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Histoire

La critique du comique en histoire par Polybe

Polybius’ criticism of the Comic in the history
Éric Foulon
p. 119-131

Résumés

On s’est beaucoup intéressé, depuis l’Antiquité, au rapport historiographie-tragédie, mais peu au rapport historiographie-comédie. De fait, si l’historiographie, à l’origine, est tributaire de l’épopée et de la tragédie, elle ne l’est pas de la comédie. En outre, l’historiographie est un genre sérieux, qui ne laisse pas de place au comique. C’est particulièrement vrai chez Polybe, qui a une conception purement rationnelle, scientifique et didactique de l’histoire. Quoi qu’il en soit, des historiens ont été tentés d’introduire des éléments comiques dans l’historiographie, car on trouve chez le Mégalopolitain les traces d’une critique du comique en histoire. Même s’il se situe aux antipodes de la comédie, Polybe ne s’en prend pas aux poètes comiques eux-mêmes – tel Archédicos –, mais aux historiens qui s’en inspirent – tel Timée. Selon lui, le comique n’est pas compatible avec l’histoire, il n’y a pas d’histoire comique possible, car la comédie ne se soucie ni de la vérité ni de la décence. Et il va même jusqu’à condamner les personnages historiques qui produisent des spectacles comiques, qui mettent en scène des comédies en quelque sorte. Mais le Mégalopolitain ne se soucie guère d’être en contradiction avec lui-même : dans la pratique, il utilise tour à tour chacun des procédés comiques réprouvés par lui.

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Texte intégral

1Le problème des relations entre histoire et tragédie est aussi ancien que l’histoire elle-même, car, à l’origine, le genre historique est tributaire de la poésie non seulement épique, mais tragique. Indépendamment de l’amitié – devenue mythique – qui lie Sophocle à Hérodote, le modèle tragique est prégnant dans l’Enquête. Par la suite Thucydide réagit contre une telle historiographie et réussit à émanciper le genre historique de cette tutelle. À son tour, Xénophon travaille dans la même direction, cherchant à effacer de l’histoire toute trace de tragédie. Et c’est ainsi que, dès l’époque classique, l’historiographie se retrouve constituée en genre littéraire autonome. Mais tout le monde n’est pas Thucydide (ou Xénophon), et il ne fait guère de doute que l’historiographie commune, ordinaire, celle qui n’a pas été transmise par la tradition, continue d’être, peu ou prou, contaminée par le genre tragique.

  • 1 Schwartz, 1853-1856, s. u. Duris.
  • 2 Voir Fromentin, 2001 ; Foulon, 2008.

2Cependant, à l’époque hellénistique, caractérisée par les bouleversements politiques et culturels si nombreux, si profonds, si rapides que l’on sait, et donc par une évolution importante des mentalités et des sensibilités, il semble qu’il y ait un retour en force de la tragédie qui réinvestit l’historiographie. C’est au point même que la critique moderne a cru déceler l’apparition d’un sous-genre ou d’une espèce qui serait l’histoire tragique : il s’agirait d’une école historiographique datable du IIIe siècle avant J.-C., dont les représentants principaux seraient Douris de Samos et Phylarque d’Athènes (ou de Naucratis), qui trouverait son origine dans le péripatétisme et qui enseignerait comment utiliser les procédés de la tragédie dans les récits historiques pour susciter chez le lecteur terreur et pitié, qui sont les conditions de la κάθαρσις. Cette thèse remonterait à E. Schwartz1 et aurait donc un siècle. Elle a largement prévalu à partir du milieu du XXe siècle, au point qu’elle est devenue comme un credo universel et que l’existence d’un telle historiographie ne fait plus de doute. Mais cette certitude a été remise en question par Valérie Fromentin qui, reprenant l’ensemble du dossier, a démontré de manière convaincante qu’il n’a pas existé de sous-genre ou d’espèce historiographique proprement tragique ni non plus d’école historiographique proprement tragique, mais seulement une manière d’écrire l’histoire contaminée, consciemment ou non, délibérément ou non, par la tragédie2. Or, c’est à cette manière d’écrire l’histoire que Polybe, au IIe siècle avant J.-C., s’en prend, et ce à plusieurs reprises dans le cours de son œuvre. Partisan d’une historiographie rationnelle, scientifique, il préconise la séparation des genres, et réprouve l’introduction d’éléments tragiques dans les récits historiques.

  • 3 Arstt., Poét. 1448 a 16-18 (éd. J. Hardy, Collection des Universités de France, Les Belles Lettres, (...)

3En revanche le problème des relations entre histoire et comédie ne se pose pas, pour la bonne raison que le genre historique n’est pas tributaire de la poésie comique, qui, d’ailleurs n’est pas considérée comme un genre en tant que tel ou, du moins, comme un genre majeur, mais, au mieux, comme un sous-genre ou genre mineur3. Il n’y a donc pas de risque de confusion des genres. En outre, l’histoire est un genre sérieux, qui ne laisse donc guère de place au comique. C’est particulièrement vrai chez Polybe qui a une conception purement rationnelle, scientifique et didactique de l’histoire, visant à rechercher les causes et à tirer la leçon de l’événement, à donner une leçon politique ou militaire, voire morale au lecteur.

4Quoi qu’il en soit, des historiens ont été tentés d’introduire des éléments comiques dans l’historiographie, car on trouve chez le Mégalopolitain les traces d’une critique du comique en histoire. Même s’il se situe aux antipodes de la comédie, il ne s’en prend pas aux poètes comiques eux-mêmes, mais aux historiens qui s’en inspirent. Selon lui, le comique n’est pas compatible avec l’histoire, il n’y a pas d’histoire comique possible, car la comédie ne se soucie ni de la vérité ni de la décence. Et il va même jusqu’à condamner les personnages historiques qui produisent des spectacles comiques, qui mettent en scène des comédies en quelque sorte.

1. Le poète comique Archédicos

  • 4 Il s’agit d’Euripide. Foulon (à paraître).
  • 5 Ἀρχέδικος ὁ κωμῳδιογράφος (XII, 13, 7). Le texte suivi est celui de la Collection des Universités d (...)
  • 6 Voir Meineke, 1880-1888, III, p. 276-278.
  • 7 κωμικόν τινα... ἀνώνυμον (XII, 13, 3).

5Il est à remarquer que si Polybe fait référence aux poètes tragiques ou, du moins, à l’un d’entre eux4, il ne cite pas les poètes comiques. La seule référence que l’on trouve est celle à Archédicos5, poète athénien de la Nouvelle Comédie, contemporain de Ménandre6. Il s’agit d’ailleurs d’une référence indirecte. Si Polybe est amené à mentionner Archédicos, qu’il considère comme « un poète comique inconnu »7, c’est par le biais de Timée.

  • 8 Pédech, 1961, p. 94, croit bon de commenter : 1« Les fonctions sacerdotales étaient interdites aux (...)
  • 9 Ὅτι Τίμαιός φησι Δημοχάρην ἡταιρηκέναι μὲν τοῖς ἄνω μέρεσι τοῦ σώματος, οὐκ εἶναι δ᾿ ἄξιον τὸ ἱερὸν (...)
  • 10 Ταύτην δὲ τὴν λοιδορίαν καὶ τὰς ἐμφάσεις οὐχ οἷον ἄν τις διέθετο πεπαιδευμένος ἀνήρ, ἀλλ᾿ οὐδὲ τῶν (...)
  • 11 Ὁ δ᾿ ἵνα πιστὸς φανῇ κατὰ τὴν αἰσχρολογίαν καὶ τὴν ὅλην ἀναισχυντίαν, καὶ προσκατέψευσται τἀνδρός, (...)

