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Jean-Claude Carrière, militant des langues anciennes

Jean-Yves Guillaumin
p. 13-15

Texte intégral

1Jean-Claude Carrière est l’un des « pères fondateurs », avec Gérard Jeunet, de l’ARELAB (Association régionale des enseignants de langues anciennes de l’académie de Besançon) en 1973 ; il en a été vice-président depuis les origines (jusqu’en 1992). Dès ce moment-là, il stimule les échanges et le travail en commun entre les deux niveaux d’enseignement, l’Université où il enseigne le Grec et le Secondaire dans lequel enseigne Gérard Jeunet. Au sein du petit groupe de collègues de l’académie de Besançon qui « se lancent » alors dans la réflexion et l’action sur les Langues anciennes, Jean-Claude Carrière occupe dès le début une place tout à fait particulière et éminente. C’est le penseur des grands problèmes et des vastes horizons. Il a horreur de ce qui serait une « défense » des Langues anciennes pleurnicharde et rétrograde. Il préfère, se faisant en cela le porte-parole de l’association, parler de « promotion ». Les textes de réflexion théorique et d’incitation à l’action qu’il produit ou dont il dirige la production, dans le cadre de l’ARELAB, pendant plus de vingt ans, sont innombrables. L’un d’eux particulièrement a circulé, diffusé par la CNARELA (Coordination nationale des associations régionales des enseignants de langues anciennes), sous le titre de « Thèses de Besançon » (1979 ; supplément au bulletin ARELAB n° 14) : les idées exprimées sont celles de l’ARELAB, mais leur discussion et leur mise en forme ont été fortement stimulées par un Jean-Claude Carrière opiniâtre penseur et fin rédacteur.

2Dès 1982 (bulletin ARELAB n° 20) il souligne la nécessité de « modifier l’épreuve écrite du baccalauréat » (p. 3-6). Sous son autorité se constituent dans ces années-là des groupes de travail dont les résultats les plus connus seront ceux qui concernent l’étude systématique des vocabulaires latin et grec (à la suite du « Cirey-les-Bellevaux » de 1980 — ainsi désignait-on, du nom du lieu où elles se tenaient, les journées rituelles de rentrée de l’ARELAB, chaque année en octobre — au cours duquel il prononce une conférence sur « Problèmes et méthodes de l’acquisition du vocabulaire en langue ancienne ») ; ceux qui ont participé à ces travaux collectifs apprécient l’efficacité, la rigueur, la précision méticuleuse du meneur de jeu qu’est Jean-Claude Carrière. Dans les mêmes années, il contribue à nouer avec les collègues de Langues anciennes de Gênes, animés par Silvana Rocca, professeur à l’Université, des liens qui subsistent aujourd’hui, plus de vingt ans après le premier colloque de didactique de Gênes-Bogliasco qui vit notamment des interventions de Jean-Claude Carrière et de Gérard Jeunet.

3Inspirateur et rédacteur des motions des assemblées générales de l’ARELAB pendant des années, il fait de ces textes un véritable panorama annuel de la situation des langues anciennes et des réactions qu’elle doit susciter. Ainsi, l’exemplaire de 1989 (double, puisqu’il y a d’abord la rédaction manuscrite de Jean-Claude Carrière, et ensuite la version dactylographiée adoptée par l’AG) présente dix motions dont les sujets vont de la réforme des programmes à la formation continue en passant par l’évaluation des enseignants et les stages de CAPES.

4Sur les IUFM, il donne, dans une documentation diffusée aux adhérents ARELAB le 2 décembre 1991, un « premier bilan sur la mise en route des IUFM » qu’il est frappant de relire presque vingt ans après.

5De vice-président il devient président de l’ARELAB à partir de janvier 1992, mais en prenant ces fonctions il dit longuement et précisément (Bulletin ARELAB n° 31) pourquoi il les accepte et dans quel esprit : il ne s’agit que de faire fonctionner d’une manière différente le duo qu’il forme de toute éternité avec son complice Gérard Jeunet parvenu au seuil de la retraite et qui sera désormais « président délégué ». Jean-Claude Carrière ne prend la présidence que pour un an et, de fait, c’est le début des présidences annuelles de l’ARELAB, qui seront d’ailleurs assurées de préférence par des collègues du secondaire, comme c’est souhaitable étant donné la nature de l’association. Et de faire immédiatement, dans son premier éditorial de président, un clair état des lieux à propos des langues anciennes, suivi de propositions de stratégie. Inlassablement il répète ces analyses lucides et ces propositions exigeantes.

