Navigation – Plan du site

AccueilNuméros121Étudier les terres cuites antique...1. Gestes et traces d'outilsLes doigts dans la terre.L’exploi...

Étudier les terres cuites antiques aujourd'hui. Nouvelles approches, nouveaux outils
1. Gestes et traces d'outils

Les doigts dans la terre.
L’exploitation des dactylotypes de coroplathes : questions, exemples et perspectives

The fingers in the clay. The exploitation of coroplast fingerprints: questions, examples and perspectives
Arthur Muller
p. 23-41

Résumés

État des lieux de l’étude des dactylotypes sur les objets céramiques et en particulier les terres cuites figurées. Assez rares, ces documents présentent des particularités dues à leur support. Leur exploitation donne d’évidents résultats en ce qui concerne les gestes des artisans et même, parfois, l’organisation du travail dans certaines officines. En revanche, l’identification d’individus, ou plus précisément l’attribution d’objets différents à une même main sur la base des dactylotypes reste tout à fait exceptionnelle. Quant à l’identification de l’âge et du sexe des artisans, sur la base le plus souvent de la largeur des arêtes papillaires et/ou de leur densité, c’est une piste prometteuse mais encore incertaine, en attente du confortement des méthodologies.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Faulds, 1880.
  • 2 Pour une brève historiographie de la dactyloscopie en archéologie depuis la fin du (...)
  • 3 Je ne suis évidemment pas spécialiste de dactyloscopie : je suis archéologue, c’est-à-dire (...)

1Depuis que Henry Faulds a attiré pour la première fois l’attention sur des empreintes digitales visibles à la surface de vases préhistoriques japonais1, l’étude de ces traces sur des artefacts anciens en terre cuite a bénéficié de progrès spectaculaires, de la criminalistique d’une part, de la biométrie d’autre part. Le recours de plus en plus fréquent des archéologues à des spécialistes de la police scientifique et de la médecine légale donne lieu à des publications relativement nombreuses, bien au-delà de la seule archéologie classique2. Dans cet état des lieux3 qui par la force des choses débordera un peu de son focus initial sur les terres cuites figurées pour s’étendre à d’autres productions céramiques, je voudrais, après quelques définitions, d’abord attirer l’attention sur les particularités des traces digitales fossilisées dans la terre cuite et rappeler comment et à quels moments de la chaîne opératoire du modelage et surtout du moulage les façonneurs peuvent laisser ces traces. Ensuite j’essaierai d’énumérer les catégories de questions que l’on pose à ces documents, avec une description sommaire des méthodes utilisées par les spécialistes pour y répondre, et une évaluation des chances de réponse et de leur fiabilité : cette partie sera illustrée d’exemples qui m’ont paru significatifs dans une bibliographie de plus en plus riche.

1. Questions de vocabulaire

1.1. Le positif

2Les dermatoglyphes sont les figures de la face palmaire des mains, de la plante des pieds, des doigts et des orteils ; ces figures sont dessinées chez les humains par les plis papillaires et les crêtes épidermiques, qui constituent une alternance de sillons et d’arêtes parallèles : elles facilitent la préhension. La disposition de ces lignes papillaires forme des dessins appelés boucles, arcs, rotations mono- ou bicentriques et tentes (fig. 1) ; ces dessins recèlent des détails ou traits caractéristiques appelées minuties, comme les discontinuités d’arêtes ou au contraire leurs bifurcations, et bien d’autres figures toutes codifiées (friction ridge detail). Chaque doigt présente un dessin différent, mais il y a une certaine affinité entre les dessins des doigts des deux mains.

Fig. 1. Principaux dessins des lignes papillaires des doigts : Lr = boucle radiale ; Lu = boucle ulnéaire ; A = arc ; W1 = rotation monocentrique ; W2 = rotation bicentrique ; T = tente (d’après Dzierzykray-Rogalski, Grzeszyk, 1991, fig. 5).

Fig. 1. Principaux dessins des lignes             papillaires des doigts : Lr = boucle radiale ; Lu = boucle             ulnéaire ; A = arc ; W1 = rotation monocentrique ; W2 = rotation             bicentrique ; T = tente (d’après Dzierzykray-Rogalski, Grzeszyk,             1991, fig. 5).

3Les dermatoglyphes présentent deux particularités importantes pour leur exploitation. D’une part, ils sont uniques : il n’y a qu’une chance sur 64 milliards pour que deux individus aient la même empreinte. D’autre part ils sont immuables : leur géométrie reste la même tout au long de la vie de l’individu, les seules déformations qui se produisent étant dues à la croissance : celle-ci se fait de façon homothétique, en gardant de façon immuable les mêmes proportions et les mêmes caractéristiques. Après destruction accidentelle (brûlure, coupure…), les dermatoglyphes se reconstituent à l’identique.

1.2. Le négatif

4Sur les surfaces dures et de préférence lisses qu’ils touchent, les dermatoglyphes laissent des traces plus ou moins nettes communément appelées « empreinte digitale », « trace digitale », et désignées comme « trace papillaire latente », « dactylogramme » dans la langue savante : les lignes de ces traces correspondent à celles des arêtes épidermiques et reproduisent ainsi, dans une image miroir en deux dimensions, le dessin du dermatoglyphe.

  • 4 Pour les autres traces papillaires latentes sur des supports variés, voir Kralik, Nejm (...)
  • 5 Kralik, Novotny, 2005, p. 460, fig. 7.

5Pour désigner les empreintes dont il est question ici, celles fossilisées dans la terre d’un artefact antique4, c’est cependant au vocable « dactylotype » que va ma préférence : il est en effet composé avec typos, qui en grec ancien désigne un moule, l’image en creux ou inversée d’un positif ou relief, en l’occurrence celui du dermatoglyphe. De fait, sur les surfaces malléables de terre ou de n’importe quelle pâte plastique, les arêtes épidermiques impriment des sillons : les reliefs du dactylotype inversent ceux du dermatoglyphe toujours en trois dimensions, effet qui s’ajoute à l’inversion miroir du dactylogramme. La cuisson de la pâte où est imprimé le dermatoglyphe l’affecte ensuite de différentes façons (craquelures et retrait, détaillé ci-dessous), de même que ses conditions d’enfouissement puis de conservation après sa mise au jour5. Ces caractéristiques confèrent aux dactylotypes une place à part parmi les empreintes digitales.

1.3. L’étude et l’enregistrement des empreintes

6La dactyloscopie est une branche de la biométrie : il s’agit d’une technique qui permet l’identification d’une personne à partir de ses empreintes digitales, pour peu qu’un dactylogramme de celles-ci soit conservé quelque part. Elle est principalement utilisée dans le cadre des enquêtes judiciaires, depuis le début du xxe siècle. La dactylotechnie regroupe l’ensemble des méthodes employées pour rechercher et relever les traces et empreintes digitales laissées sur les lieux de l’infraction par son auteur. En dehors du domaine policier, l’archéologie cherche de plus en plus souvent à exploiter les empreintes laissées sur un artefact en terre cuite par son fabricant : on parle parfois de « paléodermatoglyphes » – encore que « paléodactylotypes » serait plus juste.

  • 6 Kralik, Novotny, 2005, p. 455.
  • 7 Voir par exemple Lloyd, 1999, p. 120, fig. 128 ; Fowler et al., 2020, p. 6
  • 8 Fowler et al., 2020, p. 6.

7Le relevé et la documentation des dactylotypes antiques en deux dimensions se font par la photographie, selon des règles précises pour l’orientation, l’éclairage et l’échelle6 ; le traitement des images numériques permet d’améliorer leur lisibilité7. À cela s’ajoutent différentes techniques de relevé en trois dimensions, qui enregistrent plus d’informations. Le procédé le plus accessible est celui du moulage, si la terre est bien cuite et que l’opération ne risque pas d’en endommager l’épiderme. L’empreinte du dactylotype est alors prise au moyen d’un matériau malléable à base de silicone, par exemple celui qu’utilisent les dentistes pour les moulages de précision : après durcissement, cette empreinte reproduit le dessin et les reliefs du dermatoglyphe original mais non ses dimensions, avec plus grande lisibilité que le dactylotype ; elle peut servir à son tour de moule, dans lequel on coule un plâtre fin. On obtient ainsi une reproduction parfaitement identique au dactylotype, dans ses reliefs comme dans ses dimensions8. D’autres techniques, plus chères et de mise en œuvre plus complexe, sont appelées à se développer : imagerie par transformation de la réflectance (RTI), photogrammétrie, balayage à lumière structurée haute résolution et balayage laser haute résolution.

