de Maât, elle est proclamée dans un texte célèbre. Non pas un grimoire réservé à quelques intellectuels planant au-dessus de leurs contemporains, mais un texte publié à des milliers d’exemplaires au second et au premier millénaire av. J.-C. Il s’agit des chapitres 30 A et 30 B du Livre des Morts édités sur papyrus mais également gravés sur le plat de gros scarabées, dits « scarabées de cœur » du fait de leur apparence formelle comme de leur destination, puisqu’ils étaient déposés sur la poitrine de la momie. Le défunt s’adresse à son cœur pour le conjurer de ne le point trahir lors du jugement en présence d’Osiris :

Chapitre 30 A : Formule pour empêcher que le cœur du défunt ne s’oppose à lui dans le cimetière. Ô mon cœur (ib) de ma mère, ô mon cœur (ib) de ma mère, ô ma poitrine (haty) de mon existence terrestre, ne te lève pas contre moi comme témoin à charge en présence du seigneur des rites !

Chapitre 30 B : … ô mon cœur (ib) de ma mère, ô mon cœur (ib) de ma mère, ô ma poitrine (haty) de mon expérience, ne te dresse pas contre moi comme témoin à charge…

  • 49 Allen, 1974, p. 40.
  • 50 Barbotin, 2013, p. 95. On a proposé d’identifier ces deux notions dans l’Enseignement d’Any mais sa (...)

20Deux aspects du cœur sont distingués par l’emploi de deux mots différents : ib et haty. Le premier, le cœur au sens physique du terme, enfoui au fond du corps, recèle l’identité profonde du sujet héritée de la mère, ce que nous appelons l’inné. Le second, haty, est construit sur la racine hat qui signifie « avant », littéralement « le cœur qui est en avant ». C’est cet aspect que nous traduisons par « poitrine » à la suite de Th. G. Allen49, car la poitrine est en contact avec le monde extérieur et l’expérience qu’il délivre, ce que nous appelons l’acquis. Nous sommes ici en présence de la plus ancienne définition de l’inné et de l’acquis jamais formulée dans l’histoire de l’humanité50, elle établit la liberté du sujet face aux règles du monde qui l’entoure.

5. Le triomphe de la perspective au Nouvel Empire

  • 51 Par exemple, la transplantation des arbres de Pount sous le règne de Sahourê à la Ve dynastie (Faro (...)

21Il était cependant un bastion aspectif qui résistait encore et toujours à l’invasion de la perspective, malgré quelques cas précurseurs51, c’étaient les temples. Et bien eux aussi, à partir du règne de Séthi Ier et pour toute la durée de l’époque ramesside (xiiie-xie siècles av. J.-C.), durent s’accommoder d’une dose de perspective historique sur leurs murs avec l’apparition de véritables récits de campagnes militaires datés, circonstanciés et illustrés.

  • 52 KRI, I, 9, 3-4.
  • 53 Sur la « Königsnovelle » comme mode de propagande royale, voir en dernier lieu Hofmann, 2004.

22Séthi Ier à Karnak : L’an I, renaissance du roi de Haute et Basse Égypte, seigneur des Deux Terres Menmaâtrê doué de vie. On vint dire à Sa Majesté : les ennemis de Chasou fomentent une rébellion, leurs chefs se sont regroupés, ils ont pris position sur les monts de Kharou52. Nous avons une date précise, un nom de peuple, un nom de lieu, et une circonstance particulière définie par « on vint dire… ». Même si ce genre de texte s’intègre dans le cadre de l’idéologie royale qui s’exprime depuis plus de mille ans par le canal formalisé de la « nouvelle royale » (la Königsnovelle53), il n’en reste pas moins qu’il s’appuie sur l’idée de temps et donc d’histoire.

  • 54 Lichtheim, 1976, p. 62-72, Pentaour étant le scribe copiste sur papyrus de cette œuvre magnifique, (...)

23L’apogée de la perspective historique fut atteint sous Ramsès II, à la fois par les scènes et comptes rendus de batailles, par l’affichage de son traité de paix avec les Hittites, par le « Bulletin » de la bataille de Qadech et surtout par la version littéraire qui en fut éditée sous son règne, version connue aujourd’hui sous le nom de poème de Pentaour54, riche en péripéties narratives dignes des combats de l’Iliade qu’il semble annoncer cinq siècles auparavant.

  • 55 Une grande exposition consacrée à ce personnage s’est tenue au musée départemental Arles antique d’ (...)

