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AccueilNuméros81Jean-Claude Carrière et l’ARTELA

Jean-Claude Carrière et l’ARTELA

Huguette Desobeau-Boutry
p. 17-19

Texte intégral

1Lorsque Jean-Claude Carrière est arrivé à Toulouse, l’ARTELA existait depuis plusieurs années : sous l’égide de J.-P. Mazières, l’équipe fondatrice avait déjà à son actif de nombreuses réalisations ; le Souffle bisontin était parvenu jusqu’à nous et, parrainés par l’Arela de Montpellier, nous nous étions lancés en 1986…

2Nous avions aperçu Jean-Claude lors des glorieuses universités d’été de Carcassonne ; il était venu avec un panier rempli de tableaux de morphologie grecque et de Platon simplifié : une vraie manne ! Et voilà qu’il s’installait à Toulouse pour de bon, nous apportant sa passion, son dynamisme, sa culture ; nous allions profiter sans vergogne de son expérience antérieure, face à des problèmes qui, sous des formes différentes, se reposent d’année en année de façon de plus en plus oppressante.

3Pour les réunions mensuelles, l’Université du Mirail nous offre l’hospitalité dans l’un ou l’autre des petits bureaux du département des Langues Anciennes. Actuellement, cela se passe « Chez Nonnos » (Hélène Frangoulis), fauteuils fatigués ou chaises dures, autour d’une petite table de fortune. Pour les AG et les CA, nous avons droit aux ors du lycée Fermat.

4Jean Claude arrive, presque à l’heure, pousse la porte, passe une tête ébouriffée (le casque), et puis, si la réunion n’est pas commencée, nous raconte ses dernières aventures, en riant de ce rire si particulier, plein d’humour et d’amitié. Il ne s’impose pas toujours, en tout cas pas tout de suite…Il est devenu un vice-président indispensable.

5Jean-Claude Carrière est fondamentalement un militant, étonnamment disponible et polyvalent :

6- Avons-nous besoin d’un manutentionnaire, d’un porteur, d’un livreur ? Jean-Claude est là (d’autres aussi bien sûr…). Je ne résiste pas au plaisir d’évoquer la grosse moto, elle est souvent rangée près de l’entrée des Langues Anciennes, attendant sagement son maître. Certains jours d’expédition du bulletin resteront en mémoire : le Bureau s’est réuni pour la mise sous enveloppe, le Mirail est vaste, la sortie est loin, les allées sont longues et battues des vents, et les voitures sont interdites. Jean-Claude entasse les cartons sur le porte-bagages, remplit les sacoches à les faire craquer, et part en zigzaguant vers le tri postal…Courage physique, simplicité du militant de base.

7- Avons-nous besoin d’un animateur ? Nous avons cédé à la mode des cafés culturels ; le nôtre, c’était « L’Agora Café », il se tenait dans l’arrière salle d’un établissement devenu mythique depuis sa fermeture en 2006, « Mon Caf’ », place du Capitole. Banquettes de molesquine rouge, garçons vêtus à l’ancienne, brouhaha de la place et de la première salle, cliquetis de vaisselle, regards interrogateurs des clients qui doivent traverser pour se rendre aux toilettes…

Bande annonce : « L’ARTELA lance à Toulouse un Agora-Café, lieu d’information et d’échange animé par des antiquisants. Premier Agora-Café le jeudi 19 avril 2001 sur le thème « Pouvoir du Peuple, démocratie ancienne et démocratie moderne », animé par Jean-Claude Carrière, etc… »

8- Avons-nous besoin d’un rédacteur ? Que de fois, en relisant les textes signés par l’Artela – motions, lettres aux députés, au Ministère, aux parents – on retrouve « l’air de la chanson » (Proust) : l’élan oratoire, les phrases au rythme ascendant, les interrogations vigoureuses, les formules frappantes, voire provocantes, trop violentes selon certains mais combien libératrices ! Et puis, il y a les textes signés de son nom, innombrables, que le journal Le Monde n’a pas toujours dédaignés (cf. Le Monde du 5 juin 1998, « Aristote n’est pas encarté au FN ! »).

Extrait de l’Editorial du Bulletin : « Nous avons confié à Jean-Claude Carrière, lors du CA du 23 mai, le soin de répondre à l’article du Monde du 19 mai sur la récupération de l’héritage grec par le FN… ».

