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Étudier les terres cuites antiques aujourd'hui. Nouvelles approches, nouveaux outils
4. Restaurer et conserver les terres cuites. Perspectives d'études coroplathiques

Réflexions autour de la conservation-restauration de figurines en terre cuite

Reflections about preservation-restoration of terracotta figurines
Carine Bayol et Marie Petit
p. 145-158

Résumés

Entre 2015 et 2020, de nombreuses figurines en terre cuite gallo-romaines issues de trois collections (musée Anne de Beaujeu, musée Bargoin, musée archéologique de l’Oise) ont fait l’objet d’une étude et bénéficié d’un traitement de conservation-restauration. Le nettoyage des surfaces et leur observation minutieuse ont permis d’améliorer la connaissance des techniques de fabrication et des techniques décoratives. La restauration a redonné une lisibilité aux figurines tout en respectant leur forme originelle.

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Texte intégral

1Les collections de figurines en terre cuite gallo-romaines sont riches en France et de nombreux chantiers de restauration sont régulièrement entrepris afin de conserver et mettre en valeur ces œuvres. Les spécificités techniques et décoratives des figurines nous amènent à nous confronter à des problématiques de conservation-restauration souvent similaires, même lorsqu’elles sont issues de différentes productions.

1. Présentation des figurines restaurées

1.1. Présentation des trois collections

2Les objets présentés dans cet article proviennent de trois collections différentes. Il s’agit des collections du musée Anne de Beaujeu à Moulins, du musée Bargoin à Clermont-Ferrand et du musée archéologique de l’Oise à Vendeuil-Caply.

  • Musée Anne de Beaujeu, Moulins: Restauration d’un ensemble de 68 figurines et moules traités par trois restauratrices diplômées d’État, Carine Bayol et Fanny Fiol, spécialisées en céramique, et Élodie Beaubier, spécialisée en sculpture. Les objets proviennent exclusivement de fouilles anciennes (xixe siècle) effectuées dans le département de l’Allier (Vichy, Toulon-sur-Allier, St-Pourçain-sur-Besbre…) et sont datés du ier au iiie siècle de notre ère. Parmi ces 68 pièces, nous retrouvons des figurines ainsi que des moules de modèles classiques de cette production : divinités féminines (Vénus, déesse-mère, Minerve, Épona), divinités masculines (Hercule, Mercure, Apollon), personnages (buste féminin, buste d’enfant et risus1), des animaux (équidés, oiseaux, lapins, ours, lions), des fruits et des édicules. Parmi les moules, sept d’entre eux comportent une signature gravée au revers.
  • Musée Bargoin, Clermont-Ferrand: Restauration d’un ensemble de 63 figurines et moules restaurés par Carine Bayol. Ces pièces sont également issues de fouilles anciennes effectuées dans la région Auvergne (St Rémy-en Rollat, Clermont-Ferrand, Parc Monjoly à Chamalières ou de provenances inconnues). Elles représentent principalement des divinités et des animaux.
  • Musée archéologique de l’Oise, Vendeuil-Caply: Restauration d’un ensemble de 13 figurines en terre cuite provenant du musée archéologique de l’Oise (fig. 1) par un groupement de quatre restauratrices diplômées d’État spécialisées en terre cuite, Frédérique Berson, Marie Émile, Marie Petit et Christine Verwaerde. Ces figurines ont été découvertes en 2013, à Vendeuil-Caply (Oise), lors de fouilles archéologiques programmées, dans une couche stratigraphique cendreuse datée d’une période comprise entre 170 et 180 apr. J.-C. Elles appartiennent à un vaste corpus composé d’environ 200 figurines et fragments de figurines2.

Fig. 1. Vue d’ensemble des treize figurines étudiées et restaurées en 2015 au C2RMF. © M. Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.

Fig. 1. Vue d’ensemble des treize figurines             étudiées et restaurées en 2015 au C2RMF. © M. Petit d’après F.             Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.

3La sélection des figurines retenues pour les opérations de conservation-restauration comprenait une déesse-mère (Inv. 2015-1-5), une Vénus anadyomène (Inv. 2015-110), trois bustes féminins (Inv. 2015- 1-32, Inv. 2015-1-34, Inv. 2015-1-35), deux personnages masculins (Inv. 2015-1-52, Inv. 2015-1-61), un cheval (Inv. 2015-1-78), un taureau (Inv. 2015-1-77), deux oiseaux (Inv. 2015-1- 62, Inv. 2015-1-72), un édicule (Inv. 2015-1- 28) et une base circulaire portant une inscription rétrograde en relief (Inv. 2015-1-1).

