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Miscellanées

Deux vases turons mutilés et inscrits du Haut-Empire : des objets entre pharmacopée et pratiques magiques ?

Two mutilated and inscribed turon vases from the Early Empire: objects between pharmacopoeia and magical practices?
Sandrine Linger-Riquier et Nicolas Garnier

Résumés

La découverte de deux vases mutilés, un flacon du ier siècle et un gobelet caréné du iie-iiiesiècle apr. J.-C. à Amboise et à Tours (Indre-et-Loire) porteurs de graffiti partiellement similaires sont à la source de la présente étude. Ainsi, le premier vase contenait une préparation à caractère thérapeutique destinée, selon Pline l’Ancien, au traitement d’une infection cutanée, tandis que le second, partiellement calciné, contenait du vin rouge poissé. Les comparaisons effectuées pour les graffiti – un signe apparenté à la lettre A, une étoile à 8 branches et le début d’un abécédaire grec gravé sur l’un des vases – conduisent à identifier des charaktêres, analogues à ceux figurant sur quelques amulettes magiques bénéfiques, destinées à renforcer l’efficacité des préparations médicinales. Ces vases témoigneraient ainsi de la porosité des frontières entre un savoir de type « pharmacopée » et des rites magiques. Ils permettent en outre d’ouvrir des pistes de réflexions concernant les mutilations observées, ici probablement en lien avec des rites de transfert de maladies.

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Texte intégral

  • 1 Garnier et Valamoti, 2016.

1La découverte en 2018 d’un flacon mutilé du ier siècle apr. J.-C. au fond d’une citerne dans un quartier artisanal de l’agglomération antique d’Amboise (Indre-et-Loire) est remarquable à plus d’un titre. Il porte deux graffiti identiques et de multiples mutilations volontaires au niveau de la lèvre, de la panse et du pied. Une double extraction des composés organiques imprégnés dans la paroi interne et l’analyse des extraits par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse1 ont révélé son contenu, une préparation complexe, de type « pharmacopée ». Selon une recette très similaire relatée par Pline l’Ancien, elle serait destinée à traiter une infection cutanée. Le graffito gravé deux fois post cocturam bien en vue sur le haut de la panse, à première vue apparenté à la lettre « A », interpelle d’autant plus qu’il figure également sur un gobelet inédit du iie-iiie siècle apr. J.-C. découvert à Tours au xixe siècle. Il y est associé à d’autres graffiti, notamment une étoile à huit branches suivie des trois premières lettres de l’alphabet grec. La recherche de comparaisons révèle que des signes identiques apparaissent sur certains objets impliqués dans des pratiques magico-thérapeutiques, tels que des gemmes magiques et des phylactères.

  • 2 Bérard, 1963, p. 305 ; Allain et al., 1991 ; Loison et al., 1991 ; Blaizot et al., 2001, p. 309.

2Le croisement des données archéologique, céramologique, des analyses organiques, des sources textuelles, de la médecine antique et des pratiques magiques (manipulation, système graphique et symbologique) permet d’émettre de nouvelles hypothèses de travail et d’ouvrir des pistes de réflexions concernant les mutilations observées sur certains vases qui nous interpellent depuis longtemps2.

1. Les vases inscrits et mutilés d’Amboise et de Tours

1.1. Le flacon d’Amboise

  • 3 Ce quartier est abandonné aux alentours du milieu du ier siècle apr. J.-C. (...)
  • 4 Couvin, 2005, p. 108.
  • 5 Hauteur : 26 cm. Diamètre ouverture : 8,2 cm.
  • 6 Linger-Riquier et al., 2020.

3Le flacon mutilé d’Amboise (Indre-et-Loire) provient de la base du comblement détritique d’une citerne condamnée dans les années 10-30 de n. è., située dans un quartier artisanal de l’agglomération antique3. Ce flacon balustre, tourné en pâte brune ligérienne à engobe blanc, de production régionale, est fréquemment rencontré dans les contextes turons du deuxième quart du ier siècle4. De gabarit standard5, sa capacité volumique utile est de 2,05 litres. Outre le fait qu’il s’agit du seul récipient complet du comblement de cette structure, ce vase nous a interpellés en raison d’un double graffito (évoquant deux « A ») et les multiples mutilations qu’il a subies au niveau de la lèvre, de la panse et du pied, réalisées à l’aide de différents ustensiles (clou, lame, pierre ou marteau) (fig. 1). Malgré tout, le vase n’est que fissuré : il y a donc eu volonté de le mutiler, tout en le préservant du bris6.

Fig. 1. Le flacon mutilé d’Amboise et détails des mutilations de la lèvre, de la panse et du pied.

Fig. 1. Le flacon             mutilé d’Amboise et détails des mutilations de la lèvre, de la             panse et du pied.

clichés : S. Linger-Riquier, Inrap.

1.2. Le gobelet caréné de Tours

  • 7 Collection SAT, n° inv. HG.841.001.0047. Provenance : « boulevard Béranger, palais de (...)
  • 8 Couvin, 2012, p. 162.
  • 9 Cadalen-Lesieur, 2005, p. 218.
  • 10 Hauteur : 18,5 cm. Diamètre ouverture : 10 cm.

4Le second vase, qui appartient aux collections de la Société Archéologique de Touraine, est inédit. Découvert à Tours au xixe siècle, son contexte reste malheureusement imprécis7. Ce gobelet biconique à lèvre évasée, tourné en pâte brune ligérienne, est à engobe blanc crème sur les trois-quarts supérieurs de la panse. De type Thésée-Pouillé VIII-4, il est caractéristique du répertoire turon du milieu du iie s. au début du iiie s. de n. è.8. Quelques ateliers régionaux ont produit ce type de vase, notamment celui de Thésée-Pouillé9. De gabarit standard10, ce gobelet présente une capacité volumique utile de 1,09 litre.

5On observe que toute sa partie haute est noircie jusqu’au niveau de la carène. La surface interne présente un aspect similaire, en plus d’un dépôt carboné et pulvérulent limité à sa partie supérieure, donnant l’impression que le vase aurait été partiellement enfoui, à l’envers, dans un foyer. Il manque un peu moins de la moitié du col. La fracture n’étant pas assez nette, cette large lacune ne paraît pas volontaire, mais liée à la fragilisation consécutive à la calcination partielle du récipient. En revanche, les deux perforations de la panse sont certainement volontaires (cassures à bord biseauté caractéristique, visibles depuis l’intérieur du vase). Elles mesurent 1,3 x 0,6 et 1,2 x 0,7 cm et ont été pratiquées à l’aide d’un objet pointu, probablement un clou.

6La particularité de ce vase réside dans la présence de graffiti gravés post cocturam et avant calcination. Mesurant environ 3 cm de haut, ils apparaissent en évidence sur la partie supérieure de la panse (fig. 2 et 3). En premier lieu, on remarque un signe identique à celui du flacon d’Amboise. À la même hauteur, mais sur la face opposée du vase, est également gravée une étoile à 8 rayons suivie de trois caractères. On identifie clairement un « A », un « B » et un « Γ » : ce gamma permet de préciser qu’il s’agit des premières lettres d’un abécédaire grec gravé en majuscule.

7La double perforation de la panse a été pratiquée juste en dessous de l’alpha, à l’aide d’un outil pointu (clou ?).

Fig. 2. Dessin du gobelet caréné de Tours et détails des graffiti.

Fig. 2. Dessin du             gobelet caréné de Tours et détails des graffiti.

DAO : S. Linger-Riquier, Inrap.

Fig. 3a et 3b. Gobelet caréné découvert à Tours en 1841.

Fig. 3a et 3b. Gobelet             caréné découvert à Tours en 1841.

clichés : S. Linger-Riquier, Inrap.

2. Analyses organiques du contenu des vases

2.1. Le contenu du flacon d’Amboise

  • 11 Garnier, 2018.
  • 12 Des gisements sont largement attestés et exploités en Sicile et en Italie (Romagne, Ca (...)

8L’analyse organique en double protocole en GC-MS du flacon d’Amboise dévoile les marqueurs chimiques d’au moins cinq ingrédients11 : de la poix de conifère (probablement Pinus sp.), un corps gras d’animal non-ruminant, du raisin noir ayant subi une faible fermentation, des cires de Brassicaceae, probablement des feuilles de radis (Raphanus sativus L.), ainsi qu’une grande quantité de soufre minéral, de formule S8. La concentration de ce dernier indique qu’il s’agit d’un véritable bloc de soufre natif : une telle substance, qui n’est pas naturellement présente en Touraine, est nécessairement importée12.

  • 13 Question à laquelle les analyses organiques ne permettent pas de répondre.
  • 14 Villard, 1992, p.83-84, 90 ; Caton, Agr. 85 ; Pline, HN, XXVIII, 46, 65, 126, 142, (...)

9La complexité de l’assemblage permet de privilégier l’hypothèse d’une recette unique plutôt qu’une succession d’utilisation13, d’autant que, conscient de la porosité de l’argile, en alimentation comme en médecine, depuis l’époque hippocratique les textes insistent sur l’emploi de vases neufs pour la préparation de certaines recettes afin d’éviter toute interaction indésirable avec un précédent contenu14.

  • 15 Pline, HN, XXIV, 37-38.
  • 16 Il s’agit de vieille graisse de porc : Pline, HN, XXVIII, 136.

10La recherche dans les sources nous a conduit à identifier une recette relatée par Pline l’Ancien15 incluant 4 des 5 ingrédients : « […] La poix est échauffante, cicatrisante. […]. Avec des raisins secs et de l'axonge16 elle déterge les anthrax et les ulcères putrides ; avec l'écorce de pin ou le soufre, les ulcères serpigineux. »

  • 17 André, 2009, p. 183.
  • 18 Pline, HN, XX, 24
  • 19 Pline, HN, XX, 27.

11En usage externe, l’huile de radis ou raifort (oleum raphaninum) est vendue comme remède topique en Italie romaine17 et selon Pline, le raifort pilé s'emploie en liniment contre le phlegmon18 et la graine [de radis ou de raifort] dans de l'eau, arrête les ulcères qu'on nomme phagédénique19 : l’ajout d’une telle substance à la préparation précédente apparaît donc tout à fait cohérent et vise à lutter contre une infection cutanée de type ulcère ou érysipèle mycobactérienne contagieuse.

  • 20 Linger-Riquier et al., 2020, p. 537.

12Les vertus thérapeutiques de chaque ingrédient confèrent à la préparation des propriétés échauffante, détergente, astringente et cicatrisante (la poix), antiseptique et anti-inflammatoire (les raisins secs et le radis), émolliente et calmante (la graisse animale), antifongique et désinfectante (le soufre)20.

  • 21 Le soufre est très présent dans les rites de purification, comme en thérap (...)

13Utilisé en application externe, ce topique devait avoir la consistance d’un liniment plutôt que d’un onguent, au regard de la forme élancée du flacon. À ce stade de l’étude et faute d’élément de comparaison, nous ne saurions préciser l’origine grecque ou romaine de cette médication21.