2. Les dactylotypes des coroplathes

2.1. Les empreintes dans la chaîne opératoire

  • 9 Tout le vocabulaire technique de l’analyse des productions moulées est uti (...)

8La formation des dactylotypes sur les objets céramiques (terre cuite figurée, lampe, vase ou tout autre objet, comme les pastilles de scellés d’archives ou crétules) résulte toujours du même processus : la terre malléable reçoit l’empreinte de l’artisan durant le façonnage, la cuisson (accidentelle dans le cas des scellés) la pérennise ensuite9. Tous les objets céramiques relevant de la coroplathie sont susceptibles de recevoir des traces digitales, quelle que soit leur technique de fabrication : d’une part les objets modelés, d’autre part, dans la chaîne opératoire du moulage : - les positifs servant à la prise de moules (prototypes, prototypes secondaires, figurines-patrice et lampes-patrice), - les moules, - les figurines et statuettes moulées, les lampes moulées. De façon analytique, les différents moments où un artisan est susceptible de laisser ses empreintes dans la fabrication d’une terre cuite figurée sont les suivants :

  • le modelage des objets uniques (figurines, statuettes, statues), où une grande partie du façonnage se fait directement avec les doigts : six d’entre eux, le pouce, l’index et le majeur des deux mains, sont particulièrement sollicités10 (fig. 2). Cela concerne principalement les nombreuses figurines des époques hautes, réalisées le plus souvent en modelage massif à partir d’un épais colombin ; les éventuels dactylotypes sont alors sur l’épiderme. Les rares statuettes classiques modelées, de dimensions plus ambitieuses, peuvent être montées par le tassement de balles de terre les unes sur les autres11 : on peut alors retrouver des dactylotypes sur ces balles, dans l’épaisseur même de la masse de l’œuvre, sur les surfaces révélées par leurs décollages. Il en est de même pour les statues de terre cuite.
  • la fabrication de tous les positifs destinés à la mise en place d’une série coroplathique (prototypes entièrement réalisés en modelage) ou à sa prolongation dans une nouvelle génération de surmoulages (figurines moulées servant de patrice pour la prise d’un surmoule) ou à sa diversification avec de nouvelles versions (prototypes-secondaires, obtenus par transformation en modelage d’une figurine moulée). Il est vrai que ces objets ne sont pratiquement jamais conservés12. En revanche, les traces digitales directes qui les marquaient peuvent se retrouver comme traces indirectes dans le creux des moules pris sur ces positifs13 et, dans le meilleur des cas, jusque sur les figurines tirées de ces moules14.
  • la prise de moules sur un prototype ou plus généralement sur une figurine-patrice. Le pressage avec les doigts d’une croûte de terre sur un positif pour en prendre l’empreinte laisse de nombreux dactylotypes au dos du moule, pas toujours effacés par lissage. Lorsque le moule présente un feuilletage ou une superposition de plusieurs croûtes, les cassures peuvent laisser apparaître dans l’épaisseur de la paroi des dactylotypes d’une croûte sous-jacente15. Plus rarement, le creux du moule lui-même peut enregistrer un dactylotype : directement, lorsqu’un doigt touche par accident le creux du moule16, ou indirectement, lorsqu’un dactylotype se trouvait déjà sur le positif qui a servi à la prise du moule17.
  • le pressage de la terre dans le moule (fig. 3) : c’est l’étape qui laisse en principe les dactylotypes les plus nombreux, toujours à l’intérieur des objets ; parfois on reconnaît même l’empreinte de l’ongle18. Mais le plus souvent ils sont effacés par un lissage (au doigt, à l’éponge, à la spatule) avant la fermeture des deux valves du moule.
  • enfin, la consolidation des sutures entre avers et revers, ainsi que l’assemblage des abattis (têtes, bras, jambes, accessoires divers) sur la masse de l’œuvre des figurines et statuettes. La solidité des figurines et statuettes réalisées en plusieurs parties dépend des pressions exercées avec les doigts, souvent depuis l’intérieur des corps : ces dactylotypes invisibles et difficilement accessibles échappent au lissage.

Fig. 2. Modelage d’une statue en terre (photo d.r.).

Fig. 2. Modelage d’une statue en terre             (photo d.r.).

Fig. 3. Pressage de la terre dans un moule de statuette : expérimentation avec un moule antique à Durrës (Épidamne-Dyrrhachion) (photo A. Muller).

Fig. 3. Pressage de la terre dans un moule             de statuette : expérimentation avec un moule antique à Durrës             (Épidamne-Dyrrhachion) (photo A. Muller).

2.2. Problèmes généraux posés par les dactylotypes de coroplathes

9Il convient tout d’abord de garder à l’esprit que les empreintes observables sont des traces parasites oubliées accidentellement : en effet, le travail de finition de l’artisan consiste à effacer ses traces digitales, dans toute la mesure du possible, des surfaces apparentes ou fonctionnelles des objets, à savoir l’épiderme extérieur des figurines et le creux des moules. En revanche, ce travail de lissage (au doigt, avec une spatule, ou éponge) est moins systématique là où les traces restent invisibles, en particulier à l’intérieur des figurines moulées, et là où elles ne risquent pas d’être reproduites, au dos des moules.

10De toute façon, les dactylotypes sont des traces généralement discrètes. Sur l’épiderme des terres cuites, nombre d’entre eux sont masqués par l’épaisse couverte qui sert de support à la polychromie ; à l’intérieur des figurines, ou dans l’épaisseur d’un feuilletage ou d’une masse montée à la balle, ils sont évidemment invisibles : ils ne sont observables que sur des fragments, dans des cassures ou des surfaces révélées par un décollage. Encore l’utilisation d’endoscopes permettra-t-elle sans doute prochainement de photographier des empreintes à l’intérieur de figurines complètes.

11Les traces digitales rectilignes et parallèles laissées par les arêtes papillaires au moment d’un lissage au doigt sont évidemment inexploitables du point de vue dactyloscopique. Quant aux véritables dactylotypes, ils sont rarement complets. Les figurines sont tirées de moules étroits : aussi ne présentent-elles le plus souvent que l’empreinte de la crête des doigts et non du gras du doigt où se trouvent les minuties les plus nombreuses. En revanche, à l’intérieur de statuettes ou de protomés tirées de moules plus ouverts, on peut espérer trouver des dactylotypes plus larges comportant le gras du doigt avec des minuties exploitables ; encore ces surfaces se prêtent-elles plus facilement à un lissage.

12La netteté et l’exploitabilité des dactylotypes dépendent enfin largement de la qualité de la terre où ils sont imprimés, ainsi que de celle de la cuisson. Une terre fine et grasse enregistre les empreintes avec précision, à l’inverse d’une terre de granulométrie plus épaisse fortement dégraissée. Une température de cuisson basse peut donner une céramique à l’épiderme poudreux et donc fragile, qui s’érode facilement au nettoyage ou au simple toucher : d’un dactylotype peut ne rester qu’une dépression sans aucun relief des lignes papillaires.

  • 19 Braningan et al., 2002 ; p. 50-51.