6Polybe consacre le livre XII des Histoires à la critique de son devancier Timée. Entre autres griefs, il lui reproche de polémiquer gratuitement, à tort et à travers, contre les autres historiens, ses prédécesseurs ou ses contemporains, qu’il s’agisse d’Aristote lui-même, de son neveu Callisthène ou de son disciple et successeur Théophraste, ou qu’il s’agisse d’Ephore. Il lui reproche en outre de tenir même des propos diffamatoires envers eux, en particulier envers Démocharès, neveu de Démosthène, prétendant qu’il « s’était prostitué par le haut du corps, qu’il n’était pas digne de souffler sur le feu sacré8, qu’il avait dépassé par ses mœurs les ouvrages de Botrys, de Philainis et des autres auteurs pornographiques »9. Or Polybe retourne ces accusations contre Timée. Par son langage, Timée est pire qu’un prostitué : « Ce sont là injures et obscénités que n’aurait pas débitées non seulement un homme qui a reçu une bonne éducation, mais même un de ceux qui, au bordel, vivent du commerce de leur corps »10. Mais Timée a besoin d’une caution pour donner quelque poids à ses assertions. Et c’est ainsi qu’il est amené à citer Archédicos : « Timée, afin de paraître digne de foi dans ses déclarations honteuses et autres impudences, imagine encore d’autres calomnies contre cet homme, en recourant au témoignage d’un poète comique obscur »11. On a perdu le texte de Timée et celui de Polybe ne précise pas la teneur de la citation.

2. Le problème de la vérité

  • 12 Arstt., Poét. 9, 1451 a 38-b 11. On trouvera le texte grec en annexe.

7Aristote opère une distinction très tranchée entre histoire et poésie : « La différence entre l’historien (ὁ ἱστορικός) et le poète (ὁ ποιητής) ne vient pas de ce que l’un s’exprime en vers et l’autre en prose (on pourrait mettre en vers l’œuvre d’Hérodote, ce ne serait pas moins une histoire en vers qu’en prose) ; mais la différence est que l’un dit ce qui a eu lieu (τὰ γενόμενα), l’autre ce qui pourrait avoir lieu (οἷα ἂν γένοιτο) ; c’est pour cette raison que la poésie est plus philosophique et plus noble que l’histoire : la poésie traite plutôt de l’universel (τὰ καθόλου), l’histoire du particulier (τὰ καθ ̓ ἕκαστον). L’universel, c’est le type de chose (τὰ ποῖα) qu’un certain type d’homme (τῷ ποίῳ) fait ou dit vraisemblablement ou nécessairement (κατὰ τὸ εἰκὸς ἢ τὸ ἀναγκαῖον)... Le particulier, c’est ce qu’a fait Alcibiade ou ce qui lui est arrivé »12.

  • 13 Phylarque d’Athènes (ou de Naucratis), historien du IIIe siècle, auteur d’Histoires relatant les rè (...)
  • 14 II, 56, 9-12. On trouvera le texte grec en annexe.

8Faisant écho à un tel texte, Polybe, dans le cadre d’une polémique contre un autre historien, à savoir Phylarque13, oppose à son tour clairement et nettement histoire et poésie : « ... que soit examiné ce qui est le propre de l’histoire en même temps que ce qui fait son utilité ! Il ne faut pas que l’historien émeuve (ἐκπλήττειν) les lecteurs au moyen de l’histoire en recourant au fantastique (τερατευόμενον), ni qu’il cherche à faire tous les discours possibles (τοὺς ἐνδεχομένους λόγους) et à dénombrer toutes les conséquences possibles des événements considérés (τὰ παρεπόμενα τοῖς ὑποκειμένοις), comme les auteurs tragiques (καθάπερ οἱ τραγῳδιογράφοι), mais qu’il rapporte absolument les actions et les paroles elles-mêmes selon la vérité (τῶν... πραχθέντων καὶ ῥηθέντων κατ ̓ ἀλήθειαν αὐτῶν... πάμπαν). Le but de l’histoire et celui de la tragédie ne sont pas identiques, mais opposés : ici il faut émouvoir (ἐκπλῆξαι) et charmer (ψυχαγωγῆσαι) dans le moment présent (κατὰ τὸ παρόν) les auditeurs par les discours les plus vraisemblables (διὰ τῶν πιθανωτάτων λόγων), là il faut instruire (διδάξαι) et persuader (πεῖσαι) pour tout le temps (εἰς πάντα τὸν χρόνον) ceux qui aiment la science par les actions et les discours vrais (διὰ τῶν ἀληθινῶν ἔργων καὶ λόγων), puisque dans l’une, c’est le vraisemblable qui prévaut (τὸ πιθανόν), même s’il est mensonger (κἂν ᾖ ψεῦδος), pour l’illusion (διὰ τὴν ἀπάτην) des spectateurs, et dans l’autre, c’est le vrai (τἀληθές), pour l’utilité de ceux qui sont épris de science »14.

9Certes Polybe oppose ici expressément l’histoire à la poésie tragique, mais il n’est pas interdit d’opposer aussi – dans une certaine mesure et jusqu’à un certain point –, l’histoire à la poésie comique. La seconde moitié du texte, notamment, vaut pour l’ensemble de la poésie dramatique et l’on retiendra la terminologie suivante : τὸ πιθανόν, « le vraisemblable », τὸ ψεῦδος, « le mensonge », ἡ ἀπάτη, « l’illusion ».

  • 15 Au sens positif du terme, car τὸ εἰκός sert à désigner tout « ce qui paraît bon », et donc « ce qui (...)
  • 16 Plat., Rép. III, 394 e-398 a.
  • 17 Au sens négatif du terme, car πιθανός, qui signifie « persuasif », est volontiers pris en mauvaise (...)
  • 18 Polybe fait ici écho à Thucydide I, 22, 4 : κτῆμά τε ἐς αἰεὶ μᾶλλον ἢ ἀγώνισμα ἐς τὸ παραχρῆμα ἀκού (...)

10Ainsi, selon Aristote, le critère discriminant n’est pas de l’ordre de la forme (vers ou non), mais du fond : pour l’histoire, c’est ce qui a eu lieu ; quant à la poésie, c’est ce qui est vraisemblable15 ou nécessaire. Contre Platon16, il réhabilite la poésie, lui reconnaît une valeur philosophique, qui dépasse même celle de l’histoire, dans la mesure où elle vise l’universel et non pas le particulier. Polybe reprend un critère du même ordre, c’est-à-dire relevant du fond et non pas de la forme : il situe la poésie du côté du vraisemblable17, mais au sens de mensonge, d’illusion, et donc du côté du particulier, par opposition à l’histoire qu’il situe du côté du vrai, donc de l’universel. À l’οἷα ἂν γένοιτο positif d’Aristote correspond le τοὺς ἐνδεχομένους λόγους et le τὰ παρεπόμενα τοῖς ὑποκειμένοις négatifs de Polybe ; et au τὰ γενόμενα négatif d’Aristote correspond le τῶν... πραχθέντων καὶ ῥηθέντων κατ ̓ ἀλήθειαν αὐτῶν... πάμπαν positif de Polybe. Et contre Aristote, il réhabilite l’histoire, renversant ainsi l’ordre hiérarchique : la poésie est inférieure en ce qu’elle recourt au merveilleux pour séduire les âmes et leur donner des sensations éphémères ; l’histoire est supérieure en ce qu’elle vise la vérité et fait donc œuvre utile en se constituant comme science et en transmettant un savoir durable, sinon éternel18.

  • 19 ̓Αλλ᾿ οὐκ ἔστι τούτων οὐδέν. Οὐ γὰρ ἂν Ἀρχέδικος ὁ κωμῳδιογράφος ἔλεγε ταῦτα μόνος περὶ Δημοχάρους, (...)
  • 20 Voir XII, 13, 8-12.

11Maintenant, si l’on reconsidère le texte des Histoires XII, 13, il ne fait guère de doute que Polybe critique Timée au nom de la vérité. La poésie, quelle qu’elle soit, comique ou autre, est fiction. À la différence de l’histoire, elle ne vise pas la véridiction, de sorte que le témoignage d’Archédicos n’a aucune valeur : « Mais rien de cela n’est vrai. En effet, le poète comique Archédicos n’aurait pas été le seul à dire de Démocharès, ce que Timée rapporte »19. Polybe fait le raisonnement suivant : si tout cela avait été vrai, nombre d’autres auteurs en auraient fait mention, en particulier des orateurs, voire des historiens, membres du parti anti-démocrate ou pro-macédonien, c’est-à-dire amis politiques du régent de Macédoine, Antipatros, puis de l’épimélète des rois, Polyperchon, puis du roi Cassandros lui-même, et ennemis politiques de Démocharès, comme, par exemple, Démétrios de Phalère, envers qui Démocharès s’est montré extrêmement critique20. Or on ne trouve rien de tel dans leurs œuvres, preuve, s’il en était besoin, que le témoignage d’Archédicos n’en est pas un. Ce n’est rien d’autre qu’un témoignage fictif et, en tant que tel, il doit être récusé par un historien digne de ce nom, ce que, précisément, n’est pas Timée. Si un pseudo-témoignage est à sa place dans une comédie, qui – et c’est normal – se nourrit d’imagination, d’invention, en revanche il n’est pas à sa place dans une histoire qui a des prétentions scientifiques et qui est donc censée procéder à la critique des témoignages.