2.2. Le contenu du gobelet à l’abécédaire grec de Tours

  • 22 Chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (...)
  • 23 LNG, rapport interne inédit.

14Deux analyses organiques en GC-HRMS22 ont été réalisées pour le gobelet à l’abécédaire grec en 202123 : la première sur l’imprégnation du vase, la seconde sur le résidu charbonneux et pulvérulent présent sur le tiers supérieur interne du vase. L’analyse de l’imprégnation du gobelet révèle qu’il était très fortement imperméabilisé avec une poix de sapin (Abies sp.) et qu’il a contenu du vin rouge en abondance. La forte présence de la poix suggère que le vin en était aromatisé. Quant au résidu pulvérulent, il livre des marqueurs de dégradation de bois, de poix de sapin et d’une boisson fermentée à base de Rosacées à chair et pulpe claires, telles que, entre autres, la poire, le coing, la cerise ou la prune, en excluant la pomme du fait de l’absence de l’acide phlorétique.

15Il semble que ce gobelet ait été vidé de son contenu originel (vin de raisin) avant d’être partiellement enfoui, à l’envers, dans un foyer imprégné d’un vin de Rosacées, selon des modalités qui nous échappent.

16Utilisés dans un contexte ritualisé indéniable, la destination précise de ces breuvages ne saurait être précisée faute d’information concernant le contexte du gobelet. Cependant, sa mise en œuvre (calcination partielle, perforations), comme les signes gravés, nous semble trop complexe pour qu’il s’agisse d’une simple libation ou d’une offrande, même si ces hypothèses ne peuvent être écartées à ce stade de l’étude. Mais elles conduisent également à envisager une autre hypothèse pour son contenu, à l’instar du flacon d’Amboise, celui d’un usage dans un cadre thérapeutique.

  • 24 Jouanna, 1996, p. 411-413.
  • 25 Galien, Commentaire au Régime dans les maladies aiguës III, c. 1, Kuhn XV, (...)
  • 26 Jouanna, 1996, p. 422.
  • 27 Ibid., p. 415.
  • 28 Galien, Sur les médicaments simples VII, c. 15, 2, Kühn XII, 88.
  • 29 Jouanna, 1996, p. 429.

17De fait, comme l’a montré J. Jouanna (1996), le vin, d’une façon unanime, tient une place primordiale dans la pensée des médecins depuis l’époque hippocratique. Il est donc omniprésent en thérapeutique, aussi bien pour soigner l’âme que pour le corps, ce qui est d’ailleurs largement relayé par Galien au iie siècle24. Il fait l’objet de prescriptions précises et complexes qui tiennent compte aussi bien de la constitution du malade (âge, sexe, corpulence, état général, tempérament individuel, type de maladie, habitudes alimentaires…), de l’environnement (saisonnalité, pays, température), que des caractéristiques mêmes des différents vins, que Galien organise selon la couleur (noir, blanc, paillé), le goût, la consistance, l’odeur et les propriétés des différents crus25. Si elle est judicieusement utilisée, la force du vin n’est pas nocive, mais au contraire concourt au rétablissement de la santé26, car il est nourrissant et échauffant27. Le vin noir est, selon Galien, chaud et sec28, il est donc plus généralement donné en automne et surtout en hiver pour contrer les effets du temps froid et humide29.

  • 30 Hippocrate, Affections, c. 40, Littré VI, 250, 10 sq.
  • 31 C’est sans doute pour compenser au moins en partie la perte de sang qu’Héc (...)
  • 32 Galien, Des bons et des mauvais sucs, cil, Kuhn VI, 803, 1.
  • 33 Galien, Des propriétés des aliments III, c. 40, Kûhn VI, 744, 3-5.
  • 34 Jouanna, 1996, p. 423-424.
  • 35 Dioscoride, Mat. Med. V, 6, 10 ; Pline, H.N., XIV, 58.
  • 36 Pline, HN XIV, 58.
  • 37 Jouanna, 1996, p. 431.
  • 38 Hippocrate, Lieux dans l'homme, c. 47, Littré VI, 346, 7 et 11.
  • 39 Jouanna, 1996, p. 433.

18De plus, le vin noir est considéré comme un fortifiant30 : selon la loi de similarité, il existe une parenté implicite entre le vin noir et le sang, le premier étant destiné à combler l’insuffisance du second31. Sa fonction hématopoïétique est explicitement mentionnée par Galien32 : selon lui, les vins rouges et épais sont les plus utiles pour la formation du sang, car il facilite le changement du vin en sang33. Il redonne des forces au malade après une période de diète34. Le vin pur est également considéré comme un antidote contre des empoisonnements à la ciguë ou contre les piqûres et morsures qui tuent par refroidissement35. A contrario, en affusion externe, le vin aurait la propriété de refroidir selon Pline36. Il est notamment employé pour laver les plaies, les lésions, voire une luxation car le vin noir est astringent et antiseptique37. II entre également dans des préparations (injection, fumigation) destinées à remettre en place des matrices déplacées38 ou des cataplasmes et des onguents destinés à divers usages médicaux39.

19Son association avec la poix de conifère, aux propriétés notamment échauffante et astringente (voir supra) pourrait renforcer celles du vin. Aux vues de ces données, on pourrait ainsi envisager une boisson aux propriétés échauffante, astringente et fortifiante destinée à un individu affaibli par la maladie ou un empoisonnement, voire un topique astringent et antiseptique destiné à traiter une blessure ?

3. Quelle signification pour les « graffiti » ?

3.1. Le signe apparenté à un « A »

20Les deux vases portent des signes similaires gravés post cocturam, bien en vue sur le haut de la panse (fig. 4a et b). Ils évoquent un « A » majuscule, une pointe de flèche, voire un pseudo-psi inversé.

Fig. 4a et 4b. Détails des signes gravés sur le flacon d’Amboise (à gauche) et le gobelet de Tours (à droite). Taille réelle : 3 cm.

Fig. 4a et 4b. Détails             des signes gravés sur le flacon d’Amboise (à gauche) et le gobelet             de Tours (à droite). Taille réelle : 3 cm.

cliché : S. Linger-Riquier

  • 40 Grosbois, 2019, p. 115-116.
  • 41 Grosbois et Mortreau, 2020, fig. 17, n°114-115, p. 438-439.
  • 42 Sylvestre, 2017, pl.60, n°524, 526, 530, pl.61, n°543.
  • 43 Andrieu, 2017, p. 373.
  • 44 Ibid., n°136.
  • 45 Sylvestre, 2017, p. 114.

21Certains vases présentent un signe analogue, notamment une série de pots à lèvre éversée, modelée en commune sombre, produite à Angers et datée de la fin du ier siècle40. Mais cette marque, imprimée sur l’épaulement avant la cuisson des vases, est a priori assimilée à une signature ou une marque de tâcheron41. Lorsque cette marque est gravée après cuisson, elle est considérée comme différentes graphies d’un « A », à l’instar des exemplaires d’Avenches42. Concernant les graffites inventoriés en Gaule lyonnaise, M. Andrieu43 reconnaît que cette graphie « à traverse strictement verticale » est « originale » et difficilement classable parmi les autres représentations de cette lettre. Il en est de même pour un fragment d’Autun classé dans la catégorie « motif indéterminé »44. De fait, en raison du caractère généralement lacunaire des récipients porteurs de ce signe et faute d’élément significatif, ces marques restent classées parmi « les messages verbaux indéterminés » et « non commentés »45.

22Sur le gobelet de Tours, on constate que ce motif est radicalement différent de la graphie du « A » de l’abécédaire auquel il est associé, qui ne laisse aucune ambiguïté d’identification. Ainsi, pour ce gobelet – et, par analogie, le flacon d’Amboise – il ne s’agirait pas d’une variante de graphie d’un « A », mais d’un autre signe.

  • 46 Dasen et Nagy, 2019, p. 427-434. Selon la préconisation des auteurs antiques, portées (...)
  • 47 Ces quelques comparaisons n’ont aucune prétention à l’exhaustivité. Par ai (...)

23La recherche de comparaisons nous a conduits à inventorier différents artéfacts porteurs de ce signe. Il s’agit d’amulettes, de type gemme magique ou phylactère datés respectivement des ier-iiie et ive s., généralement destinées à soigner, à protéger (les organes de la digestion, l’utérus, le foie, les hanches), à attirer l’être aimé, la « charis » ou la « tychê »46. Ce signe reste assez rare, puisque nous n’avons relevé que 7 occurrences sur les 694 gemmes magiques du Cabinet des Médailles de Paris étudiées par A. Mastrocinque (2014), 2 occurrences sur 398 du catalogue de C. Bonner (1950) et 2 occurrences sur les 68 phylactères présentés par R. Kotansky (1994), soit 0,95 % de ces documents47. Leurs contextes de découvertes et leur provenance sont rarement connus.

  • 48 De deis et mundo, XV, 2.
  • 49 Mastrocinque, 2012, p. 541-542.

24Sur ces objets, le signe apparaît seul, intercalé entre des mots ou d’autres signes incompréhensibles : il s’agit de charaktêres, ces signes qui imitent les ineffables puissances divines selon Salluste (ive siècle)48. S’ils sont de nature divine, puissants et capables d’éloigner les démons, en revanche, leur signification précise n’a de sens que pour les initiés49. De fait, la finalité thérapeutique de certaines gemmes magiques n’est pas toujours identifiée.

  • 50 Un charaktêr identique apparaît également sur le revers de la gemme CBd-10 (...)
  • 51 En astrologie médicale, il correspondrait au premier décan du signe du Lion, qui régit (...)
  • 52 Dasen et Nagy, 2012, p. 292.
  • 53 Dasen et Nagy, 2012 ; Mastrocinque, 2014, p. 91-98.
  • 54 Socrate et Denys 35, Lancellotti, 2001, p. 450.

25Ainsi, sur la gemme Mastrocinque 263, notre charaktêr est encadré par deux autres charaktêres identiques50 surmontés du serpent à tête de lion radiée, Chnoubis ou Chnoumis, du nom du dieu créateur égyptien, Chnoum, le potier, particulièrement fréquent sur les amulettes51 (fig. 5). Il s’agit d’une figure complexe, capable de contrôler les crues du Nil et par analogie, de contrôler les autres liquides corporels52. Son image gravée fonctionne selon le principe de l’analogie sympathique, par l’emploi d’une pierre de la teinte du fluide à contrôler : hématite rouge pour contrôler le sang des règles, pierres vertes contre les maux d’estomac et pour aider à la digestion, calcédoine blanche pour contrôler la perte des eaux avant l’accouchement et la montée de lait53. En revanche, selon d’autres sources, le serpent léontocéphale gravé sur un onyx blanc et translucide préviendrait tout problème de digestion54.

Fig. 5. Gemme magique n°263.

Fig. 5. Gemme magique             n°263.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 105.

  • 55 Ruelle, 1908, p. 267 ; Mastrocinque, 2014, p. 23. Le taureau portait égale (...)
  • 56 Mastrocinque, 2014, p. 180.
  • 57 Ruelle, 1908, p. 251.