13Au final, le corpus de dactylotypes exploitables est extrêmement réduit par rapport aux quantités des terres cuites figurées disponibles. À titre de comparaison, on rapprochera les chiffres d’une étude pilote visant à recueillir des dactylotypes sur deux ensembles de vases et tessons d’époque minoenne19. Le premier ensemble comportait 16 000 tessons recueillis en contexte funéraire, avec une assez grande proportion de céramique fine : 30 tessons seulement (soit 0,2 %) portaient en tout 97 dactylotypes, dont 13 seulement (répartis sur 8 tessons, dont 7 à l’intérieur de formes fermées) étaient exploitables. Le deuxième ensemble comportait 690 vases complets et 3 000 tessons, avec une plus grande proportion de céramiques communes : sachant que l’intérieur des vases fermés n’a pu être examiné, 18 vases (soit 0,5 %) ont livré en tout 57 dactylotypes, dont 17 seulement étaient exploitables. On le voit : le dactylotype susceptible de donner suffisamment d’informations est finalement chose très rare sur les objets en terre cuite…

2.3. Dimensions et statut des dactylotypes dans une série

  • 20 Muller, 1996, p. 30-31, avec la bibliographie antérieure ; Muller, 1997, p. 441, s. v. (...)

14On verra plus loin l’importance de mesures prises sur les dermatoglyphes et les dactylotypes (densité et écartement des arêtes papillaires), pour essayer de répondre à certaines questions. Or il convient de garder à l’esprit que si un dactylogramme (empreinte sur une surface lisse, ou reproduite avec de l’encre sur un papier) est exactement aux dimensions du dermatoglyphe original, il n’en est pas de même pour les dactylotypes fossilisés dans une céramique. Durant le séchage principalement, et au moment de la cuisson encore un peu, la pâte argileuse subit en effet une diminution de poids et de volume due à sa déshydratation ou évaporation de l’eau adsorbée, celle qui avait été ajoutée à la terre pour lui conférer la plasticité indispensable au façonnage. Cette perte de volume, variable de 6 à 12 % selon les caractéristiques de la pâte (granulométrie, richesse ou non en dégraissants, proportion d’eau adsorbée, épaisseur de la paroi), est appelée retrait20. Celui affecte évidemment dans la même mesure les dimensions du dactylotype fossilisé dans la céramique.

  • 21 Voir ci-dessus les exemples des notes 13 et 16.
  • 22 Voir ci-dessus l’exemple de la note 14 (et ci-dessous § 4, Exemple 4) : une statuette (...)

15Les dactylotypes les plus fréquents résultent d’un toucher direct : ils inversent le relief et le dessin du dermatoglyphe du façonneur dans des dimensions réduites donc de 6 à 12 %. Les dactylotypes indirects, qui reproduisent une trace digitale introduite à une étape antérieure dans la chaîne opératoire, donnent à l’identique le relief et le dessin du dermatoglyphe du façonneur, mais avec un rapetissement équivalent à celui qui sépare deux générations de moulages (12 à 24 %) : en effet, ils cumulent deux retraits (cas d’un dactylotype sur un positif, reproduit dans un moule, ou d’un dactylotype dans un moule, reproduit sur un moulage qui en est tiré21). Avec des pâtes de la meilleure qualité plastique à toutes les étapes de la chaîne opératoire, on ne peut même exclure l’existence de dactylotypes doublement indirects ayant cumulé trois cuissons et donc trois retraits (dactylotype sur un prototype, reproduit dans un moule, puis sur le moulage qui en est tiré) : le rapetissement atteindrait alors 18 à 36 % par rapport au dermatoglyphe original de l’artisan22.

16Ces variations de dimensions sont importantes : aussi faut-il toujours garder cette particularité du dactylotype en mémoire et établir précisément son statut en fonction de sa place dans la chaîne opératoire et dans la série coroplathique, avant tout essai d’exploitation.

3. Des dactylotypes aux gestes des artisans

17Les dactylotypes sont évidemment la trace la plus directe des gestes des artisans et contribuent ainsi à les restituer. C’est en ce domaine que leur exploitation donne les résultats les plus convaincants, et cela sans faire appel à des spécialistes de la dactyloscopie, policiers ou médecins légistes : il suffit pour cela d’une observation rigoureuse, et de refaire les gestes tels qu’ils sont suggérés par les emplacements et les formes des dactylotypes.

18Si le modelage laisse une grande part d’inventivité et donc de liberté des gestes (fig. 2), il n’en est pas de même dans le travail répétitif du moulage : pour chaque exemplaire qu’il façonne, l’artisan refait toujours les mêmes gestes avec les mêmes doigts. Dans le meilleur des cas, combinés avec la largeur et l’ouverture restituables des moules, les dactylotypes permettent de déterminer si le façonneur posait le moule sur une surface stable (qu’il dispose à cette fin ou non d’un dos plat ou même d’un pied) pour y presser la terre avec les doigts des deux mains (fig. 3), ou au contraire s’il tenait la valve de moule d’une main pour y presser la pâte avec les doigts de l’autre. Le lissage de l’intérieur de la croûte avec les doigts peut laisser de longues traces rectilignes facilement reconnaissables. Enfin, les diverses opérations de la consolidation des sutures par l’intérieur et de l’assemblage des abattis peuvent également être reconstituées avec précision. Ci-après sont développés quelques exemples de reconstitutions de gestes artisanaux dans la fabrication de statuettes (Exemple 1) ou de lampes (Exemples 2-3).

Exemple 1. Consolidation des sutures, assemblage des abattis de statuettes

  • 23 Muller, 1996.

L’état très fragmentaire des nombreuses statuettes de Thasos (ive-iiie siècle av. J.-C.),parfois représentées en dizaines d’exemplaires tirés des mêmes moules23, donne accès à l’observation des traces digitales à l’intérieur des objets. On a pu ainsi reconstituer :

  • 24 Muller, 1996, p. 36, pl. 11.4 et 13.5.

- la façon de consolider la suture entre avers et revers des statuettes. Avant démoulage, les deux valves du moule donc encore fermées l’une contre l’autre, l’artisan introduisait son index par l’ouverture au bas du moule et sur toute la hauteur de son doigt écrasait et lissait le bourrelet de pâte résultant du serrage des deux valves24 ; c’est la résistance offerte par la paroi du moule elle-même qui fait contrepression.

  • 25 Muller, 1996, p. 38-39, et pl. 53 par exemple.

- la façon d’assembler les abattis (tête et bras). Le corps une fois démoulé, l’artisan découpait dans le revers une fenêtre rectangulaire. Elle lui permettait d’introduire le majeur gauche à l’intérieur du buste, et d’exercer avec son extrémité une contrepression sous le cou pour l’assemblage de la tête, et dans chacune des épaules pour l’assemblage des bras, ces abattis étant tenus de la main droite25. Les trois positions du majeur à l’intérieur du buste ont laissé des dépressions bien reconnaissables.

Exemple 2. Moulage de lampes puis trempage dans l’engobe

  • 26 Engelen, Liesen, 1999.
  • 27 Engelen, Liesen, 1999, p. 316.

Les lampes à huile moulées romaines de Xanten (Colonia Ulpia Trajana) ont livré une centaine de dactylotypes26. Ceux qui se trouvent à l’intérieur de la partie supérieure de la lampe résultent du moulage proprement dit : l’artisan tenait la valve supérieure du moule de la main droite, et de son pouce gauche pressait la terre dans la partie centrale pour bien prendre l’empreinte du médaillon. L’épiderme extérieur présente quant à lui des dactylotypes qui révèlent la façon de tenir la lampe de la main droite, entre le pouce et l’index, médaillon vers le bas, au moment de la tremper dans l’engobe27.

Exemple 3. Pressage de la terre dans un moule de lampe

  • 28 Lichtenberger, Moran, 2018.
  • 29 Lichtenberger, Moran, 2018, p. 3-5, fig. 5.

À Beit Nattif (Israël), deux citernes romaines ont reçu le dépotoir d’un atelier actif autour de 300 apr. J.-C. et produisant des figurines et des lampes moulées28. Les traces digitales à l’intérieur des dessus de lampes, répétées aux mêmes endroits et avec la même orientation, révèlent une technique bien rodée (fig. 4). L’artisan tenait la valve supérieure du moule dans la main gauche et pressait la pâte avec les doigts de la main droite, en insistant sur le bord où se lisent quelques gestes qui se succèdent dans le sens antihoraire : - mouvement glissant du doigt, sans doute l’index, sur la moitié gauche, - série de pressions ponctuelles juxtaposées sur la moitié droite, - enfin large pression pour prendre l’empreinte du bec29.