3. La question de la décence

  • 21 Καθάπερ γὰρ οἱ νοῦν ἔχοντες, ἐπὰν ἀμύνασθαι κρίνωσι τοὺς ἐχθρούς, οὐ τοῦτο πρῶτον σκοποῦνται τί παθ (...)

12Mais il ne fait guère de doute non plus que Polybe critique Timée au nom des convenances. Si la comédie n’est pas tenue au respect de la bienséance, l’histoire, comme la tragédie du reste, y est tenue. Si l’injure est constitutive de la comédie, l’histoire, dans sa noblesse, ne saurait s’en accommoder. Mais par-delà les règles des genres littéraires, historien ou non, le πεπαιδευμένος, l’homme qui a reçu une bonne éducation, est censé, dans la vie de tous les jours, observer certaines règles sociales et morales, et se garder de tout ce qui, de près ou de loin, risquerait de passer pour malséant, c’est-à-dire pour indigne de lui. À la limite, même si Démocharès s’était vraiment rendu coupable de telles dépravations, Timée, par respect envers soi-même, n’aurait pas dû en faire état : « de même que les gens sensés, chaque fois qu’ils prennent le parti de se venger de leurs ennemis, ne regardent pas d’abord ce qu’autrui mérite de subir, mais considèrent plutôt ce qu’il leur sied (πρέπει) de faire, de même également, s’il s’agit d’injures, il ne faut pas songer d’abord à ce qu’il convient à nos ennemis d’entendre, mais il faut de toute nécessité calculer ce qu’il nous sied (πρέπει) de dire »21.

  • 22 Περὶ δὲ τῶν πάντα μετρούντων ταῖς ἰδίαις ὀργαῖς καὶ φιλοτιμίαις ἀνάγκη πάνθ᾿ ὑποπτεύειν ἐστὶ καὶ πᾶ (...)
  • 23 Διὸ δὴ καὶ νῦν ἡμεῖς μὲν εἰκότως ἂν δόξαιμεν ἀθετεῖν τοῖς ὑπὸ Τιμαίου κατὰ Δημοχάρους εἰρημένοις· ἐ (...)

13Polybe approuve ou, du moins, ne désapprouve pas le recours à la vengeance et même aux injures, mais à condition de ne pas dépasser certaines bornes et de rester dans certaines limites, et ainsi de ne pas courir le risque d’offrir une image dégradée de soi-même : « Des gens qui mesurent tout d’après leurs rancœurs et leurs rivalités personnelles, on soupçonne (ὑποπτεύειν) nécessairement tous les actes et on se défie (διαπιστεῖν) de toutes les paroles qui passent la décence (πέρα τοῦ δέοντος) »22. Le soupçon et la défiance sont graves en ce qu’ils faussent le jeu normal des échanges avec l’autre, qui se trouve ainsi relégué en dehors de la communauté. Mais pour l’historien, c’est très grave, car son œuvre se trouve partiellement, sinon totalement disqualifiée, « athétisée », pour reprendre la terminologie polybienne : « C’est pourquoi précisément nous, maintenant, nous déciderions avec raison (εἰκότως) de rejeter (ἀθετεῖν) ce que Timée a dit contre Démocharès ; c’est avec raison (εἰκότως) que cet homme ne trouverait ni l’indulgence (συγγνώμης) ni la confiance (πίστεως) de personne, car, dans ses injures, il manque à son devoir (τοῦ καθήκοντος) à cause de sa hargne naturelle (διὰ τὴν ἔμφυτον πικρίαν) »23. Polybe réexprime l’idée de soupçon et de défiance, qui lui tient à cœur, mais, cette fois, sous la forme négative de déficit d’indulgence et de confiance.

  • 24 Pédech, 1961, p. 99-100.
  • 25 Cic., Off. I, 27, 93-96.
  • 26  Pédech, 1961, ibid.
  • 27 σκοπεῖτο παρ᾿ αὑτῷ συλλογιζόμενος οὐχ οὕτως τί δέον παθεῖν Καρχηδονίους, ὡς τί δέον ἦν πρᾶξαι Ῥωμα (...)

14Cependant la notion la plus importante est celle de « devoir », formulée par les termes τὸ δέον (6) et τὸ καθῆκον (7), à comparer avec πρέπει (3 et 4). Il s’agit du respect de la mesure, de la décence, c’est-à-dire de ce qui est conforme à sa dignité et qui permet donc l’échange avec autrui, l’intégration au sein de la communauté. P. Pédech24 rapproche avec justesse le πρέπον polybien du decorum cicéronien25, qui présente les deux volets suivants : d’une part, le decorum est ce qui est conforme à la dignité suprême de l’homme, c’est-à-dire à ce qui place l’homme au rang suprême dans la hiérarchie des êtres ; d’autre part, le decorum est maîtrise de soi, ce qui permet de contrôler ses passions et de ne pas susciter chez autrui soupçon, rigueur, défiance. La ressemblance est troublante, au point qu’on a supposé une source commune, à savoir Panaitios26. Mais, il n’y a pas non plus identité : Polybe, à la différence de Cicéron, ne fait nullement référence à la hiérarchie des êtres ; et, à la différence de Cicéron, outre la dimension sociale et morale, il donne à son texte une dimension intellectuelle, sinon spéculative : car il vise en priorité les historiens qui se livrent à la critique, à la polémique ; et il leur propose comme modèle οἱ νοῦν ἔχοντες, ceux qui sont intelligents et raisonnables, leur recommande de méditer, réfléchir, calculer (ἡγητέον... λογιστέον). Et P. Pédech de rappeler que Scipion réalise cet idéal en Afrique en 202. À la suite du sacrilège commis par Carthage contre les ambassadeurs de Rome, l’Africain « examinait dans son calcul (ἐσκοπεῖτο παρ᾿ αὑτῷ συλλογιζόμενος) non pas tant ce que devaient (δέον) subir les Carthaginois que ce que devaient (δέον) faire les Romains. C’est pourquoi, contenant sa propre colère et sa hargne pour ce qui s’était passé, il essaya de maintenir, comme dit le proverbe, les “belles actions des ancêtres” »27. On retrouve donc, ô combien, la dimension cérébrale, quasiment scientifique, mais en outre le double « devoir », c’est-à-dire, ici en l’occurrence, la conformité à ce qui est digne des « belles actions des ancêtres » et la maîtrise des passions.

  • 28 δ᾿ Ἀγαθοκλῆς, ὡς ὁ Τίμαιος ἐπισκώπτων φησί, κεραμεὺς ὑπάρχων καὶ καταλιπὼν τὸν τροχὸν -καὶ τὸν̈ π (...)
  • 29 Καὶ γὰρ οὐδὲ ταῖς κατ᾿ Ἀγαθοκλέους ἔγωγε λοιδορίαις, εἰ καὶ πάντων γέγονεν ἀσεβέστατος, εὐδοκῶ. λέγ (...)
  • 30  Pédech, 1961, p. 19, n. 2, renvoie à Eschn, Ctés. 162, 174, 214 et, p. 94, Tim. 19-20, 72, 90, 189
  • 31 Ar., Oiseaux 1206. H. van Daele traduit par « tricouillard », V.-H. Debidour, par « mâle gaillard »
  • 32 Pédech, 1961, p. 101, qui cite τρίδουλος et τρίπορνος (Ath. XIII, 595 a-c).