1.2. État de conservation

4Pour les trois ensembles, l’état de conservation est très variable d’une pièce à l’autre. Cependant, plusieurs altérations sont communes : les objets sont plus ou moins encrassés, parfois il reste des sédiments en surface. Même si elles sont en assez bon état, elles présentent des traces d’abrasion, des rayures et des éclats. Les décors polychromes, s’ils ont été posés à froid, sont sensibles, fragiles et moins bien conservés.

  • 3 Légère sur-cuisson de quelques pièces dans les collections de Moulins et de (...)

5Les pâtes sont bien cuites et présentent peu de défauts de cuisson3. Elles sont souvent blanches, mais les variations sont assez importantes d’une pièce à l’autre et certaines sont plutôt beiges. Quelques pièces présentent des pâtes riches en inclusions rouges qui sont visibles en surface.

6Les figurines de Vendeuil-Caply ont la particularité d’avoir subi un incendie, les surfaces et les colorations ont été partiellement modifiées, rendant parfois les interprétations de leur aspect original difficiles.

1.2.1. Altérations structurelles

7Quelques pièces sont intactes, mais la majorité d’entre elles est fragmentée et/ou lacunaire. Les têtes des figurines, les socles ainsi que les éléments à fortes saillies comme les jambes des quadrupèdes, sont souvent fracturés.

8En dehors des problèmes structuraux liés à la fabrication et au morcellement lors de l’enfouissement, les altérations retrouvées sur ces pièces ont deux origines principales : la nature chimique du sous-sol dans lequel elles ont été ensevelies et les anciennes interventions qu’elles ont subies après leur découverte. Les figurines de Clermont et de Moulins sont issues de fouilles anciennes (ce qui n’est pas le cas de celles de Vendeuil-Caply). Les traitements post-fouilles de ces objets ont été différents selon les époques (objectifs et produits employés), et les altérations qui en découlent sont en lien avec les choix et les techniques de ces restaurations.

1.2.2. Altérations liées à l’enfouissement

9Si la plupart des figurines ont été nettoyées dès leur sortie de fouille, certaines conservent encore aujourd’hui des dépôts terreux sur leur surface externe, mais surtout dans des zones internes parfois peu accessibles.

10D’autres dépôts, comme les concrétions et les radicelles, se sont formés par un contact prolongé des éléments du sous-sol avec la surface des objets.

11Sur plusieurs pièces, ces concrétions sont également orangées, ce qui correspond à la proximité d’éléments ferreux dans le sous-sol et à la migration d’oxydes de fer.

12Ces concrétions sont souvent très adhérentes, incrustées en profondeur et ont formé des taches qui ont imprégné de manière irréversible la pâte claire.

1.2.3. Altérations liées aux anciennes interventions

13En 2013, à la suite de la découverte des figurines de Vendeuil-Caply, les fragments jointifs ont été recollés par l’équipe de fouille, mais certains collages nécessitaient d’être améliorés.

14Pour les objets de Moulins et de Clermont-Ferrand, les restaurations sont plus anciennes et ont été plus interventionnistes. Aucune documentation n’est connue, mais nos observations ont permis de comprendre que plusieurs opérations avaient été réalisées à différentes périodes.

  • 4 Hugues Vertet, archéologue et Maurice Franc, érudit et secrétaire général de la soci (...)

15Pour la collection du musée Anne de Beaujeu, nous savions que dans les années 80, H. Vertet et M. Franc4 effectuaient de nombreux remontages et quelques comblements de lacunes, mais aussi des moulages sur des pièces de la collection.

16D’autres campagnes de remontages (collages) ont été effectuées après ces premières interventions.

17Les colles utilisées ont été appliquées de manière débordante et beaucoup se sont oxydées avec le temps. Une observation à la lumière naturelle, en complément d’une observation sous lumière ultra-violette, nous a permis d’établir une chronologie des interventions de collage. Les tests de solubilité sont venus confirmer la nature des différents adhésifs. Il s’agit de colles animales, de gomme-laque et plus récemment de résines acryliques ou vinyliques. Plusieurs objets ont subi au moins deux phases de restauration.