26Sur la gemme Mastrocinque 479, le charaktêr apparaît sur le revers associé à d’autres charaktêres (fig. 6 : 1re ligne, 2e signe). Sur l’avers, le dieu solaire Phrê (Rê ou Râ) est mentionné, avec un personnage à tête de taureau tenant un lièvre. Selon le Livre sacré d’Hermès Trismégiste, le premier décan du scorpion a une tête de taureau55 et selon Abû Ma’sar (ixe siècle), le 3e décan tenait un lièvre56. Le signe du Scorpion régirait les maux des parties génitales57.

Fig. 6. Gemme magique n°479.

Fig. 6. Gemme magique             n°479.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 180.

  • 58 Delatte et Derchain, 1964 ; Mastrocinque, 2014, note 473.
  • 59 Pline, HN, XXX, 39. Par ailleurs, on soulignera que le mot grec μυρμηκιά ((...)

27Sur la gemme Mastrocinque 552, le signe apparaît par deux fois parmi d’autres charaktêres (fig. 7 : 3e ligne : 2e signe ; 4e ligne : 2e signe). S’il s’agit bien du même signe, il a la particularité d’être partiellement pommeté au sommet et à la base de la division centrale, ce qui lui confère un caractère pseudo-anthropomorphe. Il est gravé sur le revers d’une gemme figurant une fourmi, insecte employé dans la médecine à caractère magique58. Pline indique en effet une médication préventive valable « pour un an, contre les scrofules et autres maux semblables et aussi contre la goutte en appliquant de la terre fouillée par les fourmis59 ».

Fig. 7. Gemme magique n°552.

Fig. 7. Gemme magique             n°552.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 202.

  • 60 Dakkhach, 2018, p. 69.
  • 61 Dasen, 2002, p. 170.
  • 62 Dakkach, 2018, p. 64.
  • 63 voir : http://cbd.mfab.hu/pandecta/2187

28Sur la gemme CBd-231, le charaktêr figure deux fois parmi d’autres, encerclés par le serpent ouroboros (fig. 8). Selon les dernières analyses des amulettes figurant ce serpent qui se mord la queue, il semblerait plutôt apparaître comme un symbole de protection d’entités bénéfiques et de restriction d’entités nocives ou requérant un contrôle, plutôt que comme celui du temps cyclique ou d’éternité60. Au-dessus se tiennent Harpocrate, sur la tête de Bès Akephalos, Khnoum assis tenant le symbole de l’utérus dans ses mains tendues et à sa droite Isis, divinités appartenant au panthéon hellénisé de l’Égypte romaine, dans une iconographie en lien évident avec le thème de la maternité61. Khnoum-Rê, apparenté à Chnoubis, surmonté ici du disque solaire, préside au cycle du Nil, à celui de l’utérus et de la naissance. En tant que dieu potier62, il façonnerait ici probablement un enfant63.

Fig. 8. Gemme magique CBd-231.

Fig. 8. Gemme magique             CBd-231.

D’après Michel, 2001, n° 54.2.k.5.

  • 64 Mastrocinque, 2014, p. 21.

29Sur la gemme magique Bonner 8 (CBd-1096), notre signe apparaît parmi d’autres charaktêres (fig. 9 : 2e ligne, 4e charaktêr) sur le revers d’une gemme figurant la momie d’Osiris (le Sérapis de l’époque hellénistique et impériale) couchée sur le dos d’un lion, selon une iconographie là aussi gréco-égyptienne, symbolisant l’éternité et la vie impérissable64.

Fig. 9. Gemme magique n°8.

Fig. 9. Gemme magique             n°8.

D’après Bonner, 1950, plate I, n°8.

  • 65 Dakkach, 2018, p. 69.

30Sur la gemme Mastrocinque 619, notre signe figure parmi de nombreux autres (fig. 10 : 4e ligne, 6e charaktêr), tous aussi obscurs, également placés à l’intérieur d’un serpent ouroboros. Aucun élément ne permet d’intégrer cette amulette parmi l’un des trois thèmes osirien, solaire et utérin auxquels sont généralement dévolues les amulettes figurant ce serpent. En revanche, en référence aux planètes, les combinaisons de voyelles grecques de l’avers se rencontrent plus particulièrement sur les intailles de protection utérine65.

Fig. 10. Gemme magique n°619.

Fig. 10. Gemme magique             n°619.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 222-223.

  • 66 Voir : http://cbd.mfab.hu/cbd/401/?sid=4144. Cette thématique apparait sur la (...)
  • 67 Mastrocinque, 2014, p. 23.
  • 68 Ruelle, 1908, p. 251.

31Sur la CBd-401, le charaktêr apparaît sur le revers, parmi d’autres répartis sur 3 lignes (fig. 11 : 2e ligne, 1er charaktêr). L’oiseau de l’avers, probablement un faucon simple, pourrait symboliser la mort ou le défunt dans une perspective de renaissance66. Selon divers auteurs grecs, comme Teucros le Babylonien, connu d’après un texte du xiie siècle, le faucon correspondrait au sagittaire dans le système zodiacal égyptien67. Selon le Livre sacré d’Hermès Trismégiste, ce signe astral régirait les maux portés sur les cuisses68.

Fig. 11. Gemme magique CBd-401.

Fig. 11. Gemme magique             CBd-401.

D’après http://cbd.mfab.hu/​cbd/​401/​?sid=4144.

32Les gemmes Mastrocinque 636 et 638 et Bonner 340, qui ne comportent que des charaktêres par essence incompréhensibles, ne permettent pas de préciser leur finalité. Sur la gemme 636, le signe apparaît à plusieurs reprises, mais penché à gauche (fig. 12). L’amulette 638 est enchâssée dans une monture à bélière en argent pour faciliter son port (fig. 13). Sur les gemmes 638 et Bonner 340 (fig. 14), le signe est plus arrondi, correspondant peut-être à une variante de notre charaktêr.

Fig. 12. Gemme magique n°636.

Fig. 12. Gemme magique             n°636.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 222-223.

Fig. 13. Gemme magique n°638.

Fig. 13. Gemme magique             n°638.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 226.

Fig. 14. Gemme magique n°340.

Fig. 14. Gemme magique             n°340.

D’après Bonner, 1950, plate XVIII.

33Sur le revers de l’amulette Mastrocinque 406 destinée à attirer la tychê au porteur, le signe apparaît à l’envers, après l’inscription en grecque « que tu sois riche ! », associé à Hermès, tenant une bourse dans une main et son caducée dans l’autre (fig. 15).

Fig. 15. Gemme magique n°406.

Fig. 15. Gemme magique             n°406.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 156.

  • 69 Découvert en Crète et conservé au British Museum (dimensions non connues). Époque roma (...)
  • 70 Kotansky, 1994, n°43.

34Par ailleurs, ce charaktêr apparaît sur deux des 68 phylactères étudiés par R. Kotansky (1994). Sur le premier69, très fragmentaire et particulièrement petit, un charaktêr très proche (barre centrale de longueur supérieure) apparaît parmi au moins huit autres (fig. 16 : 1re ligne, 2e signe). Sur la seconde ligne, des lettres grecques apparaissent, correspondant peut-être à un nom magique indéterminé70. En l’état, la finalité précise de cette amulette ne saurait être formulée, même si le support, une lamelle d’or, assure sa visée bénéfique.

Fig. 16. Fragment de lamelle en or. Crète. Époque romaine.

Fig. 16. Fragment de             lamelle en or. Crète. Époque romaine.

D’après Kotansky, 1994, n° 43.

Fig. 17. Tablette en argent n°18, dite de Romulus, de Tricciana (Hongrie).

Fig. 17. Tablette en             argent n°18, dite de Romulus, de Tricciana (Hongrie).

D’après Kotansky, 1994, fig. 20.

  • 71 Ibid., fig. 20.
  • 72 Ibid., p. 81. Selon Plutarque, Lucrèce et Pline (HN, XXVI, 5), il s’agirai (...)

35Sur le phylactère dit de Romulus, le charaktêr apparaît une fois (7e ligne, 1er signe) et une fois inversée (1re ligne, 9e signe). Il provient d’une tombe féminine du ive siècle apr. J.-C. découverte dans l’ancienne cité fortifiée de Tricciana près de Budapest en 193971 (fig. 17). Cette amulette de guérison en argent était roulée dans un boitier cylindrique probablement porté par la défunte. Il s’agit d’une incantation destinée à protéger la porteuse de l’éléphantiasis, une terrible maladie considérée maintenant comme une maladie de peau de type lèpre72 :

Romulusmader Bona. / (Romulus / SS EEE Romulus mater Bona Romulus Romulu. . / Romu- lusvacatvacat vacat
  • 73 D’après Kotansky, 1994, p. 81-88 ; Belayche et Corré, 2008, p. 28.

36De nombreux « magic signs », dont celui qui nous intéresse ici apparaissent intercalés entre des mots, inscrits en grec. Seul le nom de la divinité, Romulus, invoqué 7 fois, et Mater Bona inscrit 2 fois, sont écrits en caractères latins. L’invocation de Romulus, « le tout-puissant », au « grand et invincible nom », en tant que fondateur légendaire de Rome, réside dans ce contexte, dans la force implicite que suggère ce nom pour protéger le porteur de l’amulette73.

  • 74 Le graffito gravé sur le bandeau d’une jatte à collette du ive siècle déco (...)

37À ce stade de l’étude, on se limitera à souligner que ce charaktêr n’apparaît que sur des amulettes en lien avec des pratiques magiques bénéfiques. Sur les 11 amulettes présentées ici, 4 ont des visées thérapeutiques (Mastrocinque 263, 479, 552 et CBd-231), dont 2 en lien avec la procréation (Mastrocinque 263, CBd-401), 2 de protection (Mastrocinque 619, phylactère de Romulus), une entre dans la série des gemmes destinées à attirer la chance (Mastrocinque 406), mais la finalité des 3 dernières (Mastrocinque 636, 638 et Bonner 340) ne saurait être précisée faute d’élément discriminant. Ainsi, même si on peut souligner la similitude de visée thérapeutique (infection cutanée) entre le phylactère dit de Romulus, la gemme à la fourmi et la préparation du flacon d’Amboise, il paraît difficile en l’état des données d’attribuer à notre charaktêr une signification précise, d’autant que la finalité de certaines amulettes nous échappe totalement. De même que l’on ne saurait préciser s’il s’agit stricto sensu du même charaktêr lorsqu’il apparait partiellement bouleté (gemme à la fourmi Mastrocinque 552) ou dans différentes positions (couché sur le côté : Mastrocinque 636, inversé : tablette de Romulus et gemme Mastrocinque 406)74.

3.2. L’étoile à 8 rayons

  • 75 Andrieu, 2017, graffites en étoile : n°122 (11 rayons), n°124 (13 rayons), n°397 (11 r (...)