15Mais Polybe ne reproche pas seulement à Timée de s’en prendre indûment aux autres historiens, il lui reproche en outre de s’en prendre indûment aux personnages historiques, comme, par exemple, Agathocle, le tyran de Syracuse. Timée raille (ἐπισκώπτων) son origine populaire et humble, car, étant fils de potier et potier lui-même, « il abandonna le tour, l’argile et la fumée, pour venir, tout jeune encore, à Syracuse »28. Mais Timée va au-delà : « De fait, moi du moins, je n’approuve pas non plus ses injures contre Agathocle, même s’il a été le plus impie de tous les hommes. Je veux parler du passage où, à la fin de l’ensemble de son ouvrage historique, il prétend qu’Agathocle a été, dans son jeune âge, un prostitué public, prêt aux pires dérèglements, un geai, un triorchis” , présentant son derrière au-devant de tous ceux qui en voulaient »29. Ici, Timée ne se montre guère historien. De deux choses l’une : ou il fait œuvre d’orateur politique invectivant un ennemi juré – et l’on songe à Eschine fustigeant les mœurs sexuelles de Démosthène30 – ou il fait œuvre de poète comique – et l’on songe à Aristophane vilipendant celles des hommes politiques athéniens de son temps. Si l’on examine le texte dans le détail, on se rend compte que le début, soit les neuf premiers mots, κατὰ τὴν πρώτην ἡλικίαν κοινὸν πόρνον, ἕτοιμον τοῖς ἀκρατεστάτοις, relève plutôt de l’invective, tandis que la fin, soit les neuf derniers mots, κολοιόν, τριόρχην, πάντων τῶν βουλομένων τοῖς ὄπισθεν ἔμπροσθεν γεγονότα, relève de la comédie : c’est ce que suggère le nom d’oiseau – même si l’on n’en comprend pas vraiment le sens figuré ; c’est ce que suggère en outre le terme τριόρχης, qui se rencontre déjà chez Aristophane – sous la forme τρίορχος –, et qui signifie « à trois testicules », donc « très libidineux »31, le préfixe τρι- servant à former des superlatifs populaires32 ; c’est ce que suggère enfin le jeu de mots obscène derrière/devant.

  • 33 Τὴν ὑπερβολὴν τῆς πικρίας (XII, 15, 4).
  • 34 D’après Diodore, XXI, 17, 1. Voir Pédech, 1961, p. 100.
  • 35 Polybe répète, à XV, 35, 3-5, cet éloge d’Agathocle, qui, décidément, lui tient à cœur. Il profite (...)

16Polybe reproche alors à Timée « son excès de hargne »33 devant lequel il feint de s’étonner. En réalité, il sait pertinemment que Timée, après la prise de Tauroménion (avant 316-315) par Agathocle, a été banni de Sicile34 et qu’il voue au tyran pour cette raison une haine inexpiable. Il est vrai que Timée fait partie τῶν πάντα μετρούντων ταῖς ἰδίαις ὀργαῖς καὶ φιλοτιμίαις, « des gens qui mesurent tout d’après leurs rancœurs et leurs rivalités personnelles » (XII, 14, 5). Polybe reconnaît volontiers, avec Timée, qu’Agathocle est πάντων... ἀσεβέστατος, « le plus impie de tous les hommes » (XII, 15, 1). Mais il reconnaît par ailleurs son mérite : de condition très modeste, il est devenu le maître de Syracuse et donc de la Sicile, a porté la guerre en Afrique, menaçant ainsi directement Carthage, a même pris le titre de roi (XII, 15, 6-7) ; Agathocle est donc μέγα τι... χρῆμα καὶ θαυμάσιον, « une chose grande et prodigieuse », un génie politique (XII, 15, 8)35.

  • 36 Il s’agit d’un leitmotiv des Histoires : cf., entre autres, X, 21, 8. P. Pédech, 1961, p. 102, comp (...)
  • 37 C’est la quatrième occurrence de πικρία à propos de Timée : cf. XII, 14, 1 et 7 ; 15, 4 et 10. Il s (...)
  • 38 ̔Ο δ᾿ ἐπεσκοτημένος ὑπὸ τῆς ἰδίας πικρίας τὰ μὲν ἐλαττώματα δυσμενικῶς καὶ μετ᾿ αὐξήσεως ἡμῖν ἐξήγγ (...)
  • 39 ̓Αγνοῶν ὅτι τὸ ψεῦδος οὐχ ἧττόν ἐστι περὶ τοὺς τὰ γεγονότα <κρύπτοντας ἢ περὶ τοὺς τὰ μὴ γεγονότα> (...)

17L’historien véritable est celui qui sait faire la part de l’éloge et du blâme (XII, 15, 9)36. Or Timée ne sait pas faire la part des choses. Partisan et tendancieux, au mépris de toute impartialité et de toute objectivité, il ne fait état que de ce qui est négatif, insistant même à l’extrême : « Timée, le jugement obscurci par sa hargne personnelle, nous a rapporté les défauts d’Agathocle avec malveillance et en les amplifiant, mais, dans l’ensemble, a laissé de côté ses mérites »37. Timée est caractérisé, une fois encore, par cette passion que Polybe désigne du nom de πικρία et qui est, étymologiquement, « amertume », voire « aigreur », c’est-à-dire, dans le contexte présent, « acrimonie », « animosité », « hargne »38. Et l’on en revient au problème de la vérité qui est au cœur de l’histoire : Timée ignore que « le mensonge n’est pas moindre pour ceux qui, dans leurs histoires, dissimulent les faits que pour ceux qui racontent des faits qui n'ont pas eu lieu »39. Avec le respect du devoir, le respect de la vérité est ce qui fait la différence non seulement entre la bonne histoire – celle de Polybe – et la mauvaise histoire – celle de Timée –, mais en outre entre histoire, proprement dite, et comédie.

4. Rois et chefs de comédie

  • 40 Voir X, 26, 1-6.
  • 41 Voir XXVI, 1a, 1-2 et 1, 1-4. Textes transmis par Athénée (X, 439 a et V, 193 d, respectivement). P (...)

18Ainsi Polybe n’aime pas la comédie, qui est, en quelque sorte, l’antithèse de l’histoire. Son dégoût s’étend même jusqu’au chant du κῶμος, élément du culte dionysiaque, qui se trouve à l’origine de la comédie. Il est systématiquement associé par l’aristocrate Polybe aux tyrans démagogues. C’est ainsi que Philippe V, à Argos, en 209, dépose le diadème et la pourpre, s’habille avec les vêtements de tout le monde, cherchant à donner de lui-même l’image d’un homme débonnaire et démocrate. Mais son pouvoir devient d’autant plus autoritaire et despotique. Il exige les faveurs des femmes qui lui plaisent et outrage celles qui lui résistent « en menant des cortèges bachiques » (κώμους ποιούμενος) jusqu’à leurs demeures40. De même Antiochos IV, une fois devenu roi, à Antioche, en 175, dépose, de temps à autre, ses habits royaux et revêt la toge romaine. Il fait alors le tour de l’agora de sa capitale, converse avec des hommes du commun, boit avec des étrangers de condition très humble, se rend de lui-même, sans y avoir été invité, chez des jeunes gens qui festoient, « menant un cortège bachique » (ἐπικωμάζων) jusqu’à eux, avec fifre et autres instruments qui jouent à l’unisson, mais faisant fuir les fêtards par son apparition inopinée41.

  • 42  Voir XXVI, 1, 5-12. Texte transmis par Athénée (V, 193 d).
  • 43 ̓Εξ ὧν εἰς ἀπορίαν ἦγε τῶν ἀνθρώπων τοὺς ἐπιεικεῖς· οἱ μὲν γὰρ ἀφελῆ τινα αὐτὸν εἶναι ὑπελάμβανον, (...)
  • 44 XXVI, 1a, 1 et 1, 1.