  • 5 Inv. 5.4.23 et Inv. 5.2.129.

18Les comblements ont été réalisés au plâtre blanc ou avec un mastic blanc, non soluble dans l’eau, qui a également été utilisé pour effectuer des collages. Les comblements sont, comme les collages, très largement débordants. Plusieurs figurines sont ainsi remplies de plâtre et les revers de deux édicules5 ont entièrement été plâtrés et renforcés par des armatures métalliques.

19Plusieurs pièces, principalement des déesses mères, ont été légèrement sciées ou poncées au niveau du cou afin d’ajuster les parties à assembler (têtes et corps n’appartenant pas au même objet).

  • 6 Informations fournies par des membres de l’AVCA (Association pour la vie culturelle (...)

20Toujours pour les figurines de Moulins, un voile gris, semblable à un vernis du fait de son aspect satiné, a été observé sur de nombreuses pièces, souvent les plus complètes. Après observation, il s’est avéré que ce voile était présent sur les concrétions et les dépôts terreux. Ce film, dont la nature chimique n’a pas été déterminée, correspond en fait à l’application de l’agent démoulant lors des opérations de moulage de H. Vertet et M. Franc dans les années 19806. Ce produit n’a pas été retiré après les moulages et il s’est encrassé avec le temps.

2. Particularité technique

2.1. Fabrication des figurines

21La technique de fabrication des figurines est aujourd’hui assez bien connue et les observations faites sur les trois collections confirment ces données, mais apportent également quelques détails intéressants.

22Les figurines ont toutes été moulées par estampage dans des moules monovalves ou bivalves. Les éléments les plus saillants sont moulés séparément et rajoutés avant cuisson, par collage à la barbotine (bras, têtes, accessoires…). Ces assemblages, s’ils sont réalisés trop rapidement, peuvent constituer des points de fragilité : les lignes de suture sont parfois très visibles et peuvent avoir provoqué des fissures et des fentes à la cuisson, voire des cassures.

23Au contraire, nous avons noté que certaines attentions ont été parfois portées pour anticiper les défauts technologiques. Par exemple, pour la collection de Vendeuil-Caply, des contreforts ont été aménagés au dos des trois bustes pour éviter l’« effondrement » et la déformation que peut provoquer la cuisson.

24Par ailleurs, des interventions finales de réparage et de pastillage ont été réalisées pour embellir le décor des pièces.

25À Vendeuil-Caply, la tenue du personnage masculin Inv. 2015-1-52 est particulièrement soignée et détaillée, tant du point de vue du modelage que du riche décor polychrome (fig. 2).

Fig. 2. Personnage masculin (soldat ?) Inv. 2015-1-52 : le traitement formel et coloré des vêtements de ce personnage est remarquable dans ses variations et nombreux détails. © M. Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.

Fig. 2. Personnage masculin (soldat ?) Inv.             2015-1-52 : le traitement formel et coloré des vêtements de ce             personnage est remarquable dans ses variations et nombreux             détails. © M. Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C.             Verwaerde.

26Les socles quadrangulaires des bustes ont également reçu des incisions décoratives rectilignes.

27De même, des pastilles décoratives ont presque été systématiquement posées à l’avant de tous les bustes (féminins, adolescents ou risus) au niveau de la jonction entre le socle et le départ du buste. Éléments décoratifs, ces pastilles servent également à masquer la zone de raccord. Enfin, nous avons observé des marques de lissage sur les parois externes ainsi que de nombreuses empreintes digitales et des marques d’ongles laissées lors de l’estampage de l’argile.

2.2. Traitement de surface

28Les figurines en terre blanche sont, dans la majorité des cas et comme leur nom l’indique, de couleur blanche et laissées sans traitement de surface.

29Il existe cependant des exceptions et sur plusieurs pièces, des traitements supplémentaires colorés et peints ont été effectués par les artisans-potiers. Ils sont divers : rehaut simple avec une ligne ou pose de points ; exécution d’un décor plus complexe, monochrome ou polychrome. L’étude de ces trois collections nous offre plusieurs exemples des traitements décoratifs existants sur ce type d’objet.