24L’histoire à la mode égyptienne devint même en vogue chez les lettrés de ce temps. On a vu leur inclination pour les listes de rois anciens. Mais l’archétype de « l’antiquaire » fut le prince Khâemouaset, quatrième fils de Ramsès II et grand prêtre de Ptah, qui s’est complu à restaurer les monuments de l’Ancien Empire à Saqqara, une figure dont la personnalité hors norme a laissé un vivant souvenir à la postérité près de mille ans après sa mort55.

  • 56 Notamment par de remarquables essais de rendu de profondeur dans les reliefs amarniens ou, plus tar (...)
  • 57 Cf. Neveu, 1996, p. 22 et Malaise, Winand, 1999, p. 9, § d/.
  • 58 Gardiner, 1957, § 215, p. 219, Grandet, Mathieu, 2003, § 30.1, p.  327, Malaise, Winand, 1999, p. 6 (...)

25Il est remarquable que ce point de vue perspectif, en matière de temps, trouve de nombreuses correspondances dans les arts plastiques et en particulier dans les peintures et bas-reliefs qui multiplient les entorses aux règles de base imposées par l’aspective depuis l’aube de la civilisation pharaonique : on ne se contente plus de restituer ce qui est, on se risque aussi à dépeindre ce que l’on voit de ses propres yeux56. Ce phénomène, perceptible dès le milieu de la XVIIIe dynastie, connut une brusque poussée à l’époque amarnienne puis à l’époque ramesside. La perspective historique que nous venons de mettre en lumière s’inscrit donc dans un mouvement général de la mentalité égyptienne, en pleine mutation à cette période charnière des xive-xiiie siècles av. J.-C. Et là encore, c’est dans les données linguistiques que l’on trouvera une partie de l’explication du phénomène. L’époque amarnienne, suivie et amplifiée sur ce point par les deux dynasties ramessides, marqua en effet la reconnaissance du néo-égyptien comme langue écrite jusque dans les sphères les plus officielles. Langue vernaculaire, il s’imposait enfin au détriment du vieil égyptien classique qui jusque-là régnait en maître absolu sur la vallée du Nil comme le latin sur l’Europe médiévale. Or le néo-égyptien accorde au temps, passé, présent et futur, une place très importante57, là où le moyen égyptien envisageait avant tout les aspects de l’action (accompli, inaccompli, indicatif ou modal)58. La coïncidence apparaît beaucoup trop singulière pour n’être que le fruit du hasard.

26Il est vrai que la tentation perspective, plastique et temporelle, se dissout après la fin du Nouvel Empire, au premier millénaire av. J.-C., en tout cas dans ses manifestations officielles. C’est que la dureté des temps et son corollaire la fin des certitudes conduisirent les Égyptiens de cette époque à un fort repli identitaire qui s’est traduit par l’imitation de plus en plus serrée des formules traditionnelles, celles-là même qui sont véhiculées par l’aspective du moyen égyptien alors en passe de devenir une authentique langue sacrée, un « hiéroglyphe » au sens propre.

Conclusion

  • 59 Barbotin, 2005a, doc.78, p. 143, lignes 13-14.
  • 60 Barbotin, 2005b, § II, p. 193-194.

27On constate donc que si les Égyptiens vivaient dans un univers aspectif, ils admettaient, dans ce cadre, une part de perspective temporelle et historique assez proche de la nôtre par son application, surtout au Nouvel Empire comme on vient de le voir. Cette distorsion aspective/perspective ne les gênait guère, sauf dans quelques cas très particuliers, lorsqu’il fallait parler de certains faits historiques en totale contradiction avec l’ordre du monde tel qu’ils le concevaient. La guerre civile est de ceux-là. La guerre civile est une monstruosité, c’est la négation de la maât, le chaos isefet. Elle est évoquée sous les couleurs les plus noires par des textes scolaires destinés à l’édification des jeunes scribes. On la trouve également sur la stèle du général Nysoumontou, déjà citée, au temps de Sésostris Ier. Le général eut à intervenir dans un conflit de succession qui semble avoir été très violent. Voici comment il s’y prend pour se mettre en valeur dans une aussi délicate affaire : Je rassemblais l’armée comme un piège et, à l’aube, la cité se rendait à moi car j’avais pris la tête des troupes et avais dirigé la guerre des Deux Terres, victorieusement. Mes mains agissaient et je terrassais l’ennemi. J’avais vaincu les ennemis, j’avais chassé les rebelles de mon seigneur, il n’est personne d’autre qui pourra dire la même chose59. Quelle différence avec les textes ramessides : pas de date, pas de nom de personnes, pas de nom de lieu si ce n’est la désignation générique de l’Égypte (les Deux Terres), tout est anonyme ! L’aspective gomme tous les détails pour intégrer au système ce qui n’aurait jamais dû être60.