19Si, chez Philippe V, il s’agit de défauts ou de vices (κακά, X, 26, 7-8), chez Antiochos IV, il s’agit plutôt de folie. D’autres fois42, en effet, il quitte la cour à la dérobée avec un ou deux compagnons et erre dans les quartiers populaires, fréquentant les ateliers des artisans avec qui il s’entretient de technique. À l’instar de ce qui se fait à Rome, où il vient de passer dix ans comme otage, il se présente aux élections aux magistratures, à Antioche, et fait campagne sur l’agora, portant la toge candide, serrant les mains des uns, donnant l’accolade aux autres. Une fois élu, il rend la justice, assis sur une chaise curule. Il offre n’importe quoi à n’importe qui : aux uns des osselets de gazelle, aux autres des fruits de palmier dattier, aux autres de l’or. Il fait des cadeaux somptueux aux premiers venus, dans les rues ou dans les thermes. Il fréquente les bains publics aux heures où le peuple s’y presse. Et Polybe commente en ces termes : « Par tout cela, il mettait les gens sensés dans l’embarras : les uns supposaient qu’il était un homme simple, les autres qu’il était fou »43. C’est pourquoi, Polybe (reprenant un procédé de la comédie !) fait un calembour sur le surnom d’Antiochos IV, qu’il surnomme non pas Epiphane, mais Epimane, c’est-à-dire Dément44. Polybe donne donc une image moralement ou psychologiquement négative des souverains ou des magistrats « acteurs ». En jouant dans des « comédies », ils dérogent à leur dignité, se déshonorent eux-mêmes.

  • 45 XXVI, 1, 13-14. On trouvera le texte grec en annexe.

20Mais Polybe ne blâme pas seulement les « acteurs de comédies ». Pour les mêmes raisons, il condamne les personnages historiques qui « produisent » des spectacles comiques. C’est ce que montre de nouveau l’exemple du Séleucide. L’historien rapporte une scène de comédie, sinon même de farce grossière, dont Antiochos IV est à la fois le scénariste et le metteur en scène. Aux bains, il se fait apporter des vases de parfums précieux et s’en fait arroser. « Un jour que quelqu’un lui disait “Vous êtes bienheureux, vous, les rois qui usez de ces parfums et qui avez une odeur si suave”, il ne répondit rien à cet homme. Mais, le jour suivant, alors que l’autre se baignait, il survint et lui fit verser sur la tête un très grand vase d’huile parfumée de myrrhe fort coûteuse, que l’on appelle “filtrée”, de sorte que les baigneurs se relevèrent tous pour venir se rouler dans l’huile parfumée de myrrhe et tombèrent parce que le sol était devenu glissant, prêtant ainsi à rire (γέλωτα παρέχειν) comme le roi lui-même »45. Le texte ne laisse guère planer d’ambiguïté : le Séleucide est doublement méprisable en ce qu’il fait rire et des autres et de lui-même, c’est-à-dire en qu’il ridiculise ses sujets, mais, en même temps, se rend personnellement risible.

  • 46 XXX, 22. Texte transmis derechef par Athénée (XIV, 615 a-e).
  • 47 Traduction de l’« équipe Athénée » du Centre de Recherches Culture, Représentations, Archéologie, T (...)

21Mais il est un autre exemple à signaler, celui du préteur romain Lucius Anicius Gallus, présenté comme un amateur de bouffonneries46. Au lendemain de la guerre de Persée, en 167, « Lucius Anicius, un autre général romain, qui avait défait les Illyriens et fait prisonniers leur roi, Genthios, et ses enfants, donna, à l’occasion des jeux qui célébraient son triomphe à Rome, des manifestations du plus haut comique (παντὸς γέλωτος ἄξια πράγματα ἐποίησεν), comme le raconte Polybe dans son livre 30. Il avait, en effet, fait venir les artistes les plus renommés de Grèce et construire une scène gigantesque dans le Cirque, où il produisit d’abord des aulètes tous ensemble. Il s’agissait de Théodôros de Béotie, de Théopompos, d’Hermippos, de Lysimachos, tous très renommés. Il les plaça sur le proskenion et leur donna l’ordre d’accompagner le chœur tous ensemble. Alors que les aulètes exécutaient leurs airs en harmonie avec les mouvements de danse, il leur envoya dire qu’ils ne jouaient pas de la bonne façon et qu’ils devaient plutôt s’affronter. Comme ils restaient sans comprendre, l’un des licteurs leur expliqua qu’ils devaient faire se tourner les choristes et les mener les uns contre les autres comme s’ils se livraient bataille. Les aulètes eurent tôt fait de comprendre et, se lançant dans un mouvement bien conforme à leur effronterie, organisèrent une immense mêlée. Ils tournèrent le centre du chœur face aux ailes, puis, tirant de leurs auloi des sons incohérents et discordants, ils les menèrent à tour de rôle les uns contre les autres ; en même temps qu’eux, les choreutes, envahissant la scène tous ensemble avec un grand tapage fonçaient sur le camp d’en face puis faisaient volte face et revenaient en arrière. Lorsqu’en plus, l’un des choreutes se retourna à point nommé en retroussant son vêtement, et leva les poings comme pour boxer l’aulète qui fonçait sur lui, alors ce fut un tonnerre d’applaudissements et d’acclamations dans le public. La bataille rangée durait encore, quand on fit entrer dans l’orchestra deux danseurs accompagnés de musique et que montèrent sur scène quatre pugilistes accompagnés de sonneurs de trompette et de buccin. Comme tout ce monde s’affrontait en une mêlée générale, le résultat fut indescriptible. Quant aux spectacles des acteurs tragiques, dit Polybe, quoi que j’essaie d’en dire, on pourrait croire que je plaisante (διαχλευάζειν) »47.

  • 48 Ath. XIV, 615 e : ταῦτα τοῦ Οὐλπιανοῦ διεξελθόντος καὶ πάντων ἀνακαγχασάντων ἐπὶ ταῖς Ἀνικίοις ταύτ (...)
  • 49 Cf. supra. Et voir l’analyse de Milanezi, p. 407-409 et n. 43, p. 583-584.

22Il semble qu’Athénée prenne le comique au premier degré et trouve la représentation vraiment drôle, puisqu’il continue ainsi : « Après ce récit d’Ulpien et l’éclat de rire général (πάντων ἀνακαγχασάντων) suscité par ces spectacles irrésistibles (ἀνικίοις)... »48. Il ajoute d’ailleurs lui-même au comique avec le calembour νίκιος / ἀνικίοις. En revanche, il ne fait pas de doute que Polybe prenne le comique au second degré et, pour tout dire, trouve même le spectacle consternant, car le Romain ne saisit pas la beauté et la grandeur de la poésie, de la musique et de la danse grecques, qu’il cherche à tourner en dérision, rend laides et viles. Il y a peut-être aussi une critique de la foule romaine, massée dans le Circus Maximus, y compris de l’élite dirigeante qui, non pas certes dans sa totalité, mais au moins en partie, se distingue par sa bêtise et son inculture. Plus grave encore au regard de Polybe, Lucius Anicius Gallus, à l’instar d’Antiochos IV, est un fou, puisqu’il transforme son triomphe en pantomime, sa victoire en farce grossière, sans respecter l’exigence proprement romaine du decorum49.

23La critique du comique en histoire par Polybe est sérieuse, si l’on peut dire : au nom de la règle de séparation des genres littéraires et en vertu de critères tant intellectuels que moraux, à savoir l’exigence de vérité et celle de décence, le comique n’a pas sa place dans un ouvrage historiographique, n’a aucun rôle à y jouer. On ne doit y rencontrer ni citation de poète comique, ni référence à une pièce comique, ni recours à des procédés comiques quels qu’ils soient : injures, obscénités ou autres. Se trouvent donc par là même censurés tous les historiens qui, comme Timée, ne respectent pas ces prescriptions. Et se trouvent par là même condamnés tous les personnages historiques, rois ou chefs, qui, tels Philippe V, Antiochos IV ou Lucius Anicius Gallus, introduisent le comique en histoire, soit en tant qu’acteurs, soit en tant que producteurs, scénaristes ou metteurs en scène.

24Or on constate les contradictions suivantes : Polybe s’autorise à faire ici ou là un calembour ; il se donne le droit d’injurier Timée, alors que, précisément, il lui reproche d’être injurieux envers les autres historiens et certains personnages historiques ; il se permet de donner une image purement négative d’Antiochos IV, quoiqu’il blâme par ailleurs Timée d’en faire autant à propos d’Agathocle, par exemple ; il recopie avec complaisance les obscénités qu’il trouve chez Timée et que, pourtant, il condamne ; il décrit en détail, avec un zèle équivoque, les spectacles comiques qu’il réprouve.