– Rehauts de lignes noires :

30Sur l’ensemble des figurines en terre blanche de l’Allier qui ont été retrouvées, très peu présentent des décors polychromes à l’exception de quelques pièces dont certains reliefs sont dessinés ou accentués par de simples lignes noires.

  • 7 Vêtement ample à capuche.

31Trois objets de la collection de Clermont-Ferrand présentent un décor de lignes noires (fig. 3). Elles figurent le filet et les rênes d’un cheval (Inv. 56.513.7), les yeux d’un personnage vêtu d’un cucullatus7 (Inv. 977.28.278) et accentuent les formes de ce même vêtement sur une autre figurine (Inv. 56.513.29). Ces traits semblent avoir été appliqués avant cuisson. Ils sont fins, liés à la pâte et peu/pas sensibles à l’eau.

Fig. 3. Trois figurines avec un décor de lignes noires. Personnages vêtus d’un cucullatus (Inv. 977.28.278 et Inv. 56.513.29) et rênes d’un cheval (Inv. 56.513.7).

Fig. 3. Trois figurines avec un décor                 de lignes noires. Personnages vêtus d’un cucullatus (Inv.                 977.28.278 et Inv. 56.513.29) et rênes d’un cheval (Inv.                 56.513.7).

– Polychromie complète :

32Sur les treize figurines restaurées de Vendeuil-Caply, douze présentent un décor polychrome exceptionnel et particulièrement bien conservé.

33La palette de couleur est cependant relativement réduite : variations autour du rouge (rouge carmin, rouge vif, rouge orangé), brun, noir et blanc.

34Une figurine peut présenter jusqu’à trois couleurs et il semble que l’application des décors, sur une même figurine, ait été réalisée à différents moments de la fabrication (avant et après cuisson). Cette remarque fait suite aux disparités constatées entre les différentes polychromies : aspect, répartition et sensibilité à l’eau. Néanmoins, les interprétations ont été rendues délicates du fait des modifications possibles dues à l’incendie antique (cuisson de décors posés à froid, recuisson, modification des couleurs – pâtes et polychromies).

35Sur la déesse-mère, les oiseaux, les quadrupèdes ainsi que sur l’étoffe du buste Inv. 2015-1-32, les observations de surface ont révélé la présence d’une couche rouge orangé, très fine, couvrante, bien étendue et parfaitement liée à la terre cuite. Sa très faible sensibilité à l’eau et les caractéristiques précitées laissent penser que nous sommes en présence d’un engobe cuit.

36Concernant les deux personnages masculins, nous supposons également qu’un engobe rouge, cuit, a été posé en couleur de fond. Enfin, des rehauts rectilignes, bruns, ont été relevés sur les socles des bustes Inv. 2015-1-32 et 2015-1-35, et des rehauts noirs ont été observés sur la Vénus anadyomène (tétons et nombril) et sur le cheval (harnachement). Dans ces cas, l’observation des couches colorées ne laisse aucun doute sur le fait que nous sommes en présence d’un engobe cuit.

37Les polychromies supposées à froid sont présentes en couche d’épaisseur irrégulière, leur aspect est parfois craquelé, elles sont peu adhérentes et fragiles (sensibilité à l’eau). Elles sont moins bien conservées.

38Des rehauts blancs, vraisemblablement posés à froid sur la couche d’engobe cuit, ont été observés à plusieurs reprises : sur l’oiseau Inv. 2015-1-62, une des faces présente des rehauts blancs au niveau des yeux, du collier, du jabot et des ailes ; sur le personnage masculin Inv. 2015-1-52, des rehauts blancs et épais figurent un décor de points sur le vêtement ; enfin, sur le taureau, des rehauts blancs sont visibles au niveau des yeux, de la cuisse gauche et de l’écharpe.

39D’autres artefacts semblent avoir reçu un décor à froid, comme le fronton de l’édicule qui est peint en blanc et l’étoffe du buste Inv. 2015-1-35 qui est recouverte d’une polychromie rouge carmin.