  • 61 En rouge dans le texte.
  • 62 Barbotin, 2008/2015, doc. 6, p. 180-182 et planche couleur non numérotée.

28C’est enfin la prégnance du point de vue aspectif qui rendit presque impossible la notion de témoignage personnel, c’est dire de témoignage objectif débarrassé de la nécessité publicitaire des autobiographies, celle qui a conduit à la naissance de la science historique chez les Grecs. Cette réalité des sources pharaoniques ne doit jamais être oubliée par les historiens modernes sous peine de lourds contresens. Cependant et par esprit de contradiction, il m’est impossible de ne pas soumettre au lecteur l’exception qui confirme la règle, une chronique extraordinaire rédigée au verso du papyrus mathématique Rhind. Nous sommes vers 1560 av. J.-C. quelque part dans le Delta, dans la zone d’influence hyksos alors en plein conflit avec la principauté thébaine, lorsque le scribe anonyme écrit : Le premier mois de la saison de la germination, le 23e jour : ce prince du Sud a combattu contre la forteresse de Tjarou. Le 20 + x jour : on a entendu dire61 qu’il est entré à Tjarou62. Voilà une information à l’état brut, sans commentaire, dont on laisse entendre qu’elle n’est pas encore vérifiée…

29Décidément, ces Égyptiens nous surprendront toujours.

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SAK : Studien für altägyptische Kultur, Hambourg.

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Notes

1 Pour un bon résumé des différentes théories sur neheh et djet, voir Servajean, 2007, p. 1-18.

2 CT IV, 200, a-202, b.

3 Repris tel quel par le chapitre 17 du Livre des Morts au Nouvel Empire (Naville, 1886, chap. 17, col. 14).

4 CT II, 28, d. Ce passage peut aussi être traduit par : Or chou était dans le neheh et Tefnout dans la djet.

5 Fitzenreiter, 2013, p. 63, fig. 1.

6 Cette opposition nuit-jour avait très bien été perçue par Thausing, 1934, p. 39.

7 La synthèse de Rê et d’Osiris, donc du céleste et du souterrain, du jour et de la nuit, est exprimée avec le plus de force par les Litanies du Soleil (Hornung, 1999, p. 138-139).

8 Urk. IV, 1221, 17.

9 Urk. IV, 484, 1-2.

10 Urk. IV, 499, 15-500, 1.

11 Wb V, 316, 1-2.

12 Sur les relations entre temps et espace dans l’esprit égyptien, voir Fitzenreiter, 2013.

13 Henty neheh, henty djet (Wb III, 106, 7-9).

14 M aout djet (Wb V, 509, 15).

15 Supra n. 10. Autre exemple : Puisses-tu traverser le neheh dans la joie (Urk. IV, 1221, 17).

16 Papyrus Brooklyn 47-218-84, XII, 2 (Meeks, 2006, § 27, p. 25).

17 La plupart des prépositions égyptiennes expriment le temps ou l’espace en fonction du contexte.

18 Paysan B1, 338-339 (Parkinson, 1991, p. 43, l.10).

19 Littéralement « l’être parfait », désignation commune d’Osiris.

20 Stèle British Museum 580 : Budge, 1912, n° 203, pl. 37, col. 1-3.

21 Stèle de la tombe de Horemheb, British Museum 552 (Martin, 1989, [73], pl. 110, col. 1 et 2 et p. 92-93).

22 Chapitre (« spell ») 80 : CT II, 33, e-34, f.

23 Les règnes ne font jamais l’objet de comptages avant Manéthon au troisième siècle avant notre ère, qui est également l’inventeur du concept de « dynastie ».

24 D’où la crainte attachée aux cinq jours « supplémentaires » de la fin de l’année officielle, réputés dangereux.

25 Première attestation du mot « année » sur une tablette du roi Djet dit « le roi-serpent » (Helck, 1987, p. 155-156).

26 Empreinte de Den, avec son nom et celui de ses quatre prédécesseurs : Dreyer, 1987, p. 36, fig. 3.

27 Empreinte de Qaa mentionnant ses sept prédécesseurs et lui-même : Dreyer et al., 1996, p. 72, fig. 26. Sur les tables royales thinites, voir en dernier lieu Cervello-Autori, 2008, p. 887-899.