6Dans un texte daté du 25 mars 1992 et paru dans le bulletin ARELAB n° 32, texte dense de huit pages, Jean-Claude Carrière traite de « Réforme(s) Jospin et langues anciennes » ; on peut en isoler une toute petite phrase, dans la note en bas de sa première page, tant elle résume bien l’attitude de l’ARELAB et de Jean-Claude Carrière qui écrit en son nom : « l’opposition aux réformes [sc. du ministère Jospin] n’implique, dans mon esprit, aucune forme de ralliement à une quelconque conception conservatrice dépassée de l’enseignement des langues anciennes (la raison d’exister de l’ARELAB est à l’opposé). » Il existe dans les archives ARELAB un recto-verso de la main de Jean-Claude Carrière (crayon de papier, corrections supralinéaires, écriture parfaitement lisible, comme toujours), qui est une prise de position du comité de l’ARELAB, en date du 13 mai 1992, sur les déclarations du nouveau ministre de l’éducation ; le texte plaide pour le renforcement de la « formation critique des élèves et des étudiants » et pour « une réforme démocratique » qui mettrait en place, à côté des filières scientifiques, une filière littéraire forte. Dans le bulletin ARELAB n° 35, de mai 1993, p. 17-21, après la rencontre de Fr. Bayrou, devenu ministre, avec toutes les associations de Langues anciennes, il reste d’une joie modérée et en profite pour rappeler aussi bien la récurrence des problèmes que les directions dans lesquelles il faut aller pour les résoudre (et notamment la réhabilitation d’une véritable filière littéraire).

7Vient le colloque international de didactique des langues anciennes « lire et traduire », Besançon 26-28 octobre 1993 : il faut lire son bilan du colloque, bulletin ARELAB n° 36, décembre 1993, p. 3-5. Ayant commencé en déclarant qu’il est « difficile de faire le bilan »,… il le fait. Et de quelle façon : structuré, synthétique, ouvert sur des perspectives, en ce qui concerne aussi bien la situation des langues anciennes en Europe que les contenus et les méthodes de leur enseignement ; les dernières lignes sont lucides et brillantes, qui soulignent le rôle fondateur en même temps que le « caractère neuf et foisonnant » des études anciennes, dénoncent les prétendus idéaux « du libéralisme économique et de la valorisation de la richesse », en appellent à « une certaine idée de l’Europe et de l’humanisme ». C’est la même facilité à synthétiser des choses bien différentes qu’il montre dans son intervention de clôture d’un colloque dans lequel les éternelles préoccupations de l’ARELAB sont confrontées aux interrogations de la recherche universitaire proprement dite, « Antiquité et citoyenneté » (Besançon, 3-5 novembre 1999), édité par St. Ratti (Besançon, 2002). Cette largeur de vues et cette autorité intellectuelle et morale expliquent aussi que, dès les débuts de la CNARELA, il en ait été l’un des membres les plus écoutés.

8Besançon a ensuite perdu Jean-Claude Carrière, parti à Toulouse. Ses retours se font moins fréquents, ils ne sont pas facilités par l’éloignement géographique. Mais il a tenu à venir célébrer avec tous ses vieux amis les trente ans de l’ARELAB, dans les locaux du lycée Victor-Hugo où elle était née. Et il a continué son action en faveur des Langues anciennes à Toulouse dans le cadre de l’ARTELA.

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Pour citer cet article

Référence papier

Jean-Yves Guillaumin, « Jean-Claude Carrière, militant des langues anciennes »Pallas, 81 | 2009, 13-15.

Référence électronique

Jean-Yves Guillaumin, « Jean-Claude Carrière, militant des langues anciennes »Pallas [En ligne], 81 | 2009, mis en ligne le 31 décembre 2009, consulté le 20 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/6093 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.6093

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Auteur

Jean-Yves Guillaumin

Professeur à l’Université de Franche-Comté et membre de l’ARELAB

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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