Fig. 4. Pressage de la terre dans la valve supérieure d’un moule de lampe : distinction des gestes successifs de l’artisan (d’après Lichtenberger, Moran, 2018, p. 5, fig. 5).

Fig. 4. Pressage de la terre dans la valve           supérieure d’un moule de lampe : distinction des gestes successifs           de l’artisan (d’après Lichtenberger, Moran, 2018, p. 5, fig. 5).

4. Identification d’individus, organisation interne des officines ?

  • 30 Branigan et al., 2002, p. 49.
  • 31 Branigan et al., 2002, p. 51.

19C’est le domaine où la dactyloscopie a connu les plus beaux succès, depuis 1902 : identifier l’auteur d’un méfait à partir de ses empreintes. On compare les dactylogrammes laissés sur la scène de crime avec l’empreinte tamponnée des dix doigts conservée dans un fichier ou prélevée sur un suspect. Transposée de la criminalistique à l’archéologie, l’enquête, privée d’images de référence des dix dermatoglyphes de différents artisans, ne vise plus à donner une identité, un nom, à un individu qui a laissé une trace digitale, mais seulement à lui attribuer, ou non, le façonnage d’objets différents en comparant entre eux les dactylotypes relevés sur ceux-ci. Des correspondances obtenues par une enquête de ce type pourraient potentiellement répondre à des questions variées, sur l’organisation de la production (spécialisation, nombre minimum d’artisans dans un atelier), sur les échanges commerciaux et même sur la chronologie, en mettant en évidence des contemporanéités à l’échelle d’une carrière de céramiste30. Si dans les enquêtes criminelles l’identification requiert la coïncidence d’au moins huit caractéristiques, dans les enquêtes archéologiques ce seuil est abaissé à cinq caractéristiques, dans la mesure où les traces sont dues à un très petit segment de la population concernée, à savoir les céramistes31.

  • 32 Voir par exemple Muller, 1996, p. 36, n. 47, ou Bookidis, 2010, p. 72-73. Aucune corr (...)

20Les chances de succès, c’est-à-dire de trouver des correspondances (coïncidences de dessins et minuties) permettant de conclure à une identification, ou au contraire de trouver des divergences qui l’excluent, augmentent avec le nombre de dactylotypes et d’objets disponibles. Ces chances sont cependant compromises d’abord par la rareté, exposée ci-dessus, des dactylotypes complets et exploitables sur les objets céramiques, ensuite par le fait que chaque artisan est susceptible de laisser non pas une seule empreinte, mais jusqu’à dix empreintes différentes. Aussi les rencontres entre archéologues et les services de la police scientifique ou les spécialistes de biométrie se soldent-elles le plus souvent par des échecs ou plus précisément par le constat de l’impossibilité de répondre à la question de l’identification : malgré leur netteté, les dactylotypes examinés sont le plus souvent trop fragmentaires et ne fournissent pas suffisamment d’informations pour répondre positivement ou négativement32.

  • 33 Par exemple, le corpus Muller, 1996, répartit des milliers de fragments en un certain (...)
  • 34 Muller, 1997, p. 457, s.v. « caractéristiques de production » et « caractéristiques d (...)

21C’est pourquoi il faut rappeler les meilleures conditions pour espérer un résultat. Un ou des dactylotypes sur un artefact céramique isolé ne présente aucun intérêt pour les questions d’identification. Inversement, il faut être en mesure de réunir des corpus d’artefact présentant chacun un ou des dactylotypes potentiellement exploitables : encore ces ensembles doivent-ils être pertinents en fonction de la question posée. Le contexte de trouvaille (le mobilier d’une tombe, un dépotoir d’atelier) est souvent le premier critère qui réunit un corpus à examiner. Les critères techniques peuvent aussi être pris en compte. Ainsi, des figurines tirées d’un même moule devraient constituer un cas privilégié pour une recherche d’identification, un artisan faisant toujours les mêmes gestes avec les mêmes doigts pour produire ces objets identiques : mais dans cette situation on a le plus souvent à faire à des objets complets, dont les éventuels dactylotypes échappent à l’observation à l’intérieur des figurines et statuettes. Des objets nombreux réunis dans des séries coroplathiques complexes (générations successives de surmoulages, moules frères, versions différentes) permettent de passer de la simple question de l’identification à celle de l’organisation interne de la production : tous les exemplaires tirés d’un même moule sont-ils de la même main, un même individu travaille-t-il avec des moules-frères ou même de générations différentes, le même moule est-il utilisé par des mains différentes, etc. De tels ensembles d’artefact sont nombreux : mais le plus souvent les objets sont des plus fragmentaires et il est très rare qu’ils présentent aussi des dactylotypes exploitables suffisamment nombreux33. La réponse à ces questions sur l’identification des façonneurs et l’organisation interne de la production reste dès lors entièrement tributaire de l’examen des caractéristiques de production et de facture et de leur combinaison34, sans que l’on puisse attendre de la dactyloscopie une confirmation des conclusions atteintes.

22Il n’en reste pas moins que certains résultats ont pu être obtenus, plus souvent, là encore, dans le domaine du moulage des lampes plus que dans celui du façonnage des terres cuites figurées, et dans des aires ou des périodes souvent éloignées du monde grec.

Exemple 4. Du prototype aux moules : deux ou trois artisans ? Une impasse…

  • 35 Muller, 2000, p. 37-42. Voir ci-dessus n. 13 et 15.

Parmi les moules de Tarente réunis par le hasard au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, deux fragments proviennent de deux grands moules-frères de première génération, c’est-à-dire pris sur le même prototype d’une grande Artémis à la léontè35. Ils présentent tous deux, au même endroit du creux, un dactylotype indirect, qui reproduit celui que le modeleur a laissé par négligence sur le prototype. Les deux moules se distinguent très nettement par leurs caractéristiques de facture, qui imposent de les attribuer à deux artisans différents. L’un des deux moules, soigneusement lissé, ne présente aucun dactylotype direct ; l’autre en revanche en présente plusieurs au dos, laissés par l’artisan qui a pris l’empreinte du prototype en pressant sur lui successivement deux feuilles de terre. Mais ces dactylotypes ne donnent pas suffisamment d’informations pour décider si le façonneur de ce moule est ou non aussi celui du prototype. Cette situation est particulièrement frustrante : est-on en présence de deux artisans ou de trois, autrement dit, le sculpteur du prototype fabriquait-il à l’occasion aussi des moules de première génération ?

Exemple 5. Modelages de l’atelier du Bernin : un petit résultat aux conséquences importantes

  • 36 Lloyd, 1999.
  • 37 Lloyd, 1999, p. 121.

Le Fogg Museum de l’Université de Harvard possède quinze ébauches modelées en terre associées à l’atelier du Bernin. Sur treize d’entre elles ont été documentés en tout quarante-quatre dactylotypes complets ou partiels, corpus qui a été soumis à un examen dactyloscopique pour répondre à des questions relatives à l’organisation de l’atelier du maître36. La plupart des dactylotypes ne donnaient pas assez d’informations pour affirmer ou exclure des identifications. Seuls deux dactylotypes correspondent certainement à une même main, sur deux ébauches précisément datées de 1647 et 1668-69 respectivement : il peut s’agir d’un assistant longtemps employé au sein de l’atelier, ou du Bernin lui-même. Ce que l’on sait par ailleurs des pratiques de cet atelier et l’homogénéité technique des ébauches laisse cependant penser qu’elles sont l’œuvre du Bernin lui-même37.

Exemple 6. Division des tâches dans l’atelier de lampes de Xanten

  • 38 Engelen, Liesen, 1999.
  • 39 Engelen, Liesen, 1999, p. 314-315.
  • 40 Engelen, Liesen, 1999, p. 315. Les dessins des dermatoglyphes des pouces droit et gau (...)