– Glaçure :

40Le lapin Inv. 5.2.26 appartenant à la collection de Moulins fait partie des vases plastiques dits zoomorphes composés d’une anse et d’un goulot. Ils ont été fabriqués de la même manière que les figurines et dans les mêmes ateliers (fig. 4). Ces objets étaient généralement recouverts d’une glaçure plombifère, mais dans le cas de la pièce Inv. 5.2.26, cette glaçure était très peu visible. Sa surface était presque entièrement recouverte de dépôts divers, de concrétions, mais aussi de matériaux liés à une ancienne restauration très largement débordante. La glaçure, appliquée de manière hétérogène, est mieux conservée sur la face interne. Sur la face externe, elle est très lacunaire. Les zones conservées sont corrodées et présentent un réseau de craquelures généralisé avec une perte de matière importante.

Fig. 4. Lapin Inv. 5.2.26. Avant et après traitement. La glaçure est beaucoup plus lisible après traitement. © Carine Bayol.

Fig. 4. Lapin Inv. 5.2.26. Avant et                 après traitement. La glaçure est beaucoup plus lisible après                 traitement. © Carine Bayol.

– Traitement de surface non déterminé :

41Dans le cas des exemples cités précédemment, la présence d’un traitement de surface volontaire, au moment de la production des figurines, est évident. Dans d’autres cas, les surfaces sont beaucoup plus complexes à interpréter et la simple observation visuelle n’a pas permis de confirmer la nature des éléments visibles à la surface.

42C’est le cas pour deux objets :

  • Le cheval Inv. 5.7.7. (fig. 5). La pâte, initialement très blanche, est en partie recouverte de taches noires et brunes très incrustées, liées à l’enfouissement. Certaines sont probablement des micro-organismes. Les dépôts terreux, noirs et compacts, sont très nombreux. La surface du cheval est altérée ; elle est craquelée et a perdu une partie de sa matière sur plusieurs zones. Au-dessus de l’épaule gauche du cheval, sur son poitrail, ainsi que sous sa gorge, nous notons une coloration rose-orangé. La zone de l’épaule était visible avant le nettoyage, alors que les autres zones sont apparues après le retrait de la terre d’enfouissement. Cette stratigraphie confirme donc qu’il ne s’agit pas d’une application moderne. Cette couche, légèrement en relief au-dessus de la pâte, est assez compacte, son aspect est proche d’une polychromie à froid, mais elle ne montre que peu de sensibilité à l’eau. Elle ne présente aucune fluorescence à la lumière UV.
  • Vénus anadyomène Inv. 5.3.12. Au revers et surtout sur la chevelure, on observe une coloration orangée qui pourrait être une couche d’engobe. Elle est compacte, fine et non sensible à l’eau. Au niveau du cou, la surface est abrasée (cela est probablement lié à l’ancienne intervention). Des taches rouges sont également visibles au niveau du bras et sur le buste, elles sont légèrement sensibles à l’eau. Ces zones rouges, de par leur forme et leur positionnement, interrogent. Cette pièce a été remaniée, il faut donc rester prudent quant à l’interprétation de ces observations.

Fig. 5. Cheval Inv. 5.7.7. Vues de face et détails du poitrail, avant et après retrait des dépôts terreux. © Carine Bayol.

Fig. 5. Cheval Inv. 5.7.7. Vues de face                 et détails du poitrail, avant et après retrait des dépôts                 terreux. © Carine Bayol.

43Ces observations de surface questionnent, mais l’altération liée au travail du temps rend malheureusement difficile la compréhension de ces surfaces. L’observation seule, même si elle est couplée avec des lampes UV et des loupes binoculaires, ne permet pas toujours de statuer sur la nature et l’origine des décors qui composent l’objet. Des analyses sont parfois nécessaires, mais elles ne sont malheureusement pas systématiques et malgré l’interrogation sur plusieurs pièces de la collection de Moulins aucune analyse n’a été engagée.

3. Traitements de conservation-restauration

44Concernant la restauration de ce type de pièce, la difficulté principale est la complète compréhension des surfaces. Comme nous l’avons évoqué précédemment, les figurines en terre blanche n’ont que très rarement été agrémentées de traitements décoratifs peints. Lorsqu’ils sont présents, ils sont souvent peu visibles. Une observation minutieuse doit donc être menée avant toute intervention.

45La seconde difficulté est la gestion des anciennes restaurations. Certaines figurines ont été fortement remaniées dans le passé. Les anciens remontages ne sont aujourd’hui plus acceptables déontologiquement et chaque œuvre doit être restaurée dans le respect de sa forme originelle.