  • 50 Ar., Nuées 537-544. Trad. de V.-H. Debidour (Aristophane, Théâtre complet, Gallimard, Paris, 1965, (...)

25Bref, il demande à autrui de faire ce qu’il dit et non pas ce qu’il fait. Et il prétend ne pas faire ce qu’il est justement en train de faire. Or ne reprend-il pas là, inconsciemment, un procédé comique ? On songe ici à Aristophane déclarant, dans telle parabase : « Et voyez comme elle (= la comédie des Nuées) est de bonne tenue : elle ne s’est pas cousu, pour venir, une pendouille de cuir, vermillonnée du bout, bien dodue, pour faire rire les galopins ; elle ne blague pas les chauves, elle ne danse pas la paillarde ; pas de vieux bonhomme qui, tout en débitant son rôle, rosse son partenaire à coups de bâton pour faire passer de minables gaudrioles. Elle ne se rue pas sur la scène en brandissant des torches ! Elle ne crie pas : Aïe, aïe, aïe ! C’est en elle-même et dans ses vers qu’elle a mis sa confiance pour se présenter à vous »50.

26En somme, il n’y a pas moyen de contourner le comique et de s’y dérober. Même un parangon du sérieux comme Polybe, qui semble dépourvu de tout sens de l’humour, n’échappe pas à son influence et à son emprise. Il chasse son « naturel », mais celui-ci revient au galop, en quelque sorte, ou, autre image, il fait sortir son « naturel » par la porte, mais celui-ci rentre par la fenêtre. Le goût du comique est un trait fondamental de la mentalité et de la culture grecques, déjà à l’époque d’Homère, et un Grec, quel qu’il soit, même le « colonel » Polybe, ne saurait y échapper.

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Bibliographie

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Annexe

Arstt., Poét. 9, 1451 a 38-b 11: Ὁ γὰρ ἱστορικὸς καὶ ὁ ποιητὴς οὐ τῷ ἢ ἔμμετρα λέγειν ἢ ἄμετρα διαφέρουσιν (εἴη γὰρ ἂν τὰ Ἡροδότου εἰς μέτρα τεθῆναι, καὶ οὐδὲν ἧττον ἂν εἴη ἱστορία τις μετὰ μέτρου ἢ ἄνευ μέτρων)· ἀλλὰ τούτῳ διαφέρει, τῷ τὸν μὲν τὰ γενόμενα λέγειν, τὸν δὲ οἷα ἂν γένοιτο. Διὸ καὶ φιλοσοφώτερον καὶ σπουδαιότερον ποίησις ἱστορίας ἐστίν· ἡ μὲν γὰρ ποίησις μᾶλλον τὰ καθόλου, ἡ δ ̓ἱστορία τὰ καθ ̓ἕκαστον λέγει. Ἔστι δὲ καθόλου μέν, τῷ ποίῳ τὰ ποῖ ̓ἄττα συμβαίνει λέγειν ἢ πράττειν κατὰ τὸ εἰκὸς ἢ τὸ ἀναγκαῖον... τὸ δὲ καθ ̓ἕκαστον, τί Ἀλκιβιάδης ἔπραξεν ἢ τί ἔπαθεν. 

Pol., II, 56, 9-12 : … τὸ δὲ τῆς ἱστορίας οἰκεῖον ἅμα καὶ χρήσιμον ἐξετάζεσθω. Δεῖ τοιγαροῦν οὐκ ἐκπλήττειν τὸν συγγραφέα τερατευόμενον διὰ τῆς ἱστορίας τοὺς ἐντυγχάνοντας, οὐδὲ τοὺς ἐνδεχομένους λόγους ζητεῖν καὶ τὰ παρεπόμενα τοῖς ὑποκειμένοις ἐξαριθμεῖσθαι καθάπερ οἱ τραγῳδιογράφοι, τῶν δὲ πραχθέντων καὶ ῥηθέντων κατ ̓ἀλήθειαν αὐτῶν μνημονεύειν πάμπαν, ἂν πάνυ μέτρια τυγχάνωσιν ὄντα. Τὸ γὰρ τέλος ἱστορίας καὶ τραγῳδίας οὐ ταὐτὸν ἀλλὰ τοὐναντίον· ἐκεῖ μὲν γὰρ δεῖ διὰ τῶν πιθανωτάτων λόγων ἐκπλῆξαι καὶ ψυχαγωγῆσαι κατὰ τὸ παρὸν τοὺς ἀκούοντας, ἐνθάδε δὲ διὰ τῶν ἀληθινῶν ἔργων καὶ λόγων εἰς πάντα τὸν χρόνον διδάξαι καὶ πεῖσαι τοὺς φιλομαθοῦντας, ἐπειδήπερ ἐν ἐκείνοις μὲν ἡγεῖται τὸ πιθανόν, κἂν ᾖ ψεῦδος, διὰ τὴν ἀπάτην τῶν θεωμένων, ἐν δὲ τούτοις τἀληθὲς διὰ τὴν ὠφέλειαν τῶν φιλομαθούντων.

Pol., XXVI, 1, 13-14 : Ὅτε καί τινος εἰπόντοςΜακάριοί ἐστε ὑμεῖς οἱ βασιλεῖς οἱ καὶ τούτοις χρώμενοι καὶ ὀδωδότες ἡδύ[καὶ] μηδὲν τὸν ἄνθρωπον προσειπών, ὅπου ᾿κεῖνος τῇ ἑξῆς ἐλοῦτο, ἐπεισελθὼν ἐποίησεν αὐτοῦ καταχυθῆναι τῆς κεφαλῆς μέγιστον κεράμιον πολυτελεστάτου μύρου, τῆς στακτῆς καλουμένης, ὡς πάντας ἀναστάντας κυλίεσθαι <τοὺς> λουομένους τῷ μύρῳ καὶ διὰ τὴν γλισχρότητα καταπίπτοντας γέλωτα παρέχειν, καθάπερ καὶ αὐτὸν τὸν βασιλέα.

Pol., XXX, 22 : Λεύκιος δὲ Ἀνίκιος, καὶ αὐτὸς Ῥωμαίων στρατηγήσας, Ἰλλυριοὺς καταπολεμήσας καὶ αἰχμάλωτον ἀγαγὼν Γένθιον τὸν τῶν Ἰλλυριῶν βασιλέα σὺν τοῖς τέκνοις, ἀγῶνας ἐπιτελῶν τοὺς ἐπινικίους ἐν τῇ Ῥώμῃ παντὸς γέλωτος ἄξια πράγματα ἐποίησεν, ὡς Πολύβιος ἱστορεῖ ἐν τῇ τριακοστῇ. Μεταπεμψάμενος γὰρ τοὺς ἐκ τῆς Ἑλλάδος ἐπιφανεστάτους τεχνίτας καὶ σκηνὴν κατασκευάσας μεγίστην ἐν τῷ κίρκῳ πρώτους εἰσῆγεν αὐλητὰς ἅμα πάντας. Οὗτοι δ͂͂͂᾿ ἦσαν Θεόδωρος ὁ Βοιώτιος, Θεόπομπος, Ἕρμιππος, [ὁ] Λυσίμαχος, οἵτινες ἐπιφανέστατοι ἦσαν. τούτους οὖν στήσας ἐπὶ τὸ προσκήνιον μετὰ τοῦ χοροῦ αὐλεῖν ἐκέλευσεν ἅμα πάντας. Τῶν δὲ διαπορευομένων τὰς κρούσεις μετὰ τῆς ἁρμοζούσης κινήσεως προσπέμψας οὐκ ἔφη καλῶς αὐτοὺς αὐλεῖν, ἀλλ᾿ ἀγωνίζεσθαι μᾶλλον ἐκέλευσεν. Τῶν δὲ διαπορούντων ὑπέδειξέν τις τῶν ῥαβδούχων ἐπιστρέψαντας ἐπαγαγεῖν ἐφ᾿ αὑτοὺς καὶ ποιεῖν ὡσανεὶ μάχην. Ταχὺ δὲ συννοήσαντες οἱ αὐληταὶ καὶ λαβόντες <κίνησιν> οἰκείαν ταῖς ἑαυτῶν ἀσελγείαις μεγάλην ἐποίησαν σύγχυσιν. Συνεπιστρέψαντες δὲ τοὺς μέσους χοροὺς πρὸς τοὺς ἄκρους οἱ μὲν αὐληταὶ φυσῶντες ἀδιανόητα καὶ διαφέροντες τοὺς αὐλοὺς ἐπῆγον ἀνὰ μέρος ἐπ᾿ ἀλλήλους. {Αμα δὲ τούτοις ἐπικτυποῦντες οἱ χοροὶ καὶ συνεπεισιόντες τὴν σκηνὴν ἐπεφέροντο τοῖς ἐναντίοις καὶ πάλιν ἀνεχώρουν ἐκ μεταβολῆς. ̔Ως δὲ καὶ περιζωσάμενός τις τῶν χορευτῶν ἐκ τοῦ καιροῦ στραφεὶς ἦρε τὰς χεῖρας ἀπὸ πυγμῆς πρὸς τὸν ἐπιφερόμενον αὐλητήν, τότ᾿ ἤδη κρότος ἐξαίσιος ἐγένετο καὶ κραυγὴ τῶν θεωμένων. Ἔτι δὲ τούτων ἐκ παρατάξεως ἀγωνιζομένων ὀρχησταὶ δύο εἰσήγοντο μετὰ συμφωνίας εἰς τὴν ὀρχήστραν, καὶ πύκται τέτταρες ἀνέβησαν ἐπὶ τὴν σκηνὴν μετὰ σαλπιγκτῶν καὶ βυκανιστῶν. ̔Ομοῦ δὲ τούτων πάντων ἀγωνιζομένων ἄλεκτον ἦν τὸ συμβαῖνον. Περὶ δὲ τῶν τραγῳδῶν, φησὶν ὁ Πολύβιος, ὅ τι ἂν ἐπιβάλωμαι λέγειν, δόξω τισὶ διαχλευάζειν.