Revenons à l’atelier de lampes moulées de Xanten38 (ci-dessus Exemple 2). Au-delà de la restitution des gestes artisanaux, le matériel a permis de documenter un certain nombre de dactylotypes parfaitement exploitables. Ceux à l’intérieur du dessus des lampes (empreintes du pouce gauche) présentent plusieurs correspondances qui permettent d’attribuer une centaine d’objets au même mouleur39 (fig. 5). En revanche, les dactylotypes à l’extérieur des lampes (dont des empreintes du pouce droit), qui résultent de leur trempage dans l’engobe, ne sont pas du même individu, en raison des fortes différences de dessin des dermatoglyphes des deux pouces40. La dactyloscopie met ainsi en lumière la division du travail et la spécialisation des tâches au sein de cette officine.

Fig. 5. Deux empreintes du même individu à l’intérieur de deux dessus de lampe : numérotation des minuties correspondantes (d’après Engelen, Liesen, 1999, p. 319-320, fig. 2 et 3).

Fig. 5. Deux empreintes du même individu à           l’intérieur de deux dessus de lampe : numérotation des minuties           correspondantes (d’après Engelen, Liesen, 1999, p. 319-320, fig. 2           et 3).

Exemple 7. Figurines et lampes de Beit Natiff : un seul façonneur

  • 41 Lichtenberger, Moran, 2018.
  • 42 Lichtenberger, Moran, 2018, p. 5.

Au sein de l’atelier de Beit Nattif41 (ci-dessus Exemple 3), la dactyloscopie met en évidence une situation opposée. Sur les près de 140 dactylotypes enregistrés sur les figurines et lampes à huile en argile, certains étaient de haute qualité avec de nombreuses minuties pour la comparaison. Leur analyse a montré que de nombreuses empreintes, caractérisées par le dessin en arche des lignes papillaires, appartenaient à un même individu qui façonnait aussi bien des lampes que des figurines42. Mais les auteurs ne vont pas plus loin : était-ce un homme ou une femme, un enfant ou un adulte ?

5. Caractérisation des artisans : âge, sexe ?

  • 43 Pour un bilan de ces approches traditionnelles des potiers, voir Hruby, 2011, (...)
  • 44 Kralik et al., 2008, p. 11-12.

23À défaut d’identifier les auteurs des dactylotypes, certains chercheurs tentent de les caractériser du point de vue de l’âge et du sexe en utilisant cette fois la morphologie des dermatoglyphes : largeur et densité des arêtes papillaires. Une grande majorité des dactylotypes se prête à ces mesures : aussi les corpus utilisables sont-ils d’emblée bien plus larges que pour une recherche d’identification à travers des correspondances ; ils se prêtent donc plus facilement à une exploitation statistique. Cette problématique, au moment où des approches archéologiques, iconographiques, épigraphiques, mais aussi ethnographiques, essaient de caractériser les producteurs de céramique et commencent à mettre en évidence le travail des enfants et des femmes43, pourrait leur offrir des confirmations indiscutables et ouvrir des enquêtes de plus grande ampleur. Encore faut-il nuancer la signification d’éventuels dactylotypes d’enfants : ils peuvent être tout à fait accidentels et s’expliquer par le simple passage d’enfants dans l’atelier des adultes, sans impliquer pour autant leur participation au processus de production44. En ce domaine, la plupart des travaux relèvent de la préhistoire et de l’anthropologie : rares sont les recherches relevant de l’archéologie classique ou s’intéressant précisément à la coroplathie.

5.1. Détermination de l’âge ?

  • 45 Kamp et al., 1999, p. 310, avec la bibliographie antérieure ; Fowler et (...)

24La détermination de l’âge à partir d’un dermatoglyphe repose sur l’hypothèse que la largeur des arêtes papillaires (fingerprint ridge breadth), mesurée du fond d’un sillon au fond du sillon suivant, s’étend à mesure que les doigts grandissent, de la naissance (moyenne de 0,15 mm) à l’âge adulte (moyenne de 0,5 mm)45. Cette corrélation entre l’âge et la largeur des arêtes permettrait donc, à travers une équation, une estimation assez précise pour distinguer les enfants des adultes.

  • 46 Je résume ici les arguments de Şare Agtürk, Moran, 2021, p. 98.
  • 47 Il y a chez un même individu une différence dans la largeur des arêtes papillaires (...)
  • 48 Kantner et al., 2019. Voir aussi l’Exemple 9 ci-dessous.
  • 49 Şare Agtürk, Moran, 2021, p. 98.

25D’autres chercheurs46 en revanche émettent un certain nombre de réserves en insistant sur le caractère encore hypothétique et les nombreux facteurs de variabilité de cette croissance, parmi lesquels interviennent la taille des individus et celle de leur main, leur sexe et leur appartenance ethnique. Ils soulignent que si cette expansion se vérifie d’une manière générale, aucune recherche robuste, à grande échelle sur différentes populations, n’a été menée pour répondre à des questions cruciales : quel est le taux d’expansion ? ce taux est-il constant ? à quel âge l’expansion cesse-t-elle ? y a-t-il inversement une contraction des arêtes papillaires à partir d’un certain âge ? dans quelle mesure la largeur des arêtes varie-t-elle d’un individu à l’autre, ou encore d’un doigt à un autre d’un seul individu47 ? Certaines études ont mesuré la largeur des arêtes papillaires sur des artefacts et ont constaté que les mesures s’ordonnaient en groupes48. Ces groupes ont été interprétés comme présentant différents âges de travailleurs, mais sans une compréhension de l’ampleur de la variation au sein d’une population, cette conclusion ne serait que spéculative, en particulier lorsqu’il s’agit de distinguer les adolescents des adultes49.

  • 50 Fowler et al., 2020, p. 6.

26Enfin, dans ces mesures très courtes où des différences infimes de l’ordre du dixième ou même du centième de millimètre se traduisent par des assignations à des classes d’âge différentes, le retrait qu’a subi le dactylotype (ci-dessus § 2.3) introduit un paramètre supplémentaire : en effet, la non-prise en compte de la diminution de la largeur des arêtes qu’il provoque pourrait conduire à une sous-estimation de l’âge50. Mais la correction de ce paramètre est délicate, dans la mesure où il est lui-même sujet à d’importantes variations, de 6 à 12 %.

27C’est dans le domaine des productions de vases et de lampes moulées que ces recherches ont été jusqu’à présent les plus nombreuses.

Exemple 8. Des enfants mouleurs de lampes à Alexandrie ?

  • 51 Dzierzykray-Rogalski, Grzeszyk, 1991.
  • 52 Muller, 2014, p. 75-76.

Sur un ensemble de réservoirs de lampes moulées à Alexandrie aux vie et viie siècles apr. J.-C. ont été observés de nombreux dactylotypes ; ceux de douze lampes étaient assez lisibles pour être soumis à un examen dactyloscopique, qui a attribué à des enfants sept réservoirs51. J’ai souvent renvoyé moi-même à la conclusion tout à fait plausible de cette brève étude à l’appui de mon argumentation sur l’organisation familiale du travail dans les ateliers de céramistes, où les tâches les plus faciles, comme le façonnage d’objets avec des moules, devaient être confiées à des enfants52.

  • 53 Dzierzykray-Rogalski, Grzeszyk, 1991, p. 136 et fig. 6.

Il convient cependant d’apprécier les résultats de cette étude, d’une précision d’ailleurs bluffante – quatre enfants âgés respectivement de 7-10, 8-12, 9-12 et 10-14 ans auraient été à l’œuvre – à la lumière des réserves développées ci-dessus. En particulier, les auteurs ne donnent absolument aucune information de méthode : ils ne disent rien du critère qui permet de distinguer les enfants des adolescents et des adultes, et ne donnent absolument aucune mesure, se contentant d’énumérer le détail des dessins et des minuties observées, alors qu’il n’est même pas question d’identification. D’autre part, ils affirment simplement que « ces empreintes ne sont pas déformées pendant la cuisson » : il est impossible de savoir s’ils ont tenu compte du retrait. Le fragment de lampe no 2, où seraient juxtaposées les empreintes d’un adulte et d’un enfant de 8-12 ans, la seule illustrée53, est par ailleurs troublant.

Exemple 9. Enfants modeleurs et adultes tourneurs chez les Amérindiens

  • 54 Kamp et al., 1999.