3.1. Nettoyage

46Pour l’ensemble des pièces, le nettoyage a été minutieux et toujours réalisé sous loupe binoculaire. Dans un premier temps, un dépoussiérage au pinceau et un nettoyage à sec par gommage doux ont été effectués. Les nettoyages ont ensuite été réalisés à l’eau, soit par cotons imbibés, soit par vapeur à très faible pression, si les surfaces ne présentaient pas de fragilité particulière. Les dépôts, concrétions et radicelles ont été ramollis à l’eau chaude et éliminés par un grattage fin au scalpel (fig. 6).

Fig. 6. Buste féminin Inv. 2015-1-32 : détail du visage avant et après nettoyage des radicelles. © M. Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.

Fig. 6. Buste féminin Inv. 2015-1-32 :             détail du visage avant et après nettoyage des radicelles. © M.             Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.

47Pour le lapin Inv. 5.2.26, l’apport d’eau a été limité en raison de l’altération de la glaçure. Les dépôts ont été principalement retirés mécaniquement au scalpel et la glaçure a été nettoyée avec un mélange d’eau et d’éthanol (vol. 20/80).

3.2. Dérestauration

48À l’exception de certains collages de bonne qualité sur les pièces fragiles, la majorité des anciennes restaurations ont été retirées. Les collages jaunis ont été démontés à l’aide de compresses de solvants (acétone ou éthanol selon les cas) et les mastics et comblements en plâtre ont été retirés mécaniquement au scalpel.

49Le voile gris, présent sur plusieurs figurines de la collection de Moulins et lié à l’application d’un agent démoulant, a systématiquement été retiré sur toutes les pièces à l’aide de solvants, ou à la vapeur d’eau déminéralisée si la surface de l’objet le permettait.

3.3. Interventions structurelles

50Les interventions structurelles se sont limitées aux collages des pièces fragmentées et à des comblements souvent partiels. Les collages ont été réalisés par contact avec un mélange de résines acryliques (Paraloïd® B72/B44 à 40 % dans l’acétate d’éthyle).

51Dans les années 80, certains remontages ont été effectués arbitrairement et beaucoup de déesses mères présentent aujourd’hui des têtes qui ne leur appartiennent pas. Les cous ont souvent été limés ou poncés afin de pouvoir réaliser ces assemblages.

52La question s’est alors posée de savoir si aujourd’hui il fallait conserver ces collages ou non. La problématique de la conservation ou du retrait des comblements en plâtre était identique.

53Les réponses se sont faites au cas par cas. Le premier critère de choix a été de respecter la typologie de ces objets. Si les différents fragments n’appartenaient pas au même type de figurines, ils n’ont évidemment pas été remontés ensemble, comme par exemple, une tête de Mercure collée sur un corps de Minerve. Dans le cas des déesses-mères, si la typologie, ainsi que les proportions étaient respectées, les montages anciens ont été conservés. Ils ont cependant été modifiés et les lignes de casse n’ont pas été masquées afin de mettre en évidence la présence de deux entités différentes. Ainsi les déesses mères Inv. 5.3.51 et Inv. 5.3.69 ont été recollées. À l’inverse, la déesse mère Inv. 5.3.67 n’a pas été remontée (fig. 7). La tête avait été fortement remaniée, elle a été entièrement peinte et la coiffure a été agrandie afin de s’adapter aux proportions du corps. Après nettoyage, la tête s’est avérée beaucoup plus claire et plus petite que le reste du corps.

Fig. 7. Déesse-mère Inv. 5.3.67. Avant traitement ; démontage de la tête, elle avait été recollée au plâtre puis insérée sur le corps à l’aide d’une languette en métal. Une collerette en plâtre avait été rajoutée sur la coiffe et l’ensemble avait été repeint en rose ; détail de la peinture rose moderne visible au-dessus des concrétions. Aucune trace de polychromie ancienne n’a été observée. Grossissement x20 ; tête après traitement. Les deux éléments seront conservés séparément. © Carine Bayol.