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Notes

1 Schwartz, 1853-1856, s. u. Duris.

2 Voir Fromentin, 2001 ; Foulon, 2008.

3 Arstt., Poét. 1448 a 16-18 (éd. J. Hardy, Collection des Universités de France, Les Belles Lettres, Paris, 1932) : ἡ μὲν (= κωμῳδία) γὰρ χείρους ἡ δὲ (= τραγῳδία) βελτίους μιμεῖσθαι τῶν νῦν (« la comédie veut représenter des hommes pires, la tragédie, des hommes meilleurs que ceux de maintenant ») ; et 1449 b 31-33 : Ἡ δὲ κωμῳδία ἐστίν... μίμησις φαυλοτέρων μέν, οὐ μέντοι κατὰ πᾶσαν κακίαν, ἀλλὰ τοῦ αἰσχροῦ ἐστι τὸ γελοῖον μόριον... (« la comédie est représentation d’hommes vils, non en tout vice, mais le ridicule est une partie du laid »).

4 Il s’agit d’Euripide. Foulon (à paraître).

5 Ἀρχέδικος ὁ κωμῳδιογράφος (XII, 13, 7). Le texte suivi est celui de la Collection des Universités de France, jusqu’au livre XVI, et celui de la Bibliotheca Teubneriana, à partir du livre XVIII. En revanche, sauf exception dûment signalée, les traductions sont personnelles.

6 Voir Meineke, 1880-1888, III, p. 276-278.

7 κωμικόν τινα... ἀνώνυμον (XII, 13, 3).

8 Pédech, 1961, p. 94, croit bon de commenter : 1« Les fonctions sacerdotales étaient interdites aux prostitués par la législation athénienne », tout en renvoyant à Eschine, Contre Timarque 188. Certes, mais le texte signifie que Démocharès, moyennant finances, pratiquait la fellation. Et le même savant (1961, p. 19, n. 2) de signaler avec justesse que ce qui est infamant ce n’est pas tant l’acte lui-même que la vénalité, en renvoyant cette fois à : Eschine, Contre Timarque 155-159 ; Platon, Symposion 184 a ; Plutarque, Erotikos 768 e.

9 Ὅτι Τίμαιός φησι Δημοχάρην ἡταιρηκέναι μὲν τοῖς ἄνω μέρεσι τοῦ σώματος, οὐκ εἶναι δ᾿ ἄξιον τὸ ἱερὸν πῦρ φυσᾶν, ὑπερβεβηκέναι δὲ τοῖς ἐπιτηδεύμασι τὰ Βότρυος ὑπομνήματα καὶ τὰ Φιλαινίδος καὶ τῶν ἄλλων ἀναισχυντογράφων (XII, 13, 1).

10 Ταύτην δὲ τὴν λοιδορίαν καὶ τὰς ἐμφάσεις οὐχ οἷον ἄν τις διέθετο πεπαιδευμένος ἀνήρ, ἀλλ᾿ οὐδὲ τῶν ἀπὸ τέγους ἀπὸ τοῦ σώματος εἰργασμένων οὐδείς (XII, 13, 2).

11 Ὁ δ᾿ ἵνα πιστὸς φανῇ κατὰ τὴν αἰσχρολογίαν καὶ τὴν ὅλην ἀναισχυντίαν, καὶ προσκατέψευσται τἀνδρός, κωμικόν τινα μάρτυρα προσεπισπασάμενος ἀνώνυμον (XII, 13, 3).

12 Arstt., Poét. 9, 1451 a 38-b 11. On trouvera le texte grec en annexe.

13 Phylarque d’Athènes (ou de Naucratis), historien du IIIe siècle, auteur d’Histoires relatant les règnes des Épigones, de 280 à 220.

14 II, 56, 9-12. On trouvera le texte grec en annexe.

15 Au sens positif du terme, car τὸ εἰκός sert à désigner tout « ce qui paraît bon », et donc « ce qui est convenable », « juste », « naturel », « normal », « raisonnable », « sensé », etc.

16 Plat., Rép. III, 394 e-398 a.

17 Au sens négatif du terme, car πιθανός, qui signifie « persuasif », est volontiers pris en mauvaise part, au sens de « captieux », « trompeur », etc.

18 Polybe fait ici écho à Thucydide I, 22, 4 : κτῆμά τε ἐς αἰεὶ μᾶλλον ἢ ἀγώνισμα ἐς τὸ παραχρῆμα ἀκούειν ξύγκειται.

19 ̓Αλλ᾿ οὐκ ἔστι τούτων οὐδέν. Οὐ γὰρ ἂν Ἀρχέδικος ὁ κωμῳδιογράφος ἔλεγε ταῦτα μόνος περὶ Δημοχάρους, ὡς Τίμαιός φησιν (XII, 13, 7).

20 Voir XII, 13, 8-12.

21 Καθάπερ γὰρ οἱ νοῦν ἔχοντες, ἐπὰν ἀμύνασθαι κρίνωσι τοὺς ἐχθρούς, οὐ τοῦτο πρῶτον σκοποῦνται τί παθεῖν ἄξιός ἐστιν ὁ πλησίον, ἀλλὰ τί ποιεῖν αὐτοῖς πρέπει, τοῦτο μᾶλλον -θεωροῦσιν̈, οὕτως καὶ περὶ τῶν λοιδοριῶν, οὐ τί τοῖς ἐχθροῖς ἀκούειν ἁρμόζει, τοῦτο πρῶτον ἡγητέον, ἀλλὰ τί λέγειν ἡμῖν πρέπει, τοῦτ᾿ ἀναγκαιότατον λογιστέον (XII, 14, 3-4).

22 Περὶ δὲ τῶν πάντα μετρούντων ταῖς ἰδίαις ὀργαῖς καὶ φιλοτιμίαις ἀνάγκη πάνθ᾿ ὑποπτεύειν ἐστὶ καὶ πᾶσι διαπιστεῖν πέρα τοῦ δέοντος λεγομένοις (XII, 14, 5).

23 Διὸ δὴ καὶ νῦν ἡμεῖς μὲν εἰκότως ἂν δόξαιμεν ἀθετεῖν τοῖς ὑπὸ Τιμαίου κατὰ Δημοχάρους εἰρημένοις· ἐκεῖνος δ᾿ ἂν οὐκ εἰκότως τυγχάνοι συγγνώμης οὐδὲ πίστεως ὑπ᾿ οὐδενὸς διὰ τὸ προφανῶς ἐν ταῖς λοιδορίαις ἐκπίπτειν τοῦ καθήκοντος διὰ τὴν ἔμφυτον πικρίαν (XII, 14, 6-7).