Plusieurs sites de la tribu amérindienne des Sinagua (nord de l’Arizona) ont livré des figurines d’animaux modelées de formes relativement grossières ainsi que des vases tournés de grande qualité : il était tentant d’attribuer les figurines à des enfants et les vases à des adultes54. Cette hypothèse a été examinée à la lumière de la dactyloscopie.

La moyenne des largeurs d’arêtes des dactylotypes relevés sur 26 figurines est de 0,37 mm, alors que celle des dactylotypes relevés sur 31 vases est de 0,49 mm ; il n’y a aucune superposition entre les deux groupes dans la partie centrale regroupant la moitié des données. La comparaison avec des données acquises expérimentalement fixe l’âge moyen des modeleurs de figurines à 11-13 ans, avec des variations allant de 4 ans à l’âge adulte, et l’âge moyen des tourneurs de vases à l’âge adulte, avec des variations allant de 10 ans à l’âge adulte. La conclusion est qu’à côté des adultes qui ont tourné la majorité des vases se trouvent de jeunes apprentis, et que les enfants qui ont modelé les figurines ont parfois reçu l’aide d’adultes.

  • 55 Kamp et al., 1999, p. 312 et 314.

À la différence de l’Exemple 8, cette étude est méthodologiquement étayée. L’hypothèse de départ de la corrélation entre âge et largeur d’arêtes est d’abord soumise à une vérification expérimentale, avant d’être appliquée dans cette étude de cas archéologique. Les auteurs intègrent une correction du retrait qu’ont subie les dactylotypes55. Il faut aussi remarquer que l’étude dactyloscopique vient à l’appui d’une étude archéologique préalable.

5.2. Détermination du sexe ?

  • 56 Acree, 1999 ; Sanders, 2015.

28La médecine légale semble établir entre les hommes et les femmes adultes une différence bimodale mesurable dans la densité des arêtes papillaires de leurs dermatoglyphes (fingerprint ridge density). On mesure cette densité en comptant le nombre d’arêtes sur une surface donnée (fig. 6) : les résultats montrent que les femmes ont tendance à avoir une densité d’arêtes significativement plus élevée que les hommes. Ainsi, une empreinte digitale possédant une densité de 11 arêtes/25 mm2 ou moins a de fortes chances d’être d’origine masculine. Inversement, une empreinte digitale présentant une densité de 12 arêtes/25 mm2 ou plus a de fortes chances d’être d’origine féminine, ce quelle que soit l’appartenance ethnique56.

Fig. 6. Décompte des arêtes papillaires dans un carré de 25 mm2 (d’après Sanders, 2015, p. 232, fig. 7).

Fig. 6. Décompte des arêtes papillaires             dans un carré de 25 mm2 (d’après Sanders,             2015, p. 232, fig. 7).
  • 57 Şare Agtürk, Moran, 2021, p. 98-99.
  • 58 Il est ainsi significatif que Kralik, Novotny, 2003, utilisent pour l’âge et le sex (...)
  • 59 Fowler et al., 2020, p. 6.

29Mais l’établissement du sexe sur la base de la densité des arêtes papillaires se heurte aux mêmes réserves et problèmes que la détermination de l’âge sur la base de la largeur des arêtes. En outre, les études qui ont trouvé une indication de différence bimodale mesurable dans la densité des arêtes ont tout au plus examiné 400 à 800 sujets au sein d’une même population. Les questions de la variation humaine au sein et entre les populations et les effets du vieillissement n’ont pas été systématiquement étudiées57. De plus, la densité des arêtes est évidemment en corrélation directe avec la largeur de celles-ci : autrement dit, le critère de la détermination du sexe est fondamentalement le même que celui de l’établissement de l’âge58. Aussi les variations dues à l’âge chevauchent-elles les variations dues au dimorphisme sexuel, ce qui peut brouiller évidemment l’interprétation des résultats. Enfin, dans l’application de l’hypothèse à des corpus de dactylotypes sur des artefacts anciens, l’impact du retrait de la terre, qui a pour effet d’augmenter la densité des arêtes et donc de biaiser l’interprétation vers le féminin59, n’est pas systématiquement pris en compte ; même lorsqu’il l’est, il est impossible d’intégrer tous les paramètres qui font varier ce retrait pour des pâtes argileuses différentes, et aussi pour une même pâte argileuse (voir ci-dessus § 2.3).

Exemple 10. Hommes et femmes dans l’artisanat céramique du Levant à l’âge du Bronze

  • 60 Fowler et al., 2020.

Dans cette étude60, 112 dactylotypes sur des poteries montées en colombins de l’âge du bronze ancien III provenant du quartier urbain de Tell es-Sâfi/Gath en Israël et couvrant une période relativement courte, 2850-2500 av. J.-C., sont examinés en combinant la largeur moyenne des arêtes (MRB) et leur densité (MRD), afin de caractériser les producteurs des points de vue de l’âge et du sexe. L’analyse tient compte du retrait des pâtes calcaires utilisées pour fabriquer six types de récipients ; elle infère le sexe en corrélant les données de MRD aux populations de référence modernes.

Les résultats suggèrent que la majorité des dactylotypes sont ceux d’hommes adultes et jeunes et la minorité ceux de femmes adultes et jeunes. Les dactylotypes d’enfants sont évidents mais ne se trouvent que sur des anses. La production semble donc dominée par des hommes adultes et jeunes travaillant seuls ou en coopération avec des femmes adultes et/ou jeunes. Les vases dont les dactylotypes sont exclusivement le fait de femmes, quel que soit leur âge, sont rares. Ce modèle de travail coopératif à dominante masculine contraste avec des études récentes montrant que les femmes adultes fabriquaient principalement des figurines néolithiques en Anatolie, et que plus de femmes que d’hommes fabriquaient de la poterie avant l’essor des cités-états du nord de la Mésopotamie (voir ci-dessous Exemple 11).

Exemple 11. Hommes et femmes dans l’artisanat céramique de Tell Leilan en Syrie

  • 61 Sanders, 2015.
  • 62 Sanders, 2015, p. 235-236.

La place respective des hommes et des femmes dans la production céramique de la préhistoire et des premiers états avait été abordée jusqu’alors uniquement d’un point de vue théorique et abstrait, en faisant en particulier intervenir des parallèles ethnographiques : de nombreuses théories s’affrontent sur cette question. À l’opposé, cette recherche61 propose une approche empirique, à travers l’examen dactyloscopique d’un ensemble de 106 dactylotypes relevés sur des tessons du site de Tell Leilan au nord-est de la Syrie et de villages périphériques, couvrant la période 3400-1700 av. J.-C. Le critère de la densité des arêtes papillaires permettrait d’observer une évolution discrète du sexe-ratio des potiers de Leilan : au début de la période envisagée, la poterie n’aurait pas été une activité genrée, hommes et femmes y étant également impliqués. Mais avec l’essor de l’urbanisme et la formation de l’État dans le nord de la Mésopotamie, cette activité serait devenue en grande majorité masculine, sans que l’on observe cependant la même évolution dans les villages périphériques62.

  • 63 Sanders, 2015, p. 230.

Une large partie expérimentale avec en particulier les effets du retrait de la terre soutient cette recherche. Mais on ne peut qu’être frappé par l’étroitesse du corpus examiné (à peine plus d’une centaine de dactylotypes pour une période longue et une multiplicité de sites entre centre et périphérie), alors même que l’auteur souligne l’importance d’un échantillon nombreux pour permettre une exploitation statistique63.