28 Sur les annales de l’Ancien Empire, voir Baud, 2003, p. 271-302. Le Moyen Empire ne nous a légué que les annales d’Aménemhat II (voir en dernier lieu Altenmüller, 2015). Au premier millénaire elles sont presque inexistantes (Redford, 1986, p. 203). Un exemple cependant dans Bickel, Gabolde, Tallet, 1998, p. 31-56.

29 Sur ces deux ensembles commandités par Thoutmosis III, voir en dernier lieu Delange, 2015, p. 15-183.

30 KRI, I, 178-179.

31 British Museum 117 (James, 1970, p. 13-14 et pl. VIII).

32 Sur les annales de prêtres, voir Payraudeau, 2008, p. 293-308.

33 Gardiner, 1959.

34 Marseille inv. 204 (Timbart, 2016, n° 97, p. 200-201).

35 Tombes de Khâbekhent et d’Inherkhâouy à Deir el-Médineh : El-Shazly, 2015, p. 45, fig. 23 et p. 51, fig. 24.

36 Stèle de Dédia, Louvre C 50 (Barbotin, 2016, n° 96, p. 197-199).

37 Sur les généalogies du premier millénaire voir Jansen-Winkeln, 2005, p. 137-145.

38 Cette valeur temporelle de isetj, malgré son caractère fondamental, n’est pas assez soulignée dans les grammaires égyptiennes.

39 Urk. IV, 219, 3-4.

40 Urk. IV, 882, 10-13.

41 Urk. IV, 895, 14-17.

42 Vernus, 1995, §10-25, p. 54-121.

43 Urk. IV, 28, 13-15.

44 Urk. IV, 86, 3-4.

45 Sur le sens égyptien de l’histoire voir Vernus, 1995, et Piccato, 1997, p. 137-159 (notamment pour l’époque ramesside) et, dernièrement, un important recueil d’articles sur la conscience de l’histoire au début de la XVIIIe dynastie dans Bickel 2013.

46 Urk. IV, 1-2.

47 Stèle Louvre C 1 (Barbotin, 2005a, doc. 78, col. a-c, p. 144).

48 Grandet, 1998, p. 17-34.

49 Allen, 1974, p. 40.

50 Barbotin, 2013, p. 95. On a proposé d’identifier ces deux notions dans l’Enseignement d’Any mais sans établir de lien avec le Livre des Morts (Lacombe-Unal, 2000, p. 371-381).

51 Par exemple, la transplantation des arbres de Pount sous le règne de Sahourê à la Ve dynastie (Farout, 2012, p. 103-110 et pl. VII-VIII).

52 KRI, I, 9, 3-4.

53 Sur la « Königsnovelle » comme mode de propagande royale, voir en dernier lieu Hofmann, 2004.

54 Lichtheim, 1976, p. 62-72, Pentaour étant le scribe copiste sur papyrus de cette œuvre magnifique, non son auteur.

55 Une grande exposition consacrée à ce personnage s’est tenue au musée départemental Arles antique d’octobre 2016 à janvier 2017 sous le commissariat scientifique d’A. Charron (Khâemouaset, le prince archéologue. Savoir et pouvoir à l’époque de Ramsès II).

56 Notamment par de remarquables essais de rendu de profondeur dans les reliefs amarniens ou, plus tard, dans la gigantesque scène de chasse au taureau gravée sur le pylône du temple de Ramsès III à Médinet Habou.

57 Cf. Neveu, 1996, p. 22 et Malaise, Winand, 1999, p. 9, § d/.

58 Gardiner, 1957, § 215, p. 219, Grandet, Mathieu, 2003, § 30.1, p.  327, Malaise, Winand, 1999, p. 6, § 5.

59 Barbotin, 2005a, doc.78, p. 143, lignes 13-14.

60 Barbotin, 2005b, § II, p. 193-194.

61 En rouge dans le texte.

62 Barbotin, 2008/2015, doc. 6, p. 180-182 et planche couleur non numérotée.

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Pour citer cet article

Référence papier

Christophe Barbotin, « Aspective et perspective dans la pensée égyptienne de l’histoire »Pallas, 105 | 2017, 27-39.

Référence électronique

Christophe Barbotin, « Aspective et perspective dans la pensée égyptienne de l’histoire »Pallas [En ligne], 105 | 2017, mis en ligne le 30 novembre 2017, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/7983 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.7983

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Auteur

Christophe Barbotin

Musée du Louvre
Conservateur en chef au Département des antiquités égyptiennes
christophe.barbotin[at]louvre.fr

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