38Les graffiti en forme d’étoile à 6 rayons ou plus constituent des marques régulièrement attestées sur les céramiques. Ainsi par exemple, sur les 688 graffites étudiés par M. Andrieu (2017), une dizaine semble correspondre à des étoiles (soit 1,4 % du corpus), mais seulement 5 sont assurées et suffisamment complètes pour dénombrer le nombre de rayons : aucune n’en compte 875.

39Ce qui rend l’étoile du gobelet de Tours (fig. 18) particulièrement remarquable, c’est surtout son association avec le charaktêr précédent et l’abécédaire grec gravé à sa suite.

  • 76 Mastrocinque, 2014 : 51 occ., Bonner 1950 : 29 occ, Kotansly 1994 : 6 occ.
  • 77 Mastrocinque, 2014, n°240, 256, 258, 261.

40Avec plus de 7,4 % du corpus, l’étoile à huit rayons apparaît nettement plus fréquemment parmi les charaktêres du corpus de comparaison étudié ici76. Elle est parfois associée au charaktêr précédent (voir fig. 10 et 14) ou au serpent Chnoubis77.

  • 78 Mastrocinque, 2012, p. 540 ; 2014, p. 222.

41Lorsque l’étoile à 8 branches est pommetée, telle que figurée sur l’instrument du magicien (fig. 19), elle est expressément attribuée par diverses inscriptions et textes contemporains des papyrus magiques à l’une des sept planètes, en l’occurrence la plus puissante : le soleil78.

  • 79 Mastrocinque, 2014, n°20, 22, 25, 28, 33, 40, 50, 54, 82, 93, 131, 132, 152, 159, 168, (...)
  • 80 En une version moins puissante ?

42Sur les gemmes magiques, l’étoile à 8 rayons non pommetée apparaît en opposition à un croissant de lune sur une quarantaine de gemmes magiques du Cabinet des Médailles79 : ainsi, même non pommetée, cette étoile semble également désigner le soleil80.

Fig. 18. Détail de l’étoile à huit rayons gravée sur l’épaulement du gobelet de Tours. Noter, dans le quart supérieur droit, un petit cercle gravé entre deux rayons.

Fig. 18. Détail de             l’étoile à huit rayons gravée sur l’épaulement du gobelet de             Tours. Noter, dans le quart supérieur droit, un petit cercle gravé             entre deux rayons.

cliché : S. Linger-Riquier

Fig. 19. Avers de l’instrument de magicien n°617.

Fig. 19. Avers de             l’instrument de magicien n°617.

D’après Mastrocinque, 2014, p. 221-222.

3.3. L’abécédaire grec

43À la suite de l’étoile à 8 rayons, apparaissent les trois premières lettres de l’alphabet grec gravées en majuscule sur l’épaulement du gobelet de Tours (fig. 20).

  • 81 Fourré et al., 2020 ; Brunie et Taquet, 2020, p. 209.
  • 82 Aucune des colonies grecques de Gaule ou d’Espagne n’en n’ont livré (Bats, (...)
  • 83 Il semble à ce propos que l’ostracon le plus ancien de Lattes ne revête pe (...)

44À notre connaissance, si une quinzaine d’abécédaires en cursives latines sont recensés en Gaule lyonnaise81, seulement deux abécédaires grecs sont répertoriés en Gaule et proviennent de Lattes82 (fig. 21). L’abécédaire du gobelet de Tours apparaît donc tout à fait exceptionnel, d’autant plus pour une période aussi tardive. Par ailleurs, son association avec des charaktêres permet d’emblée d’écarter son caractère didactique83.

Fig. 20. Détail de l’évocation de l’abécédaire gravé sur l’épaulement du gobelet de Tours, à la droite de l’étoile à 8 rayons.

Fig. 20. Détail de             l’évocation de l’abécédaire gravé sur l’épaulement du gobelet de             Tours, à la droite de l’étoile à 8 rayons.

cliché : S. Linger-Riquier

Fig. 21. Ostraca aux abécédaires grecs de Lattes, des iiie et iie siècle av. J.-C.

Fig. 21. Ostraca aux abécédaires             grecs de Lattes, des iiie et iie             siècle av. J.-C.

D’après Bats, 2011, fig. 22.

  • 84 Des sources grecques seraient à l’origine des passages des recettes magiques dans son (...)
  • 85 Dasen et Nagy, 2012, p. 292 ; Mastrocinque, 2014. Il est également employé sur (...)
  • 86 Nutton, 2016, p. 185.

45Pline se plaît à souligner que les Grecs ont eu non le goût mais la rage de la magie, qu’ils auraient adoptée et diffusé selon lui (HN, XXX, 6-10)84. De fait, le grec est précisément la langue des amulettes magiques bénéfiques85, comme la médecine qui est perçue « comme une chose grecque » durant l’époque impériale86.

  • 87 Nenci, 1998, p. 580.
  • 88 Tablettes avec répétition des voyelles : Lejeune, 1952 ; 1953, p. 59-60.
  • 89 Ruelle, 1889, p. 40.
  • 90 Waegeman, 1987.
  • 91 Ruelle, 1889, p. 42.
  • 92 Waegeman, 1987.

46Hérité de l’alphabet phénicien, l’alphabet grec semble avoir de tout temps revêtu d’un caractère magique87, comme certains abécédaires grecs d’Étrurie ou des Vénètes88. Les 7 voyelles seraient corrélées aux 7 planètes et aux 7 notes musicales de la lyre d’Apollon89. D’après le livre I des Cyranides, chaque lettre était attachée à un signe et à une puissance particulière90. La première lettre, A (alpha), corrélée à la Lune selon la documentation papyrologique91, serait la plus puissante et la première invoquée pour apporter la faveur des puissants92.

  • 93 Information communiquée par mail, le 16/01/2021.

47Selon M. Bats93, que nous remercions, les charaktêres associés à l’évocation de l’abécédaire grec seraient « destinés à renforcer le pouvoir de l’alphabet grec, censé, lui, exprimer la science » : l’inscription de ces lettres grecques sur le vase correspondrait donc à une forme d’expression du savoir, considéré comme source de pouvoir, dont l’invocation aurait pour but de renforcer la puissance (ou l’efficacité thérapeutique ?) de son contenu, en l’occurrence, du vin rouge poissé.

3.4. Charaktêres et médecine rationnelle

  • 94 Frankfurter, 2019, p. 655.
  • 95 PGM 1. 264-76. Traduction française : Martin, 2002, p. 28. Voir aussi Frankfurter, 201 (...)
  • 96 Gaillard-Seux, 2015, p. 214.
  • 97 Jouanna, 2011, p. 49.
  • 98 Racine de pivoine pour un épileptique (Médicaments simples, App. 2, 4), jaspe (...)
  • 99 Jouanna, 2011, p. 64-65.
  • 100 Jouanna, 2011, p. 66.
  • 101 Gaillard-Seux, 2015, p. 223 ; Boudon-Millot, 2003, p. 129.
  • 102 Soranos, Gyn. 3, 12, 110-113.

48Dans les papyrus grecs magiques, les gemmes magiques et les phylactères, les séquences de charaktêres en tant que « letters of power » se distinguent par l’absence de système de référence94 : elles sont invariablement destinées à être inscrites sur des substances qui, de ce fait, prennent une signification puissante, apotropaïque95. Par leur action magique, dite naturelle, ces charaktêres sont destinés à renforcer l’efficacité du remède96. Il semble que de telles pratiques, omniprésentes dans l’encyclopédie de Pline, soient également parfois employées par des médecins aussi rationnels que Galien, qui est, comme souligné par J. Jouanna97, un « observateur curieux de procédés magiques couronnés de succès » et ouvert à l’expérimentation pour l’emploi d’amulettes dans certaines pathologies98 : l’efficacité validée par l’expérience s’oppose parfois à la rationalité d’un remède et « reste de l’ordre de la conviction née de l’expérience »99. Galien rejette cependant en bloc toute explication d’ordre magique, comme les incantations et les gravures, puisque pour lui, l’effet doit être lié à une propriété spécifique de la substance utilisée, même si elle n’est pas clairement identifiée100. Cependant, alors qu’il n’était encore qu’un jeune praticien au cours de son premier séjour à Rome, il avoue avoir usé de la crédulité de ces patients pour s’attacher une clientèle fidèle101. Soranos ne semble pas non plus opposé à l’utilisation d’un tel procédé, car « si l’amulette n’a aucun effet direct, du moins l’espoir que place en elle la malade lui redonnera-t-il peut-être du ressort moral102 ». Ainsi, la présence conjointe de charaktêres dont l’étoile solaire, de l’abécédaire grec, l’emploi même du grec, face au contenu rationnel des récipients, placent résolument l’utilisation de ces vases dans des contextes magico-thérapeutiques, à la croisée d’un savoir de type « pharmacopée » et de techniques rituelles performatives.

4. Des perforations en lien avec la thérapeutique magique par transfert ?

4.1. Les principes de la magie médicale : établir un lien et transférer la maladie

  • 103 Gaillard-Seux, 2007, p. 138, p. 151, et note 47. Il semble que la majorité des recette (...)

49Le cadre magico-thérapeutique comme l’enfouissement des vases et leurs mutilations nous conduisent à établir des parallèles avec certaines pratiques qui consistent à se débarrasser de la maladie en ayant recours à des rites de transfert. Ainsi, dans la littérature médicale antique, trois méthodes ont été relevées par P. Gaillard-Seux (1999), principalement chez Pline l’Ancien et Marcellus de Bordeaux (ve siècle apr. J.-C.), afin d’établir un lien sympathique entre le malade et le produit employé, animal, végétal ou minéral, voire un autre être humain, comme dénoncé par Pline103, pour lui transférer la maladie.

  • 104 La rate chaude d’un bouc posée sur la rate d’un homme ou celle d’un chevreau posée sur (...)
  • 105 Idem avec de l’écorce de figuier sauvage ou le câprier pour la rate, racine de vervein (...)
  • 106 Ainsi, selon Pline, si on applique pendant trois jours surtout sur l'estomac, (...)

50La première consiste à établir le lien par contact entre la partie du corps malade et une substance animale104 ou végétale105, suivant des procédés variés (application du produit sur le corps, port en amulette, prise en potion), puis d’exposer le produit à la fumée pour le dessécher : la maladie est censée diminuer parallèlement à la dessiccation de la substance106.

  • 107 Des cailloux quelconques ramassés sur un lieu de passage sont utilisés pour (...)
  • 108 Gaillard-Seux, 1999, p. 26.

51Dans la seconde, plus fréquente, une substance végétale ou minérale107 est mise en contact avec le mal, puis jetée derrière soi ou au feu, enfermée, enfouie ou détruite : l’essentiel étant de faire disparaître l’objet du transfert pour faire disparaître la maladie. Cette technique est essentiellement employée pour traiter les problèmes cutanés (verrues, furoncles, clous, orgelets), mais d’autres maladies sans lien entre elles peuvent être soignées de la même façon (mal de tête, mal de dents, splénomégalie), ces rites pouvant s’adapter à pratiquement tous les maux108.