Conclusions

30Le bilan d’ensemble de l’exploitation des dactylotypes dans le domaine de la coroplathie est mitigé. Ce sont des documents globalement rares, avec des particularités dues à leur support, la terre cuite. Ils sont d’une utilité incontestable dans la reconstitution des gestes artisanaux, accessible à n’importe quel observateur rigoureux. La collaboration avec des spécialistes de la dactyloscopie s’impose en revanche pour toutes les autres questions qu’on peut ou souhaiterait leur poser. Les chances de succès de trouver des correspondances autorisant des identifications ou plus précisément des attributions d’objets différents à une même main sont minimes, en raison du très petit nombre d’empreintes donnant assez d’informations : aussi, à de rares exceptions près, les dactylotypes n’ont-ils pas encore permis de répondre à des questions plus complexes sur l’organisation des ateliers, pour lesquelles les analyses archéologiques traditionnelles restent encore irremplaçables. Quant à la caractérisation des producteurs par l’âge et le sexe, c’est une voie très prometteuse pour laquelle les empreintes susceptibles de donner des informations sont bien plus nombreuses. En revanche, les recherches de ce type, principalement appuyées jusqu’à présent d’une part sur la largeur des arêtes papillaires, d’autre part sur leur densité, sont encore souvent problématiques. Il en est de même pour les recherches en cours de développement, qui à partir d’images 3D envisagent d’autres critères, comme le rapport entre la largeur des crêtes et la largeur des sillons, ou la fréquence des lignes blanches (plis ou déformation de la surface de la peau), également appelée fréquence des plis secondaires, ou la présence de crêtes interstitielles, ou encore la hauteur des arêtes papillaires. Ces recherches demandent des méthodologies consolidées et cohérentes, des expérimentations diversifiées pour apprécier plus précisément l’impact du retrait subi par les dactylotypes, ainsi que des enquêtes dans des populations bien plus nombreuses et diversifiées pour établir des mesures de référence de dermatoglyphes à la fois fiables et nuancées. C’est la condition pour atteindre des résultats mieux assurés sur la question de l’anthropologie des producteurs des terres cuites figurées et plus généralement des céramistes.

Haut de page

Bibliographie

Acree, M. A., 1999. Is there a gender difference in fingerprint ridge density?, Forensic Science International, 102, p. 35-44.

Bookidis, N., 2010, The Sanctuary of Demeter and Kore. The Terracotta Sculpture, Corinth 18.5, Princeton.

Branigan, K., Papadatos, Y. et Wynn, D., 2002, Fingerprints on early Minoan pottery: a pilot study, ABSA, 97, p. 49-53

Dzierzykray-Rogalski, T. et Grzeszyk, C., 1991, Les dermatoglyphes – empreintes des lignes papillaires – relevés sur les lampes de Kôm el-Dikka (Alexandrie), Cahiers de la céramique égyptienne, 2, p. 125-128.

Engelen, T. et Liesen, B., 1999, Dactyloskopische Untersuchungen an römischer Keramik aus der Colonia Ulpiana Trajana, Xantener Berichte 8, p. 313-324.

Faulds, H., 1880, On the Skin-Furrows of the Hand, The Print 10, p. 8-9.

Fowler, K. D., Ross, J., Walker, E., Barritt-Cleary, C., Greenfield, H. J. et Maeir, A. M., 2020, Fingerprint Evidence for the Division of Labour and Learning Pottery-making at Early Bronze Age Tell eş- Şâfi/Gath, Israel, PLOS ONE 15, e0231046 (en ligne: https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.1371/journal.pone.0231046).

Hornung-Bertemes, K., Kassab Tezgör, D. et Muller, A., 1998, Fabrication des moules, diffusion des produits moulés. À propos d’une « figurine-patrice » du Musée de Volos, BCH, 122, p. 91-107.


Hruby, J., 2011, Ke-ra-me-u or Ke-ra-me-ja? Evidence for Sex, Age and Division of Labour among Mycenean Ceramicists, dans A. Brysbaert (éd.), Tracing Prehistoric Social Networks through Technology. A Diachronic perspective on the Aegean, New York-Londres, p. 89-105.

Kamp, K. A., Timmerman, N., Lind., G., Graybill, J. et Natowsky, I., 1999, Discovering Childhood: Using Fingerprints to Find Children in the Archaeological Record, American Antiquity, 64.2, p. 309-315.

Kantner, J., McKinney, D., Pierson, M. et Wester, S., 2019, Reconstructing sexual divisions of labor from fingerprints on Ancestral Puebloan pottery, dans Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 116 (25), p. 12220-12225 (en ligne : https://www.pnas.org/content/116/25/12220).

Kralik, M. et Nejman, L., 2007, Fingerprints on artifacts and historical items: examples and comments, Journal of Ancient Fingerprints, 1, p. 4-15.

Kralik, M. et Novotny, V., 2003, Epidermal ridge breadth: an indicator of age and sex in paleodermatoglyphics, Variability and Evolution, 11, p. 5-30.

Kralik, M. et Novotny, V., 2005, Dermatoglyphics of ancient ceramics, dans Pavlov I Southeast. A window into the Gravettian Lifestyles, Brno, p. 449-497.

Kralik, M., Urbanova, P. et Hlozek, M., 2008, Finger, Hand and Foot Imprints: the Evidence of Children on Archaeological Artefacts, dans L. H. Dommasnes et M. Wrigglesworth (éd.), Children, Identity and the Past, Newcastle, p. 1-15.

Lichtenberger, A. et Moran, K. S., 2018, Ancient fingerprints from Beit Nattif: studying Late Roman clay impressions on oil lamps and figurines, Antiquity, 92, 361, e3, 1-6 (en ligne : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.15184/aqy.2018.2).

Lloyd, N., 1999, Fingerprints, dans I. Gaskell, H. Lie (éd.), Sketches in Clay for Projects by Gian Lorenzo Bernini: Theoritical, Technical and Case Studies. Harvard University Art Museum Bulletin, VI.3, p. 119-124.

Muller, A., 1996, Les terres cuites votives du Thesmophorion : de l’atelier au sanctuaire, Études thasiennes 17, Paris.

Muller, A., 1997, Description et analyse des productions moulées : proposition de lexique multilingue, suggestions de méthode, dans A. Muller (éd.), Le Moulage en terre cuite dans l’Antiquité : création et production dérivée, fabrication et diffusion, Villeneuve d’Ascq, p. 437-463.

Muller, A., 2000, Petite plastique de Tarente : modeleurs et mouleurs. À propos de quelques moules tarentins du Musée d’Art et d’Histoire de Genève, Genava, n.s. 48, p. 37-54.

Muller, A., 2014, L’atelier du coroplathe : un cas particulier dans la production céramique grecque, Perspective, 1, p. 63-82 (en ligne : http://perspective.revues.org/4372).

Muller, A., 2022, Du pire au meilleur. Le modelage à Thasos : techniques et artisans du ive siècle, dans H. Aurigny et L. Rohaut (éd.), « Quand on a la terre sous l’ongle ». Le modelage dans le monde grec antique, Bibliothèque d’Archéologie Méditerranéenne,
Aix-en-Provence, p. 241-256.

Sanders, A., 2015, Fingerprints, sex, state, and the organization of the Tell Leilan ceramic industry, Journal of Archaeological Science, 57, p. 223-238.

Şare Agtürk, T. et Moran, K. S., 2021, From Beazley to Forensic Labs: Investigating Ancient Fingerprints in Classical Archaeology, Arkeoloji Bilimleri Dergisi / Turkish Journal of Archaeological Sciences, 1, p. 95-108.

Haut de page

Notes

1 Faulds, 1880.

2 Pour une brève historiographie de la dactyloscopie en archéologie depuis la fin du xixe siècle, voir Şare Agtürk, Moran, 2021, p. 97.

3 Je ne suis évidemment pas spécialiste de dactyloscopie : je suis archéologue, c’est-à-dire simple poseur de questions aux spécialistes des empreintes. J’espère que dans cette présentation destinée à d’autres archéologues ma simplification des données biométriques et de leur exploitation statistique n’est pas excessive. De fait, en me demandant ce bilan, Estelle Galbois m’a fait sortir de ma zone de confort : je ne l’en remercie pas moins pour sa confiance et pour tout ce que m’a appris cette enquête.

4 Pour les autres traces papillaires latentes sur des supports variés, voir Kralik, Nejman, 2007.

5 Kralik, Novotny, 2005, p. 460, fig. 7.

6 Kralik, Novotny, 2005, p. 455.

7 Voir par exemple Lloyd, 1999, p. 120, fig. 128 ; Fowler et al., 2020, p. 6.

8 Fowler et al., 2020, p. 6.

9 Tout le vocabulaire technique de l’analyse des productions moulées est utilisé conformément aux définitions proposées dans Muller, 1997.