9- Avons-nous besoin d’un Président ? En 2002, nous nous sommes trouvés en panne de Président : Jean-Claude Carrière et Andrée Salvaire ont accepté – « si on ne peut pas faire autrement, et à condition que ce ne soit pas pour longtemps » - d’inaugurer l’ère des co-présidents, en attendant la relève qui est arrivée l’année suivante.

10Certes, il ne faut pas donner dans l’hagiographie ; il y a bien eu, comme partout, des situations embrouillées, mais la dette de l’association est certaine. À cet égard, je ne voudrais pas « oublier Mme Freud » (Françoise Xénakis) : Sylvie est probablement l’inspiratrice de quelques saintes colères contre les conditions de travail faites aux professeurs du Secondaire.

11L’autre aspect de Jean-Claude que je voudrais souligner est sans doute plus important encore et plus difficile à cerner : Jean Claude est un intellectuel engagé, dont l’engagement se nourrit d’une culture étonnante et constamment renouvelée.

12Dans les débats, lorsqu’un petit silence prudent précède l’entrée en participation d’un auditoire intimidé, ou quand les échanges piétinent au ras de terre, s’attardant sur des problèmes trop particuliers, il est rare qu’il n’intervienne pas au bon moment, élevant le débat, élargissant la question, la situant à sa vraie place dans l’histoire des peuples et des civilisations. Il précède le groupe et le tire, on appelle cela « l’animal alpha »…

13Je n’en veux pour preuve que les colloques, conventions, rencontres organisés ou proposés par l’Artela sous son impulsion. Quelques jalons :

14- En 1998, il rédige la synthèse de la Convention Régionale du 14 mars ; pour citer une de ses formules : « L’Antiquité « noire » (esclavage, violence sociale, impérialismes brutaux), impose une réflexion comparative sur la démocratie et la justice sociale, qui est formation en profondeur à la citoyenneté ».

15- En 2003, l’année de sa co-présidence, il réunit la « Convention Régionale des Langues Anciennes », préparatoire aux Etats Généraux des Langues Anciennes de Nantes organisés par la CNARELA.

16- En 2007, il rédige, en éditorial du numéro 42 de notre Bulletin, un « Appel pour des Assises Nationales » ; il s’agit, si j’ai bien compris, d’un renversement de perspective :

« Les changements culturels auxquels nous devons faire face se précipitent. L’Europe, certes, est toujours à construire. Mais cette construction se situe de plus en plus dans le cadre d’une mondialisation accélérée…Il ne serait pas inutile d’actualiser à nouveau notre réponse. Voici que de grandes langues et cultures, comme celles de la Chine, de l’Inde et du monde arabe, ont un poids économique et humain qui grandit très très vite. En ce sens, nos justifications « indo-européennes » ont besoin d’être non pas revues, mais resituées. Quels peuvent être l’apport et le rôle planétaire des langues et cultures de l’Europe ?  Comment favorisent-elles la compréhension des autres grandes langues et cultures de la planète et aident-elles à les aborder ? Il faudra bien un jour apprendre à lire ensemble Horace, Li Po, Omar Khayyam et Ronsard… ».

17L’appel a été entendu, et l’Université du Mirail prépare, pour les 27, 28 et 29 mai 2010, des « Assises Nationales des Lettres : Les Humanités pour quoi faire ? » dont le texte d’orientation précise que « Le projet a été initié par l’helléniste Jean-Claude Carrière au sein de l’Association Régionale Toulousaine des Enseignants de Langues Anciennes ARTELA, puis lancé par l’équipe de recherche toulousaine PLH-CRATA… ». Tout dépend maintenant de sa mise en œuvre.

18Bonne et longue route, Jean-Claude !

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Pour citer cet article

Référence papier

Huguette Desobeau-Boutry, « Jean-Claude Carrière et l’ARTELA »Pallas, 81 | 2009, 17-19.

Référence électronique

Huguette Desobeau-Boutry, « Jean-Claude Carrière et l’ARTELA »Pallas [En ligne], 81 | 2009, mis en ligne le 31 décembre 2009, consulté le 29 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/6104 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.6104

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Auteur

Huguette Desobeau-Boutry

Professeur de Lycée Honoraire, Trésorière de l’ARTELA

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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