  • 109 L’acte consiste à partager un cerisier en deux dans le sens longitudinal et à faire pa (...)

52Enfin, la troisième méthode, rare et non associée à une maladie particulière, consiste à transférer la maladie à une plante, dont la reprise entraîne parallèlement la guérison du malade109.

  • 110 Pline, HN, XXVIII, 86 ; XXII, 135 ; Gaillard-Seux, 1999, p. 26 ; Galoppin, 2015, p. (...)
  • 111 Mauss, 1902, p. 40.

53Ces pratiques de transfert procèdent parfois sans contact, par l’intermédiaire de rognures d’ongles, de la parole, du regard ou d’un geste110. Ainsi, selon ce principe, quelle que soit la méthode utilisée, le lien établi entre le malade et le remède qui lui est destiné, constitue « une relation de sympathie qu’on peut utiliser pour soigner la première par l’intermédiaire de la seconde »111. Le lien étant établi (par application externe ou ingestion), la maladie serait alors transférée par l’action mimétique : le vase devenant ainsi au corps (ou à un organe) ce que le remède est à la maladie ?

4.2. Qu’importe le flacon ?

  • 112 Traité des Maladies IV, 39, trad. R. Joly.
  • 113 Joly, 1966, p. 75-81 : « la physique du récipient ».
  • 114 De la Génération, de la Nature de l’enfant, XXXIII, 1-2, Joly.
  • 115 Ibid., LI, 8 ; Joly, 1966, p. 78.
  • 116 Jouanna, 1992, p. 432.
  • 117 Joly, 1966, p. 78.
  • 118 Ancienne médecine, c11 ; Jouanna, 1992, p. 442, 449.
  • 119 Villard, 1992, p. 90-92.
  • 120 Hérida, 1998, p. 11.
  • 121 Ancienne médecine, 22.

54Dans cette pratique magique par transfert, aucun récipient n’est mentionné par Pline ni Marcellus, alors que pour expliquer le fonctionnement interne, la conception anatomique et physiologique du corps est présentée par autant d’analogies avec des récipients dans le corpus hippocratique112 : chaque organe est considéré comme une sorte de récipient – le corps lui-même étant un vaste récipient contenant des fluides qui circulent entre les différents organes-récipients113. Certains organes sont plus particulièrement considérés comme des réservoirs d’humeurs : « pour le sang, le cœur, pour le flegme, la tête ; pour l’eau, la rate ; pour la bile, un endroit du foie114 ». Chacun de ces réservoirs puise (par les veines) au ventre (réservoir d’humeurs) l’humeur qui lui est propre. La tête notamment, qui est creuse, pompe le flegme ; la chair, elle, s’emplit comme une éponge115. Les maladies se logent dans les « cavités du corps »116 et « proviennent essentiellement d’un trop-plein non évacué117 ». De la physiologie de la digestion jusqu’à la pathologie des fièvres, le fonctionnement du corps est considéré comme une sorte de cuisson dans une marmite ou de fermentation dans une cuve118. L. Villard a également souligné la propension des médecins grecs à utiliser les vases dans les raisonnements par analogie, selon la volonté de rendre clair et visible les phénomènes invisibles119. L’idée essentielle est de qualifier le creux qui désigne concurremment des vases et des cavités anatomiques, selon une dualité évidente. Quant à la peau, organe visible s'il en est, son observation attentive apporte des informations précieuses pour les affections dites internes et constitue ainsi une sorte de miroir de l'intérieur120. Les vases auraient donc avec le corps un certain nombre de points communs, essentiels dans le raisonnement des médecins : « de même les ventouses, qui, larges au fond se rétrécissent vers le goulot, ont été imaginées pour attirer les humeurs hors les chairs […]. Parmi les organes intérieurs du corps, une constitution et une forme de ce genre ont été données à la vessie, à la tête et à l’utérus. Et manifestement ce sont les parties qui aspirent le plus, et elles sont toujours pleines d’un liquide qu’elles ont attiré »121.

  • 122 Dasen, 2002, p. 6 ; Dasen et Ducaté-Paarmann, 2006.
  • 123 Dasen, 2008, fig. 1 à 3.
  • 124 Baills et Dasen, 2008, p. 599.
  • 125 Portat et al., 2013, p. 53.

55Des comparaisons entre certaines parties du corps et des vases sont dès lors clairement établies : la matrice est assimilée à un vase (en grec angos)122, un récipient muni d’un fond, d’un col et d’une embouchure. Sur les gemmes magiques, l’utérus prend ainsi la forme d’un pot/ventouse à panse ronde et col resserré, souvent fermé par une clé123. Selon cette conception, le fait de replacer un périnatal décédé dans une amphore, une marmite ou un pot à cuire à panse arrondie symboliserait un retour au milieu matriciel originel124. Les manipulations indispensables à l’introduction d’un petit corps dans un récipient peu adapté à une telle fonction confirmeraient cette conception125. L’image est d’autant plus forte que les bébés sont placés manifestement nus et en position fœtale dans le récipient, comme un écho à leur situation in utero.

  • 126 Hippocrate, Génération, 9.
  • 127 Hippocrate, Génération, 10.

56Le rôle de la matrice dans la gestation est clairement défini dans le Corpus Hippocratique par l’auteur du traité Génération : « si tous les enfants qui naissent sont faibles, les matrices en sont cause, étant plus étroites qu'il ne convient ; car, si le fœtus n'a pas l'espace où se développer, nécessairement il sera mince, manquant d'une place proportionnée à sa croissance »126. Il précise que si la matrice est déformée, naturellement ou à la suite d’un choc, l’enfant sera malformé à l’endroit correspondant127 : la matrice agirait comme un moule qui modèle l’embryon pendant la grossesse. Cette conception déterminante de la matrice dans le bon développement fœtal conduit à s’interroger sur une possible analogie entre une matrice défectueuse (à l’origine d’un décès prématuré) et la qualité des récipients sélectionnés dans la pratique de l’enchytrisme : quels regards doit-on porter sur les pots très fréquemment de piètre qualité, présentant des défauts de tournage, de cuisson ou de décor dans lesquels sont déposés les bébés ? ont-ils été seulement achetés au rabais ? Ne revêtent-ils pas une dimension plus symbolique en lien avec l’imperfection d’une matrice qui n’a pu assurer au bébé une croissance viable ?

  • 128 Soranos d’Éphèse, Maladie des femmes II, 46, 4, trad. D. Gourevitch. Voir (...)
  • 129 Dans une nécropole d’Évreux (Eure), l’inhumation d’une adolescente, âgée d (...)

57D’autres exemples semblent refléter les analogies évoquées dans les textes. Ainsi, les biberons, ces petits vases assimilés à un sein de femme et donc propre à nourrir les nourrissons : « si l’enfant à soif après avoir mangé on lui donnera de l’eau pure rougie à boire à la tétine artificielle : ce genre d’instrument lui permet de tirer le liquide peu à peu sans risques, comme d’un sein »128. Dans certains cas, il pourrait symboliser une grossesse non aboutie, voire l’enfant perdu129.

  • 130 Poux, 2004, p. 280-284.
  • 131 Poux, 2004, p. fig.151a.

58La métaphore analogique entre un corps humain (peut-être plus particulièrement féminin ?) et une amphore a également été soulignée par M. Poux130, suite à la découverte de l’étrange dépôt du site de Bâle Gasfabrik (Suisse). Il est composé du squelette d’une jeune fille soumis à une décollation post mortem déposé au centre d’un cercle formé de quatre amphores décolletées et environné des restes de plusieurs dizaines d’autres amphores toutes amputées de leur col (fig. 22). A contrario, le site du Verbe Incarné de Lyon a livré le crâne d’une jeune femme placé directement contre la panse d’une amphore décolletée, selon une mise en scène tout aussi saisissante131.

  • 132 Le dépôt de vases identiques en triple exemplaire semble faire écho à cert (...)
  • 133 Selon Pline, planter un clou de fer à l’endroit qu’à frapper en premier la (...)
  • 134 Baills et Dasen, 2008, p. 608. Cette hypothèse est d’autant plus crédible que, selon l (...)
  • 135 On relève notamment un paragraphe de Pline dans lequel interviennent la prise d’eau de (...)

59Dans le même ordre d’idée, on soulignera la particularité de la sépulture du iiie siècle apr. J.-C. de la nécropole de la Calade à Cabasse (Var), dans laquelle le crâne d’un enfant d’environ 4 ans repose sur 4 grands clous selon un agencement identique à celui de 3 olpès, elles-mêmes entourées de 4 clous identiques disposés près du corps (fig. 23). L’une d’elles (n°279) est transpercée d’un grand exemplaire (n°283) laissé fiché dans la panse. On soulignera que les 3 récipients présentent un volume identique à celui de la tête de l’enfant132. De fait, leur gabarit, comme la disposition des clous, établit un lien direct entre eux : la métaphore analogique entre la tête de l’enfant et les vases à liquide apparaît ici clairement exprimée. Dans cette tombe singulière, cette disposition pourrait révéler un rite prophylactique visant à protéger le mort, en transférant la maladie aux récipients. La présence de clous plantés en terre133 évoque l’épilepsie134, mais d’autres hypothèses ne sont pas à écarter135.

D’après Poux, 2004, fig. 150 et 151b.

Fig. 23. Plan de la sépulture 40 de la nécropole de la Calade à Cabasse (Var).

Fig. 23. Plan de la             sépulture 40 de la nécropole de la Calade à Cabasse (Var).

D’après Bérard, 1963, fig. 4.

60Quoi qu’il en soit, les métaphores analogiques entre des récipients et le corps ou une partie du corps humain restent difficiles à mettre en évidence et leur importance à évaluer, mais elles ne peuvent cependant être négligées, d’autant plus en contexte funéraire, cultuel ou magique, pour lesquels la mise en œuvre de chaque objet revêt un sens, une intention spécifique, qui nous échappe la plupart du temps.

4.3. Les perforations, mutilations : la dégradation du vase-transfert

  • 136 Gaillard-Seux, 1999, p. 24-25.
  • 137 Un successeur de Pline, Q. Sérénus, possible contemporain de Marcellus, précise (...)
  • 138 Galoppin, 2017, p. 63-64.

61Dans le processus de la thérapeutique magique, une fois la maladie « transférée », le suivi de son évolution s’observe à travers la dégradation de l’objet-transfert : cette dégradation peut être naturelle (dessèchement du corps de l’animal ou de la plante) ou « accélérée » par son exposition au soleil ou à la fumée. Le dessèchement progressif de l’objet est censé provoquer en parallèle la rétraction du mal traité. Dans certains cas, l’objet peut être jeté au feu pour faire disparaître d’un coup le problème136. Quand un animal est utilisé pour transférer la maladie, sa mise à mort n’est pas explicitée par Pline137 puisqu’elle est censée être automatique lorsque la maladie passe en lui : c’est avant tout l’altération visuelle du produit qui importe dans ce type de thérapeutique138.