10 Lloyd, 1999, p. 119.

11 Muller, 2022, p. 245.

12 Voir cependant Hornung-Bertemes et al., 1998 pour un exceptionnel exemple de figurine-patrice.

13 Exemple : Muller 2000, p. 40 et ci-dessous § 4, Exemple 4. Deux moules-frères représentant Artémis présentent, au fond d’une oreille de la léontè, le même dactylotype, reproduction de celui qui se trouvait sur le prototype.

14 Les moulages modernes en plâtre tirés des moules évoqués à la note précédente laissent ainsi encore deviner les traces digitales dans l’oreille de la léontè.

15 Exemple : Muller, 2000, p. 39, moule 2bis, et ci-dessous § 4, Exemple 4 : dactylotypes sur chacune des deux croûtes du moule.

16 Exemple : Muller, 1996, p. 193, n° 289. Au fond d’un pli tuyauté d’une figurine moulée de femme drapée, reproduction de l’empreinte du doigt qui a touché le relief correspondant du creux du moule avant sa cuisson.

17 Voir ci-dessus note 13 et ci-dessous § 4, Exemple 4.

18 Exemple : Muller, 1996, p. 396, n° 921 et pl. 13.3.

19 Braningan et al., 2002 ; p. 50-51.

20 Muller, 1996, p. 30-31, avec la bibliographie antérieure ; Muller, 1997, p. 441, s. v. « retrait ».

21 Voir ci-dessus les exemples des notes 13 et 16.

22 Voir ci-dessus l’exemple de la note 14 (et ci-dessous § 4, Exemple 4) : une statuette antique tirée de ces moules devrait présenter les dactylotypes du modeleur du prototype avec ce rapetissement.

23 Muller, 1996.

24 Muller, 1996, p. 36, pl. 11.4 et 13.5.

25 Muller, 1996, p. 38-39, et pl. 53 par exemple.

26 Engelen, Liesen, 1999.

27 Engelen, Liesen, 1999, p. 316.

28 Lichtenberger, Moran, 2018.

29 Lichtenberger, Moran, 2018, p. 3-5, fig. 5.

30 Branigan et al., 2002, p. 49.

31 Branigan et al., 2002, p. 51.

32 Voir par exemple Muller, 1996, p. 36, n. 47, ou Bookidis, 2010, p. 72-73. Aucune correspondance non plus dans les deux vastes corpus de vases et tessons minoens mentionnés ci-dessus : Branigan et al., 2002, p. 51.

33 Par exemple, le corpus Muller, 1996, répartit des milliers de fragments en un certain nombre de séries parfois très complexes. Il s’agit hélas de fragments presque entièrement dépourvus de dactylotypes. Le type Timokleia est exemplaire de ce point de vue : pas un seul dactylotype sur 142 fragments inventoriés, provenant de 30 exemplaires répartis sur deux générations, deux versions, un surmoulage a priori externe.

34 Muller, 1997, p. 457, s.v. « caractéristiques de production » et « caractéristiques de facture ». Ces dernières permettent souvent d’attribuer à la même main ou à des mains différentes les exemplaires d’une série : par exemple Muller, 1996, p. 294-295 et passim.

35 Muller, 2000, p. 37-42. Voir ci-dessus n. 13 et 15.

36 Lloyd, 1999.

37 Lloyd, 1999, p. 121.

38 Engelen, Liesen, 1999.

39 Engelen, Liesen, 1999, p. 314-315.

40 Engelen, Liesen, 1999, p. 315. Les dessins des dermatoglyphes des pouces droit et gauche d’un individu présentent des affinités qui n’existent pas ici : Engelen, Liesen, 1999, p. 316.

41 Lichtenberger, Moran, 2018.

42 Lichtenberger, Moran, 2018, p. 5.

43 Pour un bilan de ces approches traditionnelles des potiers, voir Hruby, 2011, p. 90-93. Pour les coroplathes, voir Muller, 2014, p. 75-76, avec la bibliographie antérieure.

44 Kralik et al., 2008, p. 11-12.

45 Kamp et al., 1999, p. 310, avec la bibliographie antérieure ; Fowler et al., 2020, p. 3. En pratique, on mesure au pied à coulisse la largeur du nombre maximal de paires arête-sillon et on divise la mesure obtenue par le nombre de paires ; le fait que le dactylotype inverse les reliefs (ses sillons correspondent aux arêtes du dermatoglyphe) ne change rien à la façon de mesurer. Sur la façon de mesurer la largeur des arêtes, voir aussi Kralik, Novotny, 2003, p. 7-9.

46 Je résume ici les arguments de Şare Agtürk, Moran, 2021, p. 98.

47 Il y a chez un même individu une différence dans la largeur des arêtes papillaires de la paume et des doigts, et peut-être même entre ses différents doigts : Kralik, Novotny, 2003, p. 27 et fig. 9 ; Hruby, 2011, p. 96.

48 Kantner et al., 2019. Voir aussi l’Exemple 9 ci-dessous.

49 Şare Agtürk, Moran, 2021, p. 98.

50 Fowler et al., 2020, p. 6.

51 Dzierzykray-Rogalski, Grzeszyk, 1991.

52 Muller, 2014, p. 75-76.

53 Dzierzykray-Rogalski, Grzeszyk, 1991, p. 136 et fig. 6.

54 Kamp et al., 1999.

55 Kamp et al., 1999, p. 312 et 314.

56 Acree, 1999 ; Sanders, 2015.

57 Şare Agtürk, Moran, 2021, p. 98-99.

58 Il est ainsi significatif que Kralik, Novotny, 2003, utilisent pour l’âge et le sexe le seul critère de la largeur des arêtes, qui serait de 9 à 10 % plus grande chez les hommes adultes que chez les femmes : Kralik, Novotny, 2003, p. 5 et 9. De même, Hruby, 2011, p. 95. Fowler et al., 2020, p. 3, combinent les critères de la largeur et de la densité des arêtes.

59 Fowler et al., 2020, p. 6.

60 Fowler et al., 2020.

61 Sanders, 2015.

62 Sanders, 2015, p. 235-236.

63 Sanders, 2015, p. 230.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1. Principaux dessins des lignes papillaires des doigts : Lr = boucle radiale ; Lu = boucle ulnéaire ; A = arc ; W1 = rotation monocentrique ; W2 = rotation bicentrique ; T = tente (d’après Dzierzykray-Rogalski, Grzeszyk, 1991, fig. 5).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26065/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 257k
Titre Fig. 2. Modelage d’une statue en terre (photo d.r.).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26065/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 271k
Titre Fig. 3. Pressage de la terre dans un moule de statuette : expérimentation avec un moule antique à Durrës (Épidamne-Dyrrhachion) (photo A. Muller).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26065/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 426k
Titre Fig. 4. Pressage de la terre dans la valve supérieure d’un moule de lampe : distinction des gestes successifs de l’artisan (d’après Lichtenberger, Moran, 2018, p. 5, fig. 5).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26065/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 147k
Titre Fig. 5. Deux empreintes du même individu à l’intérieur de deux dessus de lampe : numérotation des minuties correspondantes (d’après Engelen, Liesen, 1999, p. 319-320, fig. 2 et 3).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26065/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 169k
Titre Fig. 6. Décompte des arêtes papillaires dans un carré de 25 mm2 (d’après Sanders, 2015, p. 232, fig. 7).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/26065/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 350k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Arthur Muller, « Les doigts dans la terre.
L’exploitation des dactylotypes de coroplathes : questions, exemples et perspectives »
Pallas, 121 | 2023, 23-41.

Référence électronique

Arthur Muller, « Les doigts dans la terre.
L’exploitation des dactylotypes de coroplathes : questions, exemples et perspectives »
Pallas [En ligne], 121 | 2023, mis en ligne le 12 février 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/26065 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.26065

Haut de page

Auteur

Arthur Muller

Professeur émérite d’archéologie grecque

Université de Lille

Halma UMR 8164

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search