24 Pédech, 1961, p. 99-100.

25 Cic., Off. I, 27, 93-96.

26  Pédech, 1961, ibid.

27 σκοπεῖτο παρ᾿ αὑτῷ συλλογιζόμενος οὐχ οὕτως τί δέον παθεῖν Καρχηδονίους, ὡς τί δέον ἦν πρᾶξαι Ῥωμαίους. Διὸ παρακατασχὼν τὸν ἴδιον θυμὸν καὶ τὴν ἐπὶ τοῖς γεγονόσι πικρίαν, ἐπειράθη διαφυλάξαι, κατὰ τὴν παροιμίαν, ςπατέρων εὖ κείμενα ἔργα(XV, 4, 10-11).

28 δ᾿ Ἀγαθοκλῆς, ὡς ὁ Τίμαιος ἐπισκώπτων φησί, κεραμεὺς ὑπάρχων καὶ καταλιπὼν τὸν τροχὸν -καὶ τὸν̈ πηλὸν καὶ τὸν καπνόν, ἧκε νέος ὢν εἰς τὰς Συρακούσας (XV, 35, 2). Aristophane en use ainsi avec Euripide, faisant de son père un boutiquier ou cabaretier et de sa mère une marchande des quatre saisons (Ach. 457 et schol., 478, Cav. 19 et schol., Thesm. 456, Gren. 840, 947) ; de même, Démosthène en use ainsi avec Eschine, faisant de son père un esclave et de sa mère une prostituée (Cour. 129-131 et 258-261).

29 Καὶ γὰρ οὐδὲ ταῖς κατ᾿ Ἀγαθοκλέους ἔγωγε λοιδορίαις, εἰ καὶ πάντων γέγονεν ἀσεβέστατος, εὐδοκῶ. λέγω δ᾿ ἐν τούτοις, ἐν οἷς ἐπὶ καταστροφῇ τῆς ὅλης ἱστορίας φησὶ γεγονέναι τὸν Ἀγαθοκλέα κατὰ τὴν πρώτην ἡλικίαν κοινὸν πόρνον, ἕτοιμον τοῖς ἀκρατεστάτοις, κολοιόν, τριόρχην, πάντων τῶν βουλομένων τοῖς ὄπισθεν ἔμπροσθεν γεγονότα (XII, 15, 1-2).

30  Pédech, 1961, p. 19, n. 2, renvoie à Eschn, Ctés. 162, 174, 214 et, p. 94, Tim. 19-20, 72, 90, 189.

31 Ar., Oiseaux 1206. H. van Daele traduit par « tricouillard », V.-H. Debidour, par « mâle gaillard ».

32 Pédech, 1961, p. 101, qui cite τρίδουλος et τρίπορνος (Ath. XIII, 595 a-c).

33 Τὴν ὑπερβολὴν τῆς πικρίας (XII, 15, 4).

34 D’après Diodore, XXI, 17, 1. Voir Pédech, 1961, p. 100.

35 Polybe répète, à XV, 35, 3-5, cet éloge d’Agathocle, qui, décidément, lui tient à cœur. Il profite de l’occasion pour rappeler que l’Africain « à qui on demandait quels hommes il considérait comme les plus politiques et les plus raisonnablement audacieux, répondit que c’étaient les Siciliens Denys et Agathocle » (ἐρωτηθέντα τίνας ὑπολαμβάνει πραγματικωτάτους ἄνδρας γεγονέναι καὶ σὺν νῷ τολμηροτάτους, εἰπεῖν τοὺς περὶ Ἀγαθοκλέα καὶ Διονύσιον τοὺς Σικελιώτας), XV, 35, 6. Polybe tiendrait donc son admiration pour Agathocle de l’Africain, uia le cercle des Scipions.

36 Il s’agit d’un leitmotiv des Histoires : cf., entre autres, X, 21, 8. P. Pédech, 1961, p. 102, compare avec : I, 14, 5 ; VIII, 8, 7 ; XVI, 14, 8 et 28, 6-7.

37 C’est la quatrième occurrence de πικρία à propos de Timée : cf. XII, 14, 1 et 7 ; 15, 4 et 10. Il s’agit donc bel et bien de la caractéristique principale de cet historien, chez qui elle existe d’ailleurs à l’état inné (ἔμφυτος, XII, 14, 7), chez qui elle est en quelque sorte structurelle et détermine partiellement, sinon totalement l’identité (ἰδία, XII, 15, 10). Certes, il n’en détient pas le monopole, puisqu’elle se rencontre aussi, comme on l’a constaté, chez un héros comme l’Africain (XV, 4, 11). Mais la différence est que Scipion réussit à dominer, par la raison, la πικρία qui, chez lui, n’est qu’une passion quasiment conjoncturelle, sinon même résiduelle.

38 ̔Ο δ᾿ ἐπεσκοτημένος ὑπὸ τῆς ἰδίας πικρίας τὰ μὲν ἐλαττώματα δυσμενικῶς καὶ μετ᾿ αὐξήσεως ἡμῖν ἐξήγγελκε, τὰ δὲ κατορθώματα συλλήβδην παραλέλοιπεν (XII, 15, 10).

39 ̓Αγνοῶν ὅτι τὸ ψεῦδος οὐχ ἧττόν ἐστι περὶ τοὺς τὰ γεγονότα <κρύπτοντας ἢ περὶ τοὺς τὰ μὴ γεγονότα> γράφοντας ἐν ταῖς ἱστορίαις (XII, 15, 11).

40 Voir X, 26, 1-6.

41 Voir XXVI, 1a, 1-2 et 1, 1-4. Textes transmis par Athénée (X, 439 a et V, 193 d, respectivement). Pour l’importance de ces citations de Polybe dans l’économie de l’œuvre d’Athénée et en particulier du livre V, sinon du livre X, voir Webb, 2000, p. 219.

42  Voir XXVI, 1, 5-12. Texte transmis par Athénée (V, 193 d).

43 ̓Εξ ὧν εἰς ἀπορίαν ἦγε τῶν ἀνθρώπων τοὺς ἐπιεικεῖς· οἱ μὲν γὰρ ἀφελῆ τινα αὐτὸν εἶναι ὑπελάμβανον, οἱ δὲ μαινόμενον (XXVI, 1, 7).

44 XXVI, 1a, 1 et 1, 1.

45 XXVI, 1, 13-14. On trouvera le texte grec en annexe.

46 XXX, 22. Texte transmis derechef par Athénée (XIV, 615 a-e).

47 Traduction de l’« équipe Athénée » du Centre de Recherches Culture, Représentations, Archéologie, Théâtre Antiques (CRATA) de l’Université Toulouse 2, qui est composée de J.-Cl. Carrière, E. Foulon, J.-M. Luce, Ch. Orfanos, S. Rougier-Blanc, V. Visa-Ondarçuhu (avec la collaboration d’A. Ballagriga, A. Berra, M.-H. Garelli, B. Louyest) et qui prépare une édition d’Athénée XIV. On trouvera le texte grec en annexe.

48 Ath. XIV, 615 e : ταῦτα τοῦ Οὐλπιανοῦ διεξελθόντος καὶ πάντων ἀνακαγχασάντων ἐπὶ ταῖς Ἀνικίοις ταύταις θέαις-...

49 Cf. supra. Et voir l’analyse de Milanezi, p. 407-409 et n. 43, p. 583-584.

50 Ar., Nuées 537-544. Trad. de V.-H. Debidour (Aristophane, Théâtre complet, Gallimard, Paris, 1965, t. I, p. 251-252.

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Pour citer cet article

Référence papier

Éric Foulon, « La critique du comique en histoire par Polybe »Pallas, 81 | 2009, 119-131.

Référence électronique

Éric Foulon, « La critique du comique en histoire par Polybe »Pallas [En ligne], 81 | 2009, mis en ligne le 31 décembre 2009, consulté le 27 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/6416 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.6416

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Auteur

Éric Foulon

Université de Toulouse II-Le Mirail

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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