62Selon ce principe, une fois la maladie transférée, l’objet-récepteur doit se dégrader. Or, contrairement à l’animal ou à la plante, le vase en terre cuite est une matière inerte sur laquelle il faut intervenir physiquement pour obtenir une dégradation : ce que nous observons avec les mutilations des vases et la calcination partielle du gobelet de Tours.

  • 139 Terme qui s’applique chez les romains à tout enchantement et qui a donné le terme defi (...)
  • 140 Est-ce le sens à donner au clou resté planté dans l’olpé de la tombe de la Calade évoq (...)
  • 141 En ce sens, les vases mutilés retrouvés dans les tombes entrent-ils dans c (...)

63L’usage d’ustensiles pointus (clous) et/ou tranchant (lame), à l’origine des mutilations observées sur les deux vases, relève de gestes précis qui ne cherchent manifestement pas à les briser, mais seulement à les mutiler, à les defigere (percé, transpercé, enfoncé)139 : ils pourraient ainsi faire l’objet de défixion. Faut-il alors imaginer que le planteur de clou condamne ainsi le possesseur du vase (médecin qui n’aurait pas réussi à soigner le malade ?)140, voire le malade dont il souhaiterait la mort ? Mais, dans le cas de nos vases, en l’absence des clous, les mutilations observées ne constitueraient-elles pas cette dégradation de l’objet transfert nécessaire au déclenchement de la guérison et au suivi de son évolution ? Et dans ce cas, le nombre de mutilation pourrait-il être représentatif de la durée du processus141 ?

4.4. L’enfouissement : rompre le lien et faire disparaître la maladie

  • 142 L’enfant de Calade serait-il décédé avant la fin du rituel ?
  • 143 Gaillard-Seux, 1999, p. 26 ; Galoppin, 2015, p. 205 ; 2017, p. 63.
  • 144 La présence de résidus carbonés pulvérulents sur sa surface interne exclu un milieu (...)

64L’acte ultime du principe thérapeutique magique par transfert est de se débarrasser de la maladie par le jet, l’enfouissement ou la destruction de l’objet-récepteur. Cette étape essentielle consiste à rompre le lien de continuité établi entre l’affection et l’objet142, et littéralement, à faire disparaître le mal par son enfouissement, afin d’obtenir la guérison finale143. Nous ne connaissons malheureusement pas le contexte de découverte du gobelet de Tours. En revanche, nous observons que sa partie supérieure est calcinée, soit la zone des charaktêres et de l’abécédaire grec. Il pouvait donc être positionné à l’envers sur un foyer dans lequel il était partiellement enfoncé et peut-être a-t-il été enfoui ainsi144. En ce qui concerne le flacon d’Amboise, il provient du fond d’une citerne rapidement comblée après le rejet du récipient, sans doute plus précisément pour faire disparaître le vase – et donc par analogie, la maladie – que pour condamner stricto sensu la citerne. L’accès au contenu des récipients et la confrontation des différentes données (archéologiques, historiques, pharmaceutiques, magiques), permettent d’émettre de nouvelles hypothèses de travail et d’enrichir les pistes de recherches.

65Ainsi, aux côtés des phylactères et surtout des gemmes magiques, les vases d’Amboise et de Tours figurent parmi les objets qui témoignent de l’articulation étroite entre un savoir de type « pharmacopée » (ici d’origine méditerranéenne), des techniques performatives (écriture efficiente) et des manipulations rituelles des récipients. Ils montrent à quel point médecine et magie coexistaient étroitement. D’après les textes, ceci n’aurait rien d’exceptionnel en cas de maladie, mais sa manifestation archéologique reste encore trop rarement mise en évidence.

Appendice. Gemmes magiques utilisées dans cette étude

66- Gemme magique n°263 de Mastrocinque 2014, CBd-345 (fig. 5). ier-iiie siècle apr. J.-C. Calcédoine blanche. 2,05 x 1,60 x 0,38 cm. Provenance : Turquie, 1904, collection Froehner 2907).

  • Avers. Chnoumis à tête de lion vers la gauche, entourée de 12 rayons et d’un nimbe double ; le corps est lové en une simple boucle au-dessus de 3 charaktêres. Dans le champ : un charaktêr en forme de Z barré de chaque côté.
  • Revers. XNO YBI signe de Chnoumis KYPIΛ ΛAC : l’inscription signifie « Chnoumis. [amulette] de Kyrilla » (d’après Mastrocinque, 2014, p. 105).

67- Gemme magique n°479 de Mastrocinque 2014 (d’après Delatte, Derchain, 1964, n°431), CBd-3707 (fig. 6). Jaspe jaune. 1,5 x 1,1 x 0,28 cm. Monture moderne.

  • Avers. Iconographie de type égyptienne figurant un personnage debout vêtu d’un manteau à tête de taureau, tenant un lièvre dans la main gauche et une situle dans la droite. En Égypte, le taureau et le lièvre sont des symboles lunaires. L’inscription mentionne le dieu Phrê, correspondant à la transcription grecque de l’égyptien pa ra « le Soleil ».
  • Revers. 6 charaktêres (d’après Mastrocinque, 2014 : 79, 180).

68- Gemme magique n°552 de Mastrocinque 2014, CBd-3785 (fig. 7). Jaspe vert. 1,25 x 0,90 x 0,20. ier-iiie siècle apr. J.-C. Collection De Clercq n°3497.

  • Avers. Fourmi.
  • Revers. 4 lignes de charaktêres (mot « ΛECEE » sur la 3e ligne).

69- Gemme magique CBd-231 (fig. 8). Hématite noire. Deuxième moitié iie – première moitié iiie siècle apr. J.-C. Gemme magique gréco-romaine figurant Harpocrate sur Bès Akephalos, Khnoum et Isis debout sur un serpent ouroboros contenant des charaktêres(Michel, 2001, n° 54.2.k.5 ; Dakkach, 2018, fig.61).

70- Gemme magique Bonner n°8, CBd-1096 (fig. 9). ii-iiie siècle apr. J.-C. Jaspe vert à noir. 0,22 x 0,29 x 0,03 cm. Metropolitan Museum of Art.

  • Avers. Momie d'Osiris, tête couronnée du disque solaire, à gauche, couchée sur le dos d'un lion marchant à gauche. Derrière eux : Anubis à tête de chacal debout à gauche, habillé, la main droite levée en guise de salutation, la main gauche tenant une clé. Autour, Isis et Nephthys ailés, avec des couronnes d'Isis sur la tête, protégeant la momie d'Osiris. Inscription sur le pourtour, commençant en bas à gauche : βαινχωωωχαβρασαξ Βαϊνχωωωχ, Ἀβρασάξ (Bainchooobrasax Bainchoooch Abrasax).
  • Revers. Deux lignes de charaktêres, 3e ligne : série des 7 voyelles grecques (d’après Bonner, 1950, Plate I, n°8 ; CBd-1096, http://cbd.mfab.hu/​cbd/​1096).

71- Gemme magique n°619 de Mastrocinque 2014 (d’après Delatte, Derchain, 1964, n°518), CBd-3843 (fig. 10). Obsidienne brune. 2,90 x 2,30 x 0,38 cm. Collection Schlumberger 367.

  • Avers. à l’intérieur d’un serpent ouroboros, 8 lignes comprenant surtout des charaktêres, et 4 figurent des séries de voyelles.
  • Revers. 9 lignes, essentiellement composées de charaktêres et quelques mots parmi lesquels peut être « Asclépiade Asclei » ? et « protège ! » (d’après Mastrocinque, 2014, p. 222-223).

72- Gemme magique CBd-401 (fig. 11). 1,3 x 1,0 x 0,3 cm. Corail mat. Usée. iiie siècle apr. J.-C. Acquis à Alexandrie. Coll. Brit. Mus. Inv. G 207, EA 56207. (d’après The Campbell Data Base, http://cbd.mfab.hu/​cbd/​401/​?sid=4144).

  • Avers. Faucon ?
  • Revers. 3 lignes de charaktêres

73- Gemme magique n°636 de Mastrocinque 2014 (d’après Delatte, Derchain, 1964, n°526) (fig. 12). Cornaline en cabochon. 1,60 x 0,90 x 0,70 cm. Collection Blanchet 49 (d’après Mastrocinque, 2014, p. 222-223).

  • Avers. 5 lignes essentiellement composées de charaktêres y figurent. Le signe apparait à plusieurs reprises, mais penché à gauche.

74- Gemme magique n°638 de Mastrocinque 2014, CBd-3866 (fig. 13). Lapis-lazuli. 0,24 x 0,17 x 0,04 cm. Coll. Cabinet des Médailles (d’après Mastrocinque, 2014, p. 226)

  • Avers. 18 charaktêres,
  • Revers. Convexe, non gravé.

75- Gemme magique Bonner n°340, CBb-1508 (fig. 14). Stéatite. 0,36 x 0,31 x 0,05 cm. Perforée. Collection Michigan, d’origine Syrienne (d’après Bonner, 1950, p. 310 et pl. XVIII, n°340 ; http://cbd.mfab.hu/​cbd/​1508/​?sid=988).

  • Avers. Figure humaine maladroitement exécutée à vêtement long, tête ronde en nimbe, debout tournée à gauche et tenant un objet incertain en amande, faisant face à un grand serpent à bouche ouverte en face. Sur sa tête un ornement en forme de triangle debout sur son apex. Étoile à 8 branches derrière sa tête. Petit autel (?) à 3 pattes entre le serpent et l'homme, et 3 croissants plats derrière l'homme. Globe ailé en exergue. Le dessin est entouré d'une rainure avec de courts traits croisés qui correspond probablement au serpent ouroboros.
  • Revers. 3 lignes de charaktêres, séparées par des bandes horizontales

76- Gemme magique n°406 de Mastrocinque 2014, CBd-3641 (fig. 15). ier-iiie siècle apr. J.-C. Hématite. 2,74 x 1,35 x 0,32 cm. Collection Seyrig, A Seyrig 95.

  • Avers. Hermès debout, de face, la tête vers la gauche couronnée de 2 petites ailes, couvert seulement d’un manteau, tient de la main droite une bourse et de la gauche le caducée.
  • Revers. EY ΠΟ ΡΙ suivi du charaktêr (renversé) qui nous intéresse.

77- Avers de l’instrument de magicien Mastrocinque n°617 (fig. 19), figurant notamment les 7 charaktêres se référant aux planètes, respectivement : Vénus, Zeus, Saturne et Mars (ou l’inverse), Hermès, le Soleil et la Lune, suivis des 7 voyelles (dans l’ordre alphabétique) qui sont leurs voix : A, E, I, H, O, Y et Ω. Jaspe vert clair en forme d’amande irrégulière. 0,66 x 0,49 x 0,13 cm. D’après Mastrocinque, 2014, p. 221-222.