Fig. 7. Déesse-mère Inv. 5.3.67. Avant             traitement ; démontage de la tête, elle avait été recollée au             plâtre puis insérée sur le corps à l’aide d’une languette en             métal. Une collerette en plâtre avait été rajoutée sur la coiffe             et l’ensemble avait été repeint en rose ; détail de la peinture             rose moderne visible au-dessus des concrétions. Aucune trace de             polychromie ancienne n’a été observée. Grossissement x20 ; tête             après traitement. Les deux éléments seront conservés séparément. ©             Carine Bayol.

54Le démontage du collage réunissant le buste et le socle Inv. 2015-1-35 (collection Vendeuil-Caply) a permis de mettre en évidence que leur association était erronée, les deux fragments provenant en réalité de deux individus distincts. Après démontage, le choix a été fait de ne pas les réunir à nouveau.

55Les comblements n’ont pas été systématiques et ont été réalisés sur des pièces qui n’étaient pas stables structurellement. Ce sont donc, dans la majorité des cas, des socles qui ont été comblés. Le corps du lapin Inv. 5.2.26 a cependant été entièrement comblé en raison de l’importance de ces lacunes qui rendait le collage instable. L’anse et le goulot n’ont pas été reconstitués en raison d’une méconnaissance de leur forme exacte.

56L’édicule Inv. 5.2.129 avait été presque entièrement recouvert de plâtre (Fig. 8). Sa lecture était devenue difficile et le positionnement de certains fragments n’était pas exact. Il est lacunaire et après collage, deux groupes de tessons ne présentaient pas de contact entre eux. L’un des tessons reste isolé. Étant donné que son positionnement exact ne peut être établi, il a été décidé de ne pas l’intégrer au remontage et de le conserver à part. La forme architecturale de l’édicule étant connue, les deux autres groupes de fragments ont pu être repositionnés l’un par rapport à l’autre en respectant les proportions de l’ensemble.

Fig. 8. Édicule Inv. 5.2.129. Face avant traitement ; après dérestauration et recollage ; après traitement avec comblements structuraux. © Carine Bayol.

Fig. 8. Édicule Inv. 5.2.129. Face avant             traitement ; après dérestauration et recollage ; après traitement             avec comblements structuraux. © Carine Bayol.

57Les comblements ont été réalisés à l’enduit de bouchage (Polyfilla®), avec un léger retrait. Les tranches des tessons entourant la lacune ont été préalablement isolées à l’aide d’un adhésif acrylique en solution (Paraloïd® B72).

58Les comblements ont ensuite été mis en teinte, un ton en dessous, par application de pigments minéraux liés dans une base acrylique ou une base aqueuse. Ce type de réintégration picturale dite « archéologique » permet de redonner à l’objet une unité d’ensemble tout en se distinguant des parties originales.

Conclusion

59Nos interventions de conservation-restauration permettent de stabiliser et de prolonger la vie des collections.

60Les étapes de nettoyage et de dé-restauration comptent parmi les plus importantes car elles apportent généralement de précieuses informations restées jusque-là dissimulées par l’encrassement et/ou les anciennes interventions. Le nettoyage et l’observation minutieuse avec laquelle il est conduit, peuvent mettre au jour des décors discrets qui avaient échappé aux précédents protagonistes. La dé-restauration d’assemblages inappropriés témoignent des évolutions liées à la perception de ces objets et aux principes déontologiques.

61Pour le traitement d’objets avec un décor polychrome, il s’avérerait parfois nécessaire de compléter nos observations par des analyses scientifiques pour caractériser certaines couches supérieures ; ceci afin d’affiner et de mieux orienter les nettoyages. Malheureusement, ces investigations sont rarement menées. Les nettoyages restent alors prudents et inachevés par manque de certitude sur la nature et l’origine des matériaux en présence.

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Bibliographie

Androuin, L., Audry-Brunet, E., Bayol, C., Lallemand, D. et Talvas-Jeanson, S., 2020, Témoins d’argile. Les figurines en terre cuite du centre de la Gaule, Catalogue d’exposition, musée Anne-de-Beaujeu, Dijon.

Androuin, L., Thivet, M. et Labaune, Y., 2016, Un atelier de coroplastes inédit découvert à Autun « Le Genetoye » en 2014. Premiers éléments de datation et faciès des productions, Revue Archéologique de Picardie, 31, p. 75-88.

AVCA, l’Atelier patrimoine, 2018, À la découverte des figurines gallo-romaines en terre blanche de l’Allier, Avermes.