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Notes

1 Garnier et Valamoti, 2016.

2 Bérard, 1963, p. 305 ; Allain et al., 1991 ; Loison et al., 1991 ; Blaizot et al., 2001, p. 309.

3 Ce quartier est abandonné aux alentours du milieu du ier siècle apr. J.-C. : Couderc et al., 2019.

4 Couvin, 2005, p. 108.

5 Hauteur : 26 cm. Diamètre ouverture : 8,2 cm.

6 Linger-Riquier et al., 2020.

7 Collection SAT, n° inv. HG.841.001.0047. Provenance : « boulevard Béranger, palais de justice ou gare », don : Boileau 1841. S’il provient de la gare, il viendrait de la nécropole antique.

8 Couvin, 2012, p. 162.

9 Cadalen-Lesieur, 2005, p. 218.

10 Hauteur : 18,5 cm. Diamètre ouverture : 10 cm.

11 Garnier, 2018.

12 Des gisements sont largement attestés et exploités en Sicile et en Italie (Romagne, Campanie notamment), mais quelques-uns, moins connus, sont également répertoriés dans le sud de la France, près de Marseille, Apt et Narbonne (Marres, 1937).

13 Question à laquelle les analyses organiques ne permettent pas de répondre.

14 Villard, 1992, p.83-84, 90 ; Caton, Agr. 85 ; Pline, HN, XXVIII, 46, 65, 126, 142, 168.

15 Pline, HN, XXIV, 37-38.

16 Il s’agit de vieille graisse de porc : Pline, HN, XXVIII, 136.

17 André, 2009, p. 183.

18 Pline, HN, XX, 24

19 Pline, HN, XX, 27.

20 Linger-Riquier et al., 2020, p. 537.

21 Le soufre est très présent dans les rites de purification, comme en thérapeutique dès l’époque archaïque en Grèce (Homère, Odyssée, XXII, p. 481-494, Iliade, XVI, p. 228-230 ; Von Staden, 1991), ce dont Pline se fait également écho (XXXV, 50) (Linger-Riquier et al., 2020, p. 535-536).

22 Chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (Gas Chromatography-High Resolution Mass Spectrometry). L’application de cette technique aux matériaux archéologiques, nettement plus sensible que la GC-MS évoquée supra a récemment été développée et optimisée par le laboratoire Nicolas Garnier.

23 LNG, rapport interne inédit.

24 Jouanna, 1996, p. 411-413.

25 Galien, Commentaire au Régime dans les maladies aiguës III, c. 1, Kuhn XV, 626, 4sq. (= CMG V 9, 1, éd. Helmreich 218, 6sq.).

26 Jouanna, 1996, p. 422.

27 Ibid., p. 415.

28 Galien, Sur les médicaments simples VII, c. 15, 2, Kühn XII, 88.

29 Jouanna, 1996, p. 429.

30 Hippocrate, Affections, c. 40, Littré VI, 250, 10 sq.

31 C’est sans doute pour compenser au moins en partie la perte de sang qu’Hécamède offre à Machaon blessé à l’épaule, une coupe d’un breuvage revigorant composé de vin noir (aussi noir que le sang qui gicle de sa blessure), de fromage de chèvre râpé et de farine blanche (Homère, Iliade, XI, 620).

32 Galien, Des bons et des mauvais sucs, cil, Kuhn VI, 803, 1.

33 Galien, Des propriétés des aliments III, c. 40, Kûhn VI, 744, 3-5.

34 Jouanna, 1996, p. 423-424.

35 Dioscoride, Mat. Med. V, 6, 10 ; Pline, H.N., XIV, 58.

36 Pline, HN XIV, 58.

37 Jouanna, 1996, p. 431.

38 Hippocrate, Lieux dans l'homme, c. 47, Littré VI, 346, 7 et 11.

39 Jouanna, 1996, p. 433.

40 Grosbois, 2019, p. 115-116.

41 Grosbois et Mortreau, 2020, fig. 17, n°114-115, p. 438-439.

42 Sylvestre, 2017, pl.60, n°524, 526, 530, pl.61, n°543.

43 Andrieu, 2017, p. 373.

44 Ibid., n°136.

45 Sylvestre, 2017, p. 114.

46 Dasen et Nagy, 2019, p. 427-434. Selon la préconisation des auteurs antiques, portées en pendentif ou mises dans un petit sac, les amulettes étaient mises en contact avec le corps pour lui communiquer leurs propriétés ; leur position variait donc en fonction de l’endroit douloureux (Dasen, 2013, p. 50-51).

47 Ces quelques comparaisons n’ont aucune prétention à l’exhaustivité. Par ailleurs, la recherche par mot clé « charaktêres » dans la Campbell Data Base (http://cbd.mfab.hu/object/search) sélectionne 854 gemmes, dont 14 portent le signe qui nous intéresse, soit 1,6 % du corpus, dont 10 des 11 gemmes présentées ci-dessous (référence précisée le cas échéant). Les autres sont les n°CBd-672, CBd-878 (signe couché à d.), CBd-1096 et CBd-2565.

48 De deis et mundo, XV, 2.

49 Mastrocinque, 2012, p. 541-542.

50 Un charaktêr identique apparaît également sur le revers de la gemme CBd-1096, à la thématique funéraire.

51 En astrologie médicale, il correspondrait au premier décan du signe du Lion, qui régit la kardia, terme qui désigne le cœur, l’estomac ou le ventre d’une manière large. L’ajout de la couronne de rayons sur les gemmes magiques le désigne comme une divinité solaire supérieure à un simple décan (Dasen et Nagy, 2012, p. 295).

52 Dasen et Nagy, 2012, p. 292.

53 Dasen et Nagy, 2012 ; Mastrocinque, 2014, p. 91-98.

54 Socrate et Denys 35, Lancellotti, 2001, p. 450.

55 Ruelle, 1908, p. 267 ; Mastrocinque, 2014, p. 23. Le taureau portait également quatre ailes et une ceinture (qui ne sont pas représentées ici). Ce « Bos » faisait partir les douleurs produites à l’orifice de la verge, les ulcères charbonneux et inflammatoires (Ruelle, 1908, p. 267).

56 Mastrocinque, 2014, p. 180.

57 Ruelle, 1908, p. 251.

58 Delatte et Derchain, 1964 ; Mastrocinque, 2014, note 473.

59 Pline, HN, XXX, 39. Par ailleurs, on soulignera que le mot grec μυρμηκιά (murmêkia) désigne autant la « fourmilière » qu’une verrue plantaire de type endophytique (https://dictionnaire.academie-medecine.fr) : la fourmi figurée sur cette gemme était donc peut-être destinée à soigner ce type d’infection ? (Nous remercions les reviewers pour cette suggestion).

60 Dakkhach, 2018, p. 69.

61 Dasen, 2002, p. 170.

62 Dakkach, 2018, p. 64.

63 voir : http://cbd.mfab.hu/pandecta/2187

64 Mastrocinque, 2014, p. 21.

65 Dakkach, 2018, p. 69.

66 Voir : http://cbd.mfab.hu/cbd/401/?sid=4144. Cette thématique apparait sur la gemme CBd-1096 en jaspe noir, figurant la momie d’Osiris.

67 Mastrocinque, 2014, p. 23.

68 Ruelle, 1908, p. 251.

69 Découvert en Crète et conservé au British Museum (dimensions non connues). Époque romaine.

70 Kotansky, 1994, n°43.

71 Ibid., fig. 20.

72 Ibid., p. 81. Selon Plutarque, Lucrèce et Pline (HN, XXVI, 5), il s’agirait d’une maladie d’origine égyptienne apparue en Italie au iie ou au ier siècle av. J.-C. Selon le Pseudo-Galien, elle atteint la peau en la rendant épaisse et dure, tachée, avec des aspérités galeuses, faisant penser à celle d’un éléphant (Introductio seu medicus, éd. Kuhn XIV, p. 756f.). Sur l’identification de la maladie et l’absence d’unité nosologique de ce concept : Gmerk, 1994, p. 246-252 ; Hérida, 1998, p. 20-21. 

73 D’après Kotansky, 1994, p. 81-88 ; Belayche et Corré, 2008, p. 28.

74 Le graffito gravé sur le bandeau d’une jatte à collette du ive siècle découverte dans la tombe d’une femme âgée de la nécropole de Lazenay à Bourges (Cher) pourrait ainsi correspondre à ce charaktêr répété deux fois, le second étant inversé et ligaturé au premier (Fourré, 2007, fig. 3, n°1).

75 Andrieu, 2017, graffites en étoile : n°122 (11 rayons), n°124 (13 rayons), n°397 (11 rayons), n°520 (6 rayons) et n°682 (6 rayons imprimés avant cuisson et sur la panse d’une forme fermée indéterminée).

76 Mastrocinque, 2014 : 51 occ., Bonner 1950 : 29 occ, Kotansly 1994 : 6 occ.

77 Mastrocinque, 2014, n°240, 256, 258, 261.

78 Mastrocinque, 2012, p. 540 ; 2014, p. 222.

79 Mastrocinque, 2014, n°20, 22, 25, 28, 33, 40, 50, 54, 82, 93, 131, 132, 152, 159, 168, 170, 175, 187, 188, 192, 257, 272, 277, 278, 304, 356, 360, 363, 382, 387, 394, 411, 422, 449, 468…, soit environ 6 % du corpus étudié.

80 En une version moins puissante ?

81 Fourré et al., 2020 ; Brunie et Taquet, 2020, p. 209.

82 Aucune des colonies grecques de Gaule ou d’Espagne n’en n’ont livré (Bats, 1988, p. 128).

83 Il semble à ce propos que l’ostracon le plus ancien de Lattes ne revête peut-être pas qu’un caractère didactique. Sur la seconde ligne est gravé le début d’un chalinos alphabétique strict : ΚΝΑΞ [ΖΒΙΧΘΥΠΤΗΣΦΛΕΓΜΟΔΡΩΨ], qui a la particularité de réunir les 24 lettres de l’alphabet grec sans répétition et prononcés en 7 syllabes et dont la première attestation apparaît dans un contexte religieux et magique : il aurait été énoncé au ive siècle av. J.-C. par le devin Branchos, pour purifier les Milésiens de la peste (Fournet, 2000, p. 64-65).

84 Des sources grecques seraient à l’origine des passages des recettes magiques dans son œuvre (Gaillard-Seux, 2007, p. 129-130).

85 Dasen et Nagy, 2012, p. 292 ; Mastrocinque, 2014. Il est également employé sur certaines tablettes pour obtenir la libération d’une defixio : Blänsdorf, 2020, p. 19.

86 Nutton, 2016, p. 185.

87 Nenci, 1998, p. 580.

88 Tablettes avec répétition des voyelles : Lejeune, 1952 ; 1953, p. 59-60.

89 Ruelle, 1889, p. 40.

90 Waegeman, 1987.

91 Ruelle, 1889, p. 42.

92 Waegeman, 1987.

93 Information communiquée par mail, le 16/01/2021.

94 Frankfurter, 2019, p. 655.

95 PGM 1. 264-76. Traduction française : Martin, 2002, p. 28. Voir aussi Frankfurter, 2019, p. 649.

96 Gaillard-Seux, 2015, p. 214.

97 Jouanna, 2011, p. 49.

98 Racine de pivoine pour un épileptique (Médicaments simples, App. 2, 4), jaspe vert (gravé ou non) pour soulager les douleurs gastriques (App. 3,3), fiente de loup pour soulager les coliques (App. 4) (Jouanna, 2011, p. 62-65).

99 Jouanna, 2011, p. 64-65.

100 Jouanna, 2011, p. 66.

101 Gaillard-Seux, 2015, p. 223 ; Boudon-Millot, 2003, p. 129.

102 Soranos, Gyn. 3, 12, 110-113.

103 Gaillard-Seux, 2007, p. 138, p. 151, et note 47. Il semble que la majorité des recettes magiques consignées par Pline et Marcellus puissent être considérée comme issus de textes de langues grecque (ibid., p. 129).

104 La rate chaude d’un bouc posée sur la rate d’un homme ou celle d’un chevreau posée sur la rate d’un enfant (Marcellus, De med., 23, 32 et 33, voir Gaillard-Seux, 1999, note 2 et 3), suc d’escargot pour un gonflement de la luette (Pline, HN, XXX, 31), vers de terre pour les écrouelles (Pline, HN, XXX, 39)…

105 Idem avec de l’écorce de figuier sauvage ou le câprier pour la rate, racine de verveine, de renoncule ou d’asphodèle pour les écrouelles (Gaillard-Seux, 1999 : notes 4 à 7), pois chiche pour les verrues (Pline, HN, XXII, 149), 3 grains de fève pour un clou (HN, XXXIV, 54)…

106 Ainsi, selon Pline, si on applique pendant trois jours surtout sur l'estomac, et sur la poitrine du malade des petits chiens avant qu'ils y voient, et s'ils reçoivent de sa bouche des gorgées de lait, ils gagnent sa maladie et finalement en meurent ; en les ouvrants on découvre la nature de l'affection du sujet (HN, XXX, 20).

107 Des cailloux quelconques ramassés sur un lieu de passage sont utilisés pour leur transférer des verrues ou un mal de tête (Pline, HN, XXXIV, 102 ; Marcellus, De med. 1, 54). On relève également l’utilisation de clou usagé emballé dans de la laine et accroché au cou du malade pour lutter contre les fièvres quartes (HN, XXVIII, 46).

108 Gaillard-Seux, 1999, p. 26.

109 L’acte consiste à partager un cerisier en deux dans le sens longitudinal et à faire passer un enfant entre les deux parties de l’arbre pour lui transférer sa hernie, selon Marcellus (De med. 23, 26, voir Gaillard-Seux, 1999, note 30). Pour des transferts de maladies à des arbres ou des buissons durant l’époque moderne : Saintyves, 1918.

110 Pline, HN, XXVIII, 86 ; XXII, 135 ; Gaillard-Seux, 1999, p. 26 ; Galoppin, 2015, p. 169-170.

111 Mauss, 1902, p. 40.

112 Traité des Maladies IV, 39, trad. R. Joly.

113 Joly, 1966, p. 75-81 : « la physique du récipient ».

114 De la Génération, de la Nature de l’enfant, XXXIII, 1-2, Joly.

115 Ibid., LI, 8 ; Joly, 1966, p. 78.

116 Jouanna, 1992, p. 432.

117 Joly, 1966, p. 78.

118 Ancienne médecine, c11 ; Jouanna, 1992, p. 442, 449.

119 Villard, 1992, p. 90-92.

120 Hérida, 1998, p. 11.

121 Ancienne médecine, 22.

122 Dasen, 2002, p. 6 ; Dasen et Ducaté-Paarmann, 2006.

123 Dasen, 2008, fig. 1 à 3.

124 Baills et Dasen, 2008, p. 599.

125 Portat et al., 2013, p. 53.

126 Hippocrate, Génération, 9.

127 Hippocrate, Génération, 10.

128 Soranos d’Éphèse, Maladie des femmes II, 46, 4, trad. D. Gourevitch. Voir également : Jaeggi 2018.

129 Dans une nécropole d’Évreux (Eure), l’inhumation d’une adolescente, âgée de 15 à 19 ans, a livré un biberon, volontairement déformé, positionné sur le bassin de la défunte. Dans sa main gauche, repliée et en parfaite connexion anatomique, se trouvait un fragment de crâne de périnatal, peut-être recueilli à la suite d’une embryotomie (Jaeggi, 2021, p. 230).

130 Poux, 2004, p. 280-284.

131 Poux, 2004, p. fig.151a.

132 Le dépôt de vases identiques en triple exemplaire semble faire écho à certaines coutumes magiques relatées par Pline selon lesquelles il était d’usage de cracher 3 fois dans tous les remèdes en conjurant le mal pour aider ainsi les effets des médicaments ; de même qu’à l’arrivée d’un étranger ou lorsqu’on regardait un enfant endormi, la nourrice crachait 3 fois pour le protéger contre tout mal (HN, XXVIII, 39). Marcellus utilise également la magie du nombre 3 dans certaines recettes, contre les fièvres tierces et les douleurs d’estomac (respectivement 3 graines de coriandre et décoction de 3 caroubes dans de l’eau : Remèdes, 4 et 51, trad. Maire, 2007).

133 Selon Pline, planter un clou de fer à l’endroit qu’à frapper en premier la tête d’un individu tombant d’épilepsie, passe pour guérir définitivement cette maladie (HN, XXVIII, 63).

134 Baills et Dasen, 2008, p. 608. Cette hypothèse est d’autant plus crédible que, selon le traité hippocratique de la Maladie Sacrée, 2, l’origine physiologique de l’épilepsie est considérée comme un excès de phlegme, ce liquide froid et humide, dont le siège est précisément situé dans la tête. Sur la perception et les traitements de l’épilepsie durant l’antiquité : Le Person, 2017 ; Gaillard-Seux, 2017 avec bibliographie.

135 On relève notamment un paragraphe de Pline dans lequel interviennent la prise d’eau de 3 puits différents à mesures égales pour lutter contre les fièvres tierces ou un fragment de clou usagé enveloppé dans de la laine et attaché au cou du malade en cas de fièvre quarte (Pline, HN, XXVIII, 46).

136 Gaillard-Seux, 1999, p. 24-25.

137 Un successeur de Pline, Q. Sérénus, possible contemporain de Marcellus, précise quant à lui qu’il faut sacrifier l’animal (Liber medicinalis, 439-441, trad. R. Pépin CUF 1949, cf. Gaillard-Seux 2007, note 87).

138 Galoppin, 2017, p. 63-64.

139 Terme qui s’applique chez les romains à tout enchantement et qui a donné le terme defixio aux plaquettes maléfiques (Daremberg et Saglio, 1877, p. 1241, note 50).

140 Est-ce le sens à donner au clou resté planté dans l’olpé de la tombe de la Calade évoquée supra ?

141 En ce sens, les vases mutilés retrouvés dans les tombes entrent-ils dans cette catégorie ? sont-ils représentatifs d’un processus interrompu ? d’un lien qui ne peut plus être rompu après la mort du malade ?

142 L’enfant de Calade serait-il décédé avant la fin du rituel ?

143 Gaillard-Seux, 1999, p. 26 ; Galoppin, 2015, p. 205 ; 2017, p. 63.

144 La présence de résidus carbonés pulvérulents sur sa surface interne exclu un milieu humide, contrairement au flacon d’Amboise.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Le flacon mutilé d’Amboise et détails des mutilations de la lèvre, de la panse et du pied.
Crédits clichés : S. Linger-Riquier, Inrap.
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Titre Fig. 2. Dessin du gobelet caréné de Tours et détails des graffiti.
Crédits DAO : S. Linger-Riquier, Inrap.
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Fichier image/jpeg, 218k
Titre Fig. 3a et 3b. Gobelet caréné découvert à Tours en 1841.
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Fichier image/jpeg, 658k
Crédits clichés : S. Linger-Riquier, Inrap.
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Titre Fig. 4a et 4b. Détails des signes gravés sur le flacon d’Amboise (à gauche) et le gobelet de Tours (à droite). Taille réelle : 3 cm.
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Crédits cliché : S. Linger-Riquier
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Titre Fig. 5. Gemme magique n°263.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 105.
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Titre Fig. 6. Gemme magique n°479.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 180.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-8.jpg
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Titre Fig. 7. Gemme magique n°552.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 202.
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Titre Fig. 8. Gemme magique CBd-231.
Crédits D’après Michel, 2001, n° 54.2.k.5.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-10.jpg
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Titre Fig. 9. Gemme magique n°8.
Crédits D’après Bonner, 1950, plate I, n°8.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-11.jpg
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Titre Fig. 10. Gemme magique n°619.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 222-223.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-12.jpg
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Titre Fig. 11. Gemme magique CBd-401.
Crédits D’après http://cbd.mfab.hu/​cbd/​401/​?sid=4144.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-13.jpg
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Titre Fig. 12. Gemme magique n°636.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 222-223.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 173k
Titre Fig. 13. Gemme magique n°638.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 226.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 152k
Titre Fig. 14. Gemme magique n°340.
Crédits D’après Bonner, 1950, plate XVIII.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 149k
Titre Fig. 15. Gemme magique n°406.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 156.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-17.jpg
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Titre Fig. 16. Fragment de lamelle en or. Crète. Époque romaine.
Crédits D’après Kotansky, 1994, n° 43.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-18.jpg
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Titre Fig. 17. Tablette en argent n°18, dite de Romulus, de Tricciana (Hongrie).
Crédits D’après Kotansky, 1994, fig. 20.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-19.jpg
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Titre Fig. 18. Détail de l’étoile à huit rayons gravée sur l’épaulement du gobelet de Tours. Noter, dans le quart supérieur droit, un petit cercle gravé entre deux rayons.
Crédits cliché : S. Linger-Riquier
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-20.jpg
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Titre Fig. 19. Avers de l’instrument de magicien n°617.
Crédits D’après Mastrocinque, 2014, p. 221-222.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-21.jpg
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Titre Fig. 20. Détail de l’évocation de l’abécédaire gravé sur l’épaulement du gobelet de Tours, à la droite de l’étoile à 8 rayons.
Crédits cliché : S. Linger-Riquier
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-22.jpg
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Titre Fig. 21. Ostraca aux abécédaires grecs de Lattes, des iiie et iie siècle av. J.-C.
Crédits D’après Bats, 2011, fig. 22.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-23.jpg
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Titre Fig. 22. a.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-24.jpg
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Crédits D’après Poux, 2004, fig. 150 et 151b.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-25.jpg
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Titre Fig. 23. Plan de la sépulture 40 de la nécropole de la Calade à Cabasse (Var).
Crédits D’après Bérard, 1963, fig. 4.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/25850/img-26.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sandrine Linger-Riquier et Nicolas Garnier, « Deux vases turons mutilés et inscrits du Haut-Empire : des objets entre pharmacopée et pratiques magiques ? »Pallas [En ligne], 120 | 2022, mis en ligne le 02 février 2024, consulté le 22 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/25850 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.25850

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