Bossard, A., 2015, Figures de la terre, catalogue de l’exposition, Vendeuil-Caply, Musée archéologique de l’Oise.

Camuset-Le Porzou, F., 1986, Figures gallo-romaines en terre cuite, Musée Carnavalet, Paris.

D’anna, A., Desbat, A., Garcia, D., Schmitt, A. et Verhaeghe, F., 2003, La céramique : la poterie du Néolithique aux Temps modernes, Paris.

Émile, M. et Petit, M., 2017, Étude et restauration de figurines gallo-romaines en terre cuite polychromée découvertes à Vendeuil-Caply, dans A. Bossard et D. Piton (éd.), Figurines antiques d’ici et d’ailleurs. Itinéraire coroplathique de la Picardie au Bassin méditerranéen, Revue Archéologique de Picardie, 31, p. 63-69.

Talvas, S., 2007, Recherches sur les figurines en terre cuite gallo-romaine en contexte archéologique, thèse inédite sous la direction de J.-M. Pailler, Université Toulouse - Le Mirail.

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Notes

1 Risus : buste d’enfant rieur.

2 Bossard, 2015.

3 Légère sur-cuisson de quelques pièces dans les collections de Moulins et de Clermont-Ferrand.

4 Hugues Vertet, archéologue et Maurice Franc, érudit et secrétaire général de la société d’Émulation du Bourbonnais.

5 Inv. 5.4.23 et Inv. 5.2.129.

6 Informations fournies par des membres de l’AVCA (Association pour la vie culturelle d’Avermes), d’après d’anciens documents écrits par M. Franc où il évoque l’utilisation de graisse, pâte de vaseline et Acrystal® Prima.

7 Vêtement ample à capuche.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Vue d’ensemble des treize figurines étudiées et restaurées en 2015 au C2RMF. © M. Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 342k
Titre Fig. 2. Personnage masculin (soldat ?) Inv. 2015-1-52 : le traitement formel et coloré des vêtements de ce personnage est remarquable dans ses variations et nombreux détails. © M. Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 442k
Titre Fig. 3. Trois figurines avec un décor de lignes noires. Personnages vêtus d’un cucullatus (Inv. 977.28.278 et Inv. 56.513.29) et rênes d’un cheval (Inv. 56.513.7).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-3.jpg
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Titre Fig. 4. Lapin Inv. 5.2.26. Avant et après traitement. La glaçure est beaucoup plus lisible après traitement. © Carine Bayol.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-4.jpg
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Titre Fig. 5. Cheval Inv. 5.7.7. Vues de face et détails du poitrail, avant et après retrait des dépôts terreux. © Carine Bayol.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 359k
Titre Fig. 6. Buste féminin Inv. 2015-1-32 : détail du visage avant et après nettoyage des radicelles. © M. Petit d’après F. Berson, M. Émile, M. Petit et C. Verwaerde.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 292k
Titre Fig. 7. Déesse-mère Inv. 5.3.67. Avant traitement ; démontage de la tête, elle avait été recollée au plâtre puis insérée sur le corps à l’aide d’une languette en métal. Une collerette en plâtre avait été rajoutée sur la coiffe et l’ensemble avait été repeint en rose ; détail de la peinture rose moderne visible au-dessus des concrétions. Aucune trace de polychromie ancienne n’a été observée. Grossissement x20 ; tête après traitement. Les deux éléments seront conservés séparément. © Carine Bayol.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-7.jpg
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Titre Fig. 8. Édicule Inv. 5.2.129. Face avant traitement ; après dérestauration et recollage ; après traitement avec comblements structuraux. © Carine Bayol.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26536/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 250k
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Pour citer cet article

Référence papier

Carine Bayol et Marie Petit, « Réflexions autour de la conservation-restauration de figurines en terre cuite »Pallas, 121 | 2023, 145-158.

Référence électronique

Carine Bayol et Marie Petit, « Réflexions autour de la conservation-restauration de figurines en terre cuite »Pallas [En ligne], 121 | 2023, mis en ligne le 13 février 2024, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/26536 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.26536

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Auteurs

Carine Bayol

Restauratrice du Patrimoine. Arts du Feu : verre, céramique, émail

Marie Petit

Restauratrice du Patrimoine. Arts du Feu : verre, céramique, émail

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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